Chems-Eddine Hafiz, le recteur la Grande Mosquée de Paris publie un livre: « il faut qu’on explique l’islam à la République et qu’on explique aux musulmans la République ». Une entreprise louable ? Elisabeth Lévy donne son avis.
La Grande Mosquée de Paris a publié un guide pour adapter l’islam à la France. Il s’agit d’un pavé de mille pages, intitulé Musulmans en Occident. Cinq ans de travail et des centaines d’heures d’audition ont été nécessaires. Deux commissions ont été mobilisées, avec des religieux, des chercheurs, et des personnalités comme l’avocat de Charlie Hebdo Richard Malka.

Islam et laïcité : ce n’est pas trop ça
But affiché : adapter le discours religieux musulman à la société et à la culture françaises. Le recteur de la mosquée, Chems-Eddine Hafiz dit qu’il veut remédier à l’image désastreuse de l’islam en déminant les points de crispation, recensés dans un glossaire disponible en ligne où on apprend que les femmes peuvent se dévoiler pour obtenir un emploi ou que le mariage religieux ne peut intervenir sans mariage civil. Il y a en plus une charte qui proclame la liberté absolue de croire ou de ne pas croire.
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Bien sûr, c’est un projet très louable. Primo, il ne démarre pas sur les récriminations habituelles sur l’islamophobie – un bon point. Et on reconnait qu’il y a bien un problème. Le guide va jusqu’à critiquer en creux certaines pratiques – par exemple, le refus de la mixité ou la violence face au blasphème. Deuxio, il mobilise les réformateurs musulmans pour suggérer certains accommodements. Evidemment, tout ceci suscite l’enthousiasme de la presse progressiste. Alléluia, tout est pardonné !
Pourquoi suis-je nettement moins enthousiaste ?
L’influence de la Mosquée de Paris dans la jeunesse tentée par l’islam radical est nulle. Elle considère au contraire qu’il s’agit là de gens vendus à la France ou à la dictature algérienne. Et quand on lit bien, quand on va dans les détails du fameux glossaire, la victimisation est en réalité omniprésente. Concernant la radicalisation, par exemple, il est question de pauvreté, d’échec scolaire et de politiques d’exclusion. J’aimerais bien savoir quelles sont ces politiques d’exclusion des musulmans qu’on aurait menées en France ! Enfin, il y a dans tout ce projet une vision irénique de l’islam et du Coran. Dans le chapitre « Antisémitisme », on apprend, certes, qu’à Médine les musulmans ont châtié des juifs méchants. Mais sinon, rien à voir, Coran et islam sont étrangers à l’antisémitisme. Et la Grande Mosquée a caché des juifs pendant la guerre. Aucune mention des alliances entre certains dignitaires musulmans et Hitler, de l’antisémitisme d’atmosphère ni des juifs tués ou agressés aux cris de « Allah Ouakbar ». Pas un mot des versets très problématiques. Or, comme l’a dit Philippe Val en audition, dans le judéo-christianisme le commentaire a recouvert le texte. Il est presque devenu aussi important que le texte. Cela est impossible avec le Coran incréé. Puisqu’on nous dit que le Coran a été écrit directement par Dieu. Alors, on ne sait toujours pas quoi faire des versets antijuifs ou de ceux qui disent qu’il faut punir les blasphémateurs.
Il y a un malentendu de départ. Ce guide veut expliquer l’islam à la République et la République aux musulmans. Mais la République n’a pas à connaître l’islam – elle ne reconnaît et ne salarie aucun culte. Les musulmans comme les autres doivent se débrouiller avec nos lois et nos mœurs. Aveu du recteur : il ne s’agit pas de « faire une réforme de l’islam, ni de le changer ». Dommage, parce que c’est précisément cela dont les musulmans et la France ont besoin.
Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale, au micro de Patrick Roger




