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Rouen : après l’ultradroite, la ville confrontée à des soupçons de violences antiblanches et antichrétiennes


Rouen : après l’ultradroite, la ville confrontée à des soupçons de violences antiblanches et antichrétiennes
Mayor of Rouen Nicolas Mayer-Rossignol, President Emmanuel Macron receives the mayors of the communes victims of the riots and looting at the Elysée Palace on July 4, 2023 in Paris amid continued disturbances across France after a 17-year-old was killed by police in Nanterre, a western suburb of Paris on June 27. French Prime Minister receives the representatives of the political parliamentary groups, after six nights of violences throughout France following the death of Nahel M., killed by a police gunshot on June 27 in Nanterre.//04SIPA_SIPA.008/Credit:Alexis Jumeau/SIPA/2307051025

En quelques jours, Rouen a vu se succéder des violences attribuées à l’ultradroite, une attaque contre un bar de supporters accompagnée d’insultes visant les « blancs » et l’agression de jeunes catholiques qui disent avoir été pris à partie alors qu’ils chantaient un cantique. Nicolas Mayer-Rossignol, qui avait réclamé la dissolution de groupes identitaires après les incidents du 24 octobre, condamne désormais également les violences du week-end. Une séquence qui rappelle une évidence parfois perdue dans le débat public : le racisme et la haine religieuse ne changent pas de nature selon l’identité de ceux qui frappent ou de ceux qui sont frappés.


Rouen est devenue, en quelques semaines, un petit laboratoire des tensions françaises. Le 24 octobre, des images montrant des militants identitaires s’en prendre à des manifestants avaient provoqué une vive polémique. Le maire socialiste Nicolas Mayer-Rossignol et la députée Florence Hérouin-Léautey avaient alors saisi le gouvernement et demandé la dissolution de plusieurs groupes d’ultradroite, notamment Les Normaux. Une enquête pour violences aggravées a été ouverte et les élus dénonçaient des militants agissant désormais « à visage découvert ».

Une semaine plus tard, le décor est différent mais la violence est toujours là. Samedi 31 octobre, vers 19 h 15, une trentaine de jeunes ont fait irruption devant Le Corner, un bar de supporters du FC Rouen situé à Sotteville-lès-Rouen. Quatre personnes ont été blessées, dont trois grièvement, selon les premiers éléments rapportés dans la presse. Des projectiles ont été lancés et des victimes auraient notamment été frappées avec des panneaux de signalisation. Le parquet a ouvert une enquête.

« Bande de blancs » : un possible mobile raciste au cœur de l’enquête

Ce qui transforme cette attaque en sujet politique tient aux mots entendus sur les vidéos diffusées depuis. On y distingue notamment des insultes visant explicitement les « blancs ». Un conseiller municipal présent sur place parle d’une attaque préparée et affirme que les agresseurs étaient venus « casser du blanc ». À ce stade, il faut conserver la prudence qu’exige une enquête en cours : le mobile raciste n’a pas encore été judiciairement établi et l’authenticité comme le contexte exact de chaque séquence devront être vérifiés.

Mais il serait tout aussi étrange d’écarter par principe l’hypothèse raciste lorsque des insultes raciales accompagnent une agression. La qualification ne peut pas dépendre de la couleur de peau des victimes. C’est d’autant plus frappant à Rouen que Nicolas Mayer-Rossignol avait organisé le 18 octobre, avec SOS Racisme notamment, un grand rassemblement contre le racisme au Zénith. Quelques jours plus tard, il dénonçait avec raison les violences de l’ultradroite. Le week-end suivant oblige la ville à regarder une autre forme possible de haine.

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Violences à Rouen : quatre jeunes catholiques hospitalisés

Une seconde affaire est venue s’ajouter à la première. Quatre jeunes catholiques affirment avoir été agressés dans la nuit du 31 octobre aux abords de la foire Saint-Romain. Selon leur récit, ils se rendaient à la fête foraine en chantant « Ressuscito, Alleluia » lorsqu’un groupe les aurait désignés comme des « fachos » avant de les frapper. L’un d’eux souffrirait notamment d’une fracture du plancher de l’orbite. Plusieurs plaintes ont été déposées.

Une nouvelle séquence relayée par Cerfia a encore accru la polémique. Elle reprend des images de l’attaque autour du bar Le Corner sur lesquelles on entend distinctement une insulte visant les « Blancs ». Le parquet appelle toutefois à la prudence : il indique qu’à ce stade « aucun lien ne peut être confirmé avec les vidéos non authentifiées ni datées diffusées sur des comptes sous pseudo sur les réseaux sociaux ». Les images et les propos justifient donc que la piste d’un mobile raciste soit examinée, mais l’enquête doit encore établir qui les a prononcés, à quel moment et s’ils sont directement liés aux violences ayant fait plusieurs blessés.

Là encore, il serait imprudent d’écrire dès aujourd’hui que la justice a établi une agression antichrétienne : elle ne l’a pas encore fait. Les déclarations des victimes et les circonstances qu’elles rapportent justifient en revanche que cette piste soit examinée. Être catholique, chanter un cantique ou porter un signe religieux ne transforme évidemment personne en militant politique et encore moins en cible légitime.

Mayer-Rossignol face à une semaine impossible à réduire à un seul camp

La réaction de Nicolas Mayer-Rossignol est intéressante parce qu’elle empêche justement de raconter Rouen avec un scénario trop confortable. Le maire avait été très offensif contre les violences identitaires et avait demandé des sanctions exemplaires. Il condamne désormais les nouvelles agressions. C’est cohérent : la fonction d’un maire n’est pas de choisir les victimes selon leur camp supposé.

Le contexte local rend néanmoins le débat explosif. À Rouen, militants antifascistes et identitaires se sont affrontés ou croisés dans plusieurs épisodes récents. Chaque camp diffuse ses vidéos, ses récits et ses accusations. Dans cet environnement, le risque est de transformer chaque agression en preuve générale sur une communauté entière. Les faits du 31 octobre ne permettent évidemment pas d’accuser une population ou une religion. Ils permettent en revanche de poser une question beaucoup plus simple : si des personnes ont été frappées parce qu’elles étaient perçues comme blanches ou chrétiennes, pourquoi faudrait-il avoir davantage de difficulté à nommer cette haine que lorsqu’elle vise d’autres groupes ?

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Les enquêtes devront établir les responsabilités, identifier les agresseurs et déterminer les mobiles. Mais le principe peut être posé avant même leur conclusion : une insulte raciale reste une insulte raciale, et une agression commise en raison d’une religion réelle ou supposée reste une agression à caractère religieux. Rouen, après deux semaines de violences venues d’horizons différents, est peut-être en train d’en faire la démonstration la plus brutale.



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