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Sagan – le Miroir des sentiments

Au Théâtre du Funambule, et en tournée en province


Sagan – le Miroir des sentiments
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« Vous êtres quelqu’un de très gentil, non ? C’est bon signe. Les gens intelligents sont toujours gentils. Je n’ai connu qu’un type intelligent et méchant, mais il était pédéraste et il vivait dans le désert. »
Sartre à Mathilde Panot – non, je plaisante : à Sagan, dans Avec mon meilleur souvenir, de Sagan, Gallimard, 1984)


Il y a une raison assez simple d’aller voir un spectacle consacré à Françoise Sagan (1935-2004) : il suffit de n’en être plus particulièrement un grand lecteur (voire une grande lectrice – sourire), mais d’être suffisamment curieux pour lui (re)donner sa « chance ».

Je veux dire : tenter de vérifier que l’on n’en est – décidément – plus un grand amateur. Et conclure à la justice (ou justesse) de notre décret. Que c’est, simplement, une question de tempérament, d’humeur, de temps qui passe, dépasse, et démode. Ou le contraire – et se raviser.

Nous sommes donc allé au Théâtre du Funambule voir Sagan – Le Miroir des sentiments, monté par la compagnie Ombres Projetées – avec deux comédiennes, Olivia Lauret et Valentine Tessier, enjouées et pleine de ressources et de… fantaisie (parfait pour Sagan) et l’on s’est régalé.

Le principe du spectacle est simple – et élaboré. Simple, puisqu’il s’agit de retracer vie et œuvre de Sagan en 1H10 mn : ce qui est bref et programmatique. Et le pari, ici, est tenu.

Élaboré, parce que l’évocation de son parcours – du « charmant petit monstre » évoqué par Mauriac au moment de Bonjour tristesse à la fin – est ponctué de chansons (écrites par Sagan), d’évocation de certains moments-clés de sa vie. Et d’extraits de ses livres – pour illustrer l’ensemble.

C’est – comme Sagan -, une bulle de champagne, entre autres choses. Léger, drôle, intelligent, sensible, subtil. Dans une époque assez triste, Sagan fait du bien – autre raison d’aller l’écouter, peut-être pas la moindre. (Sinon, on peut relire Électre, de Giraudoux, et réfléchir à notre singulière époque ou à l’actualité de Giraudoux : « La Femme Narsès : « Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entre-tuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ? » / Électre : « Demande au mendiant. Il le sait. / Le Mendiant : « Cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s’appelle l’aurore. »)

Une précision : j’ai publié l’année dernière un livre à propos de 95 femmes écrivains : cela s’appelait Mes chéries (Éditions de Paris-Max Chaleil). Sagan ne figure pas parmi les 95.

En dépit de sa grande culture (Sand, Musset, Proust, Racine, Éluard, Rimbaud, etc.) et de la très belle, et noble, généreuse personne qu’elle était, je me suis un peu éloigné de Sagan et de ses livres.

A lire aussi: Vitez, l’épique et le dramatique

Mais, à ceux qui ne l’auraient jamais lue (ou celles, d’accord – sourire appuyé), je conseillerai quand même, après avoir vu ce spectacle apéritif (i.e. « qui donne faim »), de plonger dans Des bleus à l’âme, disponible en poche : c’est sans doute un des plus intéressants livres de Sagan – il s’agit à la fois d’un roman ET, alternativement (un chapitre sur deux), des remarques de Sagan pour désamorcer les critiques très banales qu’elle anticipe parce qu’elle les encourut toute sa vie, en particulier à propos de sa « légende » (Saint-Tropez, casino de Trouville, les voitures qu’elle conduisait pieds nus, la vitesse, le whisky, la nuit, l’amour, la liberté, Bernard Frank et Jacques Chazot, etc.). Un des plus passionnants de ses romans – et très malin. À bon entendeur…

Et à propos de Bonjour tristesse : publié en 1954 – Sagan a 17-18 ans -, le livre est dédié à Colette, qui meurt au moment exact de la parution du livre, sans savoir sans doute que Bonjour tristesse lui est dédié. Un passage de relais sans effusion en somme. Mais symboliquement intéressant. D’une femme libre l’autre.


NB Si l’on veut avoir une idée précise de la « culture » et de l’intelligence de Sagan : lire Avec mon meilleur souvenir (portraits-évocations d’écrivains, d’amis connus, etc.) : à la hauteur des Croquis de mémoire de Jean Cau – c’est dire ! D’ailleurs, l’un ET l’autre finissent leurs livres par une très belle évocation de Sartre – seuls livres où Sartre nous touche.

Autres pépites sur le métier d’écrivain et la grande lectrice Sagan : Réponses (1954-1974) et Répliques (la suite) – montages de textes et entretiens de Sagan (souvent distillés dans la presse), en forme de questions-réponses.

Pour les amateurs de ces années dorées et moins dorées (la fin de sa vie, le fisc, la drogue, etc.) et de ce qui se passe dans « l’atelier de l’écrivain » (lectures ET écriture, détails éloquents d’une vie d’écrivain, ses goûts, etc.) : vraiment passionnant.

Enfin, après Avec mon meilleur souvenir, deux autres livres de souvenirs :  …et toute ma sympathie et Derrière l’épaule. Sagan écrit comme d’autres murmurent dans ces livres intimes. C’est dans Derrière l’épaule qu’elle raconte une scène drolatique qui s’est déroulée au théâtre de l’Odéon en mai 1968. Comme elle y assiste à une assemblée, quelqu’un dans le public l’interpelle et lui reproche d’être « arrivée en Ferrari ». Réponse de Sagan, au micro : « C’est faux ! C’est une Maserati, camarade Dupont ! »

Avec ces quelques livres, si vous résistez encore au charme Sagan, c’est qu’elle n’est, décidément, pas pour vous. Mais APRÈS lecture seulement. Pas avant : on est d’accord ? Et après, bien sûr, avoir couru au Funambule – puisque c’est de là que tout est parti.


Coda : si nous n’avons pas révisé notre « jugement » – personnel – à propos de notre éloignement de Sagan, ce spectacle nous a quand même convaincu, à nouveau, de sa qualité éminente d’écrivain – universel. Ce qui n’est pas rien. Voire ce qui gage un pari gagné pour cette mise en scène et ces deux comédiennes !


Sagan – Le Miroir des sentiments, Théâtre Le Funambule (Paris, Métro Lamarck-Caulaincourt, 01 42 23 88 83) – jusqu’au 4 novembre !!



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Né à Paris en mai 1968. A collaboré ou collabore à La NRF, Esprit, Commentaire, La Quinzaine littéraire, Le Figaro littéraire, Service littéraire, etc.. A publié récemment "Bréviaire capricieux de littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés" (Editions de Paris, 2018) et "Bien sûr que si !" (Editions de Paris, 2020)". Dernier livre paru : « Mes chéries - 95 femmes écrivains » (Editions de Paris-Max Chaleil, 2025).

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