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Midterms: les Républicains peuvent-ils encore déjouer les pronostics?

La droite espère que les sondages se sont encore trompés, et dit à ses adversaires de ne pas vendre la peau du Speaker avant la fin du vote !


Midterms: les Républicains peuvent-ils encore déjouer les pronostics?
Le candidat démocrate et musulman du Michigan au Sénat, Abdul El-Sayed, nouvelle bête noire de la droite américaine, s’exprime lors d'un rassemblement de campagne au local du syndicat Sheet Metal Workers Local 80, le dimanche 1er novembre 2026, à Southfield dans le Michigan © Julia Demaree Nikhinson/AP/SIPA

Les Américains votent aujourd’hui pour renouveler l’intégralité de la Chambre des représentants, un tiers du Sénat et les gouverneurs de 36 États, déterminant ainsi quel parti contrôlera le Congrès pour les deux prochaines années. Les Démocrates sont les écrasants favoris.


Pour presque tous les observateurs, l’affaire est entendue ! Les Démocrates vont remporter la Chambre des représentants. À l’issue du scrutin des midterms, ce 3 novembre, ils auront 218 sièges ou plus, contre 217 ou moins pour les Républicains…

La Chambre des représentants compte 435 élus et tous les sièges sont à pourvoir lors de ce scrutin, comme à chaque élection. Decision Desk HQ, le premier site de collecte de données électorales, prévoit 241 sièges pour les Démocrates ; la chaîne CNN en annonce 237 ; CBS, 229 ; le Wall Street Journal, 224 ; Fox News, 223… Bref, même les médias pro-Républicains (WSJ) ou pro-Trump (Fox) annoncent un basculement de la majorité à la Chambre.

La peau de l’ours

M. Hakeem Jeffries, élu Noir de New York et chef de la minorité démocrate, qui ambitionne de devenir le speaker de la Chambre en cas de victoire démocrate, s’inquiétait même d’une transition fluide et pacifiée du pouvoir… Ce à quoi le speaker actuel, Mike Johnson, élu de Louisiane, lui a répondu qu’il allait un peu vite en besogne. Il a ajouté qu’il convient de laisser les électeurs se prononcer avant de se ruer sur le butin, d’autant que ce que lui-même a observé en campagne n’augure pas d’une défaite républicaine…

Mike Johnson n’est pas un analyste impartial. En tant que chef des Républicains à la Chambre, il lui importe d’abord de mobiliser ses troupes, et pour cela, il doit maintenir l’espoir d’une victoire. Mais si, au bout du compte, c’était lui qui avait raison ? Et si les Républicains défiaient les pronostics ? La surprise serait de taille. Énorme ! Est-elle seulement possible ? Oui, absolument.

Peu probable, mais…

Il existe plusieurs scénarios permettant aux Républicains de conserver leur majorité à la Chambre. Ces scénarios ont une faible probabilité de se réaliser, mais ils restent possibles. Voici les possibilités et les conditions d’un maintien de la majorité républicaine à la Chambre des représentants.

Aujourd’hui, les Républicains ont cinq sièges d’avance. Comme il n’y a que deux partis, Républicains et Démocrates (les élus qui se revendiquent indépendants votent en général avec les Démocrates), toute perte pour l’un est un gain pour l’autre. De sorte qu’un gain de trois sièges seulement suffit aux Démocrates pour devenir majoritaires.

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Or, l’immense majorité des 435 scrutins laisse peu de doute quant au résultat. Selon le Cook Political Report, bible des centres d’observation de la politique américaine, les Démocrates sont quasi assurés de remporter 204 sièges (il s’agit des sièges qualifiés de « solidement démocrates » [186] et « probablement démocrates » [18]) et les Républicains 178. Restent donc 53 sièges à déterminer. Parmi eux, 18 penchent du côté démocrate, 17 penchent du côté républicain et 18 autres sont véritablement indécis, les fameux toss-ups.

Le défi pour les Républicains est d’empêcher les Démocrates de parvenir à 218. Pour cela, ils doivent donc remporter tous les scrutins indécis (les 18 toss-ups), tous les scrutins qui penchent en leur faveur (17) et aller encore remporter cinq scrutins parmi ceux où les Démocrates sont donnés en position favorable…

La gageure est considérable. Elle exige un parcours parfait de tous les candidats républicains, plus quelques surprises… Pour se réaliser, ce scénario demande la conjonction de quatre éléments :

  • Que les sondages se trompent et surestiment les chances des candidats démocrates. C’est possible, car c’est déjà arrivé. En 2016 par exemple, année de la première victoire présidentielle de Donald Trump, les sondages avaient sous-estimé les chances des candidats républicains de 3,9 % ! Si l’on projette une telle marge d’erreur sur les sondages de 2026, cela laisse anticiper 219 sièges pour les Démocrates contre 216 pour les Républicains. Soit une majorité d’un seul siège pour les Démocrates ! Toute marge d’erreur des sondages supérieure ou égale à 4 % déboucherait sur une victoire des Républicains à la Chambre. En 2020, les sondages s’étaient trompés de… 6,9 % en faveur des Démocrates. Si c’était le cas en 2026, les Républicains gagneraient une dizaine de sièges et conserveraient leur majorité (228 contre 207) !
  • Que la mobilisation républicaine soit forte et que celle des Démocrates ne le soit pas. Typiquement, une élection présidentielle mobilise 63 % des électeurs américains contre seulement 48 % pour un scrutin de mi-mandat, soit une chute de quinze points. Sur le plan national, cela représente plus de 25 millions d’électeurs qui ne vont pas voter aux midterms. Qui sont ces électeurs moins motivés ? D’abord les jeunes et très jeunes. Moins de 30 % des Américains de moins de 24 ans votent aux midterms, et à peine 35 % des moins de 30 ans. Or, ces électeurs votent plutôt… démocrate. À l’opposé, les personnes âgées (65 ans et plus) votent en nombre comparable aux présidentielles et aux midterms ! Au sein de ce groupe, le Parti républicain dispose d’un avantage certain. En clair, les Républicains doivent favoriser la participation des séniors et espérer une faible participation des jeunes.
    En 2024, Donald Trump avait rassemblé 74 millions d’électeurs sur son nom. Un record pour un candidat républicain. S’il est capable de renouveler ce niveau de participation, les Républicains ont de vraies chances de conserver leur majorité. C’est la raison pour laquelle le président a été si actif les dernières semaines de campagne, sillonnant les États et districts républicains à raison de trois réunions publiques par jour. Et c’est pourquoi il a aussi insisté auprès de ses troupes pour « faire comme si j’étais sur les bulletins de vote ».
    Les Républicains n’ont même pas à mobiliser des millions d’électeurs. Il leur suffit de mobiliser les bons électeurs au bon endroit. En 2022, lors des dernières élections de mi-mandat, 26 scrutins ont été décidés avec moins de 10 000 voix d’écart, parfois quelques centaines. En clair, il suffit aux Républicains de faire se déplacer quelques centaines ou milliers d’électeurs localement pour faire pencher la balance en leur faveur.

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  • Que les électeurs démocrates se désolidarisent d’un parti désormais contrôlé par ses franges les plus radicales. Ce n’est plus une nouvelle, le Parti démocrate est tombé sous la coupe du « wokisme » et du « marxisme ». La politique de l’identité, l’abolition des frontières, l’ouverture à une immigration sauvage, la contestation de l’autorité (celle des parents comme celle de la police ou du gouvernement), ainsi qu’un rejet du capitalisme qui a fait la richesse des États-Unis et une condamnation d’Israël, allié historique et privilégié, sont désormais les piliers de l’idéologie du Parti démocrate.
    Le parti de l’âne n’a plus rien à voir avec ce qu’il fut sous John F. Kennedy ou même Bill Clinton. Certains de ses ténors l’ont quitté, tels Robert Kennedy Jr. et Tulsi Gabbard. D’autres soulignent leur rejet d’une telle ligne, comme le sénateur de Pennsylvanie John Fetterman ou le vieux stratège James Carville. À New York et dans le Michigan, les organisations juives, soutien historique du Parti démocrate, incitent leurs membres à s’abstenir ou à voter républicain face à la montée de l’antisémitisme dans les rangs du parti.
    Dans le Michigan, justement, à la veille du scrutin, Haley Stevens, la candidate démocrate battue aux primaires par le radical-islamiste Abdul El-Sayed, a appelé ses électeurs à voter pour son adversaire républicain ! Une rupture spectaculaire et inédite, justifiée, a-t-elle dit, par la haine d’Israël véhiculée par El-Sayed et sa campagne.
    Ce rejet peut-il aller jusqu’à faire basculer le résultat au Michigan et au-delà ? Peut-être. C’est en tout cas une mise en garde de taille quant à la menace que certains candidats démocrates représentent aujourd’hui pour les institutions et traditions américaines.
  • Que les scrutins indécis au Sénat mobilisent les électeurs républicains et leur donnent également l’avantage down ballot (c’est-à-dire sur le reste des candidats en lice). Parmi les 17 scrutins indécis pour la Chambre des représentants, trois se situent dans le Michigan, deux dans l’Ohio, deux autres dans l’Iowa et deux encore au Texas. Or, dans chacun de ces États se tient également une élection très disputée pour le siège de sénateur. À l’évidence, les deux scrutins vont déteindre l’un sur l’autre. Si la balance penche en faveur du sénateur républicain, elle penchera également en faveur des autres candidats républicains. Et inversement !

En 2016, les Démocrates avaient commis le péché d’hybris et s’étaient crus plus forts qu’ils ne l’étaient vraiment. Leur assurance à l’approche des midterms de 2026 laisse à penser qu’ils n’ont pas vraiment appris de cette expérience. Certes, la probabilité qu’ils emportent la Chambre est forte — CNN chiffre cette probabilité à 92 % —, mais elle n’est pas totale. Reste donc à voir ce que les électeurs décideront aujourd’hui.

Cet article a d’abord paru sur le blog de Gerald Olivier.




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est un journaliste franco-américain, éditeur du blog "France-Amérique, le blog de Gérald Olivier" et auteur en 2013 de "Kennedy le Temps de l'Amérique" aux éditions Jean Picollec

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