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Il faut se réveiller

Le mur des comptes, la chronique éco de Jean-Jacques Netter


Il faut se réveiller
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Chaque mois le vice-président de l’Institut des libertés décode l’actualité économique. Et le compte n’y est pas.


De l’Asie à l’Amérique, le monde accélère. Mais l’Europe s’arrête. Et la France recule. Au prétexte d’une orgueilleuse « résistance » à la mondialisation et au libéralisme, le pouvoir politique de notre pays a cédé aux corporatismes. Résultat, l’immobilisme nous ruine collectivement et met au chômage un jeune sur quatre. Pourquoi la France va-t-elle si mal quand d’autres nations s’en sortent ?Il faudra dire la vérité à nos concitoyens lors des prochaines campagnes électorales. Leur raconter les secrets de famille de l’État-providence.

Le paiement des intérêts de la dette par le Trésor français va bientôt approcher les 100 milliards d’euros par an, soit un montant supérieur à ce que rapporte l’impôt sur le revenu. Le déficit cumulé de nos comptes publics va ainsi bientôt atteindre 4 000 milliards. Au cours de l’Histoire, l’endettement a été choisi comme modèle économique par de nombreux pays tels l’Argentine de Juan Perón, le Zaïre de Mobutu, la Corée d’après-guerre, la Russie d’avant 1917, l’Allemagne des années 1930. Cela s’est presque toujours terminé avec des dictateurs galonnés prenant le pouvoir.

L’État-providence croît de 4 % par an en France, alors que l’économie ne progresse que de 1 %. Les dépenses sociales représentent 900 milliards de dépenses dans le dernier budget, dont 410 milliards pour la retraite et 320 milliards pour la maladie. Le problème est que 10 % de ces sommes sont financées par de la dette publique, que nos enfants et petits-enfants devront rembourser. Ceux qui pensent alléger la facture en surtaxant les entreprises n’iront pas bien loin. La capitalisation des 120 plus grands groupes français cotés à la Bourse équivaut seulement à trois années de prestations sociales.

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Du temps du général de Gaulle et de son conseiller économique Jacques Rueff, notre économie pouvait être qualifiée de libérale. Mais avec Giscard d’Estaing, qui a mené une politique très sociale, nous sommes passés au keynésianisme, puis à l’hyper-keynésianisme sous François Mitterrand. Il est donc stupide de prétendre que la France serait pénalisée par son système « néolibéral ». Car nous vivons bien au contraire sous la pression permanente d’une tendance communisante, égalitariste et hostile à la propriété privée.

Le vrai responsable de notre déroute, c’est donc l’État. Beaucoup plus que l’Europe, la mondialisation, les États-Unis, la Chine ou le plombier polonais. Le coupable se trouve chez nous. Il est à la fois omnipotent et impuissant. Il est composé de lobbies, de technocrates, d’administrations pléthoriques. Il a pris cette forme monstrueuse par la grâce d’un personnel politique inconscient et incompétent. Les pays qui réussissent sont ceux qui, à l’inverse, contiennent et réduisent l’État obèse et destructeur. Qu’ils se situent en Europe de l’Est, du Nord, en Amérique latine ou bien en Australie.

Il existe en France plus de 600 organismes publics qui ont pour mission de « conseiller » le Premier ministre. Des machins administratifs qui emploient des dizaines de milliers de fonctionnaires censés s’occuper du chômage, de la pauvreté, des jeunes, de l’insécurité et de l’école. Et chaque année, de nouveaux « observatoires », financés avec de l’argent public, sont inaugurés. Avec les résultats qu’on connaît… Finissons-en avec les analyses stériles de ces messieurs-dames, leurs théories fumeuses et leurs discours démagogiques sur les causes de nos malheurs ! Regardons plutôt les faits ! C’est bien une classe administrativo-criminelle, née dans les années 1980, qui nous tue. Très bien incarnée par Jack Lang, elle a capturé le pouvoir politique et l’exerce pour extraire des rentes à son profit et à celui de ceux qui l’ont fait élire.

Les grands artisans de la descente aux enfers de notre économie sont, par ordre chronologique : François Mitterrand et ses nationalisations, Jean-Claude Trichet et sa politique du franc fort (qui fit payer la réunification de l’Allemagne par la France), Martine Aubry et ses 35 heures (qui firent monter le coût du travail en France). Enfin l’Union européenne, le dernier clou dans le cercueil de l’industrie française avant la mise en terre. Notamment à cause des décisions stupides de Bruxelles en matière d’énergie, qui coûte en France aujourd’hui trois fois plus cher qu’en Chine. Mais aussi à cause d’une réglementation trop compliquée, que l’administration est du reste incapable de faire respecter, tant elle est inefficace.

Les déboires industriels de la France s’expliquent par de multiples raisons, dont voici les principales : 1/ Les rigidités du droit du travail ; 2/ les coûts salariaux ; 3/ l’euro ; 4/ la concurrence des pays à bas salaires ; 5/ la chasse aux sorcières des riches ; 6/ les impôts de production ; 7/ la bureaucratie kafkaïenne ; 8/ la fraude sociale. Cette dernière est l’un des grands fléaux cachés de notre pays. Mais elle ne doit pas faire oublier les abus commis, à l’autre bout de l’échelle sociale, par ceux qui pratiquent une optimisation fiscale excessive. Le crédit impôt-recherche est mal ciblé, certaines holdings familiales détiennent trop de biens personnels profitant aux actionnaires, et la niche Dutreil est dans certains cas détournée de son objet.

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Les Français ont compris qu’un vaste jeu de bonneteau fiscal est orchestré en permanence. Ils savent bien que la fiscalité punitive sur les carburants, le capital ou les droits de succession ne sert à rien. N’oublions pas que le mouvement des gilets jaunes trouve son origine dans la création d’une taxe inepte sur le gazole. Heureusement, une majorité de nos compatriotes est d’accord pour que l’État soit réformé au plus vite. Et pour que la baisse de la dépense publique soit traitée en priorité absolue. Dans notre pays, le peuple est extraordinairement intéressant tandis que la classe dirigeante n’a aucun intérêt. Aujourd’hui nous ne sommes plus souverains et l’État n’a même plus les moyens de se financer. Il faut redonner à nos concitoyens le pouvoir avec des référendums d’initiative populaire.

Mars 2026 - #143

Article extrait du Magazine Causeur




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Vice-président de l'Institut des Libertés

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