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🎙️ Podcast: Chine, la Grande Muraille est-elle fissurée?

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Avec Harold Hyman, Gil Mihaely et Jeremy Stubbs.


Le dirigeant de l’Etat chinois, qui est aussi – bien sûr – le chef du Parti communiste chinois, Xi Jinping, vient de terminer une opération d’épuration de ses généraux les plus gradés. Le dernier à y passer est Zhang Youxia, pourtant un vieux camarade de Xi Jinping qui a grandi avec lui. C’est aussi le dernier chef de l’Etat-major à avoir une véritable expérience du combat, expérience acquise lors de la guerre sino-vietnamienne de 1979.

Les autres généraux ne se sont pas pressés d’approuver publiquement cette action, en faisant l’éloge du leader glorieux et en dénonçant leur ancien chef militaire. Tout semble indiquer qu’il y a actuellement une lutte pour le pouvoir et une guerre de factions dans le nouvel Empire du Milieu. Ces tensions sont le fruit de la transformation du régime par Xi Jinping qui, ayant entamé un troisième mandat de président et espérant un quatrième, a remplacé la dictature du Parti, fondée quand même sur un système de règles, par une dictature personnelle.

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Il se peut aussi que Xi Jinping soupçonne l’Armée de libération populaire, dans la modernisation de laquelle il a investi des sommes pharamineuses, de ne pas être aussi performante en réalité que sur le papier, suite à des années de corruption et de détournement de l’argent de l’Etat.

Nos invités discutent de toutes ces questions, ainsi que de celles du soft power chinois, des dernières évolutions de la Nouvelle Route de la soie, et de l’ « involution » qui mine la croissance économique chinoise de l’intérieur.

Ecoutez 👇

Information: tout est sous contrôle

Contrôler et labelliser l’information est une nouvelle obsession en Europe, et singulièrement en France. Emmanuel Macron, Thierry Breton, Nathalie Loiseau et les technocrates de Bruxelles sont les artisans d’un vaste dispositif de lutte contre la désinformation associant notamment Viginum, médias publics et des projets de nouvelles régulations européennes. Sous couvert de « résilience démocratique » et de protection contre les ingérences étrangères, les outils de surveillance et de contrôle de nos réseaux sociaux, de nos médias alternatifs et des débats électoraux se multiplient. La chronique médias de Didier Desrimais


Cette information est passée totalement inaperçue. Pourtant… Le 15 octobre 2025, France Télévisions annonçait sur son site avoir noué un partenariat avec Viginum. L’objectif de cette coopération est officiellement « d’informer, sensibiliser et outiller les publics face aux risques liés aux manipulations de l’information », de « renforcer la résilience collective »face aux « fake news venues d’ailleurs »et de participer aux actions « d’éducation aux médias et à l’information », en particulier auprès des « jeunes publics ».

Les lecteurs seront (peut-être) rassurés d’apprendre « qu’en croisant expertise technique, exigence journalistique et sensibilisation des publics, ce partenariat participe au renforcement de la résilience démocratique et à la protection du débat public[1]. » Il convient maintenant d’expliquer ce qu’est Viginum et dans quel véritable but ce partenariat a été créé. 

Aie confiance…

Viginum est un service de l’État rattaché à Matignon via le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Il est chargé de la vigilance et de la protection contre les ingérences numériques étrangères. Sa création a été décidée en juillet 2021 par Emmanuel Macron, avec une idée derrière la tête qu’il est aisé de deviner. D’ailleurs… « Conscient que la création de cette nouvelle agence présente le risque de la faire passer pour un outil d’influence en ligne au service de l’exécutif français à un an de la présidentielle, le SGDSN promet la “transparence totale” sur ses actions. Un comité d’éthique et scientifique composé d’un membre du Conseil d’Etat, d’un membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel [devenu Arcom], d’un magistrat, d’un ambassadeur, de journalistes et de chercheurs veillera sur les activités de cette agence », lit-on alors dans Le Monde pour rassurer les Français. La crainte de voir ce service accomplir les noirs desseins d’un exécutif de plus en plus directif est d’autant plus légitime que, quelques mois plus tard, un nouveau décret conférera à Viginum l’autorisation de « collecter, exploiter et traiter de façon automatisée les données à caractère personnel sur les plateformes en ligne ». Une de ses missions principales sera de « détecter et caractériser les opérations qui pourraient altérer l’information des citoyens pendant les périodes électorales ». Il manquait à cette agence barbouzarde un rouage médiatique susceptible de propager efficacement, à grande échelle, un argumentaire sur les « ingérences étrangères » justifiant de possibles sanctions contre les réseaux sociaux ou les médias indépendants. Son partenariat avec France TV vient combler cette lacune.

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Le 18 mars 2025, dans le cadre de la Commission d’enquête concernant l’organisation des élections en France[2], le chef de Viginum, Marc-Antoine Brillant, a tenu à rappeler les « menaces » qui auraient motivé la création de ce service, entre autres les « soupçons d’ingérence étrangère » via TikTok ayant conduit à l’annulation de l’élection présidentielle roumaine et à l’éviction du candidat nationaliste Calin Georgescu. Lors de son audition, M. Brillant n’a pas cru bon d’évoquer les informations avancées par le média d’investigation roumain Snoop, informations sur lesquelles les médias français ne se sont pas non plus attardés. S’appuyant sur les documents déclassifiés des services de renseignements roumains, les journalistes dudit média affirmaient en effet qu’aucune preuve d’ingérence russe sur le réseau social TikTok n’avait pu être produite – ce que les dirigeants de TikTok ont confirmé. En revanche, il ressortirait de ces documents que le Parti national libéral (PNL) au pouvoir aurait alimenté de faux comptes TikTok en faveur de son adversaire, le nationaliste et eurosceptique Calin Georgescu, dans le but de diviser l’extrême droite – représentée par Calin Georgescu et George Simion – et de favoriser l’accession au second tour de son candidat…

Quoi qu’il en soit, l’annulation d’une élection présidentielle pour des motifs aussi discutables, sans preuves indiscutables d’une ingérence étrangère pourtant mise en avant pour la justifier, est une grande première en Europe. Plus tard, alors que les élections en Allemagne laisseront présager d’excellents scores pour l’AfD, Thierry Breton menacera sur RMC : « On l’a fait en Roumanie et il faudra évidemment le faire, si c’est nécessaire, en Allemagne. » Faire quoi ? Remettre en cause, au motif qu’il y aurait eu une « ingérence étrangère », les résultats des élections s’ils ne vont pas dans le sens espéré par les élites bruxelloises et mondialistes, bien entendu. De son côté, le chef de Viginum prévient : au motif que la source serait possiblement étrangère, tout ce qui, sur les réseaux sociaux, tendra « à polariser le débat public numérique sur des thèmes qui divisent et dont on sait qu’ils peuvent influencer le comportement des électeurs » et « à alimenter la défiance à l’égard des médias traditionnels » pour « détourner une partie de leur public au profit de médias alternatifs », sera notifié à qui de droit – président de la République, ministre de l’Intérieur, Arcom, juge électoral – afin d’organiser « la prise en charge et l’atténuation des risques systémiques provoqués par l’utilisation malveillante des plateformes en ligne ».

Thierry Breton et Nathalie Loiseau, contrôleurs aériens !

S’il échoue à peu près sur tout, Emmanuel Macron semble particulièrement efficace quand il s’agit de faire surveiller, voire censurer ceux qui s’opposent à son mandat ou au projet d’Europe fédérale qu’il appelle de ses vœux en espérant s’y voir attribuer une fonction majeure. La France est le pays de l’UE le plus actif et le plus influent en ce qui concerne la surveillance des médias et des réseaux sociaux. C’est un Français, Thierry Breton, qui a promu le Digital Services Act  (DSA), un service de surveillance des plateformes numériques qui est en réalité le premier étage de la tour de contrôle de l’information échafaudé par l’UE. C’est une Française, Nathalie Loiseau, qui dirige actuellement la commission chargée d’élaborer le deuxième étage de cette tour de contrôle, un Bouclier de la Démocratie Européen (BDE) constitué d’une série de mesures permettant le quadrillage complet de l’information et du contrôle de celle-ci. Le verbiage du communiqué de presse de ladite commission du 12 novembre 2025 enrobe du mieux qu’il peut les objectifs réels de ce dispositif mais ne parvient pas à les camoufler complètement. Il est ainsi prévu que « le bouclier européen de la démocratie débouchera notamment sur la création d’un nouveau Centre européen pour la résilience démocratique au sein duquel seront rassemblées l’expertise et les ressources de l’UE et des États membres afin d’accroître notre capacité collective à anticiper les menaces, à les détecter et à y réagir et de renforcer la résilience démocratique ». Pour ce faire, un « réseau européen indépendant de vérificateurs de faits sera mis sur pied et l’Observatoire européen des médias numériques développera de nouvelles capacités indépendantes de suivi et d’analyse pour l’appréciation de la situation en matière d’élections ou en cas de crise ». De plus, « un soutien financier renforcé en faveur du journalisme indépendant et local sera fourni dans le cadre du nouveau programme consacré à la résilience médiatique ». [Il faudra un jour faire l’exégèse de la notion qui entoure le mot « résilience » et analyser sérieusement l’usage abusif et intempestif qu’en font les idéologues progressistes en général et les technocrates bruxellois en particulier.] En résumé, des commissaires médiatico-politiques désignés et financés par l’UE, recrutés au sein d’organismes étatiques, d’ONG, d’associations et de médias ayant fait preuve de leur allégeance au pouvoir en place, vont être autorisés à traquer, plus particulièrement pendant les périodes électorales ou en « cas de crise » (« crise » qu’il faut entretenir = « crise sanitaire », « urgence climatique », « menace russe », etc.), les plateformes numériques, les médias alternatifs et même les particuliers qui s’opposeront au discours dominant, aux décisions prises par la Commission européenne et à l’application des directives de cette dernière. L’ONG Reporters sans Frontières (RSF) se porte naturellement candidate et en rajoute par la voix de son directeur Thibaut Bruttin : « Avec ce bouclier démocratique, la Commission européenne marque sa volonté de soutenir les médias et le journalisme comme antidotes à la désinformation, aux manipulations de l’information et aux ingérences étrangères. Mais renforcer la résilience des médias ne permettra de lutter contre ces menaces que si cette information fiable produite par les médias parvient aux citoyens. Il faut renforcer les acteurs et changer en leur faveur les règles du jeu. » Par « les acteurs », RSF désigne bien entendu les journalistes issus de ses rangs mais également les associations censées lutter contre les « théories complotistes » comme Conspiracy Watch, les médias mainstream et les fact-checkers aux ordres du pouvoir, ainsi que l’audiovisuel public. « Changer en leur faveur les règles du jeu » signifie : leur offrir tout l’espace médiatique, leur donner les clefs de la tour de contrôle, leur octroyer des moyens supplémentaires pour mater les médias dissidents et pour éduquer la population à l’information « labellisée » !

Souveraineté informationnelle : Delphine Ernotte veille

Le partenariat entre Viginum et France Télévisions semble répondre en partie aux souhaits de RSF. Delphine Ernotte écrit sur le site de France TV : « Alors que des puissances étrangères étendent leur influence sur notre espace informationnel, France Télévisions est mobilisé pour garantir l’accès de tous à une information fiable et indépendante. Grâce à l’expertise de VIGINUM, notre Groupe conforte son engagement dans la lutte contre les tentatives de manipulations, notamment par le développement d’actions de sensibilisation et de formation auprès de tous les publics. Il réaffirme ainsi le rôle essentiel des médias de service public pour la protection de la souveraineté informationnelle et culturelle, qui constitue un véritable enjeu de sécurité nationale. » Même chose du côté du chef de Viginum qui affirme vouloir « appuyer les travaux d’investigation journalistique, accroitre significativement les efforts en matière de sensibilisation à la menace informationnelle et œuvrer en faveur de la résilience démocratique. » Le discours est rodé. Il est un copié-collé de celui d’Emmanuel Macron, inspiré par la Commission européenne. Cette collaboration entre un service étatique et un média public vient compléter la panoplie des moyens mis en œuvre par une caste politico-médiatique qui sent le vent tourner. Hors de question de trop laisser les opposants s’exprimer. Hors de question de laisser les Français s’informer ailleurs que dans des médias estampillés « informateur fiable ». France TV soutenu par Viginum devient le bras armé d’un pouvoir qui a pris conscience que tout lui échappe, que les Français ne sont plus dupes et qu’ils se tournent vers des sources d’information plus proches des réalités qu’ils vivent.

La « menace informationnelle » est réelle – mais elle est aussi celle que font planer sur la liberté d’expression certains dirigeants occidentaux et les technocrates bruxellois en accumulant des dispositifs de censure. De nombreuses structures médiatiques, politiques ou associatives participent à ce contrôle de l’information. Les réseaux sociaux et les médias indépendants et alternatifs sont régulièrement la cible de ces structures peu enclines au débat et supportant mal de voir leur influence s’effriter au fil des jours. L’anathème « extrême droite » ne suffisant plus à effrayer le citoyen qui a eu sa dose de « barrage républicain », ces nouveaux commissaires politiques ont décidé de passer à la vitesse supérieure : intimidation auprès des entreprises achetant des espaces publicitaires dans ces médias, fermetures de comptes bancaires, harcèlement judiciaire, surveillance constante et innombrables signalements auprès de l’Arcom, multiplication des demandes de règles contraignantes, le tout orchestré par un gouvernement et des partis politiques aux abois, des associations doctrinaires et des médias largement subventionnés dont les Français se détournent de plus en plus mais qui n’ont rien perdu de leur pouvoir de nuisance. [À ce sujet, je conseille ardemment la lecture du dernier et très documenté numéro de la revue du média Frontières intitulé Censure, la tentation totalitaire[3], ainsi que le récent article de François Bousquet dans le JDD, Fatwa bancaire, pourquoi la droite est systématiquement visée[4].]

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Tous les moyens seront-ils bons pour empêcher les dissidents de parler ? L’UE a infligé une amende de 140 millions d’euros au réseau social X. Le siège social parisien de ce dernier est perquisitionné. L’oligarchie politico-médiatique européenne n’a apparemment pas l’intention de laisser les gens s’informer ailleurs que dans des médias « labellisés » reconnaissables à ceci : aucune de ces mesures coercitives mises en place par la Commission européenne et le gouvernement français ne semble jamais les effrayer, bien au contraire. Nos députés dits d’opposition ne semblent guère plus inquiets. C’est donc de l’autre côté de l’Atlantique que l’on tire la sonnette d’alarme. Après que J.D. Vance a répété son inquiétude devant le recul de la liberté d’expression en Europe, la Commission judiciaire de la Chambre des représentants des États-Unis vient de rendre un rapport au vitriol sur les agissements de la Commission européenne. Les propos liminaires mitraillent sec : « Bien que souvent présentée comme une lutte contre les prétendus “discours de haine” ou la “désinformation”, la Commission européenne a œuvré à censurer des informations véridiques et des discours politiques concernant certains des débats politiques les plus importants de l’histoire récente, notamment la pandémie de COVID-19, l’immigration de masse et les questions transgenres. Après dix ans, la Commission européenne a établi un contrôle suffisant sur la liberté d’expression en ligne à l’échelle mondiale pour réprimer de manière exhaustive les discours qui menacent son pouvoir. » La Commission américaine accuse la Commission européenne d’avoir « exercé des pressions sur les plateformes pour censurer des contenus avant les élections nationales en Slovaquie, aux Pays-Bas, en France, en Moldavie, en Roumanie et en Irlande, ainsi qu’avant les élections européennes de juin 2024 », ceci dans le but de « défavoriser les partis politiques conservateurs et populistes ». Elle affirme avoir en sa possession des documents prouvant ces accusations. Considérant que les réglementations (DSA, Bouclier européen, etc.) et les injonctions censoriales de la Commission européenne représentent un risque majeur pour la liberté d’expression, y compris et surtout celle des Américains, la commission américaine est décidée à dénoncer toutes les décisions de l’UE qui mettront en péril un droit fondamental : le droit à la liberté d’expression[5]

Borderline content

Liberté d’expression qui continue de fondre comme neige au soleil sous nos latitudes. Sur le média d’extrême gauche Brut, Emmanuel Macron promet de nouvelles mesures pour « lutter contre la désinformation ». D’abord, le renforcement de… Viginum et l’abaissement du seuil de vues qui déclenchait jusqu’à présent l’intervention de ce service afin que, « dès qu’il y a des indices de désinformation », ce dernier puisse agir. Ensuite, la mise en place d’un « référé “fausse information en période électorale” » permettant aux juges « d’obliger la suspension des contenus si on voit qu’ils sont en train de fausser les élections ». Il est à noter que l’extrême gauche écologiste est sur la même longueur d’onde qu’Emmanuel Macron : l’eurodéputé vert David Cormand verrait d’un bon œil « l’expulsion de X du territoire européen » (Libération, 4 février 2025). Sur RTL, Marine Tondelier déclarait carrément que « ce réseau doit être interdit en Europe ».

https://www.youtube.com/watch?v=QyNeAi8ggI8

Ces annonces présidentielles sont à rapprocher de celles de l’EU Internet Forum (EUIF) concernant un concept tout ce qu’il y a de plus orwellien. Cette instance bruxelloise a en effet inventé la notion de « borderline content » en ligne, désignant ainsi les contenus sur internet et les réseaux sociaux qui, sans être illégaux, sont considérés par des ONG et des fact-checkers mandatés par l’UE comme de la désinformation, du complotisme ou des discours haineux, et doivent par conséquent être « modérés » – en clair, invisibilisés, shadow bannés, donc censurés – par les plate-formes numériques. Sont spécifiquement visés : la « rhétorique populiste », le « contenu anti-gouvernement/anti-UE », le « contenu anti-élite », le contenu « anti-migrants et islamophobe », le « sentiment anti-réfugiés, anti-immigration », le contenu « anti-LGBTIQ+[6] ». On est loin, très loin des seuls contenus pédophiles ou terroristes, lesquels n’auront servi en fin de compte qu’à justifier le contrôle total de nos messageries numériques.  

L’air devient irrespirable en Europe. Bientôt, on étouffera. Le portefeuille d’identité numérique européen, prévu pour novembre 2026, parachèvera l’arsenal de surveillance de tous les habitants de l’UE. Un contrôle social, technologique, politique et médiatique, absolu et irréversible – Emmanuel Macron, la Commission européenne et la caste politico-médiatique aux ordres en rêvent depuis longtemps et sont proches d’y parvenir. À moins que…


« Pour abolir la vérité, il faut : enseigner l’idéologie ; instrumentaliser la presse ; propager de fausses nouvelles ; produire le réel. » Michel Onfray. Théorie de la dictature.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] https://www.francetelevisions.fr/groupe/notre-actualite/france-televisions-et-viginum-nouent-un-partenariat-pour-faire-face-a-la-menace-48116     

[2] https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO852507N024.html

[3] https://www.frontieresmedia.fr/enquetes/le-nouveau-numero-magazine-frontieres-censure-la-tentation-totalitaire-est-disponible-en-kiosq—14726

[4] https://www.lejdd.fr/Societe/enquete-fatwa-bancaire-pourquoi-la-droite-est-systematiquement-visee-166388

[5] The foreign censorship threat, part II : Europe’s decade-long campaign to censor the global internet and how it harms American speech in the united states. 3 février 2026.

[6] Fdesouche.com, Censure du net : comment l’Union européenne prévoit d’agir sur des contenus légaux dits « borderline » anti-élite et anti-immigration. 4 février 2026.

Vote sans frontières

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La France pour tous ! À l’occasion de leur niche parlementaire, jeudi 12 février, les écologistes voulaient remettre sur la table une vieille revendication de l’extrême gauche: accorder le droit de vote aux étrangers non européens aux élections locales – une nouvelle étape dans une redéfinition silencieuse du corps électoral ?


Ils n’en ratent pas une ! Les Verts veulent ouvrir le vote aux élections municipales aux étrangers hors UE. Par ailleurs, une pétition s’y opposant a déjà recueilli plus de 100 000 signatures.

Bons sentiments

Deux tiers des Français pensent que l’immigration sans contrôle est un danger majeur pour le pays, mais les écolos trouvent urgent d’accorder plus de droits aux étrangers. Ils ont inscrit au programme de leur niche parlementaire une vieille proposition de loi constitutionnelle datant de 2000 de Noël Mamère (souvenirs, souvenirs…) – elle accorderait aux étrangers extra-communautaires le droit de vote et d’éligibilité. Toutefois, ils ne pourraient pas être maires, ni sénateurs, mais par exemple conseillers municipaux.

C’est une lubie ancienne de la gauche et une vielle promesse de Mitterrand. Je vous rassure tout de suite : elle ne sera sans doute pas discutée, ni même votée, et encore moins validée par un référendum. C’est juste pour faire du bruit. On nous donne les arguments des bons sentiments. Pourquoi nous et pas eux ? Ils travaillent, payent des impôts, envoient leurs enfants à l’école. Pourquoi ne voteraient-ils pas ? Le maire, c’est l’élu du quotidien, il répare les routes et gère les poubelles… En réalité, le maire exerce un pouvoir de police générale. Et l’écharpe tricolore, ce n’est pas que pour faire joli.

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Mais les ressortissants européens peuvent déjà voter, me rétorque-t-on. Oui, et c’était déjà une erreur. Il n’y a ni citoyenneté, ni peuple européen. Cependant, s’il n’existe pas de nation européenne, il existe déjà dans l’UE un droit singulier (la liberté de circulation et d’établissement). Et les chiffres sont très différents. Nous avons en France 1,2 million d’Européens (dont 320 000 sont inscrits sur les listes électorales), et 6 millions d’étrangers extra-communautaires qui résident légalement, lesquels proviennent essentiellement du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. Pardon, mais s’il y a peu de risque de communautarisation du vote avec les Anglais du Périgord, dans certaines villes, avec l’appoint d’un vote étranger, des listes communautaires, particulièrement crypto-islamistes, pourraient gouverner des communes et en faire leur laboratoire… Et peut-être sans.

Vous voulez voter ? Devenez français ! 

La gauche rêve toujours d’aligner totalement le droit des étrangers sur celui des Français. Or, sans préférence nationale, c’est-à-dire sans droits spécifiques aux citoyens d’un pays, il n’y a pas de nation. Et la première de ces discriminations, c’est le droit de vote. Il n’est pas lié seulement à une situation matérielle, la résidence en France, mais à l’appartenance à une communauté politique qui se donne des règles de gouvernement. Les étrangers que nous choisissons d’accueillir sont les bienvenus, ils peuvent même demander à devenir français, mais ils n’appartiennent pas à cette communauté et n’ont pas à en fixer les règles.

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Derrière la générosité sans-frontiériste se cache un appétit de liquidation. Pour la gauche, le grand remplacement démographique et culturel qui n’existe pas ne va pas assez vite. Il faut accélérer la créolisation. Les Verts savent que leur loi ne passera pas. Si les Verts mélenchonisés sont pressés de voir la nouvelle France prendre la relève, c’est parce qu’ils veulent en finir avec le peuple historique, franchouillard et droitisé.


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Carmen, prends garde à toi

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Opéra de Paris : Calixto Bieito frappe encore.


Dommage ! Carmen, film muet allemand réalisé en 1918 par le tout jeune Ernst Lubitsch (le futur – et génial- cinéaste de Trouble in Paradise ou de To be or not to be), a disparu de l’offre Arte TV le lendemain même de la reprise de Carmen à l’Opéra-Bastille, dans la mise en scène de l’Ibère Calixto Bieito, inaugurée au festival catalan Castell de Peralada en… 1999 ! Le plateau de la Bastille accueille pendant plus d’un mois, à cheval sur février et mars, la troisième reprise de cette production depuis son importation à Paris, en l’an 2017.

Un tube mondial

Dommage pour Lubitsch, car le scénario de l’ambitieux et spectaculaire long métrage puise à la source même du drame lyrique, à savoir la célèbre nouvelle de Prosper Mérimée publiée en 1847, laquelle inspirera comme l’on sait Henri Mailhac et Ludovic Halévy, les librettistes du chef d’œuvre de Bizet créé en 1875 à l’Opéra-Comique, trois mois avant la mort prématurée du compositeur, à peine âgé de 37 ans, victime d’un refroidissement suite à une baignade dans les eaux glacées de la Seine…

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Signée Tobias Schwencke, la bande-son contemporaine du long métrage de Lubitsch ne se fait pas faute de citer, réarrangée avec beaucoup de talent, la mélodie mondialement connue du compositeur français, en particulier le motif de la habanera andalouse – scie absolue du répertoire, fredonnée jusqu’à l’écœurement par le populo depuis dix générations : « si tu ne m’aimes pas je t’aime…prends garde à toi », etc., etc.

Si, comme on s’en doute, la régie de Calixto Bieito récuse frontalement toute littéralité – cf. sa production du Ring de Wagner, dont l’Opéra Bastille nous délivrait sous ses auspices, il y a quelques semaines à peine, l’interminable Siegfred selon une recette particulièrement assommante -, ses partis pris de transposition radicale n’en rendent pas pour autant la lecture, ni plus limpide, ni plus délectable. Il faut croire que le public, le temps passant, s’habitue à tout : les huées qui naguère mugissaient au tomber de rideau n’ont plus court en 2026 : au soir de la première, le 7 février dernier, la salle réservait tout uniment les mêmes salves de bravi aux chanteurs et à la mise en scène.

Pas loin de la catastrophe

Et pourtant… Ce joggeur en slip blanc qui tournicote comme un derviche avant de tomber d’épuisement, à plat ventre, le rebondi de ses fesses douché par un spot au premier plan du plateau ; cette cabine de téléphone, accessoire déjà vintage, plantée là pour offrir bientôt ses vitres aux coups de guibolles d’une horde de bidasses ; ce corps de garde de légionnaires en treillis vert d’eau (qui, assez vite, tombent le haut pour faire valoir leurs biscoteaux et leurs tatouages) ; ces couleurs hispaniques qu’on hisse sur un mât phalliquement érigé en plein centre ; cette silhouette de taureau, panneau publicitaire géant découpé en fond de scène ; ces berlines Mercedes, signature supposée (au reste tellement convenue) des ‘’gens du voyage’’ qui, une, puis deux, puis trois, puis jusqu’au nombre de sept, pleins phares, éblouissent crûment la salle entière ; ce coitus interruptus d’un Don José débraguetté qui s’affaire non sans mal à culbuter sa cigarière ; ce tableau final figuré par cette arène curieusement évidée, tendue de toile grise telle une cellule d’asile XXL, et dans la pénombre de laquelle viendra scintiller le traje de luces du ‘’toreador’’ Escamillo, de prime abord en costard trois pièces ; ces selfies pris avec un petit  appareil (Nokia ? Lumix ?) dont on en vient à arracher la péloche (le smartphone n’est pas encore né) ; une Carmen en nuisette à dentelles noires, qui ôte sa culotte (assortie), plus tard toilettée d’une petite robe à strass ; un Don José en blouson de cuir beigeasse ; et toute une friperie très « movida » pour nipper les chœurs d’enfants… Prosaïsme à tous les étages !

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Comme souvent, c’est le cast vocal qui sauve Carmen de la cata. A commencer par la mezzo Stéphanie d’Oustrac, au répertoire vocal exceptionnel (du baroque au romantique) et qui conjugue ici sa remarquable présence scénique à une articulation impeccable. La soprano égyptienne Amina Edris campe quant à elle une Micaëla vocalement nuancée, d’une puissance dramatique émouvante, tandis qu’Escamillo, sous les traits du baryton-basse natif de Montevideo Erwin Schrott, déploie sa flamboyante projection vocale avec une maîtrise toute en finesse.

Photo : Benoîte Fanton

Mais s’il fallait trouver un sauveur à ce spectacle, il s’incarnerait sans conteste dans la prestation de Russell Thomas, ténor américain inattendu dans la peau de Don José, d’un lyrisme à la fois incandescent et velouté. A noter que notre compatriote Jean-François Borras prendra le relai dans cet emploi de haute exigence à partir du 7 mars, et ce jusqu’à la dernière représentation, le 19 mars. Victoria Karkacheva, mezzo-soprano russe qui, l’automne dernier, au Théâtre des Champs-Elysées chantait à merveille Marguerite dans La damnation de Faust de Berlioz, reprendra quant à elle le rôle-titre jusqu’au bout.

Au pupitre, Keri-Lynn Wilson, celle-là même qui déjà, à l’Opéra-Bastille, dirigeait avec brio le Cendrillon de Massenet il y a trois ans, peine cette fois à donner un peu de panache et d’éclat à cette production, entachée qu’est celle-ci de cette insondable, inexpiable vulgarité : elle désigne à la damnation le caballero Calixto Bieito, décidément trop omniprésent à Paris cette saison.      


Carmen. Opéra en quatre actes de Georges Bizet. Direction : Keri-Lynn Wilson. Mise en scène : Calixto Bieito. Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Paris.

Avec Russell Thomas/ Jean-François Borras, Stéphanie d’Oustrac/ Victoria Karkacheva, Amina Edris, Erwin Schrott…

Durée : 3h

Les13,19, 25 février, 3,7,10,13,16,19 mars à 19h30 ; le 22 février à 14h30.

Affranchissez-vous!

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Dans son roman, Cyril Bennasar raconte les forfaits et tribulations d’un personnage quelque peu phallocrate, obsédé par le sexe et le « grand remplacement », dont les traits d’esprit — pour le moins douteux — sont dénoncés avec la plus grande fermeté par la patronne de votre gazette préférée.


Si je rencontrais Pierre Schwab, 58 ans, je me demande si j’en tomberais sottement amoureuse ou s’il me taperait prodigieusement sur les nerfs. Probablement les deux. Ce drôle de paroissien, menuisier de son état, possède un bien précieux et infiniment dangereux : une liberté totale, un refus de censurer ses idées les plus révoltantes, une joyeuse indifférence aux arrêts du tribunal de l’opinion. Dépourvu d’un statut social qu’il aurait peur de perdre, et ne désirant nullement en avoir un, il s’emploie à s’émanciper des scrupules moraux que partagent spontanément la plupart des êtres humains – en pensée, en parole et parfois en actes. Encore que de son point de vue, les forfaits dont il se fait une fierté, et qui vont d’une blague racistoïde avec un calicot « Justice pour Adama » au meurtre final en passant par l’incendie d’une mosquée qui se construisait en loucedé, ne sont qu’un moyen de rétablir une balance déséquilibrée par notre angélisme. D’où le sort qu’il réserve, en toute bonne conscience, au dealer arabe qui a assassiné son amie. Ou peut-être pas.

Demandez le programme

Schwab ne s’est pas « radicalisé » en regardant CNews ni « affranchi » sous l’effet d’une colère accumulée. Cet artisan qui gravite entre la capitale et la France périphérique voit ce qu’il voit. Sur les chantiers, les Arabes avec lesquels il fraternisait autour d’un joint ou d’une bière ont laissé la place aux « musulmans priants ». Dans l’espace public, des « racailles allogènes » qu’il qualifie également de « nuisibles » intimident, menacent ou emmerdent tout le monde avec « leur musique de merde ».

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Il entend parler d’une expérience dans laquelle des rats, soumis à un stress aigu, fuient quand ils le peuvent ou se battent quand ils ne le peuvent pas, tandis que le rat esseulé et coincé développe un cancer. Schwab n’entend pas fuir comme sa famille qui a quitté l’Algérie, puis sa cité de Saint-Ouen : « Je décide donc de cesser de subir, d’encaisser et de me taire. Je ne tolérerai plus l’intolérable, et ne regarderai plus ailleurs devant le spectacle du désastre. Je ne serai plus fataliste et défaitiste, et, partout, tout le temps, en paroles et en actions, j’agirai. Avec ma tête ou avec mes poings (…). En prenant le risque de choquer, de blesser, de heurter. À 58 ans, avant d’aborder mon troisième tiers, j’opposerai une résistance à tout ce qui me révolte, et, sans limites, ni légales, ni morales, j’entrerai dans toutes les batailles de la guerre de civilisation. » Voilà le programme. Il est vrai que, n’aspirant à aucune position sociale et n’en ayant aucune, il n’est pas paralysé par la peur de la perdre.

Mauvaises pensées

Résultat, le gaillard passe son temps à dire des choses qu’on s’efforce de ne pas penser, à faire des amalgames douteux et des vannes auxquelles on a honte de s’esclaffer comme « une place de charter ça coûte moins cher qu’une place de prison ». Une blague comme ça, et c’est l’une des plus soft, peut vous envoyer en taule – peut-être même que la citer est pénalement répréhensible, je précise donc que je désapprouve. Ce cochon s’en prend même à Yseult : « Là, c’est le pompon. Toutes les semaines, on vient nous les briser avec l’appropriation culturelle et voilà qu’une Noire d’un bon quintal s’appelle Yseult, qui selon la légende celte était la reine blanche, la princesse aux mains blanches. » En somme, non content d’être passablement raciste, encore qu’il faudrait nuancer, plutôt grossophobe et absolument islamophobe, toutes déviances que je condamne vigoureusement, il revendique son nomadisme sexuel, son goût pour l’ordre genré du monde et son dégout pour les « boudins hallal ». Et ne se cache pas d’être obsédé depuis sa première branlette. Quand il ne pense pas avec rage et désespoir au grand remplacement, à la tiers-mondisation et à tous ces Français qui refusent de répondre à la violence parce qu’ils croient « décourager un adversaire par la soumission », Schwab court l’amour. Trompe ses femmes avec ses maitresses et inversement, envisage toute rencontre comme une possibilité de volupté – mot dont il donne sa définition: « faire de la douceur une sensation forte ». Seulement, « les filles sont chiantes pour ça, elles ne font pas le premier soir ce pour quoi elles se roulent par terre la deuxième semaine ». Et en plus elles réclament des mots tendres et des voyages à Venise. Fallait demander avant de le faire jouir, bécasse.

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Autant dire que chacune de ces paroles allume des voyants rouges dans les officines de surveillances et délations qui prolifèrent. Ce Pierre Schwab est dangereux. La bonne nouvelle, c’est qu’il n’existe pas. Sauf que Cyril Bennasar l’a inventé : Schwab est le narrateur (omniscient) de son roman L’Affranchi, le double sans filtre auquel il délègue ses pensées les plus troubles, ses pulsions les plus sombres et ses saillies les plus drôles.

Rire coupable

Journalistes, sociologues et commentateurs sentencieux qui prétendent disséquer et décrypter les affects coupables et les votes déplorables de ces contemporains qu’ils qualifient, selon les heures et leurs humeurs de réacs, fachos, extrême droite ou, quand ils sont polis, de populistes, devraient dresser une statue à Bennasar. Quand eux observent cette peuplade bizarre au prisme d’études et courbes qui confirment leur vision du monde, il leur offre un branchement direct sur le cerveau d’un électeur zemmourien. Ils pourraient voir à travers ses yeux, éprouver avec lui sa peur de devenir minoritaire dans son pays. Et en prime piquer quelques fous rires coupables car Bennasar a l’humour radioactif et les pauvres n’ont pas l’air de beaucoup se marrer. Vous connaissez l’humour antiraciste, vous ? Son Schwab n’est pas un de ces bourrins adeptes de la théorie des races et équipés de tout un fatras conspirationniste qu’on adore mépriser. Il philosophe, argumente contre lui-même, défend la légitimité de ses actes face à un juge invisible. Il ne s’interdit pas les généralisations abusives, surtout quand elles lui permettent un bon mot qui fait grincer les copains bien élevés : « Elle m’avait racontée qu’une nuit, dans un squat, un Arabe l’avait violée. Elle ne voyait pas le rapport entre un viol et un Arabe. Moi si. » Puis des visages comme celui de Hamid qui déteste tellement les barbus qu’il se fait son complice, troublent ses certitudes. Pas son sentiment aigu de la différence des civilisations ni sa détermination à défendre celle qu’il dit sienne. Par tous les moyens, proclame-t-il. Vraiment ? Invité dans cette conversation silencieuse, le lecteur se récrie, objecte qu’il ne jettera pas l’humanisme occidental avec l’eau du bain droit-de-l’hommiste, humanitariste et masochiste, qu’il ne sauvera pas la civilisation en piétinant les valeurs qui la fondent. Reste à savoir si elle ne périra pas d’être trop civilisée.

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Les docteurs affairés à rééduquer l’électeur déviant n’ont que faire de la complexité et de la pluralité humaines. Un électeur « d’extrême droite » et, au-delà, tout citoyen rétif aux joies du multiculti est un salaud et un idiot qui se trompe sur tout, y compris sur ce qu’il voit et vit. Ils ne veulent surtout pas comprendre ceux qu’ils ont déjà condamnés. Ils se sentiraient déjà compromis s’ils écoutaient ce que Schwab a à leur dire. S’exposer volontairement à des propos scandaleux, seraient-ils tenus par un personnage de roman, c’est le début de la pente glissante. Redoutant plus que tout qu’on les affranchisse, les vierges antifascistes outragées ne liront pas Bennasar. Et s’en feront une gloire. Tant pis pour elles.


L’Affranchi, Cyril Bennasar (préface de Renaud Camus), Périphérique, 2025, 260 pages. A commander sur bennasarlaffranchi.fr 

«Musulmans en Occident» : échange gros pavé contre petite réforme

Chems-Eddine Hafiz, le recteur la Grande Mosquée de Paris publie un livre: « il faut qu’on explique l’islam à la République et qu’on explique aux musulmans la République ». Une entreprise louable ? Elisabeth Lévy donne son avis.


La Grande Mosquée de Paris a publié un guide pour adapter l’islam à la France. Il s’agit d’un pavé de mille pages, intitulé Musulmans en Occident. Cinq ans de travail et des centaines d’heures d’audition ont été nécessaires. Deux commissions ont été mobilisées, avec des religieux, des chercheurs, et des personnalités comme l’avocat de Charlie Hebdo Richard Malka.  


Islam et laïcité : ce n’est pas trop ça

But affiché : adapter le discours religieux musulman à la société et à la culture françaises. Le recteur de la mosquée, Chems-Eddine Hafiz dit qu’il veut remédier à l’image désastreuse de l’islam en déminant les points de crispation, recensés dans un glossaire disponible en ligne où on apprend que les femmes peuvent se dévoiler pour obtenir un emploi ou que le mariage religieux ne peut intervenir sans mariage civil. Il y a en plus une charte qui proclame la liberté absolue de croire ou de ne pas croire.

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Bien sûr, c’est un projet très louable. Primo, il ne démarre pas sur les récriminations habituelles sur l’islamophobie – un bon point. Et on reconnait qu’il y a bien un problème. Le guide va jusqu’à critiquer en creux certaines pratiques – par exemple, le refus de la mixité ou la violence face au blasphème. Deuxio, il mobilise les réformateurs musulmans pour suggérer certains accommodements. Evidemment, tout ceci suscite l’enthousiasme de la presse progressiste. Alléluia, tout est pardonné !

Pourquoi suis-je nettement moins enthousiaste ?

L’influence de la Mosquée de Paris dans la jeunesse tentée par l’islam radical est nulle. Elle considère au contraire qu’il s’agit là de gens vendus à la France ou à la dictature algérienne. Et quand on lit bien, quand on va dans les détails du fameux glossaire, la victimisation est en réalité omniprésente. Concernant la radicalisation, par exemple, il est question de pauvreté, d’échec scolaire et de politiques d’exclusion. J’aimerais bien savoir quelles sont ces politiques d’exclusion des musulmans qu’on aurait menées en France ! Enfin, il y a dans tout ce projet une vision irénique de l’islam et du Coran. Dans le chapitre « Antisémitisme », on apprend, certes, qu’à Médine les musulmans ont châtié des juifs méchants. Mais sinon, rien à voir, Coran et islam sont étrangers à l’antisémitisme. Et la Grande Mosquée a caché des juifs pendant la guerre. Aucune mention des alliances entre certains dignitaires musulmans et Hitler, de l’antisémitisme d’atmosphère ni des juifs tués ou agressés aux cris de « Allah Ouakbar ». Pas un mot des versets très problématiques. Or, comme l’a dit Philippe Val en audition, dans le judéo-christianisme le commentaire a recouvert le texte. Il est presque devenu aussi important que le texte. Cela est impossible avec le Coran incréé. Puisqu’on nous dit que le Coran a été écrit directement par Dieu. Alors, on ne sait toujours pas quoi faire des versets antijuifs ou de ceux qui disent qu’il faut punir les blasphémateurs.

Il y a un malentendu de départ. Ce guide veut expliquer l’islam à la République et la République aux musulmans. Mais la République n’a pas à connaître l’islam – elle ne reconnaît et ne salarie aucun culte. Les musulmans comme les autres doivent se débrouiller avec nos lois et nos mœurs. Aveu du recteur : il ne s’agit pas de « faire une réforme de l’islam, ni de le changer ». Dommage, parce que c’est précisément cela dont les musulmans et la France ont besoin.


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale, au micro de Patrick Roger

Affaire Epstein: Starmer désarmé

L’affaire Epstein connaît ses effets les plus dévastateurs chez nos voisins britanniques. Le Premier ministre est en sursis. Grand récit.


Dans l’Ancien Testament, le livre de Daniel raconte l’histoire de Belschatsar roi de Babylone qui, un jour, donne un grand festin au cours duquel il profane les vases sacrés volés au sanctuaire de Jérusalem. « Soudain apparurent des doigts de main humaine qui se mirent à écrire, derrière le lampadaire, sur le plâtre du mur du palais royal ». Le monarque n’arrive pas à déchiffrer le sens de la formule énigmatique rédigée par la main mystérieuse, mais il comprend obscurément que son sort est scellé. Il meurt la nuit suivante.

En anglais, cet épisode biblique a donné lieu à une expression courante, « the writing is on the wall », pour indiquer qu’un certain dénouement négatif est devenu inévitable. Et que ce n’est plus qu’une question de temps… C’est ainsi que l’on peut dire, à propos de sir Keir Starmer, Premier ministre et chef du Parti travailliste, que « the writing is on the wall ». Car les ondes de choc successives provoquées par le véritable tremblement de terre politique et social qu’est l’affaire Epstein ont eu des effets plus dramatiques au Royaume Uni qu’ailleurs. Les révélations apportées, d’abord par les témoignages des femmes victimes du financier pédocriminel, ensuite par la publication échelonnée des innombrables documents recueillis au cours de l’enquête menée par les autorités américaines, entachent non seulement la famille royale en la personne de l’ex-prince Andrew, mais aussi le gouvernement à travers la nomination par Starmer de Peter Mandelson comme ambassadeur britannique à Washington. Cette décision, qui semble aujourd’hui incompréhensible, n’a pas encore provoqué la chute du Premier ministre, mais a tellement ébranlé son autorité dans le parti et au-delà, que tout le monde se demande, non pas s’il va démissionner, mais quand ? 

Un revenant devenu encombrant

Le Premier ministre a annoncé la nomination de M. Mandelson à la fin de 2024, avant même que ne soit achevé le processus de vérification de l’aptitude pour le poste de l’ancien ministre de Tony Blair et de Gordon Brown. Starmer aurait été encouragé à le faire par son chef de cabinet et conseiller le plus proche, Morgan McSweeney. Ce dernier, qui a été l’architecte de la victoire électorale des travaillistes en juillet 2024, avait eu comme mentor politique Peter Mendelson. Le nouvel ambassadeur, en fonction à partir de février 2025, avait pour mission de faciliter les négociations commerciales entre le Royaume Uni et l’administration de Donald Trump. Mais en septembre, une première publication de documents concernant Jeffrey Epstein par le House Oversight Committee, une des commissions les plus puissantes de la Chambre des Représentants américaine, a focalisé l’attention générale sur les relations étroites entre l’ambassadeur et le multimillionnaire. Face au scandale, M. Mandelson a refusé de démissionner, obligeant M. Starmer à le limoger. Si, à ce moment-là, sa décision de le désigner comme ambassadeur a été vivement critiquée par l’opposition parlementaire et la presse, les attaques contre sa capacité de discernement ont explosé quand, le 30 janvier, le département de la Justice américain, contraint par le passage d’une loi, l’Epstein Files Transparency Act, le 19 novembre, a publié un ensemble de plus de 3 millions de pages de documents, 180 000 images et 2 000 enregistrements vidéo et audio. Le monde a ainsi appris que les liens entre MM. Mandelson et Epstein étaient encore plus proches qu’on ne croyait et ont persisté bien après la condamnation et le passage en prison d’Epstein entre 2008 et 2009. Plus choquant encore, on a appris que Mandelson, ministre à cette époque – époque qui est aussi celle de la crise financière – a partagé avec son ami américain des informations sensibles sur le plan financier.

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Devant le tollé général, Starmer a contraint Mandelson à démissionner du Parti travailliste et de lquitter son statut de membre de la Chambre des Lords. On parle même de lui ôter son titre de « Lord », procédure inhabituelle et laborieuse.

De son côté, la police anglaise annonce l’ouverture d’une enquête pour déterminer si les actions de M. Mandelson sont criminelles.

Sommé de dire ce qu’il savait des relations Epstein-Mandelson avant la nomination, Keir Starmer a nié être au courant et a accusé les insuffisances du système de vérification par les services de renseignement. Pourtant, le Parlement a décidé qu’une commission devait avoir accès à tous les documents concernant le processus de nomination et de vérification. Ladite commission doit porter un jugement sur ce processus et rendre publics certains des documents – une sorte de mini-Epstein-files. Sera-ce le coup de grâce pour la carrière politique de Starmer ? Le Premier ministre est déjà impopulaire et faisait l’objet de différents complots ourdis par certains de ses collègues travaillistes qui voudraient le remplacer. Pour l’instant, il survit seulement à travers le sacrifice de son chef de cabinet, M. McSweeney, contraint de démissionner le 8 février. Le retour de Mandelson et le discrédit qu’il jette – à travers Epstein – sur le gouvernement travailliste actuel représente un étrange retour de bâton, par lequel le Labour de Starmer est comme sapé de l’intérieur par le New Labour de Blair et de Brown.

« Mandy » ou « Petie » : celui par qui le scandale arrive

Mandelson était une figure centrale du mouvement réformiste lancé au sein du parti travailliste par Tony Blair et Gordon Brown dans les années 1990. Arrivés au pouvoir après leur victoire aux élections de 1997, les hommes du New Labour ont gouverné jusqu’en 2010. Cette période peut être comprise aujourd’hui comme étant celle d’une certaine mondialisation naïve, fondée sur la croyance que, grâce aux progrès illimités de la technologie et à l’ouverture des frontières à la circulation des capitaux et des personnes, le monde allait connaître un âge de prospérité et de liberté sans parallèles dans l’histoire. Nommé ministre sans portefeuille en 1997, Mandelson devient secrétaire d’État aux Affaires et au Commerce pendant six mois en 1998, avant d’être nommé secrétaire d’État pour l’Irlande du Nord en 1999, jusqu’en 2001. Entre 2004 et 2008, il est envoyé à Bruxelles comme commissaire européen au Commerce, l’époque de la grande ouverture aux exportations chinoises. De retour à Londres en 2008, il retrouve le poste de secrétaire d’État aux Affaires et au Commerce, maintenant dans le gouvernement de Gordon Brown dont il devient le numéro deux et l’homme à tout faire.

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Pourquoi tous ces changements de poste ? Au-delà des prétendues compétences de M. Mandelson, il ne cesse d’être poursuivi par des scandales de corruption. Il démissionne une première fois en 1998 pour un conflit d’intérêt : son département gouvernemental est censé enquêter sur les activités financières d’un collègue qui, en l’occurrence, a prêté de l’argent à M. Mandelson pour l’achat d’une maison, fait que celui qu’on surnomme « Mandy » avait caché. Il démissionne une deuxième fois en 2001, accusé d’avoir essayé d’utiliser son influence pour la délivrance d’un passeport britannique à un homme d’affaires indien. Une enquête officielle le blanchit, mais il est alors « grillé » comme ministre. Pendant son mandat comme commissaire européen, on l’accuse d’avoir des relations qui frôlent le conflit d’intérêt avec Paul Allen, le cofondateur de Microsoft, et l’oligarque russe, Oleg Deripaska, mais rien n’est prouvé. Telle est sa réputation d’homme politique manipulateur adonné aux magouilles. Et son surnom gentillet de « Mandy » cède la place à celui, satanique, de « the Prince of Darkness », « le Prince de la nuit ».

Ce que révèlent les « Epstein files », c’est que pendant toute cette époque, Mandelson entretenait une complicité étroite avec le financier pédophile dont il partageait dans une certaine mesure, non les tendances sexuelles (M. Mandelson est homosexuel), mais la vénalité. Les deux hommes se rencontrent en 2001 et maintiennent des relations jusqu’en 2011, donc bien après la condamnation d’Epstein. Pendant tout ce temps, l’homme politique a reçu des dons d’argent de la part du financier. Par exemple, 75 000 dollars en trois versements entre 2003 et 2004. Son partenaire, un Brésilien, a également profité de la générosité d’Epstein, recevant des milliers de livres en 2009 et 2010, au moment où Mandy était secrétaire aux Affaires et au Commerce. En retour, Mandelson semble avoir fourni des informations et des mises en relations pour faciliter les affaires d’Epstein. C’est notamment au moment de la crise financière que le ministre a donné à son ami des tuyaux, l’avertissant de la vente par le gouvernement britannique de biens valant 20 milliards de livres, ou de l’opération de sauvetage de l’euro par l’UE pour un coût de 500 milliards d’euros. Outre leurs affaires véreuses, les deux hommes ont fait preuve d’une grande connivence sur le plan personnel. Mandelson a voyagé dans le jet privé d’Epstein, a visité son île de Little Saint James et a séjourné dans sa maison newyorkaise. Des photographies dans les archives d’Epstein montrent le Britannique debout en slip à côté d’une jeune femme. Dans un livre d’or pour l’anniversaire de l’Américain en 2003, M. Mandelson a écrit qu’il était son « meilleur pote ». Et celui que le financier appelait familièrement « Petie » (de Peter) se confiait à Epstein sur les difficultés de sa relation avec son compagnon (aujourd’hui mari) brésilien.

« Mene, mene, tekel, upharsin »

« Compté, compté, pesé, divisé » : tel était le texte énigmatique écrit par la main mystérieuse sur le mur du palais de Belschatsar. Les jours de Starmer comme Premier ministre sont désormais comptés. Survivra-t-il jusqu’aux élections locales du mois de mai, qui tombent le même jour que les élections pour les assemblées galloises et écossaises ? Si oui, la débâcle électorale qui attend inévitablement les travaillistes mettra fin à sa carrière de dirigeant à ce moment-là. Mais Starmer survivra-t-il même jusqu’à l’élection partielle de Gorton et Denton (dans la région de Manchester) qui aura lieu le 26 février ? Les sondages suggèrent que, dans cette circonscription jusqu’à présent travailliste, la victoire sera disputée par les Verts et Reform UK. Une défaite pourrait également provoquer la chute de l’actuel Premier ministre.

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Pourtant, si les conclusions de la commission parlementaire interviennent avant cette date et si elles montrent clairement que M. Starmer n’a pas dit toute la vérité sur ce qu’il savait à propos de M. Mandelson, la chute pourrait arriver encore plus vite.

Pour l’instant, le locataire du 10 Downing Street a reçu le soutien de ses élus. Mais il se pourrait bien que ces derniers prennent simplement le temps d’aiguiser leur couteau avant la mise à mort finale…  

Le promeneur du Val

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Un nouveau jardin vient d’ouvrir ses grilles à Paris: les abords immédiats du Val-de-Grâce, dans le Ve arrondissement, sont désormais accessibles au public. L’occasion d’admirer l’ancien hôpital militaire et son église sous toutes les coutures.


Les pelouses viennent d’être semées et sont encore interdites au pique-nique. Mais dans ce matin froid de février, personne n’aurait l’idée d’aller s’y prélasser à l’ombre des arbres dénudés par l’hiver. Aux beaux jours, c’est certain, les centaines de chênes blancs et verts, tilleuls, lilas, magnolias, arbres de Judée et allées fleuries offriront un plaisant spectacle de verdure. Dit avec les mots de la Mairie de Paris, cela donne ça : « Ce projet s’inscrit dans l’objectif de lutter contre le réchauffement climatique en augmentant significativement la surface d’espaces verts et représente une part conséquente des nouveaux espaces végétalisés inscrits au Plan local d’urbanisme (PLU) bioclimatique de la capitale. » Mais la réussite de cette réalisation, en partie due à l’État, permet d’oublier sans efforts les prosateurs municipaux atteints de végétalite aigüe.

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Ce jardin planté au XVIIe siècle, en même temps qu’était édifiée l’abbaye voulue par Anne d’Autriche, mère de Louis XIV, est resté inaccessible aux Parisiens jusqu’en ce début d’année 2026. Réservé aux religieuses jusqu’à leur expulsion par la Révolution en 1793, il a ensuite été dévolu à l’Armée, lorsqu’en 1796 l’ensemble du monument est réaffecté en hôpital militaire et en hôpital d’instruction. Une activité qui a perduré jusqu’à une période récente, bien que la Grande Muette occupe encore une partie du site – des véhicules à carrosserie de camouflage sont visibles à travers les grilles. Le réaménagement de cette promenade, autrefois destinée aux pénitentes et aux convalescents, a permis d’en restituer le tracé d’origine et de s’approcher au plus près du splendide édifice. Un petit bassin central a également été reconstitué à partir de vestiges retrouvés dans le sol. Le Val-de-Grâce, avec son dôme ceint de bulbes et de groupes sculptés, est sans conteste le plus italien des monuments parisiens (avec, peut-être, la Fontaine des Quatre-Saisons, plus tardive, située rue de Grenelle).

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Jamais contents, ces Parisiens !

La sobriété des façades souligne le raffinement de leurs rares ornements : armes de la bienfaitrice reine-mère, balustrades en fer forgé, pots à feu… Cette majesté « discrète » du XVIIe français se retrouve dans les pierres de l’Institut de France et dans celles de l’hôtel des Invalides – encore un site militaire.

Cependant, un détail heurte le regard dès l’entrée du visiteur qui lèverait les yeux. Pour ouvrir le jardin au public il a fallu pratiquer une nouvelle porte dans la grille existante et, classement monument historique oblige, reproduire les motifs anciens. Or, les grilles d’origine coiffées de simples mais élégantes volutes de fer voisinent avec de ridicules pastiche s’apparentant à de vulgaires cœurs de Saint-Valentin. Dommage, car les Français ont su faire de belles grilles : jardin du Luxembourg, parc Monceau, château de Versailles… Mais ça, c’était avant.

Jardins du Val-de-Grâce : 74 ter, boulevard de Port-Royal 75005 Paris.

Jonathan Siksou vient de publier Triompher en festins. Une histoire de France en vingt repas1, Perrin, 2026.

Triompher en festins: Une histoire de France en vingt repas

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  1. Lire notre critique dans le magazine ↩︎

La profanation de l’innocence: Gaza, Epstein et le retour d’un très vieux mythe

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Ces derniers jours, l’affaire Epstein a pu réveiller aux marges des réseaux sociaux quelques vieux poncifs antisémites. L’humanité ne change pas, perpétuellement à la recherche de l’ennemi corrupteur qu’il convient de bannir. Projeter le mal sur une figure commode afin de préserver l’illusion de sa propre innocence est un réflexe ancien.


Il y a, dans le vacarme contemporain, un retour de formules que l’on croyait ensevelies avec les siècles. Autour de la guerre à Gaza, une accusation ressurgit avec une insistance presque incantatoire : celle du « tueur d’enfants ». Elle naît d’images réelles, insoutenables, de civils pris dans la violence — mais, dans certains discours, elle déborde rapidement la critique d’actes militaires pour se muer en soupçon global visant une identité collective.

Dans un registre différent, mais psychiquement voisin, les crimes monstrueux commis par des individus — tel le scandale Epstein — sont parfois réinvestis dans l’espace public comme s’ils révélaient une souillure plus vaste, une corruption essentielle attribuée à un ensemble indistinct. L’horreur singulière devient alors matière à généralisation mythique.

Coupable total

Ces deux registres réactivent un archétype très ancien : celui de la profanation de l’innocence. Lorsque la figure de l’enfant — innocence absolue — est convoquée, le débat se ferme, la complexité disparaît, et la désignation d’un coupable total s’impose avec une force émotionnelle qui excède les faits eux-mêmes. C’est ce déplacement, du réel vers le mythe, qu’il faut interroger.

L’histoire est un fleuve opaque où surnage, parfois, quelque carcasse pourrissante, quelque tronçon de mémoire que l’on croyait disparu. Ainsi en va-t-il de l’antisémitisme, ce mal ancien, ce miasme séculaire, que l’on feint d’oublier et qui pourtant, comme tout archaïsme, comme toute nuit des origines, travaille silencieusement sous les civilisations policées.

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Les Allemands, au moment de l’accession d’Hitler au pouvoir, n’étaient pas, pour la plupart, des antisémites violents ou hystériques. Beaucoup vivaient dans l’indifférence bourgeoise, ce « Mittelstand » que Musil a si bien saisi, ce confort moral qui s’accommode de tout tant qu’il garantit la chaleur du foyer et le pain sur la table. Mais il existait, en Allemagne, depuis des siècles, un vieux fond d’antisémitisme, souterrain, larvé, prêt à s’enflammer dès que les circonstances l’y autoriseraient. Après 1918, après l’humiliation du Traité de Versailles, après la crise économique de 1929, ce fond remonta lentement, comme les eaux noires d’un puits, aidé par la propagande de partis comme celui d’Hitler, par l’hystérie collective, par la quête désespérée d’un bouc émissaire. On pense ici à Carl Schmitt, pour qui la politique se définit toujours par la distinction de l’ami et de l’ennemi : dans une Allemagne en ruine, le Juif fut désigné comme l’ennemi interne, l’élément corrosif qu’il fallait extirper pour régénérer le corps national.

Frustration transfigurée

Mais il faut remonter plus loin encore. Derrière la haute culture allemande, derrière la philosophie, la musique, la littérature — tout ce que l’Europe admire — couvait un ressentiment ancien, une obsession de la pureté, une nostalgie d’un Volk homogène, d’une communauté organique, que les Juifs venaient déranger par leur simple existence. Nietzsche, qui haïssait l’antisémitisme, voyait pourtant bien que l’Europe était rongée par ce qu’il appelait les « ressentiments » : des haines secrètes, des frustrations transfigurées en pulsions destructrices. Quand Hitler arrive au pouvoir, ce n’est pas seulement l’économie qui le propulse, ni même le nationalisme blessé : c’est un réveil de l’archaïque, un ressac des âges sombres, où le Juif est l’étranger par excellence, l’intrus qui menace l’homogénéité du monde germanique.

Dans le monde arabo-musulman, un antisémitisme d’atmosphère s’est également maintenu, inscrit non seulement dans l’histoire des relations entre Juifs et Arabes, mais dans certaines traditions interprétatives héritées de textes anciens et de leurs usages politiques. René Girard l’a montré : les sociétés ont besoin de boucs émissaires, de figures sacrificielles qui portent les tensions internes. Pendant des siècles, les Juifs, en terre d’islam, ont occupé cette place ambiguë : tolérés mais subordonnés, protégés mais méprisés. Cet antisémitisme n’a pas toujours été violent ; il a souvent pris la forme d’une coexistence asymétrique, où l’infériorité du Juif était admise comme une évidence religieuse. Mais depuis le XXᵉ siècle, avec la naissance d’Israël, cet antisémitisme a changé de nature : il est devenu une passion politique, une haine collective, une composante centrale de certains discours identitaires. Chaque guerre, chaque drame, chaque humiliation vient ressusciter les vieilles rancunes, exacerber les blessures religieuses, ranimer les archétypes de l’ennemi corrupteur.

Ce vieux fond ne s’exprime plus seulement par les formes classiques de la haine déclarée ; il ressurgit aujourd’hui sous des habits moraux apparemment irréprochables. À chaque conflit, et singulièrement lorsque des images d’enfants victimes circulent, un mécanisme psychique ancien se réactive : celui qui consiste à condenser toute la complexité d’une guerre en une scène morale élémentaire. La figure de l’enfant, incarnation de l’innocence absolue, agit comme un opérateur de simplification. Elle transforme une situation historique et stratégique en tribunal immédiat où la question n’est plus seulement « que s’est-il passé ? » mais « qui porte la faute essentielle ? ».

Corruption globale

Cette dynamique n’est pas nouvelle. Elle prolonge, sous des formes contemporaines, l’antique motif de la profanation de l’innocence, qui a souvent servi, dans l’histoire européenne, à désigner un ennemi absolu. Aujourd’hui, la circulation instantanée des images sur les réseaux sociaux accélère ce processus : l’émotion devient preuve, la répétition fabrique la certitude, et la responsabilité politique tend à se transformer en culpabilité collective. L’indignation face à la souffrance réelle des civils — indignation légitime — peut alors se trouver captée par un mécanisme de projection qui déplace vers une figure unique l’ensemble des tensions morales du conflit.

À cela s’ajoute parfois l’exploitation de scandales impliquant des individus pour alimenter des amalgames plus vastes, où la faute personnelle est réinscrite dans un imaginaire de corruption globale. Le passage du fait au mythe, de l’événement singulier à l’accusation généralisée, correspond à une logique psychique bien connue : face à l’horreur, la collectivité cherche une explication totale qui restaure une cohérence morale au monde.

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Ce qui frappe, dans ces résurgences, n’est pas tant la nouveauté des arguments que leur capacité à recycler des archétypes anciens sous des langages contemporains — humanitaires, médiatiques, moraux. Le visage de l’enfant devient ainsi un écran de projection où se cristallisent des peurs, des humiliations, des rivalités identitaires bien plus vastes que l’événement qui les déclenche.

Et alors, au bout de tout cela, vient l’interrogation grave : pourquoi, en dépit des siècles, en dépit des Lumières, en dépit des progrès affichés de l’humanité, ce fond noir subsiste-t-il ? Pourquoi l’homme, toujours, cherche-t-il l’ennemi intérieur, l’autre à haïr, le visage à désigner du doigt ? Ce n’est pas seulement une question politique. C’est une question ontologique. Nous vivons, croyons-nous, dans l’ère post-historique, post-religieuse, post-nationale. Mais ce qui revient, ce qui toujours revient, ce sont les passions archaïques, les nostalgies sanglantes, les identités blessées. Comme si l’homme, privé de grands récits capables de contenir son angoisse, n’avait plus d’autre ressource que de chercher en lui-même ce qui le divise et de l’expulser hors de lui.

L’antisémitisme, à cet égard, n’est pas seulement une haine dirigée vers un groupe : il révèle une tendance humaine plus générale à externaliser le mal pour préserver l’image de sa propre innocence.

Peut-être en est-il ainsi : nous avançons vers un monde où plus rien ne nous retient, ni les dieux, ni les rois, ni les grandes idées. Et pourtant, jusque dans cette agonie, nous restons les mêmes : orgueilleux, divisés, passionnés, obscurs. Peut-être est-ce cela, le dernier mot de l’Histoire : non pas le progrès, mais la répétition obstinée des mêmes structures psychiques, cette danse macabre des haines immémoriales dont nul progrès technique ne nous délivre.

La société malade

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« L’assistance médicale à mourir est une loi rétro-progressiste »

Rejetée par le Sénat, cette réforme sociétale majeure qui suscite de nombreux débats fait son retour en deuxième lecture au Palais Bourbon. L’Assemblée nationale sera appelée à voter le texte dans quelques jours. Une bascule civilisationnelle.


Gérard Rabinovitch est philosophe et sociologue.


Philippe Delaroche. Le projet de loi sur «l’assistance médicale à mourir» risque fort d’être adoptée par l’Assemblée nationale le 16 février prochain. Coauteur de la loi sur l’obligation de soins palliatifs, le député LR Jean Leonetti estime depuis le départ que le débat est biaisé. Êtes-vous de cet avis ?

Gérard Rabinovitch. L’insistance de la gouvernance sur son inscription fait signe. Il y a belle lurette que la question sociale est passée à la trappe. Pour le faire oublier, c’est depuis de nombreuses années sur le terrain sociétal, celui des mœurs, que les parlementaires prétendument progressistes se trouvent du grain à moudre. Aujourd’hui, l’ironie voudra que, dans une assemblée divisée, polarisée et redoutant sa dissolution, ce soit autour d’une loi sur le suicide assisté que convergent élus du centre, de la gauche et de l’extrême gauche.

Le projet n’a pas été adopté en première lecture à une majorité écrasante (305 voix). Près de 200 députés l’ont rejeté, plus de 70 se sont abstenus. Jean Leonetti estime – bien civilement – qu’en l’état le texte demeure déséquilibré, qu’il est trop permissif et, par ailleurs, ouvertement coercitif puisque dès lors qu’il s’abstiendrait d’assister le candidat au suicide le médecin se rendrait coupable d’un « délit d’entrave ». Cet abus de pouvoir est indéfendable. Il met en cause l’éthique médicale et, au-delà, contourne un enjeu civilisationnel.

Hélas, c’est – ce qu’il semble – par excellence sous la présente législature que les porteurs de la loi ont toutes les chances de la faire adopter : au paroxysme de la confusion et de l’instabilité gouvernementale. En profitant du fait qu’une majorité de parlementaires, peu au fait ou insensibles à l’enjeu anthropologique, n’en mesure pas la portée ou, lâchement, s’en dispense.

Vous en parlez comme d’une loi de circonstance ?

Comme d’un projet de loi, pour le moins, à l’aveugle ! Le minimum à attendre du législateur, c’est de le voir s’efforcer d’évaluer les conséquences de ses actes, leurs effets en termes de « vie bonne » ou son contraire, jusqu’aux plus lointains. Cette éthique « conséquentialiste » est inséparable du devoir de responsabilité.

On vous objectera que, d’après les sondages, l’écrasante majorité des Français, y compris parmi les médecins approuve le projet…

Certes, car le terrain est préparé depuis longtemps : celui du prisme compassionnel. Qui serait insensible à la situation d’une femme requérant l’euthanasie parce qu’elle souffre d’un cancer incurable et invalidant ? Qui s’indignerait de sa résolution ? Toute histoire individuelle a sa singularité, et mérite considération. Pour autant, a-t-elle valeur d’exemplarité ? C’est dans la rhétorique pathétique du cas particulier vers le général que s’insinuent des entourloupes propagandistes.

Dans l’Antiquité gréco-latine, le mépris nobiliaire, la dérision et la raillerie visaient à déstabiliser et humilier l’interlocuteur identifié comme un adversaire afin de faire adhérer l’auditoire à sa cause. Il en va autrement de nos jours. C’est par l’appel à la compassion qu’on suscite de nouveaux consentements publics. Celui qui objecte, interpelle, ou a minima interroge, est suspect d’inhumanité ! Le pathos d’empathie identificatoire de chacun éclipse les enjeux de valeurs symboliques. Sitôt que la sensiblerie occupe le premier plan la réflexion paraît déplacée, incongrue…

Cette rhétorique est apparue ces cinquante dernières années. Avec la propagande « biotech ». D’un côté, pour épater le novice, on vante les chimères fabriquées en laboratoire ; de l’autre, on fraie avec l’eugénisme en promettant d’éradiquer avant-terme les anomalies ou difformités physiologiques.

Depuis le dernier quart du XIXe siècle jusqu’aux passages à l’acte totalitaires du XXe siècle, on disait : « sélectionner », « stériliser », « écarter », « éliminer ». Plus rassurants en apparence, de nouveaux éléments de langage impriment l’aujourd’hui. On dit désormais : « corriger », « anticiper », « éviter ». L’euphémisation trahit une détestation du fatum autant qu’un repoussoir hors de la société humaine tant des handicapés en gestation que des grabataires vus comme des boulets qui auraient motif de s’estimer indignes de vivre.

La loi à venir ne mentionne pas l’euthanasie dans son libellé mais « l’assistance médicale à mourir ». La commission des affaires sociales l’a préférée à « l’aide à mourir ». Est-ce du marketing législatif ?

Les dispositifsrhétoriques se sont renversés. À la relégation violente du contradicteur a succédé l’inclusion égalitaire en forme de piège affectif, inhibiteur des objections. Car qui est prêt à passer pour un salaud sans cœur ? Dans nos démocraties, l’adhésion massive n’est plus imposée par brutalité et contrainte ; elle n’en est pas moins requise sourdement par la mise en demeure compassionnelle et un sournois chantage.

Quel formidable oxymore que « l’assistance médicale à mourir » quand on attendrait des élus de la nation qu’ils soutiennent l’aide à vivre. Vingt départements n’ont toujours pas d’unités de soins palliatifs. C’est à souligner. Quelle hypocrisie d’invoquer le « consentement éclairé » pour tous quand on ne soulage pas les souffrances de tous !

Le modelage du langage vise à gagner l’assentiment, à modeler les comportements. Lorsqu’il engagea le programme T4, le pouvoir nazi usa de formules frelatées au timbre compatissant pour couvrir sa campagne d’euthanasie. C’est à l’enseigne de la Gnatentod (« mort miséricordieuse ») qu’il extermina les handicapés et les grabataires dérogeant à l’idéal narcissique du collectif « aryen ». Et à celle de l’Übermensch (du « Sur homme ») qu’il flatta le narcissisme de masse.

On objectera que nous ne vivons pas sous un régime totalitaire mais dans une démocratie de marché, délibérative et contractuelle. Demeure néanmoins la déclinaison d’une question fondamentale. Qu’est-ce qui insiste là ? Qu’est-ce qui se perpétue historiquement en dépit de contextualités politiques si manifestement antagonistes ?

Cependant, les campagnes en faveur de l’eugénisme et de l’euthanasie n’ont pas débuté sous le régime nazi, mais dès le XIXᵉ siècle.

Assurément. Ces thèmes apparaissent au cours de ce qu’il est convenu d’appeler « Seconde modernité ». Dans la voie des Lumières, l’Europe est le théâtre d’une impérieuse levée des « mainmises » au titre de l’Émancipation, le nom majuscule de cette nouvelle Magna carta libertatum. Elle promettait « raison », « progrès », « justice » et « autonomie ».

De fait, nous restons débiteurs d’une marche précaire, claudicante mais continue d’un idéal de « vie bonne » qui pensait faire du savoir et de la technique les gages d’une émancipation démocratique. Il s’agissait de garantir les libertés publiques, l’instruction publique, la santé publique, la réglementation du travail, les droits de la guerre, l’émancipation des nationalités, la protection des minorités nationales. Ce n’est pas rien !

Mais s’il faut se réjouir de la délivrance de la Tyrannie, il est des « émancipations » qui ouvrent un frayage à la destruction de l’humain dans l’homme. Appelons-les « involutives ». Théodor Adorno disait : « un progrès régressif ». À travers l’Europe dès la seconde moitié du XXe siècle et dans l’ombre du progrès civique, la supériorité de la science et de la technique paraît si éclatante qu’elles déconsidèrent les ressources religieuses antérieures et s’y substituent. D’où l’essor d’un scientisme lexicalement ensemencé d’exclusion, d’éradication, d’anéantissement. Entre autres occurrences : « racisme », « dégénérescence », « euthanasie » toujours corrélée à « eugénisme », « sélection », « extermination », « antisémitisme ». Le nazisme fera son nid dans ce terreau sémantique.

À partir de là, une science idéologisée, dévoyée, détournée du travail éthique de la Connaissance est réquisitionnée contre le christianisme tandis qu’un paganisme trivialisé est convoqué contre le judaïsme. Dans ces hostilités parallèles, ce sont les héritages communs du monothéisme éthique, échos du « Grand Code biblique » comme le nommait William Blake, qu’il s’agit de balayer.

Peut-il y avoir du nazisme résiduel dans nos sociétés alors que l’aspiration à l’émancipation est toujours aussi vive ? N’est-elle pas la clef de voûte du progressisme ?

En vérité, il n’a pas été assez observé que la langue des Lumières est bifide. Elle serpente entre deux dynamiques spirituellement antagonistes. Il y a sous le grand signifiant de l’Émancipation deux types de progressisme, parfois entremêlés.

Un progressisme civique, éthico-politique, humaniste, qui relie le meilleur de l’héritage hellénistique athénien et le meilleur de l’empreinte sinaïtique jérusalémite.

Je l’oppose au progressisme scientiste qui cherche à supplanter jusqu’à les exclure les sources et modèles qui inspirent le premier. Ce progressisme-là, même sans s’y référer ou en percevoir l’écho, consonne avec ce que La Philosophie dans le boudoir, de Sade, et son manifeste politique d’émancipation sans limite ont condensé : jeter à bas les montages symboliques du « Grand Code » dans un vibrato de pousse-au-jouir et de pousse-à-la-mort. En clair, Sade lorgne vers Sparte et certaines mesures eugénistes de Platon dans La République. Ce qui ne doit pas nous surprendre, euthanasie et eugénisme sont liées, en sous texte, depuis toujours.

Le débat sur la fin de vie et l’euthanasie procéderait donc de ces deux conceptions du progrès ?

Rivaux sur le fond mais superposés dans la forme, ces deux progressismes sont sourdement et gravement en conflit. Entre « pulsions de vie » pour le premier, et « pulsions de destruction » pour le second, tel que la psychanalyse a pu les ressortir des dynamiques psychoculturelles de l’humanité.  

D’un côté, la congruence éthique de l’enseignement d’Hippocrate de Kos avec le « Choisis la vie » du Deutéronome. La Loi Claeys-Léonetti en est l’expression concrète. Elle répond à l’interpellation contemporaine du refus légitime de la souffrance et de l’acharnement thérapeutique.

De l’autre, la reprise entêtée et la poursuite d’un projet accordé au second progressisme. Où le gauchisme culturel et, faux antagonisme, le libertarianisme sociétal trouvent leur compte, attendu que « l’homme est quelque chose qui doit être affranchi ». À cette aune, tout est « fasciste » : toute dissymétrie, toute asymétrie, toute limite, tout marqueur. Et ce qui est consubstantiel au « fascisme », tel l’eugénisme, est rhabillé « progressiste ».

Sous l’alibi compassionnel qu’induit le lien démocratique, il y a quelque chose de profondément cynique. Les promoteurs de la loi sur l’euthanasie feignent d’ignorer que les règles du marché sont toujours disponibles à l’avantage de nouveaux prestataires de service ; et que les logiques administratives lésineuses produisent des calculs avaricieux. Il faut s’attendre à d’inévitables débordements du cadre de ce que la législation aura consigné et à son progressif dévoiement.

La libre disposition législative d’un droit à l’« assistance médicale à mourir » est une loi rétro-progressiste, où l’on voit converger le libertarien et le communiste. Par pente de rationalisation budgétaire et virtuelle complaisance morbide, cette loi deviendra poreuse d’un devoir de « mise à mort ». Une « mise à mort » similaire à celle qui prend ses marques dans l’eugénisme qui couve.

Après l’avoir euphémisée et banalisée, l’étape suivante consistera à susciter le désir d’euthanasie. À la façon dont les propagandes de la « surhumanité » du Transhumanisme vantent l’eugénisme généralisé. Au nom de la dignité dans un cas, de la toute-puissance narcissique dans l’autre. En exploitant ici la culpabilité qu’entraîne la dépendance, et là un idéal narcissique rejetant le poinçon du fatum dont témoignent les handicapés, dans l’autre.


Philosophe et sociologue, Gérard Rabinovitch est directeur de l’Institut européen Emmanuel Levinas. Auteur de Leçons de la Shoah, aux éditions Canope, il vient de publier D’une permanence païenne – Sur quelques invariants anti-judaïques (Le Bord de l’eau, octobre 2025).

🎙️ Podcast: Chine, la Grande Muraille est-elle fissurée?

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Le président chinois Xi Jinping fait son allocation de Nouvel An à Pékin, le 31 décembre 2025. Yan Yan/AP/SIPA

Avec Harold Hyman, Gil Mihaely et Jeremy Stubbs.


Le dirigeant de l’Etat chinois, qui est aussi – bien sûr – le chef du Parti communiste chinois, Xi Jinping, vient de terminer une opération d’épuration de ses généraux les plus gradés. Le dernier à y passer est Zhang Youxia, pourtant un vieux camarade de Xi Jinping qui a grandi avec lui. C’est aussi le dernier chef de l’Etat-major à avoir une véritable expérience du combat, expérience acquise lors de la guerre sino-vietnamienne de 1979.

Les autres généraux ne se sont pas pressés d’approuver publiquement cette action, en faisant l’éloge du leader glorieux et en dénonçant leur ancien chef militaire. Tout semble indiquer qu’il y a actuellement une lutte pour le pouvoir et une guerre de factions dans le nouvel Empire du Milieu. Ces tensions sont le fruit de la transformation du régime par Xi Jinping qui, ayant entamé un troisième mandat de président et espérant un quatrième, a remplacé la dictature du Parti, fondée quand même sur un système de règles, par une dictature personnelle.

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Il se peut aussi que Xi Jinping soupçonne l’Armée de libération populaire, dans la modernisation de laquelle il a investi des sommes pharamineuses, de ne pas être aussi performante en réalité que sur le papier, suite à des années de corruption et de détournement de l’argent de l’Etat.

Nos invités discutent de toutes ces questions, ainsi que de celles du soft power chinois, des dernières évolutions de la Nouvelle Route de la soie, et de l’ « involution » qui mine la croissance économique chinoise de l’intérieur.

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Information: tout est sous contrôle

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Marc-Antoine Brillant du service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères et Delphine Ernotte Cunci de France Télévisions signent un accord de collaboration, Paris, octobre 2025 © Nathalie Guyon / France Télévisions

Contrôler et labelliser l’information est une nouvelle obsession en Europe, et singulièrement en France. Emmanuel Macron, Thierry Breton, Nathalie Loiseau et les technocrates de Bruxelles sont les artisans d’un vaste dispositif de lutte contre la désinformation associant notamment Viginum, médias publics et des projets de nouvelles régulations européennes. Sous couvert de « résilience démocratique » et de protection contre les ingérences étrangères, les outils de surveillance et de contrôle de nos réseaux sociaux, de nos médias alternatifs et des débats électoraux se multiplient. La chronique médias de Didier Desrimais


Cette information est passée totalement inaperçue. Pourtant… Le 15 octobre 2025, France Télévisions annonçait sur son site avoir noué un partenariat avec Viginum. L’objectif de cette coopération est officiellement « d’informer, sensibiliser et outiller les publics face aux risques liés aux manipulations de l’information », de « renforcer la résilience collective »face aux « fake news venues d’ailleurs »et de participer aux actions « d’éducation aux médias et à l’information », en particulier auprès des « jeunes publics ».

Les lecteurs seront (peut-être) rassurés d’apprendre « qu’en croisant expertise technique, exigence journalistique et sensibilisation des publics, ce partenariat participe au renforcement de la résilience démocratique et à la protection du débat public[1]. » Il convient maintenant d’expliquer ce qu’est Viginum et dans quel véritable but ce partenariat a été créé. 

Aie confiance…

Viginum est un service de l’État rattaché à Matignon via le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Il est chargé de la vigilance et de la protection contre les ingérences numériques étrangères. Sa création a été décidée en juillet 2021 par Emmanuel Macron, avec une idée derrière la tête qu’il est aisé de deviner. D’ailleurs… « Conscient que la création de cette nouvelle agence présente le risque de la faire passer pour un outil d’influence en ligne au service de l’exécutif français à un an de la présidentielle, le SGDSN promet la “transparence totale” sur ses actions. Un comité d’éthique et scientifique composé d’un membre du Conseil d’Etat, d’un membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel [devenu Arcom], d’un magistrat, d’un ambassadeur, de journalistes et de chercheurs veillera sur les activités de cette agence », lit-on alors dans Le Monde pour rassurer les Français. La crainte de voir ce service accomplir les noirs desseins d’un exécutif de plus en plus directif est d’autant plus légitime que, quelques mois plus tard, un nouveau décret conférera à Viginum l’autorisation de « collecter, exploiter et traiter de façon automatisée les données à caractère personnel sur les plateformes en ligne ». Une de ses missions principales sera de « détecter et caractériser les opérations qui pourraient altérer l’information des citoyens pendant les périodes électorales ». Il manquait à cette agence barbouzarde un rouage médiatique susceptible de propager efficacement, à grande échelle, un argumentaire sur les « ingérences étrangères » justifiant de possibles sanctions contre les réseaux sociaux ou les médias indépendants. Son partenariat avec France TV vient combler cette lacune.

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Le 18 mars 2025, dans le cadre de la Commission d’enquête concernant l’organisation des élections en France[2], le chef de Viginum, Marc-Antoine Brillant, a tenu à rappeler les « menaces » qui auraient motivé la création de ce service, entre autres les « soupçons d’ingérence étrangère » via TikTok ayant conduit à l’annulation de l’élection présidentielle roumaine et à l’éviction du candidat nationaliste Calin Georgescu. Lors de son audition, M. Brillant n’a pas cru bon d’évoquer les informations avancées par le média d’investigation roumain Snoop, informations sur lesquelles les médias français ne se sont pas non plus attardés. S’appuyant sur les documents déclassifiés des services de renseignements roumains, les journalistes dudit média affirmaient en effet qu’aucune preuve d’ingérence russe sur le réseau social TikTok n’avait pu être produite – ce que les dirigeants de TikTok ont confirmé. En revanche, il ressortirait de ces documents que le Parti national libéral (PNL) au pouvoir aurait alimenté de faux comptes TikTok en faveur de son adversaire, le nationaliste et eurosceptique Calin Georgescu, dans le but de diviser l’extrême droite – représentée par Calin Georgescu et George Simion – et de favoriser l’accession au second tour de son candidat…

Quoi qu’il en soit, l’annulation d’une élection présidentielle pour des motifs aussi discutables, sans preuves indiscutables d’une ingérence étrangère pourtant mise en avant pour la justifier, est une grande première en Europe. Plus tard, alors que les élections en Allemagne laisseront présager d’excellents scores pour l’AfD, Thierry Breton menacera sur RMC : « On l’a fait en Roumanie et il faudra évidemment le faire, si c’est nécessaire, en Allemagne. » Faire quoi ? Remettre en cause, au motif qu’il y aurait eu une « ingérence étrangère », les résultats des élections s’ils ne vont pas dans le sens espéré par les élites bruxelloises et mondialistes, bien entendu. De son côté, le chef de Viginum prévient : au motif que la source serait possiblement étrangère, tout ce qui, sur les réseaux sociaux, tendra « à polariser le débat public numérique sur des thèmes qui divisent et dont on sait qu’ils peuvent influencer le comportement des électeurs » et « à alimenter la défiance à l’égard des médias traditionnels » pour « détourner une partie de leur public au profit de médias alternatifs », sera notifié à qui de droit – président de la République, ministre de l’Intérieur, Arcom, juge électoral – afin d’organiser « la prise en charge et l’atténuation des risques systémiques provoqués par l’utilisation malveillante des plateformes en ligne ».

Thierry Breton et Nathalie Loiseau, contrôleurs aériens !

S’il échoue à peu près sur tout, Emmanuel Macron semble particulièrement efficace quand il s’agit de faire surveiller, voire censurer ceux qui s’opposent à son mandat ou au projet d’Europe fédérale qu’il appelle de ses vœux en espérant s’y voir attribuer une fonction majeure. La France est le pays de l’UE le plus actif et le plus influent en ce qui concerne la surveillance des médias et des réseaux sociaux. C’est un Français, Thierry Breton, qui a promu le Digital Services Act  (DSA), un service de surveillance des plateformes numériques qui est en réalité le premier étage de la tour de contrôle de l’information échafaudé par l’UE. C’est une Française, Nathalie Loiseau, qui dirige actuellement la commission chargée d’élaborer le deuxième étage de cette tour de contrôle, un Bouclier de la Démocratie Européen (BDE) constitué d’une série de mesures permettant le quadrillage complet de l’information et du contrôle de celle-ci. Le verbiage du communiqué de presse de ladite commission du 12 novembre 2025 enrobe du mieux qu’il peut les objectifs réels de ce dispositif mais ne parvient pas à les camoufler complètement. Il est ainsi prévu que « le bouclier européen de la démocratie débouchera notamment sur la création d’un nouveau Centre européen pour la résilience démocratique au sein duquel seront rassemblées l’expertise et les ressources de l’UE et des États membres afin d’accroître notre capacité collective à anticiper les menaces, à les détecter et à y réagir et de renforcer la résilience démocratique ». Pour ce faire, un « réseau européen indépendant de vérificateurs de faits sera mis sur pied et l’Observatoire européen des médias numériques développera de nouvelles capacités indépendantes de suivi et d’analyse pour l’appréciation de la situation en matière d’élections ou en cas de crise ». De plus, « un soutien financier renforcé en faveur du journalisme indépendant et local sera fourni dans le cadre du nouveau programme consacré à la résilience médiatique ». [Il faudra un jour faire l’exégèse de la notion qui entoure le mot « résilience » et analyser sérieusement l’usage abusif et intempestif qu’en font les idéologues progressistes en général et les technocrates bruxellois en particulier.] En résumé, des commissaires médiatico-politiques désignés et financés par l’UE, recrutés au sein d’organismes étatiques, d’ONG, d’associations et de médias ayant fait preuve de leur allégeance au pouvoir en place, vont être autorisés à traquer, plus particulièrement pendant les périodes électorales ou en « cas de crise » (« crise » qu’il faut entretenir = « crise sanitaire », « urgence climatique », « menace russe », etc.), les plateformes numériques, les médias alternatifs et même les particuliers qui s’opposeront au discours dominant, aux décisions prises par la Commission européenne et à l’application des directives de cette dernière. L’ONG Reporters sans Frontières (RSF) se porte naturellement candidate et en rajoute par la voix de son directeur Thibaut Bruttin : « Avec ce bouclier démocratique, la Commission européenne marque sa volonté de soutenir les médias et le journalisme comme antidotes à la désinformation, aux manipulations de l’information et aux ingérences étrangères. Mais renforcer la résilience des médias ne permettra de lutter contre ces menaces que si cette information fiable produite par les médias parvient aux citoyens. Il faut renforcer les acteurs et changer en leur faveur les règles du jeu. » Par « les acteurs », RSF désigne bien entendu les journalistes issus de ses rangs mais également les associations censées lutter contre les « théories complotistes » comme Conspiracy Watch, les médias mainstream et les fact-checkers aux ordres du pouvoir, ainsi que l’audiovisuel public. « Changer en leur faveur les règles du jeu » signifie : leur offrir tout l’espace médiatique, leur donner les clefs de la tour de contrôle, leur octroyer des moyens supplémentaires pour mater les médias dissidents et pour éduquer la population à l’information « labellisée » !

Souveraineté informationnelle : Delphine Ernotte veille

Le partenariat entre Viginum et France Télévisions semble répondre en partie aux souhaits de RSF. Delphine Ernotte écrit sur le site de France TV : « Alors que des puissances étrangères étendent leur influence sur notre espace informationnel, France Télévisions est mobilisé pour garantir l’accès de tous à une information fiable et indépendante. Grâce à l’expertise de VIGINUM, notre Groupe conforte son engagement dans la lutte contre les tentatives de manipulations, notamment par le développement d’actions de sensibilisation et de formation auprès de tous les publics. Il réaffirme ainsi le rôle essentiel des médias de service public pour la protection de la souveraineté informationnelle et culturelle, qui constitue un véritable enjeu de sécurité nationale. » Même chose du côté du chef de Viginum qui affirme vouloir « appuyer les travaux d’investigation journalistique, accroitre significativement les efforts en matière de sensibilisation à la menace informationnelle et œuvrer en faveur de la résilience démocratique. » Le discours est rodé. Il est un copié-collé de celui d’Emmanuel Macron, inspiré par la Commission européenne. Cette collaboration entre un service étatique et un média public vient compléter la panoplie des moyens mis en œuvre par une caste politico-médiatique qui sent le vent tourner. Hors de question de trop laisser les opposants s’exprimer. Hors de question de laisser les Français s’informer ailleurs que dans des médias estampillés « informateur fiable ». France TV soutenu par Viginum devient le bras armé d’un pouvoir qui a pris conscience que tout lui échappe, que les Français ne sont plus dupes et qu’ils se tournent vers des sources d’information plus proches des réalités qu’ils vivent.

La « menace informationnelle » est réelle – mais elle est aussi celle que font planer sur la liberté d’expression certains dirigeants occidentaux et les technocrates bruxellois en accumulant des dispositifs de censure. De nombreuses structures médiatiques, politiques ou associatives participent à ce contrôle de l’information. Les réseaux sociaux et les médias indépendants et alternatifs sont régulièrement la cible de ces structures peu enclines au débat et supportant mal de voir leur influence s’effriter au fil des jours. L’anathème « extrême droite » ne suffisant plus à effrayer le citoyen qui a eu sa dose de « barrage républicain », ces nouveaux commissaires politiques ont décidé de passer à la vitesse supérieure : intimidation auprès des entreprises achetant des espaces publicitaires dans ces médias, fermetures de comptes bancaires, harcèlement judiciaire, surveillance constante et innombrables signalements auprès de l’Arcom, multiplication des demandes de règles contraignantes, le tout orchestré par un gouvernement et des partis politiques aux abois, des associations doctrinaires et des médias largement subventionnés dont les Français se détournent de plus en plus mais qui n’ont rien perdu de leur pouvoir de nuisance. [À ce sujet, je conseille ardemment la lecture du dernier et très documenté numéro de la revue du média Frontières intitulé Censure, la tentation totalitaire[3], ainsi que le récent article de François Bousquet dans le JDD, Fatwa bancaire, pourquoi la droite est systématiquement visée[4].]

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Tous les moyens seront-ils bons pour empêcher les dissidents de parler ? L’UE a infligé une amende de 140 millions d’euros au réseau social X. Le siège social parisien de ce dernier est perquisitionné. L’oligarchie politico-médiatique européenne n’a apparemment pas l’intention de laisser les gens s’informer ailleurs que dans des médias « labellisés » reconnaissables à ceci : aucune de ces mesures coercitives mises en place par la Commission européenne et le gouvernement français ne semble jamais les effrayer, bien au contraire. Nos députés dits d’opposition ne semblent guère plus inquiets. C’est donc de l’autre côté de l’Atlantique que l’on tire la sonnette d’alarme. Après que J.D. Vance a répété son inquiétude devant le recul de la liberté d’expression en Europe, la Commission judiciaire de la Chambre des représentants des États-Unis vient de rendre un rapport au vitriol sur les agissements de la Commission européenne. Les propos liminaires mitraillent sec : « Bien que souvent présentée comme une lutte contre les prétendus “discours de haine” ou la “désinformation”, la Commission européenne a œuvré à censurer des informations véridiques et des discours politiques concernant certains des débats politiques les plus importants de l’histoire récente, notamment la pandémie de COVID-19, l’immigration de masse et les questions transgenres. Après dix ans, la Commission européenne a établi un contrôle suffisant sur la liberté d’expression en ligne à l’échelle mondiale pour réprimer de manière exhaustive les discours qui menacent son pouvoir. » La Commission américaine accuse la Commission européenne d’avoir « exercé des pressions sur les plateformes pour censurer des contenus avant les élections nationales en Slovaquie, aux Pays-Bas, en France, en Moldavie, en Roumanie et en Irlande, ainsi qu’avant les élections européennes de juin 2024 », ceci dans le but de « défavoriser les partis politiques conservateurs et populistes ». Elle affirme avoir en sa possession des documents prouvant ces accusations. Considérant que les réglementations (DSA, Bouclier européen, etc.) et les injonctions censoriales de la Commission européenne représentent un risque majeur pour la liberté d’expression, y compris et surtout celle des Américains, la commission américaine est décidée à dénoncer toutes les décisions de l’UE qui mettront en péril un droit fondamental : le droit à la liberté d’expression[5]

Borderline content

Liberté d’expression qui continue de fondre comme neige au soleil sous nos latitudes. Sur le média d’extrême gauche Brut, Emmanuel Macron promet de nouvelles mesures pour « lutter contre la désinformation ». D’abord, le renforcement de… Viginum et l’abaissement du seuil de vues qui déclenchait jusqu’à présent l’intervention de ce service afin que, « dès qu’il y a des indices de désinformation », ce dernier puisse agir. Ensuite, la mise en place d’un « référé “fausse information en période électorale” » permettant aux juges « d’obliger la suspension des contenus si on voit qu’ils sont en train de fausser les élections ». Il est à noter que l’extrême gauche écologiste est sur la même longueur d’onde qu’Emmanuel Macron : l’eurodéputé vert David Cormand verrait d’un bon œil « l’expulsion de X du territoire européen » (Libération, 4 février 2025). Sur RTL, Marine Tondelier déclarait carrément que « ce réseau doit être interdit en Europe ».

https://www.youtube.com/watch?v=QyNeAi8ggI8

Ces annonces présidentielles sont à rapprocher de celles de l’EU Internet Forum (EUIF) concernant un concept tout ce qu’il y a de plus orwellien. Cette instance bruxelloise a en effet inventé la notion de « borderline content » en ligne, désignant ainsi les contenus sur internet et les réseaux sociaux qui, sans être illégaux, sont considérés par des ONG et des fact-checkers mandatés par l’UE comme de la désinformation, du complotisme ou des discours haineux, et doivent par conséquent être « modérés » – en clair, invisibilisés, shadow bannés, donc censurés – par les plate-formes numériques. Sont spécifiquement visés : la « rhétorique populiste », le « contenu anti-gouvernement/anti-UE », le « contenu anti-élite », le contenu « anti-migrants et islamophobe », le « sentiment anti-réfugiés, anti-immigration », le contenu « anti-LGBTIQ+[6] ». On est loin, très loin des seuls contenus pédophiles ou terroristes, lesquels n’auront servi en fin de compte qu’à justifier le contrôle total de nos messageries numériques.  

L’air devient irrespirable en Europe. Bientôt, on étouffera. Le portefeuille d’identité numérique européen, prévu pour novembre 2026, parachèvera l’arsenal de surveillance de tous les habitants de l’UE. Un contrôle social, technologique, politique et médiatique, absolu et irréversible – Emmanuel Macron, la Commission européenne et la caste politico-médiatique aux ordres en rêvent depuis longtemps et sont proches d’y parvenir. À moins que…


« Pour abolir la vérité, il faut : enseigner l’idéologie ; instrumentaliser la presse ; propager de fausses nouvelles ; produire le réel. » Michel Onfray. Théorie de la dictature.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] https://www.francetelevisions.fr/groupe/notre-actualite/france-televisions-et-viginum-nouent-un-partenariat-pour-faire-face-a-la-menace-48116     

[2] https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO852507N024.html

[3] https://www.frontieresmedia.fr/enquetes/le-nouveau-numero-magazine-frontieres-censure-la-tentation-totalitaire-est-disponible-en-kiosq—14726

[4] https://www.lejdd.fr/Societe/enquete-fatwa-bancaire-pourquoi-la-droite-est-systematiquement-visee-166388

[5] The foreign censorship threat, part II : Europe’s decade-long campaign to censor the global internet and how it harms American speech in the united states. 3 février 2026.

[6] Fdesouche.com, Censure du net : comment l’Union européenne prévoit d’agir sur des contenus légaux dits « borderline » anti-élite et anti-immigration. 4 février 2026.

Vote sans frontières

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Un bureau de vote, au second tour des législatives de 2022. © SYSPEO/SIPA

La France pour tous ! À l’occasion de leur niche parlementaire, jeudi 12 février, les écologistes voulaient remettre sur la table une vieille revendication de l’extrême gauche: accorder le droit de vote aux étrangers non européens aux élections locales – une nouvelle étape dans une redéfinition silencieuse du corps électoral ?


Ils n’en ratent pas une ! Les Verts veulent ouvrir le vote aux élections municipales aux étrangers hors UE. Par ailleurs, une pétition s’y opposant a déjà recueilli plus de 100 000 signatures.

Bons sentiments

Deux tiers des Français pensent que l’immigration sans contrôle est un danger majeur pour le pays, mais les écolos trouvent urgent d’accorder plus de droits aux étrangers. Ils ont inscrit au programme de leur niche parlementaire une vieille proposition de loi constitutionnelle datant de 2000 de Noël Mamère (souvenirs, souvenirs…) – elle accorderait aux étrangers extra-communautaires le droit de vote et d’éligibilité. Toutefois, ils ne pourraient pas être maires, ni sénateurs, mais par exemple conseillers municipaux.

C’est une lubie ancienne de la gauche et une vielle promesse de Mitterrand. Je vous rassure tout de suite : elle ne sera sans doute pas discutée, ni même votée, et encore moins validée par un référendum. C’est juste pour faire du bruit. On nous donne les arguments des bons sentiments. Pourquoi nous et pas eux ? Ils travaillent, payent des impôts, envoient leurs enfants à l’école. Pourquoi ne voteraient-ils pas ? Le maire, c’est l’élu du quotidien, il répare les routes et gère les poubelles… En réalité, le maire exerce un pouvoir de police générale. Et l’écharpe tricolore, ce n’est pas que pour faire joli.

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Mais les ressortissants européens peuvent déjà voter, me rétorque-t-on. Oui, et c’était déjà une erreur. Il n’y a ni citoyenneté, ni peuple européen. Cependant, s’il n’existe pas de nation européenne, il existe déjà dans l’UE un droit singulier (la liberté de circulation et d’établissement). Et les chiffres sont très différents. Nous avons en France 1,2 million d’Européens (dont 320 000 sont inscrits sur les listes électorales), et 6 millions d’étrangers extra-communautaires qui résident légalement, lesquels proviennent essentiellement du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. Pardon, mais s’il y a peu de risque de communautarisation du vote avec les Anglais du Périgord, dans certaines villes, avec l’appoint d’un vote étranger, des listes communautaires, particulièrement crypto-islamistes, pourraient gouverner des communes et en faire leur laboratoire… Et peut-être sans.

Vous voulez voter ? Devenez français ! 

La gauche rêve toujours d’aligner totalement le droit des étrangers sur celui des Français. Or, sans préférence nationale, c’est-à-dire sans droits spécifiques aux citoyens d’un pays, il n’y a pas de nation. Et la première de ces discriminations, c’est le droit de vote. Il n’est pas lié seulement à une situation matérielle, la résidence en France, mais à l’appartenance à une communauté politique qui se donne des règles de gouvernement. Les étrangers que nous choisissons d’accueillir sont les bienvenus, ils peuvent même demander à devenir français, mais ils n’appartiennent pas à cette communauté et n’ont pas à en fixer les règles.

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Derrière la générosité sans-frontiériste se cache un appétit de liquidation. Pour la gauche, le grand remplacement démographique et culturel qui n’existe pas ne va pas assez vite. Il faut accélérer la créolisation. Les Verts savent que leur loi ne passera pas. Si les Verts mélenchonisés sont pressés de voir la nouvelle France prendre la relève, c’est parce qu’ils veulent en finir avec le peuple historique, franchouillard et droitisé.


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Carmen, prends garde à toi

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© Benoîte Fanton / Opéra national de Paris

Opéra de Paris : Calixto Bieito frappe encore.


Dommage ! Carmen, film muet allemand réalisé en 1918 par le tout jeune Ernst Lubitsch (le futur – et génial- cinéaste de Trouble in Paradise ou de To be or not to be), a disparu de l’offre Arte TV le lendemain même de la reprise de Carmen à l’Opéra-Bastille, dans la mise en scène de l’Ibère Calixto Bieito, inaugurée au festival catalan Castell de Peralada en… 1999 ! Le plateau de la Bastille accueille pendant plus d’un mois, à cheval sur février et mars, la troisième reprise de cette production depuis son importation à Paris, en l’an 2017.

Un tube mondial

Dommage pour Lubitsch, car le scénario de l’ambitieux et spectaculaire long métrage puise à la source même du drame lyrique, à savoir la célèbre nouvelle de Prosper Mérimée publiée en 1847, laquelle inspirera comme l’on sait Henri Mailhac et Ludovic Halévy, les librettistes du chef d’œuvre de Bizet créé en 1875 à l’Opéra-Comique, trois mois avant la mort prématurée du compositeur, à peine âgé de 37 ans, victime d’un refroidissement suite à une baignade dans les eaux glacées de la Seine…

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Signée Tobias Schwencke, la bande-son contemporaine du long métrage de Lubitsch ne se fait pas faute de citer, réarrangée avec beaucoup de talent, la mélodie mondialement connue du compositeur français, en particulier le motif de la habanera andalouse – scie absolue du répertoire, fredonnée jusqu’à l’écœurement par le populo depuis dix générations : « si tu ne m’aimes pas je t’aime…prends garde à toi », etc., etc.

Si, comme on s’en doute, la régie de Calixto Bieito récuse frontalement toute littéralité – cf. sa production du Ring de Wagner, dont l’Opéra Bastille nous délivrait sous ses auspices, il y a quelques semaines à peine, l’interminable Siegfred selon une recette particulièrement assommante -, ses partis pris de transposition radicale n’en rendent pas pour autant la lecture, ni plus limpide, ni plus délectable. Il faut croire que le public, le temps passant, s’habitue à tout : les huées qui naguère mugissaient au tomber de rideau n’ont plus court en 2026 : au soir de la première, le 7 février dernier, la salle réservait tout uniment les mêmes salves de bravi aux chanteurs et à la mise en scène.

Pas loin de la catastrophe

Et pourtant… Ce joggeur en slip blanc qui tournicote comme un derviche avant de tomber d’épuisement, à plat ventre, le rebondi de ses fesses douché par un spot au premier plan du plateau ; cette cabine de téléphone, accessoire déjà vintage, plantée là pour offrir bientôt ses vitres aux coups de guibolles d’une horde de bidasses ; ce corps de garde de légionnaires en treillis vert d’eau (qui, assez vite, tombent le haut pour faire valoir leurs biscoteaux et leurs tatouages) ; ces couleurs hispaniques qu’on hisse sur un mât phalliquement érigé en plein centre ; cette silhouette de taureau, panneau publicitaire géant découpé en fond de scène ; ces berlines Mercedes, signature supposée (au reste tellement convenue) des ‘’gens du voyage’’ qui, une, puis deux, puis trois, puis jusqu’au nombre de sept, pleins phares, éblouissent crûment la salle entière ; ce coitus interruptus d’un Don José débraguetté qui s’affaire non sans mal à culbuter sa cigarière ; ce tableau final figuré par cette arène curieusement évidée, tendue de toile grise telle une cellule d’asile XXL, et dans la pénombre de laquelle viendra scintiller le traje de luces du ‘’toreador’’ Escamillo, de prime abord en costard trois pièces ; ces selfies pris avec un petit  appareil (Nokia ? Lumix ?) dont on en vient à arracher la péloche (le smartphone n’est pas encore né) ; une Carmen en nuisette à dentelles noires, qui ôte sa culotte (assortie), plus tard toilettée d’une petite robe à strass ; un Don José en blouson de cuir beigeasse ; et toute une friperie très « movida » pour nipper les chœurs d’enfants… Prosaïsme à tous les étages !

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Comme souvent, c’est le cast vocal qui sauve Carmen de la cata. A commencer par la mezzo Stéphanie d’Oustrac, au répertoire vocal exceptionnel (du baroque au romantique) et qui conjugue ici sa remarquable présence scénique à une articulation impeccable. La soprano égyptienne Amina Edris campe quant à elle une Micaëla vocalement nuancée, d’une puissance dramatique émouvante, tandis qu’Escamillo, sous les traits du baryton-basse natif de Montevideo Erwin Schrott, déploie sa flamboyante projection vocale avec une maîtrise toute en finesse.

Photo : Benoîte Fanton

Mais s’il fallait trouver un sauveur à ce spectacle, il s’incarnerait sans conteste dans la prestation de Russell Thomas, ténor américain inattendu dans la peau de Don José, d’un lyrisme à la fois incandescent et velouté. A noter que notre compatriote Jean-François Borras prendra le relai dans cet emploi de haute exigence à partir du 7 mars, et ce jusqu’à la dernière représentation, le 19 mars. Victoria Karkacheva, mezzo-soprano russe qui, l’automne dernier, au Théâtre des Champs-Elysées chantait à merveille Marguerite dans La damnation de Faust de Berlioz, reprendra quant à elle le rôle-titre jusqu’au bout.

Au pupitre, Keri-Lynn Wilson, celle-là même qui déjà, à l’Opéra-Bastille, dirigeait avec brio le Cendrillon de Massenet il y a trois ans, peine cette fois à donner un peu de panache et d’éclat à cette production, entachée qu’est celle-ci de cette insondable, inexpiable vulgarité : elle désigne à la damnation le caballero Calixto Bieito, décidément trop omniprésent à Paris cette saison.      


Carmen. Opéra en quatre actes de Georges Bizet. Direction : Keri-Lynn Wilson. Mise en scène : Calixto Bieito. Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Paris.

Avec Russell Thomas/ Jean-François Borras, Stéphanie d’Oustrac/ Victoria Karkacheva, Amina Edris, Erwin Schrott…

Durée : 3h

Les13,19, 25 février, 3,7,10,13,16,19 mars à 19h30 ; le 22 février à 14h30.

Affranchissez-vous!

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L'écrivain Cyril Bennasar © Hannah Assouline

Dans son roman, Cyril Bennasar raconte les forfaits et tribulations d’un personnage quelque peu phallocrate, obsédé par le sexe et le « grand remplacement », dont les traits d’esprit — pour le moins douteux — sont dénoncés avec la plus grande fermeté par la patronne de votre gazette préférée.


Si je rencontrais Pierre Schwab, 58 ans, je me demande si j’en tomberais sottement amoureuse ou s’il me taperait prodigieusement sur les nerfs. Probablement les deux. Ce drôle de paroissien, menuisier de son état, possède un bien précieux et infiniment dangereux : une liberté totale, un refus de censurer ses idées les plus révoltantes, une joyeuse indifférence aux arrêts du tribunal de l’opinion. Dépourvu d’un statut social qu’il aurait peur de perdre, et ne désirant nullement en avoir un, il s’emploie à s’émanciper des scrupules moraux que partagent spontanément la plupart des êtres humains – en pensée, en parole et parfois en actes. Encore que de son point de vue, les forfaits dont il se fait une fierté, et qui vont d’une blague racistoïde avec un calicot « Justice pour Adama » au meurtre final en passant par l’incendie d’une mosquée qui se construisait en loucedé, ne sont qu’un moyen de rétablir une balance déséquilibrée par notre angélisme. D’où le sort qu’il réserve, en toute bonne conscience, au dealer arabe qui a assassiné son amie. Ou peut-être pas.

Demandez le programme

Schwab ne s’est pas « radicalisé » en regardant CNews ni « affranchi » sous l’effet d’une colère accumulée. Cet artisan qui gravite entre la capitale et la France périphérique voit ce qu’il voit. Sur les chantiers, les Arabes avec lesquels il fraternisait autour d’un joint ou d’une bière ont laissé la place aux « musulmans priants ». Dans l’espace public, des « racailles allogènes » qu’il qualifie également de « nuisibles » intimident, menacent ou emmerdent tout le monde avec « leur musique de merde ».

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Il entend parler d’une expérience dans laquelle des rats, soumis à un stress aigu, fuient quand ils le peuvent ou se battent quand ils ne le peuvent pas, tandis que le rat esseulé et coincé développe un cancer. Schwab n’entend pas fuir comme sa famille qui a quitté l’Algérie, puis sa cité de Saint-Ouen : « Je décide donc de cesser de subir, d’encaisser et de me taire. Je ne tolérerai plus l’intolérable, et ne regarderai plus ailleurs devant le spectacle du désastre. Je ne serai plus fataliste et défaitiste, et, partout, tout le temps, en paroles et en actions, j’agirai. Avec ma tête ou avec mes poings (…). En prenant le risque de choquer, de blesser, de heurter. À 58 ans, avant d’aborder mon troisième tiers, j’opposerai une résistance à tout ce qui me révolte, et, sans limites, ni légales, ni morales, j’entrerai dans toutes les batailles de la guerre de civilisation. » Voilà le programme. Il est vrai que, n’aspirant à aucune position sociale et n’en ayant aucune, il n’est pas paralysé par la peur de la perdre.

Mauvaises pensées

Résultat, le gaillard passe son temps à dire des choses qu’on s’efforce de ne pas penser, à faire des amalgames douteux et des vannes auxquelles on a honte de s’esclaffer comme « une place de charter ça coûte moins cher qu’une place de prison ». Une blague comme ça, et c’est l’une des plus soft, peut vous envoyer en taule – peut-être même que la citer est pénalement répréhensible, je précise donc que je désapprouve. Ce cochon s’en prend même à Yseult : « Là, c’est le pompon. Toutes les semaines, on vient nous les briser avec l’appropriation culturelle et voilà qu’une Noire d’un bon quintal s’appelle Yseult, qui selon la légende celte était la reine blanche, la princesse aux mains blanches. » En somme, non content d’être passablement raciste, encore qu’il faudrait nuancer, plutôt grossophobe et absolument islamophobe, toutes déviances que je condamne vigoureusement, il revendique son nomadisme sexuel, son goût pour l’ordre genré du monde et son dégout pour les « boudins hallal ». Et ne se cache pas d’être obsédé depuis sa première branlette. Quand il ne pense pas avec rage et désespoir au grand remplacement, à la tiers-mondisation et à tous ces Français qui refusent de répondre à la violence parce qu’ils croient « décourager un adversaire par la soumission », Schwab court l’amour. Trompe ses femmes avec ses maitresses et inversement, envisage toute rencontre comme une possibilité de volupté – mot dont il donne sa définition: « faire de la douceur une sensation forte ». Seulement, « les filles sont chiantes pour ça, elles ne font pas le premier soir ce pour quoi elles se roulent par terre la deuxième semaine ». Et en plus elles réclament des mots tendres et des voyages à Venise. Fallait demander avant de le faire jouir, bécasse.

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Autant dire que chacune de ces paroles allume des voyants rouges dans les officines de surveillances et délations qui prolifèrent. Ce Pierre Schwab est dangereux. La bonne nouvelle, c’est qu’il n’existe pas. Sauf que Cyril Bennasar l’a inventé : Schwab est le narrateur (omniscient) de son roman L’Affranchi, le double sans filtre auquel il délègue ses pensées les plus troubles, ses pulsions les plus sombres et ses saillies les plus drôles.

Rire coupable

Journalistes, sociologues et commentateurs sentencieux qui prétendent disséquer et décrypter les affects coupables et les votes déplorables de ces contemporains qu’ils qualifient, selon les heures et leurs humeurs de réacs, fachos, extrême droite ou, quand ils sont polis, de populistes, devraient dresser une statue à Bennasar. Quand eux observent cette peuplade bizarre au prisme d’études et courbes qui confirment leur vision du monde, il leur offre un branchement direct sur le cerveau d’un électeur zemmourien. Ils pourraient voir à travers ses yeux, éprouver avec lui sa peur de devenir minoritaire dans son pays. Et en prime piquer quelques fous rires coupables car Bennasar a l’humour radioactif et les pauvres n’ont pas l’air de beaucoup se marrer. Vous connaissez l’humour antiraciste, vous ? Son Schwab n’est pas un de ces bourrins adeptes de la théorie des races et équipés de tout un fatras conspirationniste qu’on adore mépriser. Il philosophe, argumente contre lui-même, défend la légitimité de ses actes face à un juge invisible. Il ne s’interdit pas les généralisations abusives, surtout quand elles lui permettent un bon mot qui fait grincer les copains bien élevés : « Elle m’avait racontée qu’une nuit, dans un squat, un Arabe l’avait violée. Elle ne voyait pas le rapport entre un viol et un Arabe. Moi si. » Puis des visages comme celui de Hamid qui déteste tellement les barbus qu’il se fait son complice, troublent ses certitudes. Pas son sentiment aigu de la différence des civilisations ni sa détermination à défendre celle qu’il dit sienne. Par tous les moyens, proclame-t-il. Vraiment ? Invité dans cette conversation silencieuse, le lecteur se récrie, objecte qu’il ne jettera pas l’humanisme occidental avec l’eau du bain droit-de-l’hommiste, humanitariste et masochiste, qu’il ne sauvera pas la civilisation en piétinant les valeurs qui la fondent. Reste à savoir si elle ne périra pas d’être trop civilisée.

A relire, éditorial : Ice crime

Les docteurs affairés à rééduquer l’électeur déviant n’ont que faire de la complexité et de la pluralité humaines. Un électeur « d’extrême droite » et, au-delà, tout citoyen rétif aux joies du multiculti est un salaud et un idiot qui se trompe sur tout, y compris sur ce qu’il voit et vit. Ils ne veulent surtout pas comprendre ceux qu’ils ont déjà condamnés. Ils se sentiraient déjà compromis s’ils écoutaient ce que Schwab a à leur dire. S’exposer volontairement à des propos scandaleux, seraient-ils tenus par un personnage de roman, c’est le début de la pente glissante. Redoutant plus que tout qu’on les affranchisse, les vierges antifascistes outragées ne liront pas Bennasar. Et s’en feront une gloire. Tant pis pour elles.


L’Affranchi, Cyril Bennasar (préface de Renaud Camus), Périphérique, 2025, 260 pages. A commander sur bennasarlaffranchi.fr 

«Musulmans en Occident» : échange gros pavé contre petite réforme

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Conférence de presse pour la publication de l'ouvrage ‘Musulmans en Occident’ © Omar Boulkroum / Grande mosquée.

Chems-Eddine Hafiz, le recteur la Grande Mosquée de Paris publie un livre: « il faut qu’on explique l’islam à la République et qu’on explique aux musulmans la République ». Une entreprise louable ? Elisabeth Lévy donne son avis.


La Grande Mosquée de Paris a publié un guide pour adapter l’islam à la France. Il s’agit d’un pavé de mille pages, intitulé Musulmans en Occident. Cinq ans de travail et des centaines d’heures d’audition ont été nécessaires. Deux commissions ont été mobilisées, avec des religieux, des chercheurs, et des personnalités comme l’avocat de Charlie Hebdo Richard Malka.  


Islam et laïcité : ce n’est pas trop ça

But affiché : adapter le discours religieux musulman à la société et à la culture françaises. Le recteur de la mosquée, Chems-Eddine Hafiz dit qu’il veut remédier à l’image désastreuse de l’islam en déminant les points de crispation, recensés dans un glossaire disponible en ligne où on apprend que les femmes peuvent se dévoiler pour obtenir un emploi ou que le mariage religieux ne peut intervenir sans mariage civil. Il y a en plus une charte qui proclame la liberté absolue de croire ou de ne pas croire.

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Bien sûr, c’est un projet très louable. Primo, il ne démarre pas sur les récriminations habituelles sur l’islamophobie – un bon point. Et on reconnait qu’il y a bien un problème. Le guide va jusqu’à critiquer en creux certaines pratiques – par exemple, le refus de la mixité ou la violence face au blasphème. Deuxio, il mobilise les réformateurs musulmans pour suggérer certains accommodements. Evidemment, tout ceci suscite l’enthousiasme de la presse progressiste. Alléluia, tout est pardonné !

Pourquoi suis-je nettement moins enthousiaste ?

L’influence de la Mosquée de Paris dans la jeunesse tentée par l’islam radical est nulle. Elle considère au contraire qu’il s’agit là de gens vendus à la France ou à la dictature algérienne. Et quand on lit bien, quand on va dans les détails du fameux glossaire, la victimisation est en réalité omniprésente. Concernant la radicalisation, par exemple, il est question de pauvreté, d’échec scolaire et de politiques d’exclusion. J’aimerais bien savoir quelles sont ces politiques d’exclusion des musulmans qu’on aurait menées en France ! Enfin, il y a dans tout ce projet une vision irénique de l’islam et du Coran. Dans le chapitre « Antisémitisme », on apprend, certes, qu’à Médine les musulmans ont châtié des juifs méchants. Mais sinon, rien à voir, Coran et islam sont étrangers à l’antisémitisme. Et la Grande Mosquée a caché des juifs pendant la guerre. Aucune mention des alliances entre certains dignitaires musulmans et Hitler, de l’antisémitisme d’atmosphère ni des juifs tués ou agressés aux cris de « Allah Ouakbar ». Pas un mot des versets très problématiques. Or, comme l’a dit Philippe Val en audition, dans le judéo-christianisme le commentaire a recouvert le texte. Il est presque devenu aussi important que le texte. Cela est impossible avec le Coran incréé. Puisqu’on nous dit que le Coran a été écrit directement par Dieu. Alors, on ne sait toujours pas quoi faire des versets antijuifs ou de ceux qui disent qu’il faut punir les blasphémateurs.

Il y a un malentendu de départ. Ce guide veut expliquer l’islam à la République et la République aux musulmans. Mais la République n’a pas à connaître l’islam – elle ne reconnaît et ne salarie aucun culte. Les musulmans comme les autres doivent se débrouiller avec nos lois et nos mœurs. Aveu du recteur : il ne s’agit pas de « faire une réforme de l’islam, ni de le changer ». Dommage, parce que c’est précisément cela dont les musulmans et la France ont besoin.


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale, au micro de Patrick Roger

Affaire Epstein: Starmer désarmé

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Le Premier ministre britannique Keir Starmer à Welwyn Garden City, dans le nord de Londres, le 10 février 2026 © Suzanne Plunkett/AP/SIPA

L’affaire Epstein connaît ses effets les plus dévastateurs chez nos voisins britanniques. Le Premier ministre est en sursis. Grand récit.


Dans l’Ancien Testament, le livre de Daniel raconte l’histoire de Belschatsar roi de Babylone qui, un jour, donne un grand festin au cours duquel il profane les vases sacrés volés au sanctuaire de Jérusalem. « Soudain apparurent des doigts de main humaine qui se mirent à écrire, derrière le lampadaire, sur le plâtre du mur du palais royal ». Le monarque n’arrive pas à déchiffrer le sens de la formule énigmatique rédigée par la main mystérieuse, mais il comprend obscurément que son sort est scellé. Il meurt la nuit suivante.

En anglais, cet épisode biblique a donné lieu à une expression courante, « the writing is on the wall », pour indiquer qu’un certain dénouement négatif est devenu inévitable. Et que ce n’est plus qu’une question de temps… C’est ainsi que l’on peut dire, à propos de sir Keir Starmer, Premier ministre et chef du Parti travailliste, que « the writing is on the wall ». Car les ondes de choc successives provoquées par le véritable tremblement de terre politique et social qu’est l’affaire Epstein ont eu des effets plus dramatiques au Royaume Uni qu’ailleurs. Les révélations apportées, d’abord par les témoignages des femmes victimes du financier pédocriminel, ensuite par la publication échelonnée des innombrables documents recueillis au cours de l’enquête menée par les autorités américaines, entachent non seulement la famille royale en la personne de l’ex-prince Andrew, mais aussi le gouvernement à travers la nomination par Starmer de Peter Mandelson comme ambassadeur britannique à Washington. Cette décision, qui semble aujourd’hui incompréhensible, n’a pas encore provoqué la chute du Premier ministre, mais a tellement ébranlé son autorité dans le parti et au-delà, que tout le monde se demande, non pas s’il va démissionner, mais quand ? 

Un revenant devenu encombrant

Le Premier ministre a annoncé la nomination de M. Mandelson à la fin de 2024, avant même que ne soit achevé le processus de vérification de l’aptitude pour le poste de l’ancien ministre de Tony Blair et de Gordon Brown. Starmer aurait été encouragé à le faire par son chef de cabinet et conseiller le plus proche, Morgan McSweeney. Ce dernier, qui a été l’architecte de la victoire électorale des travaillistes en juillet 2024, avait eu comme mentor politique Peter Mendelson. Le nouvel ambassadeur, en fonction à partir de février 2025, avait pour mission de faciliter les négociations commerciales entre le Royaume Uni et l’administration de Donald Trump. Mais en septembre, une première publication de documents concernant Jeffrey Epstein par le House Oversight Committee, une des commissions les plus puissantes de la Chambre des Représentants américaine, a focalisé l’attention générale sur les relations étroites entre l’ambassadeur et le multimillionnaire. Face au scandale, M. Mandelson a refusé de démissionner, obligeant M. Starmer à le limoger. Si, à ce moment-là, sa décision de le désigner comme ambassadeur a été vivement critiquée par l’opposition parlementaire et la presse, les attaques contre sa capacité de discernement ont explosé quand, le 30 janvier, le département de la Justice américain, contraint par le passage d’une loi, l’Epstein Files Transparency Act, le 19 novembre, a publié un ensemble de plus de 3 millions de pages de documents, 180 000 images et 2 000 enregistrements vidéo et audio. Le monde a ainsi appris que les liens entre MM. Mandelson et Epstein étaient encore plus proches qu’on ne croyait et ont persisté bien après la condamnation et le passage en prison d’Epstein entre 2008 et 2009. Plus choquant encore, on a appris que Mandelson, ministre à cette époque – époque qui est aussi celle de la crise financière – a partagé avec son ami américain des informations sensibles sur le plan financier.

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Devant le tollé général, Starmer a contraint Mandelson à démissionner du Parti travailliste et de lquitter son statut de membre de la Chambre des Lords. On parle même de lui ôter son titre de « Lord », procédure inhabituelle et laborieuse.

De son côté, la police anglaise annonce l’ouverture d’une enquête pour déterminer si les actions de M. Mandelson sont criminelles.

Sommé de dire ce qu’il savait des relations Epstein-Mandelson avant la nomination, Keir Starmer a nié être au courant et a accusé les insuffisances du système de vérification par les services de renseignement. Pourtant, le Parlement a décidé qu’une commission devait avoir accès à tous les documents concernant le processus de nomination et de vérification. Ladite commission doit porter un jugement sur ce processus et rendre publics certains des documents – une sorte de mini-Epstein-files. Sera-ce le coup de grâce pour la carrière politique de Starmer ? Le Premier ministre est déjà impopulaire et faisait l’objet de différents complots ourdis par certains de ses collègues travaillistes qui voudraient le remplacer. Pour l’instant, il survit seulement à travers le sacrifice de son chef de cabinet, M. McSweeney, contraint de démissionner le 8 février. Le retour de Mandelson et le discrédit qu’il jette – à travers Epstein – sur le gouvernement travailliste actuel représente un étrange retour de bâton, par lequel le Labour de Starmer est comme sapé de l’intérieur par le New Labour de Blair et de Brown.

« Mandy » ou « Petie » : celui par qui le scandale arrive

Mandelson était une figure centrale du mouvement réformiste lancé au sein du parti travailliste par Tony Blair et Gordon Brown dans les années 1990. Arrivés au pouvoir après leur victoire aux élections de 1997, les hommes du New Labour ont gouverné jusqu’en 2010. Cette période peut être comprise aujourd’hui comme étant celle d’une certaine mondialisation naïve, fondée sur la croyance que, grâce aux progrès illimités de la technologie et à l’ouverture des frontières à la circulation des capitaux et des personnes, le monde allait connaître un âge de prospérité et de liberté sans parallèles dans l’histoire. Nommé ministre sans portefeuille en 1997, Mandelson devient secrétaire d’État aux Affaires et au Commerce pendant six mois en 1998, avant d’être nommé secrétaire d’État pour l’Irlande du Nord en 1999, jusqu’en 2001. Entre 2004 et 2008, il est envoyé à Bruxelles comme commissaire européen au Commerce, l’époque de la grande ouverture aux exportations chinoises. De retour à Londres en 2008, il retrouve le poste de secrétaire d’État aux Affaires et au Commerce, maintenant dans le gouvernement de Gordon Brown dont il devient le numéro deux et l’homme à tout faire.

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Pourquoi tous ces changements de poste ? Au-delà des prétendues compétences de M. Mandelson, il ne cesse d’être poursuivi par des scandales de corruption. Il démissionne une première fois en 1998 pour un conflit d’intérêt : son département gouvernemental est censé enquêter sur les activités financières d’un collègue qui, en l’occurrence, a prêté de l’argent à M. Mandelson pour l’achat d’une maison, fait que celui qu’on surnomme « Mandy » avait caché. Il démissionne une deuxième fois en 2001, accusé d’avoir essayé d’utiliser son influence pour la délivrance d’un passeport britannique à un homme d’affaires indien. Une enquête officielle le blanchit, mais il est alors « grillé » comme ministre. Pendant son mandat comme commissaire européen, on l’accuse d’avoir des relations qui frôlent le conflit d’intérêt avec Paul Allen, le cofondateur de Microsoft, et l’oligarque russe, Oleg Deripaska, mais rien n’est prouvé. Telle est sa réputation d’homme politique manipulateur adonné aux magouilles. Et son surnom gentillet de « Mandy » cède la place à celui, satanique, de « the Prince of Darkness », « le Prince de la nuit ».

Ce que révèlent les « Epstein files », c’est que pendant toute cette époque, Mandelson entretenait une complicité étroite avec le financier pédophile dont il partageait dans une certaine mesure, non les tendances sexuelles (M. Mandelson est homosexuel), mais la vénalité. Les deux hommes se rencontrent en 2001 et maintiennent des relations jusqu’en 2011, donc bien après la condamnation d’Epstein. Pendant tout ce temps, l’homme politique a reçu des dons d’argent de la part du financier. Par exemple, 75 000 dollars en trois versements entre 2003 et 2004. Son partenaire, un Brésilien, a également profité de la générosité d’Epstein, recevant des milliers de livres en 2009 et 2010, au moment où Mandy était secrétaire aux Affaires et au Commerce. En retour, Mandelson semble avoir fourni des informations et des mises en relations pour faciliter les affaires d’Epstein. C’est notamment au moment de la crise financière que le ministre a donné à son ami des tuyaux, l’avertissant de la vente par le gouvernement britannique de biens valant 20 milliards de livres, ou de l’opération de sauvetage de l’euro par l’UE pour un coût de 500 milliards d’euros. Outre leurs affaires véreuses, les deux hommes ont fait preuve d’une grande connivence sur le plan personnel. Mandelson a voyagé dans le jet privé d’Epstein, a visité son île de Little Saint James et a séjourné dans sa maison newyorkaise. Des photographies dans les archives d’Epstein montrent le Britannique debout en slip à côté d’une jeune femme. Dans un livre d’or pour l’anniversaire de l’Américain en 2003, M. Mandelson a écrit qu’il était son « meilleur pote ». Et celui que le financier appelait familièrement « Petie » (de Peter) se confiait à Epstein sur les difficultés de sa relation avec son compagnon (aujourd’hui mari) brésilien.

« Mene, mene, tekel, upharsin »

« Compté, compté, pesé, divisé » : tel était le texte énigmatique écrit par la main mystérieuse sur le mur du palais de Belschatsar. Les jours de Starmer comme Premier ministre sont désormais comptés. Survivra-t-il jusqu’aux élections locales du mois de mai, qui tombent le même jour que les élections pour les assemblées galloises et écossaises ? Si oui, la débâcle électorale qui attend inévitablement les travaillistes mettra fin à sa carrière de dirigeant à ce moment-là. Mais Starmer survivra-t-il même jusqu’à l’élection partielle de Gorton et Denton (dans la région de Manchester) qui aura lieu le 26 février ? Les sondages suggèrent que, dans cette circonscription jusqu’à présent travailliste, la victoire sera disputée par les Verts et Reform UK. Une défaite pourrait également provoquer la chute de l’actuel Premier ministre.

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Pourtant, si les conclusions de la commission parlementaire interviennent avant cette date et si elles montrent clairement que M. Starmer n’a pas dit toute la vérité sur ce qu’il savait à propos de M. Mandelson, la chute pourrait arriver encore plus vite.

Pour l’instant, le locataire du 10 Downing Street a reçu le soutien de ses élus. Mais il se pourrait bien que ces derniers prennent simplement le temps d’aiguiser leur couteau avant la mise à mort finale…  

Le promeneur du Val

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© JS

Un nouveau jardin vient d’ouvrir ses grilles à Paris: les abords immédiats du Val-de-Grâce, dans le Ve arrondissement, sont désormais accessibles au public. L’occasion d’admirer l’ancien hôpital militaire et son église sous toutes les coutures.


Les pelouses viennent d’être semées et sont encore interdites au pique-nique. Mais dans ce matin froid de février, personne n’aurait l’idée d’aller s’y prélasser à l’ombre des arbres dénudés par l’hiver. Aux beaux jours, c’est certain, les centaines de chênes blancs et verts, tilleuls, lilas, magnolias, arbres de Judée et allées fleuries offriront un plaisant spectacle de verdure. Dit avec les mots de la Mairie de Paris, cela donne ça : « Ce projet s’inscrit dans l’objectif de lutter contre le réchauffement climatique en augmentant significativement la surface d’espaces verts et représente une part conséquente des nouveaux espaces végétalisés inscrits au Plan local d’urbanisme (PLU) bioclimatique de la capitale. » Mais la réussite de cette réalisation, en partie due à l’État, permet d’oublier sans efforts les prosateurs municipaux atteints de végétalite aigüe.

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Ce jardin planté au XVIIe siècle, en même temps qu’était édifiée l’abbaye voulue par Anne d’Autriche, mère de Louis XIV, est resté inaccessible aux Parisiens jusqu’en ce début d’année 2026. Réservé aux religieuses jusqu’à leur expulsion par la Révolution en 1793, il a ensuite été dévolu à l’Armée, lorsqu’en 1796 l’ensemble du monument est réaffecté en hôpital militaire et en hôpital d’instruction. Une activité qui a perduré jusqu’à une période récente, bien que la Grande Muette occupe encore une partie du site – des véhicules à carrosserie de camouflage sont visibles à travers les grilles. Le réaménagement de cette promenade, autrefois destinée aux pénitentes et aux convalescents, a permis d’en restituer le tracé d’origine et de s’approcher au plus près du splendide édifice. Un petit bassin central a également été reconstitué à partir de vestiges retrouvés dans le sol. Le Val-de-Grâce, avec son dôme ceint de bulbes et de groupes sculptés, est sans conteste le plus italien des monuments parisiens (avec, peut-être, la Fontaine des Quatre-Saisons, plus tardive, située rue de Grenelle).

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Jamais contents, ces Parisiens !

La sobriété des façades souligne le raffinement de leurs rares ornements : armes de la bienfaitrice reine-mère, balustrades en fer forgé, pots à feu… Cette majesté « discrète » du XVIIe français se retrouve dans les pierres de l’Institut de France et dans celles de l’hôtel des Invalides – encore un site militaire.

Cependant, un détail heurte le regard dès l’entrée du visiteur qui lèverait les yeux. Pour ouvrir le jardin au public il a fallu pratiquer une nouvelle porte dans la grille existante et, classement monument historique oblige, reproduire les motifs anciens. Or, les grilles d’origine coiffées de simples mais élégantes volutes de fer voisinent avec de ridicules pastiche s’apparentant à de vulgaires cœurs de Saint-Valentin. Dommage, car les Français ont su faire de belles grilles : jardin du Luxembourg, parc Monceau, château de Versailles… Mais ça, c’était avant.

Jardins du Val-de-Grâce : 74 ter, boulevard de Port-Royal 75005 Paris.

Jonathan Siksou vient de publier Triompher en festins. Une histoire de France en vingt repas1, Perrin, 2026.

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  1. Lire notre critique dans le magazine ↩︎

La profanation de l’innocence: Gaza, Epstein et le retour d’un très vieux mythe

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Charles Rojzman. Photo: D.R.

Ces derniers jours, l’affaire Epstein a pu réveiller aux marges des réseaux sociaux quelques vieux poncifs antisémites. L’humanité ne change pas, perpétuellement à la recherche de l’ennemi corrupteur qu’il convient de bannir. Projeter le mal sur une figure commode afin de préserver l’illusion de sa propre innocence est un réflexe ancien.


Il y a, dans le vacarme contemporain, un retour de formules que l’on croyait ensevelies avec les siècles. Autour de la guerre à Gaza, une accusation ressurgit avec une insistance presque incantatoire : celle du « tueur d’enfants ». Elle naît d’images réelles, insoutenables, de civils pris dans la violence — mais, dans certains discours, elle déborde rapidement la critique d’actes militaires pour se muer en soupçon global visant une identité collective.

Dans un registre différent, mais psychiquement voisin, les crimes monstrueux commis par des individus — tel le scandale Epstein — sont parfois réinvestis dans l’espace public comme s’ils révélaient une souillure plus vaste, une corruption essentielle attribuée à un ensemble indistinct. L’horreur singulière devient alors matière à généralisation mythique.

Coupable total

Ces deux registres réactivent un archétype très ancien : celui de la profanation de l’innocence. Lorsque la figure de l’enfant — innocence absolue — est convoquée, le débat se ferme, la complexité disparaît, et la désignation d’un coupable total s’impose avec une force émotionnelle qui excède les faits eux-mêmes. C’est ce déplacement, du réel vers le mythe, qu’il faut interroger.

L’histoire est un fleuve opaque où surnage, parfois, quelque carcasse pourrissante, quelque tronçon de mémoire que l’on croyait disparu. Ainsi en va-t-il de l’antisémitisme, ce mal ancien, ce miasme séculaire, que l’on feint d’oublier et qui pourtant, comme tout archaïsme, comme toute nuit des origines, travaille silencieusement sous les civilisations policées.

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Les Allemands, au moment de l’accession d’Hitler au pouvoir, n’étaient pas, pour la plupart, des antisémites violents ou hystériques. Beaucoup vivaient dans l’indifférence bourgeoise, ce « Mittelstand » que Musil a si bien saisi, ce confort moral qui s’accommode de tout tant qu’il garantit la chaleur du foyer et le pain sur la table. Mais il existait, en Allemagne, depuis des siècles, un vieux fond d’antisémitisme, souterrain, larvé, prêt à s’enflammer dès que les circonstances l’y autoriseraient. Après 1918, après l’humiliation du Traité de Versailles, après la crise économique de 1929, ce fond remonta lentement, comme les eaux noires d’un puits, aidé par la propagande de partis comme celui d’Hitler, par l’hystérie collective, par la quête désespérée d’un bouc émissaire. On pense ici à Carl Schmitt, pour qui la politique se définit toujours par la distinction de l’ami et de l’ennemi : dans une Allemagne en ruine, le Juif fut désigné comme l’ennemi interne, l’élément corrosif qu’il fallait extirper pour régénérer le corps national.

Frustration transfigurée

Mais il faut remonter plus loin encore. Derrière la haute culture allemande, derrière la philosophie, la musique, la littérature — tout ce que l’Europe admire — couvait un ressentiment ancien, une obsession de la pureté, une nostalgie d’un Volk homogène, d’une communauté organique, que les Juifs venaient déranger par leur simple existence. Nietzsche, qui haïssait l’antisémitisme, voyait pourtant bien que l’Europe était rongée par ce qu’il appelait les « ressentiments » : des haines secrètes, des frustrations transfigurées en pulsions destructrices. Quand Hitler arrive au pouvoir, ce n’est pas seulement l’économie qui le propulse, ni même le nationalisme blessé : c’est un réveil de l’archaïque, un ressac des âges sombres, où le Juif est l’étranger par excellence, l’intrus qui menace l’homogénéité du monde germanique.

Dans le monde arabo-musulman, un antisémitisme d’atmosphère s’est également maintenu, inscrit non seulement dans l’histoire des relations entre Juifs et Arabes, mais dans certaines traditions interprétatives héritées de textes anciens et de leurs usages politiques. René Girard l’a montré : les sociétés ont besoin de boucs émissaires, de figures sacrificielles qui portent les tensions internes. Pendant des siècles, les Juifs, en terre d’islam, ont occupé cette place ambiguë : tolérés mais subordonnés, protégés mais méprisés. Cet antisémitisme n’a pas toujours été violent ; il a souvent pris la forme d’une coexistence asymétrique, où l’infériorité du Juif était admise comme une évidence religieuse. Mais depuis le XXᵉ siècle, avec la naissance d’Israël, cet antisémitisme a changé de nature : il est devenu une passion politique, une haine collective, une composante centrale de certains discours identitaires. Chaque guerre, chaque drame, chaque humiliation vient ressusciter les vieilles rancunes, exacerber les blessures religieuses, ranimer les archétypes de l’ennemi corrupteur.

Ce vieux fond ne s’exprime plus seulement par les formes classiques de la haine déclarée ; il ressurgit aujourd’hui sous des habits moraux apparemment irréprochables. À chaque conflit, et singulièrement lorsque des images d’enfants victimes circulent, un mécanisme psychique ancien se réactive : celui qui consiste à condenser toute la complexité d’une guerre en une scène morale élémentaire. La figure de l’enfant, incarnation de l’innocence absolue, agit comme un opérateur de simplification. Elle transforme une situation historique et stratégique en tribunal immédiat où la question n’est plus seulement « que s’est-il passé ? » mais « qui porte la faute essentielle ? ».

Corruption globale

Cette dynamique n’est pas nouvelle. Elle prolonge, sous des formes contemporaines, l’antique motif de la profanation de l’innocence, qui a souvent servi, dans l’histoire européenne, à désigner un ennemi absolu. Aujourd’hui, la circulation instantanée des images sur les réseaux sociaux accélère ce processus : l’émotion devient preuve, la répétition fabrique la certitude, et la responsabilité politique tend à se transformer en culpabilité collective. L’indignation face à la souffrance réelle des civils — indignation légitime — peut alors se trouver captée par un mécanisme de projection qui déplace vers une figure unique l’ensemble des tensions morales du conflit.

À cela s’ajoute parfois l’exploitation de scandales impliquant des individus pour alimenter des amalgames plus vastes, où la faute personnelle est réinscrite dans un imaginaire de corruption globale. Le passage du fait au mythe, de l’événement singulier à l’accusation généralisée, correspond à une logique psychique bien connue : face à l’horreur, la collectivité cherche une explication totale qui restaure une cohérence morale au monde.

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Ce qui frappe, dans ces résurgences, n’est pas tant la nouveauté des arguments que leur capacité à recycler des archétypes anciens sous des langages contemporains — humanitaires, médiatiques, moraux. Le visage de l’enfant devient ainsi un écran de projection où se cristallisent des peurs, des humiliations, des rivalités identitaires bien plus vastes que l’événement qui les déclenche.

Et alors, au bout de tout cela, vient l’interrogation grave : pourquoi, en dépit des siècles, en dépit des Lumières, en dépit des progrès affichés de l’humanité, ce fond noir subsiste-t-il ? Pourquoi l’homme, toujours, cherche-t-il l’ennemi intérieur, l’autre à haïr, le visage à désigner du doigt ? Ce n’est pas seulement une question politique. C’est une question ontologique. Nous vivons, croyons-nous, dans l’ère post-historique, post-religieuse, post-nationale. Mais ce qui revient, ce qui toujours revient, ce sont les passions archaïques, les nostalgies sanglantes, les identités blessées. Comme si l’homme, privé de grands récits capables de contenir son angoisse, n’avait plus d’autre ressource que de chercher en lui-même ce qui le divise et de l’expulser hors de lui.

L’antisémitisme, à cet égard, n’est pas seulement une haine dirigée vers un groupe : il révèle une tendance humaine plus générale à externaliser le mal pour préserver l’image de sa propre innocence.

Peut-être en est-il ainsi : nous avançons vers un monde où plus rien ne nous retient, ni les dieux, ni les rois, ni les grandes idées. Et pourtant, jusque dans cette agonie, nous restons les mêmes : orgueilleux, divisés, passionnés, obscurs. Peut-être est-ce cela, le dernier mot de l’Histoire : non pas le progrès, mais la répétition obstinée des mêmes structures psychiques, cette danse macabre des haines immémoriales dont nul progrès technique ne nous délivre.

La société malade

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« L’assistance médicale à mourir est une loi rétro-progressiste »

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Image d'illustration.

Rejetée par le Sénat, cette réforme sociétale majeure qui suscite de nombreux débats fait son retour en deuxième lecture au Palais Bourbon. L’Assemblée nationale sera appelée à voter le texte dans quelques jours. Une bascule civilisationnelle.


Gérard Rabinovitch est philosophe et sociologue.


Philippe Delaroche. Le projet de loi sur «l’assistance médicale à mourir» risque fort d’être adoptée par l’Assemblée nationale le 16 février prochain. Coauteur de la loi sur l’obligation de soins palliatifs, le député LR Jean Leonetti estime depuis le départ que le débat est biaisé. Êtes-vous de cet avis ?

Gérard Rabinovitch. L’insistance de la gouvernance sur son inscription fait signe. Il y a belle lurette que la question sociale est passée à la trappe. Pour le faire oublier, c’est depuis de nombreuses années sur le terrain sociétal, celui des mœurs, que les parlementaires prétendument progressistes se trouvent du grain à moudre. Aujourd’hui, l’ironie voudra que, dans une assemblée divisée, polarisée et redoutant sa dissolution, ce soit autour d’une loi sur le suicide assisté que convergent élus du centre, de la gauche et de l’extrême gauche.

Le projet n’a pas été adopté en première lecture à une majorité écrasante (305 voix). Près de 200 députés l’ont rejeté, plus de 70 se sont abstenus. Jean Leonetti estime – bien civilement – qu’en l’état le texte demeure déséquilibré, qu’il est trop permissif et, par ailleurs, ouvertement coercitif puisque dès lors qu’il s’abstiendrait d’assister le candidat au suicide le médecin se rendrait coupable d’un « délit d’entrave ». Cet abus de pouvoir est indéfendable. Il met en cause l’éthique médicale et, au-delà, contourne un enjeu civilisationnel.

Hélas, c’est – ce qu’il semble – par excellence sous la présente législature que les porteurs de la loi ont toutes les chances de la faire adopter : au paroxysme de la confusion et de l’instabilité gouvernementale. En profitant du fait qu’une majorité de parlementaires, peu au fait ou insensibles à l’enjeu anthropologique, n’en mesure pas la portée ou, lâchement, s’en dispense.

Vous en parlez comme d’une loi de circonstance ?

Comme d’un projet de loi, pour le moins, à l’aveugle ! Le minimum à attendre du législateur, c’est de le voir s’efforcer d’évaluer les conséquences de ses actes, leurs effets en termes de « vie bonne » ou son contraire, jusqu’aux plus lointains. Cette éthique « conséquentialiste » est inséparable du devoir de responsabilité.

On vous objectera que, d’après les sondages, l’écrasante majorité des Français, y compris parmi les médecins approuve le projet…

Certes, car le terrain est préparé depuis longtemps : celui du prisme compassionnel. Qui serait insensible à la situation d’une femme requérant l’euthanasie parce qu’elle souffre d’un cancer incurable et invalidant ? Qui s’indignerait de sa résolution ? Toute histoire individuelle a sa singularité, et mérite considération. Pour autant, a-t-elle valeur d’exemplarité ? C’est dans la rhétorique pathétique du cas particulier vers le général que s’insinuent des entourloupes propagandistes.

Dans l’Antiquité gréco-latine, le mépris nobiliaire, la dérision et la raillerie visaient à déstabiliser et humilier l’interlocuteur identifié comme un adversaire afin de faire adhérer l’auditoire à sa cause. Il en va autrement de nos jours. C’est par l’appel à la compassion qu’on suscite de nouveaux consentements publics. Celui qui objecte, interpelle, ou a minima interroge, est suspect d’inhumanité ! Le pathos d’empathie identificatoire de chacun éclipse les enjeux de valeurs symboliques. Sitôt que la sensiblerie occupe le premier plan la réflexion paraît déplacée, incongrue…

Cette rhétorique est apparue ces cinquante dernières années. Avec la propagande « biotech ». D’un côté, pour épater le novice, on vante les chimères fabriquées en laboratoire ; de l’autre, on fraie avec l’eugénisme en promettant d’éradiquer avant-terme les anomalies ou difformités physiologiques.

Depuis le dernier quart du XIXe siècle jusqu’aux passages à l’acte totalitaires du XXe siècle, on disait : « sélectionner », « stériliser », « écarter », « éliminer ». Plus rassurants en apparence, de nouveaux éléments de langage impriment l’aujourd’hui. On dit désormais : « corriger », « anticiper », « éviter ». L’euphémisation trahit une détestation du fatum autant qu’un repoussoir hors de la société humaine tant des handicapés en gestation que des grabataires vus comme des boulets qui auraient motif de s’estimer indignes de vivre.

La loi à venir ne mentionne pas l’euthanasie dans son libellé mais « l’assistance médicale à mourir ». La commission des affaires sociales l’a préférée à « l’aide à mourir ». Est-ce du marketing législatif ?

Les dispositifsrhétoriques se sont renversés. À la relégation violente du contradicteur a succédé l’inclusion égalitaire en forme de piège affectif, inhibiteur des objections. Car qui est prêt à passer pour un salaud sans cœur ? Dans nos démocraties, l’adhésion massive n’est plus imposée par brutalité et contrainte ; elle n’en est pas moins requise sourdement par la mise en demeure compassionnelle et un sournois chantage.

Quel formidable oxymore que « l’assistance médicale à mourir » quand on attendrait des élus de la nation qu’ils soutiennent l’aide à vivre. Vingt départements n’ont toujours pas d’unités de soins palliatifs. C’est à souligner. Quelle hypocrisie d’invoquer le « consentement éclairé » pour tous quand on ne soulage pas les souffrances de tous !

Le modelage du langage vise à gagner l’assentiment, à modeler les comportements. Lorsqu’il engagea le programme T4, le pouvoir nazi usa de formules frelatées au timbre compatissant pour couvrir sa campagne d’euthanasie. C’est à l’enseigne de la Gnatentod (« mort miséricordieuse ») qu’il extermina les handicapés et les grabataires dérogeant à l’idéal narcissique du collectif « aryen ». Et à celle de l’Übermensch (du « Sur homme ») qu’il flatta le narcissisme de masse.

On objectera que nous ne vivons pas sous un régime totalitaire mais dans une démocratie de marché, délibérative et contractuelle. Demeure néanmoins la déclinaison d’une question fondamentale. Qu’est-ce qui insiste là ? Qu’est-ce qui se perpétue historiquement en dépit de contextualités politiques si manifestement antagonistes ?

Cependant, les campagnes en faveur de l’eugénisme et de l’euthanasie n’ont pas débuté sous le régime nazi, mais dès le XIXᵉ siècle.

Assurément. Ces thèmes apparaissent au cours de ce qu’il est convenu d’appeler « Seconde modernité ». Dans la voie des Lumières, l’Europe est le théâtre d’une impérieuse levée des « mainmises » au titre de l’Émancipation, le nom majuscule de cette nouvelle Magna carta libertatum. Elle promettait « raison », « progrès », « justice » et « autonomie ».

De fait, nous restons débiteurs d’une marche précaire, claudicante mais continue d’un idéal de « vie bonne » qui pensait faire du savoir et de la technique les gages d’une émancipation démocratique. Il s’agissait de garantir les libertés publiques, l’instruction publique, la santé publique, la réglementation du travail, les droits de la guerre, l’émancipation des nationalités, la protection des minorités nationales. Ce n’est pas rien !

Mais s’il faut se réjouir de la délivrance de la Tyrannie, il est des « émancipations » qui ouvrent un frayage à la destruction de l’humain dans l’homme. Appelons-les « involutives ». Théodor Adorno disait : « un progrès régressif ». À travers l’Europe dès la seconde moitié du XXe siècle et dans l’ombre du progrès civique, la supériorité de la science et de la technique paraît si éclatante qu’elles déconsidèrent les ressources religieuses antérieures et s’y substituent. D’où l’essor d’un scientisme lexicalement ensemencé d’exclusion, d’éradication, d’anéantissement. Entre autres occurrences : « racisme », « dégénérescence », « euthanasie » toujours corrélée à « eugénisme », « sélection », « extermination », « antisémitisme ». Le nazisme fera son nid dans ce terreau sémantique.

À partir de là, une science idéologisée, dévoyée, détournée du travail éthique de la Connaissance est réquisitionnée contre le christianisme tandis qu’un paganisme trivialisé est convoqué contre le judaïsme. Dans ces hostilités parallèles, ce sont les héritages communs du monothéisme éthique, échos du « Grand Code biblique » comme le nommait William Blake, qu’il s’agit de balayer.

Peut-il y avoir du nazisme résiduel dans nos sociétés alors que l’aspiration à l’émancipation est toujours aussi vive ? N’est-elle pas la clef de voûte du progressisme ?

En vérité, il n’a pas été assez observé que la langue des Lumières est bifide. Elle serpente entre deux dynamiques spirituellement antagonistes. Il y a sous le grand signifiant de l’Émancipation deux types de progressisme, parfois entremêlés.

Un progressisme civique, éthico-politique, humaniste, qui relie le meilleur de l’héritage hellénistique athénien et le meilleur de l’empreinte sinaïtique jérusalémite.

Je l’oppose au progressisme scientiste qui cherche à supplanter jusqu’à les exclure les sources et modèles qui inspirent le premier. Ce progressisme-là, même sans s’y référer ou en percevoir l’écho, consonne avec ce que La Philosophie dans le boudoir, de Sade, et son manifeste politique d’émancipation sans limite ont condensé : jeter à bas les montages symboliques du « Grand Code » dans un vibrato de pousse-au-jouir et de pousse-à-la-mort. En clair, Sade lorgne vers Sparte et certaines mesures eugénistes de Platon dans La République. Ce qui ne doit pas nous surprendre, euthanasie et eugénisme sont liées, en sous texte, depuis toujours.

Le débat sur la fin de vie et l’euthanasie procéderait donc de ces deux conceptions du progrès ?

Rivaux sur le fond mais superposés dans la forme, ces deux progressismes sont sourdement et gravement en conflit. Entre « pulsions de vie » pour le premier, et « pulsions de destruction » pour le second, tel que la psychanalyse a pu les ressortir des dynamiques psychoculturelles de l’humanité.  

D’un côté, la congruence éthique de l’enseignement d’Hippocrate de Kos avec le « Choisis la vie » du Deutéronome. La Loi Claeys-Léonetti en est l’expression concrète. Elle répond à l’interpellation contemporaine du refus légitime de la souffrance et de l’acharnement thérapeutique.

De l’autre, la reprise entêtée et la poursuite d’un projet accordé au second progressisme. Où le gauchisme culturel et, faux antagonisme, le libertarianisme sociétal trouvent leur compte, attendu que « l’homme est quelque chose qui doit être affranchi ». À cette aune, tout est « fasciste » : toute dissymétrie, toute asymétrie, toute limite, tout marqueur. Et ce qui est consubstantiel au « fascisme », tel l’eugénisme, est rhabillé « progressiste ».

Sous l’alibi compassionnel qu’induit le lien démocratique, il y a quelque chose de profondément cynique. Les promoteurs de la loi sur l’euthanasie feignent d’ignorer que les règles du marché sont toujours disponibles à l’avantage de nouveaux prestataires de service ; et que les logiques administratives lésineuses produisent des calculs avaricieux. Il faut s’attendre à d’inévitables débordements du cadre de ce que la législation aura consigné et à son progressif dévoiement.

La libre disposition législative d’un droit à l’« assistance médicale à mourir » est une loi rétro-progressiste, où l’on voit converger le libertarien et le communiste. Par pente de rationalisation budgétaire et virtuelle complaisance morbide, cette loi deviendra poreuse d’un devoir de « mise à mort ». Une « mise à mort » similaire à celle qui prend ses marques dans l’eugénisme qui couve.

Après l’avoir euphémisée et banalisée, l’étape suivante consistera à susciter le désir d’euthanasie. À la façon dont les propagandes de la « surhumanité » du Transhumanisme vantent l’eugénisme généralisé. Au nom de la dignité dans un cas, de la toute-puissance narcissique dans l’autre. En exploitant ici la culpabilité qu’entraîne la dépendance, et là un idéal narcissique rejetant le poinçon du fatum dont témoignent les handicapés, dans l’autre.


Philosophe et sociologue, Gérard Rabinovitch est directeur de l’Institut européen Emmanuel Levinas. Auteur de Leçons de la Shoah, aux éditions Canope, il vient de publier D’une permanence païenne – Sur quelques invariants anti-judaïques (Le Bord de l’eau, octobre 2025).