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Priez pour la presse de gauche !

Liberté de la presse : touche pas à mon confrère (de gauche...)


Priez pour la presse de gauche !
© ALLILI MOURAD/SIPA

Mourir pour des idées, oui, mais uniquement si elles ont la bonne carte de presse. Alors qu’une pétition en ligne réclame, avec une touchante tolérance, la « suppression » de CNews — portée par plus de 400 000 signataires qui n’ont visiblement pas trouvé le bouton pour changer de chaîne sur leur télécommande —, c’est de l’exfiltration de trois journalistes du congrès du RN à Orléans que s’inquiètent les grands patrons et les syndicats de la presse.


Les chapeaux à plume de la presse sortent les mots des grands jours. « S’en prendre à un journaliste parce qu’il fait son métier, c’est s’en prendre à la liberté d’informer, écrivent-ils dans une tribune publiée par Libération[1]. C’est toute notre profession qui doit faire front.» Toute notre profession, c’est-à-dire la presse de gauche. Il y a Le Monde, L’Humanité, Libération, L’Obs, Politis, Mediapart, Ouest-France et même Public Sénat. J’aimerais bien savoir s’ils l’ont proposée au Figaro, au Point. À Causeur, ils ne nous ont rien demandé. Pour faire partie de-toute-notre-profession, faut sans doute avoir sa belle âme en bandoulière.

Le noble métier d’informer

La raison de cette alerte générale, c’est que trois journalistes (deux Mediapart, un Politis) ont semble-t-il été exfiltrés sans ménagement du congrès RN pendant qu’ils filmaient l’irruption de militants de SOS-Racisme. L’un d’eux dit avoir entendu des injures racistes venues de la salle. Heureusement, les confrères n’ont pas eu d’ITT. Mais on imagine le trauma. En tout cas, après ces « graves violences » les patrons de presse expriment leur « indignation et leur solidarité ». Le tout assaisonné de démocratie en danger. En prime, ces comiques écrivent qu’un « journaliste présent pour couvrir un événement politique n’est pas un militant de cet événement, ni de ceux qui le contestent ». Ça doit être pour ça que tous se font une gloire de faire barrage au RN en particulier et à « l’extrême droite » en général.

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Qu’on ne me mécomprenne pas. Un journaliste anti-RN doit évidemment avoir le droit de couvrir le congrès du RN. « À six mois de l’élection présidentielle, écrivent encore nos directeurs de conscience, les journalistes doivent pouvoir couvrir librement les activités de tous les partis politiques, sans intimidation, sans discrimination et sans que leurs conditions de travail dépendent du bon vouloir des organisations qu’ils sont chargés d’observer. » Je signe des deux mains. Si des journalistes ont été secoués avec en plus des injures racistes, c’est inexcusable.

Indignation à géométrie variable

Reste une question. Où étaient ces estimés confrères après l’attaque du siège de CNews par une centaine de types cagoulés ? Quand Ali Rabeh a interdit à Elodie Huchard, toujours de CNews, d’assister à sa conférence de presse parce qu’être dans la même pièce qu’elle, ça il n’aurait pas pu le supporter ? Quand des journalistes de CNews (encore) et de Frontières étaient agressés par des manifestants ? Où sont-ils quand Mélenchon menace et insulte les journalistes de BFM ou Anne-Claire Coudray de TF1, laissant planer la menace d’une grande mise au pas s’il arrive au pouvoir ? Silence radio. Moi qui croyais que « s’en prendre à un journaliste parce qu’il fait son métier, c’était s’en prendre à la liberté d’informer », j’aurais mal lu ? Remarquez pour Mélenchon, ce n’est pas seulement de l’adhésion idéologique, c’est de la peur. L’intimidation, ça marche. Quant à CNews, c’est leur obsession. Beaucoup de ces admirables défenseurs de la liberté d’informer rêvent ouvertement de la fermer, mais attention, sans violence. La prise du Palais d’hiver c’est pas leur truc. Ils ont une vision plus administrative de l’épuration.

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On l’aura compris, la liberté d’informer, c’est bon pour les journalistes-de-gauche. Quant aux autres, ils n’ont qu’à se taire: je ne partage pas vos idées et je me battrai pour que vous ne puissiez jamais les exprimer. Alors chers confrères, vos leçons de liberté de la presse, vous pouvez vous les garder.


[1] https://www.liberation.fr/idees-et-debats/editorial/violences-contre-les-journalistes-le-rn-doit-garantir-la-liberte-dinformation-20261030_ZHVRTCJOGFAJHEWEBFNFPWJJEM/



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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur Sud Radio. Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à CNews, à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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