Accueil Société Vive l’Irlande et à bas les mauvais conseillers

Vive l’Irlande et à bas les mauvais conseillers

Interdire peut être le meilleur moyen de protéger 


Vive l’Irlande et à bas les mauvais conseillers
Conseil Constitutionnel, Paris, mars 2017 © Witt/SIPA Numéro de reportage : 00800792_000018

Le Conseil constitutionnel vient de censurer l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans, parce qu’elle porterait une « atteinte disproportionnée » à la liberté d’expression. Mais la décision des Sages est-elle si sage que ça ? La France ne devrait-elle plutôt s’inspirer d’une certaine ville irlandaise ? Tribune.


Le Conseil constitutionnel a donc estimé que l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans était une mauvaise idée ! Qu’elle portait atteinte à la liberté d’expression ! La liberté d’expression de qui ? De ceux qui envahissent la toile pour y déverser des inepties ? Des influenceuses qui se suicident en direct et d’autres qui disent comment s’y prendre pour arriver au même résultat ? Des influenceurs variés et multiples ; ce nouveau métier de narcisses impudents qui permet de faire de l’argent ? On ne voit pas en quoi, d’ailleurs, protéger des enfants contre tous ces méfaits pourrait porter atteinte à la liberté d’expression de ces « envahisseurs » puisque ce ne sont pas eux qu’on empêche de s’exprimer, et qu’ils auront encore un large public à leur disposition. Alors, la liberté d’expression des mineurs ? Lesquels peuvent en harceler d’autres en toute impunité, car le harcèlement, qui est devenu une vraie plaie, touche précisément ces mineurs qui ne peuvent se défendre. 

La liberté d’expression, me dira-t-on, fait partie des droits de l’Homme. Absolument. Mais quand on est mineur, on n’est précisément pas arrivé à l’âge d’Homme. Les droits de l’Homme sont pour les adultes ; ce qui ne signifie en aucun cas qu’un mineur n’aurait pas le droit de s’exprimer, mais qu’en revanche, ses droits ne sont pas les mêmes que ceux de ses parents. Autrement, il peut aussi voter à quatre ans ; certains le réclament… Une fois de plus, on refuse de penser la génération et on met tout le monde dans le même sac. On refuse par conséquent de protéger l’enfance sous couvert d’un droit à la liberté d’expression fallacieux. Il est tout de même ahurissant de constater à quel point l’enfance est menacée ; les faits divers abondent dans ce sens, et des gens prétendument sages, du haut de leur chaire planante, enfilent des perles à coup de phrases toutes faites, comme des réflexes de Pavlov, sans voir un instant que la fameuse liberté d’expression ne peut pas jouer de la même manière selon qu’on est adulte ou qu’on est enfant. Je leur rappelle également qu’il fut et qu’il est toujours un temps où certains films sont interdits aux moins de 16 ou 18 ans ; même si aujourd’hui, on dit « déconseillé »…

A lire aussi : Jason Arday : quand l’idéologie remplace le mérite

Nos sages devraient se faire naturaliser irlandais ; cela leur remettrait les idées en place ! Dans une petite ville côtière de ce pays aux falaises fabuleuses, huit écoles primaires se sont mises d’accord avec les parents pour interdire le smartphone, non seulement à l’école, mais à la maison aussi. Ainsi, ils ont résolu l’argument selon lequel on ne pouvait priver un enfant de ce bidule, car à l’école, il se retrouverait isolé, marginalisé, discriminé, et ne pourrait partager avec ses camarades toutes les péripéties que la Toile d’araignée vous offre. La société civile a réussi à mettre en place une chose simple, nette, efficace. Ce qui permettra à ces heureux élus, les gamins qui ont cette chance, de construire un monde commun autour d’autre chose que ce qui, sous prétexte de vous connecter à la terre entière, vous isole et vous réduit à peau de chagrin, et vous expose aux méfaits déjà cités.

J’en entends déjà qui ruent dans les brancards : mais, pauvres gosses, comment feront-ils ensuite quand ils se retrouveront avec des smartphones plus tard ? Ils ne sauront pas faire ! Il faut leur apprendre à s’en servir intelligemment et pas les priver ! Ah, comme ce « s’en servir intelligemment » aura pu lui hérisser le poil ! Car ils n’auront aucun mal à s’en servir, soyez sans crainte ! Les gosses de dix ans s’y mettent en un clin d’œil et n’ont pas besoin qu’on leur apprenne.

A lire aussi : Demandez le programme « informationnel » de QuotaClimat !

Oui, mais, me dira-t-on, s’en servir intelligemment, ça veut dire ne pas en être esclave. Sans aucun doute, mais pour ne pas être esclave de la toile, il faut avoir précisément eu une autre formation, d’autres intérêts, d’autres supports. Et c’est parce que j’ai bénéficié de cette autre formation que je ne passe pas ma vie devant ! 

Dernier point : est-ce parce que c’est le président Emmanuel Macron qui a fait cette proposition qu’elle est rejetée ? Dans ce cas, nous aurions affaire à une politique politicienne de très bas étage.

Faut-il vraiment apprendre à des soi-disant « sages » qu’interdire peut être le meilleur moyen de protéger ? Ont-ils à ce point peur d’être des adultes et d’en assumer la responsabilité ? Sont-ils si âgés que le discernement leur fait défaut ?

Cela s’appelle le Conseil constitutionnel et cela laisse pantois.



Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !

Article précédent Élection à l’UWW : le calendrier qui étouffe la campagne
Article suivant Svastika, nein ! Faucille et marteau : da !
Professeur de lettres modernes à la retraite, ayant enseigné dans le 93.

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Pour laisser un commentaire sur un article, nous vous invitons à créer un compte Disqus ci-dessous (bouton S'identifier) ou à vous connecter avec votre compte existant.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération