Chez nos amis belges, le socialiste Paul Magnette, sorte de Tony Blair wallon devenu au fil des ans le Jean-Luc Mélenchon du plat pays, incarne une gauche de plus en plus rance et woke. Sur sa gauche, il ne manque pas de concurrents tous plus radicaux les uns que les autres…
Comme ses homologues européennes, la gauche belge (francophone) se trouvait autrefois au croisement d’un marxisme plus ou moins bien digéré, de la social-démocratie, de l’environnementalisme et présentait un nuancier senestre en cinquante teints allant du rouge foncé au rose clair, en passant par le vert de l’écologie et le terracotta de l’humanisme démocratique. Reléguée dans l’opposition au niveau fédéral et à la Région wallonne, elle s’embourbe aujourd’hui dans une fange où sympathie pour l’islamisme et donc antisémitisme cohabitent avec haine des plus fortunés. Avec une stratégie : extrême droitiser l’adversaire pour en faire un ennemi à abattre par tous les moyens.
Les Wallons à la traîne
Longtemps tout-puissant, le Parti socialiste, porté sur les fonts baptismaux en 1885, a régné sur la Wallonie, la modelant à sa guise pour en faire sa chose. Comme les recettes collectivistes n’ont jamais fonctionné nulle part, ni à La Havane ni donc à Charleroi, le sud du pays n’a cessé de décliner. Figurant parmi les régions les plus prospères du monde au cours du XIXe siècle industriel, il est aujourd’hui à la traîne, à la remorque de la Flandre qui lui déverse chaque année de quoi ne pas sombrer définitivement, en situation d’obésité étatique pour cause de surabondance d’emplois et d’organismes publics.
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A la tête de ce PS, qui n’a jamais pleinement effectué son Bad Godesberg, du nom de cette bourgade teutonne où le SPD allemand s’était rallié à la social-démocratie, Paul Magnette, autrefois jeune intellectuel europhile, porteur d’une vision moderne et féru de Pasolini, a lentement glissé pour prendre la posture du lider de gauche rance et woke. Il ne cesse plus d’éructer contre la droite, les patrons, Netanyahou qu’il qualifie sans nuance de « criminel de guerre » à la Chambre des représentants et les riches – oubliant de préciser qu’il gagne lui-même 400.000 euros d’argent public par an. Le Tony Blair wallon est devenu le Jean-Luc Mélenchon du plat pays. Entre deux échos de la surannée Internationale, trois notes de l’horripilant Bella Ciao et quatre psalmodies de Siamo Tutti Antifascisti, on l’entendrait presque hurler : « La démocratie, c’est moi ». Et donc, ce qui n’est pas lui est d’extrême droite. L’homme vient de proposer la mise en place d’un organe « indépendant » pour évaluer le « cordon sanitaire », cette stratégie pavlovienne utilisée par la gauche pour écarter l’extrême droite (comprenez : empêcher ses adversaires d’exercer leur droit à la liberté d’expression).
Mauvaises herbes
Encore un peu plus à gauche du PS, Ecolo, autrefois parti des fleurs au doux parfum, de l’air pur et des oiseaux qui chantent est devenu la formation de la mauvaise herbe antisémite, de l’air vicié et du bêlement bête de brebis galeuses qu’on se refuse d’écarter du troupeau. Son ancienne co-présidente Rajae Maouane avait relayé une chanson antisémite sur ses réseaux sociaux sans jamais être inquiétée ; une de ses figures de proue avait milité pour faire libérer celui qui deviendrait un des cerveaux des attentats de Bruxelles et de Paris ; Rayhan Haddi, un de ses militants les plus prolifiques sur les réseaux sociaux, s’est fait récemment le copiste du leader de la France insoumise en ironisant sur le patronyme d’un élu libéral : « on dit Lowenstin ou Lowenstaïne ? » Le parti a d’autres obsessions : les voitures – quitte à bloquer les centres-villes, le nucléaire et l’homme blanc non-déconstruit.
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Evidemment, tout ce beau monde défile bras dessus, bras dessous contre le gouvernement de centre-droit ou dans les manifestations de soutien à la Palestine – avec les dérives que l’on devine – aux côtés du Parti du travail de Belgique, qui n’a jamais vraiment rompu avec le stalinisme, ce qui ne l’empêche pas d’être implanté dans le jeu politique comme le bon vieux camarade de gauche. Avec son air jovial, son porte-parole Raoul Hedebouw rendrait presque le communisme sympathique, s’il ne promettait un enfer non-démocratique doublé d’un désert économique.
Agissant comme chiens de garde de ce système bien huilé, les syndicats multiplient les appels à la grève, aux blocages, à la chienlit et les antifas s’assurent de faire planer un parfum de violence autour des événements où sont invitées des personnalités de droite, trop « juives » à leurs yeux ou simplement pas assez de gauche. La semaine dernière encore, la journaliste Nora Bussigny dut faire face à une meute lors d’une conférence à l’Université libre de Bruxelles – la même où la faculté de droit avait décidé d’attribuer à sa dernière promotion le sobriquet de Rima Hassan.
En Belgique francophone, il n’y a pas vraiment de fenêtre d’Overton, mais plutôt une fenêtre de Mélenchon, à travers laquelle on peut voir la gauche surenchérir dans l’infâme. A l’intersectionnalité de leurs luttes, écologistes, socialistes et communistes rivalisent pour mieux capter l’électorat communautaire et imaginer, au passage, quelques impôts supplémentaires. Les Lumières s’éteignent ; dans la pénombre, il ne reste que la lueur de la télévision allumée sur la RTBF, télévision d’Etat qui relaie en boucle la même propagande et diffuse chaque jour, comme dans un roman d’Orwell, ses minutes quotidiennes de haine.
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