Associer le nazisme à quoi que ce soit (ici le féminisme) – comme source d’inspiration et avec le sourire : il faut vraiment qu’une page se soit tournée depuis quelque temps, sans crier gare (quoique), pour que cela soit possible, audible – et que cela fasse rire le quotidien « antifa » de tradition.
Bien sûr, cela fait un peu peur quand on lit les deux pages que Libé lui consacre (vendredi 7 août). Quel est ce « groupuscule féminazi activiste de la fête » ? Les Dynastits – avec la Maréchale Putain (sic), Simone du Bavoir (sic), Patricia Crasse (sic), etc. Avouez que c’est drôle, non ?
Si on aime l’humour gras, vulgaire, grossier, c’est irrésistible même.
Si on a un semblant de conscience morale – quelque chose qui, dans la tête, à un moment, dit : « Non, peut-être pas « ça » » -, cela paraît impensable. Et ignoble.
Associer « féminisme » et « nazisme », même pour ricaner (marque de l’époque) – par provocation : vraiment ?
Comme je n’aimerais pas rire avec ces gens-là. On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui, c’est bien connu (le groupe Jalons était drôle, lui ; « limite » – c’était son créneau – mais drôle).
Alors qu’en lisant « groupuscule féminazi », j’ai pensé à George Steiner ou à Stefan Zweig, ces représentants de la vieille Europe érudite, cosmopolite, polyglotte.
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Qu’eussent-ils pensé de cette barbarie désopilante (tendance Radio Nova ou Zoom Zoom Zen, l’émission si « comique » de France Inter) ? Que cela signait sans doute la fin d’un monde – celui d’hier (Zweig) – et le début d’un autre, qui fait frémir. Zweig s’est suicidé à cause de ça – cette dérive qu’il avait vu s’épanouir, cette inhumanité qui avait pris ses aises, en lieu et place de tout ce qui avait été le sens de sa vie, son combat pour la civilisation.
Je pense (parenthèse) en outre, à la journaliste qui transcrit tout cela – sans qu’associer « fémi » à « nazi » ne la fasse tiquer. Ne provoque chez elle un sursaut, une réflexion (sens strict), une nécessaire explication : une précaution. Mais rien. Le vide. Qui trouve ça « Cool ! » sans doute. Voire « Trop cool ! ».
Le principe des soirées Dynastits ? Je cite Libé : « Une vente aux enchères de vieux vinyles, « plus ou moins douteux », au profit d’associations de luttes et de préventions pour les droits des femmes (par exemple, le Planning familial) ».
Je continue : « « (La vente de disque) peut aller d’1 euro à un million d’euros ». Les acheteurs ont le choix entre conserver leur acquisition ou pulvériser la galette noire sur scène, à coups de talon aiguille. C’est la « destruction » réservée aux artistes « problémachistes ».
La cause est très belle, bien sûr. Rien à redire. La manière, elle, est abjecte. Un des premiers vinyles sacrifiés dans l’article (et la soirée relatée) est de Patrick Bruel : étonnant, non ? Les nazis et les Juifs ne se sont jamais bien entendus.
Je continue ? « « Destruction ! » scande l’assistance, avant que le disque ne se brise sous l’assaut du 10 centimètres brillant. Au suivant… »
Je ne continue pas. On a compris le lien avec les nazis : les autodafés. À visualiser la scène, je frémis. Il y a donc des gens qui regrettent les autodafés, la joie mauvaise et collective (i.e. la haine) qui les accompagne.
Les Dynastits est sans doute un groupuscule hilarant – parmi les meilleurs « féminazis » du moment, j’imagine – mais, honnêtement, je ne les connaissais pas. Et, sans Libé, je ne les aurais pas connus. Je crois que j’aurais préféré ignorer leur existence. La possibilité de leur existence. J’étais mieux avant de savoir qu’il y avait des « féminazis ».
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Peut-être même sont-elles amies avec les « fémi » qui excluent les femmes juives de leurs manifestations ou refusent de condamner les féminicides et viols commis à l’encontre des Israéliennes le 7 octobre 2023 (« fémi » dénoncées avec courage, talent et beaucoup d’intelligence, dans Lutter sans se trahir – Stock, 2026 – par Diane Richard, ancienne de #Nous Toutes, qui a quitté ce collectif pour cette raison-même).
Ultime précision – pour finir : je ne suis pas « contre » les « féminazis ». Ni « pour ». Je trouve juste cela terriblement bête. Uniquement bête – l’ennemi absolu.
Un indice insigne, irréfutable, du vide de la pensée des gens qui ont trouvé ce nom. Faut-il avoir peu réfléchi pour confondre cela avec une… audace ?
Et s’assumer ainsi, la bêtise crâne en bandoulière, en lutte à mort contre ceux qui chérissent l’intelligence – une abstraction pour elles (ou une absence ?). Terrifiant monde qu’elles proposent – et qu’elles figurent. Où la bêtise est partout, qui nous cerne – et l’intelligence nulle part. Comme Michel Audiard avait raison : Ils « osent tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît. » Qui « Ils » ? Renseignez-vous : c’est assez facile. Quant à moi, je retourne lire Paul Valéry, ce génie qui réconforte, exalte, protège.
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