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Quand la gauche déserte en rase campagne…

Ali Rabeh souhaite qu’il soit interdit de parler de « grand remplacement »


Quand la gauche déserte en rase campagne…
Hommage du maire de Trappes Ali Rabeh aux victimes de l'attaque raciste, hier soir © J.E.E/SIPA

Même si elle a envoyé des dizaines de ses jeunes combattre en Syrie[1], Jordan Bardella est désormais prié de ne plus qualifier de « république islamique en miniature » la ville de Trappes. Son maire, qui a déserté la commune quelques heures après qu’elle a été endeuillée par une fusillade raciste pour défiler dans tous nos médias, a réussi cette semaine l’exploit d’imposer dans le débat public le mot-piège contesté « islamophobie » et l’idée d’interdire de parler de la submersion migratoire.


Durant neuf minutes, sur les ondes de France Inter, ce vendredi 30 octobre, le maire de Trappes, M. Ali Rabeh, nous aura démontré, bien involontairement, on s’en doute, à quel point de délabrement, de déficience la gauche est arrivée.

Creusant encore et encore le sillon de la récupération idéologique de l’abominable, de l’abject, du barbare attentat raciste perpétré dans sa commune, il s’est livré à un réquisitoire implacable contre la théorie du « grand remplacement » et ceux qui la soutiendraient ou la professeraient. Détester et combattre cette théorie est bien évidemment son droit le plus absolu, de même qu’exprimer, avec les mots de son choix, la révolte qu’elle lui inspire.

France malsaine

Cependant, l’auditeur était en droit, lui, d’attendre un développement, un argumentaire étayé et fondé visant à mettre en pièces cette théorie, à apporter la démonstration charpentée qu’elle ne reposerait sur rien, sur aucun fait, aucune réalité observable. On s’en doute, rien de tel ne fut offert à la réflexion dudit auditeur. Le réquisitoire s’en tint à en appeler au déploiement de l’arme la plus consternante qui soit : la censure. La bonne vieille censure inquisitoriale. L’interdiction pure et simple par la loi.

« Ça fait des années qu’elle [la théorie en question] est rabâchée à longueur d’antenne, déclare l’élu trappiste, donc forcément, dans des esprits fragiles, malades, qui se croient en croisade pour défendre une vision de la France malsaine qui est répandue à l’extrême droite, certains en arrivent à passer aux actes (…) » Donc, selon l’élu, il faut « rendre illégale » la parole de ceux qui adhèrent à cette théorie du grand remplacement. Et l’on aura compris que seuls des esprits fragiles ou malades peuvent lui accorder une once d’attention. Ce qui, tout de même, fait beaucoup de monde. À croire que la population de la belle France de nos aïeux se trouverait désormais remplacée par une autre, fort amoindrie sur le plan des neurones. Cependant, nous éviterons de parler de « grand remplacement » afin de ne pas contrarier davantage encore M. le maire de Trappes et ses amis.

Bien entendu, au cours de l’entretien, à aucun moment n’est abordée la question pourtant essentielle de déterminer s’il ne s’agit que d’une théorie ou bien plutôt — allez savoir ! — d’un ressenti. Celui que tout un chacun est à même d’éprouver lorsqu’il constate, par exemple, qu’on en arrive à trouver licite, en France, d’évoquer en conseil municipal le bien-fondé de la pratique de l’excision sur les petites filles. Ou encore que telle communauté — celle de nos compatriotes juifs, pour ne pas la nommer — brille désormais par son absence dans des quartiers entiers de certaines cités de la République où elle était pourtant établie depuis fort longtemps…

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Dès lors, le projet de M. Rabeh serait donc de censurer, d’interdire un ressentiment et son expression ! Vaste chantier. Bonjour la dictature et bienvenue à l’horreur fasciste dans toute son ignominie. L’horreur fasciste, la vraie de vraie, celle-ci.

Ce que peut inspirer la réaction de l’élu de Trappes, et qui se trouve relayé par l’ensemble du spectre de la gauche (de la plus radicale, la plus énervée, à la plus molle), n’est autre qu’une bien pénible impression de déclin, de désertion en rase campagne, de déliquescence mentale de tout ce camp politique.

Navrant

Il ne s’agit même pas ici de chercher à établir la validité ou non de la théorie incriminée. Les propos de l’élu ne nous permettent pas, hélas, de nous hisser à ce niveau, d’ouvrir le champ de réflexion que le sujet mériterait sans doute.

Personnellement, la réaction et les déclarations de M. Rabeh et de ses camarades d’idéologie me navrent et me peinent. Oui, sincèrement. Je suis d’un temps où la gauche ne ratait guère une occasion de faire ce qui fonde l’honneur de toute communauté humaine, politique notamment : penser ! Oui, penser ! Ne pas déserter le champ de bataille des idées. Se battre idée contre idée. Avec une règle d’or, à la fois moralement sublime et intellectuellement exaltante : ne jamais prononcer d’anathème, d’excommunication, d’interdit. Laisser à d’autres la culture poisseuse de la censure. Et les voluptés du bûcher. Ces temps sont révolus, semble-t-il. Grâce à M. Rabeh et tant d’autres, ils ont été grand-remplacés.


Une semaine après la tuerie raciste de Kevin T., un rassemblement contre le racisme et l’ « islamophobie »
Un rassemblement réunissant plus de 10000 personnes s’est tenu vendredi soir à Trappes (Yvelines), une semaine après l’attentat raciste qui a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi, un homme noir de 26 ans, et fait sept blessés, dont une adolescente. De nombreuses personnalités de gauche avaient fait le déplacement. Jean-Luc Mélenchon était présent, mais n’a pas pris la parole sur scène. Olivier Faure et Raphaël Glucksmann étaient également de la partie. Après plusieurs témoignages d’habitants, seul l’élu Ali Rabeh a pris la parole. « Si vous choisissez Marine Le Pen pour exprimer votre colère, vous choisissez de nous mettre en danger ! », a-t-il notamment lancé à l’adresse des Français votant RN. « Quand j’étais petite, [le racisme] existait, mais ça ne se disait pas », a estimé Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes. « On est au bord du grand basculement », a pour sa part alerté Ségolène Royal. « Il faut vraiment résister, il faut vraiment un cordon sanitaire », a plaidé l’ancienne ministre socialiste. Une lecture de l’événement qui n’a pas manqué de faire réagir Jordan Bardella. « Si je comprends bien, la gauche veut criminaliser le ressenti d’au moins 60 % des Français, qui constatent une “transformation démographique profonde”. Sauf si c’est pour s’en réjouir, évidemment », a écrit le président du RN sur X (ex-Twitter) • La rédaction

[1] 67 personnes originaires de Trappes ont rejoint l’organisation État islamique (Daech) en Irak et en Syrie entre 2014 et 2016, selon une enquête publiée par Le Monde le 13 mars 2020.

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Ex-prof de philo, auteur, conférencier, chroniqueur. Dernière parution : « Je suis Solognot mais je me soigne » éditions Héliopoles, 2025

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