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Vive l’Irlande et à bas les mauvais conseillers

Le Conseil constitutionnel vient de censurer l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans, parce qu’elle porterait une « atteinte disproportionnée » à la liberté d’expression. Mais la décision des Sages est-elle si sage que ça ? La France ne devrait-elle plutôt s’inspirer d’une certaine ville irlandaise ? Tribune.


Le Conseil constitutionnel a donc estimé que l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans était une mauvaise idée ! Qu’elle portait atteinte à la liberté d’expression ! La liberté d’expression de qui ? De ceux qui envahissent la toile pour y déverser des inepties ? Des influenceuses qui se suicident en direct et d’autres qui disent comment s’y prendre pour arriver au même résultat ? Des influenceurs variés et multiples ; ce nouveau métier de narcisses impudents qui permet de faire de l’argent ? On ne voit pas en quoi, d’ailleurs, protéger des enfants contre tous ces méfaits pourrait porter atteinte à la liberté d’expression de ces « envahisseurs » puisque ce ne sont pas eux qu’on empêche de s’exprimer, et qu’ils auront encore un large public à leur disposition. Alors, la liberté d’expression des mineurs ? Lesquels peuvent en harceler d’autres en toute impunité, car le harcèlement, qui est devenu une vraie plaie, touche précisément ces mineurs qui ne peuvent se défendre. 

La liberté d’expression, me dira-t-on, fait partie des droits de l’Homme. Absolument. Mais quand on est mineur, on n’est précisément pas arrivé à l’âge d’Homme. Les droits de l’Homme sont pour les adultes ; ce qui ne signifie en aucun cas qu’un mineur n’aurait pas le droit de s’exprimer, mais qu’en revanche, ses droits ne sont pas les mêmes que ceux de ses parents. Autrement, il peut aussi voter à quatre ans ; certains le réclament… Une fois de plus, on refuse de penser la génération et on met tout le monde dans le même sac. On refuse par conséquent de protéger l’enfance sous couvert d’un droit à la liberté d’expression fallacieux. Il est tout de même ahurissant de constater à quel point l’enfance est menacée ; les faits divers abondent dans ce sens, et des gens prétendument sages, du haut de leur chaire planante, enfilent des perles à coup de phrases toutes faites, comme des réflexes de Pavlov, sans voir un instant que la fameuse liberté d’expression ne peut pas jouer de la même manière selon qu’on est adulte ou qu’on est enfant. Je leur rappelle également qu’il fut et qu’il est toujours un temps où certains films sont interdits aux moins de 16 ou 18 ans ; même si aujourd’hui, on dit « déconseillé »…

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Nos sages devraient se faire naturaliser irlandais ; cela leur remettrait les idées en place ! Dans une petite ville côtière de ce pays aux falaises fabuleuses, huit écoles primaires se sont mises d’accord avec les parents pour interdire le smartphone, non seulement à l’école, mais à la maison aussi. Ainsi, ils ont résolu l’argument selon lequel on ne pouvait priver un enfant de ce bidule, car à l’école, il se retrouverait isolé, marginalisé, discriminé, et ne pourrait partager avec ses camarades toutes les péripéties que la Toile d’araignée vous offre. La société civile a réussi à mettre en place une chose simple, nette, efficace. Ce qui permettra à ces heureux élus, les gamins qui ont cette chance, de construire un monde commun autour d’autre chose que ce qui, sous prétexte de vous connecter à la terre entière, vous isole et vous réduit à peau de chagrin, et vous expose aux méfaits déjà cités.

J’en entends déjà qui ruent dans les brancards : mais, pauvres gosses, comment feront-ils ensuite quand ils se retrouveront avec des smartphones plus tard ? Ils ne sauront pas faire ! Il faut leur apprendre à s’en servir intelligemment et pas les priver ! Ah, comme ce « s’en servir intelligemment » aura pu lui hérisser le poil ! Car ils n’auront aucun mal à s’en servir, soyez sans crainte ! Les gosses de dix ans s’y mettent en un clin d’œil et n’ont pas besoin qu’on leur apprenne.

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Oui, mais, me dira-t-on, s’en servir intelligemment, ça veut dire ne pas en être esclave. Sans aucun doute, mais pour ne pas être esclave de la toile, il faut avoir précisément eu une autre formation, d’autres intérêts, d’autres supports. Et c’est parce que j’ai bénéficié de cette autre formation que je ne passe pas ma vie devant ! 

Dernier point : est-ce parce que c’est le président Emmanuel Macron qui a fait cette proposition qu’elle est rejetée ? Dans ce cas, nous aurions affaire à une politique politicienne de très bas étage.

Faut-il vraiment apprendre à des soi-disant « sages » qu’interdire peut être le meilleur moyen de protéger ? Ont-ils à ce point peur d’être des adultes et d’en assumer la responsabilité ? Sont-ils si âgés que le discernement leur fait défaut ?

Cela s’appelle le Conseil constitutionnel et cela laisse pantois.

Élection à l’UWW : le calendrier qui étouffe la campagne

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Pour la première fois depuis plus d’une décennie, la présidence de la lutte mondiale devait faire l’objet d’une véritable compétition. Mais l’UWW a brusquement avancé l’élection de six semaines, alors même que les candidatures des deux adversaires de Nenad Lalović n’ont toujours pas été officialisées. De quoi faire naître le soupçon d’un scrutin taillé sur mesure pour le sortant.


Depuis près de deux mois, Causeur enquête sur la gouvernance de United World Wrestling (UWW), ses finances, certaines décisions de son Bureau et les conditions dans lesquelles son président, Nenad Lalović, entend briguer un troisième mandat. Nos révélations et les questions adressées aux dirigeants de la fédération semblent désormais produire leurs premiers effets : le fonctionnement interne de l’UWW fait l’objet d’une attention croissante et la compétition pour sa présidence est sortie de l’ombre. C’est dans ce contexte, en pleine controverse sur la légalité et la légitimité d’un troisième mandat de Nenad Lalović, que la fédération internationale de lutte vient de porter un coup supplémentaire à sa démocratie interne.

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Nenad Lalović a pris la tête de la fédération en 2013, après le départ de son prédécesseur, avant d’être élu en 2014 alors qu’il était seul candidat, puis réélu sans opposition en 2021. Ainsi, pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir, l’élection devait donc être réellement disputée. Trois candidats, dont le président sortant, se sont déclarés début juillet. L’UWW devait vérifier leurs dossiers, puis publier la liste officielle. Or, plus de six semaines après, l’UWW n’a toujours pas publié la liste des candidats retenus. Au 19 août, la rubrique « Candidates for Bureau elections & Policy on Campaigning » de la page officielle du Congrès de 2026 porte toujours la mention « n/a ».

Pourtant, l’article 14.1 de la Constitution de l’UWW prévoit que le Bureau examine les demandes, propose au Congrès un ou plusieurs candidats et motive sa décision. Les deux concurrents de M. Lalović restent donc privés d’une reconnaissance officielle de leur candidature, une incertitude qui limite nécessairement leur capacité à faire campagne auprès des fédérations appelées à voter.

Une élection avancée à marche forcée

Et puis, le 18 août, coup de théâtre : l’UWW décide de convoquer un congrès extraordinaire le 8 septembre pour élire son président. Le scrutin devait se tenir le 23 octobre à Astana, pendant les Championnats du monde, conformément à la pratique habituelle. Le site de l’UWW rappelle que le Congrès, son organe suprême, se réunit lors des Mondiaux.

Sans entrer dans les contestations juridiques que cette décision pourrait susciter, le procédé pose un grave problème démocratique. En amont, l’UWW retarde la reconnaissance des candidatures. En aval, elle avance l’élection de plus de six semaines et ne laisse aux adversaires du sortant que quelques jours pour présenter leur programme et convaincre les fédérations. L’UWW compte 189 membres affiliés, chacun disposant en principe d’une voix s’il est à jour de ses cotisations. Comment deux candidats dépourvus des moyens et du réseau accumulés par un président en fonction depuis 2013 pourraient-ils s’adresser à près de 190 fédérations dans un délai aussi court ?

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Après les interrogations soulevées dans Causeur sur le troisième mandat de M. Lalović, les finances de l’UWW et certaines décisions de son Bureau, ce nouveau calendrier nourrit le soupçon d’un scrutin organisé pour avantager l’homme en place. Une fédération internationale ne peut réclamer la confiance du mouvement olympique tout en donnant l’impression de verrouiller sa propre élection.

Antisémitisme : quand le courage est sélectif

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L’affaire de la tenancière d’une buvette des Deux-Alpes serait presque dérisoire si elle ne révélait, dans sa petitesse même, quelque chose de beaucoup plus vaste : la formidable capacité de notre époque à choisir ses coupables, à hiérarchiser les haines et surtout à déployer soudain toute la majesté de l’État lorsqu’elle ne coûte rien et ne l’expose à aucun danger.


Cette femme n’était ni une théoricienne de l’antisémitisme, ni une militante politique, ni la propagandiste d’une quelconque doctrine raciale. Elle semblait surtout excédée par l’afflux de groupes de touristes juifs orthodoxes dont elle dénonçait le comportement, leur nombre, leur manière, selon elle, d’occuper les lieux sans égard pour les autres. Elle a commis la faute classique, et condamnable, qui consiste à passer du comportement de certains individus à la désignation collective d’un groupe. Il faut le dire sans détour. Mais il faut également refuser cette étrange abolition des degrés qui caractérise notre époque, où une parole maladroite ou hostile prononcée dans une buvette de montagne peut être immédiatement traitée comme si elle procédait de la même intention que la haine idéologique et systématique des Juifs.

Car alors, merveille ! l’État français retrouve soudain sa voix.

Cette voix que l’on entend si mal lorsque « mort aux Juifs » surgit dans une manifestation, lorsque des enfants juifs ne peuvent plus fréquenter tranquillement certaines écoles, lorsque des Français juifs dissimulent leur étoile de David, lorsqu’il devient prudent de ne pas porter une kippa dans certaines rues, lorsque le mot « sioniste » sert de plus en plus ouvertement de pseudonyme commode au mot « juif », lorsque les vieilles représentations du Juif puissant, manipulateur, riche, sanguinaire ou conspirateur reviennent sous le déguisement avantageux de l’antisionisme ; cette voix hésitante devient soudain formidable lorsqu’il s’agit d’une femme blanche, française, tenancière d’une buvette, isolée et parfaitement désarmée devant la machine médiatique et administrative.

Alors le ministre parle. Alors les autorités condamnent. Alors les consciences se réveillent. Alors la République retrouve son glaive.

Il faudrait être bien naïf pour ne pas apercevoir dans cette disproportion quelque chose de profondément révélateur. Non que cette femme doive être excusée parce qu’elle est française ou blanche : ce serait simplement inverser le privilège identitaire que l’on dénonce. Mais parce qu’une démocratie digne de ce nom devrait montrer la même détermination devant toutes les manifestations de haine antijuive. Or c’est précisément cette égalité de courage qui fait défaut.

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Nous connaissons depuis longtemps le cérémonial. Lorsque l’antisémitisme provient du vieux fonds nationaliste ou racial européen, lorsqu’il est proféré par un Français appartenant à la majorité historique, aucune circonstance atténuante n’est recherchée, et c’est très bien ainsi. Mais lorsque cette même haine apparaît dans certains milieux islamistes, lorsqu’elle emprunte au conflit israélo-palestinien son vocabulaire, ses images et ses justifications, lorsqu’elle transforme le Juif en « sioniste » afin de pouvoir le haïr avec bonne conscience, commence alors l’immense travail de contextualisation.

On explique.

On invoque Gaza, la Palestine, les discriminations, les frustrations sociales, la mémoire coloniale, les quartiers, l’exclusion, le sentiment d’abandon. Tout devient compliqué dès que le coupable appartient à une catégorie que l’idéologie dominante a préalablement rangée parmi les victimes. La haine cesse alors d’être seulement une haine : elle devient symptôme, réaction, conséquence, expression d’une colère qu’il faudrait comprendre avant de la condamner.

C’est ici que réside l’une des faillites morales les plus graves de notre temps. Nous avons créé une société où l’identité de celui qui hait importe parfois davantage que la haine qu’il exprime.

Le gouvernement français ne reste évidemment pas absolument silencieux devant l’antisémitisme islamiste ou militant. Il condamne des agressions, interdit parfois des rassemblements, poursuit certains auteurs. Prétendre le contraire serait faux et affaiblirait le propos. Mais il existe une différence entre réagir à des actes lorsqu’ils deviennent impossibles à ignorer et affronter politiquement, culturellement et intellectuellement les milieux où se diffuse depuis des années une représentation obsessionnellement hostile des Juifs et d’Israël.

C’est cette seconde bataille que l’État mène avec une extraordinaire timidité.

Il est beaucoup plus facile de frapper symboliquement une tenancière de buvette que d’affronter des réseaux militants, des prédicateurs, des propagandistes, des influenceurs ou des mouvements politiques capables de mobiliser des milliers de personnes. Beaucoup plus facile de sermonner une femme isolée que de regarder en face l’importation et l’enracinement en France d’un antisémitisme nourri à la fois de vieilles représentations religieuses, de propagandes moyen-orientales et d’un antisionisme occidental devenu, chez certains, le langage respectable de passions beaucoup plus anciennes.

Voilà pourquoi l’affaire des Deux-Alpes provoque un malaise qui dépasse infiniment la personne concernée. Elle donne le spectacle d’un pouvoir courageux devant les faibles et infiniment plus prudent devant les forces collectives qu’il redoute de nommer.

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Cette prudence a un prix. Depuis des années, des Français juifs vivent entourés de dispositifs de sécurité que nous avons fini par considérer comme naturels. Des écoles juives sont protégées. Des synagogues sont gardées. Certains retirent leur kippa avant de prendre le métro. D’autres envisagent de quitter la France. Nous contemplons cela comme une donnée presque météorologique de notre existence collective, tout en nous offrant périodiquement le luxe d’une indignation spectaculaire contre un individu dont les propos permettent de rejouer à peu de frais le grand théâtre de l’antifascisme.

Il y a quelque chose d’indécent dans ce contraste.

La France officielle adore désormais les batailles dont elle connaît d’avance le vainqueur. Elle est intraitable contre celui qui n’a derrière lui ni foule, ni organisation, ni puissance de mobilisation ; beaucoup plus précautionneuse lorsque la haine s’inscrit dans des rapports de forces réels. C’est moins de la tolérance que de la peur, moins de l’humanisme que de la gestion politique, et moins du courage républicain que cette vieille habitude des pouvoirs affaiblis : faire démonstration de leur autorité là où ils savent qu’elle ne rencontrera aucune résistance.

Il faudrait pourtant tenir ensemble deux vérités que notre époque semble incapable de penser simultanément. Oui, la patronne de cette buvette devait répondre de ses paroles si elle avait essentialisé les Juifs et refusé des clients parce qu’ils étaient juifs. Et oui, il est parfaitement légitime de critiquer les comportements de groupes de Juifs orthodoxes, comme ceux de catholiques, de musulmans, de touristes chinois, de supporters de football ou de n’importe quelle communauté humaine, dès lors qu’on parle de comportements précis plutôt que d’une essence collective.

Mais surtout, la République ne peut exiger cette discipline du langage d’une tenancière de buvette et accepter que d’autres espaces deviennent des zones de complaisance où le Juif peut être désigné sous le nom de « sioniste », Israël comparé quotidiennement au nazisme, le 7-Octobre relativisé ou justifié, et l’idée même d’un État juif présentée comme une monstruosité dont la disparition constituerait une libération.

L’antisémitisme n’a pas besoin aujourd’hui de chemises brunes pour prospérer. Il sait parler le langage des droits de l’homme, de l’anticolonialisme et de la libération des peuples ; il sait également parler celui de la religion et de la guerre sainte. Il peut même combiner les deux, alliance extraordinaire entre une partie de l’extrême gauche occidentale et des courants islamistes qui ne partagent à peu près rien de ses valeurs mais ont découvert un ennemi commun.

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Et c’est précisément devant cette métamorphose que l’État paraît le plus démuni, parce qu’il continue trop souvent de chercher l’antisémitisme sous les costumes du siècle précédent.

On traque le fantôme familier tandis que le phénomène vivant change de langue, de milieu et de justification.

La seule politique honorable serait pourtant d’une simplicité presque brutale : mêmes règles pour tous, mêmes interdits pour tous, même vigilance envers tous. Aucun privilège d’innocence fondé sur l’origine, la religion, la couleur de peau ou le statut supposé de victime ; aucune indulgence particulière envers l’antisémitisme parce qu’il aurait appris à prononcer les mots « Palestine », « anticolonialisme » ou « résistance ».

Alors seulement la condamnation de cette femme aurait une pleine légitimité morale. Car l’autorité n’est respectable que lorsqu’elle accepte de s’exercer également contre ceux qui sont faibles et contre ceux qui peuvent lui résister.

Sinon, ce n’est plus de l’autorité.

C’est le courage sélectif d’un pouvoir qui frappe là où il ne risque rien et détourne trop souvent les yeux là où commence le véritable combat.

La société malade

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IA : la machine à diplômes

En 2026, 95 % des étudiants britanniques interrogés disent utiliser l’IA, tandis que la part de ceux qui intègrent directement du contenu généré dans leurs travaux évalués ne cesse de progresser. A mesure que les devoirs se sous-traitent aux chatbots, c’est la raison d’être de l’enseignement supérieur qui est menacée : former des esprits capables de penser par eux-mêmes.


Pourquoi un enseignant devrait-il s’infliger la lecture d’une rédaction que l’étudiant n’aurait pas écrite ? De prime abord, cela ressemble à une rupture du contrat implicite qui existe entre le maître et son disciple. Une transgression qui menace les fondements de l’école et de l’université. Bien que la culture de l’examen écrit semble perdurer en France, le monde anglophone nous annonce un renversement radical. Avec un enseignement sur écran, des examens réalisés en ligne et des travaux rédigés par le truchement des chatbots, l’éducation change de visage.

Ayant d’abord été appliqués dans les domaines purement techniques, les mécanismes de l’intelligence artificielle se sont immiscés dans ce que nous considérions comme le domaine réservé du cerveau humain : la pensée. L’IA joue sur le traitement de données à grande échelle, elle porte donc une charge cérébrale comme une machine porte une charge physique. Par ailleurs, son développement actuel se dirige vers une meilleure mise en lien, par elle-même, des données qu’elle est amenée à traiter, ce qui se rapproche de la pensée. Enfin, elle se nourrit de ce que les programmateurs et les utilisateurs lui communiquent. En somme, elle apprend. Du moins, la vitesse avec laquelle elle peut restituer le savoir lui donne l’apparence d’apprendre. Pour beaucoup d’étudiants, la tentation est grande.

L’écosystème de la triche

Du simple résumé de texte à la rédaction intégrale de devoirs, les chatbots et applications spécialisées sont devenus la norme du quotidien étudiant. Ils cèdent à la promesse de la facilité et contournent les exercices qui leur sont donnés. Le raisonnement est quelque peu sommaire, mais efficace : pourquoi faudrait-il lire un livre de la première à la dernière page quand un résumé peut aisément communiquer la trame narrative ou argumentative ? Pourquoi passer des nuits blanches à rédiger un devoir quand on peut le faire en quelques minutes avec l’IA ? Pourquoi s’acharner à réviser son cours et à l’assimiler quand on peut obtenir des résumés qui vont droit au but ? Pourquoi s’embêter à écouter en cours quand on peut simplement demander une explication du sujet à son partenaire artificiel ?

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La création des chatbots, ou interfaces de dialogue, a permis à chacun d’avoir accès à des outils dont la capacité d’archivage et la vitesse de restitution dépassent largement celles des cerveaux humains. L’éducation, particulièrement à l’échelle de l’université, souffre de l’étendue de cette IA générative. Une moitié de la gymnastique mentale impliquée dans l’éducation des esprits au sens classique – apprentissage, assimilation, restitution – peut être largement contournée. L’autre moitié, celle qui relève de la pensée originale des Hommes à partir de ce qu’ils ont assimilé, est menacée par la facilité de se contenter de ce que l’IA génère pour nous. Jamais le discernement n’a été aussi important pour juger du bon usage et des résultats de l’IA, et jamais il n’a été plus facile de s’en passer.

Pourtant, il existe des utilisations vertueuses des chatbots. Par nature, les grands modèles de langage (GML) encouragent les utilisateurs à échanger de manière active s’ils veulent bien s’en donner la peine. Les étudiants ont parfois trouvé des manières constructives d’y avoir recours de façon légitime. Par exemple, en joignant un cours dans le fil de la conversation, ils peuvent générer des questionnaires utiles à leurs révisions. Plutôt que de sous-traiter l’écriture d’un devoir ou d’une dissertation, les étudiants avisés se servent de l’IA dans la construction et l’amélioration de leur travail. Cependant, seul l’avenir nous dira, de la facilité ou de la curiosité, quelle attitude intellectuelle déterminera l’utilisation de ces outils de pensée.

Le sabordage de l’université

Pour l’heure, les évolutions de l’enseignement dans le monde anglo-saxon ne sont pas encourageantes. De nombreuses universités, plutôt que de revaloriser les travaux manuscrits réalisés en classe, se tournent vers une digitalisation des cours et des examens. Les administrations universitaires rechignent à maintenir, ou à rétablir, des modèles traditionnels d’enseignement magistral et d’examens sur table. La prédominance du contrôle continu, moins éprouvant et sans surveillance directe, offre un espace idéal pour l’usage sans restriction de l’IA. Pour le moment, les universités françaises semblent conserver une part non négligeable d’examens dans l’évaluation des étudiants. Espérons qu’elles ne céderont pas à la tentation de la facilité.

Le contournement de l’apprentissage par l’IA est exacerbé par une vision réductrice des études par les étudiants. Bien souvent, ils arrivent à l’université avec la perspective d’obtenir un diplôme qui leur donne des ouvertures sur le marché du travail. Au Royaume-Uni comme aux États-Unis, où les étudiants s’endettent à hauteur de plusieurs dizaines de milliers de livres ou de dollars, l’université est souvent perçue comme un service plutôt que comme un lieu de formation intellectuelle. Si le passage à l’université se réduit à l’obtention de résultats, pourquoi ne pas optimiser son temps et son effort en demandant à l’IA de réaliser ses travaux ? Ce n’est plus de la triche, c’est de la sous-traitance. Par ailleurs, en craignant un effet négatif sur les revenus générés par les inscriptions, certaines de ces universités pourraient hésiter à dissuader les étudiants ayant recours à l’IA.

Les enseignants pris en étau

Face à cette situation, les enseignants doivent défendre envers et contre tout une éthique de l’effort personnel. Si l’éducation est plus qu’un moyen d’insertion professionnelle, il faut remettre le développement intellectuel des individus au cœur de l’apprentissage. Face à l’infinie complexité des mécanismes de l’IA, ce sont les méthodes les plus simples qui peuvent garantir l’intégrité des évaluations. À savoir, des examens sur table avec papier et stylo. Or, les administrations des universités ne semblent pas de cet avis. Paul Sagar, professeur de théorie politique au prestigieux King’s College, l’écrit dans une tribune : « Des enseignants universitaires comme moi ont tenté de faire du bruit, mais les administrateurs nous intiment aussitôt de nous taire et de continuer à bafouer notre vocation. »

L’IA générative et les GML sont capables de produire des travaux universitaires de plus en plus sophistiqués. Les logiciels anti-plagiat, quant à eux, ne parviennent pas à suivre la cadence effrénée du développement des « modèles de réflexion », option désormais disponible sur la plupart des chatbots. Pour couronner le tout, le New York Times rapporte que des « outils “d’humanisation” réécrivent les textes générés par l’IA pour les rendre moins robotiques, stéréotypés ou banals. » L’industrie de l’IA fait preuve d’un cynisme notable par son développement parallèle des outils de détection et de contournement. Face à cette situation, l’enseignant est confronté à la plausibilité du déni. C’est son instinct contre la parole de l’étudiant.

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Néanmoins, le développement des systèmes de dépistage semble progresser. Le Daily Telegraph rapporte qu’un nouveau modèle de détection est en cours de développement par Anthropic pour son chatbot Claude. Désormais, il serait possible de programmer les GML pour qu’ils introduisent des watermarks ou des « mots en filigrane » qui ne seraient pas visibles des étudiants. Les enseignants pourraient passer les travaux dans un programme capable de répertorier ces signes afin de repérer la triche. Par ailleurs, des initiatives se mettent en place, à l’image du gouvernement danois qui a annoncé que les étudiants devraient défendre leurs travaux écrits à l’oral. Une forme de soutenance qui permettrait aux enseignants d’évaluer leur degré d’implication personnelle au cours de la rédaction.

Le savoir organique contre la logique de la machine

À chaque révolution technique, l’humanité est appelée à se demander s’il s’agit d’une évolution ou de la fin d’un monde. À notre première question, pourquoi un enseignant devrait-il s’infliger de lire un travail qui n’a pas été réalisé par l’étudiant, ce dernier pourrait bien répondre : « C’est tout ce qui m’est demandé pour valider mon année. » En un sens, en sous-traitant leurs études, ils se préparent à sous-traiter leur travail. Les matières littéraires, qui reposent sur l’affinement de la pensée et la rigueur intellectuelle, sont particulièrement vulnérables à cette évolution. Laisser les étudiants sous-traiter leur pensée mettrait fin au rêve humaniste des Lumières. L’émancipation par la connaissance laisserait place à un usage purement utilitariste d’un savoir dispensé par l’algorithme.

Si les universités ne parviennent pas à répondre aux défis que leur pose l’IA, c’est toute la société qui en souffrira. Il serait tout à fait envisageable que, dans un avenir proche, la pensée originale ne joue plus aucun rôle, toute action se réduisant à un choix entre les propositions de la machine. La logique de la machine, collectiviste par nature, l’emporterait sur la singularité humaine qui dépend de sa formation intellectuelle. La généralisation du fonctionnement artificiel aurait alors obtenu ce dont aucun régime totalitaire n’aurait été capable : la dissolution totale de la singularité des individus, désormais incapables de penser en dehors des canaux qui leur sont fournis par la machine.

Quand Libé fête un « groupuscule féminazi »… et perd son âme

Associer le nazisme à quoi que ce soit (ici le féminisme) – comme source d’inspiration et avec le sourire : il faut vraiment qu’une page se soit tournée depuis quelque temps, sans crier gare (quoique), pour que cela soit possible, audible – et que cela fasse rire le quotidien « antifa » de tradition.


Bien sûr, cela fait un peu peur quand on lit les deux pages que Libé lui consacre (vendredi 7 août). Quel est ce « groupuscule féminazi activiste de la fête » ? Les Dynastits – avec la Maréchale Putain (sic), Simone du Bavoir (sic), Patricia Crasse (sic), etc. Avouez que c’est drôle, non ? 

Si on aime l’humour gras, vulgaire, grossier, c’est irrésistible même. 

Si on a un semblant de conscience morale – quelque chose qui, dans la tête, à un moment, dit : « Non, peut-être pas « ça » » -, cela paraît impensable. Et ignoble. 

Associer « féminisme » et « nazisme », même pour ricaner (marque de l’époque) – par provocation : vraiment ? 

Comme je n’aimerais pas rire avec ces gens-là. On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui, c’est bien connu (le groupe Jalons était drôle, lui ; « limite » – c’était son créneau – mais drôle).

Alors qu’en lisant « groupuscule féminazi », j’ai pensé à George Steiner ou à Stefan Zweig, ces représentants de la vieille Europe érudite, cosmopolite, polyglotte. 

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Qu’eussent-ils pensé de cette barbarie désopilante (tendance Radio Nova ou Zoom Zoom Zen, l’émission si « comique » de France Inter) ? Que cela signait sans doute la fin d’un monde – celui d’hier (Zweig) – et le début d’un autre, qui fait frémir. Zweig s’est suicidé à cause de ça – cette dérive qu’il avait vu s’épanouir, cette inhumanité qui avait pris ses aises, en lieu et place de tout ce qui avait été le sens de sa vie, son combat pour la civilisation.

Je pense (parenthèse) en outre, à la journaliste qui transcrit tout cela – sans qu’associer « fémi » à « nazi » ne la fasse tiquer. Ne provoque chez elle un sursaut, une réflexion (sens strict), une nécessaire explication : une précaution. Mais rien. Le vide. Qui trouve ça « Cool ! » sans doute. Voire « Trop cool ! ».

Le principe des soirées Dynastits ? Je cite Libé : « Une vente aux enchères de vieux vinyles, « plus ou moins douteux », au profit d’associations de luttes et de préventions pour les droits des femmes (par exemple, le Planning familial) ».

Je continue : « « (La vente de disque) peut aller d’1 euro à un million d’euros ». Les acheteurs ont le choix entre conserver leur acquisition ou pulvériser la galette noire sur scène, à coups de talon aiguille. C’est la « destruction » réservée aux artistes « problémachistes ».

La cause est très belle, bien sûr. Rien à redire. La manière, elle, est abjecte. Un des premiers vinyles sacrifiés dans l’article (et la soirée relatée) est de Patrick Bruel : étonnant, non ? Les nazis et les Juifs ne se sont jamais bien entendus.

Je continue ? « « Destruction ! » scande l’assistance, avant que le disque ne se brise sous l’assaut du 10 centimètres brillant. Au suivant… »

Je ne continue pas. On a compris le lien avec les nazis : les autodafés. À visualiser la scène, je frémis. Il y a donc des gens qui regrettent les autodafés, la joie mauvaise et collective (i.e. la haine) qui les accompagne.

Les Dynastits est sans doute un groupuscule hilarant – parmi les meilleurs « féminazis » du moment, j’imagine – mais, honnêtement, je ne les connaissais pas. Et, sans Libé, je ne les aurais pas connus. Je crois que j’aurais préféré ignorer leur existence. La possibilité de leur existence. J’étais mieux avant de savoir qu’il y avait des « féminazis ». 

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Peut-être même sont-elles amies avec les « fémi » qui excluent les femmes juives de leurs manifestations ou refusent de condamner les féminicides et viols commis à l’encontre des Israéliennes le 7 octobre 2023 (« fémi » dénoncées avec courage, talent et beaucoup d’intelligence, dans Lutter sans se trahir – Stock, 2026 – par Diane Richard, ancienne de #Nous Toutes, qui a quitté ce collectif pour cette raison-même).

Ultime précision – pour finir : je ne suis pas « contre » les « féminazis ». Ni « pour ». Je trouve juste cela terriblement bête. Uniquement bête – l’ennemi absolu. 

Un indice insigne, irréfutable, du vide de la pensée des gens qui ont trouvé ce nom. Faut-il avoir peu réfléchi pour confondre cela avec une… audace ?  

Et s’assumer ainsi, la bêtise crâne en bandoulière, en lutte à mort contre ceux qui chérissent l’intelligence – une abstraction pour elles (ou une absence ?). Terrifiant monde qu’elles proposent – et qu’elles figurent. Où la bêtise est partout, qui nous cerne – et l’intelligence nulle part. Comme Michel Audiard avait raison : Ils « osent tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît. » Qui « Ils » ? Renseignez-vous : c’est assez facile. Quant à moi, je retourne lire Paul Valéry, ce génie qui réconforte, exalte, protège.

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Entre copinage et provocation : la critique en France…

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La critique culturelle française semble de plus en plus prisonnière du copinage, de l’idéologie et de quelques poncifs qui tiennent lieu de jugement esthétique. A force de célébrer la provocation ou les thèmes à la mode, ne risque-t-elle pas d’oublier sa fonction première : distinguer les œuvres qui ont du talent de celles qui n’en ont pas ?


Rien n’est plus agaçant, pour le lecteur compulsif, que cette impression constante de ne trouver, en matière culturelle, aucun jugement authentique, libre et transparent. En formulant cela, avec cette généralité trop sûre d’elle-même, j’ai bien conscience que je mêle le bon grain et l’ivraie et que je fais pâtir la critique, sous toutes ses formes, du clientélisme et de l’insincérité d’une partie de celle-ci. Pourtant, ce n’est pas seulement cette perception de subjectivités partiales et gangrenées par la proximité qui conduit à douter de la qualité de la critique en France. Elle est aussi affectée par un certain nombre de biais et de banalités qui altèrent ses appréciations artistiques et font advenir soit le triomphe du copinage, soit le culte de l’idéologie.

Deux exemples m’ont particulièrement frappé ces derniers temps. Le premier concerne une critique de Frédéric Beigbeder dans Le Figaro Magazine. On y trouve ce poncif selon lequel « on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments ». Pour être ressassée jusqu’à plus soif, cette prétendue évidence n’en est pourtant pas une, et la littérature offre, dans ses œuvres les plus remarquables, la démonstration qu’au moins partiellement, pour décrire le réel et atteindre l’universel, les bons sentiments sont nécessaires et que rien ne serait plus faux qu’un monde de noirceur exclusive. Les génies, quel que soit le genre artistique, ont ceci de particulier que la distinction entre bons et mauvais sentiments ne les concerne pas et que leur seul souci est de présenter de l’humain une vision qui tient la balance égale entre les ombres et les lumières.

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Qui n’a pas observé, par ailleurs, cet étrange miracle qui fait que les plus grands créateurs, dans les romans, les films ou le théâtre, parviennent, en appréhendant, quand c’est nécessaire à leur invention, la part la plus sombre de la vie, à engendrer tout de même une sorte de joie, parce que rien ne comble davantage le spectateur ou le lecteur que cette certitude d’avoir affaire à une vérité absolue, quelle que soit sa tonalité ? Cette absurdité, qui traîne dans les critiques comme un mantra, a pour conséquence perverse de multiplier les dilections pour l’incongru, le rare, l’inusité, la provocation — je songe notamment aux choix parfois délirants du Festival de Cannes, où, par exemple, un film hors de toute vraisemblance comme Titane obtient une Palme d’or — et de tout faire pour échapper à une normalité talentueuse.

La seconde publication qui m’a stimulé était relative à cette série du Monde, par Brigitte Salino, sur l’attitude des artistes, des metteurs en scène et des écrivains sous l’Occupation. Le dernier article concernait le point de vue de quelques personnalités du théâtre d’aujourd’hui sur le comportement qu’elles auraient eu sous l’Occupation. Évidemment, toutes de gauche et seulement obsédées par le combat contre le risque de voir le Rassemblement national arriver au pouvoir ! Se posant en résistants avant l’heure, sans percevoir le ridicule de cette lutte contre un ennemi fantasmé.

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Pas un instant, après que l’un d’eux a qualifié de « rance » le théâtre de l’époque, ils ne s’interrogent sur la qualité du théâtre d’aujourd’hui, sur leur talent de metteurs en scène, sur leur aptitude à enthousiasmer un public à la fois populaire et élitiste. La relation que ces personnalités naturellement progressistes entretiennent avec la période de l’Occupation manifeste seulement, chez elles, la mainmise de l’idéologie sur l’art. Paradoxe d’autant plus surprenant qu’elles semblent précisément en faire grief au RN !

Je pourrais continuer cette litanie en passant au crible beaucoup de critiques culturelles qui, pour résumer, ne s’attachent plus à la qualité intrinsèque des œuvres, mais à la présence, en elles, d’éléments à la mode. Par exemple, pour Libération, aborder l’homosexualité semble parfois suffire à faire un bon film ! Pourtant, une voie existe qui, loin du copinage et de la provocation, rassurerait ceux qui font encore confiance aux médias pour les guider et les conseiller.

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Quelques bémols à une belle plaidoirie

Il se trouve que Dominique Labarrière connait Jean-François Colosimo pour l’avoir croisé aux éditions de La Table Ronde, aux temps glorieux et joyeux où l’ami Denis Tillinac en était le patron. C’est pourquoi il se permet ces quelques lignes, bien que ne se reconnaissant aucune légitimité particulière à s’immiscer dans le débat sur le pape et l’IA, si ne n’est d’avoir été en son temps un catholique romain d’une docilité exemplaire. Tribune.


Qu’il me soit permis d’apporter quelques bémols aux propos de Jean-François Colosimo dans l’excellent entretien qu’il a donné récemment à Causeur.

Il y affirme que « Le pape ne représente aucune puissance, aucun empire, aucun lobby ». Or le Vatican est un État, et tout État est, par essence, une puissance. Le pape étant son chef, Léon XIV est donc un chef d’État. Ses visites à l’étranger sont traitées comme des visites d’État, préparées par sa diplomatie via ses ambassadeurs que sont les nonces apostoliques.

Quant au lobbying, il ne serait certainement pas extravagant d’avancer que l’Église de Rome aura été pionnière dans ce registre, si ce n’est l’un des grands concepteurs. D’ailleurs, que fait le pape lorsqu’il promeut – avec quelle ardeur ! – les « gestes d’hospitalité de Lampedusa » (sic) auprès d’instances internationales (Unesco, etc.), sinon du lobbying ?

À propos de l’IA, passer sous silence le fait que, jamais dans l’histoire de l’humanité une avancée de cette nature – proprement révolutionnaire – n’a été aussi promptement – dans la foulée de son invention – mise à la disposition du plus grand nombre – apportant donc un sérieux bémol à l’accusation de confiscation et d’hyper-concentration évoquée – me paraît discutable, ne serait-ce qu’en regard de l’exigence intellectuelle que porte un certain esprit de méthode. (Cela dit, je ne doute pas un seul instant que des formules telles que « nietzschéisme digitalisé » et « transhumanisme financiarisé » ne fassent leur petit effet dans les dîners en ville et les colloques paroissiaux.)

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L’IA, bien comprise, représente aussi, qu’on le veuille ou non, une redistribution des cartes du savoir permettant au « faible » d’avoir en main le même corpus de connaissances que le « fort ». Du moins idéalement, ce qui est déjà beaucoup. Ne pourrions-nous pas dès lors considérer que nous nous trouvons devant une forme de « partage universel des biens communs » à quoi l’auteur se réfère via Thomas d’Aquin ? « Destination universelle » à laquelle l’Église de Rome s’est cependant opposée avec une constance forçant l’admiration, notamment en portant à l’index des livres interdits – index librorum prohibitorum – ce bien commun par excellence qu’est la Sainte Bible en langue vernaculaire, cela dès les années 1550. L’interdit ne fut levé qu’à la suite de Vatican II, en 1966. Est-il nécessaire de rappeler que, jusqu’alors, figuraient parmi cette interminable liste d’ouvrages et d’auteurs bannis – la dernière fut publiée en 1948 – des génies tels que Montaigne, Descartes, Malebranche, Montesquieu, Hume, Pascal, Spinoza, Kant, et bien sûr Rousseau, Voltaire, Diderot… Qu’on me pardonne, mais j’ai le plus grand mal à voir en cela la manifestation éclatante d’un zèle ébouriffant pour la défense et la prospérité « de l’empire du livre en tant que vecteur d’émancipation » qu’évoque Jean-François.

Le pape se trouve, écrit l’auteur, « à la tête d’une institution deux fois millénaire qui n’a cessé de penser le rapport entre la foi et la raison, contribuant de manière décisive à l’édification de la rationalité universelle ». Si cette édification est bien à mettre au crédit du christianisme, en attribuer le mérite au catholicisme romain peut porter à sourire, lui qui n’a cessé de combattre à grands coups d’excommunication et de procès en hérésie – là encore avec une constance admirable – les prodigieux penseurs – chrétiens – qui eurent l’audace de s’aventurer avec un peu trop de liberté et de pertinence sur ce terrain. Les Abélard, les Guillaume d’Ockham, les Bérenger de Tours, les Anselme de Laon et tant d’autres furent de ces infortunés. Même Thomas d’Aquin eut droit un temps à son lot d’opprobre et à sa mise au purgatoire après sa mort…

Il y a mieux encore. Dans son encyclique Magnifica Humanitas, Léon XIV se fait le chantre émerveillé de la liberté de conscience, de la liberté religieuse, « qui est enracinée en l’homme », s’enthousiasme-t-il en substance. On ne peut qu’applaudir et souscrire, cela va de soi. D’autant que, là encore, le fait est assez nouveau. Pendant environ un millénaire et demi, de l’édit de Thessalonique, à l’aggiornamento radical de Vatican II, en passant évidemment par le pic à maints égards obscurantiste du pontificat de Pie IX, la liberté de conscience et donc religieuse a été fermement condamnée, qualifiée de « délire » notamment par le même Pie IX, reprenant l’anathème d’un de ses prédécesseurs. Donc oui, applaudissons sans réserve à ce qu’il faut bien regarder comme un salutaire revirement… Applaudir, certes, mais en ayant à l’esprit un autre bémol. Cet enthousiasme « libertaire » du pape ne relèverait-il pas, au moins pour une part, d’une sorte d’opportunisme stratégique ? 

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Quand on est aussi favorable à l’immigration que l’est précisément Léon XIV, et qu’on encourage la venue de foules, pour certaines islamisantes, animistes, voire adoratrices de l’oignon, que sais-je encore, n’est-il pas de bonne politique de se présenter comme un défenseur ardent de la liberté religieuse ? C’est bien le moins qu’on puisse faire, en réalité, même si cela sonne un peut démagogique tout de même. On aura une lecture identique de cet autre passage de l’encyclique où il est – pour la énième fois – regretté que l’Église ait tant tardé à condamner l’esclavage.   

Répétons-nous : le Vatican est un État et Léon XIV un chef d’État. C’est donc un chef d’État très officiellement et très solennellement engagé dans la promotion de l’immigration qui sera accueilli en France dans quelques semaines. Passer sous silence cette réalité me semble relever d’une cécité pour le moins condamnable. Sauf à considérer bien sûr que seule l’éventuelle submersion par l’IA mérite qu’on veille au grain, et que le déferlement en Occident de populations exogènes en masse – le pape lui-même évalue le défi d’accueil à quelque cent millions d’individus – n’est que broutille. 

Pour tout dire, on apprécierait assez que Sa Sainteté fasse montre d’autant de prudence pour traiter de la seconde qu’il en manifeste pour la première. 

On apprécierait aussi que les cathos de France profitent de l’occasion de cette visite pour exiger de leur guide des éclairements sur le devenir de l’Occident considéré sous le prisme de ces bouleversements démographiques qu’il encourage. Exiger des comptes sur l’orientation sournoisement teintée d’occidentophobie de la politique vaticane conduite en particulier depuis son prédécesseur. 

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Il y a une phrase qui m’obsède depuis que je l’ai lue, puis entendue. Une phrase tirée du roman et du film Le Guépard. Devisant avec son confesseur, le prince Salinas, déclare, se souciant de l’avenir de sa caste, l’aristocratie sicilo-italienne : « Si pour sa survie, l’Église doit nous détruire, elle nous détruira ». Nous en sommes-là. Si pour son rayonnement, son développement l’Église vaticane doit en passer par la « créolisation » de l’Occident, elle le fera. C’est du moins ce que sa politique actuelle nous permet d’augurer. À quelle échéance cette somptueuse et joyeuse métamorphose ? Il se peut que l’IA ait la réponse. Je l’ignore, n’ayant pas encore franchi le pas…

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Abeille tueuse

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Sous ses airs de comédie rurale, Oklahoma Honey vire peu à peu au thriller noir. Entre miel volé, règlements de comptes et religiosité poisseuse, ce film porté par Matthew McConaughey cultive un savoureux mélange de rednecks et de violence.


L’intrigue ne prend pas moins d’une bonne heure à se nouer. Au début, le film a la tournure d’une comédie un peu poussive, émaillée de chansons country. L’apiculteur Amziah (Matthew McConaughey) est affecté d’un problème cardiaque dont il ne se remettra pas. Notez qu’en attendant qu’il clamse d’un infarctus, pas un plan du film ne nous épargne sa bouille de péquenaud mal rasé. Toujours est-il que notre Amziah s’est fait chourer une cargaison de miel, ce qui n’arrange pas les affaires de sa PME, baptisée King Honey. Il se console avec son joyeux band (banjo, violon, guitare, voix), qui se produit dans les rades ruraux de l’Oklahoma, État où le parler ricain épouse cet inimitable accent traînant du Sud.

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Le charismatique Amziah a pris sous son aile Kateri, une jeune femme orpheline traumatisée par son enfance en foyers d’accueil. Après la mort du boss, la voilà qui décide de prendre les choses en main. À partir de là, The Rivals of Amziah King – titre original, bien meilleur que ce Oklahoma Honey, choisi pour la distribution du film en France -, sans se défaire jusqu’au dénouement d’une tonalité faussement enjouée, prend un tour de plus en plus sombre : combative et rouée, n’hésitant pas à recourir à des méthodes expéditives (crémation, empoisonnement), la brunette à la mine angélique (dont le corps paraît immunisé contre les piqûres d’abeilles) s’emploiera, bernant une police aveugle, à soustraire de son horizon les rivaux de feu son mentor et à récupérer le miel évanoui, aidée en cela d’un ci-devant marine diablement débrouillard. Thriller entre bouseux et repris de justice, Oklahoma Honey paraît hésiter entre le registre de la comédie noire et celui du drame à la violence larvée. Baigné de religiosité – « nous allons nous sauver en la parole du Christ mort sur la croix », psalmodiait le défunt Amziah, accompagné de sa virile phalange musicale -, The Rivals… semble, en guise de morale, souscrire sans y mettre beaucoup de pincettes à l’antique canon biblique de « l’œil pour œil, dent pour dent ».    


OKLAHOMA HONEY . Film d’Andrew Patterson. Avec Matthew McConaughey, Angelina LookingGlas, Kurt Russell, Rob Morgan

2025

Durée : 2h10

En salles en France le 19 août 2026

Demandez le programme « informationnel » de QuotaClimat !

Cette association, largement subventionnée par l’argent public, fait partie d’un vaste dispositif, à l’échelle de la France et de l’Union européenne, destiné à surveiller l’information sur le climat. Au menu : contrôle, censure, rééducation, uniformisation.


DSA, Arcom, Viginum, observatoire de la désinformation, labellisation des médias, vérification de l’espace informationnel, enquêtes sur les ingérences intérieures – l’écologisme ne pouvait manquer de s’immiscer dans le dispositif de contrôle et de surveillance des médias et des citoyens échafaudé par le pouvoir en place. Le gouvernement ayant l’intention de présenter en septembre prochain un « Premier plan national sur l’accès à l’information sur l’environnement et le climat » sentant la censure à plein nez, l’association QuotaClimat s’est empressée de lui adresser dix-sept propositions qui sont autant de moyens de proscrire tout ce qui ne va pas dans son sens et d’éduquer la population à l’idéologie climatiste. Ses propositions, n’en doutons pas, seront suivies d’effet, d’autant plus que la plupart sont déjà dans les tuyaux : l’écologie politique a ceci de remarquable qu’elle est au pouvoir dans toutes les instances qui comptent et, pour nombre d’entre elles, empoisonnent la vie des Français, alors que son poids électoral est dérisoire et son soutien populaire nul. Pour de plus amples informations sur les buts réels et les actions délatrices de l’association opportuniste et sectaire QuotaClimat, je renvoie à la chronique du 23 octobre 2025 d’Élisabeth Lévy et à mon article du 15 mai 2026.

Rappelons que, diplômées de l’usine de formatage des cerveaux de nos « élites » politico-médiatiques progressistes qu’est devenu Sciences Po, les trois fondatrices de cette association, Eva Morel, Lola Morel et Anne-Lise Vernières, sont d’anciennes assistantes parlementaires de députés Renaissance. Cela n’est sans doute pas pour rien dans le fait que QuotaClimat ait bénéficié en 2023 d’une subvention de 350 000 euros de la part du ministère de la Culture et qu’elle profite également des largesses de l’Arcom et de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Cette dernière est réputée pour avoir gracieusement offert aux Français des conseils sur le lavage de leurs sous-vêtements, le reprisage de leurs chaussettes et la réparation de leurs vieux appareils ménagers, ainsi que pour avoir inspiré à la municipalité socialiste de Nantes l’opération « Plante ton slip », opération consistant à enterrer puis, deux mois plus tard, à déterrer, pour être minutieusement examinés, des « slips en coton usagés », ceci afin de « sensibiliser le grand public à la richesse biologique des sols, souvent méconnue mais essentielle au fonctionnement des écosystèmes ». À cette occasion, l’Ademe rappela un point essentiel, trop souvent ignoré des Français : « Un slip enterré ne doit jamais être laissé dans la terre : n’oubliez pas de le déplanter ». 

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QuotaClimat collabore activement avec « l’Observatoire des Médias sur l’Écologie » (OMÉ), créé en novembre 2024. Surveiller les médias, dénoncer auprès de l’Arcom ceux qui questionnent le « consensus scientifique » sur le « dérèglement climatique » dû aux « activités humaines », remettent en cause les discours apocalyptiques justifiant les aides pharaoniques de l’État aux marchands d’énergies dites renouvelables, critiquent l’instauration de ZFE discriminatoires et les nombreuses et désastreuses décisions qui ont contribué à l’effondrement de notre industrie et à la destruction de notre agriculture, tel est le programme de cet observatoire financé par les contribuables via l’Arcom, l’Ademe et la Caisse des Dépôts. Une seule ligne idéologique doit avoir cours dans les médias. Certains d’entre eux, l’audiovisuel public par exemple, s’acquittent avec zèle de cette tâche prosélyte. D’autres, les rares ayant gardé quelques notions de ce qu’est le travail de journaliste, renâclent à l’idée de se soumettre totalement à un projet médiatique ayant toutes les apparences d’un programme doctrinaire. Pour les remettre sur le droit chemin, QuotaClimat propose un catalogue complet d’injonctions, d’oukases, de sommations à « bien informer » sur l’écologie, c’est-à-dire à ne pas s’écarter de la ligne du parti.   

Afin de « produire une information environnementale de qualité », l’association préconise de « pérenniser un dispositif de mesure de la couverture médiatique des enjeux environnementaux et de suivi de la désinformation climatique », le dispositif en question étant… l’OMÉ. Toujours plus d’argent public et d’indicateurs de police : une enveloppe budgétaire supplémentaire devra « financer la recherche sur la désinformation climatique » avec l’aide d’un « réseau de chercheurs » triés sur le volet. Le gouvernement cherche, paraît-il, à faire des économies, et invoque un budget de l’État à l’os pour justifier son manque d’investissement dans la Sécurité civile : le budget de l’Ademe (frais de fonctionnement + les aides et les subventions, dont celles versées à QuotaClimat et à l’OMÉ) est passé de 510 millions d’euros en 2010, année de sa création, à… 4,2 milliards d’euros en 2023 ! De quoi acheter 80 Canadairs de dernière génération…

Ne reculant devant aucune contre-vérité, QuotaClimat accuse les médias de « sous-représenter les enjeux environnementaux » et de favoriser « les discours qui contredisent le consensus scientifique ». Les gardes-chiourme écolos proposent donc de « renforcer les moyens humains et techniques de l’Arcom dédiés à l’instruction des saisines relatives aux manquements de pluralisme interne ». Est-il besoin de préciser que le pluralisme en question consiste pour l’essentiel en la présentation des seules thèses du « résumé à l’intention des décideurs » du rapport du GIEC, des seules recommandations de l’écologie punitive, des seuls arguments des associations subventionnées préconisant la décroissance, la « sobriété énergétique », les ZFE, le démantèlement de notre parc nucléaire et le massacre de nos paysages, le tout enrobé dans des discours pseudo-scientifiques supposément irréfutables.    

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Usant de la verbeuse terminologie macronienne, QuotaClimat en appelle à la « construction d’une « coalition des volontaires » autour de la Déclaration mondiale sur l’intégrité de l’information climatique ». Comme si les pernicieuses manœuvres de Thierry Breton (DSA) et de Nathalie Loiseau (Bouclier Démocratique Européen) ne suffisaient pas, l’association se réjouit que la présidence du Comité européen des médias (EU Media Board) soit prochainement assurée par le président de l’Arcom : ainsi, s’enthousiasme-t-elle avec des trémolos européistes dans la voix, la France continuera de jouer un rôle important au sein des « instances européennes de régulation des médias ». L’étau de la censure se resserre inéluctablement : la « désinformation climatique » devant être considérée comme un « risque systémique au titre du DSA », les réseaux sociaux, les plateformes numériques et les médias alternatifs devront faire l’objet d’un suivi particulier par la Commission européenne, l’Arcom, le Secrétariat général à la Planification écologique, etc. En outre, « les controverses scientifiques (notamment sur le climat, l’environnement et la santé) » constituant, d’après QuotaClimat, « un terrain privilégié pour les opérations d’ingérence numérique étrangère », l’association propose que l’agence d’État Viginum intègre les questions environnementales et climatiques dans ses missions de surveillance. Rappel : créée par Emmanuel Macron en juillet 2021, l’Agence Viginum a pour mission principale de « détecter les opérations d’ingérences numériques étrangères », en particulier durant les périodes électorales. Certains observateurs suggèrent que cette officine, qui a noué en octobre 2025 un curieux partenariat avec France Télévisions destiné à « renforcer la résilience collective face aux fake news venues d’ailleurs » et à participer aux actions « d’éducation aux médias et à l’information » du public, pourrait jouer un rôle équivoque dans les mois à venir, surtout si les sondages continuent de prévoir une victoire du RN aux prochaines élections présidentielles…    

Aucun discours, autre que celui de l’écologisme, ne doit pouvoir se dire ou s’entendre. Et personne ne doit échapper à la propagande. Les quatre dernières propositions de l’association écologiste encouragent par conséquent la formation aux « enjeux environnementaux » des fonctionnaires, des dirigeants de médias, des chefs de rédaction et des journalistes, et, finalement, de tous les citoyens. « L’éducation aux médias et à l’information (EMI) constitue un levier de long terme pour renforcer la résilience des citoyens face à la désinformation, y compris climatique », écrivent les représentants de QuotaClimat dans la novlangue progressiste, d’usage courant dans les associations qui se veulent à la pointe des « avancées sociétales ». Il faut impérativement, ajoutent-ils, « développer l’esprit critique face à l’information dès le plus jeune âge ». Principe orwellien : proclamer le contraire de ce que l’on va faire, de ce que l’on fait déjà. L’idéologie écologiste imprègne d’ores et déjà l’école, du CP à la Terminale ; les notions de « changement climatique anthropique », de « développement durable », de « transition écologique » et de « sobriété énergétique » y sont inculquées comme allant de soi ; le dogme climatique contamine de plus en plus de disciplines ; loin de les aider à développer un esprit critique, le système scolaire, secondé par des associations radicales subventionnées par l’État, endoctrine les enfants dont on espère qu’ils rééduqueront à leur tour les adultes réfractaires.

QuotaClimat ne peut voir que d’un bon œil les « activités éducatives » qui se multiplient dans les collèges et les lycées, en particulier celle créée par l’Ademe, encore elle, et censée permettre aux élèves « d’observer leur empreinte carbone et d’entamer des réflexions sur les moyens d’adopter un mode de vie plus durable ». Les élèves sont invités à visiter le site M ta Terre créé spécialement par l’Ademe pour « accompagner les jeunes qui souhaitent s’informer et agir pour notre planète ». L’enseignant est encouragé à ne pas oublier de leur poser la seule question possible : « Qu’êtes-vous prêt à modifier pour réduire votre empreinte carbone ? »Puis à apporter quelques réponses qui vont bien : « Favoriser les transports en commun, le vélo et la marche. Si l’usage de la voiture ne peut être évité, favoriser le covoiturage. […] Limiter la consommation de viande. […] Développer la location et le partage des objets. Réduire les achats de vêtements. Acheter de seconde main ». Développement de l’esprit critique ou bourrage de crâne ? Chacun jugera…

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Cet article ne serait pas complet s’il n’évoquait pas le fait que, toujours dans les bons coups, l’ONG Reporters Sans Frontières (RSF) a également proposé au gouvernement, le 19 juin, une série de dix recommandations pour « préserver le droit à l’information sur le changement climatique ». On y retrouve grosso modo les mêmes thèmes que ceux développés par QuotaClimat, les mêmes délires sur la désinformation climatique liée à d’obscures ingérences étrangères, les mêmes désirs de censure des réseaux sociaux et des médias alternatifs. Autre point, commun à toutes les organisations parasitaires, un goût immodéré pour l’argent public : « Face aux coûts très élevés des enquêtes journalistiques environnementales, RSF appelle la France à accroître son soutien en faveur de projets journalistiques environnementaux et de collectifs de reporters environnementaux, dans le respect de l’indépendance éditoriale de ces derniers ». Plus de la moitié des ressources financières de RSF proviennent de fonds publics (Agence française de développement, ministère des Affaires étrangères, Commission européenne, Ville de Paris, etc.).

L’Open Society de George Soros fait partie des donateurs privés de cette ONG qui a toutes les qualités requises pour participer, avec QuotaClimat et quelques autres indicateurs de la Police de la pensée, à la planification, à la mise en place et au suivi du dispositif de contrôle de la population et de surveillance des médias. Inspirée par des politiciens et bureaucrates français et organisée à grande échelle par la techno-bureaucratie bruxelloise, cette opération de censure industrielle a vu le jour et s’amplifie au nom de grandes causes, dont le « sauvetage de la planète », prétextes en réalité à la construction d’un « modèle de démocratie » ressemblant de plus en plus au soft totalitarisme – de moins en moins soft cependant – décrit et dénoncé par le sociologue Mathieu Bock-Côté (Le Totalitarisme sans le goulag, 2023, Presses de la Cité). Encadrement des médias, contrôle social et moral de la population, uniformisation des esprits, bourrage de crâne des enfants, lavage de cerveau des adultes, pression dogmatique et rééducation idéologique à tous les étages : QuotaClimat et RSF peuvent se targuer de cocher toutes les cases de la vaste entreprise d’ingénierie sociale organisée par nos « élites » progressistes. L’intérêt ne se limite pas au combat idéologique. Soyons clairs : ces écumeurs d’argent public ne se contentent pas de nous donner des leçons de morale, ils nous grugent. Ils ne sont pas les seuls. En sus des dépenses exorbitantes inhérentes au fonctionnement de comités et d’agences théodulaires, l’État et les collectivités locales versent un « pognon de dingue » à une multitude d’associations inutiles, improductives, voire nuisibles. Il serait temps de nettoyer à grande eau javellisée les écuries d’Augias…

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Le Gosplan de Piketty and co.

Avec des collègues, Thomas Piketty vient de publier un rapport pour réorganiser l’économie mondiale jusqu’à la fin du siècle. Quand les économistes soviétiques rêvaient de piloter la bonne marche de leur pays, avec les résultats que l’on connaît, leurs héritiers élargissent le périmètre à la planète entière !


L’économiste Thomas Piketty, avec une cinquantaine de chercheurs, réunis au sein du World Inequality Lab, a publié le « Global Justice Report » (juin 2026). Son objectif est simple – enfin presque : réorganiser l’économie mondiale afin de réduire presque à néant les inégalités et de régler une bonne fois pour toutes la question climatique. Pour cela, il définit les grandes orientations économiques, sociales et financières qui devraient guider l’humanité jusqu’à la fin du siècle. Mais plus qu’un rapport, c’est un plan de vol pour les soixante-quinze prochaines années.

Attachez vos ceintures ! Les auteurs souhaitent plafonner la croissance des pays riches à environ 0-0,5 % par an, tout en maintenant une croissance de 3-4 % par an dans les pays pauvres, afin de faire converger les niveaux de vie. Ils espèrent ainsi faire converger tous les pays vers un revenu moyen de 5 000 € par mois par habitant (60 000 € par an). Pour aboutir à cette égalisation, ils proposent également de multiplier par vingt-cinq les flux financiers des pays riches vers les pays pauvres. Ils envisagent aussi de faire passer la part du patrimoine détenue par les 50 % les plus pauvres de 2 % à 30 % ; quant à la part détenue par la classe des milliardaires, elle passerait de 6 % à 0,05 %. L’égalité n’étant jamais complète tant qu’il existe une disparité entre les sexes, les auteurs veulent de surcroît imposer une stricte égalité salariale entre les hommes et les femmes, tout en prescrivant un partage parfaitement équilibré du travail domestique.

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Imposer l’égalité n’étant pas suffisant, ils veulent aussi sauver la planète. Pour réduire l’impact environnemental, ils prévoient donc de réduire d’un tiers la production matérielle mondiale, puis de faire passer la part des heures travaillées consacrées à l’éducation et à la santé de 11 % à 43 %. Ils envisagent également d’éliminer rapidement les combustibles fossiles, en ramenant leur part à moins de 20 % de l’énergie mondiale dès 2050, puis à zéro avant la fin du siècle. Ils prévoient aussi de faire passer le temps de travail annuel d’environ 2 100 heures à 1 000 heures par travailleur. Reste évidemment un détail à régler : convaincre huit à dix milliards d’individus, répartis dans près de deux cents pays, de suivre docilement cette feuille de route pendant les soixante-quinze prochaines années.

Pour transformer cette vision en réalité, les auteurs ne lésinent pas sur les moyens. Au cœur du dispositif figure un « Global Justice Fund » dont les dépenses atteindraient plus de 10 % du PIB mondial chaque année, un montant comparable au produit intérieur brut de la Chine actuelle. Alimenté par un impôt mondial sur les patrimoines pouvant atteindre 20 % par an pour les milliardaires et par un impôt sur le revenu culminant à 90 %, ce fonds financerait la transition climatique, l’éducation, la santé et la convergence économique mondiale. À ses côtés, un « World Sovereign Fund » investirait une partie de ces ressources afin d’accumuler progressivement un portefeuille d’actifs représentant une fraction significative de la richesse mondiale. Les aides versées aux États seraient alors conditionnées au respect d’objectifs définis au niveau international, tandis qu’un système de suivi des patrimoines, des revenus et des politiques publiques veillerait à la bonne application du programme. Bref, non seulement le rapport dessine le monde de 2100, mais il prévoit déjà le tableau de bord, les manettes de commande et la tour de contrôle chargés d’y conduire l’humanité.

Le problème de ce rapport ne vient pas de ses bonnes intentions. Sa grande faiblesse est de supposer que l’économie mondiale peut se piloter et que la pauvreté se combat principalement en redistribuant les richesses existantes plutôt qu’en en créant de nouvelles. Les auteurs semblent ainsi convaincus qu’il est possible de ramener la croissance des pays riches à presque zéro sans affecter celle des pays pauvres, de réduire fortement la production matérielle tout en multipliant les investissements dans l’éducation et la santé, de diminuer de moitié le temps de travail tout en maintenant la prospérité, ou encore de réduire fortement le recours aux énergies fossiles sans affecter la productivité. Or une économie n’est pas une machine dont on règle indépendamment les différents paramètres. La croissance, l’investissement, l’innovation, la consommation, les revenus ou encore l’organisation du travail interagissent en permanence. Modifier l’un de ces paramètres entraîne souvent des effets de retour qui viennent neutraliser, voire contredire, les résultats recherchés. C’est précisément pour cette raison que les grandes tentatives de planification n’ont presque jamais tenu leurs promesses.

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Cette confiance dans la capacité à piloter l’économie mondiale repose aussi sur une tendance des auteurs à sous-estimer systématiquement les résistances que leur projet ne manquerait pas de rencontrer. Réduire durablement la croissance des pays riches supposerait que leurs citoyens acceptent volontairement de renoncer à une partie des gains matériels auxquels ils aspirent. Taxer les plus hauts patrimoines jusqu’à 20 % par an et les revenus les plus élevés jusqu’à 90 % supposerait que les contribuables concernés restent sagement en place au lieu de déplacer leurs capitaux ou de contester politiquement ces mesures. Quant à la création d’une fiscalité mondiale et d’un système de contrôle des politiques nationales, elle présuppose un degré de coopération entre les États que l’on peine à imaginer à l’heure où les tensions entre les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Inde ou l’Union européenne ne cessent de s’aggraver.

En somme, à force de vouloir tout piloter – la croissance, les revenus, le temps de travail, les modes de consommation, les investissements et jusqu’aux tâches ménagères – le Global Justice Report finit par ressusciter une vieille illusion : celle selon laquelle une société peut être administrée comme un problème d’ingénierie. Les planificateurs soviétiques pensaient eux aussi disposer des connaissances nécessaires pour orienter l’économie vers un avenir meilleur. Ils ont surtout produit des contraintes, des pénuries et de la misère. Le projet de Thomas Piketty est plus sophistiqué que le Gosplan, mais il reproduit la même illusion planificatrice dont l’histoire a montré les effets désastreux.

Vive l’Irlande et à bas les mauvais conseillers

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Conseil Constitutionnel, Paris, mars 2017 © Witt/SIPA Numéro de reportage : 00800792_000018

Le Conseil constitutionnel vient de censurer l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans, parce qu’elle porterait une « atteinte disproportionnée » à la liberté d’expression. Mais la décision des Sages est-elle si sage que ça ? La France ne devrait-elle plutôt s’inspirer d’une certaine ville irlandaise ? Tribune.


Le Conseil constitutionnel a donc estimé que l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans était une mauvaise idée ! Qu’elle portait atteinte à la liberté d’expression ! La liberté d’expression de qui ? De ceux qui envahissent la toile pour y déverser des inepties ? Des influenceuses qui se suicident en direct et d’autres qui disent comment s’y prendre pour arriver au même résultat ? Des influenceurs variés et multiples ; ce nouveau métier de narcisses impudents qui permet de faire de l’argent ? On ne voit pas en quoi, d’ailleurs, protéger des enfants contre tous ces méfaits pourrait porter atteinte à la liberté d’expression de ces « envahisseurs » puisque ce ne sont pas eux qu’on empêche de s’exprimer, et qu’ils auront encore un large public à leur disposition. Alors, la liberté d’expression des mineurs ? Lesquels peuvent en harceler d’autres en toute impunité, car le harcèlement, qui est devenu une vraie plaie, touche précisément ces mineurs qui ne peuvent se défendre. 

La liberté d’expression, me dira-t-on, fait partie des droits de l’Homme. Absolument. Mais quand on est mineur, on n’est précisément pas arrivé à l’âge d’Homme. Les droits de l’Homme sont pour les adultes ; ce qui ne signifie en aucun cas qu’un mineur n’aurait pas le droit de s’exprimer, mais qu’en revanche, ses droits ne sont pas les mêmes que ceux de ses parents. Autrement, il peut aussi voter à quatre ans ; certains le réclament… Une fois de plus, on refuse de penser la génération et on met tout le monde dans le même sac. On refuse par conséquent de protéger l’enfance sous couvert d’un droit à la liberté d’expression fallacieux. Il est tout de même ahurissant de constater à quel point l’enfance est menacée ; les faits divers abondent dans ce sens, et des gens prétendument sages, du haut de leur chaire planante, enfilent des perles à coup de phrases toutes faites, comme des réflexes de Pavlov, sans voir un instant que la fameuse liberté d’expression ne peut pas jouer de la même manière selon qu’on est adulte ou qu’on est enfant. Je leur rappelle également qu’il fut et qu’il est toujours un temps où certains films sont interdits aux moins de 16 ou 18 ans ; même si aujourd’hui, on dit « déconseillé »…

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Nos sages devraient se faire naturaliser irlandais ; cela leur remettrait les idées en place ! Dans une petite ville côtière de ce pays aux falaises fabuleuses, huit écoles primaires se sont mises d’accord avec les parents pour interdire le smartphone, non seulement à l’école, mais à la maison aussi. Ainsi, ils ont résolu l’argument selon lequel on ne pouvait priver un enfant de ce bidule, car à l’école, il se retrouverait isolé, marginalisé, discriminé, et ne pourrait partager avec ses camarades toutes les péripéties que la Toile d’araignée vous offre. La société civile a réussi à mettre en place une chose simple, nette, efficace. Ce qui permettra à ces heureux élus, les gamins qui ont cette chance, de construire un monde commun autour d’autre chose que ce qui, sous prétexte de vous connecter à la terre entière, vous isole et vous réduit à peau de chagrin, et vous expose aux méfaits déjà cités.

J’en entends déjà qui ruent dans les brancards : mais, pauvres gosses, comment feront-ils ensuite quand ils se retrouveront avec des smartphones plus tard ? Ils ne sauront pas faire ! Il faut leur apprendre à s’en servir intelligemment et pas les priver ! Ah, comme ce « s’en servir intelligemment » aura pu lui hérisser le poil ! Car ils n’auront aucun mal à s’en servir, soyez sans crainte ! Les gosses de dix ans s’y mettent en un clin d’œil et n’ont pas besoin qu’on leur apprenne.

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Oui, mais, me dira-t-on, s’en servir intelligemment, ça veut dire ne pas en être esclave. Sans aucun doute, mais pour ne pas être esclave de la toile, il faut avoir précisément eu une autre formation, d’autres intérêts, d’autres supports. Et c’est parce que j’ai bénéficié de cette autre formation que je ne passe pas ma vie devant ! 

Dernier point : est-ce parce que c’est le président Emmanuel Macron qui a fait cette proposition qu’elle est rejetée ? Dans ce cas, nous aurions affaire à une politique politicienne de très bas étage.

Faut-il vraiment apprendre à des soi-disant « sages » qu’interdire peut être le meilleur moyen de protéger ? Ont-ils à ce point peur d’être des adultes et d’en assumer la responsabilité ? Sont-ils si âgés que le discernement leur fait défaut ?

Cela s’appelle le Conseil constitutionnel et cela laisse pantois.

Élection à l’UWW : le calendrier qui étouffe la campagne

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Amphore attique pseudo-panthénaïque à figures noires représentant deux lutteurs, premier quart du Ve siècle avant J.-C. Mark Landon, Wikimedia Commons, licence Creative Commons Attribution 4.0 International.

Pour la première fois depuis plus d’une décennie, la présidence de la lutte mondiale devait faire l’objet d’une véritable compétition. Mais l’UWW a brusquement avancé l’élection de six semaines, alors même que les candidatures des deux adversaires de Nenad Lalović n’ont toujours pas été officialisées. De quoi faire naître le soupçon d’un scrutin taillé sur mesure pour le sortant.


Depuis près de deux mois, Causeur enquête sur la gouvernance de United World Wrestling (UWW), ses finances, certaines décisions de son Bureau et les conditions dans lesquelles son président, Nenad Lalović, entend briguer un troisième mandat. Nos révélations et les questions adressées aux dirigeants de la fédération semblent désormais produire leurs premiers effets : le fonctionnement interne de l’UWW fait l’objet d’une attention croissante et la compétition pour sa présidence est sortie de l’ombre. C’est dans ce contexte, en pleine controverse sur la légalité et la légitimité d’un troisième mandat de Nenad Lalović, que la fédération internationale de lutte vient de porter un coup supplémentaire à sa démocratie interne.

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Nenad Lalović a pris la tête de la fédération en 2013, après le départ de son prédécesseur, avant d’être élu en 2014 alors qu’il était seul candidat, puis réélu sans opposition en 2021. Ainsi, pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir, l’élection devait donc être réellement disputée. Trois candidats, dont le président sortant, se sont déclarés début juillet. L’UWW devait vérifier leurs dossiers, puis publier la liste officielle. Or, plus de six semaines après, l’UWW n’a toujours pas publié la liste des candidats retenus. Au 19 août, la rubrique « Candidates for Bureau elections & Policy on Campaigning » de la page officielle du Congrès de 2026 porte toujours la mention « n/a ».

Pourtant, l’article 14.1 de la Constitution de l’UWW prévoit que le Bureau examine les demandes, propose au Congrès un ou plusieurs candidats et motive sa décision. Les deux concurrents de M. Lalović restent donc privés d’une reconnaissance officielle de leur candidature, une incertitude qui limite nécessairement leur capacité à faire campagne auprès des fédérations appelées à voter.

Une élection avancée à marche forcée

Et puis, le 18 août, coup de théâtre : l’UWW décide de convoquer un congrès extraordinaire le 8 septembre pour élire son président. Le scrutin devait se tenir le 23 octobre à Astana, pendant les Championnats du monde, conformément à la pratique habituelle. Le site de l’UWW rappelle que le Congrès, son organe suprême, se réunit lors des Mondiaux.

Sans entrer dans les contestations juridiques que cette décision pourrait susciter, le procédé pose un grave problème démocratique. En amont, l’UWW retarde la reconnaissance des candidatures. En aval, elle avance l’élection de plus de six semaines et ne laisse aux adversaires du sortant que quelques jours pour présenter leur programme et convaincre les fédérations. L’UWW compte 189 membres affiliés, chacun disposant en principe d’une voix s’il est à jour de ses cotisations. Comment deux candidats dépourvus des moyens et du réseau accumulés par un président en fonction depuis 2013 pourraient-ils s’adresser à près de 190 fédérations dans un délai aussi court ?

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Après les interrogations soulevées dans Causeur sur le troisième mandat de M. Lalović, les finances de l’UWW et certaines décisions de son Bureau, ce nouveau calendrier nourrit le soupçon d’un scrutin organisé pour avantager l’homme en place. Une fédération internationale ne peut réclamer la confiance du mouvement olympique tout en donnant l’impression de verrouiller sa propre élection.

Antisémitisme : quand le courage est sélectif

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Garçon portant une kippa, Eure, France. 22/4/2020. Philippe Lissac/Godong/SIPA

L’affaire de la tenancière d’une buvette des Deux-Alpes serait presque dérisoire si elle ne révélait, dans sa petitesse même, quelque chose de beaucoup plus vaste : la formidable capacité de notre époque à choisir ses coupables, à hiérarchiser les haines et surtout à déployer soudain toute la majesté de l’État lorsqu’elle ne coûte rien et ne l’expose à aucun danger.


Cette femme n’était ni une théoricienne de l’antisémitisme, ni une militante politique, ni la propagandiste d’une quelconque doctrine raciale. Elle semblait surtout excédée par l’afflux de groupes de touristes juifs orthodoxes dont elle dénonçait le comportement, leur nombre, leur manière, selon elle, d’occuper les lieux sans égard pour les autres. Elle a commis la faute classique, et condamnable, qui consiste à passer du comportement de certains individus à la désignation collective d’un groupe. Il faut le dire sans détour. Mais il faut également refuser cette étrange abolition des degrés qui caractérise notre époque, où une parole maladroite ou hostile prononcée dans une buvette de montagne peut être immédiatement traitée comme si elle procédait de la même intention que la haine idéologique et systématique des Juifs.

Car alors, merveille ! l’État français retrouve soudain sa voix.

Cette voix que l’on entend si mal lorsque « mort aux Juifs » surgit dans une manifestation, lorsque des enfants juifs ne peuvent plus fréquenter tranquillement certaines écoles, lorsque des Français juifs dissimulent leur étoile de David, lorsqu’il devient prudent de ne pas porter une kippa dans certaines rues, lorsque le mot « sioniste » sert de plus en plus ouvertement de pseudonyme commode au mot « juif », lorsque les vieilles représentations du Juif puissant, manipulateur, riche, sanguinaire ou conspirateur reviennent sous le déguisement avantageux de l’antisionisme ; cette voix hésitante devient soudain formidable lorsqu’il s’agit d’une femme blanche, française, tenancière d’une buvette, isolée et parfaitement désarmée devant la machine médiatique et administrative.

Alors le ministre parle. Alors les autorités condamnent. Alors les consciences se réveillent. Alors la République retrouve son glaive.

Il faudrait être bien naïf pour ne pas apercevoir dans cette disproportion quelque chose de profondément révélateur. Non que cette femme doive être excusée parce qu’elle est française ou blanche : ce serait simplement inverser le privilège identitaire que l’on dénonce. Mais parce qu’une démocratie digne de ce nom devrait montrer la même détermination devant toutes les manifestations de haine antijuive. Or c’est précisément cette égalité de courage qui fait défaut.

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Nous connaissons depuis longtemps le cérémonial. Lorsque l’antisémitisme provient du vieux fonds nationaliste ou racial européen, lorsqu’il est proféré par un Français appartenant à la majorité historique, aucune circonstance atténuante n’est recherchée, et c’est très bien ainsi. Mais lorsque cette même haine apparaît dans certains milieux islamistes, lorsqu’elle emprunte au conflit israélo-palestinien son vocabulaire, ses images et ses justifications, lorsqu’elle transforme le Juif en « sioniste » afin de pouvoir le haïr avec bonne conscience, commence alors l’immense travail de contextualisation.

On explique.

On invoque Gaza, la Palestine, les discriminations, les frustrations sociales, la mémoire coloniale, les quartiers, l’exclusion, le sentiment d’abandon. Tout devient compliqué dès que le coupable appartient à une catégorie que l’idéologie dominante a préalablement rangée parmi les victimes. La haine cesse alors d’être seulement une haine : elle devient symptôme, réaction, conséquence, expression d’une colère qu’il faudrait comprendre avant de la condamner.

C’est ici que réside l’une des faillites morales les plus graves de notre temps. Nous avons créé une société où l’identité de celui qui hait importe parfois davantage que la haine qu’il exprime.

Le gouvernement français ne reste évidemment pas absolument silencieux devant l’antisémitisme islamiste ou militant. Il condamne des agressions, interdit parfois des rassemblements, poursuit certains auteurs. Prétendre le contraire serait faux et affaiblirait le propos. Mais il existe une différence entre réagir à des actes lorsqu’ils deviennent impossibles à ignorer et affronter politiquement, culturellement et intellectuellement les milieux où se diffuse depuis des années une représentation obsessionnellement hostile des Juifs et d’Israël.

C’est cette seconde bataille que l’État mène avec une extraordinaire timidité.

Il est beaucoup plus facile de frapper symboliquement une tenancière de buvette que d’affronter des réseaux militants, des prédicateurs, des propagandistes, des influenceurs ou des mouvements politiques capables de mobiliser des milliers de personnes. Beaucoup plus facile de sermonner une femme isolée que de regarder en face l’importation et l’enracinement en France d’un antisémitisme nourri à la fois de vieilles représentations religieuses, de propagandes moyen-orientales et d’un antisionisme occidental devenu, chez certains, le langage respectable de passions beaucoup plus anciennes.

Voilà pourquoi l’affaire des Deux-Alpes provoque un malaise qui dépasse infiniment la personne concernée. Elle donne le spectacle d’un pouvoir courageux devant les faibles et infiniment plus prudent devant les forces collectives qu’il redoute de nommer.

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Cette prudence a un prix. Depuis des années, des Français juifs vivent entourés de dispositifs de sécurité que nous avons fini par considérer comme naturels. Des écoles juives sont protégées. Des synagogues sont gardées. Certains retirent leur kippa avant de prendre le métro. D’autres envisagent de quitter la France. Nous contemplons cela comme une donnée presque météorologique de notre existence collective, tout en nous offrant périodiquement le luxe d’une indignation spectaculaire contre un individu dont les propos permettent de rejouer à peu de frais le grand théâtre de l’antifascisme.

Il y a quelque chose d’indécent dans ce contraste.

La France officielle adore désormais les batailles dont elle connaît d’avance le vainqueur. Elle est intraitable contre celui qui n’a derrière lui ni foule, ni organisation, ni puissance de mobilisation ; beaucoup plus précautionneuse lorsque la haine s’inscrit dans des rapports de forces réels. C’est moins de la tolérance que de la peur, moins de l’humanisme que de la gestion politique, et moins du courage républicain que cette vieille habitude des pouvoirs affaiblis : faire démonstration de leur autorité là où ils savent qu’elle ne rencontrera aucune résistance.

Il faudrait pourtant tenir ensemble deux vérités que notre époque semble incapable de penser simultanément. Oui, la patronne de cette buvette devait répondre de ses paroles si elle avait essentialisé les Juifs et refusé des clients parce qu’ils étaient juifs. Et oui, il est parfaitement légitime de critiquer les comportements de groupes de Juifs orthodoxes, comme ceux de catholiques, de musulmans, de touristes chinois, de supporters de football ou de n’importe quelle communauté humaine, dès lors qu’on parle de comportements précis plutôt que d’une essence collective.

Mais surtout, la République ne peut exiger cette discipline du langage d’une tenancière de buvette et accepter que d’autres espaces deviennent des zones de complaisance où le Juif peut être désigné sous le nom de « sioniste », Israël comparé quotidiennement au nazisme, le 7-Octobre relativisé ou justifié, et l’idée même d’un État juif présentée comme une monstruosité dont la disparition constituerait une libération.

L’antisémitisme n’a pas besoin aujourd’hui de chemises brunes pour prospérer. Il sait parler le langage des droits de l’homme, de l’anticolonialisme et de la libération des peuples ; il sait également parler celui de la religion et de la guerre sainte. Il peut même combiner les deux, alliance extraordinaire entre une partie de l’extrême gauche occidentale et des courants islamistes qui ne partagent à peu près rien de ses valeurs mais ont découvert un ennemi commun.

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Et c’est précisément devant cette métamorphose que l’État paraît le plus démuni, parce qu’il continue trop souvent de chercher l’antisémitisme sous les costumes du siècle précédent.

On traque le fantôme familier tandis que le phénomène vivant change de langue, de milieu et de justification.

La seule politique honorable serait pourtant d’une simplicité presque brutale : mêmes règles pour tous, mêmes interdits pour tous, même vigilance envers tous. Aucun privilège d’innocence fondé sur l’origine, la religion, la couleur de peau ou le statut supposé de victime ; aucune indulgence particulière envers l’antisémitisme parce qu’il aurait appris à prononcer les mots « Palestine », « anticolonialisme » ou « résistance ».

Alors seulement la condamnation de cette femme aurait une pleine légitimité morale. Car l’autorité n’est respectable que lorsqu’elle accepte de s’exercer également contre ceux qui sont faibles et contre ceux qui peuvent lui résister.

Sinon, ce n’est plus de l’autorité.

C’est le courage sélectif d’un pouvoir qui frappe là où il ne risque rien et détourne trop souvent les yeux là où commence le véritable combat.

La société malade

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IA : la machine à diplômes

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Rassemblement d'élus, de parents et d'enseignants devant l'hôtel de ville de New York pour demander au maire un moratoire de deux ans sur l'IA générative dans les écoles publiques. Le 24 juin 2026 à New York, Etats-Unis. © Gina M Randazzo/ZUMA/SIPA

En 2026, 95 % des étudiants britanniques interrogés disent utiliser l’IA, tandis que la part de ceux qui intègrent directement du contenu généré dans leurs travaux évalués ne cesse de progresser. A mesure que les devoirs se sous-traitent aux chatbots, c’est la raison d’être de l’enseignement supérieur qui est menacée : former des esprits capables de penser par eux-mêmes.


Pourquoi un enseignant devrait-il s’infliger la lecture d’une rédaction que l’étudiant n’aurait pas écrite ? De prime abord, cela ressemble à une rupture du contrat implicite qui existe entre le maître et son disciple. Une transgression qui menace les fondements de l’école et de l’université. Bien que la culture de l’examen écrit semble perdurer en France, le monde anglophone nous annonce un renversement radical. Avec un enseignement sur écran, des examens réalisés en ligne et des travaux rédigés par le truchement des chatbots, l’éducation change de visage.

Ayant d’abord été appliqués dans les domaines purement techniques, les mécanismes de l’intelligence artificielle se sont immiscés dans ce que nous considérions comme le domaine réservé du cerveau humain : la pensée. L’IA joue sur le traitement de données à grande échelle, elle porte donc une charge cérébrale comme une machine porte une charge physique. Par ailleurs, son développement actuel se dirige vers une meilleure mise en lien, par elle-même, des données qu’elle est amenée à traiter, ce qui se rapproche de la pensée. Enfin, elle se nourrit de ce que les programmateurs et les utilisateurs lui communiquent. En somme, elle apprend. Du moins, la vitesse avec laquelle elle peut restituer le savoir lui donne l’apparence d’apprendre. Pour beaucoup d’étudiants, la tentation est grande.

L’écosystème de la triche

Du simple résumé de texte à la rédaction intégrale de devoirs, les chatbots et applications spécialisées sont devenus la norme du quotidien étudiant. Ils cèdent à la promesse de la facilité et contournent les exercices qui leur sont donnés. Le raisonnement est quelque peu sommaire, mais efficace : pourquoi faudrait-il lire un livre de la première à la dernière page quand un résumé peut aisément communiquer la trame narrative ou argumentative ? Pourquoi passer des nuits blanches à rédiger un devoir quand on peut le faire en quelques minutes avec l’IA ? Pourquoi s’acharner à réviser son cours et à l’assimiler quand on peut obtenir des résumés qui vont droit au but ? Pourquoi s’embêter à écouter en cours quand on peut simplement demander une explication du sujet à son partenaire artificiel ?

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La création des chatbots, ou interfaces de dialogue, a permis à chacun d’avoir accès à des outils dont la capacité d’archivage et la vitesse de restitution dépassent largement celles des cerveaux humains. L’éducation, particulièrement à l’échelle de l’université, souffre de l’étendue de cette IA générative. Une moitié de la gymnastique mentale impliquée dans l’éducation des esprits au sens classique – apprentissage, assimilation, restitution – peut être largement contournée. L’autre moitié, celle qui relève de la pensée originale des Hommes à partir de ce qu’ils ont assimilé, est menacée par la facilité de se contenter de ce que l’IA génère pour nous. Jamais le discernement n’a été aussi important pour juger du bon usage et des résultats de l’IA, et jamais il n’a été plus facile de s’en passer.

Pourtant, il existe des utilisations vertueuses des chatbots. Par nature, les grands modèles de langage (GML) encouragent les utilisateurs à échanger de manière active s’ils veulent bien s’en donner la peine. Les étudiants ont parfois trouvé des manières constructives d’y avoir recours de façon légitime. Par exemple, en joignant un cours dans le fil de la conversation, ils peuvent générer des questionnaires utiles à leurs révisions. Plutôt que de sous-traiter l’écriture d’un devoir ou d’une dissertation, les étudiants avisés se servent de l’IA dans la construction et l’amélioration de leur travail. Cependant, seul l’avenir nous dira, de la facilité ou de la curiosité, quelle attitude intellectuelle déterminera l’utilisation de ces outils de pensée.

Le sabordage de l’université

Pour l’heure, les évolutions de l’enseignement dans le monde anglo-saxon ne sont pas encourageantes. De nombreuses universités, plutôt que de revaloriser les travaux manuscrits réalisés en classe, se tournent vers une digitalisation des cours et des examens. Les administrations universitaires rechignent à maintenir, ou à rétablir, des modèles traditionnels d’enseignement magistral et d’examens sur table. La prédominance du contrôle continu, moins éprouvant et sans surveillance directe, offre un espace idéal pour l’usage sans restriction de l’IA. Pour le moment, les universités françaises semblent conserver une part non négligeable d’examens dans l’évaluation des étudiants. Espérons qu’elles ne céderont pas à la tentation de la facilité.

Le contournement de l’apprentissage par l’IA est exacerbé par une vision réductrice des études par les étudiants. Bien souvent, ils arrivent à l’université avec la perspective d’obtenir un diplôme qui leur donne des ouvertures sur le marché du travail. Au Royaume-Uni comme aux États-Unis, où les étudiants s’endettent à hauteur de plusieurs dizaines de milliers de livres ou de dollars, l’université est souvent perçue comme un service plutôt que comme un lieu de formation intellectuelle. Si le passage à l’université se réduit à l’obtention de résultats, pourquoi ne pas optimiser son temps et son effort en demandant à l’IA de réaliser ses travaux ? Ce n’est plus de la triche, c’est de la sous-traitance. Par ailleurs, en craignant un effet négatif sur les revenus générés par les inscriptions, certaines de ces universités pourraient hésiter à dissuader les étudiants ayant recours à l’IA.

Les enseignants pris en étau

Face à cette situation, les enseignants doivent défendre envers et contre tout une éthique de l’effort personnel. Si l’éducation est plus qu’un moyen d’insertion professionnelle, il faut remettre le développement intellectuel des individus au cœur de l’apprentissage. Face à l’infinie complexité des mécanismes de l’IA, ce sont les méthodes les plus simples qui peuvent garantir l’intégrité des évaluations. À savoir, des examens sur table avec papier et stylo. Or, les administrations des universités ne semblent pas de cet avis. Paul Sagar, professeur de théorie politique au prestigieux King’s College, l’écrit dans une tribune : « Des enseignants universitaires comme moi ont tenté de faire du bruit, mais les administrateurs nous intiment aussitôt de nous taire et de continuer à bafouer notre vocation. »

L’IA générative et les GML sont capables de produire des travaux universitaires de plus en plus sophistiqués. Les logiciels anti-plagiat, quant à eux, ne parviennent pas à suivre la cadence effrénée du développement des « modèles de réflexion », option désormais disponible sur la plupart des chatbots. Pour couronner le tout, le New York Times rapporte que des « outils “d’humanisation” réécrivent les textes générés par l’IA pour les rendre moins robotiques, stéréotypés ou banals. » L’industrie de l’IA fait preuve d’un cynisme notable par son développement parallèle des outils de détection et de contournement. Face à cette situation, l’enseignant est confronté à la plausibilité du déni. C’est son instinct contre la parole de l’étudiant.

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Néanmoins, le développement des systèmes de dépistage semble progresser. Le Daily Telegraph rapporte qu’un nouveau modèle de détection est en cours de développement par Anthropic pour son chatbot Claude. Désormais, il serait possible de programmer les GML pour qu’ils introduisent des watermarks ou des « mots en filigrane » qui ne seraient pas visibles des étudiants. Les enseignants pourraient passer les travaux dans un programme capable de répertorier ces signes afin de repérer la triche. Par ailleurs, des initiatives se mettent en place, à l’image du gouvernement danois qui a annoncé que les étudiants devraient défendre leurs travaux écrits à l’oral. Une forme de soutenance qui permettrait aux enseignants d’évaluer leur degré d’implication personnelle au cours de la rédaction.

Le savoir organique contre la logique de la machine

À chaque révolution technique, l’humanité est appelée à se demander s’il s’agit d’une évolution ou de la fin d’un monde. À notre première question, pourquoi un enseignant devrait-il s’infliger de lire un travail qui n’a pas été réalisé par l’étudiant, ce dernier pourrait bien répondre : « C’est tout ce qui m’est demandé pour valider mon année. » En un sens, en sous-traitant leurs études, ils se préparent à sous-traiter leur travail. Les matières littéraires, qui reposent sur l’affinement de la pensée et la rigueur intellectuelle, sont particulièrement vulnérables à cette évolution. Laisser les étudiants sous-traiter leur pensée mettrait fin au rêve humaniste des Lumières. L’émancipation par la connaissance laisserait place à un usage purement utilitariste d’un savoir dispensé par l’algorithme.

Si les universités ne parviennent pas à répondre aux défis que leur pose l’IA, c’est toute la société qui en souffrira. Il serait tout à fait envisageable que, dans un avenir proche, la pensée originale ne joue plus aucun rôle, toute action se réduisant à un choix entre les propositions de la machine. La logique de la machine, collectiviste par nature, l’emporterait sur la singularité humaine qui dépend de sa formation intellectuelle. La généralisation du fonctionnement artificiel aurait alors obtenu ce dont aucun régime totalitaire n’aurait été capable : la dissolution totale de la singularité des individus, désormais incapables de penser en dehors des canaux qui leur sont fournis par la machine.

Quand Libé fête un « groupuscule féminazi »… et perd son âme

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François Kasbi. DR.

Associer le nazisme à quoi que ce soit (ici le féminisme) – comme source d’inspiration et avec le sourire : il faut vraiment qu’une page se soit tournée depuis quelque temps, sans crier gare (quoique), pour que cela soit possible, audible – et que cela fasse rire le quotidien « antifa » de tradition.


Bien sûr, cela fait un peu peur quand on lit les deux pages que Libé lui consacre (vendredi 7 août). Quel est ce « groupuscule féminazi activiste de la fête » ? Les Dynastits – avec la Maréchale Putain (sic), Simone du Bavoir (sic), Patricia Crasse (sic), etc. Avouez que c’est drôle, non ? 

Si on aime l’humour gras, vulgaire, grossier, c’est irrésistible même. 

Si on a un semblant de conscience morale – quelque chose qui, dans la tête, à un moment, dit : « Non, peut-être pas « ça » » -, cela paraît impensable. Et ignoble. 

Associer « féminisme » et « nazisme », même pour ricaner (marque de l’époque) – par provocation : vraiment ? 

Comme je n’aimerais pas rire avec ces gens-là. On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui, c’est bien connu (le groupe Jalons était drôle, lui ; « limite » – c’était son créneau – mais drôle).

Alors qu’en lisant « groupuscule féminazi », j’ai pensé à George Steiner ou à Stefan Zweig, ces représentants de la vieille Europe érudite, cosmopolite, polyglotte. 

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Qu’eussent-ils pensé de cette barbarie désopilante (tendance Radio Nova ou Zoom Zoom Zen, l’émission si « comique » de France Inter) ? Que cela signait sans doute la fin d’un monde – celui d’hier (Zweig) – et le début d’un autre, qui fait frémir. Zweig s’est suicidé à cause de ça – cette dérive qu’il avait vu s’épanouir, cette inhumanité qui avait pris ses aises, en lieu et place de tout ce qui avait été le sens de sa vie, son combat pour la civilisation.

Je pense (parenthèse) en outre, à la journaliste qui transcrit tout cela – sans qu’associer « fémi » à « nazi » ne la fasse tiquer. Ne provoque chez elle un sursaut, une réflexion (sens strict), une nécessaire explication : une précaution. Mais rien. Le vide. Qui trouve ça « Cool ! » sans doute. Voire « Trop cool ! ».

Le principe des soirées Dynastits ? Je cite Libé : « Une vente aux enchères de vieux vinyles, « plus ou moins douteux », au profit d’associations de luttes et de préventions pour les droits des femmes (par exemple, le Planning familial) ».

Je continue : « « (La vente de disque) peut aller d’1 euro à un million d’euros ». Les acheteurs ont le choix entre conserver leur acquisition ou pulvériser la galette noire sur scène, à coups de talon aiguille. C’est la « destruction » réservée aux artistes « problémachistes ».

La cause est très belle, bien sûr. Rien à redire. La manière, elle, est abjecte. Un des premiers vinyles sacrifiés dans l’article (et la soirée relatée) est de Patrick Bruel : étonnant, non ? Les nazis et les Juifs ne se sont jamais bien entendus.

Je continue ? « « Destruction ! » scande l’assistance, avant que le disque ne se brise sous l’assaut du 10 centimètres brillant. Au suivant… »

Je ne continue pas. On a compris le lien avec les nazis : les autodafés. À visualiser la scène, je frémis. Il y a donc des gens qui regrettent les autodafés, la joie mauvaise et collective (i.e. la haine) qui les accompagne.

Les Dynastits est sans doute un groupuscule hilarant – parmi les meilleurs « féminazis » du moment, j’imagine – mais, honnêtement, je ne les connaissais pas. Et, sans Libé, je ne les aurais pas connus. Je crois que j’aurais préféré ignorer leur existence. La possibilité de leur existence. J’étais mieux avant de savoir qu’il y avait des « féminazis ». 

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Peut-être même sont-elles amies avec les « fémi » qui excluent les femmes juives de leurs manifestations ou refusent de condamner les féminicides et viols commis à l’encontre des Israéliennes le 7 octobre 2023 (« fémi » dénoncées avec courage, talent et beaucoup d’intelligence, dans Lutter sans se trahir – Stock, 2026 – par Diane Richard, ancienne de #Nous Toutes, qui a quitté ce collectif pour cette raison-même).

Ultime précision – pour finir : je ne suis pas « contre » les « féminazis ». Ni « pour ». Je trouve juste cela terriblement bête. Uniquement bête – l’ennemi absolu. 

Un indice insigne, irréfutable, du vide de la pensée des gens qui ont trouvé ce nom. Faut-il avoir peu réfléchi pour confondre cela avec une… audace ?  

Et s’assumer ainsi, la bêtise crâne en bandoulière, en lutte à mort contre ceux qui chérissent l’intelligence – une abstraction pour elles (ou une absence ?). Terrifiant monde qu’elles proposent – et qu’elles figurent. Où la bêtise est partout, qui nous cerne – et l’intelligence nulle part. Comme Michel Audiard avait raison : Ils « osent tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît. » Qui « Ils » ? Renseignez-vous : c’est assez facile. Quant à moi, je retourne lire Paul Valéry, ce génie qui réconforte, exalte, protège.

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Entre copinage et provocation : la critique en France…

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Le magistrat et essayiste français Philippe Bilger © l'Archipel

La critique culturelle française semble de plus en plus prisonnière du copinage, de l’idéologie et de quelques poncifs qui tiennent lieu de jugement esthétique. A force de célébrer la provocation ou les thèmes à la mode, ne risque-t-elle pas d’oublier sa fonction première : distinguer les œuvres qui ont du talent de celles qui n’en ont pas ?


Rien n’est plus agaçant, pour le lecteur compulsif, que cette impression constante de ne trouver, en matière culturelle, aucun jugement authentique, libre et transparent. En formulant cela, avec cette généralité trop sûre d’elle-même, j’ai bien conscience que je mêle le bon grain et l’ivraie et que je fais pâtir la critique, sous toutes ses formes, du clientélisme et de l’insincérité d’une partie de celle-ci. Pourtant, ce n’est pas seulement cette perception de subjectivités partiales et gangrenées par la proximité qui conduit à douter de la qualité de la critique en France. Elle est aussi affectée par un certain nombre de biais et de banalités qui altèrent ses appréciations artistiques et font advenir soit le triomphe du copinage, soit le culte de l’idéologie.

Deux exemples m’ont particulièrement frappé ces derniers temps. Le premier concerne une critique de Frédéric Beigbeder dans Le Figaro Magazine. On y trouve ce poncif selon lequel « on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments ». Pour être ressassée jusqu’à plus soif, cette prétendue évidence n’en est pourtant pas une, et la littérature offre, dans ses œuvres les plus remarquables, la démonstration qu’au moins partiellement, pour décrire le réel et atteindre l’universel, les bons sentiments sont nécessaires et que rien ne serait plus faux qu’un monde de noirceur exclusive. Les génies, quel que soit le genre artistique, ont ceci de particulier que la distinction entre bons et mauvais sentiments ne les concerne pas et que leur seul souci est de présenter de l’humain une vision qui tient la balance égale entre les ombres et les lumières.

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Qui n’a pas observé, par ailleurs, cet étrange miracle qui fait que les plus grands créateurs, dans les romans, les films ou le théâtre, parviennent, en appréhendant, quand c’est nécessaire à leur invention, la part la plus sombre de la vie, à engendrer tout de même une sorte de joie, parce que rien ne comble davantage le spectateur ou le lecteur que cette certitude d’avoir affaire à une vérité absolue, quelle que soit sa tonalité ? Cette absurdité, qui traîne dans les critiques comme un mantra, a pour conséquence perverse de multiplier les dilections pour l’incongru, le rare, l’inusité, la provocation — je songe notamment aux choix parfois délirants du Festival de Cannes, où, par exemple, un film hors de toute vraisemblance comme Titane obtient une Palme d’or — et de tout faire pour échapper à une normalité talentueuse.

La seconde publication qui m’a stimulé était relative à cette série du Monde, par Brigitte Salino, sur l’attitude des artistes, des metteurs en scène et des écrivains sous l’Occupation. Le dernier article concernait le point de vue de quelques personnalités du théâtre d’aujourd’hui sur le comportement qu’elles auraient eu sous l’Occupation. Évidemment, toutes de gauche et seulement obsédées par le combat contre le risque de voir le Rassemblement national arriver au pouvoir ! Se posant en résistants avant l’heure, sans percevoir le ridicule de cette lutte contre un ennemi fantasmé.

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Pas un instant, après que l’un d’eux a qualifié de « rance » le théâtre de l’époque, ils ne s’interrogent sur la qualité du théâtre d’aujourd’hui, sur leur talent de metteurs en scène, sur leur aptitude à enthousiasmer un public à la fois populaire et élitiste. La relation que ces personnalités naturellement progressistes entretiennent avec la période de l’Occupation manifeste seulement, chez elles, la mainmise de l’idéologie sur l’art. Paradoxe d’autant plus surprenant qu’elles semblent précisément en faire grief au RN !

Je pourrais continuer cette litanie en passant au crible beaucoup de critiques culturelles qui, pour résumer, ne s’attachent plus à la qualité intrinsèque des œuvres, mais à la présence, en elles, d’éléments à la mode. Par exemple, pour Libération, aborder l’homosexualité semble parfois suffire à faire un bon film ! Pourtant, une voie existe qui, loin du copinage et de la provocation, rassurerait ceux qui font encore confiance aux médias pour les guider et les conseiller.

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Quelques bémols à une belle plaidoirie

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Le Pape Léon XIV au Vatican, 28 septembre 2025 © ALESSIA GIULIANI/IPA/SIPA

Il se trouve que Dominique Labarrière connait Jean-François Colosimo pour l’avoir croisé aux éditions de La Table Ronde, aux temps glorieux et joyeux où l’ami Denis Tillinac en était le patron. C’est pourquoi il se permet ces quelques lignes, bien que ne se reconnaissant aucune légitimité particulière à s’immiscer dans le débat sur le pape et l’IA, si ne n’est d’avoir été en son temps un catholique romain d’une docilité exemplaire. Tribune.


Qu’il me soit permis d’apporter quelques bémols aux propos de Jean-François Colosimo dans l’excellent entretien qu’il a donné récemment à Causeur.

Il y affirme que « Le pape ne représente aucune puissance, aucun empire, aucun lobby ». Or le Vatican est un État, et tout État est, par essence, une puissance. Le pape étant son chef, Léon XIV est donc un chef d’État. Ses visites à l’étranger sont traitées comme des visites d’État, préparées par sa diplomatie via ses ambassadeurs que sont les nonces apostoliques.

Quant au lobbying, il ne serait certainement pas extravagant d’avancer que l’Église de Rome aura été pionnière dans ce registre, si ce n’est l’un des grands concepteurs. D’ailleurs, que fait le pape lorsqu’il promeut – avec quelle ardeur ! – les « gestes d’hospitalité de Lampedusa » (sic) auprès d’instances internationales (Unesco, etc.), sinon du lobbying ?

À propos de l’IA, passer sous silence le fait que, jamais dans l’histoire de l’humanité une avancée de cette nature – proprement révolutionnaire – n’a été aussi promptement – dans la foulée de son invention – mise à la disposition du plus grand nombre – apportant donc un sérieux bémol à l’accusation de confiscation et d’hyper-concentration évoquée – me paraît discutable, ne serait-ce qu’en regard de l’exigence intellectuelle que porte un certain esprit de méthode. (Cela dit, je ne doute pas un seul instant que des formules telles que « nietzschéisme digitalisé » et « transhumanisme financiarisé » ne fassent leur petit effet dans les dîners en ville et les colloques paroissiaux.)

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L’IA, bien comprise, représente aussi, qu’on le veuille ou non, une redistribution des cartes du savoir permettant au « faible » d’avoir en main le même corpus de connaissances que le « fort ». Du moins idéalement, ce qui est déjà beaucoup. Ne pourrions-nous pas dès lors considérer que nous nous trouvons devant une forme de « partage universel des biens communs » à quoi l’auteur se réfère via Thomas d’Aquin ? « Destination universelle » à laquelle l’Église de Rome s’est cependant opposée avec une constance forçant l’admiration, notamment en portant à l’index des livres interdits – index librorum prohibitorum – ce bien commun par excellence qu’est la Sainte Bible en langue vernaculaire, cela dès les années 1550. L’interdit ne fut levé qu’à la suite de Vatican II, en 1966. Est-il nécessaire de rappeler que, jusqu’alors, figuraient parmi cette interminable liste d’ouvrages et d’auteurs bannis – la dernière fut publiée en 1948 – des génies tels que Montaigne, Descartes, Malebranche, Montesquieu, Hume, Pascal, Spinoza, Kant, et bien sûr Rousseau, Voltaire, Diderot… Qu’on me pardonne, mais j’ai le plus grand mal à voir en cela la manifestation éclatante d’un zèle ébouriffant pour la défense et la prospérité « de l’empire du livre en tant que vecteur d’émancipation » qu’évoque Jean-François.

Le pape se trouve, écrit l’auteur, « à la tête d’une institution deux fois millénaire qui n’a cessé de penser le rapport entre la foi et la raison, contribuant de manière décisive à l’édification de la rationalité universelle ». Si cette édification est bien à mettre au crédit du christianisme, en attribuer le mérite au catholicisme romain peut porter à sourire, lui qui n’a cessé de combattre à grands coups d’excommunication et de procès en hérésie – là encore avec une constance admirable – les prodigieux penseurs – chrétiens – qui eurent l’audace de s’aventurer avec un peu trop de liberté et de pertinence sur ce terrain. Les Abélard, les Guillaume d’Ockham, les Bérenger de Tours, les Anselme de Laon et tant d’autres furent de ces infortunés. Même Thomas d’Aquin eut droit un temps à son lot d’opprobre et à sa mise au purgatoire après sa mort…

Il y a mieux encore. Dans son encyclique Magnifica Humanitas, Léon XIV se fait le chantre émerveillé de la liberté de conscience, de la liberté religieuse, « qui est enracinée en l’homme », s’enthousiasme-t-il en substance. On ne peut qu’applaudir et souscrire, cela va de soi. D’autant que, là encore, le fait est assez nouveau. Pendant environ un millénaire et demi, de l’édit de Thessalonique, à l’aggiornamento radical de Vatican II, en passant évidemment par le pic à maints égards obscurantiste du pontificat de Pie IX, la liberté de conscience et donc religieuse a été fermement condamnée, qualifiée de « délire » notamment par le même Pie IX, reprenant l’anathème d’un de ses prédécesseurs. Donc oui, applaudissons sans réserve à ce qu’il faut bien regarder comme un salutaire revirement… Applaudir, certes, mais en ayant à l’esprit un autre bémol. Cet enthousiasme « libertaire » du pape ne relèverait-il pas, au moins pour une part, d’une sorte d’opportunisme stratégique ? 

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Quand on est aussi favorable à l’immigration que l’est précisément Léon XIV, et qu’on encourage la venue de foules, pour certaines islamisantes, animistes, voire adoratrices de l’oignon, que sais-je encore, n’est-il pas de bonne politique de se présenter comme un défenseur ardent de la liberté religieuse ? C’est bien le moins qu’on puisse faire, en réalité, même si cela sonne un peut démagogique tout de même. On aura une lecture identique de cet autre passage de l’encyclique où il est – pour la énième fois – regretté que l’Église ait tant tardé à condamner l’esclavage.   

Répétons-nous : le Vatican est un État et Léon XIV un chef d’État. C’est donc un chef d’État très officiellement et très solennellement engagé dans la promotion de l’immigration qui sera accueilli en France dans quelques semaines. Passer sous silence cette réalité me semble relever d’une cécité pour le moins condamnable. Sauf à considérer bien sûr que seule l’éventuelle submersion par l’IA mérite qu’on veille au grain, et que le déferlement en Occident de populations exogènes en masse – le pape lui-même évalue le défi d’accueil à quelque cent millions d’individus – n’est que broutille. 

Pour tout dire, on apprécierait assez que Sa Sainteté fasse montre d’autant de prudence pour traiter de la seconde qu’il en manifeste pour la première. 

On apprécierait aussi que les cathos de France profitent de l’occasion de cette visite pour exiger de leur guide des éclairements sur le devenir de l’Occident considéré sous le prisme de ces bouleversements démographiques qu’il encourage. Exiger des comptes sur l’orientation sournoisement teintée d’occidentophobie de la politique vaticane conduite en particulier depuis son prédécesseur. 

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Il y a une phrase qui m’obsède depuis que je l’ai lue, puis entendue. Une phrase tirée du roman et du film Le Guépard. Devisant avec son confesseur, le prince Salinas, déclare, se souciant de l’avenir de sa caste, l’aristocratie sicilo-italienne : « Si pour sa survie, l’Église doit nous détruire, elle nous détruira ». Nous en sommes-là. Si pour son rayonnement, son développement l’Église vaticane doit en passer par la « créolisation » de l’Occident, elle le fera. C’est du moins ce que sa politique actuelle nous permet d’augurer. À quelle échéance cette somptueuse et joyeuse métamorphose ? Il se peut que l’IA ait la réponse. Je l’ignore, n’ayant pas encore franchi le pas…

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Abeille tueuse

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Matthew McConaughey joue Amziah King dans "Oklahoma Honey". © Metropolitan Film & Video

Sous ses airs de comédie rurale, Oklahoma Honey vire peu à peu au thriller noir. Entre miel volé, règlements de comptes et religiosité poisseuse, ce film porté par Matthew McConaughey cultive un savoureux mélange de rednecks et de violence.


L’intrigue ne prend pas moins d’une bonne heure à se nouer. Au début, le film a la tournure d’une comédie un peu poussive, émaillée de chansons country. L’apiculteur Amziah (Matthew McConaughey) est affecté d’un problème cardiaque dont il ne se remettra pas. Notez qu’en attendant qu’il clamse d’un infarctus, pas un plan du film ne nous épargne sa bouille de péquenaud mal rasé. Toujours est-il que notre Amziah s’est fait chourer une cargaison de miel, ce qui n’arrange pas les affaires de sa PME, baptisée King Honey. Il se console avec son joyeux band (banjo, violon, guitare, voix), qui se produit dans les rades ruraux de l’Oklahoma, État où le parler ricain épouse cet inimitable accent traînant du Sud.

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Le charismatique Amziah a pris sous son aile Kateri, une jeune femme orpheline traumatisée par son enfance en foyers d’accueil. Après la mort du boss, la voilà qui décide de prendre les choses en main. À partir de là, The Rivals of Amziah King – titre original, bien meilleur que ce Oklahoma Honey, choisi pour la distribution du film en France -, sans se défaire jusqu’au dénouement d’une tonalité faussement enjouée, prend un tour de plus en plus sombre : combative et rouée, n’hésitant pas à recourir à des méthodes expéditives (crémation, empoisonnement), la brunette à la mine angélique (dont le corps paraît immunisé contre les piqûres d’abeilles) s’emploiera, bernant une police aveugle, à soustraire de son horizon les rivaux de feu son mentor et à récupérer le miel évanoui, aidée en cela d’un ci-devant marine diablement débrouillard. Thriller entre bouseux et repris de justice, Oklahoma Honey paraît hésiter entre le registre de la comédie noire et celui du drame à la violence larvée. Baigné de religiosité – « nous allons nous sauver en la parole du Christ mort sur la croix », psalmodiait le défunt Amziah, accompagné de sa virile phalange musicale -, The Rivals… semble, en guise de morale, souscrire sans y mettre beaucoup de pincettes à l’antique canon biblique de « l’œil pour œil, dent pour dent ».    


OKLAHOMA HONEY . Film d’Andrew Patterson. Avec Matthew McConaughey, Angelina LookingGlas, Kurt Russell, Rob Morgan

2025

Durée : 2h10

En salles en France le 19 août 2026

Demandez le programme « informationnel » de QuotaClimat !

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JEAN SAUVIGNON de QuotaClimat prend la parole à l'événement "Promoting Information Integrity on Climate Change", Bonn, Allemagne. 18/6/2025 Bianca Otero/ZUMA/SIPA

Cette association, largement subventionnée par l’argent public, fait partie d’un vaste dispositif, à l’échelle de la France et de l’Union européenne, destiné à surveiller l’information sur le climat. Au menu : contrôle, censure, rééducation, uniformisation.


DSA, Arcom, Viginum, observatoire de la désinformation, labellisation des médias, vérification de l’espace informationnel, enquêtes sur les ingérences intérieures – l’écologisme ne pouvait manquer de s’immiscer dans le dispositif de contrôle et de surveillance des médias et des citoyens échafaudé par le pouvoir en place. Le gouvernement ayant l’intention de présenter en septembre prochain un « Premier plan national sur l’accès à l’information sur l’environnement et le climat » sentant la censure à plein nez, l’association QuotaClimat s’est empressée de lui adresser dix-sept propositions qui sont autant de moyens de proscrire tout ce qui ne va pas dans son sens et d’éduquer la population à l’idéologie climatiste. Ses propositions, n’en doutons pas, seront suivies d’effet, d’autant plus que la plupart sont déjà dans les tuyaux : l’écologie politique a ceci de remarquable qu’elle est au pouvoir dans toutes les instances qui comptent et, pour nombre d’entre elles, empoisonnent la vie des Français, alors que son poids électoral est dérisoire et son soutien populaire nul. Pour de plus amples informations sur les buts réels et les actions délatrices de l’association opportuniste et sectaire QuotaClimat, je renvoie à la chronique du 23 octobre 2025 d’Élisabeth Lévy et à mon article du 15 mai 2026.

Rappelons que, diplômées de l’usine de formatage des cerveaux de nos « élites » politico-médiatiques progressistes qu’est devenu Sciences Po, les trois fondatrices de cette association, Eva Morel, Lola Morel et Anne-Lise Vernières, sont d’anciennes assistantes parlementaires de députés Renaissance. Cela n’est sans doute pas pour rien dans le fait que QuotaClimat ait bénéficié en 2023 d’une subvention de 350 000 euros de la part du ministère de la Culture et qu’elle profite également des largesses de l’Arcom et de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Cette dernière est réputée pour avoir gracieusement offert aux Français des conseils sur le lavage de leurs sous-vêtements, le reprisage de leurs chaussettes et la réparation de leurs vieux appareils ménagers, ainsi que pour avoir inspiré à la municipalité socialiste de Nantes l’opération « Plante ton slip », opération consistant à enterrer puis, deux mois plus tard, à déterrer, pour être minutieusement examinés, des « slips en coton usagés », ceci afin de « sensibiliser le grand public à la richesse biologique des sols, souvent méconnue mais essentielle au fonctionnement des écosystèmes ». À cette occasion, l’Ademe rappela un point essentiel, trop souvent ignoré des Français : « Un slip enterré ne doit jamais être laissé dans la terre : n’oubliez pas de le déplanter ». 

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QuotaClimat collabore activement avec « l’Observatoire des Médias sur l’Écologie » (OMÉ), créé en novembre 2024. Surveiller les médias, dénoncer auprès de l’Arcom ceux qui questionnent le « consensus scientifique » sur le « dérèglement climatique » dû aux « activités humaines », remettent en cause les discours apocalyptiques justifiant les aides pharaoniques de l’État aux marchands d’énergies dites renouvelables, critiquent l’instauration de ZFE discriminatoires et les nombreuses et désastreuses décisions qui ont contribué à l’effondrement de notre industrie et à la destruction de notre agriculture, tel est le programme de cet observatoire financé par les contribuables via l’Arcom, l’Ademe et la Caisse des Dépôts. Une seule ligne idéologique doit avoir cours dans les médias. Certains d’entre eux, l’audiovisuel public par exemple, s’acquittent avec zèle de cette tâche prosélyte. D’autres, les rares ayant gardé quelques notions de ce qu’est le travail de journaliste, renâclent à l’idée de se soumettre totalement à un projet médiatique ayant toutes les apparences d’un programme doctrinaire. Pour les remettre sur le droit chemin, QuotaClimat propose un catalogue complet d’injonctions, d’oukases, de sommations à « bien informer » sur l’écologie, c’est-à-dire à ne pas s’écarter de la ligne du parti.   

Afin de « produire une information environnementale de qualité », l’association préconise de « pérenniser un dispositif de mesure de la couverture médiatique des enjeux environnementaux et de suivi de la désinformation climatique », le dispositif en question étant… l’OMÉ. Toujours plus d’argent public et d’indicateurs de police : une enveloppe budgétaire supplémentaire devra « financer la recherche sur la désinformation climatique » avec l’aide d’un « réseau de chercheurs » triés sur le volet. Le gouvernement cherche, paraît-il, à faire des économies, et invoque un budget de l’État à l’os pour justifier son manque d’investissement dans la Sécurité civile : le budget de l’Ademe (frais de fonctionnement + les aides et les subventions, dont celles versées à QuotaClimat et à l’OMÉ) est passé de 510 millions d’euros en 2010, année de sa création, à… 4,2 milliards d’euros en 2023 ! De quoi acheter 80 Canadairs de dernière génération…

Ne reculant devant aucune contre-vérité, QuotaClimat accuse les médias de « sous-représenter les enjeux environnementaux » et de favoriser « les discours qui contredisent le consensus scientifique ». Les gardes-chiourme écolos proposent donc de « renforcer les moyens humains et techniques de l’Arcom dédiés à l’instruction des saisines relatives aux manquements de pluralisme interne ». Est-il besoin de préciser que le pluralisme en question consiste pour l’essentiel en la présentation des seules thèses du « résumé à l’intention des décideurs » du rapport du GIEC, des seules recommandations de l’écologie punitive, des seuls arguments des associations subventionnées préconisant la décroissance, la « sobriété énergétique », les ZFE, le démantèlement de notre parc nucléaire et le massacre de nos paysages, le tout enrobé dans des discours pseudo-scientifiques supposément irréfutables.    

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Usant de la verbeuse terminologie macronienne, QuotaClimat en appelle à la « construction d’une « coalition des volontaires » autour de la Déclaration mondiale sur l’intégrité de l’information climatique ». Comme si les pernicieuses manœuvres de Thierry Breton (DSA) et de Nathalie Loiseau (Bouclier Démocratique Européen) ne suffisaient pas, l’association se réjouit que la présidence du Comité européen des médias (EU Media Board) soit prochainement assurée par le président de l’Arcom : ainsi, s’enthousiasme-t-elle avec des trémolos européistes dans la voix, la France continuera de jouer un rôle important au sein des « instances européennes de régulation des médias ». L’étau de la censure se resserre inéluctablement : la « désinformation climatique » devant être considérée comme un « risque systémique au titre du DSA », les réseaux sociaux, les plateformes numériques et les médias alternatifs devront faire l’objet d’un suivi particulier par la Commission européenne, l’Arcom, le Secrétariat général à la Planification écologique, etc. En outre, « les controverses scientifiques (notamment sur le climat, l’environnement et la santé) » constituant, d’après QuotaClimat, « un terrain privilégié pour les opérations d’ingérence numérique étrangère », l’association propose que l’agence d’État Viginum intègre les questions environnementales et climatiques dans ses missions de surveillance. Rappel : créée par Emmanuel Macron en juillet 2021, l’Agence Viginum a pour mission principale de « détecter les opérations d’ingérences numériques étrangères », en particulier durant les périodes électorales. Certains observateurs suggèrent que cette officine, qui a noué en octobre 2025 un curieux partenariat avec France Télévisions destiné à « renforcer la résilience collective face aux fake news venues d’ailleurs » et à participer aux actions « d’éducation aux médias et à l’information » du public, pourrait jouer un rôle équivoque dans les mois à venir, surtout si les sondages continuent de prévoir une victoire du RN aux prochaines élections présidentielles…    

Aucun discours, autre que celui de l’écologisme, ne doit pouvoir se dire ou s’entendre. Et personne ne doit échapper à la propagande. Les quatre dernières propositions de l’association écologiste encouragent par conséquent la formation aux « enjeux environnementaux » des fonctionnaires, des dirigeants de médias, des chefs de rédaction et des journalistes, et, finalement, de tous les citoyens. « L’éducation aux médias et à l’information (EMI) constitue un levier de long terme pour renforcer la résilience des citoyens face à la désinformation, y compris climatique », écrivent les représentants de QuotaClimat dans la novlangue progressiste, d’usage courant dans les associations qui se veulent à la pointe des « avancées sociétales ». Il faut impérativement, ajoutent-ils, « développer l’esprit critique face à l’information dès le plus jeune âge ». Principe orwellien : proclamer le contraire de ce que l’on va faire, de ce que l’on fait déjà. L’idéologie écologiste imprègne d’ores et déjà l’école, du CP à la Terminale ; les notions de « changement climatique anthropique », de « développement durable », de « transition écologique » et de « sobriété énergétique » y sont inculquées comme allant de soi ; le dogme climatique contamine de plus en plus de disciplines ; loin de les aider à développer un esprit critique, le système scolaire, secondé par des associations radicales subventionnées par l’État, endoctrine les enfants dont on espère qu’ils rééduqueront à leur tour les adultes réfractaires.

QuotaClimat ne peut voir que d’un bon œil les « activités éducatives » qui se multiplient dans les collèges et les lycées, en particulier celle créée par l’Ademe, encore elle, et censée permettre aux élèves « d’observer leur empreinte carbone et d’entamer des réflexions sur les moyens d’adopter un mode de vie plus durable ». Les élèves sont invités à visiter le site M ta Terre créé spécialement par l’Ademe pour « accompagner les jeunes qui souhaitent s’informer et agir pour notre planète ». L’enseignant est encouragé à ne pas oublier de leur poser la seule question possible : « Qu’êtes-vous prêt à modifier pour réduire votre empreinte carbone ? »Puis à apporter quelques réponses qui vont bien : « Favoriser les transports en commun, le vélo et la marche. Si l’usage de la voiture ne peut être évité, favoriser le covoiturage. […] Limiter la consommation de viande. […] Développer la location et le partage des objets. Réduire les achats de vêtements. Acheter de seconde main ». Développement de l’esprit critique ou bourrage de crâne ? Chacun jugera…

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Cet article ne serait pas complet s’il n’évoquait pas le fait que, toujours dans les bons coups, l’ONG Reporters Sans Frontières (RSF) a également proposé au gouvernement, le 19 juin, une série de dix recommandations pour « préserver le droit à l’information sur le changement climatique ». On y retrouve grosso modo les mêmes thèmes que ceux développés par QuotaClimat, les mêmes délires sur la désinformation climatique liée à d’obscures ingérences étrangères, les mêmes désirs de censure des réseaux sociaux et des médias alternatifs. Autre point, commun à toutes les organisations parasitaires, un goût immodéré pour l’argent public : « Face aux coûts très élevés des enquêtes journalistiques environnementales, RSF appelle la France à accroître son soutien en faveur de projets journalistiques environnementaux et de collectifs de reporters environnementaux, dans le respect de l’indépendance éditoriale de ces derniers ». Plus de la moitié des ressources financières de RSF proviennent de fonds publics (Agence française de développement, ministère des Affaires étrangères, Commission européenne, Ville de Paris, etc.).

L’Open Society de George Soros fait partie des donateurs privés de cette ONG qui a toutes les qualités requises pour participer, avec QuotaClimat et quelques autres indicateurs de la Police de la pensée, à la planification, à la mise en place et au suivi du dispositif de contrôle de la population et de surveillance des médias. Inspirée par des politiciens et bureaucrates français et organisée à grande échelle par la techno-bureaucratie bruxelloise, cette opération de censure industrielle a vu le jour et s’amplifie au nom de grandes causes, dont le « sauvetage de la planète », prétextes en réalité à la construction d’un « modèle de démocratie » ressemblant de plus en plus au soft totalitarisme – de moins en moins soft cependant – décrit et dénoncé par le sociologue Mathieu Bock-Côté (Le Totalitarisme sans le goulag, 2023, Presses de la Cité). Encadrement des médias, contrôle social et moral de la population, uniformisation des esprits, bourrage de crâne des enfants, lavage de cerveau des adultes, pression dogmatique et rééducation idéologique à tous les étages : QuotaClimat et RSF peuvent se targuer de cocher toutes les cases de la vaste entreprise d’ingénierie sociale organisée par nos « élites » progressistes. L’intérêt ne se limite pas au combat idéologique. Soyons clairs : ces écumeurs d’argent public ne se contentent pas de nous donner des leçons de morale, ils nous grugent. Ils ne sont pas les seuls. En sus des dépenses exorbitantes inhérentes au fonctionnement de comités et d’agences théodulaires, l’État et les collectivités locales versent un « pognon de dingue » à une multitude d’associations inutiles, improductives, voire nuisibles. Il serait temps de nettoyer à grande eau javellisée les écuries d’Augias…

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Le Gosplan de Piketty and co.

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Thomas Piketty, Assemblée nationale. 7/5/2026. Stephane Lemouton/SIPA

Avec des collègues, Thomas Piketty vient de publier un rapport pour réorganiser l’économie mondiale jusqu’à la fin du siècle. Quand les économistes soviétiques rêvaient de piloter la bonne marche de leur pays, avec les résultats que l’on connaît, leurs héritiers élargissent le périmètre à la planète entière !


L’économiste Thomas Piketty, avec une cinquantaine de chercheurs, réunis au sein du World Inequality Lab, a publié le « Global Justice Report » (juin 2026). Son objectif est simple – enfin presque : réorganiser l’économie mondiale afin de réduire presque à néant les inégalités et de régler une bonne fois pour toutes la question climatique. Pour cela, il définit les grandes orientations économiques, sociales et financières qui devraient guider l’humanité jusqu’à la fin du siècle. Mais plus qu’un rapport, c’est un plan de vol pour les soixante-quinze prochaines années.

Attachez vos ceintures ! Les auteurs souhaitent plafonner la croissance des pays riches à environ 0-0,5 % par an, tout en maintenant une croissance de 3-4 % par an dans les pays pauvres, afin de faire converger les niveaux de vie. Ils espèrent ainsi faire converger tous les pays vers un revenu moyen de 5 000 € par mois par habitant (60 000 € par an). Pour aboutir à cette égalisation, ils proposent également de multiplier par vingt-cinq les flux financiers des pays riches vers les pays pauvres. Ils envisagent aussi de faire passer la part du patrimoine détenue par les 50 % les plus pauvres de 2 % à 30 % ; quant à la part détenue par la classe des milliardaires, elle passerait de 6 % à 0,05 %. L’égalité n’étant jamais complète tant qu’il existe une disparité entre les sexes, les auteurs veulent de surcroît imposer une stricte égalité salariale entre les hommes et les femmes, tout en prescrivant un partage parfaitement équilibré du travail domestique.

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Imposer l’égalité n’étant pas suffisant, ils veulent aussi sauver la planète. Pour réduire l’impact environnemental, ils prévoient donc de réduire d’un tiers la production matérielle mondiale, puis de faire passer la part des heures travaillées consacrées à l’éducation et à la santé de 11 % à 43 %. Ils envisagent également d’éliminer rapidement les combustibles fossiles, en ramenant leur part à moins de 20 % de l’énergie mondiale dès 2050, puis à zéro avant la fin du siècle. Ils prévoient aussi de faire passer le temps de travail annuel d’environ 2 100 heures à 1 000 heures par travailleur. Reste évidemment un détail à régler : convaincre huit à dix milliards d’individus, répartis dans près de deux cents pays, de suivre docilement cette feuille de route pendant les soixante-quinze prochaines années.

Pour transformer cette vision en réalité, les auteurs ne lésinent pas sur les moyens. Au cœur du dispositif figure un « Global Justice Fund » dont les dépenses atteindraient plus de 10 % du PIB mondial chaque année, un montant comparable au produit intérieur brut de la Chine actuelle. Alimenté par un impôt mondial sur les patrimoines pouvant atteindre 20 % par an pour les milliardaires et par un impôt sur le revenu culminant à 90 %, ce fonds financerait la transition climatique, l’éducation, la santé et la convergence économique mondiale. À ses côtés, un « World Sovereign Fund » investirait une partie de ces ressources afin d’accumuler progressivement un portefeuille d’actifs représentant une fraction significative de la richesse mondiale. Les aides versées aux États seraient alors conditionnées au respect d’objectifs définis au niveau international, tandis qu’un système de suivi des patrimoines, des revenus et des politiques publiques veillerait à la bonne application du programme. Bref, non seulement le rapport dessine le monde de 2100, mais il prévoit déjà le tableau de bord, les manettes de commande et la tour de contrôle chargés d’y conduire l’humanité.

Le problème de ce rapport ne vient pas de ses bonnes intentions. Sa grande faiblesse est de supposer que l’économie mondiale peut se piloter et que la pauvreté se combat principalement en redistribuant les richesses existantes plutôt qu’en en créant de nouvelles. Les auteurs semblent ainsi convaincus qu’il est possible de ramener la croissance des pays riches à presque zéro sans affecter celle des pays pauvres, de réduire fortement la production matérielle tout en multipliant les investissements dans l’éducation et la santé, de diminuer de moitié le temps de travail tout en maintenant la prospérité, ou encore de réduire fortement le recours aux énergies fossiles sans affecter la productivité. Or une économie n’est pas une machine dont on règle indépendamment les différents paramètres. La croissance, l’investissement, l’innovation, la consommation, les revenus ou encore l’organisation du travail interagissent en permanence. Modifier l’un de ces paramètres entraîne souvent des effets de retour qui viennent neutraliser, voire contredire, les résultats recherchés. C’est précisément pour cette raison que les grandes tentatives de planification n’ont presque jamais tenu leurs promesses.

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Cette confiance dans la capacité à piloter l’économie mondiale repose aussi sur une tendance des auteurs à sous-estimer systématiquement les résistances que leur projet ne manquerait pas de rencontrer. Réduire durablement la croissance des pays riches supposerait que leurs citoyens acceptent volontairement de renoncer à une partie des gains matériels auxquels ils aspirent. Taxer les plus hauts patrimoines jusqu’à 20 % par an et les revenus les plus élevés jusqu’à 90 % supposerait que les contribuables concernés restent sagement en place au lieu de déplacer leurs capitaux ou de contester politiquement ces mesures. Quant à la création d’une fiscalité mondiale et d’un système de contrôle des politiques nationales, elle présuppose un degré de coopération entre les États que l’on peine à imaginer à l’heure où les tensions entre les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Inde ou l’Union européenne ne cessent de s’aggraver.

En somme, à force de vouloir tout piloter – la croissance, les revenus, le temps de travail, les modes de consommation, les investissements et jusqu’aux tâches ménagères – le Global Justice Report finit par ressusciter une vieille illusion : celle selon laquelle une société peut être administrée comme un problème d’ingénierie. Les planificateurs soviétiques pensaient eux aussi disposer des connaissances nécessaires pour orienter l’économie vers un avenir meilleur. Ils ont surtout produit des contraintes, des pénuries et de la misère. Le projet de Thomas Piketty est plus sophistiqué que le Gosplan, mais il reproduit la même illusion planificatrice dont l’histoire a montré les effets désastreux.