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Au nom de l’antifascisme…

« Il existe aujourd’hui une forme d’antifascisme archéologique qui est en somme un bon prétexte pour se voir décerner un brevet d’antifasciste réel. […] Une bonne partie de l’antifascisme d’aujourd’hui, ou, du moins, ce qu’on appelle antifascisme, est soit naïve et stupide, soit prétextuelle et de mauvaise foi ; en effet, elle combat, ou fait semblant de combattre, un phénomène mort et enterré, archéologique, qui ne peut plus faire peur à personne. C’est, en somme, un antifascisme de tout confort et de tout repos. »
Pier Paolo Pasolini, Écrits corsaires.


Depuis le meurtre abominable de Quentin, les médias de gauche, de Libération au Monde, de France Info à France Inter et la télévision publique, distillent jour après jour, avec plus ou moins de subtilité, les mêmes discours sur ce que ce drame aurait permis de mettre en évidence – à savoir, selon eux, la présence sur notre sol de très nombreux et dangereux groupuscules fascistes. Ce sont eux qui, tout compte fait, seraient responsables des violences qui ont conduit au lynchage d’un jeune homme de 23 ans « présumé néo-nazi et antisémite », pour reprendre avec des pincettes antiseptiques les propos inqualifiables de Ségolène Royal. Le quotidien L’Humanité s’est particulièrement distingué, multipliant jour après jour les couvertures et les articles les plus tendancieux voire les plus mensongers. Rappelons au passage que ce journal est subventionné avec l’argent de nos impôts à hauteur de 6 à 7 millions d’euros par an.

Inversion accusatoire

Les titres de couvertures et des articles du quotidien communiste du 14 février, jour du décès de Quentin, au 20 février, annoncent la couleur. Elle est exclusivement brune : « Un militant identitaire de 23 ans est décédé à la suite d’affrontements. Une tragédie que récupère honteusement la galaxie réactionnaire. » « Des groupuscules néofascistes appellent à la vengeance. » « Le risque de représailles brunes ». « À Lyon, la contagion fasciste. Plusieurs interpellations ont eu lieu dans l’enquête sur la mort du militant identitaire Quentin Deranque. Ce drame met en lumière l’implantation des groupuscules d’extrême droite dans la capitale des Gaules. » « La stratégie de terreur des identitaires. Laboratoire des idées xénophobes, la capitale des Gaules est régulièrement le théâtre d’attaques contre des militants de gauche et progressistes. » Pas un mot sur les exactions de la Jeune Garde qui, depuis sa création en 2018, insulte, harcèle, agresse, tabasse en meute militants du RN, étudiants de l’UNI et toute personne qu’elle soupçonne d’être un « fasciste ». Pas un mot non plus sur le co-fondateur de ce groupuscule hyper-violent, Raphaël Arnault, qui, déjà condamné pour violences en réunion, a menacé de mettre une « balle dans la tête » d’Alice Cordier, la directrice du collectif Némésis. Pas un mot sur les collaborateurs parlementaires du député LFI impliqués dans les actions violentes qui ont abouti au meurtre de Quentin.

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Le 23 février, L’Humanité se déchaîne. Une couverture et sept pages dénoncent les « sordides calculs » d’une extrême droite qui exploiterait la mort de Quentin. Un journaliste écrit : « Saluts nazis, vociférations homophobes et racistes : le défilé de Lyon, samedi, n’avait rien d’une marche blanche en hommage au militant ultranationaliste Quentin Deranque, battu à mort le 12 février. » À croire que les 3500 participants ayant marché pacifiquement pour honorer la mémoire de Quentin et réclamer justice étaient tous des suppôts d’Hitler. Les journalistes de L’Humanité, comme d’ailleurs ceux du Monde, Libération, La Croix ou France Info, n’ont vu que la dizaine de débiles faisant des saluts nazis ou tenant des propos racistes. Du message des parents de Quentin remerciant « les participants venus dans une démarche sincère et digne », ces médias n’ont retenu que la partie regrettant les « débordements racistes ». Les mêmes médias ont par ailleurs omis de souligner la présence des crétins qui ont proféré les pires insanités sur Quentin et sur les manifestants au passage du cortège à Lyon. Adepte fanatique de la reductio ad hitlerum, Nathalie Tehio, la présidente de la Ligue des droits de l’homme, signe un papier affirmant que « la glorification du régime nazi est toujours présente ». La violence de l’extrême gauche est « conjoncturelle » et répond à une menace tandis que la violence de l’extrême droite est « structurelle » et est intrinsèque à l’idéologie néo-nazie qui gangrènerait le RN, écrit-elle en substance. Rappelons que cette avocate s’est résolument opposée à la dissolution de… la Jeune Garde.

Combat: chic, un nouveau média qui s’oppose à l’extrême droite !

Enfin, le quotidien communiste annonce qu’il s’est associé à Radio Nova, Les Inrocks, StreetPress et Blast pour éditer Combat ! Front commun contre l’extrême droite, un « manuel indispensable pour mener la bataille idéologique. À l’heure où, quatre-vingt-deux ans après l’assassinat par l’armée nazie des 23 de l’Affiche rouge, des néo-nazis ont pu défiler dans les rues de Lyon librement, samedi », écrit sans vergogne Fabien Gay, directeur de L’Humanité

Petits rappels. Radio Nova et Les Inrocks appartiennent au banquier gauchiste Matthieu Pigasse qui a affirmé vouloir mettre les médias qu’il contrôle – Le Monde, Télérama, Le Nouvel Obs, etc. – au service de son combat contre « la droite radicale ». Comme le révélait Boulevard Voltaire en juin 20241, le média d’extrême gauche StreetPress profite depuis des années de la générosité de L’Open Society Foundation de George Soros et est affilié à Sphera Network, un réseau européen d’ONG et de médias « indépendants » financé en partie par la Commission européenne. StreetPress est connu pour ses accointances avec la Jeune Garde. La journaliste Daphné Deschamps et le rédacteur en chef adjoint Christophe-Cécil Garnier s’affichent en effet aux côtés de Raphaël Arnault lors de conférences ou de réunions où apparaissent également des députés LFI. En octobre 2023, Mathieu Molard, rédacteur en chef de ce média, intervenait aux côtés de Raphaël Arnault dans un colloque organisé par la « fondation insoumise », l’institut La Boétie. Blast est un média d’extrême gauche sur lequel Pierre Sauvêtre, sociologue à l’université de Paris Nanterre, a expliqué que la mort de Quentin aurait surtout permis de révéler la formation d’un « arc néofasciste » extrêmement large, allant du PS au RN en passant par le LR et Renaissance, et ayant pour ennemi commun la seule formation politique antifasciste respectueuse de l’esprit républicain, LFI. Défense de rire.  


Maladie infantile

Le 27 février, le quotidien communiste continue de relayer les discours de Jean-Luc Mélenchon et de ses lieutenants réclamant la dissolution du collectif Némésis, en consacrant sa couverture et trois pleines pages à ce « mouvement fémonationaliste ». Les jeunes femmes de Némésis y sont bien sûr traitées de tous les noms d’oiseaux néofascistes.  

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Les communistes les plus anciens s’interrogent: comment le gauchisme, la « maladie infantile du communisme », selon Lénine, a-t-elle pu finalement contaminer les instances médiatiques et politiques du PCF ? Naguère, les trotskistes accusaient les communistes français d’être aux ordres de Moscou et les désignaient d’un seul vocable qui avait valeur d’injure suprême : « stalinien ». Les manifestations du PC et de la CGT étaient alors encadrées par un service d’ordre composé majoritairement d’ouvriers sachant, de toutes les manières possibles, manier le manche de pioche : les étudiants gauchistes qui tentèrent l’aventure d’une percée dans les rangs de ces cocos-là s’en souviennent encore. À l’époque, tout sépare les ouvriers communistes des étudiants gauchistes : « Les ouvriers demeurent et demeureront méfiants vis-à-vis des étudiants qu’ils considèrent comme des enfants de riches et de privilégiés qui ne connaissent rien au monde ouvrier », écrit Jean-Pierre Le Goff2. L’action politique des gauchistes se veut déjà radicale et conflictuelle ; la révolution permanente est censée aboutir au renversement du système bourgeois et capitaliste et à l’avènement d’un mondesupposémentidéal, sans classes sociales, sans inégalités, sans interdits, sans hiérarchies, sans frontières. De son côté, le PCF opte pour la stratégie de « la voie démocratique au socialisme », abandonne la notion de « dictature du prolétariat » et, pour parvenir au pouvoir, envisage une alliance avec les socialistes – alliance qui lui sera fatale, comme chacun sait. Que s’est-il passé pour que les apparatchiks communistes d’aujourd’hui s’allient avec les adversaires gauchistes d’hier ? Il s’est d’abord passé que l’union de la gauche qui permettra l’accession au pouvoir de François Mitterrand, ne profitera électoralement qu’au PS. Il s’est passé ensuite que l’électorat communiste a fondu en même temps que fondait la classe ouvrière et que ce qu’il restait de cette dernière s’est tournée vers une droite nationale reprenant pour partie le projet économique du Programme commun de la gauche et ayant fait sien le discours sur l’immigration de Georges Marchais : « Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine ». Au versant économique qui justifiait déjà à l’époque cette revendication, il faut aujourd’hui ajouter la perte des repères socio-culturels, le prosélytisme islamique, l’insécurité grandissante, toutes choses qui ont un rapport, quoi qu’en disent nos dirigeants et une bonne partie de la gauche, PC inclus, avec l’immigration. Il s’est enfin passé que, la gauche socialiste ayant fait en sorte que de plus en plus de jeunes gens échouent, dans tous les sens du terme, sur les bancs universitaires, l’extrême gauche mélenchoniste, déjà fortement implantée dans l’enseignement supérieur, a immédiatement saisi cette opportunité pour endoctriner des étudiants incultes, manipulables, en quête d’émotions politiques pseudo-révolutionnaires et superficielles, étudiants auxquels elle a fait gober des notions facilement assimilables, un gauchisme anticapitaliste et islamophile rudimentaire mâtiné d’un zeste d’écologisme et d’une pincée de wokisme. En fait, après avoir collaboré à la propagande immigrationniste et multiculturaliste élaborée, au nom de l’antiracisme, par les ex-trotskistes de SOS Racisme, les mélenchonistes sont les premiers à avoir consciencieusement appliqué les consignes du think tank Terra Nova recommandant au PS de ne plus chercher les suffrages de la classe ouvrière mais de cibler plutôt « les diplômés, les jeunes, les minorités » – même si LFI connaît actuellement quelques déconvenues, le mal est fait et le PC ne peut survivre, électoralement parlant, qu’en se mettant à sa remorque.

La ceinture rouge parisienne menacée par les lfistes

Les départements de Seine-Saint-Denis, du Val-de Marne et des Hauts-de-Seine comptaient 67 municipalités communistes en 1945. Il y en avait encore 54 en 1977. Il n’y en a plus que 17 aujourd’hui. Les Insoumis lorgnent sur certains de ces bastions communistes, Montreuil (93) et Vitry-sur-Seine ou Villejuif (94), entre autres. La ville de Saint-Denis, que les communistes ont perdue au profit du socialiste Mathieu Hanotin, verra aux prochaines élections une alliance LFI-PCF pour soutenir l’Insoumis Bally Bagayoko. En contrepartie, des accords sont prévus à Bobigny, Noisy-le-Sec, Sevran et Stains pour faire en sorte que ces communes demeurent dans le giron du PC. Bref, on sauve les (derniers) meubles en n’hésitant pas à s’acoquiner avec l’extrême gauche hier honnie et en caressant dans le sens du poil ses milices « antifascistes ».

Celles-ci sont composées pour l’essentiel de fils de bonne famille. Ils se prénomment Raphaël, Jacques-Élie, Adrien ou Jean-Charles. Leurs parents sont enseignants, universitaires, journalistes, médecins, cadres supérieurs. Depuis plus de quarante ans, l’Éducation nationale les formate à l’idéologie gauchisante ; depuis trente ans, à l’écologisme ; depuis dix ans, au wokisme. Ils ont achevé leurs études sur les bancs d’écoles de commerce, d’IEP et d’universités gangrénées par les théories les plus mortifères, toutes issues des idéologies pré-citées, et où le militantisme remplace maintenant régulièrement l’enseignement et la transmission de connaissances. Faute de ces savoirs fondamentaux, ces activistes ne peuvent en rien rivaliser avec les personnages historiques dont ils se réclament: les éléments de langage ont supplanté les discours argumentés, les vociférations se sont substituées à l’art oratoire, les slogans gargouillés ont évincé les mots d’esprit. Ils haïssent la France et tous ceux qui l’aiment et la défendent et ont de l’action politique une idée assez binaire – il y a d’un côté les méchants fascistes, qu’il faut « éliminer », de l’autre les gentils « antifascistes ». Armés de principes simples et de gants coqués, ils se disent fiers d’éradiquer les néo-nazis, c’est-à-dire tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Bêtes et bornés, leur inculture n’a d’égale que leur brutalité, brutalité verbale le plus souvent, brutalité physique lorsqu’ils sont à dix contre un, enivrés par l’odeur de mort qu’ils dégagent. 

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En 1969, dans l’hebdomadaire Tempo où il tient une rubrique intitulée Le Chaos, Pier Paolo Pasolini répond à la lettre que lui a envoyée Carletto, un « garçon du peuple » fasciste qui, à l’inverse des « odieux petits fascistes fils à papa », apparaît à Pasolini comme sensible et naïf, égaré dans sa recherche d’une « lumière » que tous les dogmes promettent « pour le futur » et que l’écrivain appelle la « lumière rhétorique » ou la « fausse lumière ». « Un jour, lui écrit-il, tu découvriras avec horreur ce qui t’est arrivé au cours des dernières années durant lesquelles tu étais sans défense contre les mauvaises fréquentations ». Pour accélérer l’avènement de ce jour, Pasolini ne lui fait pas la morale mais lui donne un conseil: « Étudie, pense, travaille, observe : la lumière est seulement dans la culture (ce qui ne veut pas toujours dire la culture enseignée à l’école), autrement dit, elle est seulement dans la renonciation rationnelle à toutes les fausses consolations. » À un autre jeune homme, Sarino, étudiant de gauche qui lui a écrit: « Pier Paolo, tu es un réactionnaire et un conservateur », Pasolini répond cette fois sans ménagement aucun: « Je n’aurais pas répondu à un message aussi péremptoire s’il ne me suggérait pas une confrontation avec le message précédent de Carletto. Carletto est un fasciste, cependant il est peu sûr de lui, humble au fond, il me demande de l’aide. Toi, tu es de gauche, d’extrême gauche, plus à gauche entre tous, et pourtant tu es fasciste. Tu es fasciste parce que tu es bête, autoritaire, incapable d’observer la réalité, esclave de quelques principes qui te semblent si inébranlablement justes qu’ils sont devenus une foi – horrible chose, lorsqu’elle ne s’accompagne pas de la charité, autrement dit, d’un rapport concret, vivant et réaliste avec l’histoire3. »  

  1. Boulevard Voltaire, Clémence de Longraye, Ce média d’extrême gauche « indépendant » en réalité financé par Soros et l’UE. 7 juin 2024. ↩︎
  2. Jean-Pierre Le Goff, La France d’hier. Récit d’un monde adolescent, des années 1950 à mai 68, 2018, Éditions Stock. ↩︎
  3. Pier Paolo Pasolini, Le Chaos, préface d’Olivier Rey, 2018, Éditions R&N. ↩︎

Iran: l’histoire qui s’écrit contrarie Macron

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Le chef de l’Etat a pris la parole, hier soir, lors d’une courte et factuelle allocution télévisée consacrée à la situation au Moyen-Orient. Au quatrième jour de la guerre déclenchée par les bombardements des États-Unis et d’Israël sur l’Iran, donnant quelque peu l’impression de subir les événements, Emmanuel Macron s’est finalement résolu à donner l’ordre au porte-avions Charles-de-Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée.


Applaudir Donald Trump et Benyamin Netanyahou ? Un cauchemar. Emmanuel Macron ne s’y résoudra jamais. Sa répulsion le rapproche, à nouveau, de Jean-Luc Mélenchon. Tous deux sont pareillement à l’écoute de la nouvelle « rue arabe » en France, supposée antisioniste.

Une flopée de commentateurs, politiques ou médiatiques, partage ce même réflexe pavlovien contre les deux affreux, coupables de ne pas se courber devant l’islam djihadiste et anti-occidental. Hier soir, sur les télévisions, le chef de l’Etat a rappelé, à l’instar du leader LFI, que les opérations de bombardements aériens contre l’Iran, lancées depuis samedi matin par les Etats-Unis et Israël, sont « conduites en dehors du droit international ». Il a appelé Israël à « respecter le territoire libanais et son intégrité ». Lundi, la députée européenne macroniste Valérie Hayer avait été plus claire : « Je considère aujourd’hui que les États-Unis sous Donald Trump ne sont plus nos alliés ». C’est à reculons que la France s’engage dans le conflit moyen-oriental, en appliquant néanmoins les accords de défense qui la lient avec des pays arabes sous le feu iranien, et notamment les Emirats Arabes Unis. Des Rafale ont pris l’air. Le porte-avions Charles de Gaulle, en Atlantique Nord, fait route vers la Méditerranée. Mais Macron a prévenu : « La France n’a été ni prévenue, ni impliquée ». Cette guerre contre le terrorisme apocalyptique des mollahs ne sera pas la sienne. A la recherche de l’histoire qui s’écrit, il croit l’avoir repérée du côté de la Russie en conflit avec l’Ukraine. Or, une fois de plus, le président français s’éloigne des peuples oppressés, et en l’occurrence des Iraniens qui se sont réjouis de la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, tué dès la première frappe.

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Se rendant lundi à Brest, pour clarifier l’usage de l’arme nucléaire, le chef de l’Etat a publié la photo de son Falcon, lui à son bord, survolant le Mont-Saint-Michel entouré de quatre Rafale armés. Sur l’Ile Longue, il a pris une posture poutinienne pour rappeler, à l’instar du dirigeant russe, la puissance terrifiante des nouvelles bombes atomiques. Mais ces mises en scène guerrières trahissent une doctrine erratique. C’est le pourfendeur des souverainistes nationaux qui s’est rangé, ce jour-là, à leurs exigences de maîtriser, in fine, la décision ultime d’appuyer, seul, sur le bouton rouge. Sa défense habituelle de la souveraineté européenne s’est contentée de proposer le concept de « l’épaulement » qui élargirait symboliquement les bases de tirs nucléaires à d’autres territoires. Surtout, si Macron a redit toute son hostilité à la Russie de Poutine, il n’a pas évoqué la dictature iranienne. A l’aise pour dénoncer rituellement « l’internationale réactionnaire », représentée par le duo Trump-Netanyahou, il ne dit jamais rien de l’internationale islamiste, protégée ouvertement par LFI, notamment à travers sa députée européenne Rima Hassan. Or cette menace existentielle est autrement plus dangereuse pour la France.

« Pour être libre il faut être craint. Pour être craint il faut être puissant », répète à l’envi le chef de l’Etat. Hier soir, il avait placé un petit soldat de plomb de l’armée napoléonienne, fusil en joue, au premier plan sur son bureau présidentiel. Mais qui prend encore Macron au sérieux ?

La révolution des oubliés

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Amazon: foire d’empoigne à la foire du livre

Furieux de voir Amazon invité d’honneur au Festival du Livre de Paris, les libraires préfèrent quitter la fête. Elisabeth Lévy revient sur la polémique dans sa chronique radio. Nous vous proposons de l’écouter.


Tout fout le camp !

Amazon sème la zizanie au Salon du Livre. La littérature n’adoucit pas les mœurs. Comme le résume Jonathan Siksou, il n’y avait pas de vaches au Salon de l’Agriculture, et il n’y aura pas de libraires au Salon du livre.

Le syndicat de la librairie française, qui regroupe 850 librairies, a décidé de boycotter le salon du livre de Paris, qui se tiendra les 17, 18, 19 avril au grand Palais. Raison de cette colère : Amazon est le partenaire officiel du Salon.

« Amazon n’est pas un ami du livre, il constitue, par sa puissance et ses visées prédatrices et hégémoniques, un risque majeur pour les auteurs et autrices, les éditeurs, éditrices et les libraires », affirme le syndicat.

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Il y a une vieille bisbille entre les libraires et le géant du e-commerce, les premiers accusant le second de contourner la loi sur le prix unique du livre avec des pratiques limite sur les frais de port. « Il paraît irresponsable, au nom d’intérêts financiers de court terme, d’offrir à Amazon une telle visibilité et honorabilité », ajoute l’organisme. En somme, Amazon est accusé de concurrence déloyale. Pour les adversaires de la plateforme, c’est un peu comme si on faisait parrainer le salon de la diététique par McDo.

Est-ce qu’ils ont raison ?  Eh bien non ! Nous sommes en effet face à une petite contradiction: les Français pleurnichent volontiers sur la disparition des petits commerces et la dévitalisation de leurs centres-villes, mais ils se ruent sur les achats en ligne, qu’il s’agisse de livres ou de vêtements. Or le salon n’est pas là pour célébrer les libraires, mais le livre. Il n’a donc pas vocation à dire où les gens doivent les acheter…

Les petites libraires pensent souvent un peu la même chose

Primo, grâce à Amazon, l’accès aux livres n’est pas réservé aux habitants des centres-villes.

Deuxio, la profession est de plus en plus politisée et bien-pensante. Les libraires aujourd’hui se croient chargés de nous rééduquer. Demandez un livre de Renaud Camus ou de Fayard et vous avez une bonne chance de vous entendre répondre d’un ton sentencieux « Madame, nous ne vendons pas cet auteur ».

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Sur Amazon, on trouve tout, y compris des ouvrages dont Le Monde ou Télérama ont décidé qu’ils ne devaient pas être accessibles. Alors oui, désolée, je défendrai plus volontiers les marchands de fringues que les libraires. Et c’est désolant mais c’est ainsi : quand les libraires jouent les censeurs, c’est une plateforme américaine qui défend la liberté d’expression. 


Retrouvez Elisabeth Lévy au micro de Sud Radio dans la matinale

Gandalf enchaîné

Surprise ! Ce n’est pas l’islam qui est la religion la plus surreprésentée dans la population carcérale britannique


Le Royaume-Uni, contrairement à la France, autorise les statistiques religieuses sur la population carcérale. Elles sont même publiées par le gouvernement. Elles permettent par exemple de savoir qu’environ 0,5 % des prisonniers se déclarent adeptes de l’hindouisme, soit trois fois moins que dans la population générale. À l’inverse, 18 % des détenus sont enregistrés comme musulmans, une proportion trois fois supérieure au taux national.

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Mais on aurait tort de penser que l’islam est la foi la plus surreprésentée dans les maisons d’arrêt de Sa Gracieuse Majesté. Une confession explose en effet tous les compteurs : le paganisme. Alors, qu’on n’en recensait que 79 au début du siècle, 1 172 prisonniers sont aujourd’hui affiliés à la Fédération païenne, une « Église » reconnue officiellement par les autorités. Leur poids dans la population carcérale est 200 fois plus élevé que dans la population britannique ! Cette statistique s’explique par un nombre important d’activistes violents d’extrême droite qui, à leur arrestation, se signalent comme païens. Depuis l’entrée en vigueur de l’Equality Act de 2010, qui oblige les pouvoirs publics, au nom de la lutte contre les discriminations, à considérer les croyances philosophiques comme étant de même nature que les croyances religieuses, les païens bénéficient de certains droits cultuels en prisons. Parmi eux : celui de porter une bague à symboles (car il a été établi que la privation d’un tel bijou cause « un stress considérable »), la pratique du tarot divinatoire (à condition que le jeu de cartes employé ait été contrôlé au préalable « pour raisons de sécurité »), et enfin l’accès à un aumônier. On en dénombre 20 à travers le pays, rétribués par l’État. Une petite annonce vient d’ailleurs d’être publiée pour recruter celui de la prison de Norwich, à 160 km au nord-est de Londres. Salaire annuel : 42 000 euros. Dans la fiche de poste, il est indiqué que l’heureux élu aura le droit d’être équipé d’une baguette magique, pourvu toutefois qu’elle soit flexible.

Il n’est pas précisé si son achat peut être passé en note de frais.

Sarah Knafo: «A Paris, le vote utile c’est moi!»

La campagne glamour et colorée de Sarah Knafo est aussi celle d’une candidate qui maîtrise tous ses sujets. À l’écoute des familles et des commerçants, défendant la sécurité autant que la beauté, elle propose un plan « Haussmann 2.0 » pour tourner la page des années Hidalgo. Et se targue d’être la seule qui fera l’union des droites plutôt que l’alliance avec les macronistes.


Causeur. Il y a vingt ans, Éric Zemmour expliquait dans Le Premier Sexe que les femmes pouvaient faire de la politique à condition d’incarner des valeurs masculines. À en juger par votre campagne très girly, il s’est trompé !

Sarah Knafo. Ça commence fort ! Vous me posez les mêmes questions que France Inter ! (Rires.) Dès que les femmes entrent en politique, elles passent au look tailleur-cheveux au carré. Pas moi. Ça ne m’empêche pas d’être capable d’autorité, dont on dit communément que c’est une valeur masculine. La féminité n’est pas incompatible avec la poigne. Une femme peut tout à fait faire preuve d’autorité et un homme totalement en manquer. La compétence n’a rien à voir avec le sexe. Anne Hidalgo a détruit Paris. Margaret Thatcher a redressé le Royaume-Uni.

Vous n’en faites pas moins une campagne très glamour !

Merci ! Vous devriez dire aussi que ma campagne est innovante, moderne, convaincante ! Avec le programme le plus sérieux de tous…

C’est une façon de dire que vous êtes une jolie femme à la conquête de la plus belle ville du monde…

Bon, dit comme ça… ! (Rires.) Après tout, Paris est la ville de la galanterie, la ville des Parisiennes…

Pour l’ancienne banlieusarde que vous êtes, que représente la Parisienne ?

Avant tout une femme libre. Quand j’habitais en Seine-Saint-Denis, je voyais les Parisiennes comme des femmes élégantes, un peu cassantes, un peu capricieuses, avec un petit grain de folie. Des femmes qui s’habillent comme elles veulent et sortent entre copines à trois heures du matin. Je veux que cette aventure se poursuive, que les Parisiennes se sentent libres le soir, libres la nuit, qu’elles s’habillent, se maquillent et en soient fières. C’est pourquoi je leur ai consacré mon premier discours de campagne, dans lequel j’ai annoncé que j’allais me battre pour que Paris soit leur ville, une ville dans laquelle on n’a pas peur.

Parlons du ton de votre campagne et notamment de ces vidéos mignonnettes et écharpes jaunes qui font fureur, semble-t-il. Permettez-nous d’être un peu moins enthousiastes pour ce message disneylandisé. Pourquoi s’adresser à nous comme à des enfants ?

Ce que vous êtes ronchons ! Certes, j’utilise l’essentiel de mon temps de parole à proposer des choses très sérieuses, des économies, des mesures, des baisses d’impôts. Mais franchement, tous ces militants joyeux et souriants qui font campagne avec moi, avec une écharpe jaune autour du cou et des tracts colorés dans les mains, vous ne trouvez pas que ça fait du bien dans cette ville que les socialistes ont rendue si triste ? Eh bien tant pis pour les mauvais coucheurs, moi, je trouve ça formidable ! Ça redonne de l’espoir à quantité de gens qui pensent que la politique est sinistre et les élus, tous des menteurs, ternes et déprimants. Résultat, on a vu plein de nouvelles idées émerger sur le terrain, comme sur internet, avec par exemple ces dessins animés qui sont même arrivés jusqu’à vous. Ces petits films ont été conçus par de jeunes soutiens. Je ne vous cache pas que la première fois que j’en ai vu un, je me suis demandé : « Mais c’est quoi ce truc ? » Et puis, je me suis dit que cette joie un peu enfantine faisait du bien aux gens et que, si ma campagne donnait envie de créer, d’innover, il fallait le valoriser et le partager. Et je remercie tous ceux qui contribuent à faire de cette campagne une première en politique : une campagne heureuse. 

Une campagne heureuse, une ville heureuse, vous parlez beaucoup de bonheur. Mais que les politiques laissent notre bonheur tranquille. Faites de Paris une ville où on peut vivre et même être mal sans être en butte à mille tracas, ce sera déjà bien !

Sauf que mon slogan, c’est « Une ville heureuse », pas « Je ferai votre bonheur malgré vous ». Croyez-moi, je ne veux pas entrer dans les chambres à coucher ni obliger les gens à être heureux comme dans Le Meilleur des mondes. J’aime la liberté et la vie privée est sacrée pour moi. Reste que, même si tout va bien dans votre vie, quand vous sortez et que les rues sont sales, les déplacements, un parcours du combattant et le mobilier urbain atroce, ça vous mine. La vue de ces poubelles horribles en métal grisouille, avec des sacs en plastique pendouillant, me déprime. Et je suis loin d’être la seule ! La beauté, c’est bon pour le moral ! Songez encore à ces kiosques à journaux qui, dans le monde entier, sont reconnus comme des symboles de Paris et qu’Anne Hidalgo a entrepris de remplacer par des édifices modernes et gris. Marcel Proust disait que se trouver dans un bel endroit calmait ses angoisses. Derrière ces multitudes de tensions et désagréments qui plombent le quotidien des Parisiens, il y a des décisions publiques. Ce sont ces décisions, pas la fatalité, qui nous font perdre des heures dans les embouteillages ou les tracas administratifs, qui font que nous traversons certains quartiers avec la boule au ventre. Alors, oui, je veux offrir les conditions du bonheur aux Parisiens. Et vous permettre, puisque vous y tenez, d’être malheureux dans un environnement de paix et de beauté.

Pourquoi cette soudaine envie parisienne ? Pour doper votre cote de popularité ?

Je n’avais pas besoin d’une campagne municipale pour passer à la télévision. Je crois l’avoir prouvé l’an dernier ! Mais il se trouve que je suis parisienne et que je n’aime pas ce que ma ville devient. J’ai réfléchi plusieurs mois avant de prendre ma décision, j’ai consulté, soupesé le pour et le contre. Je me suis demandé si un autre candidat pouvait relever ce défi, j’ai regardé les programmes. Aucun n’était satisfaisant. J’ai donc estimé que ma candidature pouvait apporter quelque chose et je me suis lancée. Pour que ma ville arrête de se dévitaliser, de se vider de ses familles, de ses commerces et de ses restaurants de quartier. Pour que Paris, qui a hérité des plus beaux monuments et des plus belles perspectives du monde, arrête de s’enlaidir chaque jour. On peut inverser cette tendance. C’est pourquoi ma campagne est axée sur des solutions très concrètes.

Nous avons regardé ces solutions, qui sont détaillées dans un programme de 130 pages. Comment les résumeriez-vous en deux phrases ?

J’ai regardé le dernier numéro de Causeur. Comment le résumeriez-vous en deux phrases ? En deux phrases : Allez vite sur mon site unevilleheureuse.fr. Allez-y ! Et encore deux autres : je vais dépenser moins pour taxer moins, pour que les Parisiens gagnent plus. Je vais renouer avec le Paris éternel, celui que l’on aime tous, et le projeter dans l’avenir : une sorte de plan Haussmann 2.0. Il faut être ambitieux pour Paris.

Vous promettez de rendre les rues plus sûres. Mais une ville, surtout une capitale, ne doit pas être un havre de paix. Or, même dans les quartiers autrefois animés, passé 23 heures, c’est le désert. Pas de cafés, pas de musique, pas de grappes de fêtards. Paris est-elle devenue une ville de vieux et de couche-tôt ?

En vingt-cinq ans de règne socialiste, Paris a perdu 200 000 habitants. Eh oui, on y fait moins la fête. Une soirée à Paris, avec le prix dément du stationnement auquel il faut ajouter la nounou, c’est hors de prix. À grands traits : il reste à Paris des étudiants, des touristes et des retraités qui ont eu la chance de pouvoir acheter un appartement quand c’était encore possible. Mais les jeunes actifs sont de plus en plus nombreux à quitter la ville, dès qu’ils veulent fonder une famille. Et regardez les villes voisines : Levallois, Saint-Mandé, Vincennes, là-bas, vous voyez des poussettes partout dans les parcs. Je me souviens d’un temps où Yves Montand chantait Un gamin de Paris. Aujourd’hui les écoles ferment et les gamins sont partis. Une ville heureuse est une ville où on a envie de faire des enfants. De donner la vie, oui, parce que la ville est sûre, parce que la ville est accueillante, parce que la ville est rassurante et gaie.

Programme décidément très maternel !

Il faut une Mère pour Paris ! (Rires)

Comment comptez-vous faciliter la vie des commerçants et des artisans ?

Avez-vous remarqué qu’il est de plus en plus difficile de trouver un plombier, un menuisier ou un électricien dans Paris ? Ils acceptent de moins en moins de chantiers dans Paris. Tout simplement parce que l’heure de stationnement est plus chère que le SMIC horaire de leur branche. Ça leur coûte de l’argent de venir ! Je propose la première heure de stationnement gratuite pour tous. Gratuité pour les deux-roues. Gratuité également entre midi et 14 heures pour aider les restaurateurs en augmentant votre pouvoir d’achat. Ce n’est plus possible de budgéter 36 euros de stationnement avant d’avoir commandé le moindre plat ! Ensuite cinq euros de l’heure quel que soit le véhicule et l’arrondissement, et extension du tarif résident à tout l’arrondissement.

Sans doute, mais les modes de vie ont changé. La restauration, le commerce, les cinémas sont bien plus menacés par Uber Eats, Amazon et Netflix que par le prix du stationnement.  

Vous posez là une question essentielle, civilisationnelle, même, qui me tient d’autant plus à cœur que je suis moi-même fille de commerçants. Je crois qu’il y aura éternellement des lieux marchands dans les villes modernes. J’en veux pour preuve qu’en Chine, dans une mégalopole comme Shenzhen, l’une des plus high-tech au monde, où l’on peut se faire livrer des colis par drone en dix minutes, se trouvent pourtant les plus grands centres commerciaux du monde. Pourquoi sont-ils bondés alors qu’il est possible de consommer tout ce qu’on veut en restant chez soi ? Parce que, sans remonter à Aristote, nous sommes des animaux sociaux, nous avons besoin de contacts humains. Je vais peut-être passer pour l’optimiste de service, mais je suis certaine que le commerce et la restauration traditionnels ne mourront jamais : ils sont éternels. Si Paris se vide de ses commerces, ce n’est pas à cause d’un phénomène exogène. C’est parce que les socialistes ont pris de mauvaises décisions en matière de circulation, de stationnement, de taxes, de lutte contre l’insécurité. Des choses sur lesquelles on peut et doit agir.

La novlangue vous salue bien

Derrière les provocations verbales de plus en plus abjectes de Jean-Luc Mélenchon se cache aussi son aisance à exploiter les failles du pouvoir politico-médiatique – ce dernier cherchant, jusqu’à la nouvelle façon de prononcer les noms, il est vrai, à nous imposer son dictionnaire. Analyse.


« Ce n’est pas parce que Monsieur Le Pen disait qu’il préfère le soleil à la pluie que le soleil lui appartient » ; cette phrase, qui a marqué son époque, prononcée par l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy au sujet de l’immigration en France1, pourrait aujourd’hui être pleinement associée à la récente remarque de Jean-Luc Mélenchon concernant la prononciation du nom du criminel sexuel le plus décrié du monde, Jeffrey Epstein.

Derrière le parfum nauséabond utilisé par le patron de LFI autour de l’origine juive du roi déchu de la jet-set américaine, Mélenchon est loin d’être le seul à avoir remarqué la différence de prononciation des noms qui finissent par « stein », majoritairement d’origine juive allemande et dits depuis toujours « chteyn » en France, et la version « Epstine » que les médias américains, habités par ce dossier explosif, auraient imposée pour évoquer le scandale qui entache un nombre invraisemblable de gens influents de la société occidentale.

http://www.youtube.com/watch?v=utOcyFHOb5k

Si Mélenchon voit dans cette manœuvre politico-phonétique la volonté de ses auteurs de russifier le nom du prédateur financier — ce qui est, il est vrai, dans le contexte actuel de guerre hybride entre l’Occident et la Russie, de nature à diaboliser davantage le malfaiteur (« Epstine » sonne presque comme « Eltsine », sic) — cette astuce sémantique confirme surtout la tendance à la création d’un nouveau langage, dans lequel les mots sont soigneusement choisis par un pouvoir dont l’identité précise nous échappe, mais qui nous guide depuis plusieurs décennies déjà dans la définition collective — et même individuelle — du bien et du mal.

Supprimer les nuances de la langue pour diriger nos pensées

Malgré tout le déchirement que chacun de nous peut ressentir à l’égard des jeunes filles, mineures, manipulées et abusées par l’impitoyable empire de l’homme d’affaires new-yorkais, il serait aussi légitime d’interpeller le terme « survivantes » employé à leur égard. Les malheurs et les souffrances humaines ne sont ni des sujets de compétition ni des objets de comparaison sur une quelconque échelle de la douleur ou des dégâts physiques et moraux. Mais s’agissant des crimes, le terme « survivant », depuis la Seconde Guerre mondiale et l’horreur de la Shoah, a reçu un statut à part. Les revenants de l’enfer des camps de concentration l’avaient mérité et nous, les générations qui ont suivi, leur devons au moins cette définition.

Les victimes d’abus sexuels méritent elles aussi un mot juste pour décrire leur souffrance. Mais l’utilisation du terme « survivant » pourrait presque laisser penser qu’un pouvoir invisible politico-médiatique cherche à vulgariser et ainsi banaliser les crimes du nazisme.

A lire aussi: Jeffrey Epstein, l’homme aux 100 000 contacts

Mais le dictionnaire de la bien-pensance contemporaine ne se limite pas à l’affaire Epstein, bien évidemment. Depuis quelques années déjà, nous sommes habitués à l’usage du terme « complotisme » pour désigner un avis qui tranche avec la version courante des élites au pouvoir afin d’expliquer un événement social ou géopolitique, ou encore à celui de « propagande ». Ce dernier est utilisé, le plus souvent, pour lier les auteurs d’opinions alternatives au président russe Vladimir Poutine, champion toutes catégories des maux de l’Occident, ou à son acolyte asiatique Xi Jinping.

Ces mots « outils », utilisés pour dénigrer un désaccord profond avec la version officielle et pour anéantir la moindre tentative de débat — qui est pourtant la base vitale d’une démocratie — nous ramènent, encore et toujours, au livre qui, hélas, avait pressenti, il y a 80 ans, les risques de dérives totalitaires que pouvait courir l’Occident : 1984, de George Orwell. L’une des armes les plus redoutables du parti de « Big Brother » fut la création d’un dictionnaire idéologique, avec pour objectif de « restreindre les limites de la pensée » au point de « rendre littéralement impossible le crime par la pensée, car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer2 ». On se souvient des formules les plus efficaces du régime politique d’Océania, dans 1984 : « La guerre, c’est la paix », « La liberté, c’est l’esclavage » et « L’ignorance, c’est la force ».

Les mots justes pour une société juste

L’uniformisation de la pensée moderne mainstream, celle qui ne distingue plus la guerre contre un régime terroriste et le génocide, les élans populaires patriotes et les mouvements néo-nazis, les abus sexuels et l’extermination raciale, la volonté d’un peuple de choisir son leader et l’ingérence étrangère, est un véritable poison lent, qui a déjà vu les sociétés européennes sombrer dans le déni de la perte de leur souveraineté, de leur compétitivité et, tout simplement, de leur raison d’être dans le monde d’aujourd’hui.

« La Révolution (totalitaire) sera complète quand le langage sera parfait », a prédit Orwell par la voix de l’un des personnages de son livre ô combien prémonitoire. Et si la survie de la France et de l’Europe se trouvait peut-être d’abord dans la capacité d’appeler les choses par leur véritable nom, dans la préservation et l’usage de toutes les nuances de la langue que tant de gens exceptionnels nous ont laissées en héritage ?


  1. https://www.dailymotion.com/video/x3hg1q7 ↩︎
  2. https://www.librairal.org/wiki/George_Orwell:1984_-Premi%C3%A8re_Partie-_Chapitre_V ↩︎

La reine Esther, d’avant-hier à aujourd’hui

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Pourim célèbre l’histoire de Esther, reine juive de Perse qui, selon le récit du Livre d’Esther sous le règne de Xerxès Ier, sauva son peuple d’un complot d’extermination mené par Aman. Les croyants peuvent voir un parallèle entre cette délivrance antique et les attaques récentes d’Israël et des États-Unis contre l’Iran, présenté ici comme l’« Amalek » contemporain menaçant l’existence d’Israël…


480 ans avant notre ère

Assuérus, alias Xerxès-le-grand, roi de Perse au Ve siècle avant Jésus-Christ, est plus connu du public français par la littérature que par l’Histoire : Racine l’a fait passer à la postérité comme vedette en compagnie d’Esther, son épouse juive, qui sauva son peuple de l’extermination voulue par le méchant vizir Aman.

Le véritable Assuérus a régné de 486 à 465 av. J.-C. À cette époque, les Amalécites, tribus nomades du Sinaï (aujourd’hui éteintes), représentaient l’archétype de l’ennemi acharné à l’éradication des Juifs. Aujourd’hui, les Juifs s’y réfèrent au singulier : le mal absolu se nomme Amalek et son souvenir doit appeler toutes les générations à la vigilance.

Aman, descendant de l’Amalek d’origine, était arrivé au plus haut poste de la hiérarchie perse : grand vizir et conseiller du roi. Il avait profité de sa position pour obtenir l’autorisation d’exterminer tous les Juifs du Royaume. C’était compter sans la reine Esther, à qui son oncle Mardochée avait conseillé de ne pas révéler sa religion à son époux lorsqu’elle avait gagné la compétition lancée sur tout le royaume. Elle ne lui avoua de quel peuple elle était issue que quand celui-ci fut promis à l’éradication. Cette révélation, au moment où Aman se voyait déjà en haut de l’affiche des tueurs de Juifs, fit basculer l’histoire. Le méchant fut vaincu et les époux royaux coulèrent des jours heureux, jusqu’à l’assassinat du roi en – 465 par un personnage oublié depuis.

Racine s’est inspiré de l’histoire d’Esther, telle qu’elle est narrée chaque année lors de la fête juive de Pourim, qui célèbre la victoire de la vie sur Amalek, le Terminator suprême.

Janvier 1689, Première d’Esther, tragédie de Racine en vers et en trois actes

Esther était une commande de Madame de Maintenon, dont la belle carrière, commencée à la Cour du roi Soleil comme gouvernante des enfants illégitimes qu’il avait eus avec Mme de Montespan, se termina par son mariage avec lui. Malgré (ou peut-être à cause de) sa relation adultère, elle était tombée en religion et observait à la Cour une attitude réservée et modeste. Son influence sur Louis XIV était considérable. Il fut très généreux avec sa danseuse, devenue son épouse secrète. Plutôt qu’en bijoux, celle-ci investit ses cadeaux sonnants et trébuchants dans un pensionnat pour jeunes filles nobles et désargentées. À la Maison Royale de Saint-Louis, à Saint-Cyr, les jeunes pensionnaires recevaient une éducation de haut niveau et se voyaient offrir une dot afin de se marier « correctement ».

Mme de Maintenon eut l’idée de génie de mêler l’utile à l’agréable pour ses élèves. Afin d’encourager leurs penchants les plus nobles, elle commanda à Racine « quelque sujet de piété et de morale, une espèce de poème où le chant fût mêlé avec le récit ». Il s’inspira du Livre d’Esther, un thème biblique exaltant le courage et le sacrifice personnel au profit du bien commun.

Amalek, la malédiction de tous les temps

Dans le Talmud, Amalek est l’archétype du mal absolu, symbole des forces qui s’opposent à Israël et à la Torah. Il est l’ennemi qui attaque sans raison, auquel l’Homme doit résister comme il résiste à ses propres péchés… mais aussi à ceux qui menacent sa fidélité à la Torah.

Jésus a préconisé de tendre la joue gauche, non sans avoir été, lui-même, un jeune rabbin indépendantiste, résistant à l’occupant romain, qui était l’Amalek de sa génération.

Dans le calendrier juif de 5786 (2026 de notre ère), Pourim est tombé le 2 mars.

En 2026, la Perse s’appelle République islamique d’Iran et Amalek/Aman est personnifié par Khamenei.

Il a été vaincu, la veille de Pourim, par l’alliance du Grand et du Petit Satan. Une fois de plus, la tentative d’éradication du peuple juif s’est soldée par la destitution du comploteur et par sa mort.

Les Juifs religieux voient la main divine dans cette concordance des temps. Les Juifs athées se réjouissent comme les autres de l’avoir échappée belle.

Tous vivaient dans l’angoisse depuis que le président américain Obama avait contourné le Congrès pour sauver la peau des mollahs en signant un accord léonin qui leur facilitait l’acquisition de l’arme atomique. Depuis Khomeini, ils ne faisaient pas mystère de son objectif : rayer Israël de la carte. En V.O, Emam Khomeini goft ke in rezhim-e ishghalgar-e qods bayad az safheh-ye ruzgar mahv shavad : « L’Imam Khomeini a dit que ce régime occupant Jérusalem doit disparaître de la page du temps. »

La première administration Trump n’avait éloigné le danger que pendant une petite parenthèse, refermée par son successeur démocrate, qui avait apporté aux tyrans islamistes une bouffée d’air indispensable et les millions de dollars nécessaires à leur entreprise éradicatrice.

Le Trump millésime 2026 est aussi imprévisible que sa cuvée 2017, mais avec l’expérience en plus et la perspective des élections en moins, puisqu’il ne peut pas candidater à sa propre succession.

Après des négociations infructueuses avec l’Iran, il a lancé, en collaboration avec Israël, une attaque de grande ampleur qui a étêté les différents états-majors voués à la destruction de l’Occident : 40 hauts responsables tués en une minute !

La tradition juive veut que chaque génération soit confrontée à son Amalek. Celui du 7-octobre, financé par l’Iran, eut mérité les vers de Racine :

On doit de tous les Juifs exterminer la race.
Au sanguinaire Aman nous sommes tous livrés.
Les glaives, les couteaux sont déjà préparés.
Toute la nation à la fois est proscrite.

La pièce de Racine a été jouée, en 1689, par les pensionnaires de Saint-Cyr. Elles tenaient tous les rôles, ceux du roi et du vizir, comme celui de la reine.

Depuis 1979, Amalek a été successivement Khomeiny, Ahmadinedjad, Khamenei…

Quant à Esther, elle prend, depuis quelques jours, les traits de Donald Trump et de Benyamin Netanyahou : la Meguilat Esther[1] en version gender fluid !


[1] En hébreu, « Meguilat Esther » est le rouleau sur lequel est inscrit l’épisode mettant en scène Assuérus, aman, Esther et Mardochée.

Macron, Trump: les copains d’abord

Prompts à critiquer les dérives constatées aux Etats-Unis, nos champions de l’Etat de droit ne se privent pas de placer partout leurs pions pour faire barrage à qui vous savez…


Jerome Powell, actuel patron de la Fed (la Réserve fédérale des États-Unis), achèvera son mandat en mai prochain. Hostile aux baisses des taux réclamées par Trump, bien que nommé par ce dernier en 2017 (!), Jay Powell s’est vu récemment gratifié de tombereaux d’injures par le Donald : « Qui est notre plus grand ennemi, Jay Powell ou le président Xi ? »

Le président a déjà désigné Kevin Warsh, un proche, pour diriger la banque centrale. Il est donc de bon ton de souligner l’entorse ainsi faite à la sacro-sainte (quoique très théorique) indépendance d’une banque centrale. De là à voir dans cette nomination une preuve supplémentaire du despotisme trumpien, il n’y a qu’un pas que tous ses adversaires, notamment français, n’hésitent pas à franchir.

C’est pas chez nous qu’un truc comme ça arriverait. Ah, en fait si. C’est même arrivé trois fois en l’espace de quelques jours. François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a opportunément annoncé sa démission. Macron s’apprête à nommer son remplaçant. Idem pour Christine Lagarde, dont le départ anticipé est annoncé. Enfin, Amélie de Monchalin va prendre la présidence de la Cour des comptes, afin de porter un jugement impartial sur… le budget qu’elle vient de concocter. Rien à voir évidemment avec les menées scélérates de Trump. Tous ces Français sont là pour une cause noble : faire barrage à Bardella, au cas où…

Quel soulagement pour les amoureux de l’« État de droit ».

Le droit international à l’épreuve de la guerre hybride

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Proxies. En droit international, la légitime défense invoquée par Israël ne peut être légale et recevable que si les attaques menées par les groupes soutenus par l’Iran peuvent être considérées comme une attaque armée imputable à l’Iran.


La question des proxies est devenue l’un des angles morts les plus sensibles du droit international contemporain. Le principe général est clair :  un État est responsable des actes internationalement illicites qui lui sont imputables. Encore faut-il établir le lien d’imputation. Or les stratégies indirectes prospèrent – et c’est précisément là que le bât blesse.

En droit international, la responsabilité d’un État pour les actes d’un acteur non étatique suppose de démontrer un degré suffisant de contrôle. La jurisprudence de la Cour internationale de Justice (CIJ) a posé le critère du « contrôle effectif ». Il ne suffit pas de financer, armer ou entraîner un groupe. Il faut prouver que l’État dirigeait ou contrôlait l’opération spécifique au cours de laquelle la violation a été commise.

Dans cette jurisprudence, l’affaire des Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua (Nicaragua c. États-Unis) jugée en 1986 par la CIJ constitue un jalon majeur. En condamnant le soutien américain aux Contras et le minage des ports nicaraguayens comme violations du principe de non-recours à la force et du principe de non-intervention, la CIJ a fixé le cadre juridique de la responsabilité d’un État pour les actes commis par des acteurs armés non étatiques.

La Cour y distingue le soutien matériel, financier et logistique à un groupe rebelle (qui d’ailleurs peut constituer en soi une violation du droit international), et l’imputation directe des crimes commis par ce groupe à l’État soutien. Or, pour que cette imputation soit juridiquement établie, la Cour exige la preuve d’un « contrôle effectif » sur l’opération spécifique au cours de laquelle la violation a été commise. Autrement, elle exige la preuve que l’État a dirigé ou contrôlé l’acte précis en cause.

Ce seuil, particulièrement élevé, rend extrêmement difficile l’attribution automatique des exactions d’un proxy à son parrain étatique, même lorsque l’ampleur du soutien structurel ne fait guère de doute. En établissant ce critère, la décision de 1986 a façonné toute la réflexion ultérieure sur ce que nous appelions plus tard « guerres hybrides ». En privilégiant le droit des Etats, la Cour a offert une protection contre l’ingérence armée mais en même temps créée un espace juridique dans lequel peuvent prospérer des stratégies de « déni plausible » et donc de projection de puissance par procuration.

Une grosse décennie plus tard, le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, dans l’arrêt Tadić de 1999, a proposé une lecture différente. Là où la CIJ exigeait la preuve d’un « contrôle effectif » sur l’opération spécifique ayant donné lieu à la violation, le Tribunal a introduit le critère plus souple de « contrôle global ». Selon cette approche, il n’est pas nécessaire de démontrer qu’un État a ordonné ou dirigé chaque attaque précise. Il suffit d’établir qu’il exerce un rôle d’organisation, de coordination ou de soutien structurant sur le groupe armé dans son ensemble, au point d’en orienter l’action générale. Le Tribunal considérait que dans les conflits contemporains, caractérisés par des relations organiques entre États et forces paramilitaires, exiger un contrôle opérationnel détaillé revenait à ignorer la réalité des chaînes de commandement indirectes.

Cette divergence touchait à la qualification même des conflits armés. Dans l’arrêt Tadić, le Tribunal cherchait à déterminer si le conflit en Bosnie devait être qualifié d’international, ce qui dépendait de l’attribution des forces serbes de Bosnie à la République fédérale de Yougoslavie. En adoptant le critère du « contrôle global », les magistrats abaissaient le seuil d’imputation afin de mieux refléter l’emprise exercée par Belgrade.

Cependant, dans son arrêt Bosnie c. Serbie de 2007, la CIJ a explicitement refusé d’adopter cette conception plus large et a réaffirmé le standard du contrôle effectif pour engager la responsabilité internationale d’un État. Elle a estimé que le critère du Tribunal, pertinent dans un cadre pénal visant à déterminer la nature d’un conflit, ne pouvait être transposé tel quel à la question de la responsabilité étatique.

A lire aussi, du même auteur: Iran: quand la propagande du regime se retourne contre lui

Cette divergence entre les deux juridictions révèle une fracture dans le droit international contemporain. D’un côté, le TPI exprime une approche réaliste cherchant à appréhender les formes hybrides de la guerre moderne. De l’autre, la CIJ formule une exigence stricte de preuve destinée à préserver la stabilité du système international en évitant une extension excessive de la responsabilité des États. Ce sont deux réponses différentes à la question : à qui profite la zone grise ?

C’est dans cet espace ambigu que s’inscrit la stratégie iranienne avec le Hezbollah. Il ne fait guère de doute que la République islamique d’Iran fournit au Hezbollah un soutien financier, logistique, technologique et doctrinal massif. Des cadres sont formés, des systèmes d’armes transférés, des capacités de renseignement coordonnées, des crédits et des liquidités accordés. Sur le plan stratégique, l’alignement est manifeste. Pourtant, établir juridiquement que Téhéran a exercé un contrôle effectif sur un tir de roquette par le Hezbollah, même lorsqu’il s’agit d’un armement d’origine iranienne utilisé par un cadre formé et financé par l’Iran contre un objectif israélien, demeure quasiment impossible sans preuve directe d’un ordre opérationnel précis. Ce qui a valu aux États-Unis leur condamnation en 1986 tient précisément à l’existence d’une documentation abondante et traçable issue d’institutions structurées comme la CIA, le Pentagone ou la Maison-Blanche, fonctionnant selon des protocoles formalisés. À l’inverse, le système iranien – et c’est à la fois sa force et sa faiblesse – repose largement sur des circuits personnels et informels, souvent opaques. Les décisions y laissent peu de traces écrites, les flux financiers passent par des canaux difficiles à retracer et le contrôle échappe largement à la publicité, à la presse et au contrôle parlementaire. Il en résulte une absence quasi totale de « paper trail » exploitable juridiquement entre la République islamique et le Hezbollah, ce qui rend l’imputation directe d’un acte déterminé extrêmement difficile.

Le résultat est que ce seuil probatoire élevé crée une zone grise. Il permet à la République Islamique d’Iran de bénéficier d’une forme de déni plausible tout en tirant les bénéfices stratégiques de l’action du proxy. En pratique, cela complique l’engagement de la responsabilité internationale et limite les voies de recours devant les juridictions internationales.

À partir de ce cadre, la question de la légalité de la guerre en cours contre l’Iran ne peut être tranchée qu’en distinguant deux plans. En principe, toute attaque armée contre un État souverain constitue une violation du droit international. Pour qu’elle soit licite, elle doit soit être autorisée par le Conseil de sécurité, soit relever de la légitime défense en réponse à une « attaque armée ». Tout l’enjeu est donc de savoir si les actions menées par les proxies soutenus par l’Iran peuvent être juridiquement qualifiées d’« attaque armée » imputable à Téhéran et justifiant la légitime défense.

Si l’on retient le standard strict du « contrôle effectif » de la Cour internationale de Justice, l’imputation directe des tirs du Hezbollah, du Hamas, des Houtis ou d’autres milices à l’État iranien demeure extrêmement difficile à établir sans preuves qui probablement n’existent pas (un ordre direct, clair et signé par exemple). En revanche, si l’on adopte l’approche plus fonctionnelle du « contrôle global » ou d’une lecture extensive de l’article 51 tenant compte des guerres hybrides, on peut soutenir qu’un État qui organise, arme, finance et coordonne durablement des attaques répétées contre un autre État engage sa responsabilité directe comme s’il est lui-même l’auteur de l’agression. Dans cette perspective, la riposte directe contre l’État soutien pourrait être qualifiée de légitime défense face à une agression par procuration.

La controverse tient donc moins aux faits qu’au seuil juridique retenu, et la guerre actuelle se situe précisément dans cette zone grise, entre une lecture formaliste qui y verrait une violation de l’interdiction du recours à la force et une lecture stratégique qui invoquerait la légitime défense face à une agression indirecte structurée et durable. Le cas iranien illustre plus largement une transformation profonde du conflit armé contemporain, où la projection de puissance s’opère de plus en plus par des réseaux hybrides brouillant la frontière entre guerre interétatique « classique » et violence non étatique. Conçu pour des affrontements classiques entre armées régulières, le droit international peine à saisir ces configurations diffuses. La question dépasse ainsi la seule responsabilité de l’Iran pour les actes du Hezbollah et renvoie à un enjeu plus fondamental, celui de l’adaptation des normes juridiques à une époque où la souveraineté s’exerce fréquemment par délégation armée et par l’entremise de proxies.

Islam libéral: mode d’emploi introuvable!

Ni le réel n’est entièrement rationnel ni le rationnel tout à fait réel.
Albert Camus.

Notre vie est une constante négociation entre le rationnel, l’imaginaire et nos émotions.
Albert Memmi.


L’Islam contre la modernité. Tel est le titre, sans point d’interrogation, et donc la conclusion professée par Ferghane Azihari dans son dernier essai, au sens où l’entendait Montaigne.

De prime abord, elle tombe sous le sens. Il cite Tocqueville :

Mahomet a fait descendre du ciel, et a placé dans le Coran, non seulement des doctrines religieuses, mais des maximes politiques, des lois civiles et criminelles, des théories scientifiques.

Livre pimenté de récits légendaires et merveilleux, dicté au VIIe siècle par Allah lui-même à un scribe illettré. Or, chacun sait que, pour toute religion, la parole divine est immuable. Le Coran expose donc une vision du monde figée. Comme pour tout système juridique, ne sont pas exclues les controverses doctrinales, mais elles ont pour limites un cadre intangible. Si les constitutions et les lois séculaires peuvent être révisées et adaptées aux nouvelles réalités sociales, il ne saurait en aller de même quand le Créateur a légiféré une fois pour toutes, pour l’éternité. Un exemple : s’il est légitime de discuter du sexe des anges, l’existence de ces auxiliaires ailés de Dieu ne saurait être mise en doute, sous peine d’hérésie.

Les pendules remises à l’heure

Avant même de lire cet ouvrage, nul besoin d’être un érudit orientaliste pour connaître les principes fondamentaux consacrés par le droit islamique : infériorité des femmes, soumises à l’autorité des hommes (père, frères) si elles sont célibataires et à celle de leur mari (librement choisi, ça va de soi…); dans une procédure judiciaire, leur témoignage a un poids inférieur à celui d’un homme; le divorce est un acte de répudiation unilatéral de la part du mari et l’ex-femme n’a aucun droit sur la garde des enfants; il y a inégalité sur le plan successoral… L’exogamie est licite pour ces messieurs, mais ces dames restent strictement soumises à l’endogamie et sont nubiles à l’âge mûr de 9 ans. Par ailleurs, si les minorités juives et chrétiennes bénéficient de la généreuse mansuétude que l’état islamique refuse aux païens, leurs membres sont toujours soumis à une infériorité juridique dont l’intensité dépend de la bienveillance et de l’ouverture d’esprit du sultan local. N’oublions pas l’esclavage, qui n’épargne ni les « nègres » (qui « ont peu de ce qui est essentiellement humain et possèdent des attributs tout à fait voisins de ceux d’animaux stupides », dixit le grand sage Ibn Khaldoun), ni, bien sûr, les « négresses »; la polygamie (mais il ne faut rien exagérer car elle est limitée à 4 épouses); et, last but not least, l’apostasie, qui est sanctionnée par la peine de mort.

En matière de droits civiques, de droit de la famille et de droit du travail, un modèle quelque peu désuet.

M. Azihari donne une passionnante rétrospective historique, bien étayée par de solides références documentaires. Mieux, il remet quelques pendules à l’heure.

En ce qui concerne le soi-disant âge d’or de la civilisation musulmane du XIIe siècle, laquelle aurait alors rendu à l’Occident son héritage philosophique grec, le lecteur apprend que cette retransmission fut plutôt l’œuvre d’intellectuels non musulmans, arabophones mais polyglottes : les disciples du prophète répugnaient à l’étude des langues étrangères. Une possible préfiguration du dictateur cambodgien Pol Pot?

D’aucuns, comme jadis Napoléon, voient dans le prophète le chef ayant instauré un certain ordre dans une contrée désertique. L’auteur fait ce constat que, en réalité, le Moyen-Orient, y compris la péninsule arabique, était une région riche, tant sur le plan matériel que sur celui de la diversité culturelle. Au lieu de s’appuyer sur ce fertile terreau, les autorités conquérantes l’ont étouffé. D’ailleurs, il souligne avec ironie que Khadija, la première épouse du prophète, non seulement n’était pas analphabète, mais était une femme d’affaires accomplie, marchande de chameaux de son état, concessionnaire des limousines de l’époque. Or, non seulement la Saoudienne d’aujourd’hui n’est juridiquement qu’une mineure incapable, mais, ô ironie, elle était, jusqu’à une époque récente, interdite de conduite de véhicules automobiles… Est-il possible de mieux illustrer la déchéance de la femme?

Le totalitarisme se traduit toujours par la régression de la pensée et de la justice sociale.

Spirituel et temporel

En matière scientifique, l’islam est hostile à la créativité théorique, seul l’utilitaire compte. Métaphoriquement, le musulman pieux peut faire un bon ingénieur, mais pas un physicien. 76% des musulmans feraient primer le dogme sur la science en cas de conflit.

La cause est entendue : l’islam est totalement incompatible avec l’État moderne. En effet, l’« islam libéral » est un oxymore et est fausse la distinction entre « islam » et « islamisme »

La question est plutôt de savoir si les individus nés musulmans peuvent vivre en Occident en citoyens, notamment respectueux de la laïcité à la française. Autrement dit, peuvent-ils faire abstraction des injonctions divines et respecter intégralement le droit séculier?

En ce qui concerne les libres penseurs (et surtout penseuses…), qui ont brisé leurs chaînes mentales, aucun problème; ils sont plus nombreux que l’on croit. Quant au musulman modérément pratiquant lambda, ignorant en matière d’histoire et qui tient pour acquis, comme son homologue chrétien, que sa religion prêche simplement l’amour du prochain et la tolérance (vu qu’il n’a pas pris connaissance des précisions totalitaires exposées dans les notes de bas de page), ce ne sont que d’inoffensives brebis égarées.

Mais quid des intégristes, ou plus exactement, des rigoristes?

L’auteur cite le saint-simonien Ismayl Urbain, conseiller de Napoléon III quant à sa politique algérienne, qui pose parfaitement le problème :

Tant que les Indigènes n’auront pas opéré une séparation radicale entre le spirituel et le temporel, tant que leur culte et leurs dogmes religieux seront en contradiction avec nos Codes, ils ne pourront être investis du titre de citoyens français. Il faut que le Koran devienne pour eux un livre purement religieux, sans action sur la législation civile. Ce progrès n’est pas impossible. D’autres peuples sont sortis de l’organisation théocratique et se sont rangés sous un gouvernement séculier, sans abdiquer leurs croyances.

Grosso modo, le judaïsme, y compris orthodoxe, a atteint cet objectif. La loyauté envers le pays d’accueil est une obligation prescrite par la halakha, laquelle reconnaît aussi une sorte de pouvoir réglementaire qui a permis aux communautés établies en Occident de légiférer, dans une certaine mesure, en fonction de l’évolution sociale. Le meilleur exemple est l’abolition de la polygamie il y a plusieurs siècles. Idem pour le christianisme, encore que ses prétentions monopolistiques aient été habilement mises en veilleuse suite aux coups de boutoir des Lumières. A signaler toutefois que l’Église catholique s’est parfois permis de faire obstacle au législateur sur certains sujets, comme le divorce ou l’avortement; elle a du mal à comprendre que nulle chrétienne pieuse n’est contrainte ni à divorcer ni à se faire avorter. Mentionnons les Mormons américains, qui croient toujours en la polygamie dans l’au-delà, mais qui en interdisent la pratique sur Terre.

A noter que de nombreuses croyances sont parfaitement inoffensives. Par exemple, n’a rien de nuisible socialement la conviction portant que vient d’être accueilli triomphalement dans l’autre monde par 72 vierges feu le Guide suprême Ali Khamenei, qui a bien mérité son paradis à titre de dévoué serviteur d’Allah. Croire qu’un certain Lazare fut ressuscité par un multiplicateur de pains et de poissons, ce n’est que croire en une suspension ponctuelle lointaine des lois de la nature. Grand bien fasse au fidèle.

Cela dit, la charia, elle, semble muette quant à la démarche du fidèle au regard des institutions de son pays de résidence. Pour les rigoristes, tout est donc une question de rapport de forces.

Et M. Azihari fait état de statistiques préoccupantes provenant du Royaume-Uni. Près d’un tiers des musulmans au Royaume-Uni demeurent en principe favorables à la peine de mort pour les apostats.

(On se souviendra que Youssouf Islam, alias Cat Stevens dans une vie antérieure où ses chansons s’inscrivaient dans l’esprit « peace and love », avait déclaré que si Salman Rushdie avait insulté le prophète, il devait mourir. Pas d’affolement cependant : il précisa par la suite, avec une indulgence qui frisait la faiblesse, qu’il n’appelait pas à la violation des lois britanniques. Fausse alerte donc).

Une petite majorité prône l’illégalité de l’homosexualité.

(On comprend mal en quoi cette question puisse déranger quelque hétéro que ce soit vu qu’elle ne le touche en aucune manière, ni de près, ni de loin, par définition. A l’instar des chrétiennes libres de refuser le divorce et l’avortement, que les dévots de tout poil soient entièrement rassurés : dans un état de droit laïc, ne se fait sodomiser que qui veut. La chose ne concerne que les adultes consentants).

Moins théoriquement, plus de deux tiers sont en faveur d’un délit de blasphème pour les contempteurs de l’islam.

Quelques réserves, qui n’entachent en rien la validité de ses constats sur l’islam.

Excellent état des lieux, mais…

Notons que, sans vouloir adhérer au christianisme qu’il critique (il ne suivra pas les récentes brisées d’une Ayaan Hirsi Ali), l’auteur a quand même tendance à lui manifester une bienveillance un tantinet excessive, même s’il a été moins oppressif que l’islam, notamment ce qui concerne les femmes, ce qui n’était évidemment pas difficile ainsi qu’il le reconnaît lui-même.

Il abonde dans le sens de Tocqueville :

L’évangile ne parle, au contraire [du Coran], que des rapports généraux des hommes avec Dieu et entre eux. Hors de là, il n’enseigne rien et n’oblige à rien croire.

Tellement généraux qu’une substantielle doctrine sociale et politique a été construite sur le nouveau testament! Selon l’apôtre Paul, la bonne épouse chrétienne doit obéissance à son mari et, sans approuver directement l’esclavage, il invite l’esclave à la résignation. Par ailleurs, la marche sur les eaux du rédempteur est toujours considérée comme un fait incontestablement historique.

Azihari définit le christianisme comme un « judaïsme hellénisé », ce qui est inexact. Il est totalitaire en ce qu’il invoque un monopole de la vérité, opportunément rappelé par feu NSP Benoît XVI, qui explique avec fermeté que les autres religions ne détiennent que de plus ou moins maigres parcelles de vérité.

Le judaïsme, lui, s’est révélé nettement plus ouvert aux nouvelles connaissances scientifiques : selon Maïmonide (le RAMBAM), en cas de conflit entre la raison et le récit biblique, celle-là appelle une lecture métaphorique de celui-ci. Mieux, le judaïsme ne prétend pas constituer une formule obligatoire de salut pour l’humanité, et les non juifs, les fils de Noé, ne sont pas voués à la damnation éternelle. Le fanatisme, notamment chez les Hassidiques, se traduit non pas par une volonté de conquête, mais pas un auto-enfermement dans un ghetto.

Quant à l’hellénisme, le Nazaréen, trop souvent enclin à des accès de rage folle et à cracher ses menaces de géhenne et autres imprécations sur les contradicteurs et sceptiques, ne fait pas le poids face à un Socrate calme et posé, préférant le dialogue serein.

L’auteur attribue à Grégoire de Nysse le premier plaidoyer contre l’esclavage au IVe siècle, qui aurait alors pris ses distances de l’apôtre Paul. C’est ignorer que les sophistes présocratiques grecs étaient opposés à cette institution, ultérieurement avalisée par Aristote, comme faisant partie de l’ordre naturel des choses.

Enfin, il est dommage que l’auteur ait succombé à une tentation démagogique en prônant la déchéance de nationalité et l’expulsion du territoire national des militants au service d’organisations fondamentalistes alors que la bonne application du droit pénal suffit. On entend trop souvent d’ailleurs cette idée en France, au Royaume-Uni et, bien sûr, dans l’Amérique trumpienne. On répondra que ce genre de mesure peut être instrumentalisé par n’importe quel gouvernement tyrannique afin de réduire au silence des dissidents dont la parole est utile (cf. l’Allemagne nazie et la perte de nationalité et l’expulsion de Soljenitsyne par l’Union soviétique en 1974); elle n’a aucune vertu dissuasive et donne à l’intéressé la qualité de martyr; enfin, elle est contre-productive car elle prive l’État concerné de sa compétence concernant les crimes commis à l’étranger. La nationalité confère des droits, mais impose corrélativement des devoirs.

Il n’y a là selon moi qu’une fétichiste transposition de l’excommunication.

En conclusion, globalement, M. Azihari fait un excellent état des lieux. Force est de constater en effet que l’idéologie islamique exerce une influence délétère. Même si les terroristes actifs ne constituent qu’une infime minorité, leurs motivations, puisées dans des sources scripturales aux origines et à la signification obscures, résonnent, hélas, de manière nuisible au débat public et, ce qui est pire, contribuent au maintien de donjons idéologiques où sont retenues captives trop de jeunes générations. En guise de comparaison, le sectarisme des nostalgiques de l’Église pré-Vatican II, laquelle priait pour les « perfides juifs », ne se manifeste plus de nos jours par des actes violents, mais de manière plus ciblée et feutrée, par exemple par le sournois contournement de l’instruction en matière de la sexualité et d’impératifs de la laïcité dans leurs bunkers scolaires. La réalité incontournable est que l’arme de destruction massive des superstitions que dénonce efficacement M. Azihari par ce terme est l’exposition à la pensée rationnelle et critique, d’où l’importance capitale d’assurer le respect des programmes établis par le ministère de l’Education nationale, notamment en histoire et en philosophie.

M. Azihari nous donne donc un essai instructif que chaque lecteur droit recommander à un ami. Et la lectrice de 18 ans et plus pourra utilement en confronter les données avec un opuscule qui vient tout juste de paraître aussi (coïncidence ou providence?…), Moi la jeune musulmane d’un éminent salafiste, le Dr Ahmad Ibn Moubarak Al-Mazrou’, digne héritier de Piaget, spécialiste confirmé des outils pédagogiques destinés aux enfants. Ce petit bijou de guide pratique de développement personnel est interdit de vente aux mineures en France (bonne nouvelle, l’accès en est libre au Québec), mais ces futures adultes reproductrices peuvent compter sur leurs parents soucieux de leur épanouissement pour le leur offrir.

400 pages

L'Islam contre la modernité

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Au nom de l’antifascisme…

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On ne va pas les marier ! Le député lfiste Raphaël Arnault et la militante féministe de droite Alice Cordier. Photos DR.

« Il existe aujourd’hui une forme d’antifascisme archéologique qui est en somme un bon prétexte pour se voir décerner un brevet d’antifasciste réel. […] Une bonne partie de l’antifascisme d’aujourd’hui, ou, du moins, ce qu’on appelle antifascisme, est soit naïve et stupide, soit prétextuelle et de mauvaise foi ; en effet, elle combat, ou fait semblant de combattre, un phénomène mort et enterré, archéologique, qui ne peut plus faire peur à personne. C’est, en somme, un antifascisme de tout confort et de tout repos. »
Pier Paolo Pasolini, Écrits corsaires.


Depuis le meurtre abominable de Quentin, les médias de gauche, de Libération au Monde, de France Info à France Inter et la télévision publique, distillent jour après jour, avec plus ou moins de subtilité, les mêmes discours sur ce que ce drame aurait permis de mettre en évidence – à savoir, selon eux, la présence sur notre sol de très nombreux et dangereux groupuscules fascistes. Ce sont eux qui, tout compte fait, seraient responsables des violences qui ont conduit au lynchage d’un jeune homme de 23 ans « présumé néo-nazi et antisémite », pour reprendre avec des pincettes antiseptiques les propos inqualifiables de Ségolène Royal. Le quotidien L’Humanité s’est particulièrement distingué, multipliant jour après jour les couvertures et les articles les plus tendancieux voire les plus mensongers. Rappelons au passage que ce journal est subventionné avec l’argent de nos impôts à hauteur de 6 à 7 millions d’euros par an.

Inversion accusatoire

Les titres de couvertures et des articles du quotidien communiste du 14 février, jour du décès de Quentin, au 20 février, annoncent la couleur. Elle est exclusivement brune : « Un militant identitaire de 23 ans est décédé à la suite d’affrontements. Une tragédie que récupère honteusement la galaxie réactionnaire. » « Des groupuscules néofascistes appellent à la vengeance. » « Le risque de représailles brunes ». « À Lyon, la contagion fasciste. Plusieurs interpellations ont eu lieu dans l’enquête sur la mort du militant identitaire Quentin Deranque. Ce drame met en lumière l’implantation des groupuscules d’extrême droite dans la capitale des Gaules. » « La stratégie de terreur des identitaires. Laboratoire des idées xénophobes, la capitale des Gaules est régulièrement le théâtre d’attaques contre des militants de gauche et progressistes. » Pas un mot sur les exactions de la Jeune Garde qui, depuis sa création en 2018, insulte, harcèle, agresse, tabasse en meute militants du RN, étudiants de l’UNI et toute personne qu’elle soupçonne d’être un « fasciste ». Pas un mot non plus sur le co-fondateur de ce groupuscule hyper-violent, Raphaël Arnault, qui, déjà condamné pour violences en réunion, a menacé de mettre une « balle dans la tête » d’Alice Cordier, la directrice du collectif Némésis. Pas un mot sur les collaborateurs parlementaires du député LFI impliqués dans les actions violentes qui ont abouti au meurtre de Quentin.

A lire aussi, du même auteur: Peut-on être un golden boy et gauchiste?

Le 23 février, L’Humanité se déchaîne. Une couverture et sept pages dénoncent les « sordides calculs » d’une extrême droite qui exploiterait la mort de Quentin. Un journaliste écrit : « Saluts nazis, vociférations homophobes et racistes : le défilé de Lyon, samedi, n’avait rien d’une marche blanche en hommage au militant ultranationaliste Quentin Deranque, battu à mort le 12 février. » À croire que les 3500 participants ayant marché pacifiquement pour honorer la mémoire de Quentin et réclamer justice étaient tous des suppôts d’Hitler. Les journalistes de L’Humanité, comme d’ailleurs ceux du Monde, Libération, La Croix ou France Info, n’ont vu que la dizaine de débiles faisant des saluts nazis ou tenant des propos racistes. Du message des parents de Quentin remerciant « les participants venus dans une démarche sincère et digne », ces médias n’ont retenu que la partie regrettant les « débordements racistes ». Les mêmes médias ont par ailleurs omis de souligner la présence des crétins qui ont proféré les pires insanités sur Quentin et sur les manifestants au passage du cortège à Lyon. Adepte fanatique de la reductio ad hitlerum, Nathalie Tehio, la présidente de la Ligue des droits de l’homme, signe un papier affirmant que « la glorification du régime nazi est toujours présente ». La violence de l’extrême gauche est « conjoncturelle » et répond à une menace tandis que la violence de l’extrême droite est « structurelle » et est intrinsèque à l’idéologie néo-nazie qui gangrènerait le RN, écrit-elle en substance. Rappelons que cette avocate s’est résolument opposée à la dissolution de… la Jeune Garde.

Combat: chic, un nouveau média qui s’oppose à l’extrême droite !

Enfin, le quotidien communiste annonce qu’il s’est associé à Radio Nova, Les Inrocks, StreetPress et Blast pour éditer Combat ! Front commun contre l’extrême droite, un « manuel indispensable pour mener la bataille idéologique. À l’heure où, quatre-vingt-deux ans après l’assassinat par l’armée nazie des 23 de l’Affiche rouge, des néo-nazis ont pu défiler dans les rues de Lyon librement, samedi », écrit sans vergogne Fabien Gay, directeur de L’Humanité

Petits rappels. Radio Nova et Les Inrocks appartiennent au banquier gauchiste Matthieu Pigasse qui a affirmé vouloir mettre les médias qu’il contrôle – Le Monde, Télérama, Le Nouvel Obs, etc. – au service de son combat contre « la droite radicale ». Comme le révélait Boulevard Voltaire en juin 20241, le média d’extrême gauche StreetPress profite depuis des années de la générosité de L’Open Society Foundation de George Soros et est affilié à Sphera Network, un réseau européen d’ONG et de médias « indépendants » financé en partie par la Commission européenne. StreetPress est connu pour ses accointances avec la Jeune Garde. La journaliste Daphné Deschamps et le rédacteur en chef adjoint Christophe-Cécil Garnier s’affichent en effet aux côtés de Raphaël Arnault lors de conférences ou de réunions où apparaissent également des députés LFI. En octobre 2023, Mathieu Molard, rédacteur en chef de ce média, intervenait aux côtés de Raphaël Arnault dans un colloque organisé par la « fondation insoumise », l’institut La Boétie. Blast est un média d’extrême gauche sur lequel Pierre Sauvêtre, sociologue à l’université de Paris Nanterre, a expliqué que la mort de Quentin aurait surtout permis de révéler la formation d’un « arc néofasciste » extrêmement large, allant du PS au RN en passant par le LR et Renaissance, et ayant pour ennemi commun la seule formation politique antifasciste respectueuse de l’esprit républicain, LFI. Défense de rire.  


Maladie infantile

Le 27 février, le quotidien communiste continue de relayer les discours de Jean-Luc Mélenchon et de ses lieutenants réclamant la dissolution du collectif Némésis, en consacrant sa couverture et trois pleines pages à ce « mouvement fémonationaliste ». Les jeunes femmes de Némésis y sont bien sûr traitées de tous les noms d’oiseaux néofascistes.  

A lire aussi, Martin Pimentel: Jean-Luc Mélenchon: l’ivresse de la radicalité

Les communistes les plus anciens s’interrogent: comment le gauchisme, la « maladie infantile du communisme », selon Lénine, a-t-elle pu finalement contaminer les instances médiatiques et politiques du PCF ? Naguère, les trotskistes accusaient les communistes français d’être aux ordres de Moscou et les désignaient d’un seul vocable qui avait valeur d’injure suprême : « stalinien ». Les manifestations du PC et de la CGT étaient alors encadrées par un service d’ordre composé majoritairement d’ouvriers sachant, de toutes les manières possibles, manier le manche de pioche : les étudiants gauchistes qui tentèrent l’aventure d’une percée dans les rangs de ces cocos-là s’en souviennent encore. À l’époque, tout sépare les ouvriers communistes des étudiants gauchistes : « Les ouvriers demeurent et demeureront méfiants vis-à-vis des étudiants qu’ils considèrent comme des enfants de riches et de privilégiés qui ne connaissent rien au monde ouvrier », écrit Jean-Pierre Le Goff2. L’action politique des gauchistes se veut déjà radicale et conflictuelle ; la révolution permanente est censée aboutir au renversement du système bourgeois et capitaliste et à l’avènement d’un mondesupposémentidéal, sans classes sociales, sans inégalités, sans interdits, sans hiérarchies, sans frontières. De son côté, le PCF opte pour la stratégie de « la voie démocratique au socialisme », abandonne la notion de « dictature du prolétariat » et, pour parvenir au pouvoir, envisage une alliance avec les socialistes – alliance qui lui sera fatale, comme chacun sait. Que s’est-il passé pour que les apparatchiks communistes d’aujourd’hui s’allient avec les adversaires gauchistes d’hier ? Il s’est d’abord passé que l’union de la gauche qui permettra l’accession au pouvoir de François Mitterrand, ne profitera électoralement qu’au PS. Il s’est passé ensuite que l’électorat communiste a fondu en même temps que fondait la classe ouvrière et que ce qu’il restait de cette dernière s’est tournée vers une droite nationale reprenant pour partie le projet économique du Programme commun de la gauche et ayant fait sien le discours sur l’immigration de Georges Marchais : « Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine ». Au versant économique qui justifiait déjà à l’époque cette revendication, il faut aujourd’hui ajouter la perte des repères socio-culturels, le prosélytisme islamique, l’insécurité grandissante, toutes choses qui ont un rapport, quoi qu’en disent nos dirigeants et une bonne partie de la gauche, PC inclus, avec l’immigration. Il s’est enfin passé que, la gauche socialiste ayant fait en sorte que de plus en plus de jeunes gens échouent, dans tous les sens du terme, sur les bancs universitaires, l’extrême gauche mélenchoniste, déjà fortement implantée dans l’enseignement supérieur, a immédiatement saisi cette opportunité pour endoctriner des étudiants incultes, manipulables, en quête d’émotions politiques pseudo-révolutionnaires et superficielles, étudiants auxquels elle a fait gober des notions facilement assimilables, un gauchisme anticapitaliste et islamophile rudimentaire mâtiné d’un zeste d’écologisme et d’une pincée de wokisme. En fait, après avoir collaboré à la propagande immigrationniste et multiculturaliste élaborée, au nom de l’antiracisme, par les ex-trotskistes de SOS Racisme, les mélenchonistes sont les premiers à avoir consciencieusement appliqué les consignes du think tank Terra Nova recommandant au PS de ne plus chercher les suffrages de la classe ouvrière mais de cibler plutôt « les diplômés, les jeunes, les minorités » – même si LFI connaît actuellement quelques déconvenues, le mal est fait et le PC ne peut survivre, électoralement parlant, qu’en se mettant à sa remorque.

La ceinture rouge parisienne menacée par les lfistes

Les départements de Seine-Saint-Denis, du Val-de Marne et des Hauts-de-Seine comptaient 67 municipalités communistes en 1945. Il y en avait encore 54 en 1977. Il n’y en a plus que 17 aujourd’hui. Les Insoumis lorgnent sur certains de ces bastions communistes, Montreuil (93) et Vitry-sur-Seine ou Villejuif (94), entre autres. La ville de Saint-Denis, que les communistes ont perdue au profit du socialiste Mathieu Hanotin, verra aux prochaines élections une alliance LFI-PCF pour soutenir l’Insoumis Bally Bagayoko. En contrepartie, des accords sont prévus à Bobigny, Noisy-le-Sec, Sevran et Stains pour faire en sorte que ces communes demeurent dans le giron du PC. Bref, on sauve les (derniers) meubles en n’hésitant pas à s’acoquiner avec l’extrême gauche hier honnie et en caressant dans le sens du poil ses milices « antifascistes ».

Celles-ci sont composées pour l’essentiel de fils de bonne famille. Ils se prénomment Raphaël, Jacques-Élie, Adrien ou Jean-Charles. Leurs parents sont enseignants, universitaires, journalistes, médecins, cadres supérieurs. Depuis plus de quarante ans, l’Éducation nationale les formate à l’idéologie gauchisante ; depuis trente ans, à l’écologisme ; depuis dix ans, au wokisme. Ils ont achevé leurs études sur les bancs d’écoles de commerce, d’IEP et d’universités gangrénées par les théories les plus mortifères, toutes issues des idéologies pré-citées, et où le militantisme remplace maintenant régulièrement l’enseignement et la transmission de connaissances. Faute de ces savoirs fondamentaux, ces activistes ne peuvent en rien rivaliser avec les personnages historiques dont ils se réclament: les éléments de langage ont supplanté les discours argumentés, les vociférations se sont substituées à l’art oratoire, les slogans gargouillés ont évincé les mots d’esprit. Ils haïssent la France et tous ceux qui l’aiment et la défendent et ont de l’action politique une idée assez binaire – il y a d’un côté les méchants fascistes, qu’il faut « éliminer », de l’autre les gentils « antifascistes ». Armés de principes simples et de gants coqués, ils se disent fiers d’éradiquer les néo-nazis, c’est-à-dire tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Bêtes et bornés, leur inculture n’a d’égale que leur brutalité, brutalité verbale le plus souvent, brutalité physique lorsqu’ils sont à dix contre un, enivrés par l’odeur de mort qu’ils dégagent. 

A lire aussi, Lucien Rabouille: Pourquoi Pasolini se méfiait des antifa

En 1969, dans l’hebdomadaire Tempo où il tient une rubrique intitulée Le Chaos, Pier Paolo Pasolini répond à la lettre que lui a envoyée Carletto, un « garçon du peuple » fasciste qui, à l’inverse des « odieux petits fascistes fils à papa », apparaît à Pasolini comme sensible et naïf, égaré dans sa recherche d’une « lumière » que tous les dogmes promettent « pour le futur » et que l’écrivain appelle la « lumière rhétorique » ou la « fausse lumière ». « Un jour, lui écrit-il, tu découvriras avec horreur ce qui t’est arrivé au cours des dernières années durant lesquelles tu étais sans défense contre les mauvaises fréquentations ». Pour accélérer l’avènement de ce jour, Pasolini ne lui fait pas la morale mais lui donne un conseil: « Étudie, pense, travaille, observe : la lumière est seulement dans la culture (ce qui ne veut pas toujours dire la culture enseignée à l’école), autrement dit, elle est seulement dans la renonciation rationnelle à toutes les fausses consolations. » À un autre jeune homme, Sarino, étudiant de gauche qui lui a écrit: « Pier Paolo, tu es un réactionnaire et un conservateur », Pasolini répond cette fois sans ménagement aucun: « Je n’aurais pas répondu à un message aussi péremptoire s’il ne me suggérait pas une confrontation avec le message précédent de Carletto. Carletto est un fasciste, cependant il est peu sûr de lui, humble au fond, il me demande de l’aide. Toi, tu es de gauche, d’extrême gauche, plus à gauche entre tous, et pourtant tu es fasciste. Tu es fasciste parce que tu es bête, autoritaire, incapable d’observer la réalité, esclave de quelques principes qui te semblent si inébranlablement justes qu’ils sont devenus une foi – horrible chose, lorsqu’elle ne s’accompagne pas de la charité, autrement dit, d’un rapport concret, vivant et réaliste avec l’histoire3. »  

  1. Boulevard Voltaire, Clémence de Longraye, Ce média d’extrême gauche « indépendant » en réalité financé par Soros et l’UE. 7 juin 2024. ↩︎
  2. Jean-Pierre Le Goff, La France d’hier. Récit d’un monde adolescent, des années 1950 à mai 68, 2018, Éditions Stock. ↩︎
  3. Pier Paolo Pasolini, Le Chaos, préface d’Olivier Rey, 2018, Éditions R&N. ↩︎

Iran: l’histoire qui s’écrit contrarie Macron

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© Jeanne Accorsini/SIPA

Le chef de l’Etat a pris la parole, hier soir, lors d’une courte et factuelle allocution télévisée consacrée à la situation au Moyen-Orient. Au quatrième jour de la guerre déclenchée par les bombardements des États-Unis et d’Israël sur l’Iran, donnant quelque peu l’impression de subir les événements, Emmanuel Macron s’est finalement résolu à donner l’ordre au porte-avions Charles-de-Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée.


Applaudir Donald Trump et Benyamin Netanyahou ? Un cauchemar. Emmanuel Macron ne s’y résoudra jamais. Sa répulsion le rapproche, à nouveau, de Jean-Luc Mélenchon. Tous deux sont pareillement à l’écoute de la nouvelle « rue arabe » en France, supposée antisioniste.

Une flopée de commentateurs, politiques ou médiatiques, partage ce même réflexe pavlovien contre les deux affreux, coupables de ne pas se courber devant l’islam djihadiste et anti-occidental. Hier soir, sur les télévisions, le chef de l’Etat a rappelé, à l’instar du leader LFI, que les opérations de bombardements aériens contre l’Iran, lancées depuis samedi matin par les Etats-Unis et Israël, sont « conduites en dehors du droit international ». Il a appelé Israël à « respecter le territoire libanais et son intégrité ». Lundi, la députée européenne macroniste Valérie Hayer avait été plus claire : « Je considère aujourd’hui que les États-Unis sous Donald Trump ne sont plus nos alliés ». C’est à reculons que la France s’engage dans le conflit moyen-oriental, en appliquant néanmoins les accords de défense qui la lient avec des pays arabes sous le feu iranien, et notamment les Emirats Arabes Unis. Des Rafale ont pris l’air. Le porte-avions Charles de Gaulle, en Atlantique Nord, fait route vers la Méditerranée. Mais Macron a prévenu : « La France n’a été ni prévenue, ni impliquée ». Cette guerre contre le terrorisme apocalyptique des mollahs ne sera pas la sienne. A la recherche de l’histoire qui s’écrit, il croit l’avoir repérée du côté de la Russie en conflit avec l’Ukraine. Or, une fois de plus, le président français s’éloigne des peuples oppressés, et en l’occurrence des Iraniens qui se sont réjouis de la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, tué dès la première frappe.

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Se rendant lundi à Brest, pour clarifier l’usage de l’arme nucléaire, le chef de l’Etat a publié la photo de son Falcon, lui à son bord, survolant le Mont-Saint-Michel entouré de quatre Rafale armés. Sur l’Ile Longue, il a pris une posture poutinienne pour rappeler, à l’instar du dirigeant russe, la puissance terrifiante des nouvelles bombes atomiques. Mais ces mises en scène guerrières trahissent une doctrine erratique. C’est le pourfendeur des souverainistes nationaux qui s’est rangé, ce jour-là, à leurs exigences de maîtriser, in fine, la décision ultime d’appuyer, seul, sur le bouton rouge. Sa défense habituelle de la souveraineté européenne s’est contentée de proposer le concept de « l’épaulement » qui élargirait symboliquement les bases de tirs nucléaires à d’autres territoires. Surtout, si Macron a redit toute son hostilité à la Russie de Poutine, il n’a pas évoqué la dictature iranienne. A l’aise pour dénoncer rituellement « l’internationale réactionnaire », représentée par le duo Trump-Netanyahou, il ne dit jamais rien de l’internationale islamiste, protégée ouvertement par LFI, notamment à travers sa députée européenne Rima Hassan. Or cette menace existentielle est autrement plus dangereuse pour la France.

« Pour être libre il faut être craint. Pour être craint il faut être puissant », répète à l’envi le chef de l’Etat. Hier soir, il avait placé un petit soldat de plomb de l’armée napoléonienne, fusil en joue, au premier plan sur son bureau présidentiel. Mais qui prend encore Macron au sérieux ?

La révolution des oubliés

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Amazon: foire d’empoigne à la foire du livre

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Le milliardaire Jeff Bezos propose une démonstration de sa liseuse "Amazon Kindle", à Santa Monica en Californie, le 6 septembre 2012 © Reed Saxon/AP/SIPA

Furieux de voir Amazon invité d’honneur au Festival du Livre de Paris, les libraires préfèrent quitter la fête. Elisabeth Lévy revient sur la polémique dans sa chronique radio. Nous vous proposons de l’écouter.


Tout fout le camp !

Amazon sème la zizanie au Salon du Livre. La littérature n’adoucit pas les mœurs. Comme le résume Jonathan Siksou, il n’y avait pas de vaches au Salon de l’Agriculture, et il n’y aura pas de libraires au Salon du livre.

Le syndicat de la librairie française, qui regroupe 850 librairies, a décidé de boycotter le salon du livre de Paris, qui se tiendra les 17, 18, 19 avril au grand Palais. Raison de cette colère : Amazon est le partenaire officiel du Salon.

« Amazon n’est pas un ami du livre, il constitue, par sa puissance et ses visées prédatrices et hégémoniques, un risque majeur pour les auteurs et autrices, les éditeurs, éditrices et les libraires », affirme le syndicat.

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Il y a une vieille bisbille entre les libraires et le géant du e-commerce, les premiers accusant le second de contourner la loi sur le prix unique du livre avec des pratiques limite sur les frais de port. « Il paraît irresponsable, au nom d’intérêts financiers de court terme, d’offrir à Amazon une telle visibilité et honorabilité », ajoute l’organisme. En somme, Amazon est accusé de concurrence déloyale. Pour les adversaires de la plateforme, c’est un peu comme si on faisait parrainer le salon de la diététique par McDo.

Est-ce qu’ils ont raison ?  Eh bien non ! Nous sommes en effet face à une petite contradiction: les Français pleurnichent volontiers sur la disparition des petits commerces et la dévitalisation de leurs centres-villes, mais ils se ruent sur les achats en ligne, qu’il s’agisse de livres ou de vêtements. Or le salon n’est pas là pour célébrer les libraires, mais le livre. Il n’a donc pas vocation à dire où les gens doivent les acheter…

Les petites libraires pensent souvent un peu la même chose

Primo, grâce à Amazon, l’accès aux livres n’est pas réservé aux habitants des centres-villes.

Deuxio, la profession est de plus en plus politisée et bien-pensante. Les libraires aujourd’hui se croient chargés de nous rééduquer. Demandez un livre de Renaud Camus ou de Fayard et vous avez une bonne chance de vous entendre répondre d’un ton sentencieux « Madame, nous ne vendons pas cet auteur ».

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Sur Amazon, on trouve tout, y compris des ouvrages dont Le Monde ou Télérama ont décidé qu’ils ne devaient pas être accessibles. Alors oui, désolée, je défendrai plus volontiers les marchands de fringues que les libraires. Et c’est désolant mais c’est ainsi : quand les libraires jouent les censeurs, c’est une plateforme américaine qui défend la liberté d’expression. 


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Gandalf enchaîné

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Surprise ! Ce n’est pas l’islam qui est la religion la plus surreprésentée dans la population carcérale britannique


Le Royaume-Uni, contrairement à la France, autorise les statistiques religieuses sur la population carcérale. Elles sont même publiées par le gouvernement. Elles permettent par exemple de savoir qu’environ 0,5 % des prisonniers se déclarent adeptes de l’hindouisme, soit trois fois moins que dans la population générale. À l’inverse, 18 % des détenus sont enregistrés comme musulmans, une proportion trois fois supérieure au taux national.

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Mais on aurait tort de penser que l’islam est la foi la plus surreprésentée dans les maisons d’arrêt de Sa Gracieuse Majesté. Une confession explose en effet tous les compteurs : le paganisme. Alors, qu’on n’en recensait que 79 au début du siècle, 1 172 prisonniers sont aujourd’hui affiliés à la Fédération païenne, une « Église » reconnue officiellement par les autorités. Leur poids dans la population carcérale est 200 fois plus élevé que dans la population britannique ! Cette statistique s’explique par un nombre important d’activistes violents d’extrême droite qui, à leur arrestation, se signalent comme païens. Depuis l’entrée en vigueur de l’Equality Act de 2010, qui oblige les pouvoirs publics, au nom de la lutte contre les discriminations, à considérer les croyances philosophiques comme étant de même nature que les croyances religieuses, les païens bénéficient de certains droits cultuels en prisons. Parmi eux : celui de porter une bague à symboles (car il a été établi que la privation d’un tel bijou cause « un stress considérable »), la pratique du tarot divinatoire (à condition que le jeu de cartes employé ait été contrôlé au préalable « pour raisons de sécurité »), et enfin l’accès à un aumônier. On en dénombre 20 à travers le pays, rétribués par l’État. Une petite annonce vient d’ailleurs d’être publiée pour recruter celui de la prison de Norwich, à 160 km au nord-est de Londres. Salaire annuel : 42 000 euros. Dans la fiche de poste, il est indiqué que l’heureux élu aura le droit d’être équipé d’une baguette magique, pourvu toutefois qu’elle soit flexible.

Il n’est pas précisé si son achat peut être passé en note de frais.

Sarah Knafo: «A Paris, le vote utile c’est moi!»

Sarah Knafo © Hannah Assouline

La campagne glamour et colorée de Sarah Knafo est aussi celle d’une candidate qui maîtrise tous ses sujets. À l’écoute des familles et des commerçants, défendant la sécurité autant que la beauté, elle propose un plan « Haussmann 2.0 » pour tourner la page des années Hidalgo. Et se targue d’être la seule qui fera l’union des droites plutôt que l’alliance avec les macronistes.


Causeur. Il y a vingt ans, Éric Zemmour expliquait dans Le Premier Sexe que les femmes pouvaient faire de la politique à condition d’incarner des valeurs masculines. À en juger par votre campagne très girly, il s’est trompé !

Sarah Knafo. Ça commence fort ! Vous me posez les mêmes questions que France Inter ! (Rires.) Dès que les femmes entrent en politique, elles passent au look tailleur-cheveux au carré. Pas moi. Ça ne m’empêche pas d’être capable d’autorité, dont on dit communément que c’est une valeur masculine. La féminité n’est pas incompatible avec la poigne. Une femme peut tout à fait faire preuve d’autorité et un homme totalement en manquer. La compétence n’a rien à voir avec le sexe. Anne Hidalgo a détruit Paris. Margaret Thatcher a redressé le Royaume-Uni.

Vous n’en faites pas moins une campagne très glamour !

Merci ! Vous devriez dire aussi que ma campagne est innovante, moderne, convaincante ! Avec le programme le plus sérieux de tous…

C’est une façon de dire que vous êtes une jolie femme à la conquête de la plus belle ville du monde…

Bon, dit comme ça… ! (Rires.) Après tout, Paris est la ville de la galanterie, la ville des Parisiennes…

Pour l’ancienne banlieusarde que vous êtes, que représente la Parisienne ?

Avant tout une femme libre. Quand j’habitais en Seine-Saint-Denis, je voyais les Parisiennes comme des femmes élégantes, un peu cassantes, un peu capricieuses, avec un petit grain de folie. Des femmes qui s’habillent comme elles veulent et sortent entre copines à trois heures du matin. Je veux que cette aventure se poursuive, que les Parisiennes se sentent libres le soir, libres la nuit, qu’elles s’habillent, se maquillent et en soient fières. C’est pourquoi je leur ai consacré mon premier discours de campagne, dans lequel j’ai annoncé que j’allais me battre pour que Paris soit leur ville, une ville dans laquelle on n’a pas peur.

Parlons du ton de votre campagne et notamment de ces vidéos mignonnettes et écharpes jaunes qui font fureur, semble-t-il. Permettez-nous d’être un peu moins enthousiastes pour ce message disneylandisé. Pourquoi s’adresser à nous comme à des enfants ?

Ce que vous êtes ronchons ! Certes, j’utilise l’essentiel de mon temps de parole à proposer des choses très sérieuses, des économies, des mesures, des baisses d’impôts. Mais franchement, tous ces militants joyeux et souriants qui font campagne avec moi, avec une écharpe jaune autour du cou et des tracts colorés dans les mains, vous ne trouvez pas que ça fait du bien dans cette ville que les socialistes ont rendue si triste ? Eh bien tant pis pour les mauvais coucheurs, moi, je trouve ça formidable ! Ça redonne de l’espoir à quantité de gens qui pensent que la politique est sinistre et les élus, tous des menteurs, ternes et déprimants. Résultat, on a vu plein de nouvelles idées émerger sur le terrain, comme sur internet, avec par exemple ces dessins animés qui sont même arrivés jusqu’à vous. Ces petits films ont été conçus par de jeunes soutiens. Je ne vous cache pas que la première fois que j’en ai vu un, je me suis demandé : « Mais c’est quoi ce truc ? » Et puis, je me suis dit que cette joie un peu enfantine faisait du bien aux gens et que, si ma campagne donnait envie de créer, d’innover, il fallait le valoriser et le partager. Et je remercie tous ceux qui contribuent à faire de cette campagne une première en politique : une campagne heureuse. 

Une campagne heureuse, une ville heureuse, vous parlez beaucoup de bonheur. Mais que les politiques laissent notre bonheur tranquille. Faites de Paris une ville où on peut vivre et même être mal sans être en butte à mille tracas, ce sera déjà bien !

Sauf que mon slogan, c’est « Une ville heureuse », pas « Je ferai votre bonheur malgré vous ». Croyez-moi, je ne veux pas entrer dans les chambres à coucher ni obliger les gens à être heureux comme dans Le Meilleur des mondes. J’aime la liberté et la vie privée est sacrée pour moi. Reste que, même si tout va bien dans votre vie, quand vous sortez et que les rues sont sales, les déplacements, un parcours du combattant et le mobilier urbain atroce, ça vous mine. La vue de ces poubelles horribles en métal grisouille, avec des sacs en plastique pendouillant, me déprime. Et je suis loin d’être la seule ! La beauté, c’est bon pour le moral ! Songez encore à ces kiosques à journaux qui, dans le monde entier, sont reconnus comme des symboles de Paris et qu’Anne Hidalgo a entrepris de remplacer par des édifices modernes et gris. Marcel Proust disait que se trouver dans un bel endroit calmait ses angoisses. Derrière ces multitudes de tensions et désagréments qui plombent le quotidien des Parisiens, il y a des décisions publiques. Ce sont ces décisions, pas la fatalité, qui nous font perdre des heures dans les embouteillages ou les tracas administratifs, qui font que nous traversons certains quartiers avec la boule au ventre. Alors, oui, je veux offrir les conditions du bonheur aux Parisiens. Et vous permettre, puisque vous y tenez, d’être malheureux dans un environnement de paix et de beauté.

Pourquoi cette soudaine envie parisienne ? Pour doper votre cote de popularité ?

Je n’avais pas besoin d’une campagne municipale pour passer à la télévision. Je crois l’avoir prouvé l’an dernier ! Mais il se trouve que je suis parisienne et que je n’aime pas ce que ma ville devient. J’ai réfléchi plusieurs mois avant de prendre ma décision, j’ai consulté, soupesé le pour et le contre. Je me suis demandé si un autre candidat pouvait relever ce défi, j’ai regardé les programmes. Aucun n’était satisfaisant. J’ai donc estimé que ma candidature pouvait apporter quelque chose et je me suis lancée. Pour que ma ville arrête de se dévitaliser, de se vider de ses familles, de ses commerces et de ses restaurants de quartier. Pour que Paris, qui a hérité des plus beaux monuments et des plus belles perspectives du monde, arrête de s’enlaidir chaque jour. On peut inverser cette tendance. C’est pourquoi ma campagne est axée sur des solutions très concrètes.

Nous avons regardé ces solutions, qui sont détaillées dans un programme de 130 pages. Comment les résumeriez-vous en deux phrases ?

J’ai regardé le dernier numéro de Causeur. Comment le résumeriez-vous en deux phrases ? En deux phrases : Allez vite sur mon site unevilleheureuse.fr. Allez-y ! Et encore deux autres : je vais dépenser moins pour taxer moins, pour que les Parisiens gagnent plus. Je vais renouer avec le Paris éternel, celui que l’on aime tous, et le projeter dans l’avenir : une sorte de plan Haussmann 2.0. Il faut être ambitieux pour Paris.

Vous promettez de rendre les rues plus sûres. Mais une ville, surtout une capitale, ne doit pas être un havre de paix. Or, même dans les quartiers autrefois animés, passé 23 heures, c’est le désert. Pas de cafés, pas de musique, pas de grappes de fêtards. Paris est-elle devenue une ville de vieux et de couche-tôt ?

En vingt-cinq ans de règne socialiste, Paris a perdu 200 000 habitants. Eh oui, on y fait moins la fête. Une soirée à Paris, avec le prix dément du stationnement auquel il faut ajouter la nounou, c’est hors de prix. À grands traits : il reste à Paris des étudiants, des touristes et des retraités qui ont eu la chance de pouvoir acheter un appartement quand c’était encore possible. Mais les jeunes actifs sont de plus en plus nombreux à quitter la ville, dès qu’ils veulent fonder une famille. Et regardez les villes voisines : Levallois, Saint-Mandé, Vincennes, là-bas, vous voyez des poussettes partout dans les parcs. Je me souviens d’un temps où Yves Montand chantait Un gamin de Paris. Aujourd’hui les écoles ferment et les gamins sont partis. Une ville heureuse est une ville où on a envie de faire des enfants. De donner la vie, oui, parce que la ville est sûre, parce que la ville est accueillante, parce que la ville est rassurante et gaie.

Programme décidément très maternel !

Il faut une Mère pour Paris ! (Rires)

Comment comptez-vous faciliter la vie des commerçants et des artisans ?

Avez-vous remarqué qu’il est de plus en plus difficile de trouver un plombier, un menuisier ou un électricien dans Paris ? Ils acceptent de moins en moins de chantiers dans Paris. Tout simplement parce que l’heure de stationnement est plus chère que le SMIC horaire de leur branche. Ça leur coûte de l’argent de venir ! Je propose la première heure de stationnement gratuite pour tous. Gratuité pour les deux-roues. Gratuité également entre midi et 14 heures pour aider les restaurateurs en augmentant votre pouvoir d’achat. Ce n’est plus possible de budgéter 36 euros de stationnement avant d’avoir commandé le moindre plat ! Ensuite cinq euros de l’heure quel que soit le véhicule et l’arrondissement, et extension du tarif résident à tout l’arrondissement.

Sans doute, mais les modes de vie ont changé. La restauration, le commerce, les cinémas sont bien plus menacés par Uber Eats, Amazon et Netflix que par le prix du stationnement.  

Vous posez là une question essentielle, civilisationnelle, même, qui me tient d’autant plus à cœur que je suis moi-même fille de commerçants. Je crois qu’il y aura éternellement des lieux marchands dans les villes modernes. J’en veux pour preuve qu’en Chine, dans une mégalopole comme Shenzhen, l’une des plus high-tech au monde, où l’on peut se faire livrer des colis par drone en dix minutes, se trouvent pourtant les plus grands centres commerciaux du monde. Pourquoi sont-ils bondés alors qu’il est possible de consommer tout ce qu’on veut en restant chez soi ? Parce que, sans remonter à Aristote, nous sommes des animaux sociaux, nous avons besoin de contacts humains. Je vais peut-être passer pour l’optimiste de service, mais je suis certaine que le commerce et la restauration traditionnels ne mourront jamais : ils sont éternels. Si Paris se vide de ses commerces, ce n’est pas à cause d’un phénomène exogène. C’est parce que les socialistes ont pris de mauvaises décisions en matière de circulation, de stationnement, de taxes, de lutte contre l’insécurité. Des choses sur lesquelles on peut et doit agir.

La novlangue vous salue bien

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Les blagues douteuses de JL-Mélenchon sur les patronymes juifs fonctionnent aussi parce que son public a l'impression que les médias imposent une façon de parler. Image d'illustration.

Derrière les provocations verbales de plus en plus abjectes de Jean-Luc Mélenchon se cache aussi son aisance à exploiter les failles du pouvoir politico-médiatique – ce dernier cherchant, jusqu’à la nouvelle façon de prononcer les noms, il est vrai, à nous imposer son dictionnaire. Analyse.


« Ce n’est pas parce que Monsieur Le Pen disait qu’il préfère le soleil à la pluie que le soleil lui appartient » ; cette phrase, qui a marqué son époque, prononcée par l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy au sujet de l’immigration en France1, pourrait aujourd’hui être pleinement associée à la récente remarque de Jean-Luc Mélenchon concernant la prononciation du nom du criminel sexuel le plus décrié du monde, Jeffrey Epstein.

Derrière le parfum nauséabond utilisé par le patron de LFI autour de l’origine juive du roi déchu de la jet-set américaine, Mélenchon est loin d’être le seul à avoir remarqué la différence de prononciation des noms qui finissent par « stein », majoritairement d’origine juive allemande et dits depuis toujours « chteyn » en France, et la version « Epstine » que les médias américains, habités par ce dossier explosif, auraient imposée pour évoquer le scandale qui entache un nombre invraisemblable de gens influents de la société occidentale.

http://www.youtube.com/watch?v=utOcyFHOb5k

Si Mélenchon voit dans cette manœuvre politico-phonétique la volonté de ses auteurs de russifier le nom du prédateur financier — ce qui est, il est vrai, dans le contexte actuel de guerre hybride entre l’Occident et la Russie, de nature à diaboliser davantage le malfaiteur (« Epstine » sonne presque comme « Eltsine », sic) — cette astuce sémantique confirme surtout la tendance à la création d’un nouveau langage, dans lequel les mots sont soigneusement choisis par un pouvoir dont l’identité précise nous échappe, mais qui nous guide depuis plusieurs décennies déjà dans la définition collective — et même individuelle — du bien et du mal.

Supprimer les nuances de la langue pour diriger nos pensées

Malgré tout le déchirement que chacun de nous peut ressentir à l’égard des jeunes filles, mineures, manipulées et abusées par l’impitoyable empire de l’homme d’affaires new-yorkais, il serait aussi légitime d’interpeller le terme « survivantes » employé à leur égard. Les malheurs et les souffrances humaines ne sont ni des sujets de compétition ni des objets de comparaison sur une quelconque échelle de la douleur ou des dégâts physiques et moraux. Mais s’agissant des crimes, le terme « survivant », depuis la Seconde Guerre mondiale et l’horreur de la Shoah, a reçu un statut à part. Les revenants de l’enfer des camps de concentration l’avaient mérité et nous, les générations qui ont suivi, leur devons au moins cette définition.

Les victimes d’abus sexuels méritent elles aussi un mot juste pour décrire leur souffrance. Mais l’utilisation du terme « survivant » pourrait presque laisser penser qu’un pouvoir invisible politico-médiatique cherche à vulgariser et ainsi banaliser les crimes du nazisme.

A lire aussi: Jeffrey Epstein, l’homme aux 100 000 contacts

Mais le dictionnaire de la bien-pensance contemporaine ne se limite pas à l’affaire Epstein, bien évidemment. Depuis quelques années déjà, nous sommes habitués à l’usage du terme « complotisme » pour désigner un avis qui tranche avec la version courante des élites au pouvoir afin d’expliquer un événement social ou géopolitique, ou encore à celui de « propagande ». Ce dernier est utilisé, le plus souvent, pour lier les auteurs d’opinions alternatives au président russe Vladimir Poutine, champion toutes catégories des maux de l’Occident, ou à son acolyte asiatique Xi Jinping.

Ces mots « outils », utilisés pour dénigrer un désaccord profond avec la version officielle et pour anéantir la moindre tentative de débat — qui est pourtant la base vitale d’une démocratie — nous ramènent, encore et toujours, au livre qui, hélas, avait pressenti, il y a 80 ans, les risques de dérives totalitaires que pouvait courir l’Occident : 1984, de George Orwell. L’une des armes les plus redoutables du parti de « Big Brother » fut la création d’un dictionnaire idéologique, avec pour objectif de « restreindre les limites de la pensée » au point de « rendre littéralement impossible le crime par la pensée, car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer2 ». On se souvient des formules les plus efficaces du régime politique d’Océania, dans 1984 : « La guerre, c’est la paix », « La liberté, c’est l’esclavage » et « L’ignorance, c’est la force ».

Les mots justes pour une société juste

L’uniformisation de la pensée moderne mainstream, celle qui ne distingue plus la guerre contre un régime terroriste et le génocide, les élans populaires patriotes et les mouvements néo-nazis, les abus sexuels et l’extermination raciale, la volonté d’un peuple de choisir son leader et l’ingérence étrangère, est un véritable poison lent, qui a déjà vu les sociétés européennes sombrer dans le déni de la perte de leur souveraineté, de leur compétitivité et, tout simplement, de leur raison d’être dans le monde d’aujourd’hui.

« La Révolution (totalitaire) sera complète quand le langage sera parfait », a prédit Orwell par la voix de l’un des personnages de son livre ô combien prémonitoire. Et si la survie de la France et de l’Europe se trouvait peut-être d’abord dans la capacité d’appeler les choses par leur véritable nom, dans la préservation et l’usage de toutes les nuances de la langue que tant de gens exceptionnels nous ont laissées en héritage ?


  1. https://www.dailymotion.com/video/x3hg1q7 ↩︎
  2. https://www.librairal.org/wiki/George_Orwell:1984_-Premi%C3%A8re_Partie-_Chapitre_V ↩︎

La reine Esther, d’avant-hier à aujourd’hui

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L'ayatollah Ali Khamenei (1939-2026), ici photographié en 2012 © AY-COLLECTION/SIPA

Pourim célèbre l’histoire de Esther, reine juive de Perse qui, selon le récit du Livre d’Esther sous le règne de Xerxès Ier, sauva son peuple d’un complot d’extermination mené par Aman. Les croyants peuvent voir un parallèle entre cette délivrance antique et les attaques récentes d’Israël et des États-Unis contre l’Iran, présenté ici comme l’« Amalek » contemporain menaçant l’existence d’Israël…


480 ans avant notre ère

Assuérus, alias Xerxès-le-grand, roi de Perse au Ve siècle avant Jésus-Christ, est plus connu du public français par la littérature que par l’Histoire : Racine l’a fait passer à la postérité comme vedette en compagnie d’Esther, son épouse juive, qui sauva son peuple de l’extermination voulue par le méchant vizir Aman.

Le véritable Assuérus a régné de 486 à 465 av. J.-C. À cette époque, les Amalécites, tribus nomades du Sinaï (aujourd’hui éteintes), représentaient l’archétype de l’ennemi acharné à l’éradication des Juifs. Aujourd’hui, les Juifs s’y réfèrent au singulier : le mal absolu se nomme Amalek et son souvenir doit appeler toutes les générations à la vigilance.

Aman, descendant de l’Amalek d’origine, était arrivé au plus haut poste de la hiérarchie perse : grand vizir et conseiller du roi. Il avait profité de sa position pour obtenir l’autorisation d’exterminer tous les Juifs du Royaume. C’était compter sans la reine Esther, à qui son oncle Mardochée avait conseillé de ne pas révéler sa religion à son époux lorsqu’elle avait gagné la compétition lancée sur tout le royaume. Elle ne lui avoua de quel peuple elle était issue que quand celui-ci fut promis à l’éradication. Cette révélation, au moment où Aman se voyait déjà en haut de l’affiche des tueurs de Juifs, fit basculer l’histoire. Le méchant fut vaincu et les époux royaux coulèrent des jours heureux, jusqu’à l’assassinat du roi en – 465 par un personnage oublié depuis.

Racine s’est inspiré de l’histoire d’Esther, telle qu’elle est narrée chaque année lors de la fête juive de Pourim, qui célèbre la victoire de la vie sur Amalek, le Terminator suprême.

Janvier 1689, Première d’Esther, tragédie de Racine en vers et en trois actes

Esther était une commande de Madame de Maintenon, dont la belle carrière, commencée à la Cour du roi Soleil comme gouvernante des enfants illégitimes qu’il avait eus avec Mme de Montespan, se termina par son mariage avec lui. Malgré (ou peut-être à cause de) sa relation adultère, elle était tombée en religion et observait à la Cour une attitude réservée et modeste. Son influence sur Louis XIV était considérable. Il fut très généreux avec sa danseuse, devenue son épouse secrète. Plutôt qu’en bijoux, celle-ci investit ses cadeaux sonnants et trébuchants dans un pensionnat pour jeunes filles nobles et désargentées. À la Maison Royale de Saint-Louis, à Saint-Cyr, les jeunes pensionnaires recevaient une éducation de haut niveau et se voyaient offrir une dot afin de se marier « correctement ».

Mme de Maintenon eut l’idée de génie de mêler l’utile à l’agréable pour ses élèves. Afin d’encourager leurs penchants les plus nobles, elle commanda à Racine « quelque sujet de piété et de morale, une espèce de poème où le chant fût mêlé avec le récit ». Il s’inspira du Livre d’Esther, un thème biblique exaltant le courage et le sacrifice personnel au profit du bien commun.

Amalek, la malédiction de tous les temps

Dans le Talmud, Amalek est l’archétype du mal absolu, symbole des forces qui s’opposent à Israël et à la Torah. Il est l’ennemi qui attaque sans raison, auquel l’Homme doit résister comme il résiste à ses propres péchés… mais aussi à ceux qui menacent sa fidélité à la Torah.

Jésus a préconisé de tendre la joue gauche, non sans avoir été, lui-même, un jeune rabbin indépendantiste, résistant à l’occupant romain, qui était l’Amalek de sa génération.

Dans le calendrier juif de 5786 (2026 de notre ère), Pourim est tombé le 2 mars.

En 2026, la Perse s’appelle République islamique d’Iran et Amalek/Aman est personnifié par Khamenei.

Il a été vaincu, la veille de Pourim, par l’alliance du Grand et du Petit Satan. Une fois de plus, la tentative d’éradication du peuple juif s’est soldée par la destitution du comploteur et par sa mort.

Les Juifs religieux voient la main divine dans cette concordance des temps. Les Juifs athées se réjouissent comme les autres de l’avoir échappée belle.

Tous vivaient dans l’angoisse depuis que le président américain Obama avait contourné le Congrès pour sauver la peau des mollahs en signant un accord léonin qui leur facilitait l’acquisition de l’arme atomique. Depuis Khomeini, ils ne faisaient pas mystère de son objectif : rayer Israël de la carte. En V.O, Emam Khomeini goft ke in rezhim-e ishghalgar-e qods bayad az safheh-ye ruzgar mahv shavad : « L’Imam Khomeini a dit que ce régime occupant Jérusalem doit disparaître de la page du temps. »

La première administration Trump n’avait éloigné le danger que pendant une petite parenthèse, refermée par son successeur démocrate, qui avait apporté aux tyrans islamistes une bouffée d’air indispensable et les millions de dollars nécessaires à leur entreprise éradicatrice.

Le Trump millésime 2026 est aussi imprévisible que sa cuvée 2017, mais avec l’expérience en plus et la perspective des élections en moins, puisqu’il ne peut pas candidater à sa propre succession.

Après des négociations infructueuses avec l’Iran, il a lancé, en collaboration avec Israël, une attaque de grande ampleur qui a étêté les différents états-majors voués à la destruction de l’Occident : 40 hauts responsables tués en une minute !

La tradition juive veut que chaque génération soit confrontée à son Amalek. Celui du 7-octobre, financé par l’Iran, eut mérité les vers de Racine :

On doit de tous les Juifs exterminer la race.
Au sanguinaire Aman nous sommes tous livrés.
Les glaives, les couteaux sont déjà préparés.
Toute la nation à la fois est proscrite.

La pièce de Racine a été jouée, en 1689, par les pensionnaires de Saint-Cyr. Elles tenaient tous les rôles, ceux du roi et du vizir, comme celui de la reine.

Depuis 1979, Amalek a été successivement Khomeiny, Ahmadinedjad, Khamenei…

Quant à Esther, elle prend, depuis quelques jours, les traits de Donald Trump et de Benyamin Netanyahou : la Meguilat Esther[1] en version gender fluid !


[1] En hébreu, « Meguilat Esther » est le rouleau sur lequel est inscrit l’épisode mettant en scène Assuérus, aman, Esther et Mardochée.

Macron, Trump: les copains d’abord

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© Christian Liewig/SIPA

Prompts à critiquer les dérives constatées aux Etats-Unis, nos champions de l’Etat de droit ne se privent pas de placer partout leurs pions pour faire barrage à qui vous savez…


Jerome Powell, actuel patron de la Fed (la Réserve fédérale des États-Unis), achèvera son mandat en mai prochain. Hostile aux baisses des taux réclamées par Trump, bien que nommé par ce dernier en 2017 (!), Jay Powell s’est vu récemment gratifié de tombereaux d’injures par le Donald : « Qui est notre plus grand ennemi, Jay Powell ou le président Xi ? »

Le président a déjà désigné Kevin Warsh, un proche, pour diriger la banque centrale. Il est donc de bon ton de souligner l’entorse ainsi faite à la sacro-sainte (quoique très théorique) indépendance d’une banque centrale. De là à voir dans cette nomination une preuve supplémentaire du despotisme trumpien, il n’y a qu’un pas que tous ses adversaires, notamment français, n’hésitent pas à franchir.

C’est pas chez nous qu’un truc comme ça arriverait. Ah, en fait si. C’est même arrivé trois fois en l’espace de quelques jours. François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a opportunément annoncé sa démission. Macron s’apprête à nommer son remplaçant. Idem pour Christine Lagarde, dont le départ anticipé est annoncé. Enfin, Amélie de Monchalin va prendre la présidence de la Cour des comptes, afin de porter un jugement impartial sur… le budget qu’elle vient de concocter. Rien à voir évidemment avec les menées scélérates de Trump. Tous ces Français sont là pour une cause noble : faire barrage à Bardella, au cas où…

Quel soulagement pour les amoureux de l’« État de droit ».

Le droit international à l’épreuve de la guerre hybride

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Manifestants favorables à Ali Khamenei, Beyrouth, Liban, 1er mars 2026 © Marwan Naamani/DPA/SIPA

Proxies. En droit international, la légitime défense invoquée par Israël ne peut être légale et recevable que si les attaques menées par les groupes soutenus par l’Iran peuvent être considérées comme une attaque armée imputable à l’Iran.


La question des proxies est devenue l’un des angles morts les plus sensibles du droit international contemporain. Le principe général est clair :  un État est responsable des actes internationalement illicites qui lui sont imputables. Encore faut-il établir le lien d’imputation. Or les stratégies indirectes prospèrent – et c’est précisément là que le bât blesse.

En droit international, la responsabilité d’un État pour les actes d’un acteur non étatique suppose de démontrer un degré suffisant de contrôle. La jurisprudence de la Cour internationale de Justice (CIJ) a posé le critère du « contrôle effectif ». Il ne suffit pas de financer, armer ou entraîner un groupe. Il faut prouver que l’État dirigeait ou contrôlait l’opération spécifique au cours de laquelle la violation a été commise.

Dans cette jurisprudence, l’affaire des Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua (Nicaragua c. États-Unis) jugée en 1986 par la CIJ constitue un jalon majeur. En condamnant le soutien américain aux Contras et le minage des ports nicaraguayens comme violations du principe de non-recours à la force et du principe de non-intervention, la CIJ a fixé le cadre juridique de la responsabilité d’un État pour les actes commis par des acteurs armés non étatiques.

La Cour y distingue le soutien matériel, financier et logistique à un groupe rebelle (qui d’ailleurs peut constituer en soi une violation du droit international), et l’imputation directe des crimes commis par ce groupe à l’État soutien. Or, pour que cette imputation soit juridiquement établie, la Cour exige la preuve d’un « contrôle effectif » sur l’opération spécifique au cours de laquelle la violation a été commise. Autrement, elle exige la preuve que l’État a dirigé ou contrôlé l’acte précis en cause.

Ce seuil, particulièrement élevé, rend extrêmement difficile l’attribution automatique des exactions d’un proxy à son parrain étatique, même lorsque l’ampleur du soutien structurel ne fait guère de doute. En établissant ce critère, la décision de 1986 a façonné toute la réflexion ultérieure sur ce que nous appelions plus tard « guerres hybrides ». En privilégiant le droit des Etats, la Cour a offert une protection contre l’ingérence armée mais en même temps créée un espace juridique dans lequel peuvent prospérer des stratégies de « déni plausible » et donc de projection de puissance par procuration.

Une grosse décennie plus tard, le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, dans l’arrêt Tadić de 1999, a proposé une lecture différente. Là où la CIJ exigeait la preuve d’un « contrôle effectif » sur l’opération spécifique ayant donné lieu à la violation, le Tribunal a introduit le critère plus souple de « contrôle global ». Selon cette approche, il n’est pas nécessaire de démontrer qu’un État a ordonné ou dirigé chaque attaque précise. Il suffit d’établir qu’il exerce un rôle d’organisation, de coordination ou de soutien structurant sur le groupe armé dans son ensemble, au point d’en orienter l’action générale. Le Tribunal considérait que dans les conflits contemporains, caractérisés par des relations organiques entre États et forces paramilitaires, exiger un contrôle opérationnel détaillé revenait à ignorer la réalité des chaînes de commandement indirectes.

Cette divergence touchait à la qualification même des conflits armés. Dans l’arrêt Tadić, le Tribunal cherchait à déterminer si le conflit en Bosnie devait être qualifié d’international, ce qui dépendait de l’attribution des forces serbes de Bosnie à la République fédérale de Yougoslavie. En adoptant le critère du « contrôle global », les magistrats abaissaient le seuil d’imputation afin de mieux refléter l’emprise exercée par Belgrade.

Cependant, dans son arrêt Bosnie c. Serbie de 2007, la CIJ a explicitement refusé d’adopter cette conception plus large et a réaffirmé le standard du contrôle effectif pour engager la responsabilité internationale d’un État. Elle a estimé que le critère du Tribunal, pertinent dans un cadre pénal visant à déterminer la nature d’un conflit, ne pouvait être transposé tel quel à la question de la responsabilité étatique.

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Cette divergence entre les deux juridictions révèle une fracture dans le droit international contemporain. D’un côté, le TPI exprime une approche réaliste cherchant à appréhender les formes hybrides de la guerre moderne. De l’autre, la CIJ formule une exigence stricte de preuve destinée à préserver la stabilité du système international en évitant une extension excessive de la responsabilité des États. Ce sont deux réponses différentes à la question : à qui profite la zone grise ?

C’est dans cet espace ambigu que s’inscrit la stratégie iranienne avec le Hezbollah. Il ne fait guère de doute que la République islamique d’Iran fournit au Hezbollah un soutien financier, logistique, technologique et doctrinal massif. Des cadres sont formés, des systèmes d’armes transférés, des capacités de renseignement coordonnées, des crédits et des liquidités accordés. Sur le plan stratégique, l’alignement est manifeste. Pourtant, établir juridiquement que Téhéran a exercé un contrôle effectif sur un tir de roquette par le Hezbollah, même lorsqu’il s’agit d’un armement d’origine iranienne utilisé par un cadre formé et financé par l’Iran contre un objectif israélien, demeure quasiment impossible sans preuve directe d’un ordre opérationnel précis. Ce qui a valu aux États-Unis leur condamnation en 1986 tient précisément à l’existence d’une documentation abondante et traçable issue d’institutions structurées comme la CIA, le Pentagone ou la Maison-Blanche, fonctionnant selon des protocoles formalisés. À l’inverse, le système iranien – et c’est à la fois sa force et sa faiblesse – repose largement sur des circuits personnels et informels, souvent opaques. Les décisions y laissent peu de traces écrites, les flux financiers passent par des canaux difficiles à retracer et le contrôle échappe largement à la publicité, à la presse et au contrôle parlementaire. Il en résulte une absence quasi totale de « paper trail » exploitable juridiquement entre la République islamique et le Hezbollah, ce qui rend l’imputation directe d’un acte déterminé extrêmement difficile.

Le résultat est que ce seuil probatoire élevé crée une zone grise. Il permet à la République Islamique d’Iran de bénéficier d’une forme de déni plausible tout en tirant les bénéfices stratégiques de l’action du proxy. En pratique, cela complique l’engagement de la responsabilité internationale et limite les voies de recours devant les juridictions internationales.

À partir de ce cadre, la question de la légalité de la guerre en cours contre l’Iran ne peut être tranchée qu’en distinguant deux plans. En principe, toute attaque armée contre un État souverain constitue une violation du droit international. Pour qu’elle soit licite, elle doit soit être autorisée par le Conseil de sécurité, soit relever de la légitime défense en réponse à une « attaque armée ». Tout l’enjeu est donc de savoir si les actions menées par les proxies soutenus par l’Iran peuvent être juridiquement qualifiées d’« attaque armée » imputable à Téhéran et justifiant la légitime défense.

Si l’on retient le standard strict du « contrôle effectif » de la Cour internationale de Justice, l’imputation directe des tirs du Hezbollah, du Hamas, des Houtis ou d’autres milices à l’État iranien demeure extrêmement difficile à établir sans preuves qui probablement n’existent pas (un ordre direct, clair et signé par exemple). En revanche, si l’on adopte l’approche plus fonctionnelle du « contrôle global » ou d’une lecture extensive de l’article 51 tenant compte des guerres hybrides, on peut soutenir qu’un État qui organise, arme, finance et coordonne durablement des attaques répétées contre un autre État engage sa responsabilité directe comme s’il est lui-même l’auteur de l’agression. Dans cette perspective, la riposte directe contre l’État soutien pourrait être qualifiée de légitime défense face à une agression par procuration.

La controverse tient donc moins aux faits qu’au seuil juridique retenu, et la guerre actuelle se situe précisément dans cette zone grise, entre une lecture formaliste qui y verrait une violation de l’interdiction du recours à la force et une lecture stratégique qui invoquerait la légitime défense face à une agression indirecte structurée et durable. Le cas iranien illustre plus largement une transformation profonde du conflit armé contemporain, où la projection de puissance s’opère de plus en plus par des réseaux hybrides brouillant la frontière entre guerre interétatique « classique » et violence non étatique. Conçu pour des affrontements classiques entre armées régulières, le droit international peine à saisir ces configurations diffuses. La question dépasse ainsi la seule responsabilité de l’Iran pour les actes du Hezbollah et renvoie à un enjeu plus fondamental, celui de l’adaptation des normes juridiques à une époque où la souveraineté s’exerce fréquemment par délégation armée et par l’entremise de proxies.

Islam libéral: mode d’emploi introuvable!

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L'essayiste Ferghane Azihari © Ph. Matsas / Presses de la Cité

Ni le réel n’est entièrement rationnel ni le rationnel tout à fait réel.
Albert Camus.

Notre vie est une constante négociation entre le rationnel, l’imaginaire et nos émotions.
Albert Memmi.


L’Islam contre la modernité. Tel est le titre, sans point d’interrogation, et donc la conclusion professée par Ferghane Azihari dans son dernier essai, au sens où l’entendait Montaigne.

De prime abord, elle tombe sous le sens. Il cite Tocqueville :

Mahomet a fait descendre du ciel, et a placé dans le Coran, non seulement des doctrines religieuses, mais des maximes politiques, des lois civiles et criminelles, des théories scientifiques.

Livre pimenté de récits légendaires et merveilleux, dicté au VIIe siècle par Allah lui-même à un scribe illettré. Or, chacun sait que, pour toute religion, la parole divine est immuable. Le Coran expose donc une vision du monde figée. Comme pour tout système juridique, ne sont pas exclues les controverses doctrinales, mais elles ont pour limites un cadre intangible. Si les constitutions et les lois séculaires peuvent être révisées et adaptées aux nouvelles réalités sociales, il ne saurait en aller de même quand le Créateur a légiféré une fois pour toutes, pour l’éternité. Un exemple : s’il est légitime de discuter du sexe des anges, l’existence de ces auxiliaires ailés de Dieu ne saurait être mise en doute, sous peine d’hérésie.

Les pendules remises à l’heure

Avant même de lire cet ouvrage, nul besoin d’être un érudit orientaliste pour connaître les principes fondamentaux consacrés par le droit islamique : infériorité des femmes, soumises à l’autorité des hommes (père, frères) si elles sont célibataires et à celle de leur mari (librement choisi, ça va de soi…); dans une procédure judiciaire, leur témoignage a un poids inférieur à celui d’un homme; le divorce est un acte de répudiation unilatéral de la part du mari et l’ex-femme n’a aucun droit sur la garde des enfants; il y a inégalité sur le plan successoral… L’exogamie est licite pour ces messieurs, mais ces dames restent strictement soumises à l’endogamie et sont nubiles à l’âge mûr de 9 ans. Par ailleurs, si les minorités juives et chrétiennes bénéficient de la généreuse mansuétude que l’état islamique refuse aux païens, leurs membres sont toujours soumis à une infériorité juridique dont l’intensité dépend de la bienveillance et de l’ouverture d’esprit du sultan local. N’oublions pas l’esclavage, qui n’épargne ni les « nègres » (qui « ont peu de ce qui est essentiellement humain et possèdent des attributs tout à fait voisins de ceux d’animaux stupides », dixit le grand sage Ibn Khaldoun), ni, bien sûr, les « négresses »; la polygamie (mais il ne faut rien exagérer car elle est limitée à 4 épouses); et, last but not least, l’apostasie, qui est sanctionnée par la peine de mort.

En matière de droits civiques, de droit de la famille et de droit du travail, un modèle quelque peu désuet.

M. Azihari donne une passionnante rétrospective historique, bien étayée par de solides références documentaires. Mieux, il remet quelques pendules à l’heure.

En ce qui concerne le soi-disant âge d’or de la civilisation musulmane du XIIe siècle, laquelle aurait alors rendu à l’Occident son héritage philosophique grec, le lecteur apprend que cette retransmission fut plutôt l’œuvre d’intellectuels non musulmans, arabophones mais polyglottes : les disciples du prophète répugnaient à l’étude des langues étrangères. Une possible préfiguration du dictateur cambodgien Pol Pot?

D’aucuns, comme jadis Napoléon, voient dans le prophète le chef ayant instauré un certain ordre dans une contrée désertique. L’auteur fait ce constat que, en réalité, le Moyen-Orient, y compris la péninsule arabique, était une région riche, tant sur le plan matériel que sur celui de la diversité culturelle. Au lieu de s’appuyer sur ce fertile terreau, les autorités conquérantes l’ont étouffé. D’ailleurs, il souligne avec ironie que Khadija, la première épouse du prophète, non seulement n’était pas analphabète, mais était une femme d’affaires accomplie, marchande de chameaux de son état, concessionnaire des limousines de l’époque. Or, non seulement la Saoudienne d’aujourd’hui n’est juridiquement qu’une mineure incapable, mais, ô ironie, elle était, jusqu’à une époque récente, interdite de conduite de véhicules automobiles… Est-il possible de mieux illustrer la déchéance de la femme?

Le totalitarisme se traduit toujours par la régression de la pensée et de la justice sociale.

Spirituel et temporel

En matière scientifique, l’islam est hostile à la créativité théorique, seul l’utilitaire compte. Métaphoriquement, le musulman pieux peut faire un bon ingénieur, mais pas un physicien. 76% des musulmans feraient primer le dogme sur la science en cas de conflit.

La cause est entendue : l’islam est totalement incompatible avec l’État moderne. En effet, l’« islam libéral » est un oxymore et est fausse la distinction entre « islam » et « islamisme »

La question est plutôt de savoir si les individus nés musulmans peuvent vivre en Occident en citoyens, notamment respectueux de la laïcité à la française. Autrement dit, peuvent-ils faire abstraction des injonctions divines et respecter intégralement le droit séculier?

En ce qui concerne les libres penseurs (et surtout penseuses…), qui ont brisé leurs chaînes mentales, aucun problème; ils sont plus nombreux que l’on croit. Quant au musulman modérément pratiquant lambda, ignorant en matière d’histoire et qui tient pour acquis, comme son homologue chrétien, que sa religion prêche simplement l’amour du prochain et la tolérance (vu qu’il n’a pas pris connaissance des précisions totalitaires exposées dans les notes de bas de page), ce ne sont que d’inoffensives brebis égarées.

Mais quid des intégristes, ou plus exactement, des rigoristes?

L’auteur cite le saint-simonien Ismayl Urbain, conseiller de Napoléon III quant à sa politique algérienne, qui pose parfaitement le problème :

Tant que les Indigènes n’auront pas opéré une séparation radicale entre le spirituel et le temporel, tant que leur culte et leurs dogmes religieux seront en contradiction avec nos Codes, ils ne pourront être investis du titre de citoyens français. Il faut que le Koran devienne pour eux un livre purement religieux, sans action sur la législation civile. Ce progrès n’est pas impossible. D’autres peuples sont sortis de l’organisation théocratique et se sont rangés sous un gouvernement séculier, sans abdiquer leurs croyances.

Grosso modo, le judaïsme, y compris orthodoxe, a atteint cet objectif. La loyauté envers le pays d’accueil est une obligation prescrite par la halakha, laquelle reconnaît aussi une sorte de pouvoir réglementaire qui a permis aux communautés établies en Occident de légiférer, dans une certaine mesure, en fonction de l’évolution sociale. Le meilleur exemple est l’abolition de la polygamie il y a plusieurs siècles. Idem pour le christianisme, encore que ses prétentions monopolistiques aient été habilement mises en veilleuse suite aux coups de boutoir des Lumières. A signaler toutefois que l’Église catholique s’est parfois permis de faire obstacle au législateur sur certains sujets, comme le divorce ou l’avortement; elle a du mal à comprendre que nulle chrétienne pieuse n’est contrainte ni à divorcer ni à se faire avorter. Mentionnons les Mormons américains, qui croient toujours en la polygamie dans l’au-delà, mais qui en interdisent la pratique sur Terre.

A noter que de nombreuses croyances sont parfaitement inoffensives. Par exemple, n’a rien de nuisible socialement la conviction portant que vient d’être accueilli triomphalement dans l’autre monde par 72 vierges feu le Guide suprême Ali Khamenei, qui a bien mérité son paradis à titre de dévoué serviteur d’Allah. Croire qu’un certain Lazare fut ressuscité par un multiplicateur de pains et de poissons, ce n’est que croire en une suspension ponctuelle lointaine des lois de la nature. Grand bien fasse au fidèle.

Cela dit, la charia, elle, semble muette quant à la démarche du fidèle au regard des institutions de son pays de résidence. Pour les rigoristes, tout est donc une question de rapport de forces.

Et M. Azihari fait état de statistiques préoccupantes provenant du Royaume-Uni. Près d’un tiers des musulmans au Royaume-Uni demeurent en principe favorables à la peine de mort pour les apostats.

(On se souviendra que Youssouf Islam, alias Cat Stevens dans une vie antérieure où ses chansons s’inscrivaient dans l’esprit « peace and love », avait déclaré que si Salman Rushdie avait insulté le prophète, il devait mourir. Pas d’affolement cependant : il précisa par la suite, avec une indulgence qui frisait la faiblesse, qu’il n’appelait pas à la violation des lois britanniques. Fausse alerte donc).

Une petite majorité prône l’illégalité de l’homosexualité.

(On comprend mal en quoi cette question puisse déranger quelque hétéro que ce soit vu qu’elle ne le touche en aucune manière, ni de près, ni de loin, par définition. A l’instar des chrétiennes libres de refuser le divorce et l’avortement, que les dévots de tout poil soient entièrement rassurés : dans un état de droit laïc, ne se fait sodomiser que qui veut. La chose ne concerne que les adultes consentants).

Moins théoriquement, plus de deux tiers sont en faveur d’un délit de blasphème pour les contempteurs de l’islam.

Quelques réserves, qui n’entachent en rien la validité de ses constats sur l’islam.

Excellent état des lieux, mais…

Notons que, sans vouloir adhérer au christianisme qu’il critique (il ne suivra pas les récentes brisées d’une Ayaan Hirsi Ali), l’auteur a quand même tendance à lui manifester une bienveillance un tantinet excessive, même s’il a été moins oppressif que l’islam, notamment ce qui concerne les femmes, ce qui n’était évidemment pas difficile ainsi qu’il le reconnaît lui-même.

Il abonde dans le sens de Tocqueville :

L’évangile ne parle, au contraire [du Coran], que des rapports généraux des hommes avec Dieu et entre eux. Hors de là, il n’enseigne rien et n’oblige à rien croire.

Tellement généraux qu’une substantielle doctrine sociale et politique a été construite sur le nouveau testament! Selon l’apôtre Paul, la bonne épouse chrétienne doit obéissance à son mari et, sans approuver directement l’esclavage, il invite l’esclave à la résignation. Par ailleurs, la marche sur les eaux du rédempteur est toujours considérée comme un fait incontestablement historique.

Azihari définit le christianisme comme un « judaïsme hellénisé », ce qui est inexact. Il est totalitaire en ce qu’il invoque un monopole de la vérité, opportunément rappelé par feu NSP Benoît XVI, qui explique avec fermeté que les autres religions ne détiennent que de plus ou moins maigres parcelles de vérité.

Le judaïsme, lui, s’est révélé nettement plus ouvert aux nouvelles connaissances scientifiques : selon Maïmonide (le RAMBAM), en cas de conflit entre la raison et le récit biblique, celle-là appelle une lecture métaphorique de celui-ci. Mieux, le judaïsme ne prétend pas constituer une formule obligatoire de salut pour l’humanité, et les non juifs, les fils de Noé, ne sont pas voués à la damnation éternelle. Le fanatisme, notamment chez les Hassidiques, se traduit non pas par une volonté de conquête, mais pas un auto-enfermement dans un ghetto.

Quant à l’hellénisme, le Nazaréen, trop souvent enclin à des accès de rage folle et à cracher ses menaces de géhenne et autres imprécations sur les contradicteurs et sceptiques, ne fait pas le poids face à un Socrate calme et posé, préférant le dialogue serein.

L’auteur attribue à Grégoire de Nysse le premier plaidoyer contre l’esclavage au IVe siècle, qui aurait alors pris ses distances de l’apôtre Paul. C’est ignorer que les sophistes présocratiques grecs étaient opposés à cette institution, ultérieurement avalisée par Aristote, comme faisant partie de l’ordre naturel des choses.

Enfin, il est dommage que l’auteur ait succombé à une tentation démagogique en prônant la déchéance de nationalité et l’expulsion du territoire national des militants au service d’organisations fondamentalistes alors que la bonne application du droit pénal suffit. On entend trop souvent d’ailleurs cette idée en France, au Royaume-Uni et, bien sûr, dans l’Amérique trumpienne. On répondra que ce genre de mesure peut être instrumentalisé par n’importe quel gouvernement tyrannique afin de réduire au silence des dissidents dont la parole est utile (cf. l’Allemagne nazie et la perte de nationalité et l’expulsion de Soljenitsyne par l’Union soviétique en 1974); elle n’a aucune vertu dissuasive et donne à l’intéressé la qualité de martyr; enfin, elle est contre-productive car elle prive l’État concerné de sa compétence concernant les crimes commis à l’étranger. La nationalité confère des droits, mais impose corrélativement des devoirs.

Il n’y a là selon moi qu’une fétichiste transposition de l’excommunication.

En conclusion, globalement, M. Azihari fait un excellent état des lieux. Force est de constater en effet que l’idéologie islamique exerce une influence délétère. Même si les terroristes actifs ne constituent qu’une infime minorité, leurs motivations, puisées dans des sources scripturales aux origines et à la signification obscures, résonnent, hélas, de manière nuisible au débat public et, ce qui est pire, contribuent au maintien de donjons idéologiques où sont retenues captives trop de jeunes générations. En guise de comparaison, le sectarisme des nostalgiques de l’Église pré-Vatican II, laquelle priait pour les « perfides juifs », ne se manifeste plus de nos jours par des actes violents, mais de manière plus ciblée et feutrée, par exemple par le sournois contournement de l’instruction en matière de la sexualité et d’impératifs de la laïcité dans leurs bunkers scolaires. La réalité incontournable est que l’arme de destruction massive des superstitions que dénonce efficacement M. Azihari par ce terme est l’exposition à la pensée rationnelle et critique, d’où l’importance capitale d’assurer le respect des programmes établis par le ministère de l’Education nationale, notamment en histoire et en philosophie.

M. Azihari nous donne donc un essai instructif que chaque lecteur droit recommander à un ami. Et la lectrice de 18 ans et plus pourra utilement en confronter les données avec un opuscule qui vient tout juste de paraître aussi (coïncidence ou providence?…), Moi la jeune musulmane d’un éminent salafiste, le Dr Ahmad Ibn Moubarak Al-Mazrou’, digne héritier de Piaget, spécialiste confirmé des outils pédagogiques destinés aux enfants. Ce petit bijou de guide pratique de développement personnel est interdit de vente aux mineures en France (bonne nouvelle, l’accès en est libre au Québec), mais ces futures adultes reproductrices peuvent compter sur leurs parents soucieux de leur épanouissement pour le leur offrir.

400 pages

L'Islam contre la modernité

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