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Israël peut-il encore compter sur Trump?

Trump, Israël, Iran : un éléphant dans un magasin de centrifugeuses


Israël peut-il encore compter sur Trump?
© CNP/NEWSCOM/SIPA / Maayan Toaf/Israel Gpo/ZUMA/SIPA

« On était vraiment sur le point de conclure un accord, mais ils n’arrêtent pas de nous mener en bateau, ils se foutent de nous ! » a déclaré le président américain devant la presse hier, avant de nouvelles frappes contre Téhéran. En Israël, Netanyahu ​se présentera encore une fois aux élections cette année, vient d’annoncer son parti, après que Donald Trump a déclaré ne ​pas savoir si tel serait effectivement le cas. Entre les deux hommes, les désaccords sur la poursuite de la guerre semblent de plus en plus évidents. L’analyse géopolitique de Richard Prasquier.


« You are fucking crazy! » Je suppose que ces termes ne nécessitent pas de traduction. C’étaient apparemment ceux que M. Trump a lancés à M. Netanyahu le 1er juin après une attaque contre le Hezbollah au Liban, en même temps qu’il prétendait que sans son aide, le Premier ministre israélien serait en prison.

Mais le 7 juin, Israël lance une nouvelle attaque contre le Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth ; l’Iran réagit en envoyant pour la première fois depuis deux mois des missiles sur Israël, lesquels sont tous interceptés. Trump déclare que c’est lui et non Netanyahu qui mène le jeu, mais ce dernier envoie l’aviation israélienne bombarder des systèmes de défense antiaérienne et un complexe pétrochimique. Cependant, il ne va pas plus loin. Il y a eu la guerre des douze jours, la guerre des quarante jours ; cette fois, c’était la guerre d’un jour ! En fait, avec le régime iranien actuel, la guerre ne peut être que permanente, car pour Israël, c’est une question de survie.

États-Unis : un agenda très chargé

Par contraste, Donald Trump s’est félicité le 8 juin de l’avancement de ce qu’il appelait des « négociations de paix », et J.D. Vance a précisé que les Américains négociaient, que cela plaise ou non à Israël, seulement sur la dénucléarisation de l’Iran, et que les propositions américaines étaient irrésistibles.

Et puis, le 10 juin, Trump déclare que la réponse de ses interlocuteurs iraniens est décevante et que l’Iran va en payer le prix. Des menaces vides comme d’habitude, pense-t-on. Puis, un hélicoptère américain est abattu et les Américains frappent des sites iraniens de défense antiaérienne et de surveillance radar. Que nous réserve le 11 juin ?

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Des déclarations si contradictoires qu’on a suspecté des connexions boursières inavouables ne font que renforcer l’affligeante impression que Donald Trump, refusant d’envoyer des troupes au sol, sous-estimant la préparation du régime iranien et sa détermination féroce, négligeant de prévoir le blocage du détroit d’Ormuz, s’était lancé dans une guerre qu’il croyait courte et facile et se trouve dans un guêpier dont il veut sortir tout en gardant un récit glorieux. Il est pressé. Son calendrier, les Iraniens le connaissent mieux que quiconque : le 14 juin, son 80e anniversaire ; le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance le 4 juillet ; la finale d’une énorme Coupe du monde de football le 19 ; le 25e anniversaire du 11 septembre et la campagne électorale d’automne qui s’achèvera le 3 novembre avec les midterms, où le prix du gallon d’essence jouera plus que les considérations géostratégiques.

Les propositions américaines réelles sont inconnues, mais l’impression est que Trump craint de reprendre vraiment les hostilités en raison des effets secondaires possibles. Cette position permet aux Iraniens de se positionner en résistants victorieux, de réclamer le versement de dédommagements, d’exiger la protection du Liban contre la furie israélienne — c’est-à-dire, en fait, de garder ce pays sous l’emprise d’un Hezbollah qui l’a complètement gangrené.

Les Iraniens refuseront de toucher à leur arsenal de missiles — leur seule protection, disent-ils, contre les attaques israéliennes — et, évidemment, il ne sera pas question de la population iranienne, dont le sort n’émeut guère un président américain au niveau zéro d’empathie.

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Il reste le nucléaire : les 440 kg d’uranium enrichi bien au-delà des nécessités civiles, cachés on ne sait où, et au sujet desquels les dirigeants iraniens se divisent entre ceux qui refusent d’en parler et ceux qui voudraient faire semblant de les livrer. On pourrait ne plus savoir où en est une partie, ou accepter des contrôles de l’AIEA pour l’expulser quand la flotte américaine sera repartie, ou bien laisser le stock chez Asim Munir, le tout-puissant maréchal pakistanais. Celui-ci, hôte des négociations, est devenu le maréchal favori de Donald Trump depuis qu’il a proposé ce dernier pour le prix Nobel de la paix pour avoir brièvement servi de médiateur dans le conflit entre le Pakistan et l’Inde. Asim Munir, un musulman très fervent par ailleurs, connaît le grand goût du président américain pour la flatterie…

J. D. Vance, vice-président des États-Unis, aux côtés d’Asim Munir, chef de l’armée pakistanaise, et de Mohammad Ishaq Dar, ministre des Affaires étrangères, Islamabad, 11 avril 2026. © AP Photo/Jacquelyn Martin/SIPA

Si un accord est signé, on peut compter sur Trump pour expliquer qu’il n’a rien à voir avec les accords de Vienne sur le nucléaire iranien, qui portent la marque abhorrée d’Obama.

Psychologie trumpienne

Même en cas de négociations à l’évidence bâclées, Trump, qui, par son indifférence à la vérité et son narcissisme exacerbé, s’est forgé une résilience exceptionnelle, croira et réussira à faire croire à ses partisans que cet échec est une victoire. Selon le psychologue américain Dan McAdams, qui a publié une étude sur lui, Trump est un homme « à épisodes », sans continuité narrative. Il vit chaque journée, détachée des autres, comme une occasion de mise en scène personnelle, mais pas comme une étape dans un processus coordonné à long terme.

Pour beaucoup de ceux qui le soutiennent, au contraire, et malgré ses indiscutables et massives failles caractérielles, Trump a des lignes de force déterminées et constantes. Le soutien à Israël en a indiscutablement fait partie. Il faut espérer qu’il en est toujours de même, même si les Israéliens doivent se mesurer à la réalité de la situation et à toutes les éventualités possibles. Car pour Israël, espérer la paix avec le régime iranien tel qu’il est serait une illusion impardonnable.



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est président d'honneur du CRIF.

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