La numéro 2 de « Reconquête » était invitée cette semaine de la matinale de France info. Un entretien inoubliable.
Au moment de commencer à écrire ce billet, j’avoue avoir bien conscience de marcher sur des œufs, en ayant, ce faisant, gravée sur le neurone, une fameuse sentence attribuée à François-Marie Arouet. D’ailleurs, à tort, puisque je viens de l’apprendre, c’est l’écrivaine anglaise Evelyn Beatrice Hall qui, dans un livre, The Friends of Voltaire, publié en 1906 sous le pseudonyme de S. G. Tallentyre, utilisa la célèbre formule pour résumer la pensée du fameux écrivain philosophe : « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it. » Que je pense inutile de traduire ici.
Le culot du service public
Mais venons-en aux faits : dans le « 8h30 Franceinfo » du mercredi 28 octobre, la députée européenne, numéro deux du parti Reconquête d’Éric Zemmour, Sarah Knafo, était l’invitée des deux journalistes Audrey Tison et Simon Le Baron.
Et je dois dire que le texte « À propos de Franceinfo » figurant sous le replay de cette fameuse interview — « Franceinfo propose un éclairage factuel, impartial et rigoureux sur l’actualité nationale et internationale » — ne manque pas de sel, compte tenu du drame en une scène qui s’y est déroulé.
Les deux journalistes étaient visiblement en service commandé.
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On connaît d’ailleurs maintenant le tropisme de la chaîne qui, comme tout le service public audiovisuel français, a, audiblement et visiblement, une peur bleue que l’auditeur pense qu’elle ne paraît pas assez à gauche. Les deux exemples les plus probants sont que le Rassemblement national, quoi qu’on en pense, est systématiquement qualifié d’« extrême droite », alors que La France insoumise y est tout simplement nommée « France insoumise ».
Factuellement rasoirs
Simon Le Baron commence donc bille en tête par la présentation de l’invitée : « Numéro deux d’un parti dirigé, peut-être s’il obtient ses cinq cents parrainages, par un candidat multicondamné pour incitation à la haine raciale. »
Même si ce sont les faits, on a connu présentation plus courtoise. Et, venant de quelqu’un plus militant de gauche que journaliste, mettre en avant le mâle blanc de plus de cinquante ans alors que l’invitée est une femme, avouez que ça manque singulièrement de grâce humaniste.
Mais continuons.
Le journaliste n’entend pas la remarque qui suit cette entrée en matière, pourtant très pertinente, de l’invitée : « Ça commence mal. » Il embraye : « Sarah Knafo, est-ce que vous condamnez l’attentat justement raciste de Trappes ? » Il est absolument évident que, dans l’esprit de Simon Le Baron, légèrement embué par l’omniprésence du slogan « Touche pas à mon pote » (en tout cas largement plus que par la présence d’une certaine déontologie journalistique), la numéro deux d’un parti qui n’est assurément pas de gauche ne saurait que se réjouir du retour des ratonnades. Et que, pour lui, la réponse de l’invitée était littéralement contenue dans sa question à lui.
Réponse tranchante
Cette réponse a d’ailleurs été très tranchante, et la seule qu’on pouvait attendre : « Évidemment ! Pour qui me prenez-vous ? » La suite de l’entretien a été à la hauteur de ce début calamiteux. Le but de Sarah Knafo était clairement de dérouler un argumentaire visant à rappeler, en gros, que le seul racisme n’était pas celui du tueur de Trappes, lequel, avant d’avoir manifesté certaines accointances avec le Rassemblement national, aurait de plus été un militant pro-palestinien voire proche de LFI. Cela nous prouve donc une fois de plus ce qu’on savait déjà : « les extrêmes se touchent », en ne faisant jouir qu’eux. Mais là, c’est moi qui rajoute.
En énumérant les noms des victimes de tous les attentats depuis Mohammed Merah, ainsi que ceux des assassins, Sarah Knafo entendait démontrer qu’un racisme antiblanc existe bel et bien. Et le but de ces deux journalistes du service public audiovisuel, qui ne veulent ni ne peuvent, quoi qu’on pense de ce point de vue, absolument pas l’entendre, était précisément de l’empêcher de dérouler son argumentaire.
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La deuxième partie de cette interview peut se résumer très simplement à un numéro de haute voltige, mais assez fréquent : Audrey Tison et Simon Le Baron font encore preuve de la haute opinion qu’ils ont de leur métier de journaliste en posant des questions à Sarah Knafo sur son livre, qu’ils ont très visiblement omis de lire.
Entendons-nous bien : je ne suis absolument pas un partisan de la théorie du grand remplacement. Les propos d’Éric Zemmour sur Pétain ayant sauvé des juifs, entre autres, auraient même tendance à renvoyer mon café dans sa tasse. Et, petite anecdote personnelle, mais qui a, je pense, sa place ici : quand, en avril 1996, l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo (alors dirigé par Charb, Cavanna et Val) a lancé une pétition officielle adressée au président de la République et au ministre de l’Intérieur pour demander l’interdiction et la dissolution du Front national (FN), je l’ai fait signer à Jean-Yves Gateaud, maire PS de Châteauroux à l’époque.
Pour finir, outre que l’attitude journalistique d’Audrey Tison et de Simon Le Baron me semble pour le moins sujette à caution, elle est certainement, si le but est de minimiser la portée des arguments de la numéro deux de Reconquête, totalement contre-productive.
Et je ne peux terminer sans évoquer la même émission, avec les mêmes journalistes interviewant Mathilde Panot, patronne des députés LFI à l’Assemblée nationale. Le moins qu’on puisse déplorer, au visionnage, est leur complaisance vis-à-vis de la dame, lui faisant faire de substantielles économies d’énergie en développant son argumentaire à sa place…




