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Entre copinage et provocation : la critique en France…

Le regard de Philippe Bilger


Entre copinage et provocation : la critique en France…
Le magistrat et essayiste français Philippe Bilger © l'Archipel

La critique culturelle française semble de plus en plus prisonnière du copinage, de l’idéologie et de quelques poncifs qui tiennent lieu de jugement esthétique. A force de célébrer la provocation ou les thèmes à la mode, ne risque-t-elle pas d’oublier sa fonction première : distinguer les œuvres qui ont du talent de celles qui n’en ont pas ?


Rien n’est plus agaçant, pour le lecteur compulsif, que cette impression constante de ne trouver, en matière culturelle, aucun jugement authentique, libre et transparent. En formulant cela, avec cette généralité trop sûre d’elle-même, j’ai bien conscience que je mêle le bon grain et l’ivraie et que je fais pâtir la critique, sous toutes ses formes, du clientélisme et de l’insincérité d’une partie de celle-ci. Pourtant, ce n’est pas seulement cette perception de subjectivités partiales et gangrenées par la proximité qui conduit à douter de la qualité de la critique en France. Elle est aussi affectée par un certain nombre de biais et de banalités qui altèrent ses appréciations artistiques et font advenir soit le triomphe du copinage, soit le culte de l’idéologie.

Deux exemples m’ont particulièrement frappé ces derniers temps. Le premier concerne une critique de Frédéric Beigbeder dans Le Figaro Magazine. On y trouve ce poncif selon lequel « on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments ». Pour être ressassée jusqu’à plus soif, cette prétendue évidence n’en est pourtant pas une, et la littérature offre, dans ses œuvres les plus remarquables, la démonstration qu’au moins partiellement, pour décrire le réel et atteindre l’universel, les bons sentiments sont nécessaires et que rien ne serait plus faux qu’un monde de noirceur exclusive. Les génies, quel que soit le genre artistique, ont ceci de particulier que la distinction entre bons et mauvais sentiments ne les concerne pas et que leur seul souci est de présenter de l’humain une vision qui tient la balance égale entre les ombres et les lumières.

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Qui n’a pas observé, par ailleurs, cet étrange miracle qui fait que les plus grands créateurs, dans les romans, les films ou le théâtre, parviennent, en appréhendant, quand c’est nécessaire à leur invention, la part la plus sombre de la vie, à engendrer tout de même une sorte de joie, parce que rien ne comble davantage le spectateur ou le lecteur que cette certitude d’avoir affaire à une vérité absolue, quelle que soit sa tonalité ? Cette absurdité, qui traîne dans les critiques comme un mantra, a pour conséquence perverse de multiplier les dilections pour l’incongru, le rare, l’inusité, la provocation — je songe notamment aux choix parfois délirants du Festival de Cannes, où, par exemple, un film hors de toute vraisemblance comme Titane obtient une Palme d’or — et de tout faire pour échapper à une normalité talentueuse.

La seconde publication qui m’a stimulé était relative à cette série du Monde, par Brigitte Salino, sur l’attitude des artistes, des metteurs en scène et des écrivains sous l’Occupation. Le dernier article concernait le point de vue de quelques personnalités du théâtre d’aujourd’hui sur le comportement qu’elles auraient eu sous l’Occupation. Évidemment, toutes de gauche et seulement obsédées par le combat contre le risque de voir le Rassemblement national arriver au pouvoir ! Se posant en résistants avant l’heure, sans percevoir le ridicule de cette lutte contre un ennemi fantasmé.

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Pas un instant, après que l’un d’eux a qualifié de « rance » le théâtre de l’époque, ils ne s’interrogent sur la qualité du théâtre d’aujourd’hui, sur leur talent de metteurs en scène, sur leur aptitude à enthousiasmer un public à la fois populaire et élitiste. La relation que ces personnalités naturellement progressistes entretiennent avec la période de l’Occupation manifeste seulement, chez elles, la mainmise de l’idéologie sur l’art. Paradoxe d’autant plus surprenant qu’elles semblent précisément en faire grief au RN !

Je pourrais continuer cette litanie en passant au crible beaucoup de critiques culturelles qui, pour résumer, ne s’attachent plus à la qualité intrinsèque des œuvres, mais à la présence, en elles, d’éléments à la mode. Par exemple, pour Libération, aborder l’homosexualité semble parfois suffire à faire un bon film ! Pourtant, une voie existe qui, loin du copinage et de la provocation, rassurerait ceux qui font encore confiance aux médias pour les guider et les conseiller.

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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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