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Causeur #150: La jeunesse est un naufrage

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Causeur #150: La jeunesse est un naufrage
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Le numéro 150 est disponible dès aujourd’hui sur le kiosque numérique, et jeudi 5 novembre chez votre marchand de journaux.

Les lycéens bloquent, les émeutiers cassent, les voyous pillent et les beaux quartiers recitent le catéchisme mélenchoniste. Selon Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, qui présentent notre dossier du mois, « depuis un demi-siècle, les adultes sont sous l’emprise d’une « juvénomanie » ». Face à la génération « J’ai le droit », les adultes, mi-attendris mi-terrorisés, n’osent ni interdire, ni refuser, ni critiquer. Une « bienveillance criminelle ». Charles Rojzman retrace la généalogie de la racaille. Car la violence des émeutiers n’est pas née dans les jets de pavés du 17 octobre, elle est le fruit d’une histoire. La violence s’apprend en famille, se vit dans les halls d’immeuble et dans les trafics, se nourrit du ressentiment et de l’islamisme. Pour Olivier Vial, Jean-Luc Mélenchon fait feu de tout bois : il lui faut une France en ébullition pour maintenir à un haut niveau mobilisateur le spectacle antifasciste. Le directeur du Centre d’études et de recherches universitaires (CERU) et rédacteur de La Lettre des radicalités décrit la stratégie d’une extrême gauche qui fédère jeunes, immigrés et militants politiques autour du « péril fasciste » et de ses « violences policières ».

Thibault de Montbrial, interviewé par Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, rappelle que face aux violences, l’usage de la force par la police est parfaitement légal et nécessaire. Pour l’avocat et spécialiste des questions de sécurité, le problème est que le pouvoir n’assume pas cette responsabilité. Aussi défend-il un « choc d’autorité » pour rétablir l’ordre, le préalable à la paix civile. Malaparte, dans son texte de 1931, Technique du coup d’État, a décrit la mécanique de la Révolution russe de 1917 : une habile orchestration du désordre par Trotsky. Pour Noëlle Lenoir, ancienne ministre et membre honoraire du Conseil constitutionnel, les révolutionnaires français d’aujourd’hui, s’ils suivent le même mode opératoire, ne prendront pas l’Élysée mais s’attaqueront d’abord aux infrastructures, après avoir infiltré l’État. La doctrine mélenchoniste promet une transformation sans coup de force de la société. Mais Martin Pimentel nous explique que les récents travaux pratiques de sa « révolution citoyenne » prouvent le contraire. Je décris les trois mythes du 17 octobre. Face aux violences et aux saccages, chacun y est allé de son interprétation : « début de la guerre civile », « fin de l’Occident », voire « insurrection mondiale de la Génération Z ». Mais la situation mérite plus de sang-froid et moins de boules de cristal.

Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy analyse l’affaire de la vidéo où Mbappé parle d’un mème (un montage numérique) où on représente son visage superposé à la tête de celui qu’il appelle « un dictateur chinois ». La star des Bleus et le monde du football ont dû présenter des excuses obséquieuses à l’État chinois. « Les millions de victimes du maoïsme n’ont pas droit à tout ce respect », sans parler des Tibétains ou des Ouïghours. « Cet épisode ridicule résume le rapport de force entre une Europe biberonnée à la repentance et à la haine de soi, et une Chine sûre d’elle-même et dominatrice comme disait l’autre ». Mais le « véritable scandale », c’est que « le footballeur ne savait pas qui était Mao ».

Dans un grand entretien, nous avons passé Erik Tegnér sur le grill. Comme son mentor et actionnaire Vincent Bolloré, le fondateur et directeur de Frontières se dit « breton, catholique et patriote ». Et il veut faire gagner la droite. Abondamment décrié par le parti des médias, la star montante du groupe Canal revendique un journalisme de combat. Dans la guerre culturelle, il ne cède aucun point à l’adversaire. Quitte à employer les mêmes méthodes.

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La situation financière de la France est-elle vraiment périlleuse ? Jean-Baptiste Roques se penche sur la question. Paris s’est longtemps cru à l’abri des conséquences de ses errements budgétaires. Mais avec une dette atteignant 120 % du PIB et des économies toujours remises au lendemain, 2027 pourrait sonner la fin de partie. Pour autant, l’austérité n’est pas la priorité des candidats à la présidentielle. Jonas Haddad, dont les propos ont été recueillis par Jean-Baptiste Roques, brosse le portrait de Nicolas. Selon le porte-parole de Bruno Retailleau, Nicolas est le nom du bon fils de la République, du bon travailleur que l’État ponctionne autant qu’il peut. C’est celui qui finance les retraites, les aides et la dette ; celui qui paie tout et qui n’a droit à rien. Elisabeth Lévy analyse les réactions à la tuerie de Trappes qui, depuis le 23 octobre, donne lieu à une instrumentalisation politique qui rappelle les pires heures du « théâtre antifasciste ». Médias et personnalités de gauche accusent désormais quiconque critique l’immigration d’avoir moralement armé l’auteur de ce crime épouvantable. Quel pays Alain Soral a-t-il choisi pour échapper à la justice occidentale ? Yoann Taïeb a traqué cet antijuif errant jusqu’en Russie, la patrie rêvée de l’ordre et de l’autorité. Hélas, le séjour a tourné court, et voilà notre gourou exilé à Tunis, rattrapé par ses mensonges et ses délires obsessionnels. Ce n’est pas du Soljenitsyne mais du roman picaresque.

Avant l’élection de Javier Milei, 180 économistes, dont Thomas Piketty et Gabriel Zucman, prédisaient la « dévastation » de l’Argentine si son programme était appliqué. Comme nous le montre Thomas Lepeltier, deux ans et demi plus tard, la pauvreté y est au plus bas, les voyants économiques sont au vert, et nos experts aux abonnés absents. Louis Sarkozy a passé un week-end chez des aristos britanniques. Le château de Cliveden, grâce à son festival, est devenu un haut lieu littéraire. On peut y observer la noblesse britannique, encore debout malgré les scandales et la disparition de l’Empire. Jeunes loups de Reform, Tories vieillissants et cabillaud tiède sont au menu. Le déclin, certes, mais en tenue de soirée.

Chez nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles affirme que la prochaine présidentielle sera une bataille des imaginaires. Mais sur ce front, ceux qui ont participé au macronisme souffrent d’un terrible handicap : comment incarner l’espérance après avoir servi un pouvoir détesté ? Pour Ivan Rioufol, la « colère lycéenne » a vite basculé dans le palestinisme et la détestation de la France « coloniale ». Sous la houlette de LFI, les légitimes revendications ont été balayées par les intifadas. Emmanuelle Ménard nous raconte le 24 octobre à Béziers. Sans CRS ni Sentinelles, on craignait le pire, mais à la fin les manifestants se sont contentés de manifester. Gilles-William Goldnadel, président d’Avocats Sans Frontières, dénonce l’interprétation de l’attentat de Trappes par Le Monde. Alors qu’on ne sait rien des motivations du tueur, le quotidien du soir désigne les coupables.

Pour l’art moderne, l’imitation est un mal, mais quand il s’agit de satire, les imitateurs sont les bienvenus. Parmi eux, Thierry Le Luron était un virtuose. Au mois de novembre cette année, on marque le 40e anniversaire de sa mort. Jonathan Siksou raconte cet artiste mordant qui voyait en chaque politique une tête de Turc et qui ne cachait pas ses sympathies de droite. Il a dû son succès à son talent mais aussi à ses textes bien trempés. Bernard Mabille, son auteur, ressuscite ce jeune prince du music-hall mort il y a tout juste quarante ans dans un livre de souvenirs, Le rire de Mamée, publié en octobre aux éditions XO. Les millions de visiteurs du Louvre saluent la Joconde sans savoir ce qu’ils doivent à Vivant Denon, ce courtisan de Louis XV devenu, sous Napoléon, le maître d’œuvre d’un musée nourri par les conquêtes. Le fascinant parcours de cet esthète-aventurier est raconté par Emmanuel de Waresquiel dont il fallait le talent, selon Humbert Rambaud, pour mettre en lumière ce personnage « à mi-chemin d’un Talleyrand et d’un Stendhal ». Georgia Ray a visité l’exposition Zurbarán au Louvre. Le peintre espagnol a le génie de lier la matière la plus brute au mysticisme le plus pur. Chez lui, la grâce se loge dans une étoffe, un panier d’osier ou l’écorce d’un citron. Un art du sensible qui conduit au divin conjugué à une attachante foi dans le monde des hommes, typique de la Contre-Réforme.

C’est la même Georgia Ray qui parle du nouveau titre de notre confrère, Jonathan Siksou, intitulé Le Saccage de la beauté. Pourquoi notre monde s’enlaidit (Fayard). Notre époque a donné carte blanche à la mocheté. Elle investit les campagnes et les villes comme la langue et les arts. Ce livre, qui fait voler en éclat les pâles laideurs du monde, est un magnifique plaidoyer pour le travail sur soi qu’exige la constitution du goût. Alexandra Lemasson a lu l’enquête menée par Nathalie Azoulai sur la folie du bistouri. Car la beauté s’achète, surtout dans les cliniques de chirurgie de Los Angeles, où un ravalement de façade vous libère du poids des ans. Cette honte de l’âge est-elle un progrès ?

Un phénomène aussi fascinant qu’effrayant. Si vous vous demandez pourquoi plus personne ne veut être professeur, Pascal Louvrier conseille de lire le dernier roman de Yannick Haenel, La solitude des professeurs est infinie (Gallimard). L’auteur a tout de même tenu neuf ans comme prof au collège, malgré le cynisme de la hiérarchie et la mesquinerie des collègues, avant de s’enfuir pour de bon. Enfin, Jean Chauvet salue la sortie en salle le 25 novembre d’un très grand film américain, d’une fiction sociale française digne de ce nom, et d’un documentaire en forme d’autoportrait : trois bonnes raisons d’aller au cinéma.

Et n’oubliez pas, cher lecteur, que si la vieillesse et – désormais – la jeunesse sont un naufrage, Causeur reste éternellement suspendu entre deux âges.

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