Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…
Il faisait une chaleur étouffante, terrifiante, absolue. La Sauvageonne et moi nous baladions, bras dessus, bras dessous, dans les rues du centre-ville d’Amiens. C’était un samedi de ce printemps fou. Soudain, n’en pouvant plus, il me vint l’idée de me mettre torse nu. Je m’en ouvris à mon amour qui, ébahie, me tança : « Mais enfin, vieux Yak ! Tu n’y penses pas. Tu vas te faire arrêter. » Je revins à la raison, reboutonnai, penaud, les trois premiers boutons de ma chemise de lin orange et songeai que la Picardie avait vu, au fil des siècles, assez d’horreurs (guerres, hordes venues de l’Est, famines, épidémies, etc.) ; il ne fallait donc pas en ajouter. Mon vieux corps, mou et flasque comme les testicules d’un poulpe, devrait supporter les bouillants rayons du soleil. Je pris sur moi, boudant légèrement au côté de ma petite princesse qui me jetait des yeux en coin dubitatifs. (J’adore lorsqu’elle me lance un tel regard ; il m’arrive de lui demander.)
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Alors que nous empruntions la rue de Noyon, un vacarme coloré et percussif attira notre attention. Renseignement pris auprès de la jeune Phanie, du service communication de l’association Baz’La basée en région parisienne, il s’agissait du défilé du carnaval organisé dans le cadre du Festival des identités qui s’ébrouait. « Notre but est de faire connaître la musique et les danses des Antilles », résuma-t-elle. Un peu plus loin, Simon Moreira, de l’association Cap-Vert Amiens (ACVA), nous expliqua qu’il s’agissait de la troisième édition de ce carnaval mis en place par la ville d’Amiens. « Notre association compte quatre-vingts membres actifs mais nous sommes quelque deux mille Capverdiens à Amiens », poursuivit-il tandis qu’Isabelle, vice-présidente et organisatrice du défilé de l’association précisa que des membres des familles venus notamment de Paris, du Nord et de l’Oise s’étaient déplacés pour renforcer l’équipe. L’ACVA mène des projets de solidarité au Cap-Vert en partenariat avec la ville d’Amiens notamment. « Elle œuvre dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’eau et assainissement, de l’habitat délabré et de la jeunesse », rappelle leur site. « L’ACVA joue un rôle actif dans la vie culturelle d’Amiens en organisant fréquemment des événements festifs et conviviaux. À travers ces initiatives, l’association promeut les 10 îles de Cesária Évora. »
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Tout cela me procurait une folle envie de réécouter la diva aux pieds nus, puis, plus obtus que jamais à cause de cette chaleur absurde, je me disais qu’il n’y avait pas de raison que la grande vocaliste se produisît sur scène sans souliers ni chaussettes alors que moi on me contraignait à me couvrir le torse de lin. Pour me calmer, j’entraînai la Sauvageonne vers la terrasse d’un bar, près de la gare et commandai un Perrier. Une fois de plus, elle me regarda d’un drôle d’air et contempla mon ventre de buveur de bière que le lin, bienheureusement, dissimulait un peu.
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