La publication de millions de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein par le ministère américain de la Justice, vendredi 30 janvier, a provoqué une vague de réactions et plusieurs démissions à travers le monde. Donald Trump a, de son côté, estimé que ces nouvelles pièces l’« innocentaient ». Les relations qu’entretenaient de nombreuses personnalités politiques et économiques avec le prédateur sexuel, mort en prison en 2019, font aujourd’hui peser sur elles un soupçon diffus de pédophilie par association de M. et Mme tout le monde. Nous vous proposons d’écouter l’avis d’Élisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio.
Avant de fouiller dans cette poubelle, il faut se demander si on y trouvera la vérité et la justice. Je suis sûre du contraire.
Curieusement, tous ceux qui s’indignaient du refus de l’administration Trump de divulguer ces 3,5 millions de pages s’indignent aujourd’hui qu’elle les balance sans filtre. C’est une stratégie de noyade, dit l’éditorialiste Françoise Degois. Non. La loi pour la transparence des dossiers Epstein a été votée en novembre par le Congrès. C’est ça, la transparence: le carburant d’une machine à ragots planétaire. Madame Michu, vous-et-moi, érigés en juges.
Mais on a bien le droit de savoir qui était en contact avec ce pédophile notoire ! me réplique-t-on. Ah, c’est écrit où ? Pour en tirer quelles conclusions ?
Jeffrey Epstein était riche, puissant, introduit partout. Il incarnait parfaitement les élites mondialisées. Le gotha mondial lui demandait faveurs et entremises. Bruno Le Maire ou Marine Le Pen apparaissent dans les fameux fichiers parce qu’ils auraient sollicité des financements pour leurs campagnes. Sans suite. Une intention, une idée sans lendemain est-elle une information ?
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Or, désormais, le soupçon de pédophilie par association pèse sur toutes les personnalités citées. Jack Lang a reconnu qu’ils étaient amis. Est-ce un crime ? Une preuve qu’il savait ? Evidemment pas. Et pourtant, c’est ce qui restera dans la tête chez pas mal de gens. Tous des pédo-satanistes, ces puissants qui nous gouvernent !
En réalité, j’estime que ces documents n’auraient jamais dû être publiés. Seulement, depuis Julian Assange et Edward Snowden, le public adore les « leaks »(fuites), ces millions de documents secrets volés et publiés en vrac: les télégrammes diplomatiques et noms d’agents étalés dans la presse, il parait que c’est démocratique. Pourtant, non. Dans de nombreux domaines, le secret est sacré et protégé par la loi: vie privée, affaires, santé, sécurité nationale… Parce qu’entre l’information brute et le public, il y a besoin d’une médiation, il faut qu’une institution hiérarchise, interprète et évalue. Raison pour laquelle d’ailleurs les enquêtes judiciaires et policières sont également tenues au secret.
Non, le public n’a pas le droit de tout savoir des agissements des autres. N’oublions pas que les internautes ne sont pas un peuple de citoyens éclairés mais une meute qui se délecte avant tout de voir des puissants à terre. Et même avec le dernier iPhone 27 et l’aide de l’intelligence artificielle, des commères numériques restent des commères.
Cette chronique a été diffusée sur Sud radio
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale au micro de Patrick Roger
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