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Guerre aérienne ou guerre embourbée?

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A force d’écouter certains commentateurs médiatiques hostiles à l’interventionnisme de Trump en Iran, on a l’impression qu’ils espèrent secrètement que la coalition américano-israélienne va échouer – voire qu’elle connaisse le sort des opérations passées d’Irak et d’Afghanistan. La grande histoire n’est cependant jamais écrite à l’avance.


C’est un pronostic sur la guerre en Iran si souvent répété qu’il paraît indiscutable. Guillaume Ancel l’a énoncé sous sa forme canonique sur France-info au soir du 2 mars : « Aucune guerre n’a été gagnée sans aller au sol », donc la coalition israélo-américaine devra poser ses bottes dans le bourbier. Elle a été redite le lendemain chez Pascal Praud par Vincent Hervouët, de qui on aurait pu attendre davantage de lucidité. Elle est affirmée depuis longtemps comme un dogme par le général Nicolas Richoux sur LCI. Une seule voix s’est élevée contre l’unisson de la volaille médiatique, une certaine Elisabeth Lévy qui dans sa chronique du 3 mars sur Sud Radio s’est moqué du mantra de la guerre au sol indispensable.

Il me semble que sur LCI on a mis en sourdine la chorale des généraux français pacifistes et violemment allergiques à la moindre prise de risque. Grâce à Dieu, entre les Russes et nous, il y a l’Ukraine, la Pologne et l’Allemagne. Merci la géographie ! En cas de nécessité, on trouvera sans doute dans les armées de ces pays des hauts-gradés plus allants que les Français. Des experts prédisaient la semaine dernière que Donald Trump allait « se déballonner » et repartir dans ses foyers avec un vague accord sur le nucléaire iranien, encore plus piteux que celui qu’il avait dénoncé lors de son premier mandat. La critique du président américain par les journalistes français de gauche consiste toujours à lui prêter des projets lâches ou absurdes et à ensuite ricaner sur le fruit de leur propre imagination…

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Le samedi 28 février a démenti toutes les judicieuses prédictions. Darius Rochebin a peut-être fait le ménage sur son plateau, où il lui arrivait de recadrer poliment l’antitrumpisme forcené de ses invités. Ah ! Une pièce de théâtre sur la dramaturgie de ces plateaux : modérateur subtilement tyrannique ou diaboliquement malin, participant vedette, participant ridicule ou trop humble, participant attardé dans son macronisme vieillot, expert de gauche qui se dispute furieusement avec la si jolie experte de droite, les deux s’embrassant fougueusement dans le rideau de coulisse… Je dépose les droits, succès assuré.

Avec beaucoup de mauvais esprit, on pourrait insinuer que le pronostic du bourbier cache une joie mauvaise à l’idée que la coalition pourrait échouer et connaître le sort des corps expéditionnaires envoyés de longues années en Irak et Afghanistan. « Ces juifs et ces Amerloques sont trop forts, trop audacieux, trop bien organisés ! Ils sont une insulte à la médiocrité humaine, pourvu qu’ils se plantent ! », chronique de la jalousie ordinaire. Ces pensées mesquines ne seraient pas graves, si elles n’inquiétaient en révélant une forme de décadence intellectuelle propre à l’Europe : le refus de croire à l’entièrement neuf.

Attention ! Je vais frapper fort contre la chorale du bourbier, je ne vais pas leur balancer la bombe atomique (tiens, le Japon en 45, une guerre gagnée par la seule aviation !), ce serait dangereux pour la planète, mais je vais leur envoyer mon B-52 avec ses bombes perforantes, j’ai nommé le grand historien Paul Veyne ! Oui, oui, on m’accusera de réponse disproportionnée, on dira que j’utilise un génie pour écrabouiller les pauvres petits commentateurs que j’ai nommés. Mais aux grands maux les grands remèdes, je vérifie que mon gigantesque aéronef se trouve pile au bon endroit et j’appuie sur la manette qui va lâcher mon chapelet de bombes.

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L’historien de la Grèce antique et de Rome a tiré de ses études l’idée que chaque époque porte en elle tellement de causalités différentes qu’on ne peut déduire la forme que prendra l’époque suivante. L’Histoire humaine produit une multitude de commencements absolus qui n’étaient absolument pas prévisibles : rien n’est plus faux que ce dicton de la sagesse des nations : « L’histoire est un éternel recommencement ». Prétendre qu’un renversement de régime ne peut se produire qu’au sol, c’est dire que pour qu’une chose nouvelle apparaisse, il faut que sa semblable se soit déjà produite. Absurde. L’historien développe son idée dans Comment on écrit l’histoire et dans son livre consacré à Michel Foucault, où il dit : « Dans la nature physique que scrutent les sciences exactes, les objets du discours scientifique présentent des régularités (…). En revanche, dans les choses humaines, il n’existe et ne peut exister que des singularités d’un moment (…), puisque le devenir de l’humanité est sans fondement, sans vocation ni dialectique qui l’ordonneraient ; à chaque époque ce n’est qu’un chaos de singularités arbitraires, issues de la concaténation chaotique précédente ».

Exemple personnel : à l’époque de mes études, les brillants professeurs d’histoire de la khâgne et de l’Université de Strasbourg classaient le christianisme parmi les religions orientales dont s’entichaient les Romains, comme le culte de Mithra, Cybèle, Isis et toute la bande. Sous-texte laïcard : le christianisme n’a rien de spécial, il a prospéré en Occident grâce à une tocade bizarre de l’empereur Constantin. Enfin Paul Veyne vient et publie en 2010 Quand notre monde est devenu chrétien, lumineuse explication de la pensée de Constantin et du succès planétaire du christianisme, dont la naissance fut « un commencement absolu ». Ajoutons que ce magnifique éloge du christianisme a été écrit par un total incroyant… A ceux qui doutent que le chaos de l’Histoire est constitué de micro-chaos qui ne sauraient en aucun cas se reconstituer à l’identique, je conseille Les mythes de la guerre d’Espagne de Pio Moa. « L’Histoire est toujours écrite par les vainqueurs » : autre mantra absurde, en Espagne l’Histoire de la guerre civile a été écrite par les vaincus et ils nous ont longtemps abusés.

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Beaucoup de conséquences. L’Histoire ne donne rigoureusement aucun conseil d’action. Il faut tout de même l’étudier pour l’infinité d’anecdotes et de renseignements qu’elle nous fournit sur la nature humaine. Elle est en outre amusante, ce qui n’est pas rien. La Vie des Douze Césars de Suétone est encore plus fun que les dossiers Epstein, avec folies érotiques, réseaux d’amitiés criminelles et voluptés de l’omnipotence.

Seuls ceux qui ne croient pas aux inéluctables répétitions et ne s’encombrent pas de précédents, comme l’actuel président des Etats-Unis, sont capables d’innover, de produire des commencements absolus. Même si, aux dernières nouvelles, les Américains poussent en avant des milices kurdes irakiennes pour qu’ils franchissent les monts Zagros et, avec l’aide de leurs frères d’Iran, s’attaquent armés aux Gardiens de la Révolution errant blessés et affamés dans les ruines de leurs casernes. Il serait temps qu’on donne enfin un Etat national aux valeureux Kurdes écartelés entre quatre pays qui ne les aiment guère. Grâce à Trump, c’est « l’internationale réactionnaire » qui innove et ce sont les « progressistes » européens, dont le plus célèbre d’entre eux stagne à l’Elysée, qui restent embourbés dans leurs normes, juridictions, légalités nationales et internationales. Lui qui nous a répété qu’il était « disruptif », le voilà figé en homme-statue de bronze, installé avec sa sébille sur le trottoir du Faubourg Saint-Honoré. On est en plein chez Paul Veyne : la surprise est la vraie façon qu’a l’Histoire d’avancer.

Son cul sur la commode

Selon une prof de géographie queer et pro-Palestine de la Sorbonne, il faut « se faufiler dans l’université, y voler tout ce qu’on peut, abuser de son hospitalité », car « la seule relation possible à l’université aujourd’hui est une relation criminelle ».


Rachele Borghi est maître de conférences à la Sorbonne où elle enseigne la géographie. Attention, pas n’importe quelle géographie… la « géographie sociale et culturelle ».

« En tant que géographe, je m’intéresse au post-porno dans ses potentialités de rupture de l’ordre hétéronormatif de l’espace public », baragouine-t-elle lors d’une de ses conférences. Post-porno, kézako ? Le post-porno consiste essentiellement en l’exploration méticuleuse d’une partie précise de l’anatomie humaine. Cette exploration a permis à Mme Borghi d’aboutir à des conclusions fulgurantes qui resteront sûrement dans les annales de la géographie d’obédience butlérienne: « Le post-porno met l’accent sur l’anus comme laboratoire des pratiques démocratiques. En effet, l’anus est cet espace où l’on ne peut pas différencier les individus “assignés femmes” ou “assignés hommes”. Aussi, les pratiques anales viennent défaire l’idée selon laquelle la pénétration est une pratique uniquement hétérosexuelle et patriarcale. » Pour éclairer le fondement de ses réflexions, Mme Borghi n’hésite pas, lors de certaines de ses conférences, à se mettre littéralement à nu. « Mon anus doit être visible pour ne pas être caché par l’hétéronormativité », brame-t-elle alors en montant à poil sur la table.

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Le 8 février, dans le cadre d’un colloque diffusé sur le média communautariste Paroles d’honneur, cette universitaire qui se qualifie de propalestinienne, décoloniale et queer a dénoncé, en vrac, « les savoirs dominants blancs et coloniaux », « l’usage élitiste de la langue française », « les méthodes d’évaluation discriminantes comme la dissertation », « la blanchité des enseignants » et « l’islamophobie ». Elle a ensuite recommandé de « se faufiler dans l’université, d’y voler tout ce qu’on peut, d’abuser de son hospitalité », car, a-t-elle conclu, « la seule relation possible à l’université aujourd’hui est une relation criminelle ».

Pratiques anales démocratiques ou pas, il faut reconnaître qu’il y a quand même des coups de pied au derrière qui se perdent…

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Chiites et sunnites, les Frères musulmans en armes

L’islamisme chiite n’est pas un simple prolongement politique du chiisme. Il est le produit d’une rencontre entre une tradition religieuse ancienne, la crise du monde musulman au XXᵉ siècle et les méthodes de l’islamisme moderne. De l’abolition du califat à la révolution iranienne, en passant par les Frères musulmans, s’est formée une idéologie capable de transformer la mémoire du martyre en projet d’État et en stratégie d’influence régionale.


L’islamisme chiite se comprend avant tout comme un projet politique moderne élaboré à partir de matériaux théologiques beaucoup plus anciens du chiisme. Il s’est développé sous les mêmes pressions historiques qui ont vu naître l’islamisme sunnite au XXᵉ siècle, avant de se cristalliser dans une forme étatique après la révolution iranienne de 1979. Il ne s’agit pas simplement d’un chiisme devenu politique, mais d’une lecture révolutionnaire particulière du chiisme, qui emprunte des méthodes, des catégories intellectuelles, des formes d’organisation et d’action au « moment » islamiste plus large tout en revendiquant une généalogie propre et une légitimité distincte.

Le « cataclysme » Atatürk, oublié

La relation entre l’islamisme chiite et l’islamisme au sens large est donc à la fois étroite et marquée par une certaine tension. Elle est étroite parce que ces deux phénomènes appartiennent à la même famille de réponses historiques à la domination coloniale, à l’occidentalisation, à la crise de la souveraineté musulmane et à l’effondrement ou à la délégitimation des autorités traditionnelles. Or, si les rapports souvent tourmentés du monde arabe et musulman avec l’Occident et leurs répercussions sur l’évolution de l’islam politique sont bien connus, un autre élément, dont la mémoire est plus discrète, a joué un rôle déterminant : l’abolition du califat par Mustafa Kemal Atatürk en mars 1924. C’est un événement charnière dans l’histoire politique du monde musulman moderne, dont l’influence dépasse largement la Turquie et touche directement la formation de l’islamisme, y compris dans sa version chiite. Mais, bien évidemment, en vouloir aux Turcs et à Mustafa Kemal était politiquement et idéologiquement intenable. Ce cataclysme et son auteur ont donc été largement refoulés dans la mémoire politique du monde musulman. Ce très convenable  « oubli » ne change pas le fait que la suppression du califat a mis brutalement fin à une institution qui, même affaiblie, conservait une valeur symbolique majeure. Le calife ottoman était encore perçu comme une forme d’autorité religieuse supranationale capable d’incarner l’unité de la communauté musulmane. En abolissant cette fonction, la nouvelle République turque rompt avec un principe central de l’ordre politique islamique classique. Pour la première fois depuis les débuts de l’islam, il n’existe plus aucune autorité prétendant incarner la direction politique de l’ensemble de l’oumma.

Ce vide institutionnel provoque une onde de choc dans l’ensemble du monde musulman. Dans les milieux réformistes sunnites, il alimente un débat intense sur la nature du pouvoir islamique et sur la possibilité de reconstruire une autorité religieuse ou politique légitime. C’est dans ce contexte que naît, quelques années plus tard, la confrérie fondée par Hassan al-Banna en 1928. Pour une partie des penseurs islamistes, la disparition du califat devient la preuve que les sociétés musulmanes ont été entraînées dans une trajectoire de décadence politique et de dépendance vis-à-vis de l’Occident. Elle accentue la fragmentation politique du monde musulman et accélère l’émergence d’États-nations séculiers, souvent inspirés de modèles européens. La restauration d’un ordre islamique devient alors un objectif politique central.  Cette transformation renforce un sentiment de crise civilisationnelle qui nourrit également les courants chiites activistes.

Pour le chiisme, l’effet est plus indirect mais néanmoins profond. La tradition chiite duodécimaine ne reconnaissait déjà pas la légitimité des califes sunnites depuis les débuts de l’islam. En théorie, la seule autorité politique parfaitement légitime était celle de l’Imam, descendant d’Ali, dont le douzième est entré en occultation au IXᵉ siècle. Pourtant, l’existence du califat sunnite constituait malgré tout un cadre politique global auquel les sociétés musulmanes étaient habituées.

Dans les décennies suivantes, certains penseurs chiites commencent à s’interroger sur la place du clergé et sur la possibilité d’un pouvoir islamique exercé en l’absence de l’Imam. La révolution iranienne de 1979 peut en partie être comprise comme l’une des réponses à ce problème historique. La doctrine du gouvernement du juriste religieux, élaborée par Ruhollah Khomeini, constitue précisément une tentative de résoudre la question de l’autorité politique dans un monde musulman où les structures traditionnelles ont disparu.

L’abolition du califat a donc contribué à transformer la question de l’autorité en problème central de la pensée islamique moderne. Dans le monde sunnite, elle alimente les projets de restauration d’un ordre islamique et favorise la naissance des mouvements islamistes. Dans le monde chiite, elle renforce la réflexion sur la légitimité du pouvoir pendant l’occultation de l’Imam et ouvre la voie à des doctrines politiques nouvelles. Dans les deux cas, elle participe à la formation d’un climat intellectuel dans lequel l’islam cesse d’être seulement une tradition religieuse pour devenir un programme politique destiné à répondre à la crise de souveraineté et d’identité du monde musulman au XXᵉ siècle.

Comme les mouvements islamistes sunnites, l’islamisme chiite affirme que l’islam constitue un système global et non une simple religion privée, et que la loi, la morale, l’économie, l’éducation et le gouvernement doivent être réorganisés en conséquence.

Emprunts sélectifs

Mais Chiites et Sunnites n’encaissent pas ces chocs de la même manière. L’islamisme sunnite présente typiquement son projet comme une renaissance, un retour à la communauté des origines et une purification doctrinale. L’islamisme chiite en revanche est issu d’une tradition minoritaire dotée de sa propre hiérarchie cléricale, de sa propre théorie de l’autorité en l’absence de l’Imam et de ses propres récits historiques d’injustice et de martyre. L’islamisme chiite peut donc se présenter comme la réalisation concrète et politiquement incarnée d’une justice longtemps refusée et comme une revanche. Cette différence façonne la manière dont la légitimité de l’action politique est justifiée.

Les liens entre l’islamisme chiite et les idées ainsi que les pratiques des Frères musulmans relèvent généralement d’emprunts sélectifs. Les Frères musulmans ont fourni un répertoire d’action et d’organisation, notamment la formation de cadres disciplinés, l’enracinement social à travers l’action caritative et éducative, un langage moral de renouveau religieux et une formulation politique moderne dans laquelle l’islam devient la solution à la crise de l’État. L’idiome de Sayyid Qutb, notamment sa thèse selon laquelle les sociétés contemporaines peuvent retomber dans une forme d’ignorance préislamique (jahiliya), a résonné bien au-delà du monde sunnite parce qu’il proposait un pont entre la piété religieuse et la violence politique, comme l’illustre par exemple la militarisation de certains courants salafistes. Les penseurs islamistes chiites n’avaient pas besoin d’importer la théorie sunnite du califat, mais pouvaient reprendre l’imaginaire révolutionnaire avec des notions telles que l’avant-garde, l’ordre corrompu à renverser, le devoir de résistance et, bien sûr, la fusion entre morale et politique. Ce n’est donc pas un hasard si dans les années 1960 et 1970, alors qu’il était encore un jeune religieux engagé dans l’opposition au régime du Shah, Khamenei s’intéressait de près aux écrits des idéologues de la mouvance islamiste sunnite, en particulier ceux liés aux Muslim Brotherhood. Il traduisit notamment en persan un ouvrage de Qutb intitulé « L’avenir appartient à l’islam » (en arabe Mustaqbal hādhā al-dīn). Cette traduction circula dans les milieux militants iraniens avant la révolution de 1979 et contribua à introduire les thèmes de la pensée qutbienne dans certains cercles islamistes chiites.

Dans le même temps, l’islamisme chiite disposait d’atouts dont les Frères musulmans ne possédaient pas. Le chiisme duodécimain disposait déjà d’un clergé structuré, de séminaires, de fondations religieuses richement dotées et intégrées dans la vie économique, d’une vie rituelle intense et d’un répertoire symbolique puissant capable de mobiliser les foules. Les commémorations de Karbala et la culture du martyre constituaient déjà un langage politique latent.

Ainsi, on remarque que les pratiques de l’Achoura et, plus largement, la mise en scène publique de la souffrance et du sang dans les rituels chiites, ont évolué depuis le XIXᵉ siècle de manière étroitement liée aux transformations politiques du monde chiite et à la montée de l’islam politique.

L’Achoura, qui commémore le martyre de l’imam Husayn à Karbala en 680, est depuis longtemps au cœur de la culture religieuse chiite. Mais la forme sociale et politique de cette commémoration a changé selon les périodes. Sous les dynasties safavide (1501-1739) puis qajare (1789-1925) en Iran (pour les curieux, entre les deux les Afsharides 1736–1747 puis les Zand 1751–1794), la ritualisation de la catastrophe de Karbala prend déjà une dimension publique et collective avec les processions et certaines formes de mortification corporelle. Toutefois ces rituels restent essentiellement inscrits dans un registre de piété communautaire et de mémoire religieuse.

Au XIXᵉ siècle, avec l’intensification de transformations sociales de l’Iran et de l’Irak en contact avec l’Europe, ces pratiques commencent à prendre un sens plus explicitement  politique. Les processions deviennent des moments de mobilisation collective et le récit de Karbala est de plus en plus interprété comme une lutte universelle entre justice et tyrannie.

1979, un grand tournant

Le tournant décisif intervient au XXᵉ siècle avec l’émergence du chiisme politique. Des penseurs comme Ali Shariati (sociologue de formation et l’un des penseurs les plus influents dans la formation de l’idéologie révolutionnaire qui mènera à la révolution iranienne de 1979) puis les révolutionnaires iraniens vont réinterpréter Karbala comme un modèle permanent de révolte contre l’oppression. Husayn cesse d’être seulement une figure de sainteté pour devenir un symbole révolutionnaire. Dans ce cadre, les manifestations publiques de souffrance et de sang acquièrent une dimension performative. Elles matérialisent l’idée de sacrifice et rendent visible l’engagement du croyant dans une lutte morale et politique.

La révolution iranienne de 1979 marque une étape supplémentaire. Le régime issu de la révolution institutionnalise la mémoire de Karbala et l’intègre dans la culture politique de l’État. Pendant la guerre Iran-Irak, la rhétorique du martyre et les images de sang versé sont utilisées pour mobiliser la population et légitimer l’effort de guerre. Le vocabulaire de Karbala devient un langage politique central. Mourir pour la révolution ou pour la patrie est explicitement présenté comme une réédition du sacrifice de Husayn.

Paradoxalement, cette politisation s’accompagne aussi d’une tentative de régulation. Depuis les années 1990 et 2000, plusieurs autorités religieuses chiites, y compris en Iran, ont cherché à limiter certaines pratiques spectaculaires d’auto-flagellation ou de blessures publiques jugées excessives ou nuisibles à l’image du chiisme. Cela montre que ces rituels restent un terrain de débat interne entre tradition, sens politique et gestion de l’image religieuse.

Depuis la révolution, les influences ont allé aussi dans l’autre sens quand des islamistes sunnites ont étudié avec attention l’expérience révolutionnaire iranienne et sa capacité à construire un État. Mais ce qui circule le plus facilement entre ces univers n’est pas la doctrine, mais les techniques d’organisation et les imaginaires politiques.

Cependant, pour que cet ensemble d’évolutions puisse accoucher d’une idéologie et d’une stratégie pour guider la République islamique d’Iran, il manquait un élément important pour servir de liant et de pont vers l’extérieur : le rejet et la haine des Etats-Unis et d’Israël. Dans l’idéologie chiite politique élaborée par Ruhollah Khomeini, ces haines occupent une place centrale doctrinale, symbolique et mobilisatrice. Ces deux adversaires deviennent, dans le discours révolutionnaire iranien, les incarnations contemporaines de l’injustice métaphysique et de la domination étrangère, catégories déjà profondément enracinées dans l’imaginaire politique chiite.

Le premier niveau est idéologique. La révolution iranienne se définit dès l’origine comme islamique et anti-impérialiste. Dans la lecture khomeyniste du monde, l’ordre international est dominé par des puissances arrogantes qui imposent leur domination politique et économique mais surtout culturelle aux sociétés musulmanes. Les États-Unis apparaissent comme le centre de ce système. Le slogan « Grand Satan » qui leur est appliqué exprime l’idée que Washington représente la puissance principale responsable de la corruption morale et la faiblesse politique du monde musulman, notamment par son soutien aux régimes autoritaires de la région et par son alliance avec Israël. Israël, de son côté, occupe une position particulière dans cette vision. Pour le célèbre voyageur d’Air France, l’État juif n’est pas seulement un adversaire régional mais un symbole de l’injustice faite au monde musulman et de l’humiliation politique de la région. Il est présenté comme une entité coloniale implantée au cœur du Moyen-Orient avec l’appui des puissances occidentales. Dans cette lecture, Israël devient une extension des États-Unis. La question palestinienne acquiert ainsi une fonction idéologique majeure et permettant au régime de présenter son projet non seulement comme une révolution iranienne, mais comme un combat pour l’ensemble de la communauté musulmane voire pour la cause de la liberté de peuples indigènes et l’anticolonialisme. On sait quelles riches dividendes géopolitiques peut générer un tel positionnement, qui peut réunir des foules pakistanises, des militants écologiques européens, Dieudonné et Tucker Carlson.

Cette centralité de la question palestinienne n’est pas propre au chiisme politique iranien. Elle s’inscrit dans une tradition plus large de l’islamisme moderne. Dès les années 1930 et 1940, le fondateur des Frères musulmans, Hassan al-Banna, avait placé le rejet du sionisme et la défense de la Palestine au cœur de son mouvement. Pour al-Banna, la lutte contre le projet sioniste constituait l’un des fronts majeurs du combat pour la renaissance islamique. Les Frères musulmans participèrent d’ailleurs directement à la guerre de 1948 contre le nouvel État d’Israël. Chez al-Banna comme plus tard chez Khomeini, la question palestinienne fonctionne donc comme un puissant catalyseur politique. Elle permet de transformer une cause territoriale en symbole global de la domination occidentale et de la mobilisation islamique.

Cependant, dans le cas iranien, cette rhétorique s’inscrit aussi dans la transformation politique du chiisme opérée au XXᵉ siècle. La mémoire de Karbala et le récit du martyre de l’imam Husayn fournissent un langage symbolique puissant pour désigner les adversaires du régime. Cette dimension idéologique se double d’une fonction stratégique quand l’hostilité envers Israël et les États-Unis permet au régime de dépasser la dimension nationale iranienne et de se présenter comme le champion d’une cause plus large dépassant l’audience musulmane. Elle facilite également la construction de réseaux régionaux d’alliances et de mouvements armés se réclamant de la « résistance ». Dans cette logique, la lutte contre Israël devient un instrument de projection d’influence dans le monde arabe, musulman et les milieux tiermondistes et un moyen d’ancrer la République islamique dans les dynamiques politiques globaux.

« Mort à Israël ! mort à l’Amérique !» 

Enfin, cette hostilité joue aussi un rôle intérieur. Elle contribue à consolider la légitimité révolutionnaire du régime. En maintenant un discours de confrontation avec des ennemis extérieurs puissants, le pouvoir peut mobiliser la société autour d’une identité de résistance et justifier la permanence d’un système politique issu de la révolution. En temoigne le slogan « mort à Israël ! mort à l’Amérique !».  

Ainsi, dans l’idéologie khomeyniste, le rejet d’Israël et l’hostilité envers les États-Unis constituent des éléments structurants d’une vision du monde qui combine mémoire religieuse, anti-impérialisme révolutionnaire et stratégie de puissance régionale, dans une logique qui prolonge en partie les thèmes déjà formulés plusieurs décennies plus tôt par l’islamisme sunnite des Frères musulmans.

Cette idéologie définit la théorie même de la légitimité du régime. La République islamique ne se présente pas simplement comme un État-nation doté d’une religion d’Etat mais comme un ordre politico-moral fondé sur la loi islamique et guidé par l’autorité des juristes religieux. Ce cadre permet au pouvoir d’utiliser un langage théologique comme source d’autorité pour délégitimer ses opposants et sacraliser l’obéissance. La contestation politique même peut être interprétée comme une forme de déviation religieuse ou de trahison.

Ensuite, cette synthèse idéologique façonne l’identité révolutionnaire exportable du régime. Dès l’origine, les dirigeants iraniens ont présenté leur révolution comme un modèle pour l’ensemble du monde musulman et non pour les seuls chiites. Pour cela, ils ont développé un double langage : des symboles chiites pour consolider la cohésion interne et un vocabulaire islamique plus large, centré sur l’anti-impérialisme et la résistance, pour s’adresser aux sociétés musulmanes dans leur ensemble. Cette dimension explique que la politique régionale de l’Iran puisse être à la fois marquée par des alliances confessionnelles dans les faits et par un discours panislamique dans sa rhétorique.

Les attentats suicides et la valorisation du sacrifice dans la guerre constituent un exemple particulièrement révélateur de ce mécanisme. Ils illustrent la manière dont la République islamique a réussi à transformer un imaginaire religieux chiite en instrument de mobilisation politique capable de circuler bien au-delà de son cadre confessionnel, avec un mode opératoire fondé sur la combinaison entre croyance révolutionnaire et guerre asymétrique. L’éthique du sacrifice propre au chiisme radical donne une valeur politique au martyre et s’accorde avec des formes de conflit prolongé et indirect.

Dans le chiisme, la mémoire de Karbala et du martyre de l’imam Husayn occupe une place centrale. Le sacrifice volontaire face à une puissance injuste y est interprété comme un acte moral supérieur qui confère au martyr une dimension rédemptrice et exemplaire. Après la révolution de 1979, cette symbolique est activement réinterprétée par le régime iranien. Pendant la guerre Iran-Irak, les autorités iraniennes mobilisent massivement ce langage du martyre pour encourager l’engagement et le sacrifice. Les volontaires des milices Bassidj sont présentés comme les héritiers des compagnons de Husayn et la mort sur le champ de bataille est décrite comme une répétition contemporaine de Karbala.

C’est dans ce contexte que se développent certaines pratiques militaires inédites, notamment les opérations sacrificielles et les attaques suicides. Dans les premières années de la guerre contre l’Irak, des vagues de volontaires iraniens sont envoyées dans des assauts extrêmement risqués, parfois pour ouvrir des champs de mines ou pour briser les lignes irakiennes. Ces actions sont explicitement décrites dans la propagande iranienne comme des actes de martyre et non simplement comme des opérations militaires.

Le même imaginaire est exporté au Liban à partir du début des années 1980 avec la création du Hezbollah, mouvement chiite soutenu et encadré par l’Iran. Les premiers attentats suicides modernes visant des objectifs occidentaux apparaissent précisément dans ce contexte, notamment les attaques contre les forces américaines et françaises à Beyrouth en 1983. Là encore, l’opération est présentée comme un acte de martyre inspiré par la tradition de Karbala et par la culture du sacrifice que la révolution iranienne a remise au centre de la politique islamique.

Ce qui est particulièrement important est que cette pratique dépasse rapidement le cadre chiite. Dans les années 1990, l’organisation palestinienne Hamas, issue de la mouvance des Frères musulmans, adopte la tactique des attentats suicides contre Israël et la présente elle aussi comme un acte de martyre. Bien que le Hamas soit un mouvement sunnite, son vocabulaire et sa mise en scène du sacrifice reprennent des éléments du registre symbolique popularisé par le Hezbollah et par la révolution iranienne. Le martyr devient la figure centrale d’une guerre asymétrique menée par des acteurs non étatiques contre un adversaire militairement supérieur.

La diffusion ne s’arrête pas là. À la fin des années 1990 et au début des années 2000, l’organisation sunnite transnationale Al-Qaïda transforme à son tour l’attentat suicide en arme stratégique globale. Les opérations spectaculaires menées par ce réseau, culminant avec les attentats du 11 septembre 2001, reposent sur la même logique de sacrifice volontaire présenté comme un acte religieux et politique. Bien que l’idéologie d’Al-Qaïda s’inscrive dans le salafisme jihadiste et non dans le chiisme, la tactique et la dramaturgie du martyre avaient déjà été largement expérimentées et médiatisées dans les conflits impliquant l’Iran et le Hezbollah.

On voit ainsi très concrètement ce que signifie l’« identité révolutionnaire exportable » de la République islamique. À l’intérieur, le régime mobilise les symboles spécifiquement chiites de Karbala et du martyre pour renforcer la cohésion et la légitimité de la révolution. À l’extérieur, ces mêmes symboles sont traduits dans un langage plus universel de résistance islamique et d’anti-impérialisme. Cette traduction permet à certaines pratiques, comme l’attentat suicide présenté comme acte de martyre, de circuler dans l’ensemble du monde musulman et d’être adoptées par des mouvements très différents, du Hezbollah libanais au Hamas palestinien puis aux organisations jihadistes transnationales comme Al-Qaïda.

Vers la normalisation ?

En somme, l’islamisme chiite se situe à la croisée de trois histoires. La longue histoire du chiisme et de ses doctrines d’autorité et de martyre. L’histoire plus récente de l’islamisme qui, au XXᵉ siècle, a transformé l’islam en projet politique global. Et enfin l’expérience révolutionnaire moderne qui a transformé une doctrine religieuse en institutions étatiques. La République islamique d’Iran représente la cristallisation de cette rencontre. C’est un régime clérical duodécimain qui a appris de l’âge islamiste comment organiser, mobiliser et internationaliser son projet, et qui a transformé la mémoire sacrée chiite en ressource durable de légitimité intérieure et de projection stratégique.

La question qui se pose est donc de savoir si ce système idéologique et politique peut évoluer vers une « normalisation » et devenir un acteur qui n’a plus pour raison d’être la volonté de changer le monde. L’expérience du Hamas, descendant des grands frères sunnites de l’islamisme politique, suggère qu’un tel changement n’est pas le plus probable. Pendant presque deux décennies, les dirigeants israéliens ont cru que la milice islamiste palestinienne était capable d’évoluer pour devenir une sorte d’Organisation de libération de la Palestine musulmane, et que la responsabilité d’un mini-État à Gaza créerait une situation où la pratique transformerait l’idéologie pour faire triompher le pragmatisme. Le 7 octobre à 6 h 30, cette hypothèse a été brutalement démentie. Renoncer au rejet total et définitif d’une existence politique juive dans la région et à la lutte armée comme stratégie pour y parvenir signifierait pour ses responsables que le Hamas ne serait plus le Hamas. Il n’est donc pas déraisonnable de penser que les héritiers de Khomeiny ne seront pas radicalement différents de ceux de Hassan el-Banna.

Les tyrans finissent mal, en général…

Ayatollah… Ayaplula !


Samedi dernier, le régime iranien a été frappé à la tête. Une large part de l’appareil sécuritaire a été pulvérisée et le vieux Guide suprême, Ali Khamenei, a été éliminé par l’aviation israélienne. En quelques heures, la chaîne de commandement d’un système honni qui pend ses opposants, écrase les femmes et tire à balles réelles sur sa jeunesse a vacillé. 

On discute la méthode, on pleure sur les décombres du droit international, on disserte encore sur la stabilité régionale menacée, le chaos à venir, le prix des hydrocarbures. Très bien, c’est l’inaliénable privilège de la démocratie. Mais ce qui frappe tout de même aujourd’hui, c’est la gêne feutrée d’une partie de notre classe politique. 

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Depuis des années, une frange de la gauche européenne, autour des bonnes âmes de La France insoumise ou dans l’orbite d’un Pedro Sanchez, a installé une grille de lecture paresseuse : le désordre du monde vient d’abord d’Occident. L’ennemi prioritaire est à Jérusalem ou à Washington, le reste relève du « contexte », des causes lointaines, de l’Orient compliqué… On peut haïr Benjamin Netanyahou, vomir Donald Trump, contester leurs choix et leur politique, mais lorsque la détestation devient si exclusive qu’elle conduit à s’accommoder de la nature criminelle de la République islamique d’Iran, il ne s’agit plus de nuance, mais d’aveuglement volontaire. À l’époque de Staline, les réflexes des compagnons de route étaient les mêmes. N’est pas Victor Serge, André Gide ou Arthur Koestler qui veut.

Qu’on se comprenne bien. Le pouvoir islamique n’est pas une abstraction géopolitique que l’on manipule dans des colloques. C’est un régime totalitaire qui emprisonne, torture, tire sur ses étudiants et transforme la haine de l’Occident en carburant hautement inflammable. Le mouvement « Femme, Vie, Liberté » n’était ni une manœuvre étrangère ni un slogan importé, c’était un cri vital, arraché à la peur.

Dans la petite meute des effarouchés, il y a les esthètes de la diplomatie comme l’élégant Dominique de Villepin, toujours au-dessus de la mêlée, l’indignation sélective soigneusement pliée dans la poche. Le verbe fort et ample pour condamner les frappes occidentales, la voix plus veloutée lorsqu’il s’agit de qualifier frontalement le régime des assassins. Un art consommé de l’équilibre : dénoncer avec emphase ce qui vient de Tel-Aviv ou de Washington, et envelopper Téhéran dans les brumes rassurantes du « dialogue » et de la « désescalade », notre ancien Premier ministre sait faire. D’aucuns appellent cela « hauteur de vue » ; d’autres diront plutôt posture de fat enivré de lui-même.

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Il faut, en vérité, un certain talent pour se proclamer défenseur des peuples tout en ménageant ceux qui les oppriment. Une discipline mentale solide pour préférer haïr des dirigeants occidentaux plutôt que soutenir, sans ambiguïté, un peuple iranien qui risque la prison, la torture et la mort pour un slogan, et aspire à se libérer de ses tyrans.

Les Iraniens n’ont pas ce luxe-là. Ils ont les prisons d’Evin, les potences dressées à l’aube et les enterrements nocturnes. Nul ne peut donc leur reprocher de remercier sans chichis « Bibi » et « Abou Ivanka »…

La morale, au fond, est une affaire de priorité. Lorsque la priorité n’est pas le peuple iranien mais toujours l’Occident à blâmer, ce n’est plus une erreur d’analyse ni une subtilité stratégique, c’est une désertion, une fuite – parfois lyrique, souvent confortable -, mais une fuite.

On peut se tromper de diagnostic, débattre des moyens, mais détourner le regard et prendre une mine dégoûtée quand une dictature s’effondre et qu’un peuple peut se libérer après 47 ans d’enfer ne relève pas de l’intelligence critique. Cela porte un nom plus simple, et infiniment moins glorieux : la lâcheté.

🎙️ Podcast: Publication-choc, « LFI, anatomie d’une perversion »

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Avec Daniel Salvatore Schiffer et Jeremy Stubbs.


Le livre collectif, LFI, anatomie d’une perversion, dirigé par Pierre André Taguieff et coordonné par David Reinharc, paraît aujourd’hui aux éditions David Reinharc. Une soixantaine de contributeurs – Michel Onfray, Philippe Val, Raphaël Enthoven, Dominique Schnapper, Robert Redeker, Florence Bergeaud-Blackler, Renée Fregosi, Bérénice Levet, Judith Weintraub, Guy Bensoussan, Brice Couturier, Jean-Paul Lilienfeld, Samuel Fitoussi, Jean-Eric Schoettl, Noémie Halioua… – dissèquent les affinités idéologiques, la stratégie électorale et les contradictions du parti de Jean-Luc Mélenchon, ainsi que la menace que représente cette formation islamogauchiste.

L’un des contributeurs, Daniel Salvatore Schiffer, philosophe, intellectuel engagé, spécialiste de la Renaissance et du dandysme, nous explique pourquoi il était urgent de consacrer un livre de plus de 400 pages à un seul parti qui n’existe que depuis 10 ans. En effet, à la veille des municipales de mars et un an avant les élections présidentielle et législatives de 2027, il fallait tirer la sonnette d’alarme au sujet d’un parti qui ne respecte ni la démocratie ni les institutions de la Ve République. Le meurtre récent de Quentin Deranque ne fait que renforcer le caractère urgent de cet avertissement.

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Sur le plan idéologique, LFI a remplacé la lutte des classes par une lutte des races. Sur le plan de l’action, les LFIstes – selon les termes définis par le sociologue Max Weber – font fi de l’éthique de la responsabilité au profit d’une pure éthique de conviction. Parce que, pour eux, ils sont du bon côté de l’histoire, ils se croient tout permis, y compris une approbation à peine voilée de la violence.

Si, malgré tous leurs excès, ils trouvent toujours grâce auprès de certaines sections de l’électorat, c’est parce qu’ils jouissent d’une indulgence extraordinaire de la part de politiques et de médias qui n’ont pas le courage de les condamner. Cette abdication représente une nouvelle « trahison des clercs », selon le livre de Julien Benda qui porte ce titre.

En particulier, la proximité de LFI avec les milieux islamo-gauchistes est coupable à un moment où Israël et les Etats-Unis essaient de neutraliser la menace que le régime des mollahs en Iran fait planer au-dessous de la paix au Moyen-Orient et de la sécurité dans les démocraties occidentales. Par ses récentes déclarations, Emmanuel Macron a montré que, pour sa part, il peine toujours à comprendre la stratégie d’Israël et la nécessité de désamorcer la menace islamiste. écoutez 👇

LFI, anatomie d’une perversion, sous la direction de Pierre-André Taguieff, coordonné par David Reinharc (Editions David Reinharc, 2026), 424 pp.

Daniel Salvatore Schiffer D.R.
Daniel Salvatore Schiffer.

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Iran: d’un Khamenei au suivant?

Aux dernières nouvelles, c’est Mojtaba Khamenei qui tenait la corde pour succéder à son père comme guide suprême à Téhéran. Malgré la mort de Ali Khamenei, le régime iranien reste puissant grâce au corps des Gardiens de la révolution. Cette probable succession reflète les intérêts économiques et politiques du système. Tout accommodement diplomatique avec cette dictature est illusoire, soutient notre contributeur.


La mort de Khamenei et d’une grande partie des responsables du régime dans ce qui restera dans l’histoire comme un fantastique succès du renseignement, du commandement, de la technologie et du professionnalisme israéliens n’a cependant pas anéanti le potentiel de nuisance de la dictature iranienne et ne l’a pas entièrement décapitée. 

No Pasdaran !

Sur le plan militaire, la chaîne de commande des Pasdaran est décentralisée, ce qui laisse une autonomie d’action aux directions régionales. Dans un pays trois fois grand comme la France, cela implique que le travail d’éradication militaire entrepris par les Américains et les Israéliens risque d’être long mais aussi que les initiatives de commandants locaux expliquent peut-être des décisions incompréhensibles. Bombarder des pays arabes alliés ou neutres avec l’idée que ces pays demanderont aux Américains d’arrêter la guerre, Israël n’aurait pas pu rêver d’une décision aussi absurde. Mais il se peut que la faible répercussion de l’assassinat en 48 heures de dizaines de milliers de manifestants désarmés en janvier ait entrainé les Mollahs dans un sentiment d’omnipotence.

Sur le plan institutionnel, à la mort du Guide le samedi 28 février fait suite un triumvirat intérimaire en accord avec la Constitution. Mais dès mardi, ce triumvirat devait céder la place à Mojtaba Khamenei, fils de Ali Khamenei, élu par l’Assemblée des experts. Cette nomination n’était pas officiellement confirmée le mercredi 4 mars au soir.

Pas assez expert, mon fils !

Mojtaba n’est qu’un clerc de rang moyen alors que la loi impose que la place de maître absolu du pays soit attribuée à un dignitaire religieux de haut niveau. Ce problème s’était posé en 1989 avec son père, qui à l’époque du Shah avait passé plus de temps en prison que dans une université religieuse… Il devait son élection à une alliance avec le rusé Rafsandjani qui sut convaincre l’Assemblée des Experts d’assouplir ses critères pour barrer la route au successeur désigné, l’Ayatollah Montazeri, qui s’était permis de dénoncer les énormes massacres dans les prisons quelques mois auparavant.

Une fois nommé Guide Suprême, Khamenei a marginalisé Rafsandjani. Il s’est fait attribuer le titre d’Ayatollah puis l’appellation de Marja et Source d’imitation, censée lui conférer un prestige équivalent à celui de Ali Sistani de Najaf, considéré comme la plus grande autorité religieuse du chiisme duodécimain.

Le vieux Sistani, 95 ans, qui s’était pourtant toujours opposé à la doctrine de Khomeini de tutelle absolue du juriste religieux sur le politique, Velayat-e faqih, a reconnu le caractère de martyre à la mort de Khamenei. Les familles des innombrables victimes de ce dernier apprécieront…

Au boulot !

Ali Larijani DR.

Les faibles compétences de Mojtaba Khamenei sont passées au second rang, alors que d’autres candidats, tel Alireza Arefi, membre du triumvirat, ou le petit-fils de Khomeini avaient un pedigree religieux plus fourni. En revanche, l’insubmersible Ali Larijani ne pouvait pas postuler car il n’est pas un clerc. Apprécié par certains occidentaux qui le considèrent comme un politicien influent, cultivé et réaliste, il a couvert et parfois encouragé tous les crimes d’un régime où il a par ailleurs beaucoup d’ennemis.

Mojtaba porte un turban noir, il descend donc du prophète et son absence à la réunion au cours de laquelle son père a été tué passera pour un miracle signant la bienveillance à son égard de l’imam caché.

La rapidité avec laquelle l’Assemblée des experts l’a choisi indique la pression des Pasdaran, les Gardiens de la Révolution. Ceux-ci sont en effet ses partenaires dans la mise en coupe réglée de l’économie iranienne. C’est le Guide Suprême et lui seul qui dispose des biens confisqués après la révolution de 1979. Ce gigantesque conglomérat, évalué à près de 200 milliards de dollars fait de la famille Khamenei l’une des plus riches du monde. Dans un Iran dont la population vit dans la misère, ces richesses servent, sous couvert d’un discours religieux, guerrier, messianique, violemment anti-occidental et prônant ouvertement l’annihilation d’Israel, à consacrer aux activités militaires, au soutien des proxies et à une charité intéressée des sommes considérables. 

Bons sentiments

Les Pasdaran profitent de leur mainmise sur des ressources énergétiques devenues difficiles à exporter du fait des sanctions internationales pour se livrer à un juteux trafic de minage de bitcoins. Grâce aux machines énergivores d’analyse cryptographique, l’embargo a transformé à leur profit l’électricité issue de gaz ou de pétrole en actifs numériques liquides. Nul doute que Mojtaba Khamenei connait ces mécanismes mieux que la jurisprudence religieuse. 

Soutenu par de tels profiteurs, par les militants fanatiques et les familles pauvres à qui les fils enrôlés dans les Bassidji ouvrent une promotion sociale, le régime ne s’effondrera que par une guerre. J’ai du mal à comprendre comment des hommes politiques sincères peuvent vitupérer les violations du droit international, promouvoir le retour à la table des négociations et exciper du risque de chaos pour appeler, in fine, à faire confiance à une ONU gangrenée et inefficace.

Je me demande comment les mêmes auraient réagi en juin 40 et plus tard aux tentatives de paix séparée des nazis. Je pense à la photo d’Emmanuel Macron, à son sourire un peu crispé avec le président iranien feu Ebrahim Raissi, protégé de Ali Khamenei et auteur principal des massacres de 1988. A quoi bon parler à un tel homme qui ne connait que les rapports de force ? Le régime des mollahs est une honte absolue et un danger pour Israël mais aussi pour le monde démocratique et laïque.

Tout accommodement est une illusion. Le peuple iranien n’a pas aujourd’hui les moyens, on l’a vu en janvier, de renverser seul une dictature aussi féroce. Aider ce peuple, c’est nous aider nous-mêmes. Se limiter aux bons sentiments et aux belles paroles relève de l’aveuglement et devient une obscénité.

«Je veux renverser la table. Le redressement de la capitale est possible»

La campagne glamour et colorée de Sarah Knafo est aussi celle d’une candidate qui maîtrise tous ses sujets. À l’écoute des familles et des commerçants, défendant la sécurité autant que la beauté, elle propose un plan « Haussmann 2.0 » pour tourner la page des années Hidalgo. Et se targue d’être la seule qui fera l’union des droites plutôt que l’alliance avec les macronistes.


Relire la première partie.

Causeur. Peut-on mener une politique de la beauté à Paris ?

Sarah Knafo. Pourquoi pas, puisqu’il y a aujourd’hui une politique de la laideur ? Je veux rétablir le mobilier urbain iconique de Paris. Nous allons remplacer les bancs, les réverbères, les corbeilles de rue, les abribus et les kiosques à journaux avec des modèles fidèles à l’identité esthétique de Paris. Je vais mettre l’urbanisme au service du Beau. Ce qui a fait la beauté de Paris, c’est un cahier des charges précis pour toutes les nouvelles constructions, comme dans tant de villages magnifiques de Normandie ou du Pays basque, qui exige que les nouvelles constructions s’insèrent harmonieusement dans le paysage. Il faut rompre définitivement avec l’idéologie du « fonctionnalisme » architectural. Les émules de Le Corbusier, cet architecte qui voyait la merveilleuse Rome comme un « musée des horreurs », parce qu’il détestait la beauté, l’ornement, la décoration, les fontaines… Ces gens ont tellement abîmé Paris ! Je propose de renouer avec les principes du baron Haussmann, encore étudiés aujourd’hui par les urbanistes du monde entier, car il a su bâtir une ville lumineuse, intelligente, propre et harmonieuse.

Une « politique de la laideur » : mobilier urbain et dispositifs de voirie, en rupture avec l’héritage haussmannien et le souci du Beau. DR.

Vous voulez qu’on construise des pastiches haussmanniens ?

Non. Je veux qu’on retrouve ce qui a fait la force de l’urbanisme parisien pendant des siècles : innover sans renier. Regardez la place des Vosges en 1612, avec ses briques et ses arcades, puis le Paris d’Haussmann deux siècles et demi plus tard, avec sa pierre de taille et ses grands boulevards. Tout a changé, les matériaux, les échelles, les usages, et pourtant c’est la même ville, la même élégance, la même évidence. Demandez à n’importe quel touriste américain, il vous dira « that’s so french ». Jusqu’au xxe siècle, chaque génération a amélioré le style, en utilisant des matériaux plus durables, des techniques plus audacieuses, sans faire totalement table rase. Et puis on a rompu avec cette tradition. Mon ambition, c’est de renouer avec cette exigence du Beau qui a fait de Paris la plus belle ville du monde.

Ce qui nous amène à la question du logement. Aujourd’hui, Paris est peuplée de bourgeois, de fonctionnaires et de pauvres qui les servent. Comment faites-vous pour faire revenir les familles et les classes moyennes ?

Je mets fin à la politique socialiste qui a créé la pénurie, avec l’encadrement des loyers et la folle politique qui veut transformer Paris en HLM géant. Nous sommes aujourd’hui à 25 % de logements sociaux, le candidat de gauche veut arriver à 40 %.

Ce faisant, Anne Hidalgo n’a-t-elle pas défendu les locataires et les classes populaires ?

L’encadrement des loyers est la pire des fausses bonnes idées, et on le sait depuis longtemps. Les mesures d’encadrement des loyers prises à travers la planète s’arrêtent en moyenne au bout de cinq ou six ans, tant ses résultats sont catastrophiques. En France, on a voulu en sortir dès 1948 (avec la loi libérant les loyers des logements neufs ou rénovés). On avait déjà compris que cette mesure communiste produisait de la pénurie et donc l’impossibilité de se loger. Même François Mitterrand n’est pas revenu dessus ! Il a donc fallu attendre Emmanuel Macron et Édouard Philippe pour que la loi permette aux collectivités qui le souhaitaient d’encadrer les loyers. Seules des villes de gauche l’ont utilisée. Ce qui n’a évidemment pas empêché les loyers de continuer de monter. La Mairie de Paris parle d’une « modération de la hausse des loyers ». En français normal, ça veut dire : « Les loyers augmentent ! »

Comment expliquer ce paradoxe ?

Par le fait que chaque fois que vous tentez de brider l’économie, l’économie se venge. Les propriétaires décident de louer leurs biens sur Airbnb pour retrouver de la rentabilité, par exemple…

Anne Hidalgo lors d’une cérémonie marquant le quatrième anniversaire de la police municipale parisienne, Paris, 28 novembre 2025. (C) Franck Derouda/SIPA

Oui, mais la Mairie leur a imposé une limitation du nombre de nuits autorisées en Airbnb – 90 par an au maximum.

Raison pour laquelle certains propriétaires ont tout simplement renoncé à louer leur bien, se retrouvant alors à payer une taxe sur les logements vacants ! Les plus malins toutefois ont trouvé une autre martingale : louer leur bien avec le statut de résidence secondaire, qui échappe à l’encadrement des loyers. Qu’a fait la mairie ? Elle a créé une brigade de contrôle des locations ! Trente inspecteurs qui vont voir les locataires pour les pousser à attaquer leur propriétaire en justice afin de faire requalifier leur bail en résidence principale ! Il faut que cette absurdité cesse. Notez qu’à l’échelle nationale, nous sommes seulement deux candidats de ces municipales à proposer de déplafonner les loyers : Jean-Michel Aulas à Lyon, et moi à Paris. Les autres n’y ont pas pensé un seul instant.

Vous avez un autre point commun avec Aulas. Lui non plus ne connaît pas le tarif du ticket de métro…

Mais non, c’était le Passe Navigo ! Le ticket de métro, je le connais puisque comme je n’ai plus de Passe, je prends des tickets justement ! Bon, j’aurais préféré ne pas me tromper, mais voilà le scoop : je ne suis pas ChatGPT. Les journalistes et mes adversaires ont été ravis. J’espère qu’ils ont bien profité, car je n’ai pas l’intention de passer la campagne à leur faire plaisir. (Rires.)

C’est certes démagogique, mais cela nourrit le procès en déconnexion.

Bof. Je mène une vie normale, comme des millions de gens, j’ai une vie professionnelle et une vie de famille. Je fais mes courses, je cuisine, je marche. Tout ce monde politique là est très nouveau pour moi. Je n’ai ni chauffeur ni protection policière.

Vous en faudrait-il une ?

Je ne me pose jamais cette question. Je n’aime pas me victimiser.

Vous dites que la droite ne peut plus se permettre de se chamailler. Et cela vaut pour Paris, mais aussi pour la France. Si Marion Maréchal vous tendait la main pour faire l’union des droites, que répondriez-vous ?

Et pourquoi pas ! Nous ne sommes pas des milliers à porter ce discours, alors un jour… Si on m’avait dit que Causeur essaierait de nous réconcilier !

Sophia Chikirou, votre concurrente Insoumise a déclaré sur Radio Nova que vous lui faisiez penser à Dexter, ce fameux tueur en série. Ça vous a énervée ?

En gros, elle dit que je suis super sur la forme, souriante et sympa, mais que cela doit cacher quelque chose. C’est un raisonnement de parano. Je ne vais tout de même pas me déguiser en loup-garou pour ressembler à l’image que LFI se fait de moi ! Je n’ai pas de programme bis ni d’agenda caché. Il n’y a pas de Sarah Knafo derrière Sarah Knafo. Par ailleurs, elle semble ignorer que Dexter est un justicier qui tue des criminels. Je ne sais pas quels criminels elle me voit tuer, mais je vais me contenter de tuer ses idées dans les urnes !

Il est difficile de ne pas évoquer la mort de Quentin Deranque, à Lyon, qui n’est évidemment pas sans lien avec la violence des Insoumis. Ce drame semble avoir dessillé une bonne partie de nos concitoyens. Assiste-t-on à un tournant majeur ?

J’aimerais être aussi optimiste sur ce point. Mais après le 7-Octobre, certains nous annonçaient déjà la déconfiture de l’extrême gauche. Ils disaient qu’en soutenant le Hamas, les Insoumis avaient franchi une ligne rouge… Manifestement, en France, il y a un public pour ce genre de positions. On nous disait même que les socio-démocrates seraient obligés de prendre leurs distances. Pourtant, l’année suivante, le PS confirmait son alliance avec LFI aux législatives. Il faut ne jamais oublier que la gauche ne recule jamais.

Revenons à la campagne parisienne. Rachida Dati se serait moqué du candidat socialiste Emmanuel Grégoire et de son équipe, qu’elle aurait accusés de « conspiration gay ». La communauté gay est importante à Paris. Beaucoup d’homosexuels viennent s’installer dans la capitale parce qu’ils veulent jouir du droit à l’indifférence. C’est aussi ça, une ville heureuse ?

Je suis comme vous très attachée à la liberté des individus. Leur sexualité relève de leur liberté.

Méfiez-vous, vous pourriez devenir une icône gay. Passons. On dirait que vous essayez de lisser votre discours et votre image.

Vous vous trompez. Je ne lisse pas mon discours. Je ne cherche pas la « normalisation ». Sur le plan économique, scolaire, régalien, culturel, notre système est à bout de souffle. Moi, je veux renverser la table.

Vous prônez l’Union des droites mais, certains pensent qu’à Paris, la multiplicité des candidatures pourrait au contraire faire perdre la droite. Comment répondez-vous ? Que ferez-vous si vous arrivez en tête ? En deuxième position ?

Au premier ou au second tour, je ferai exactement la même chose : je ferai gagner la droite, rien que la droite, et toute la droite. Comment ? Je suis la seule qui, avant même le premier tour, prône l’union des droites. Je vais tout faire pour la faire triompher. Avec moi, il n’y aura aucune mauvaise surprise. Je tendrai la main aux autres. Ceux qui la refuseraient feraient perdre la droite. Mais ils refusent de répondre clairement. Alors que nous avons une chance historique de gagner Paris, ils jouent avec le feu. Il faut une candidature sans risques, sans zones d’ombre, sans mauvaises surprises. C’est la mienne. La seule vraie candidature de droite, c’est celle qui veut l’union des droites, qui la propose dès maintenant à ses concurrents, et qui s’engage à la respecter quoi qu’il arrive. En clair, le seul vote utile c’est moi !

Le train des municipales en cache-t-il un autre ?

Vous voulez dire : y aura-t-il un impact national ? J’espère bien ! La droite peut gagner Paris, le redressement de la capitale est possible. Si nous y arrivons, cela sera un exemple pour le pays tout entier.

Et si vous n’y arrivez pas, avez-vous pensé à la suite ?

Je ferai la même chose. Et je ferai la même chose partout. À Paris, en France. C’est la même personne, la même méthode, la même mission, la même droite. Je dois cette clarté et cette permanence aux électeurs. Je veux qu’ils sachent qui je suis, quel est mon projet, quelles sont mes idées. Je suis créative et j’évolue, mais je ne change pas de direction selon la météo politique du jour.

Si vous faites un bon score, beaucoup de commentateurs penseront à Jacques Chirac, élu maire de Paris en 1977 grâce aux conseils de votre amie Marie-France Garaud, avant de se présenter aux présidentielles dès 1981. Que vous le vouliez ou pas, beaucoup diront que vous êtes la meilleure candidate pour Reconquête ! en 2027.

Mon ambition pour 2027, c’est d’être maire de Paris depuis un an et que le peuple parisien se dise qu’il a bien fait de m’élire. Même vous, les ronchons, vous pourrez vivre dans une ville heureuse !

La guerre à la plage

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Elisabeth Levy évoque les Français bloqués au Moyen-Orient. L’Etat, c’est pas ta mère ! lance-t-elle lors de sa chronique matinale. Nous vous proposons de l’écouter.


Avec la guerre, des milliers de Français sont bloqués au Moyen-Orient. On ne risque pas de l’oublier car en plus de toutes les vidéos bouleversantes des influenceuses à Dubaï, quand elles ne savent plus quoi dire sur cette guerre qui continue et ce régime iranien qui tient bon, les chaines info diffusent d’émouvants reportages sur ces sinistrés d’un nouveau type : les touristes coincés dans une zone de conflit, indignés d’être abandonnés. Quand ils arrivent enfin à Paris, les micros se tendent pour recueillir le récit de leur calvaire. Scoop : tous ont des familles, des boulots et des vies à reprendre. Que fait le gouvernement ?

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300 à 400 000 Français sont établis dans la région. Pour l’essentiel, eux se débrouillent. Ce sont surtout les vacanciers affolés qui ont contacté le ministère des Affaires étrangères. 36000 sont inscrits sur le fil d’Ariane, la plateforme du Quai d’Orsay et il y a eu 7000 appels à la cellule de crise. Quelques rares vols de rapatriements, notamment sanitaires, ont pu être effectués. Sinon, les agents de l’Etat écoutent, enregistrent et conseillent des itinéraires pour rallier un aéroport ouvert. Ils n’ont pas de portables, ces touristes, pour devoir demander à Paris comment aller de Tel-Aviv au Caire ?

Elisabeth Lévy est sans cœur. On aimerait bien la voir, attendant sans savoir, avec des enfants en bas âge…

Oui, peut-être que j’appellerais moi aussi pour qu’on vienne me chercher mais trop de cœur, ça empêche de penser. Il est désagréable, voire effrayant d’attendre dans un hôtel ou un aéroport de pouvoir rentrer chez soi. Mais je pense aux Gazaouis, aux Libanais, aux Israéliens des kibboutz et des frontières. La guerre n’a pas gâché leurs vacances, elle a détruit leurs vies.

Nous assistons à une collision anthropologique. D’un côté le tourisme ne voit dans la planète sans-frontiérisée que des sites à visiter, des peuplades exotiques à découvrir et des méga-centres commerciaux à arpenter. De l’autre, la réalité ancestrale de la guerre – eux ou nous. Les vacanciers découvrent que l’Histoire n’est pas un manège d’où on descend à la fin du tour.

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Ils se tournent, bien sûr, vers maman-gouvernement, comme on faisait à 16 ans quand on était en rade à l’autre bout du monde. La grandeur de l’âge adulte c’est qu’on est responsable de soi. Le contrat social dit que l’Etat doit nous protéger. Pas vivre à notre place. L’Etat n’est pas ta mère. Ni un tour-operator. Le gouvernement français ne peut pas arrêter la guerre pour évacuer ses ressortissants. Si nos ancêtres avaient été aussi démunis, dépendants face aux aléas, je ne suis franchement pas sûre que l’espèce aurait survécu. Comme l’écrit l’immense Philippe Muray, l’Occident meurt en bermuda.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Transitions secrètes des enfants: la Cour suprême siffle la fin de la récré

La Cour Suprême vient de donner raison aux conservateurs concernant la transition de genre dans les écoles en Californie. La Thomas More Society a qualifié cette décision de « décision la plus importante en matière de droits parentaux depuis une génération ».


La chaîne conservatrice Fox News se félicitait hier de la décision. Capture.

Ce lundi, la Cour Suprême américaine a déclaré illégale une nouvelle loi de l’État de Californie, visant à interdire aux écoles de signaler aux parents l’intention de leurs enfants de changer de genre. Cet arrêt est le résultat d’un recours effectué par deux groupes de parents représentés par la Thomas More Society[1]. Les opposants à la loi argumentent que le texte favorise la transition de genre des enfants, en rendant plus difficile la communication entre les parents et l’école de leurs enfants. L’État de Californie argumente, à l’inverse, que le texte préserve le droit à la vie privée des enfants s’agissant de l’expression de leur genre, surtout dans les cas où les familles rejetteraient leur volonté de transition.

Une majorité de cinq juges

Dans une ordonnance non signée, exprimant l’avis de la Cour, la majorité conservatrice de la Cour Suprême a affirmé que « les parents qui revendiquent le libre exercice de leur religion ont des convictions religieuses sincères en matière de sexualité et de genre, et ils estiment avoir l’obligation religieuse d’élever leurs enfants conformément à ces convictions. Les politiques de la Californie violent ces convictions ». L’arrêt affirmant ensuite que la loi entraverait en fin de compte le libre exercice de la religion. Parmi les neuf juges de la Cour Suprême, cinq des conservateurs ont soutenu la décision, tandis que trois, qualifiés souvent de progressistes, se sont opposés au texte.

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Cette décision réaffirme à nouveau la division traditionnelle entre juges progressistes et conservateurs. Samuel Alito, juge conservateur nommé par George W. Bush en 2006, a affirmé que « la pratique d’éduquer son enfant selon ses propres convictions religieuses, tout comme tous les actes et pratiques religieux, bénéficient d’une large protection au sein de notre Constitution. » L’affirmation du juge reflète une vision centrée sur la défense de la liberté des individus que les États ou les juges ne doivent pas restreindre, notamment pour imposer leur modèle de société.

Le ministère de l’éducation en cours de démantèlement par Trump

Samuel Alito ainsi que les quatre autres juges conservateurs de la Cour Suprême, s’inscrivent dans ce contexte, dans une interprétation de la Constitution américaine selon les intentions originelles des Pères fondateurs. C’est en ce sens que leur vision est conservatrice.

Les juges libéraux, à l’inverse, promeuvent une interprétation positiviste de la Constitution, fondée sur l’adaptation de la loi aux circonstances de la société actuelle. Dans leur déclaration d’opposition à la décision, les trois juges libéraux ont affirmé que les écoles publiques « offrent aux enfants de toutes confessions et de tous horizons une éducation et la possibilité de s’exercer à vivre dans notre société multiculturelle. »

Cette nouvelle décision de la Cour Suprême s’inscrit dans la lignée du démantèlement du Département pour l’Éducation par l’administration Trump depuis l’été. Ce programme est l’aboutissement de plus de quarante ans de réclamations chez de nombreux Républicains depuis la campagne de Ronald Reagan en 1980, au nom de la défense de la liberté scolaire.

Un cas semblable avait été débouté par la Cour en décembre 2025. Samuel Alito et deux autres juges ont toutefois affirmé qu’ils considéraient les politiques scolaires comme étant « d’une importance nationale grandissante. »


[1] La Thomas More Society est un cabinet d’avocats conservateur catholique d’intérêt public basé à Chicago. Le groupe s’est engagé dans de nombreuses questions de « guerre culturelle », promouvant ses convictions anti-avortement et anti-mariage homosexuel par le biais de litiges (Wikipedia).

La preuve par Nahel

Après la mort de Nahel Merzouk en juin 2023 suite à un refus d’obtempérer, la justice ordonne finalement un procès pour violences et non pour meurtre à l’encontre du policier


Ces moments où l’ignorance, la partialité ou la bêtise sont contraintes de reculer sont bénis.

La cour d’appel de Versailles a rendu un arrêt salvateur dans l’affaire de Florian M., qui avait été renvoyé devant la cour d’assises pour homicide volontaire par le parquet de Nanterre, les magistrats instructeurs ayant suivi ses réquisitions.

Elle a en effet remis du droit, de la justesse et du bon sens dans l’appréciation de cette procédure ayant abouti à la mort de Nahel. Elle a remplacé l’absurde qualification de meurtre par celle, évidemment plus pertinente, de coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

Je ne pouvais pas laisser passer cet exemple du caractère fondamental des voies de recours sans m’y arrêter, pour répondre à tous ceux qui n’en comprennent pas l’utilité et voudraient seulement qu’elles correspondent à leurs désirs et à leurs préjugés.

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Ils sont scandalisés lorsque le jugement et l’arrêt se contredisent, comme s’il y avait là une démonstration de l’incohérence de la justice, alors que c’est tout le contraire: une illustration, pas seulement en matière pénale, du caractère non manichéen de la conviction qui s’élabore et des conclusions qu’on en tire.

Rien n’est plus choquant que ces partis pris qui appréhendent le processus judiciaire à la tête du client ou au gré de ses propres dilections.

Si la cour d’appel de Versailles n’avait pas rendu cet arrêt, elle aurait contraint la future cour criminelle à dilapider une partie de son temps précieux dans un débat qu’il était en effet impérieux d’éclairer juridiquement en amont. L’attention collective à venir ne sera ainsi pas détournée de l’essentiel.

Pour ces faits, autrement qualifiés, reprochés à l’accusé, elle aura bien assez à faire pour arbitrer et juger !

Guerre aérienne ou guerre embourbée?

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Cette image fournie par le Commandement central des États-Unis montre un F/A-18E Super Hornet se préparant à effectuer un appontage avec brin d’arrêt sur le USS Gerald R. Ford après une mission de soutien à l’opération Epic Fury, le samedi 28 février 2026 © AP/SIPA

A force d’écouter certains commentateurs médiatiques hostiles à l’interventionnisme de Trump en Iran, on a l’impression qu’ils espèrent secrètement que la coalition américano-israélienne va échouer – voire qu’elle connaisse le sort des opérations passées d’Irak et d’Afghanistan. La grande histoire n’est cependant jamais écrite à l’avance.


C’est un pronostic sur la guerre en Iran si souvent répété qu’il paraît indiscutable. Guillaume Ancel l’a énoncé sous sa forme canonique sur France-info au soir du 2 mars : « Aucune guerre n’a été gagnée sans aller au sol », donc la coalition israélo-américaine devra poser ses bottes dans le bourbier. Elle a été redite le lendemain chez Pascal Praud par Vincent Hervouët, de qui on aurait pu attendre davantage de lucidité. Elle est affirmée depuis longtemps comme un dogme par le général Nicolas Richoux sur LCI. Une seule voix s’est élevée contre l’unisson de la volaille médiatique, une certaine Elisabeth Lévy qui dans sa chronique du 3 mars sur Sud Radio s’est moqué du mantra de la guerre au sol indispensable.

Il me semble que sur LCI on a mis en sourdine la chorale des généraux français pacifistes et violemment allergiques à la moindre prise de risque. Grâce à Dieu, entre les Russes et nous, il y a l’Ukraine, la Pologne et l’Allemagne. Merci la géographie ! En cas de nécessité, on trouvera sans doute dans les armées de ces pays des hauts-gradés plus allants que les Français. Des experts prédisaient la semaine dernière que Donald Trump allait « se déballonner » et repartir dans ses foyers avec un vague accord sur le nucléaire iranien, encore plus piteux que celui qu’il avait dénoncé lors de son premier mandat. La critique du président américain par les journalistes français de gauche consiste toujours à lui prêter des projets lâches ou absurdes et à ensuite ricaner sur le fruit de leur propre imagination…

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Le samedi 28 février a démenti toutes les judicieuses prédictions. Darius Rochebin a peut-être fait le ménage sur son plateau, où il lui arrivait de recadrer poliment l’antitrumpisme forcené de ses invités. Ah ! Une pièce de théâtre sur la dramaturgie de ces plateaux : modérateur subtilement tyrannique ou diaboliquement malin, participant vedette, participant ridicule ou trop humble, participant attardé dans son macronisme vieillot, expert de gauche qui se dispute furieusement avec la si jolie experte de droite, les deux s’embrassant fougueusement dans le rideau de coulisse… Je dépose les droits, succès assuré.

Avec beaucoup de mauvais esprit, on pourrait insinuer que le pronostic du bourbier cache une joie mauvaise à l’idée que la coalition pourrait échouer et connaître le sort des corps expéditionnaires envoyés de longues années en Irak et Afghanistan. « Ces juifs et ces Amerloques sont trop forts, trop audacieux, trop bien organisés ! Ils sont une insulte à la médiocrité humaine, pourvu qu’ils se plantent ! », chronique de la jalousie ordinaire. Ces pensées mesquines ne seraient pas graves, si elles n’inquiétaient en révélant une forme de décadence intellectuelle propre à l’Europe : le refus de croire à l’entièrement neuf.

Attention ! Je vais frapper fort contre la chorale du bourbier, je ne vais pas leur balancer la bombe atomique (tiens, le Japon en 45, une guerre gagnée par la seule aviation !), ce serait dangereux pour la planète, mais je vais leur envoyer mon B-52 avec ses bombes perforantes, j’ai nommé le grand historien Paul Veyne ! Oui, oui, on m’accusera de réponse disproportionnée, on dira que j’utilise un génie pour écrabouiller les pauvres petits commentateurs que j’ai nommés. Mais aux grands maux les grands remèdes, je vérifie que mon gigantesque aéronef se trouve pile au bon endroit et j’appuie sur la manette qui va lâcher mon chapelet de bombes.

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L’historien de la Grèce antique et de Rome a tiré de ses études l’idée que chaque époque porte en elle tellement de causalités différentes qu’on ne peut déduire la forme que prendra l’époque suivante. L’Histoire humaine produit une multitude de commencements absolus qui n’étaient absolument pas prévisibles : rien n’est plus faux que ce dicton de la sagesse des nations : « L’histoire est un éternel recommencement ». Prétendre qu’un renversement de régime ne peut se produire qu’au sol, c’est dire que pour qu’une chose nouvelle apparaisse, il faut que sa semblable se soit déjà produite. Absurde. L’historien développe son idée dans Comment on écrit l’histoire et dans son livre consacré à Michel Foucault, où il dit : « Dans la nature physique que scrutent les sciences exactes, les objets du discours scientifique présentent des régularités (…). En revanche, dans les choses humaines, il n’existe et ne peut exister que des singularités d’un moment (…), puisque le devenir de l’humanité est sans fondement, sans vocation ni dialectique qui l’ordonneraient ; à chaque époque ce n’est qu’un chaos de singularités arbitraires, issues de la concaténation chaotique précédente ».

Exemple personnel : à l’époque de mes études, les brillants professeurs d’histoire de la khâgne et de l’Université de Strasbourg classaient le christianisme parmi les religions orientales dont s’entichaient les Romains, comme le culte de Mithra, Cybèle, Isis et toute la bande. Sous-texte laïcard : le christianisme n’a rien de spécial, il a prospéré en Occident grâce à une tocade bizarre de l’empereur Constantin. Enfin Paul Veyne vient et publie en 2010 Quand notre monde est devenu chrétien, lumineuse explication de la pensée de Constantin et du succès planétaire du christianisme, dont la naissance fut « un commencement absolu ». Ajoutons que ce magnifique éloge du christianisme a été écrit par un total incroyant… A ceux qui doutent que le chaos de l’Histoire est constitué de micro-chaos qui ne sauraient en aucun cas se reconstituer à l’identique, je conseille Les mythes de la guerre d’Espagne de Pio Moa. « L’Histoire est toujours écrite par les vainqueurs » : autre mantra absurde, en Espagne l’Histoire de la guerre civile a été écrite par les vaincus et ils nous ont longtemps abusés.

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Beaucoup de conséquences. L’Histoire ne donne rigoureusement aucun conseil d’action. Il faut tout de même l’étudier pour l’infinité d’anecdotes et de renseignements qu’elle nous fournit sur la nature humaine. Elle est en outre amusante, ce qui n’est pas rien. La Vie des Douze Césars de Suétone est encore plus fun que les dossiers Epstein, avec folies érotiques, réseaux d’amitiés criminelles et voluptés de l’omnipotence.

Seuls ceux qui ne croient pas aux inéluctables répétitions et ne s’encombrent pas de précédents, comme l’actuel président des Etats-Unis, sont capables d’innover, de produire des commencements absolus. Même si, aux dernières nouvelles, les Américains poussent en avant des milices kurdes irakiennes pour qu’ils franchissent les monts Zagros et, avec l’aide de leurs frères d’Iran, s’attaquent armés aux Gardiens de la Révolution errant blessés et affamés dans les ruines de leurs casernes. Il serait temps qu’on donne enfin un Etat national aux valeureux Kurdes écartelés entre quatre pays qui ne les aiment guère. Grâce à Trump, c’est « l’internationale réactionnaire » qui innove et ce sont les « progressistes » européens, dont le plus célèbre d’entre eux stagne à l’Elysée, qui restent embourbés dans leurs normes, juridictions, légalités nationales et internationales. Lui qui nous a répété qu’il était « disruptif », le voilà figé en homme-statue de bronze, installé avec sa sébille sur le trottoir du Faubourg Saint-Honoré. On est en plein chez Paul Veyne : la surprise est la vraie façon qu’a l’Histoire d’avancer.

Son cul sur la commode

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DR.

Selon une prof de géographie queer et pro-Palestine de la Sorbonne, il faut « se faufiler dans l’université, y voler tout ce qu’on peut, abuser de son hospitalité », car « la seule relation possible à l’université aujourd’hui est une relation criminelle ».


Rachele Borghi est maître de conférences à la Sorbonne où elle enseigne la géographie. Attention, pas n’importe quelle géographie… la « géographie sociale et culturelle ».

« En tant que géographe, je m’intéresse au post-porno dans ses potentialités de rupture de l’ordre hétéronormatif de l’espace public », baragouine-t-elle lors d’une de ses conférences. Post-porno, kézako ? Le post-porno consiste essentiellement en l’exploration méticuleuse d’une partie précise de l’anatomie humaine. Cette exploration a permis à Mme Borghi d’aboutir à des conclusions fulgurantes qui resteront sûrement dans les annales de la géographie d’obédience butlérienne: « Le post-porno met l’accent sur l’anus comme laboratoire des pratiques démocratiques. En effet, l’anus est cet espace où l’on ne peut pas différencier les individus “assignés femmes” ou “assignés hommes”. Aussi, les pratiques anales viennent défaire l’idée selon laquelle la pénétration est une pratique uniquement hétérosexuelle et patriarcale. » Pour éclairer le fondement de ses réflexions, Mme Borghi n’hésite pas, lors de certaines de ses conférences, à se mettre littéralement à nu. « Mon anus doit être visible pour ne pas être caché par l’hétéronormativité », brame-t-elle alors en montant à poil sur la table.

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Le 8 février, dans le cadre d’un colloque diffusé sur le média communautariste Paroles d’honneur, cette universitaire qui se qualifie de propalestinienne, décoloniale et queer a dénoncé, en vrac, « les savoirs dominants blancs et coloniaux », « l’usage élitiste de la langue française », « les méthodes d’évaluation discriminantes comme la dissertation », « la blanchité des enseignants » et « l’islamophobie ». Elle a ensuite recommandé de « se faufiler dans l’université, d’y voler tout ce qu’on peut, d’abuser de son hospitalité », car, a-t-elle conclu, « la seule relation possible à l’université aujourd’hui est une relation criminelle ».

Pratiques anales démocratiques ou pas, il faut reconnaître qu’il y a quand même des coups de pied au derrière qui se perdent…

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Chiites et sunnites, les Frères musulmans en armes

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Téhéran, juin 1979 © ALFRED-YA/SIPA

L’islamisme chiite n’est pas un simple prolongement politique du chiisme. Il est le produit d’une rencontre entre une tradition religieuse ancienne, la crise du monde musulman au XXᵉ siècle et les méthodes de l’islamisme moderne. De l’abolition du califat à la révolution iranienne, en passant par les Frères musulmans, s’est formée une idéologie capable de transformer la mémoire du martyre en projet d’État et en stratégie d’influence régionale.


L’islamisme chiite se comprend avant tout comme un projet politique moderne élaboré à partir de matériaux théologiques beaucoup plus anciens du chiisme. Il s’est développé sous les mêmes pressions historiques qui ont vu naître l’islamisme sunnite au XXᵉ siècle, avant de se cristalliser dans une forme étatique après la révolution iranienne de 1979. Il ne s’agit pas simplement d’un chiisme devenu politique, mais d’une lecture révolutionnaire particulière du chiisme, qui emprunte des méthodes, des catégories intellectuelles, des formes d’organisation et d’action au « moment » islamiste plus large tout en revendiquant une généalogie propre et une légitimité distincte.

Le « cataclysme » Atatürk, oublié

La relation entre l’islamisme chiite et l’islamisme au sens large est donc à la fois étroite et marquée par une certaine tension. Elle est étroite parce que ces deux phénomènes appartiennent à la même famille de réponses historiques à la domination coloniale, à l’occidentalisation, à la crise de la souveraineté musulmane et à l’effondrement ou à la délégitimation des autorités traditionnelles. Or, si les rapports souvent tourmentés du monde arabe et musulman avec l’Occident et leurs répercussions sur l’évolution de l’islam politique sont bien connus, un autre élément, dont la mémoire est plus discrète, a joué un rôle déterminant : l’abolition du califat par Mustafa Kemal Atatürk en mars 1924. C’est un événement charnière dans l’histoire politique du monde musulman moderne, dont l’influence dépasse largement la Turquie et touche directement la formation de l’islamisme, y compris dans sa version chiite. Mais, bien évidemment, en vouloir aux Turcs et à Mustafa Kemal était politiquement et idéologiquement intenable. Ce cataclysme et son auteur ont donc été largement refoulés dans la mémoire politique du monde musulman. Ce très convenable  « oubli » ne change pas le fait que la suppression du califat a mis brutalement fin à une institution qui, même affaiblie, conservait une valeur symbolique majeure. Le calife ottoman était encore perçu comme une forme d’autorité religieuse supranationale capable d’incarner l’unité de la communauté musulmane. En abolissant cette fonction, la nouvelle République turque rompt avec un principe central de l’ordre politique islamique classique. Pour la première fois depuis les débuts de l’islam, il n’existe plus aucune autorité prétendant incarner la direction politique de l’ensemble de l’oumma.

Ce vide institutionnel provoque une onde de choc dans l’ensemble du monde musulman. Dans les milieux réformistes sunnites, il alimente un débat intense sur la nature du pouvoir islamique et sur la possibilité de reconstruire une autorité religieuse ou politique légitime. C’est dans ce contexte que naît, quelques années plus tard, la confrérie fondée par Hassan al-Banna en 1928. Pour une partie des penseurs islamistes, la disparition du califat devient la preuve que les sociétés musulmanes ont été entraînées dans une trajectoire de décadence politique et de dépendance vis-à-vis de l’Occident. Elle accentue la fragmentation politique du monde musulman et accélère l’émergence d’États-nations séculiers, souvent inspirés de modèles européens. La restauration d’un ordre islamique devient alors un objectif politique central.  Cette transformation renforce un sentiment de crise civilisationnelle qui nourrit également les courants chiites activistes.

Pour le chiisme, l’effet est plus indirect mais néanmoins profond. La tradition chiite duodécimaine ne reconnaissait déjà pas la légitimité des califes sunnites depuis les débuts de l’islam. En théorie, la seule autorité politique parfaitement légitime était celle de l’Imam, descendant d’Ali, dont le douzième est entré en occultation au IXᵉ siècle. Pourtant, l’existence du califat sunnite constituait malgré tout un cadre politique global auquel les sociétés musulmanes étaient habituées.

Dans les décennies suivantes, certains penseurs chiites commencent à s’interroger sur la place du clergé et sur la possibilité d’un pouvoir islamique exercé en l’absence de l’Imam. La révolution iranienne de 1979 peut en partie être comprise comme l’une des réponses à ce problème historique. La doctrine du gouvernement du juriste religieux, élaborée par Ruhollah Khomeini, constitue précisément une tentative de résoudre la question de l’autorité politique dans un monde musulman où les structures traditionnelles ont disparu.

L’abolition du califat a donc contribué à transformer la question de l’autorité en problème central de la pensée islamique moderne. Dans le monde sunnite, elle alimente les projets de restauration d’un ordre islamique et favorise la naissance des mouvements islamistes. Dans le monde chiite, elle renforce la réflexion sur la légitimité du pouvoir pendant l’occultation de l’Imam et ouvre la voie à des doctrines politiques nouvelles. Dans les deux cas, elle participe à la formation d’un climat intellectuel dans lequel l’islam cesse d’être seulement une tradition religieuse pour devenir un programme politique destiné à répondre à la crise de souveraineté et d’identité du monde musulman au XXᵉ siècle.

Comme les mouvements islamistes sunnites, l’islamisme chiite affirme que l’islam constitue un système global et non une simple religion privée, et que la loi, la morale, l’économie, l’éducation et le gouvernement doivent être réorganisés en conséquence.

Emprunts sélectifs

Mais Chiites et Sunnites n’encaissent pas ces chocs de la même manière. L’islamisme sunnite présente typiquement son projet comme une renaissance, un retour à la communauté des origines et une purification doctrinale. L’islamisme chiite en revanche est issu d’une tradition minoritaire dotée de sa propre hiérarchie cléricale, de sa propre théorie de l’autorité en l’absence de l’Imam et de ses propres récits historiques d’injustice et de martyre. L’islamisme chiite peut donc se présenter comme la réalisation concrète et politiquement incarnée d’une justice longtemps refusée et comme une revanche. Cette différence façonne la manière dont la légitimité de l’action politique est justifiée.

Les liens entre l’islamisme chiite et les idées ainsi que les pratiques des Frères musulmans relèvent généralement d’emprunts sélectifs. Les Frères musulmans ont fourni un répertoire d’action et d’organisation, notamment la formation de cadres disciplinés, l’enracinement social à travers l’action caritative et éducative, un langage moral de renouveau religieux et une formulation politique moderne dans laquelle l’islam devient la solution à la crise de l’État. L’idiome de Sayyid Qutb, notamment sa thèse selon laquelle les sociétés contemporaines peuvent retomber dans une forme d’ignorance préislamique (jahiliya), a résonné bien au-delà du monde sunnite parce qu’il proposait un pont entre la piété religieuse et la violence politique, comme l’illustre par exemple la militarisation de certains courants salafistes. Les penseurs islamistes chiites n’avaient pas besoin d’importer la théorie sunnite du califat, mais pouvaient reprendre l’imaginaire révolutionnaire avec des notions telles que l’avant-garde, l’ordre corrompu à renverser, le devoir de résistance et, bien sûr, la fusion entre morale et politique. Ce n’est donc pas un hasard si dans les années 1960 et 1970, alors qu’il était encore un jeune religieux engagé dans l’opposition au régime du Shah, Khamenei s’intéressait de près aux écrits des idéologues de la mouvance islamiste sunnite, en particulier ceux liés aux Muslim Brotherhood. Il traduisit notamment en persan un ouvrage de Qutb intitulé « L’avenir appartient à l’islam » (en arabe Mustaqbal hādhā al-dīn). Cette traduction circula dans les milieux militants iraniens avant la révolution de 1979 et contribua à introduire les thèmes de la pensée qutbienne dans certains cercles islamistes chiites.

Dans le même temps, l’islamisme chiite disposait d’atouts dont les Frères musulmans ne possédaient pas. Le chiisme duodécimain disposait déjà d’un clergé structuré, de séminaires, de fondations religieuses richement dotées et intégrées dans la vie économique, d’une vie rituelle intense et d’un répertoire symbolique puissant capable de mobiliser les foules. Les commémorations de Karbala et la culture du martyre constituaient déjà un langage politique latent.

Ainsi, on remarque que les pratiques de l’Achoura et, plus largement, la mise en scène publique de la souffrance et du sang dans les rituels chiites, ont évolué depuis le XIXᵉ siècle de manière étroitement liée aux transformations politiques du monde chiite et à la montée de l’islam politique.

L’Achoura, qui commémore le martyre de l’imam Husayn à Karbala en 680, est depuis longtemps au cœur de la culture religieuse chiite. Mais la forme sociale et politique de cette commémoration a changé selon les périodes. Sous les dynasties safavide (1501-1739) puis qajare (1789-1925) en Iran (pour les curieux, entre les deux les Afsharides 1736–1747 puis les Zand 1751–1794), la ritualisation de la catastrophe de Karbala prend déjà une dimension publique et collective avec les processions et certaines formes de mortification corporelle. Toutefois ces rituels restent essentiellement inscrits dans un registre de piété communautaire et de mémoire religieuse.

Au XIXᵉ siècle, avec l’intensification de transformations sociales de l’Iran et de l’Irak en contact avec l’Europe, ces pratiques commencent à prendre un sens plus explicitement  politique. Les processions deviennent des moments de mobilisation collective et le récit de Karbala est de plus en plus interprété comme une lutte universelle entre justice et tyrannie.

1979, un grand tournant

Le tournant décisif intervient au XXᵉ siècle avec l’émergence du chiisme politique. Des penseurs comme Ali Shariati (sociologue de formation et l’un des penseurs les plus influents dans la formation de l’idéologie révolutionnaire qui mènera à la révolution iranienne de 1979) puis les révolutionnaires iraniens vont réinterpréter Karbala comme un modèle permanent de révolte contre l’oppression. Husayn cesse d’être seulement une figure de sainteté pour devenir un symbole révolutionnaire. Dans ce cadre, les manifestations publiques de souffrance et de sang acquièrent une dimension performative. Elles matérialisent l’idée de sacrifice et rendent visible l’engagement du croyant dans une lutte morale et politique.

La révolution iranienne de 1979 marque une étape supplémentaire. Le régime issu de la révolution institutionnalise la mémoire de Karbala et l’intègre dans la culture politique de l’État. Pendant la guerre Iran-Irak, la rhétorique du martyre et les images de sang versé sont utilisées pour mobiliser la population et légitimer l’effort de guerre. Le vocabulaire de Karbala devient un langage politique central. Mourir pour la révolution ou pour la patrie est explicitement présenté comme une réédition du sacrifice de Husayn.

Paradoxalement, cette politisation s’accompagne aussi d’une tentative de régulation. Depuis les années 1990 et 2000, plusieurs autorités religieuses chiites, y compris en Iran, ont cherché à limiter certaines pratiques spectaculaires d’auto-flagellation ou de blessures publiques jugées excessives ou nuisibles à l’image du chiisme. Cela montre que ces rituels restent un terrain de débat interne entre tradition, sens politique et gestion de l’image religieuse.

Depuis la révolution, les influences ont allé aussi dans l’autre sens quand des islamistes sunnites ont étudié avec attention l’expérience révolutionnaire iranienne et sa capacité à construire un État. Mais ce qui circule le plus facilement entre ces univers n’est pas la doctrine, mais les techniques d’organisation et les imaginaires politiques.

Cependant, pour que cet ensemble d’évolutions puisse accoucher d’une idéologie et d’une stratégie pour guider la République islamique d’Iran, il manquait un élément important pour servir de liant et de pont vers l’extérieur : le rejet et la haine des Etats-Unis et d’Israël. Dans l’idéologie chiite politique élaborée par Ruhollah Khomeini, ces haines occupent une place centrale doctrinale, symbolique et mobilisatrice. Ces deux adversaires deviennent, dans le discours révolutionnaire iranien, les incarnations contemporaines de l’injustice métaphysique et de la domination étrangère, catégories déjà profondément enracinées dans l’imaginaire politique chiite.

Le premier niveau est idéologique. La révolution iranienne se définit dès l’origine comme islamique et anti-impérialiste. Dans la lecture khomeyniste du monde, l’ordre international est dominé par des puissances arrogantes qui imposent leur domination politique et économique mais surtout culturelle aux sociétés musulmanes. Les États-Unis apparaissent comme le centre de ce système. Le slogan « Grand Satan » qui leur est appliqué exprime l’idée que Washington représente la puissance principale responsable de la corruption morale et la faiblesse politique du monde musulman, notamment par son soutien aux régimes autoritaires de la région et par son alliance avec Israël. Israël, de son côté, occupe une position particulière dans cette vision. Pour le célèbre voyageur d’Air France, l’État juif n’est pas seulement un adversaire régional mais un symbole de l’injustice faite au monde musulman et de l’humiliation politique de la région. Il est présenté comme une entité coloniale implantée au cœur du Moyen-Orient avec l’appui des puissances occidentales. Dans cette lecture, Israël devient une extension des États-Unis. La question palestinienne acquiert ainsi une fonction idéologique majeure et permettant au régime de présenter son projet non seulement comme une révolution iranienne, mais comme un combat pour l’ensemble de la communauté musulmane voire pour la cause de la liberté de peuples indigènes et l’anticolonialisme. On sait quelles riches dividendes géopolitiques peut générer un tel positionnement, qui peut réunir des foules pakistanises, des militants écologiques européens, Dieudonné et Tucker Carlson.

Cette centralité de la question palestinienne n’est pas propre au chiisme politique iranien. Elle s’inscrit dans une tradition plus large de l’islamisme moderne. Dès les années 1930 et 1940, le fondateur des Frères musulmans, Hassan al-Banna, avait placé le rejet du sionisme et la défense de la Palestine au cœur de son mouvement. Pour al-Banna, la lutte contre le projet sioniste constituait l’un des fronts majeurs du combat pour la renaissance islamique. Les Frères musulmans participèrent d’ailleurs directement à la guerre de 1948 contre le nouvel État d’Israël. Chez al-Banna comme plus tard chez Khomeini, la question palestinienne fonctionne donc comme un puissant catalyseur politique. Elle permet de transformer une cause territoriale en symbole global de la domination occidentale et de la mobilisation islamique.

Cependant, dans le cas iranien, cette rhétorique s’inscrit aussi dans la transformation politique du chiisme opérée au XXᵉ siècle. La mémoire de Karbala et le récit du martyre de l’imam Husayn fournissent un langage symbolique puissant pour désigner les adversaires du régime. Cette dimension idéologique se double d’une fonction stratégique quand l’hostilité envers Israël et les États-Unis permet au régime de dépasser la dimension nationale iranienne et de se présenter comme le champion d’une cause plus large dépassant l’audience musulmane. Elle facilite également la construction de réseaux régionaux d’alliances et de mouvements armés se réclamant de la « résistance ». Dans cette logique, la lutte contre Israël devient un instrument de projection d’influence dans le monde arabe, musulman et les milieux tiermondistes et un moyen d’ancrer la République islamique dans les dynamiques politiques globaux.

« Mort à Israël ! mort à l’Amérique !» 

Enfin, cette hostilité joue aussi un rôle intérieur. Elle contribue à consolider la légitimité révolutionnaire du régime. En maintenant un discours de confrontation avec des ennemis extérieurs puissants, le pouvoir peut mobiliser la société autour d’une identité de résistance et justifier la permanence d’un système politique issu de la révolution. En temoigne le slogan « mort à Israël ! mort à l’Amérique !».  

Ainsi, dans l’idéologie khomeyniste, le rejet d’Israël et l’hostilité envers les États-Unis constituent des éléments structurants d’une vision du monde qui combine mémoire religieuse, anti-impérialisme révolutionnaire et stratégie de puissance régionale, dans une logique qui prolonge en partie les thèmes déjà formulés plusieurs décennies plus tôt par l’islamisme sunnite des Frères musulmans.

Cette idéologie définit la théorie même de la légitimité du régime. La République islamique ne se présente pas simplement comme un État-nation doté d’une religion d’Etat mais comme un ordre politico-moral fondé sur la loi islamique et guidé par l’autorité des juristes religieux. Ce cadre permet au pouvoir d’utiliser un langage théologique comme source d’autorité pour délégitimer ses opposants et sacraliser l’obéissance. La contestation politique même peut être interprétée comme une forme de déviation religieuse ou de trahison.

Ensuite, cette synthèse idéologique façonne l’identité révolutionnaire exportable du régime. Dès l’origine, les dirigeants iraniens ont présenté leur révolution comme un modèle pour l’ensemble du monde musulman et non pour les seuls chiites. Pour cela, ils ont développé un double langage : des symboles chiites pour consolider la cohésion interne et un vocabulaire islamique plus large, centré sur l’anti-impérialisme et la résistance, pour s’adresser aux sociétés musulmanes dans leur ensemble. Cette dimension explique que la politique régionale de l’Iran puisse être à la fois marquée par des alliances confessionnelles dans les faits et par un discours panislamique dans sa rhétorique.

Les attentats suicides et la valorisation du sacrifice dans la guerre constituent un exemple particulièrement révélateur de ce mécanisme. Ils illustrent la manière dont la République islamique a réussi à transformer un imaginaire religieux chiite en instrument de mobilisation politique capable de circuler bien au-delà de son cadre confessionnel, avec un mode opératoire fondé sur la combinaison entre croyance révolutionnaire et guerre asymétrique. L’éthique du sacrifice propre au chiisme radical donne une valeur politique au martyre et s’accorde avec des formes de conflit prolongé et indirect.

Dans le chiisme, la mémoire de Karbala et du martyre de l’imam Husayn occupe une place centrale. Le sacrifice volontaire face à une puissance injuste y est interprété comme un acte moral supérieur qui confère au martyr une dimension rédemptrice et exemplaire. Après la révolution de 1979, cette symbolique est activement réinterprétée par le régime iranien. Pendant la guerre Iran-Irak, les autorités iraniennes mobilisent massivement ce langage du martyre pour encourager l’engagement et le sacrifice. Les volontaires des milices Bassidj sont présentés comme les héritiers des compagnons de Husayn et la mort sur le champ de bataille est décrite comme une répétition contemporaine de Karbala.

C’est dans ce contexte que se développent certaines pratiques militaires inédites, notamment les opérations sacrificielles et les attaques suicides. Dans les premières années de la guerre contre l’Irak, des vagues de volontaires iraniens sont envoyées dans des assauts extrêmement risqués, parfois pour ouvrir des champs de mines ou pour briser les lignes irakiennes. Ces actions sont explicitement décrites dans la propagande iranienne comme des actes de martyre et non simplement comme des opérations militaires.

Le même imaginaire est exporté au Liban à partir du début des années 1980 avec la création du Hezbollah, mouvement chiite soutenu et encadré par l’Iran. Les premiers attentats suicides modernes visant des objectifs occidentaux apparaissent précisément dans ce contexte, notamment les attaques contre les forces américaines et françaises à Beyrouth en 1983. Là encore, l’opération est présentée comme un acte de martyre inspiré par la tradition de Karbala et par la culture du sacrifice que la révolution iranienne a remise au centre de la politique islamique.

Ce qui est particulièrement important est que cette pratique dépasse rapidement le cadre chiite. Dans les années 1990, l’organisation palestinienne Hamas, issue de la mouvance des Frères musulmans, adopte la tactique des attentats suicides contre Israël et la présente elle aussi comme un acte de martyre. Bien que le Hamas soit un mouvement sunnite, son vocabulaire et sa mise en scène du sacrifice reprennent des éléments du registre symbolique popularisé par le Hezbollah et par la révolution iranienne. Le martyr devient la figure centrale d’une guerre asymétrique menée par des acteurs non étatiques contre un adversaire militairement supérieur.

La diffusion ne s’arrête pas là. À la fin des années 1990 et au début des années 2000, l’organisation sunnite transnationale Al-Qaïda transforme à son tour l’attentat suicide en arme stratégique globale. Les opérations spectaculaires menées par ce réseau, culminant avec les attentats du 11 septembre 2001, reposent sur la même logique de sacrifice volontaire présenté comme un acte religieux et politique. Bien que l’idéologie d’Al-Qaïda s’inscrive dans le salafisme jihadiste et non dans le chiisme, la tactique et la dramaturgie du martyre avaient déjà été largement expérimentées et médiatisées dans les conflits impliquant l’Iran et le Hezbollah.

On voit ainsi très concrètement ce que signifie l’« identité révolutionnaire exportable » de la République islamique. À l’intérieur, le régime mobilise les symboles spécifiquement chiites de Karbala et du martyre pour renforcer la cohésion et la légitimité de la révolution. À l’extérieur, ces mêmes symboles sont traduits dans un langage plus universel de résistance islamique et d’anti-impérialisme. Cette traduction permet à certaines pratiques, comme l’attentat suicide présenté comme acte de martyre, de circuler dans l’ensemble du monde musulman et d’être adoptées par des mouvements très différents, du Hezbollah libanais au Hamas palestinien puis aux organisations jihadistes transnationales comme Al-Qaïda.

Vers la normalisation ?

En somme, l’islamisme chiite se situe à la croisée de trois histoires. La longue histoire du chiisme et de ses doctrines d’autorité et de martyre. L’histoire plus récente de l’islamisme qui, au XXᵉ siècle, a transformé l’islam en projet politique global. Et enfin l’expérience révolutionnaire moderne qui a transformé une doctrine religieuse en institutions étatiques. La République islamique d’Iran représente la cristallisation de cette rencontre. C’est un régime clérical duodécimain qui a appris de l’âge islamiste comment organiser, mobiliser et internationaliser son projet, et qui a transformé la mémoire sacrée chiite en ressource durable de légitimité intérieure et de projection stratégique.

La question qui se pose est donc de savoir si ce système idéologique et politique peut évoluer vers une « normalisation » et devenir un acteur qui n’a plus pour raison d’être la volonté de changer le monde. L’expérience du Hamas, descendant des grands frères sunnites de l’islamisme politique, suggère qu’un tel changement n’est pas le plus probable. Pendant presque deux décennies, les dirigeants israéliens ont cru que la milice islamiste palestinienne était capable d’évoluer pour devenir une sorte d’Organisation de libération de la Palestine musulmane, et que la responsabilité d’un mini-État à Gaza créerait une situation où la pratique transformerait l’idéologie pour faire triompher le pragmatisme. Le 7 octobre à 6 h 30, cette hypothèse a été brutalement démentie. Renoncer au rejet total et définitif d’une existence politique juive dans la région et à la lutte armée comme stratégie pour y parvenir signifierait pour ses responsables que le Hamas ne serait plus le Hamas. Il n’est donc pas déraisonnable de penser que les héritiers de Khomeiny ne seront pas radicalement différents de ceux de Hassan el-Banna.

Les tyrans finissent mal, en général…

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Ayatollah… Ayaplula !


Samedi dernier, le régime iranien a été frappé à la tête. Une large part de l’appareil sécuritaire a été pulvérisée et le vieux Guide suprême, Ali Khamenei, a été éliminé par l’aviation israélienne. En quelques heures, la chaîne de commandement d’un système honni qui pend ses opposants, écrase les femmes et tire à balles réelles sur sa jeunesse a vacillé. 

On discute la méthode, on pleure sur les décombres du droit international, on disserte encore sur la stabilité régionale menacée, le chaos à venir, le prix des hydrocarbures. Très bien, c’est l’inaliénable privilège de la démocratie. Mais ce qui frappe tout de même aujourd’hui, c’est la gêne feutrée d’une partie de notre classe politique. 

A lire aussi, Ivan Rioufol: Iran: l’histoire qui s’écrit contrarie Macron

Depuis des années, une frange de la gauche européenne, autour des bonnes âmes de La France insoumise ou dans l’orbite d’un Pedro Sanchez, a installé une grille de lecture paresseuse : le désordre du monde vient d’abord d’Occident. L’ennemi prioritaire est à Jérusalem ou à Washington, le reste relève du « contexte », des causes lointaines, de l’Orient compliqué… On peut haïr Benjamin Netanyahou, vomir Donald Trump, contester leurs choix et leur politique, mais lorsque la détestation devient si exclusive qu’elle conduit à s’accommoder de la nature criminelle de la République islamique d’Iran, il ne s’agit plus de nuance, mais d’aveuglement volontaire. À l’époque de Staline, les réflexes des compagnons de route étaient les mêmes. N’est pas Victor Serge, André Gide ou Arthur Koestler qui veut.

Qu’on se comprenne bien. Le pouvoir islamique n’est pas une abstraction géopolitique que l’on manipule dans des colloques. C’est un régime totalitaire qui emprisonne, torture, tire sur ses étudiants et transforme la haine de l’Occident en carburant hautement inflammable. Le mouvement « Femme, Vie, Liberté » n’était ni une manœuvre étrangère ni un slogan importé, c’était un cri vital, arraché à la peur.

Dans la petite meute des effarouchés, il y a les esthètes de la diplomatie comme l’élégant Dominique de Villepin, toujours au-dessus de la mêlée, l’indignation sélective soigneusement pliée dans la poche. Le verbe fort et ample pour condamner les frappes occidentales, la voix plus veloutée lorsqu’il s’agit de qualifier frontalement le régime des assassins. Un art consommé de l’équilibre : dénoncer avec emphase ce qui vient de Tel-Aviv ou de Washington, et envelopper Téhéran dans les brumes rassurantes du « dialogue » et de la « désescalade », notre ancien Premier ministre sait faire. D’aucuns appellent cela « hauteur de vue » ; d’autres diront plutôt posture de fat enivré de lui-même.

A lire aussi, Gil Mihaely: Chiites et sunnites, les Frères musulmans en armes

Il faut, en vérité, un certain talent pour se proclamer défenseur des peuples tout en ménageant ceux qui les oppriment. Une discipline mentale solide pour préférer haïr des dirigeants occidentaux plutôt que soutenir, sans ambiguïté, un peuple iranien qui risque la prison, la torture et la mort pour un slogan, et aspire à se libérer de ses tyrans.

Les Iraniens n’ont pas ce luxe-là. Ils ont les prisons d’Evin, les potences dressées à l’aube et les enterrements nocturnes. Nul ne peut donc leur reprocher de remercier sans chichis « Bibi » et « Abou Ivanka »…

La morale, au fond, est une affaire de priorité. Lorsque la priorité n’est pas le peuple iranien mais toujours l’Occident à blâmer, ce n’est plus une erreur d’analyse ni une subtilité stratégique, c’est une désertion, une fuite – parfois lyrique, souvent confortable -, mais une fuite.

On peut se tromper de diagnostic, débattre des moyens, mais détourner le regard et prendre une mine dégoûtée quand une dictature s’effondre et qu’un peuple peut se libérer après 47 ans d’enfer ne relève pas de l’intelligence critique. Cela porte un nom plus simple, et infiniment moins glorieux : la lâcheté.

🎙️ Podcast: Publication-choc, « LFI, anatomie d’une perversion »

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Jean-Luc Mélenchon et Manuel Bompard lors d'un meeting pour soutenir la candidate LFI à la mairie de Paris, Sophia Chikirou, au Cirque d'Hiver, Paris, le 30 janvier 2026. Stephane Lemouton/SIPA

Avec Daniel Salvatore Schiffer et Jeremy Stubbs.


Le livre collectif, LFI, anatomie d’une perversion, dirigé par Pierre André Taguieff et coordonné par David Reinharc, paraît aujourd’hui aux éditions David Reinharc. Une soixantaine de contributeurs – Michel Onfray, Philippe Val, Raphaël Enthoven, Dominique Schnapper, Robert Redeker, Florence Bergeaud-Blackler, Renée Fregosi, Bérénice Levet, Judith Weintraub, Guy Bensoussan, Brice Couturier, Jean-Paul Lilienfeld, Samuel Fitoussi, Jean-Eric Schoettl, Noémie Halioua… – dissèquent les affinités idéologiques, la stratégie électorale et les contradictions du parti de Jean-Luc Mélenchon, ainsi que la menace que représente cette formation islamogauchiste.

L’un des contributeurs, Daniel Salvatore Schiffer, philosophe, intellectuel engagé, spécialiste de la Renaissance et du dandysme, nous explique pourquoi il était urgent de consacrer un livre de plus de 400 pages à un seul parti qui n’existe que depuis 10 ans. En effet, à la veille des municipales de mars et un an avant les élections présidentielle et législatives de 2027, il fallait tirer la sonnette d’alarme au sujet d’un parti qui ne respecte ni la démocratie ni les institutions de la Ve République. Le meurtre récent de Quentin Deranque ne fait que renforcer le caractère urgent de cet avertissement.

A lire aussi: Jean-Luc Mélenchon: l’ivresse de la radicalité

Sur le plan idéologique, LFI a remplacé la lutte des classes par une lutte des races. Sur le plan de l’action, les LFIstes – selon les termes définis par le sociologue Max Weber – font fi de l’éthique de la responsabilité au profit d’une pure éthique de conviction. Parce que, pour eux, ils sont du bon côté de l’histoire, ils se croient tout permis, y compris une approbation à peine voilée de la violence.

Si, malgré tous leurs excès, ils trouvent toujours grâce auprès de certaines sections de l’électorat, c’est parce qu’ils jouissent d’une indulgence extraordinaire de la part de politiques et de médias qui n’ont pas le courage de les condamner. Cette abdication représente une nouvelle « trahison des clercs », selon le livre de Julien Benda qui porte ce titre.

En particulier, la proximité de LFI avec les milieux islamo-gauchistes est coupable à un moment où Israël et les Etats-Unis essaient de neutraliser la menace que le régime des mollahs en Iran fait planer au-dessous de la paix au Moyen-Orient et de la sécurité dans les démocraties occidentales. Par ses récentes déclarations, Emmanuel Macron a montré que, pour sa part, il peine toujours à comprendre la stratégie d’Israël et la nécessité de désamorcer la menace islamiste. écoutez 👇

LFI, anatomie d’une perversion, sous la direction de Pierre-André Taguieff, coordonné par David Reinharc (Editions David Reinharc, 2026), 424 pp.

Daniel Salvatore Schiffer D.R.
Daniel Salvatore Schiffer.

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Iran: d’un Khamenei au suivant?

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Mojtaba, fils du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, photographié à Téhéran le 31 mai 2019 © Vahid Salemi/AP/SIPA

Aux dernières nouvelles, c’est Mojtaba Khamenei qui tenait la corde pour succéder à son père comme guide suprême à Téhéran. Malgré la mort de Ali Khamenei, le régime iranien reste puissant grâce au corps des Gardiens de la révolution. Cette probable succession reflète les intérêts économiques et politiques du système. Tout accommodement diplomatique avec cette dictature est illusoire, soutient notre contributeur.


La mort de Khamenei et d’une grande partie des responsables du régime dans ce qui restera dans l’histoire comme un fantastique succès du renseignement, du commandement, de la technologie et du professionnalisme israéliens n’a cependant pas anéanti le potentiel de nuisance de la dictature iranienne et ne l’a pas entièrement décapitée. 

No Pasdaran !

Sur le plan militaire, la chaîne de commande des Pasdaran est décentralisée, ce qui laisse une autonomie d’action aux directions régionales. Dans un pays trois fois grand comme la France, cela implique que le travail d’éradication militaire entrepris par les Américains et les Israéliens risque d’être long mais aussi que les initiatives de commandants locaux expliquent peut-être des décisions incompréhensibles. Bombarder des pays arabes alliés ou neutres avec l’idée que ces pays demanderont aux Américains d’arrêter la guerre, Israël n’aurait pas pu rêver d’une décision aussi absurde. Mais il se peut que la faible répercussion de l’assassinat en 48 heures de dizaines de milliers de manifestants désarmés en janvier ait entrainé les Mollahs dans un sentiment d’omnipotence.

Sur le plan institutionnel, à la mort du Guide le samedi 28 février fait suite un triumvirat intérimaire en accord avec la Constitution. Mais dès mardi, ce triumvirat devait céder la place à Mojtaba Khamenei, fils de Ali Khamenei, élu par l’Assemblée des experts. Cette nomination n’était pas officiellement confirmée le mercredi 4 mars au soir.

Pas assez expert, mon fils !

Mojtaba n’est qu’un clerc de rang moyen alors que la loi impose que la place de maître absolu du pays soit attribuée à un dignitaire religieux de haut niveau. Ce problème s’était posé en 1989 avec son père, qui à l’époque du Shah avait passé plus de temps en prison que dans une université religieuse… Il devait son élection à une alliance avec le rusé Rafsandjani qui sut convaincre l’Assemblée des Experts d’assouplir ses critères pour barrer la route au successeur désigné, l’Ayatollah Montazeri, qui s’était permis de dénoncer les énormes massacres dans les prisons quelques mois auparavant.

Une fois nommé Guide Suprême, Khamenei a marginalisé Rafsandjani. Il s’est fait attribuer le titre d’Ayatollah puis l’appellation de Marja et Source d’imitation, censée lui conférer un prestige équivalent à celui de Ali Sistani de Najaf, considéré comme la plus grande autorité religieuse du chiisme duodécimain.

Le vieux Sistani, 95 ans, qui s’était pourtant toujours opposé à la doctrine de Khomeini de tutelle absolue du juriste religieux sur le politique, Velayat-e faqih, a reconnu le caractère de martyre à la mort de Khamenei. Les familles des innombrables victimes de ce dernier apprécieront…

Au boulot !

Ali Larijani DR.

Les faibles compétences de Mojtaba Khamenei sont passées au second rang, alors que d’autres candidats, tel Alireza Arefi, membre du triumvirat, ou le petit-fils de Khomeini avaient un pedigree religieux plus fourni. En revanche, l’insubmersible Ali Larijani ne pouvait pas postuler car il n’est pas un clerc. Apprécié par certains occidentaux qui le considèrent comme un politicien influent, cultivé et réaliste, il a couvert et parfois encouragé tous les crimes d’un régime où il a par ailleurs beaucoup d’ennemis.

Mojtaba porte un turban noir, il descend donc du prophète et son absence à la réunion au cours de laquelle son père a été tué passera pour un miracle signant la bienveillance à son égard de l’imam caché.

La rapidité avec laquelle l’Assemblée des experts l’a choisi indique la pression des Pasdaran, les Gardiens de la Révolution. Ceux-ci sont en effet ses partenaires dans la mise en coupe réglée de l’économie iranienne. C’est le Guide Suprême et lui seul qui dispose des biens confisqués après la révolution de 1979. Ce gigantesque conglomérat, évalué à près de 200 milliards de dollars fait de la famille Khamenei l’une des plus riches du monde. Dans un Iran dont la population vit dans la misère, ces richesses servent, sous couvert d’un discours religieux, guerrier, messianique, violemment anti-occidental et prônant ouvertement l’annihilation d’Israel, à consacrer aux activités militaires, au soutien des proxies et à une charité intéressée des sommes considérables. 

Bons sentiments

Les Pasdaran profitent de leur mainmise sur des ressources énergétiques devenues difficiles à exporter du fait des sanctions internationales pour se livrer à un juteux trafic de minage de bitcoins. Grâce aux machines énergivores d’analyse cryptographique, l’embargo a transformé à leur profit l’électricité issue de gaz ou de pétrole en actifs numériques liquides. Nul doute que Mojtaba Khamenei connait ces mécanismes mieux que la jurisprudence religieuse. 

Soutenu par de tels profiteurs, par les militants fanatiques et les familles pauvres à qui les fils enrôlés dans les Bassidji ouvrent une promotion sociale, le régime ne s’effondrera que par une guerre. J’ai du mal à comprendre comment des hommes politiques sincères peuvent vitupérer les violations du droit international, promouvoir le retour à la table des négociations et exciper du risque de chaos pour appeler, in fine, à faire confiance à une ONU gangrenée et inefficace.

Je me demande comment les mêmes auraient réagi en juin 40 et plus tard aux tentatives de paix séparée des nazis. Je pense à la photo d’Emmanuel Macron, à son sourire un peu crispé avec le président iranien feu Ebrahim Raissi, protégé de Ali Khamenei et auteur principal des massacres de 1988. A quoi bon parler à un tel homme qui ne connait que les rapports de force ? Le régime des mollahs est une honte absolue et un danger pour Israël mais aussi pour le monde démocratique et laïque.

Tout accommodement est une illusion. Le peuple iranien n’a pas aujourd’hui les moyens, on l’a vu en janvier, de renverser seul une dictature aussi féroce. Aider ce peuple, c’est nous aider nous-mêmes. Se limiter aux bons sentiments et aux belles paroles relève de l’aveuglement et devient une obscénité.

«Je veux renverser la table. Le redressement de la capitale est possible»

L'eurodéputée Sarah Knafo. © Photo: Hannah Assouline

La campagne glamour et colorée de Sarah Knafo est aussi celle d’une candidate qui maîtrise tous ses sujets. À l’écoute des familles et des commerçants, défendant la sécurité autant que la beauté, elle propose un plan « Haussmann 2.0 » pour tourner la page des années Hidalgo. Et se targue d’être la seule qui fera l’union des droites plutôt que l’alliance avec les macronistes.


Relire la première partie.

Causeur. Peut-on mener une politique de la beauté à Paris ?

Sarah Knafo. Pourquoi pas, puisqu’il y a aujourd’hui une politique de la laideur ? Je veux rétablir le mobilier urbain iconique de Paris. Nous allons remplacer les bancs, les réverbères, les corbeilles de rue, les abribus et les kiosques à journaux avec des modèles fidèles à l’identité esthétique de Paris. Je vais mettre l’urbanisme au service du Beau. Ce qui a fait la beauté de Paris, c’est un cahier des charges précis pour toutes les nouvelles constructions, comme dans tant de villages magnifiques de Normandie ou du Pays basque, qui exige que les nouvelles constructions s’insèrent harmonieusement dans le paysage. Il faut rompre définitivement avec l’idéologie du « fonctionnalisme » architectural. Les émules de Le Corbusier, cet architecte qui voyait la merveilleuse Rome comme un « musée des horreurs », parce qu’il détestait la beauté, l’ornement, la décoration, les fontaines… Ces gens ont tellement abîmé Paris ! Je propose de renouer avec les principes du baron Haussmann, encore étudiés aujourd’hui par les urbanistes du monde entier, car il a su bâtir une ville lumineuse, intelligente, propre et harmonieuse.

Une « politique de la laideur » : mobilier urbain et dispositifs de voirie, en rupture avec l’héritage haussmannien et le souci du Beau. DR.

Vous voulez qu’on construise des pastiches haussmanniens ?

Non. Je veux qu’on retrouve ce qui a fait la force de l’urbanisme parisien pendant des siècles : innover sans renier. Regardez la place des Vosges en 1612, avec ses briques et ses arcades, puis le Paris d’Haussmann deux siècles et demi plus tard, avec sa pierre de taille et ses grands boulevards. Tout a changé, les matériaux, les échelles, les usages, et pourtant c’est la même ville, la même élégance, la même évidence. Demandez à n’importe quel touriste américain, il vous dira « that’s so french ». Jusqu’au xxe siècle, chaque génération a amélioré le style, en utilisant des matériaux plus durables, des techniques plus audacieuses, sans faire totalement table rase. Et puis on a rompu avec cette tradition. Mon ambition, c’est de renouer avec cette exigence du Beau qui a fait de Paris la plus belle ville du monde.

Ce qui nous amène à la question du logement. Aujourd’hui, Paris est peuplée de bourgeois, de fonctionnaires et de pauvres qui les servent. Comment faites-vous pour faire revenir les familles et les classes moyennes ?

Je mets fin à la politique socialiste qui a créé la pénurie, avec l’encadrement des loyers et la folle politique qui veut transformer Paris en HLM géant. Nous sommes aujourd’hui à 25 % de logements sociaux, le candidat de gauche veut arriver à 40 %.

Ce faisant, Anne Hidalgo n’a-t-elle pas défendu les locataires et les classes populaires ?

L’encadrement des loyers est la pire des fausses bonnes idées, et on le sait depuis longtemps. Les mesures d’encadrement des loyers prises à travers la planète s’arrêtent en moyenne au bout de cinq ou six ans, tant ses résultats sont catastrophiques. En France, on a voulu en sortir dès 1948 (avec la loi libérant les loyers des logements neufs ou rénovés). On avait déjà compris que cette mesure communiste produisait de la pénurie et donc l’impossibilité de se loger. Même François Mitterrand n’est pas revenu dessus ! Il a donc fallu attendre Emmanuel Macron et Édouard Philippe pour que la loi permette aux collectivités qui le souhaitaient d’encadrer les loyers. Seules des villes de gauche l’ont utilisée. Ce qui n’a évidemment pas empêché les loyers de continuer de monter. La Mairie de Paris parle d’une « modération de la hausse des loyers ». En français normal, ça veut dire : « Les loyers augmentent ! »

Comment expliquer ce paradoxe ?

Par le fait que chaque fois que vous tentez de brider l’économie, l’économie se venge. Les propriétaires décident de louer leurs biens sur Airbnb pour retrouver de la rentabilité, par exemple…

Anne Hidalgo lors d’une cérémonie marquant le quatrième anniversaire de la police municipale parisienne, Paris, 28 novembre 2025. (C) Franck Derouda/SIPA

Oui, mais la Mairie leur a imposé une limitation du nombre de nuits autorisées en Airbnb – 90 par an au maximum.

Raison pour laquelle certains propriétaires ont tout simplement renoncé à louer leur bien, se retrouvant alors à payer une taxe sur les logements vacants ! Les plus malins toutefois ont trouvé une autre martingale : louer leur bien avec le statut de résidence secondaire, qui échappe à l’encadrement des loyers. Qu’a fait la mairie ? Elle a créé une brigade de contrôle des locations ! Trente inspecteurs qui vont voir les locataires pour les pousser à attaquer leur propriétaire en justice afin de faire requalifier leur bail en résidence principale ! Il faut que cette absurdité cesse. Notez qu’à l’échelle nationale, nous sommes seulement deux candidats de ces municipales à proposer de déplafonner les loyers : Jean-Michel Aulas à Lyon, et moi à Paris. Les autres n’y ont pas pensé un seul instant.

Vous avez un autre point commun avec Aulas. Lui non plus ne connaît pas le tarif du ticket de métro…

Mais non, c’était le Passe Navigo ! Le ticket de métro, je le connais puisque comme je n’ai plus de Passe, je prends des tickets justement ! Bon, j’aurais préféré ne pas me tromper, mais voilà le scoop : je ne suis pas ChatGPT. Les journalistes et mes adversaires ont été ravis. J’espère qu’ils ont bien profité, car je n’ai pas l’intention de passer la campagne à leur faire plaisir. (Rires.)

C’est certes démagogique, mais cela nourrit le procès en déconnexion.

Bof. Je mène une vie normale, comme des millions de gens, j’ai une vie professionnelle et une vie de famille. Je fais mes courses, je cuisine, je marche. Tout ce monde politique là est très nouveau pour moi. Je n’ai ni chauffeur ni protection policière.

Vous en faudrait-il une ?

Je ne me pose jamais cette question. Je n’aime pas me victimiser.

Vous dites que la droite ne peut plus se permettre de se chamailler. Et cela vaut pour Paris, mais aussi pour la France. Si Marion Maréchal vous tendait la main pour faire l’union des droites, que répondriez-vous ?

Et pourquoi pas ! Nous ne sommes pas des milliers à porter ce discours, alors un jour… Si on m’avait dit que Causeur essaierait de nous réconcilier !

Sophia Chikirou, votre concurrente Insoumise a déclaré sur Radio Nova que vous lui faisiez penser à Dexter, ce fameux tueur en série. Ça vous a énervée ?

En gros, elle dit que je suis super sur la forme, souriante et sympa, mais que cela doit cacher quelque chose. C’est un raisonnement de parano. Je ne vais tout de même pas me déguiser en loup-garou pour ressembler à l’image que LFI se fait de moi ! Je n’ai pas de programme bis ni d’agenda caché. Il n’y a pas de Sarah Knafo derrière Sarah Knafo. Par ailleurs, elle semble ignorer que Dexter est un justicier qui tue des criminels. Je ne sais pas quels criminels elle me voit tuer, mais je vais me contenter de tuer ses idées dans les urnes !

Il est difficile de ne pas évoquer la mort de Quentin Deranque, à Lyon, qui n’est évidemment pas sans lien avec la violence des Insoumis. Ce drame semble avoir dessillé une bonne partie de nos concitoyens. Assiste-t-on à un tournant majeur ?

J’aimerais être aussi optimiste sur ce point. Mais après le 7-Octobre, certains nous annonçaient déjà la déconfiture de l’extrême gauche. Ils disaient qu’en soutenant le Hamas, les Insoumis avaient franchi une ligne rouge… Manifestement, en France, il y a un public pour ce genre de positions. On nous disait même que les socio-démocrates seraient obligés de prendre leurs distances. Pourtant, l’année suivante, le PS confirmait son alliance avec LFI aux législatives. Il faut ne jamais oublier que la gauche ne recule jamais.

Revenons à la campagne parisienne. Rachida Dati se serait moqué du candidat socialiste Emmanuel Grégoire et de son équipe, qu’elle aurait accusés de « conspiration gay ». La communauté gay est importante à Paris. Beaucoup d’homosexuels viennent s’installer dans la capitale parce qu’ils veulent jouir du droit à l’indifférence. C’est aussi ça, une ville heureuse ?

Je suis comme vous très attachée à la liberté des individus. Leur sexualité relève de leur liberté.

Méfiez-vous, vous pourriez devenir une icône gay. Passons. On dirait que vous essayez de lisser votre discours et votre image.

Vous vous trompez. Je ne lisse pas mon discours. Je ne cherche pas la « normalisation ». Sur le plan économique, scolaire, régalien, culturel, notre système est à bout de souffle. Moi, je veux renverser la table.

Vous prônez l’Union des droites mais, certains pensent qu’à Paris, la multiplicité des candidatures pourrait au contraire faire perdre la droite. Comment répondez-vous ? Que ferez-vous si vous arrivez en tête ? En deuxième position ?

Au premier ou au second tour, je ferai exactement la même chose : je ferai gagner la droite, rien que la droite, et toute la droite. Comment ? Je suis la seule qui, avant même le premier tour, prône l’union des droites. Je vais tout faire pour la faire triompher. Avec moi, il n’y aura aucune mauvaise surprise. Je tendrai la main aux autres. Ceux qui la refuseraient feraient perdre la droite. Mais ils refusent de répondre clairement. Alors que nous avons une chance historique de gagner Paris, ils jouent avec le feu. Il faut une candidature sans risques, sans zones d’ombre, sans mauvaises surprises. C’est la mienne. La seule vraie candidature de droite, c’est celle qui veut l’union des droites, qui la propose dès maintenant à ses concurrents, et qui s’engage à la respecter quoi qu’il arrive. En clair, le seul vote utile c’est moi !

Le train des municipales en cache-t-il un autre ?

Vous voulez dire : y aura-t-il un impact national ? J’espère bien ! La droite peut gagner Paris, le redressement de la capitale est possible. Si nous y arrivons, cela sera un exemple pour le pays tout entier.

Et si vous n’y arrivez pas, avez-vous pensé à la suite ?

Je ferai la même chose. Et je ferai la même chose partout. À Paris, en France. C’est la même personne, la même méthode, la même mission, la même droite. Je dois cette clarté et cette permanence aux électeurs. Je veux qu’ils sachent qui je suis, quel est mon projet, quelles sont mes idées. Je suis créative et j’évolue, mais je ne change pas de direction selon la météo politique du jour.

Si vous faites un bon score, beaucoup de commentateurs penseront à Jacques Chirac, élu maire de Paris en 1977 grâce aux conseils de votre amie Marie-France Garaud, avant de se présenter aux présidentielles dès 1981. Que vous le vouliez ou pas, beaucoup diront que vous êtes la meilleure candidate pour Reconquête ! en 2027.

Mon ambition pour 2027, c’est d’être maire de Paris depuis un an et que le peuple parisien se dise qu’il a bien fait de m’élire. Même vous, les ronchons, vous pourrez vivre dans une ville heureuse !

La guerre à la plage

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Bombardement israélien sur Beyrouth, 4 mars 2026. Au second plan, l'aéroport international Rafic Hariri © CHINE NOUVELLE/SIPA

Elisabeth Levy évoque les Français bloqués au Moyen-Orient. L’Etat, c’est pas ta mère ! lance-t-elle lors de sa chronique matinale. Nous vous proposons de l’écouter.


Avec la guerre, des milliers de Français sont bloqués au Moyen-Orient. On ne risque pas de l’oublier car en plus de toutes les vidéos bouleversantes des influenceuses à Dubaï, quand elles ne savent plus quoi dire sur cette guerre qui continue et ce régime iranien qui tient bon, les chaines info diffusent d’émouvants reportages sur ces sinistrés d’un nouveau type : les touristes coincés dans une zone de conflit, indignés d’être abandonnés. Quand ils arrivent enfin à Paris, les micros se tendent pour recueillir le récit de leur calvaire. Scoop : tous ont des familles, des boulots et des vies à reprendre. Que fait le gouvernement ?

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300 à 400 000 Français sont établis dans la région. Pour l’essentiel, eux se débrouillent. Ce sont surtout les vacanciers affolés qui ont contacté le ministère des Affaires étrangères. 36000 sont inscrits sur le fil d’Ariane, la plateforme du Quai d’Orsay et il y a eu 7000 appels à la cellule de crise. Quelques rares vols de rapatriements, notamment sanitaires, ont pu être effectués. Sinon, les agents de l’Etat écoutent, enregistrent et conseillent des itinéraires pour rallier un aéroport ouvert. Ils n’ont pas de portables, ces touristes, pour devoir demander à Paris comment aller de Tel-Aviv au Caire ?

Elisabeth Lévy est sans cœur. On aimerait bien la voir, attendant sans savoir, avec des enfants en bas âge…

Oui, peut-être que j’appellerais moi aussi pour qu’on vienne me chercher mais trop de cœur, ça empêche de penser. Il est désagréable, voire effrayant d’attendre dans un hôtel ou un aéroport de pouvoir rentrer chez soi. Mais je pense aux Gazaouis, aux Libanais, aux Israéliens des kibboutz et des frontières. La guerre n’a pas gâché leurs vacances, elle a détruit leurs vies.

Nous assistons à une collision anthropologique. D’un côté le tourisme ne voit dans la planète sans-frontiérisée que des sites à visiter, des peuplades exotiques à découvrir et des méga-centres commerciaux à arpenter. De l’autre, la réalité ancestrale de la guerre – eux ou nous. Les vacanciers découvrent que l’Histoire n’est pas un manège d’où on descend à la fin du tour.

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Ils se tournent, bien sûr, vers maman-gouvernement, comme on faisait à 16 ans quand on était en rade à l’autre bout du monde. La grandeur de l’âge adulte c’est qu’on est responsable de soi. Le contrat social dit que l’Etat doit nous protéger. Pas vivre à notre place. L’Etat n’est pas ta mère. Ni un tour-operator. Le gouvernement français ne peut pas arrêter la guerre pour évacuer ses ressortissants. Si nos ancêtres avaient été aussi démunis, dépendants face aux aléas, je ne suis franchement pas sûre que l’espèce aurait survécu. Comme l’écrit l’immense Philippe Muray, l’Occident meurt en bermuda.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Transitions secrètes des enfants: la Cour suprême siffle la fin de la récré

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La Cour suprême des États-Unis à Washington. DR.

La Cour Suprême vient de donner raison aux conservateurs concernant la transition de genre dans les écoles en Californie. La Thomas More Society a qualifié cette décision de « décision la plus importante en matière de droits parentaux depuis une génération ».


La chaîne conservatrice Fox News se félicitait hier de la décision. Capture.

Ce lundi, la Cour Suprême américaine a déclaré illégale une nouvelle loi de l’État de Californie, visant à interdire aux écoles de signaler aux parents l’intention de leurs enfants de changer de genre. Cet arrêt est le résultat d’un recours effectué par deux groupes de parents représentés par la Thomas More Society[1]. Les opposants à la loi argumentent que le texte favorise la transition de genre des enfants, en rendant plus difficile la communication entre les parents et l’école de leurs enfants. L’État de Californie argumente, à l’inverse, que le texte préserve le droit à la vie privée des enfants s’agissant de l’expression de leur genre, surtout dans les cas où les familles rejetteraient leur volonté de transition.

Une majorité de cinq juges

Dans une ordonnance non signée, exprimant l’avis de la Cour, la majorité conservatrice de la Cour Suprême a affirmé que « les parents qui revendiquent le libre exercice de leur religion ont des convictions religieuses sincères en matière de sexualité et de genre, et ils estiment avoir l’obligation religieuse d’élever leurs enfants conformément à ces convictions. Les politiques de la Californie violent ces convictions ». L’arrêt affirmant ensuite que la loi entraverait en fin de compte le libre exercice de la religion. Parmi les neuf juges de la Cour Suprême, cinq des conservateurs ont soutenu la décision, tandis que trois, qualifiés souvent de progressistes, se sont opposés au texte.

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Cette décision réaffirme à nouveau la division traditionnelle entre juges progressistes et conservateurs. Samuel Alito, juge conservateur nommé par George W. Bush en 2006, a affirmé que « la pratique d’éduquer son enfant selon ses propres convictions religieuses, tout comme tous les actes et pratiques religieux, bénéficient d’une large protection au sein de notre Constitution. » L’affirmation du juge reflète une vision centrée sur la défense de la liberté des individus que les États ou les juges ne doivent pas restreindre, notamment pour imposer leur modèle de société.

Le ministère de l’éducation en cours de démantèlement par Trump

Samuel Alito ainsi que les quatre autres juges conservateurs de la Cour Suprême, s’inscrivent dans ce contexte, dans une interprétation de la Constitution américaine selon les intentions originelles des Pères fondateurs. C’est en ce sens que leur vision est conservatrice.

Les juges libéraux, à l’inverse, promeuvent une interprétation positiviste de la Constitution, fondée sur l’adaptation de la loi aux circonstances de la société actuelle. Dans leur déclaration d’opposition à la décision, les trois juges libéraux ont affirmé que les écoles publiques « offrent aux enfants de toutes confessions et de tous horizons une éducation et la possibilité de s’exercer à vivre dans notre société multiculturelle. »

Cette nouvelle décision de la Cour Suprême s’inscrit dans la lignée du démantèlement du Département pour l’Éducation par l’administration Trump depuis l’été. Ce programme est l’aboutissement de plus de quarante ans de réclamations chez de nombreux Républicains depuis la campagne de Ronald Reagan en 1980, au nom de la défense de la liberté scolaire.

Un cas semblable avait été débouté par la Cour en décembre 2025. Samuel Alito et deux autres juges ont toutefois affirmé qu’ils considéraient les politiques scolaires comme étant « d’une importance nationale grandissante. »


[1] La Thomas More Society est un cabinet d’avocats conservateur catholique d’intérêt public basé à Chicago. Le groupe s’est engagé dans de nombreuses questions de « guerre culturelle », promouvant ses convictions anti-avortement et anti-mariage homosexuel par le biais de litiges (Wikipedia).

La preuve par Nahel

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Nanterre, 29 juin 2023 © ISA HARSIN/SIPA

Après la mort de Nahel Merzouk en juin 2023 suite à un refus d’obtempérer, la justice ordonne finalement un procès pour violences et non pour meurtre à l’encontre du policier


Ces moments où l’ignorance, la partialité ou la bêtise sont contraintes de reculer sont bénis.

La cour d’appel de Versailles a rendu un arrêt salvateur dans l’affaire de Florian M., qui avait été renvoyé devant la cour d’assises pour homicide volontaire par le parquet de Nanterre, les magistrats instructeurs ayant suivi ses réquisitions.

Elle a en effet remis du droit, de la justesse et du bon sens dans l’appréciation de cette procédure ayant abouti à la mort de Nahel. Elle a remplacé l’absurde qualification de meurtre par celle, évidemment plus pertinente, de coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

Je ne pouvais pas laisser passer cet exemple du caractère fondamental des voies de recours sans m’y arrêter, pour répondre à tous ceux qui n’en comprennent pas l’utilité et voudraient seulement qu’elles correspondent à leurs désirs et à leurs préjugés.

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Ils sont scandalisés lorsque le jugement et l’arrêt se contredisent, comme s’il y avait là une démonstration de l’incohérence de la justice, alors que c’est tout le contraire: une illustration, pas seulement en matière pénale, du caractère non manichéen de la conviction qui s’élabore et des conclusions qu’on en tire.

Rien n’est plus choquant que ces partis pris qui appréhendent le processus judiciaire à la tête du client ou au gré de ses propres dilections.

Si la cour d’appel de Versailles n’avait pas rendu cet arrêt, elle aurait contraint la future cour criminelle à dilapider une partie de son temps précieux dans un débat qu’il était en effet impérieux d’éclairer juridiquement en amont. L’attention collective à venir ne sera ainsi pas détournée de l’essentiel.

Pour ces faits, autrement qualifiés, reprochés à l’accusé, elle aura bien assez à faire pour arbitrer et juger !