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«Ce qui rassemble la droite est plus important que ce qui la divise»

Entretien avec Marion Maréchal


«Ce qui rassemble la droite est plus important que ce qui la divise»
Marion Maréchal © Hannah Assouline

La petite-fille de Jean-Marie Le Pen revient sur le devant de la scène avec la sortie d’un livre très personnel, et propose, avec son mouvement Identité-Libertés, de servir de cheville ouvrière pour une union des droites en 2027. Malgré leurs profonds clivages, une alliance est possible sur le contrôle de l’immigration et la sécurité.


Causeur. Le 14 février à Lyon, le militant identitaire Quentin Deranque est mort lynché par un groupe très vraisemblablement composé d’antifas. Quel regard portez-vous sur cette terrible affaire ?

Marion Maréchal. Je suis presque étonnée qu’il n’y ait pas eu un drame comme celui-là plus tôt. Je connais bien Lyon pour y avoir créé en 2018 mon école, l’Issep, et je peux vous dire que lesdits « antifas » y sèment la terreur. La violence est intrinsèque à leur doctrine révolutionnaire. Il suffit d’aller sur les réseaux sociaux pour voir les compilations des tabassages qu’ils réalisent et dont ils se glorifient en reprenant le fameux slogan : « Un bon fasciste est un fasciste mort. »

Après ce drame, ni le RN ni Reconquête et encore moins LR n’ont appelé à manifester. De sorte que, à la marche de Lyon, il y avait des braves gens mais aussi pas mal d’activistes que l’on peut raisonnablement qualifier de fachos dont, en première ligne, Yvan Benedetti. N’est-il pas dommage d’avoir laissé la vraie extrême droite défendre la mémoire de Quentin Deranque ?

J’ai personnellement participé, avec d’autres élus de mon mouvement mais aussi plusieurs élus du RN et du camp national, au rassemblement pour Quentin organisé à Paris au lendemain de l’annonce de sa mort et qui a rassemblé un millier de personnes. S’agissant de l’hommage de Lyon, la famille avait fait savoir qu’elle souhaitait qu’il n’ait pas de connotation politique. Vous avez raison de souligner qu’il y avait ce jour-là essentiellement des braves gens et je ne voudrais pas que tel ou tel triste personnage, ou telle attitude condamnable, fasse oublier les 3498 autres participants. Je note que de nombreux médias se sont focalisés sur quelques énergumènes mais ont nettement moins parlé de l’agression d’un rabbin à Lyon, le même jour, par un homme ayant effectué un salut nazi en hurlant Free Palestine !

À part ceux qui ont pris part directement au meurtre de Quentin, qui d’autre en porte la responsabilité ?

Un système politique qui implique des partis de gauche, lesquels ont des accointances revendiquées avec la mouvance antifa, un système médiatique avec des médias de gauche radicale comme Blast, Street Press et Radio Nova, qui sont financés par l’argent public via les aides à la presse, un système judiciaire de laxisme vis-à-vis des violences d’extrême gauche et un système universitaire avec des directeurs d’établissement qui ont laissé leurs écoles devenir des ZAD propalestiniennes.

Venons-en à votre camp. Les élections présidentielles auront lieu dans un peu plus d’un an. Or les différentes forces de la droite sont divisées sur bon nombre de sujets comme l’UE, les retraites, la fiscalité, l’OTAN ou la Russie. N’est-ce pas de mauvais augure ?

Pas du tout ! Nous sommes alignés sur trois axes principaux : reprendre le contrôle sur l’immigration, restaurer la sécurité et baisser les dépenses publiques et les charges sur le travail. Sur cette base, on voit depuis quelques mois se dessiner l’ébauche de l’équipe qui ira affronter les élections de 2027 pour notre camp. Comme force motrice, on a le RN, allié à l’UDR d’Éric Ciotti, à mon parti, Identité Libertés. Jordan Bardella m’a fait l’amitié d’assister à la soirée de lancement de mon livre*, ainsi que Nicolas Dupont-Aignan d’ailleurs. Leur présence, mais aussi celle d’un certain nombre d’acteurs du combat culturel, associatif ou militant, conforte l’une des missions à laquelle je m’attelle, qui est d’être un trait d’union entre les différentes familles de la droite, jusqu’à LR et au centre droit.

Arriverez-vous à les mettre d’accord sur les sujets hautement clivants qui vous opposent ?

Il est vrai que des sensibilités différentes coexistent dans le camp national. Certains sont plus libéraux en économie, d’autres plus étatistes. Certains plus progressistes, d’autres plus conservateurs. Certains plus catho-identitaires, d’autres plus athées-républicains. Nous aurons certes à mener des débats qui s’annoncent animés sur certains sujets, par exemple la taxation des grandes fortunes ou la refonte de telle ou telle aide sociale. Mais nous partageons la même volonté de gagner et de diriger la France.

Vous ne parlez pas de la réforme de retraite. Vous pensez qu’on peut faire l’économie de ce débat ?

Non, et c’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai fondé mon propre mouvement, pour faire valoir ma vision et mes propositions qui sur ce point-là, par exemple, divergent du RN. Dans mon livre, je parle de François Mitterrand, qui est parvenu à gouverner avec des gens aussi différents que les radicaux et des communistes. Je ne vois pas pourquoi nous n’y arriverions pas.

Peut-être parce que la droite a moins l’habitude de fraterniser…

En Italie, vous avez le contre-exemple de Giorgia Meloni, dont je peux vous parler parce qu’elle n’est pas seulement mon alliée au Parlement européen, mais aussi une amie de longue date. Or elle a montré qu’on pouvait fédérer des forces de droite en apparence irréconciliables.

Giorgia Meloni à la Chambre des députés, Rome, 17 décembre 2025, exemple d’une droite italienne parvenue à se rassembler au pouvoir. Francesco Fotia/AGF/SIPA

Vous appelez toute la droite à s’unir pour faire gagner le camp national. Mais si ce camp est écarté du pouvoir depuis des décennies, n’est-ce pas en partie à cause de votre grand-père qui, avec ses outrances, a permis à toute la classe politique d’enterrer la question migratoire ?

Permettez-moi d’abord de vous dire que si on l’avait davantage écouté Jean-Marie Le Pen sur les questions migratoires, nous n’en sérions pas là. Et nos compatriotes juifs notamment n’auraient pas eu à subir l’insupportable vague d’antisémitisme à carburant islamiste que nous connaissons car ceux ceux qui ont attaqué l’école juive de Toulouse ou l’Hyper Cacher, tué Mireille Knoll ou Ilan Halimi ne se seraient probablement pas retrouvés sur le territoire français. La vérité est que la « diabolisation » de Jean-Marie Le Pen et du Front national a commencé précisément sur la question de l’immigration, et cela donc bien avant ses déclarations malheureuses sur lesquelles j’ai eu l’occasion d’exprimer mes désaccords avec mon grand-père lorsqu’il était encore en vie et en capacité de se défendre, j’y reviens d’ailleurs dans mon livre. Mais je n’oublie pas non plus que Jean-Marie Le Pen a participé à l’expédition du canal de Suez, qu’il était du côté d’Israël dans la guerre des 6 jours ou encore qu’interrogé par le journal Haaretz sur le conflit israélo-palestinien, durant l’entre-deux tours de 2002, il répondit à propos de la politique menée par Ariel Sharon : « C’est très facile d’être critique quand on est assis dans son fauteuil. Je comprends très bien que l’Etat d’Israël cherche à défendre ses citoyens. » C’est pourquoi je ne crois pas non plus aux équivalences qu’on voit souvent aujourd’hui, dans la facilité et la médiocrité du discours médiatique, avec une gauche – LFI en tête – qui nie le droit même d’Israël à exister, marche aux côtés des islamistes et applaudit aux crimes du Hamas.

Revenons au temps présent, et à la prochaine présidentielle. En raison de l’agenda judiciaire de Marine Le Pen, l’hypothèse d’une candidature de Jordan Bardella est sur la table. Le président du RN n’est-il pas trop inexpérimenté ? Vous-même, dans votre livre, en évoquant votre passé de plus jeune députée de France, vous estimez qu’il faut de l’expérience et une certaine maturité pour prétendre aux plus hautes fonctions…

Je n’entends donner de leçons à personne, et comme vous le rappelez, cette réflexion m’est avant tout destinée. Oui, le jeunisme n’est pas une valeur en soi, et nous en avons eu un exemple avec Emmanuel Macron. Mais lui s’est enfermé dans une pratique erratique et solitaire du pouvoir. Si malheureusement Marine était empêchée, je crois qu’au contraire de Macron, Jordan Bardella a la volonté de construire autour de lui une équipe, de rassembler des profils expérimentés et complémentaires.

Quel rôle Reconquête doit-il jouer dans cette équipe selon vous ?

Tout dépend de ses dirigeants. Pour le moment, ils font cavalier seul dans une posture vindicative, ce qui ne permet pas un rapprochement. Mais peut-être qu’un jour un dialogue sera possible avec eux. En tout cas, personnellement, je ne m’y opposerai pas.

Pourtant vous-même avez eu du mal à travailler avec eux au point de quitter le parti après l’élection européenne.

J’y reviens dans mon livre, car je sais que les interrogations que vous soulevez sont partagées par d’autres. Je rappelle qu’en 2022, j’ai apporté mon soutien à Éric Zemmour à un moment où il commençait à baisser dans les sondages. J’ai voulu l’appuyer, car ses idées étaient pour l’essentiel proches de celles que j’ai toujours défendues, y compris au sein du FN, avant de quitter la politique électorale en 2017. Je ne pensais pas alors qu’il allait gagner la présidentielle, mais je voyais en lui une voix qui pouvait construire un nouveau parti de droite, identitaire, libéral et conservateur, à même de supplanter des LR moribonds et in fine de pouvoir travailler avec le RN.

Et que s’est-il passé ?

Après la présidentielle, je me suis progressivement rendu compte qu’Éric Zemmour et Sarah Knafo avaient l’intention d’attaquer prioritairement Marine Le Pen. Or, même si j’ai des divergences avec le RN, je ne me lève pas le matin en me disant que mon but dans la vie, c’est de prendre ma revanche sur mes anciens camarades ! Lors des européennes de 2024, Éric et Sarah ont confirmé leur stratégie consistant à taper sur le RN, et donc sur la tête de liste du parti, Jordan Bardella, matin, midi et soir. C’était une divergence profonde. Et lorsque Emmanuel Macron a convoqué des législatives anticipées, Éric n’a pas manifesté davantage la volonté de s’allier avec le RN dans cette nouvelle élection, qui nécessitait pourtant de se raccrocher à l’un des blocs. J’ai donc pris l’initiative de prendre contact avec Marine Le Pen pour négocier avec elle un accord pour Reconquête.

Dans le dos de Zemmour ?

Non. Je l’ai annoncé publiquement devant lui et donc de fait, il était au courant. De son côté, Marine Le Pen a déclaré sur RTL qu’elle était intéressée par ma démarche. Malheureusement, quelques jours plus tard, les membres du bureau politique du RN ont fermé la porte, expliquant qu’on ne pouvait pas travailler avec Éric Zemmour, qui faisait sans cesse d’eux leur adversaire principal et divisait donc le camp national.

Vous étiez pourtant obligée de soutenir Reconquête aux législatives…

Non, car je savais bien que l’on envoyait au casse-pipe nos candidats, et que l’on ferait un score dérisoire qui délégitimerait nos idées et notre ligne. Et d’ailleurs le parti a fini à 0,74 %. Tous les autres eurodéputés Reconquête, sauf Sarah Knafo, m’ont soutenue.. À la suite, sur BFMTV, Éric Zemmour nous a exclus du parti.

Après avoir vécu ces moments si conflictuels avec lui, comment pouvez-vous espérer être « un trait d’union » avec Reconquête ? 

Vu l’état de notre pays, je veux que le camp national l’emporte le plus vite possible. Donc, je préfère chercher le moyen de rassembler tout le monde, même si ça implique de faire des concessions et même si c’est avec des gens avec lesquels on a pu avoir des différends.

Et avec Sarah Knafo, le dialogue est-il encore possible ?

J’observe la manière dont elle mène sa campagne parisienne, où tout indique un changement de stratégie qui l’éloigne beaucoup de ce qu’était Reconquête. Elle pourrait se désister pour Rachida Dati, ministre de Macron. Ce n’est pas le type de rassemblement que j’envisage pour ma part.

Que pensez-vous de la démarche de Bruno Retailleau, qui vient de se déclarer candidat pour 2027 ?

Je ne comprends pas où ça va le mener. Et par pitié, j’espère que cette candidature n’a pas vocation à aboutir à un ralliement à Édouard Philippe ! Cela dit, quoi qu’il se passe, je continue de penser que nous pourrons travailler avec la frange retailliste des LR lors des législatives. Je ferai tout pour contribuer à cela.

Et vous, en fin de compte, vous arrive-t-il de songer à la présidentielle ?

Mon livre n’est pas un livre de candidature. C’est un texte qui affirme une vision pour la France, éclairée par mon parcours, et qui porte un message plus personnel : je suis revenue en politique pour faire gagner nos idées et je ne renoncerai pas avant d’y être parvenue.

Si tu te sens Le Pen

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Mars 2026 - #143

Article extrait du Magazine Causeur




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