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Danièle Obono (LFI): quel antiracisme?

Fête de l’Huma: la députée voit rouge, mais surtout blanc


Danièle Obono (LFI): quel antiracisme?
La députée LFI Danièle Obono avec Manuel Bompard lancent la campagne dans le 18e arrondissement, à Paris. RS.

La députée LFI et candidate à la mairie du 18e arrondissement de Paris est accusée de racisme antiblanc. Nos confrères de Boulevard Voltaire ont en effet déterré une intervention de l’élue à la Fête de l’Humanité où elle déclarait : « Un des problèmes de la fête de l’Huma, c’est que c’est la fête de la gauche blanche ! Et j’aurais pu parler des Amphis de la France Insoumise, ça me fait honte. »


La scène est revenue comme une parole qu’on n’avait pas voulu entendre. Lors d’une table ronde organisée par Nous Toutes 93, en marge de la Fête de l’Humanité qui s’est tenue du 12 au 14 septembre, la députée LFI Danièle Obono a livré un constat sans fard. La Fête de l’Huma, dit-elle, demeure « la fête de la gauche blanche », hier comme aujourd’hui. Elle aurait pu, ajoute-t-elle, tenir les mêmes mots à propos des amphis universitaires ou de La France insoumise elle-même. Une image qui lui fait honte, précise-t-elle, parce que c’est celle que renvoie la gauche à des millions de personnes.

À ses côtés, Sarah Bennani, présidente de l’association Jeunesse Populaire, venue pour la première fois à la Fête, renchérit. Elle dit n’avoir « jamais vu plus blanc que blanc », évoque un cochon rôti au petit matin, scène qu’elle juge incompatible avec ce qu’elle nomme une « écologie décoloniale ».

Pas gracieuse, notre députée !

Ainsi se dit, sans détour, un antiracisme qui retourne son accusation vers son propre camp et expose la gauche à sa propre disgrâce.

L’antiracisme officiel, celui des plateaux télé, des associations subventionnées et des communiqués ministériels, n’a plus rien à voir avec ce sentiment élémentaire d’humanité qui consiste à reconnaître en l’autre un semblable. Il est devenu un rite, une liturgie laïque, avec ses prêtres, ses dogmes, ses excommunications. On ne le pratique plus pour défendre la dignité humaine, mais pour imposer un récit unique, dans lequel l’Occident – et la France au premier chef – doit se confesser à perpétuité, à genoux devant ses fautes réelles ou supposées. Ce n’est plus un idéal moral, mais une arme idéologique.

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Pendant ce temps, loin des slogans et des marches blanches, la France réelle – celle des petites villes, des bourgs, des banlieues périphériques – vit une autre expérience : celle d’un quotidien de plus en plus traversé par une tension sourde. Les mêmes Français qui ne manifestent pas, qui ne prennent pas la parole sur les réseaux sociaux, constatent pourtant que certaines violences, certaines arrogances, certaines formes de mépris viennent presque toujours des mêmes milieux. Ils le voient, ils le subissent, mais ils savent qu’ils n’ont pas le droit de le dire. Leur parole, si elle s’échappe, est aussitôt condamnée comme raciste, et leur simple inquiétude devient une faute morale. Alors ils se taisent, ravalent leur colère, et cette colère s’infiltre, se concentre, se durcit.

Le malentendu fondateur

On nous répète que cette exaspération est « du racisme », comme s’il suffisait d’un mot pour épuiser le problème. Mais ce n’est pas du racisme au sens biologique et brutal du XIXᵉ siècle. C’est autre chose : une lassitude civilisationnelle, un refus d’assister passivement à la transformation de son pays en un espace étranger à ses mœurs, à ses lois, à sa politesse, à ses hiérarchies implicites. Ce rejet, on ne veut pas l’entendre, parce qu’il met en cause non pas seulement des individus, mais des modes de vie entiers – et que le politiquement correct interdit d’interroger ces modes de vie autrement qu’en termes victimaire et compassionnel.

L’antiracisme doctrinal nie que ce malaise ait une cause objective. Il préfère y voir un fantasme, un délire entretenu par l’extrême droite, oubliant commodément que ce sont souvent les mêmes catégories sociales – policiers, gendarmes, pompiers, enseignants, chauffeurs, infirmières – qui, au quotidien, sont en première ligne, et qui constatent cette dégradation sans qu’aucune campagne officielle ne les protège.

Une guerre civile à bas bruit

Ce qui se joue aujourd’hui ressemble à la préparation invisible d’une déflagration. Les tensions s’accumulent comme la poudre dans un grenier fermé. L’Histoire, si prompte à punir les peuples qui refusent de voir ce qui s’amasse sous leurs yeux, nous a déjà donné mille exemples : l’aveuglement des élites précède toujours la catastrophe. Nous en sommes là. Les uns parlent d’« enrichissement culturel » quand les autres parlent de « zones de non-droit ». Les mots ne se rejoignent plus. La fracture est là : linguistique, morale, et bientôt physique.

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Et pourtant, au milieu de ce fracas à peine audible, il existe des voix musulmanes ou africaines qui rejettent ces dérives, qui savent que la violence de quelques-uns salit l’ensemble. Mais ces voix ne trouvent pas d’espace. Elles ne font pas partie de la dramaturgie médiatique, car elles dérangent le récit manichéen. Dans un monde normal, on les soutiendrait, on les amplifierait ; dans le nôtre, on les ignore ou on les soupçonne de « trahison ».

Les nouveaux clercs

À cette France réelle, on oppose une intelligentsia qui recycle les vieilles lunes tiers-mondistes et postcoloniales. Les indigénistes, les racialistes, les antisionistes radicaux se posent en gardiens de la morale universelle, mais leur morale n’est qu’une haine codée : haine de l’Occident, haine de la République, haine de l’État-nation. Ils ont inventé un antiracisme qui sélectionne ses victimes et ses coupables selon des critères ethniques et géopolitiques. Ils sont les nouveaux clercs d’un totalitarisme intellectuel qui prétend réécrire l’Histoire – ou plutôt l’effacer – pour imposer un éternel présent de repentance et de culpabilité.

Orwell l’avait vu : les mots seraient vidés de leur sens, retournés contre eux-mêmes. « Antiracisme » signifierait un jour « racisme à l’envers » ; « antifascisme » désignerait un fascisme purgé de ses chemises brunes, mais pas de sa violence inquisitoriale. Ce jour est venu.

Le choix final

Nous n’avons plus des décennies devant nous. La France n’est pas condamnée par un destin aveugle : elle est condamnée par son propre renoncement. L’antiracisme qui s’exhibe partout n’est plus la défense d’une fraternité nationale, mais la matrice d’une sécession culturelle. Il ne s’agit plus seulement de combattre les idéologies qui nous fracturent : il faut se donner le courage de nommer les faits, de restaurer la souveraineté de l’État, de cesser de traiter le réel comme une opinion.

Ce combat n’aura rien d’aimable. Il faudra briser des tabous, affronter la haine des cliques universitaires, des médias subventionnés, des faux poètes de l’humanité. Mais c’est cela ou disparaître. Ceux qui ne veulent pas le voir sont déjà complices. Ceux qui se taisent par prudence sont déjà vaincus. L’histoire jugera, comme elle l’a toujours fait, et les coupables ne seront pas seulement ceux qui auront incendié la maison, mais aussi ceux qui, la voyant brûler, auront continué à psalmodier des litanies sur « le vivre-ensemble » en se bouchant les yeux…

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Essayiste et fondateur d'une approche et d'une école de psychologie politique clinique, " la Thérapie sociale", exercée en France et dans de nombreux pays en prévention ou en réconciliation de violences individuelles et collectives.

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