Il faut trouver un juste milieu entre le lamentable corporatisme des procureurs et les accusations populistes globalisantes.
Après le fiasco judiciaire…
Le président de la République a eu tort de précipiter son jugement ! Comme il l’a déjà fait trop souvent, notamment pour Nahel… Les politiques s’indignent, de droite, de gauche, d’extrême droite, d’extrême gauche (pour elle, la police tue !). La plupart feignent de découvrir aujourd’hui ce sur quoi ils étaient demeurés longtemps indifférents, traitant la justice comme une quantité négligeable et un univers secondaire. Maintenant, place aux vitupérations, aux improvisations et aux multiples propositions ! Tout n’est pas à jeter. Qui serait assez obtus pour contester la nécessité d’une augmentation des moyens, mais si peu lucide qu’il affirmerait que leur pénurie matérielle et humaine est la cause de tout ? Tant de désastres judiciaires se sont produits qui seraient demeurés les mêmes malgré une situation budgétaire différente… Il est absurde de répéter comme un mantra que l’institution est coupable, qu’il y a une responsabilité collective. Cette banalité est une fuite, une dérive : derrière chaque tragédie, il y a forcément des responsabilités de toutes sortes, individuelles, personnelles, multiples. Dénoncer des abstractions est trop confortable. Identifier et sanctionner, s’il y a lieu, les transgressions et les négligences clairement imputables à tel ou telle sera plus efficace et évitera un opprobre général qui n’aurait aucun sens. La vindicte populaire, les insultes et les menaces contre le tribunal et les magistrats d’Auch sont honteuses. Il n’empêche que la magistrature, dans son ensemble, devra un jour y mettre du sien sur le plan de la réflexion collective et de ses pratiques. Trop souvent, le citoyen est oublié, et parfois même méprisé. Quoi ? Il ose s’occuper de ce qui le regarde ! Mais quand la Conférence nationale des procureurs de la République se contente de dire que « la colère est mauvaise conseillère » et qu’il faut refuser toute sanction, c’est un peu court et le triomphe d’un lamentable corporatisme ! Il faut cesser de « saturer de priorités » l’univers régalien, comme si l’on avait le droit, au prétexte du narcotrafic, des viols et des horreurs pédocriminelles, de ne pas appréhender l’immense masse de la délinquance du quotidien. Il nous faudrait, pour la France, sur le plan régalien, le Rudy Giuliani de la grande époque. Rien de ce qui est transgressif, du dérisoire au grave, ne doit nous demeurer étranger ! Si nous ne traduisons pas dans les faits les leçons que nous enseigne la tragédie, tellement évitable, de la si jeune Lyhanna, ainsi que celles que nous aurions déjà dû apprendre auparavant, le futur sera pavé des mêmes horreurs. Les structures et les moyens ont leur importance, mais sans des politiques – fi de l’irresponsabilité illimitée ! – et des magistrats à la hauteur dans notre démocratie, nous aurons des indignations à répétition, mais jamais un authentique redressement.
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