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À la guerre

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Sunzi dit :

On ne peut pas ne pas étudier sérieusement la guerre, parce que c’est une grande affaire d’État dont dépendent la survie de l’armée et l’existence de l’État.

(L’art de la guerre)

Nous sommes en guerre, martèle Macron à qui veut l’entendre et même à ceux qui n’en veulent rien savoir. Et les médias de se joindre à ce chœur belliqueux : gros plans sur les hélicoptères de l’armée et ses avions pour transborder les malades d’un point à un autre du territoire dans les hôpitaux où il y a encore un peu de place. Un déploiement impressionnant.

Nous sommes en guerre, et l’on ne cesse d’applaudir ces nouveaux héros que sont les soignants. Héros qui n’en demandaient pas tant, mais insistaient depuis 1990 pour que nos gestionnaires de tout poil cessent de démolir les hôpitaux et que le Président actuel rompe cette politique désastreuse comme il s’y était engagé.

Nous sommes en guerre, mais à ces nouveaux soldats que sont les soignants, mobilisés pour s’en aller risquer de mourir au front, on ajoute les vieux, sacrifiés par avance par manque de moyens comme dans les EHPAD aux soignants aussi rares que décimés. Bas les masques : nous sommes en guerre sans plus d’armes que la mobilisation de tout un chacun pour pallier le manque criant de prévisions. 

Nous sommes en guerre, mais le covid, si bien nommé, plonge la nation dans un vide sans limite où toute loi vacille. Ce n’est pas l’usage imposé et rendu incontournable d’internet qui nous sauvera de ce qui se perd corps et bien de toute tradition, sans égard pour ceux qui sont démunis de ces technologies manipulatrices.

Nous sommes en guerre, et loin de faire l’unanimité, le chacun pour soi pointe son visage grimaçant. Et ceux qui luttent désarmés sont trop souvent agressés, détroussés, exclus par leur voisinage comme certaines infirmières qui se voient refuser l’accès à leur logement par crainte de contamination. Et maintenant les pharmaciens auxquels on vient réclamer les masques qu’ils n’ont pas.

Nous sommes en guerre, et la mafia plus libre que jamais en fait son beurre sans qu’une police épuisée et mal équipée puisse intervenir. Les territoires perdus de la République préfigurent les réserves intouchables de la pandémie. 

Non, nous ne sommes pas en guerre car nous n’avons d’autre ennemi que le déni, par les gouvernements qui se sont succédé, de ce qui est vital pour une nation: le maintien d’une production nationale, de son agriculture, et des services publics qui accompagnent chaque citoyen et font vivre pour tous le lien social.

L'art de la guerre

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Covid-19: le tabac veut sauver des vies


Quand l’industrie du tabac veut participer à « l’effort de guerre » contre le coronavirus


L’information est tombée le 1er avril. On aurait pu penser à un poisson d’avril. Le cigarettier British American Tobacco (BAT), propriétaire des marques Dunhill, Lucky Strike, Pall Mall, s’est fendu d’un communiqué annonçant que sa filiale américaine Kentucky BioProcessing (KBP) cherche un vaccin contre le Covid-19 (en phase préclinique) avec la capacité de produire 1 à 3 millions de doses par semaine. En 2014, KBP était déjà impliqué dans le développement d’un vaccin contre Ebola (ZMapp), mais resté à un stade expérimental. Aujourd’hui, KBP a cloné une séquence du Covid-19 conduisant au développement d’un antigène déclenchant une réaction immunitaire contre le virus, injecté dans des plants de tabac pour reproduction jusqu’à la récolte. De la sorte, le vaccin serait produit de manière plus rapide (six semaines contre plusieurs mois avec des méthodes traditionnelles). Son concurrent Philip Morris (le propriétaire de Marlboro) dit également chercher un vaccin avec sa filiale Medicago.

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Il est piquant de voir les fabricants de tabac annoncer des projets devant contribuer à sauver des vies. Les mauvaises langues diront qu’ils ont besoin de redorer leur blason auprès des autorités de santé qui leur mènent la vie dure, et notamment la FDA aux États-Unis. Le Covid-19 provoque des infections respiratoires aiguës qui peuvent être très sévères, voire entrainer le décès, et le tabagisme est un facteur aggravant. En France, le nombre de morts liés au Covid-19 vient de passer la barre des 10 000, tandis que le nombre de décès attribuables au tabac serait de 73 000 par an. Le rapport reste donc sans commune mesure et l’on pourrait donc penser à une vaste fumisterie.

Le nouveau monde qui se dessine est étonnant : les fabricants de cigarettes cherchent des vaccins et les fabricants d’alcool (Pernod Ricard, Remy Cointreau…) fabriquent du gel hydroalcoolique. Les valeurs du vice chercheraient-elles à se racheter une vertu (en bourse tout du moins)? Il y a fort à parier que tout cela ne soit qu’un écran de fumée.

Le pape François est-il encore catholique, apostolique et romain?

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Le pape François se dévêt de ses charges et de l’habit pontifical pour un autre plus… tendance!


C’est une Semaine sainte particulièrement sobre et dépouillée que le pape François a inaugurée ce dimanche, pour les Rameaux. Jésus de Nazareth, acclamé dans Jérusalem par une foule agitant des palmes et déposant des manteaux sur son passage. Mais tristement célébré (virus oblige!) en la basilique Saint-Pierre de Rome au cours d’une messe sans fidèles, dans un silence surnaturel — n’en déplaise à ce toujours étonnant Matteo Salvini, ayant exprimé tout dernièrement son souhait, tout aussi surnaturel, que les églises fussent ouvertes pendant la semaine de Pâques car, dit-il, pour lutter contre le virus, « la science seule ne suffit pas !»

Caprice de pape

Mais c’est un autre dépouillement – celui-ci parfaitement orchestré par le pape – qui a récemment creusé, sur les antiques fronts du clergé romain, de si soucieux sillons. Se lançant dans un grand nettoyage de printemps, François a semble-t-il décidé de se débarrasser une bonne fois pour toutes de ses trop nombreux titres pontificaux. De donner un bon coup de balai dans la sacristie vaticane. Et de dépoussiérer deux millénaires de fanfaronnade théologique.

Vicaire de Jésus-Christ ? Pompeux ! Successeur de Prince des apôtres ? Ringard ! Souverain pontife de l’Église universelle ? Droitard ! Évêque de Rome ? Réac ! Pour s’en convaincre, ouvrons la première des 2300 pages de l’annuaire pontifical 2020 (publication où sont consignés les noms et les coordonnées de tous les dignitaires de l’église catholique). Par tradition, l’ouvrage annuel débutait par la liste des nombreuses charges pontificales. Mais dans cette nouvelle édition, les voici désormais reléguées en bas de page, en petits caractères, sous la rubrique déjà naphtalineuse des « titres historiques ». Remisées dans le tiroir des vieilleries dévotes. Dans le placard à soutanes jaunies. Dans le reliquaire à bigoteries.

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Bien trop humble pour sa charge pontificale, le pape François ? En pleine crise de modestie viscérale, Jorge Mario Bergoglio ? Allergique aux titres honorifiques, l’archevêque de Buenos Aires ? Pas si sûr ! En se débarrassant de ses titres pontificaux comme d’ornements clinquants, en boudant fièrement le faste apostolique et romain, en se dépouillant de ses décorations hiératiques, Jorge Mario Bergoglio ne commet-il pas au contraire un tout petit péché d’orgueil ? — en se prenant pour le premier véritable pape, le premier pape du Saint Dépouillement ! Pis, pour le dernier ! Celui de la table rase, si chère à ses amours socialistes…

Déshéritage de la tradition théologique

Mais l’essentiel est probablement ailleurs. Dans le Die Tagespost du 2 avril – journal catholique allemand — le cardinal Ludwig Müller accuse le Saint Père de «dilettantisme», n’hésite pas à qualifier la chose de «barbarie théologique». Car ce n’est pas du superflu que le pape François se dépouille. Mais du cœur même de sa charge. Du cœur même de sa mission. Par cette pirouette éditoriale, il manifeste son refus de l’héritage de Pierre. Il dit non au dogme, non à l’ancestrale transmission dont il n’est au fond qu’un des maillons. Il se déshérite lui-même du poids de la tradition théologique. Pour brandir les valeurs de la morale moderne? De la morale globale ? De la morale réformatrice ? De la morale ex nihilo ? De la morale, au fond, libérée de la parole divine ?

« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église. »

Il existe certaines déclarations qui, au Vatican, devraient avoir naturellement plus de poids que celles du milieu associatif, de la commission européenne ou d’Angela Merkel.

L’homme est un virus pour l’homme

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Episode 5 : Mad in the USA


6 avril 2020

Rappel.

« Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux ». C’est plus beau en anglais, “To every thing there is a season, and a time to every purpose under the heaven”. Et certainement encore plus riche en hébreu. לַכֹּל זְמָן וְעֵת לְכָל חֵפֶץ תַּחַת הַשָּׁמָיִם. Au risque de décevoir, j’ai choisi de laisser aux autres le temps de gronder le gouvernement français (je dirai « notre gouvernement ») en me consacrant, ici, à mon pays d’origine. En quoi suis-je américaine ? Sans chipoter, je préciserai que, issue de l’immigration juive de l’Europe centrale du début du 20e siècle, j’étais culturellement européenne avant d’être plus ou moins américaine… et de redevenir, en 1972, corps et biens, européenne.

Les pas-moi-paranos

Début février, le coronavirus se frayait un chemin de l’Asie à l’Europe, provoquant une levée de boucliers chez les pas-moi-paranos. Contre le virus ? Non ! Contre l’ennemi ! Frustrés par l’échec des saloperies de « collusion russe » et d’impeachment, les Democrats, armés d’un virus minable, tentent encore une fois de renverser le Grand Trump. Le ton est donné fin février au CPAC, le congrès annuel des conservateurs, par le directeur (provisoire) du Cabinet, Mick Mulvaney: On nous bassine avec ce coronavirus, c’est de la foutaise ! Peu de temps après cette déclaration tonitruante, Mulvaney est nommé envoyé spécial auprès de l’Irlande du Nord, un poste resté vacant depuis 2017. On n’entend plus parler de lui.

Mais le message est passé. Il est repris, amplifié, diffusé du matin au soir : ce virus, c’est un rhume. C’est moins qu’une grippe… c’est de la foutaise. Ne te laisse pas prendre dans la maille des médias malveillants. La grippe saisonnière tue des dizaines de milliers d’innocents (On rajoutera plus loin les accidents de voiture). Suivant la courbe abrupte du nombre de victimes du Covid-19 aux Etats-Unis, le néo-relativisme évolue. La morbidité de la crise économique remplace la grippe, la liberté constitutionnelle prime sur les lockdowns supposés vaincre le virus « chinois ».  

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Or, ce sont mes amis et collègues « anti-jihad » qui relaient ce discours. Ils savaient autrefois répondre aux calculs de ce genre : le terrorisme tue moins que – au choix – crises cardiaques, criminalité, armes à feu, réchauffement climatique, malbouffe, violence contre les femmes. Oui, ils déballaient le kit du parfait islamiste pour y exposer la stratégie de conquête, l’entrisme, les tenants et aboutissants…

D’où vient ce cynisme qui me sépare de mes anciens alliés ? Longtemps appréciée comme témoin fiable de la montée de l’antisémitisme / antisionisme en France, je suis, depuis les primaires Republican de 2016, excommuniée en raison de mon refus de partager l’engouement pour Donald Trump. C’est lui qui a battu Hillary, ne fais pas la fine bouche. 

Suivez le chef, les yeux fermés

Il ne fallait surtout pas me fier à mon intuition. Je voyais un homme grossier, inculte, sans scrupule et sans conviction, grande gueule, petit esprit, un voyou qui a gagné les primaires en mélangeant mensonges et mépris pour ses adversaires, tous plus dignes que lui. Mais, et c’est la clef de sa prise de pouvoir, il a convaincu le parti et ses électeurs d’une victoire inévitable. La preuve : il est président. 

L’intérêt du cas Trump dépasse la moquerie provoquée un peu partout par cet homme qui ressemble à une caricature en trois dimensions. Ce qui m’intrigue et m’attriste, c’est sa capacité de s’insérer dans la tête de ses disciples. La méthode ressemble un peu au coronavirus qui perce la cellule, lui envoie son ADN et l’oblige à répliquer d’innombrables bébés coronavirus, en épuisant son fond organique. Trump transforme ses fidèles en petits Trump vantards, méprisants, primaires et capricieux … qui me traitent de never-Trumper si j’ose critiquer sa politique, son comportement, ses tweets. 

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Comment concilier la gratitude sioniste envers Trump, pour des prises de position et des décisions inédites en faveur d’Israël, et la désapprobation de ses outrances, insuffisances, incompétence ? Comment lui tourner le dos, face aux dérives antisémites / antisionistes d’un parti Democrat en désarroi ? 

Réactivité face à la pandémie 

L’urgence sanitaire qui frappe l’humanité toute entière met en relief un système bien huilé de glorification / dérogation au service de Donald Trump. Sous prétexte de Make America Great Again, c’est sa petite personne qui est gonflée hors de toute proportion. A chaque étape de la propagation du nouveau coronavirus, à chaque zigzag de stratégie, Trump peut compter sur ses complices pour dire que ce qu’il fait c’est ce qu’il fallait faire et personne n’a fait aussi bien que lui. Le critiquer en temps d’urgence absolue est quasiment criminel.

Au besoin, les Trumpeteers peuvent citer une déclaration stupide par un Democrat aigri. Tous les jours, ils recoupent la tête de ceux qui ont crié au racisme quand le président a fermé les frontières, fin janvier, aux voyageurs en provenance de la Chine. C’était un coup de génie. Rien de la sorte chez les Européens qui meurent nombreux. Six semaines plus tard, il ferme la porte aux Européens, provoquant dans la foulée le retour en catastrophe des Américains hors les murs. On les voyait serrés comme des sardines, bloqués pendant de longues heures dans la demi-douzaine d’aéroports désignés pour leur rapatriement.  

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La moitié du monde est déjà en confinement, Trump résiste et le chœur de Trumpettistes chante ses louanges : the smartest guy in the room [le mec le plus futé qui soit]. Les soignants en tenue de protection, les malades sous tente à oxygène et le président qui brille sous une bâche de complaisance. Les médias sont accusés de catastrophisme. Comme si les États-Unis étaient un monde à part, avec sa propre physiologie. L’OMS, le fameux Dr. Fauci, les gouverneurs des États surtout s’ils sont Democrat, les responsables de santé publique, le régime Obama, les soignants qui se plaignent du manque de matériel, les Européens qui meurent et la Chine qui ment, tour à tour mis en cause, accusés d’intelligence avec l’ennemi, vilipendés. Après avoir balayé d’un revers de main le danger du coronavirus pour les Américains, le président a fini par organiser une task force et un débriefing quotidien. Ça commence avec un long chant a capella : Trump se vante, se félicite d’être le meilleur, se met sur un piédestal, s’accroche des médailles et lance des chiffres impossibles à confirmer sur le terrain. Ensuite, il essaie péniblement de lire le texte, pourtant simple, préparé par son staff. De temps en temps, il lève la tête, se détend et donne son avis sur des choses virales : la plupart des gens infectés peuvent rester à la maison ou aller au travail. Ces gouverneurs qui réclament des respirateurs, des masques et tutti quanti auraient dû être prévoyants. Le gouvernement fédéral n’est pas un service de livraison. Que devient tout ce matériel ? Gaspillé ? Détourné ? Un jour il promet d’approvisionner les hôpitaux en matériel entreposé dans la réserve fédérale, le lendemain il jure qu’il faut compter sur les entreprises privées pour la fabrication du matériel essentiel et cette semaine il fait la moue et déclare que le stock fédéral est « à nous ». Les États n’ont qu’à puiser dans les réserves. La conférence finit en psychodrame : les journalistes posent des questions, le président les insulte copieusement.

Le remède est pire que le mal

Le souci principal du businessman Donald Trump c’est de « rouvrir le pays ». Plus grave qu’un malade de Covid-19 branché sur un respirateur, c’est la Bourse qui baisse, le chômage qui augmente, les affaires au point mort. Lors d’un point presse, le président s’écarte du texte écrit et improvise. Il en a déjà ras le bol des « consignes de distanciation sociales » à peines formulées et mollement appliquées. Nous sommes un peuple vigoureux, passionné du travail. Il faut rouvrir le pays. J’aimerais voir les églises bondées à Pâques ! Deux jours plus tard les spin doctors expliquent qu’il s’agit d’une « aspiration ». De remonter le moral, comme un PDG de choc. Le lendemain, tes amis Trumpistes, exaspérés, t’expliquent que c’était une aspiration. Et ainsi de suite. 

Le confinement ça coince

Bof, c’est trop compliqué. Pas d’espoir de remplir les églises à Pâques (quoique, les édifices religieux dans 14 États soient dispensés de lockdown). Pas de semi-confinement en patchwork, où on se met au travail dans les régions peu touchées, les quartiers riches en anticorps, les bureaux éloignés du virus. Pas de confinement national, trop difficile à organiser sans enfreindre la Constitution. Impossible d’imposer les consignes de distanciation sur une population qui a la bougeotte ; ça restera toujours mi-figue mi-raisin. Que faire ? On fonce sur l’hydroxychloroquine. Le bon docteur Raoult n’a pas plus fort soutien que le président Trump. Les entrepôts fédéraux regorgent de doses du médicament miracle qui seront expédiées d’un bout à l’autre du pays et servies comme des bonbons à tout le monde, infectés ou simplement inquiets, modérément touchés ou à l’article de la mort.   

Le docteur Fauci, immunologiste, est sceptique ? Ce n’est pas lui le boss. On n’a pas encore le résultat des essais cliniques ? Peu importe. Trump se fie à son intuition. 

Il n’est pas le seul à chercher la solution miracle… comme on le verra dans l’Episode 6 : Les croyants.

A suivre…

Annie Ernaux atteinte par un terrible virus…

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Sur les ondes de France inter, avec toute la sobriété qu’on lui connaît, l’écrivain reproche à Emmanuel Macron son lexique guerrier face au coronavirus. Et un tas d’autres choses.


Chaque matin sur France Inter, depuis le début du confinement, Augustin Trapenard lit des lettres d’écrivains. Les nouvelles étant mauvaises d’où qu’elles viennent, j’imaginais comme Stephan Eicher pouvoir déjeuner tardivement en paix après la matinale d’Inter, grand-messe de la bien-pensance que je ne peux plus écouter de la même manière depuis l’excellent livre de Frédéric Beigbeider, consacré à Nicolas Demorand et son armée de chroniqueurs. Tandis que j’attaquais en confiance mon bol de graines de chia, Augustin Trapenard livra avec gravité la missive de l’écrivain Annie Ernaux, la sublime « Gnossienne n°1 » d’Erik Satie en fond sonore. 

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Je ne m’attendais à rien, sinon au pas grand-chose que m’inspirent les livres autobiographiques de l’ex-prof de français. Rappelons que son logiciel communiste d’incompréhension du monde l’a poussé jadis à demander la censure d’un écrivain (du rarement vu, y compris en Union soviétique)[tooltips content= »Richard Millet NDLR »](1)[/tooltips], et à soutenir l’infréquentable Houria Bouteldja, communautariste homophobe et raciste. De ses névroses et de sa vie – son enfance, ses parents ouvriers, son dépucelage, son avortement, ses courses chez Lidl, son ascension sociale, sa haine des méchants libéraux, etc… -, Annie Ernaux a tiré depuis presque un demi-siècle une œuvre littéraire conséquente, ancrée dans le camp du bien, celui des opprimés contre les oppresseurs, et trouvé chez les universitaires et intellos un public fidèle, sensible à sa démarche sociologique, sa passion pour Pierre Bourdieu, voire au style froid, distant mais élégant de sa prose. 

Un écrivain rebelle sur une radio qui ne l’est pas moins

Non, je ne m’attendais à rien de tragique ce matin-là, ou en tout cas rien de pire qu’une chronique de Charline Vanhoenacker « se payant » un politique en studio sous les gloussements automatiques de ses collègues fonctionnaires du rire. Je me trompais. Annie Ernaux, sans doute « boostée » quelques semaines plus tôt par la lamentable tribune de Virginie Despentes, son alter ego version jeune et punk à chien, avait à son tour des choses essentielles à dire au président de la République. La radio de service public, comme chacun sait brimée par la dictature élyséenne, lui offrit une tribune de choix pour faire reculer les limites de la « décence et de la géométrie » chères à John Kennedy Toole.

Non, nous n’étions pas « en guerre » contre le virus, décréta la virologue de Cergy-Pontoise, reprochant au président son lexique guerrier. Les armes dont nous disposions, les lits d’hôpital, le nombre de médecins, le président les avaient sacrifiés sur l’autel du profit, sourd depuis son élection aux cris d’alarme du monde de la santé. « L’état compte ses sous, on comptera les morts » ! Le genre d’ânerie, niveau Black Bloc première année, qu’on peut lire sur les banderoles de la France en lutte, ou les tweets de Juan Branco… J’imaginais déjà les articles élogieux, soulignant la puissance et la sincérité de son indignation. Ils pullulèrent naturellement dans les minutes qui suivirent.  

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Suite à son implacable état des lieux du meilleur système de santé au monde (et le plus financé par l’État en Europe), préférant oublier qu’Emmanuel Macron a réformé le numerus clausus, l’écrivain se mit à rêver au grand soir. « Prenez garde, Monsieur le président, aux effets de ce temps de confinement, de bouleversement du cours des choses. C’est un temps propice à désirer un nouveau monde. Pas le vôtre ! » Attasioooon !!! On ne la voit pas dans les urnes ni les sondages, mais la révolution bolivarienne de Mélenchon n’est pas loin. Pour Annie Ernaux, pas de doute, la dictature sociale-démocrate vit ses dernières heures : « Nous sommes nombreux à vouloir un monde où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, se cultiver, soient garantis à tous ». Et nous qui pensions bêtement que tout cela existait déjà en France, modèle unique au monde de démocratie quasi communiste et généreuse, qui consacre 56% de son PIB aux investissements publics, dont l’école gratuite, la santé gratuite, la culture gratuite, etc… 

Parfait exemple de la bêtise de l’intelligence

Bref, cette lettre au président est une bouillie sans queue ni tête. Je croyais que le rôle du romancier était de nous éclairer, de faire un pas de côté, de nous ouvrir les yeux sur la complexité du monde : l’icône de Télérama et des Inrockuptibles se contente de nous éblouir par son sectarisme et le vide de sa pensée. 

On fera remarquer aux indignés professionnels, qui s’inquiètent comme Annie Ernaux de la restriction de nos libertés sous la dictature macroniste, que jamais tant de niaiseries et d’insultes à l’État n’ont été proférées sous le drapeau de la liberté d’expression que depuis trois semaines. Cette crise nous le montre chaque jour, et la pauvre Annie Ernaux n’en est qu’un exemple, il existe une connerie malveillante chez les instruits, ou comme le dit Alain Finkielkraut « la bêtise n’est pas le contraire de l’intelligence : il y a une bêtise de l’intelligence, une bêtise des intellectuels qui prend la forme de l’esprit de système » [tooltips content= »Retrouvez Alain Finkielkraut dans le numéro 78 du magazine Causeur, disponible aujourd’hui chez votre marchand de journaux NDLR »](2)[/tooltips].

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Si le démocrate est modeste, modéré, s’il sait qu’il ne sait pas tout, et n’ignore point que gouverner est difficile, le totalitaire a réponse à tout et se situe dans le camp du bien, toujours mobilisé contre la « bête immonde » : les autres. 

Cet « esprit de système », populiste et haineux, aussi obsolète et stupide soit-il, a trouvé dans un contexte global profondément anxiogène (révolution numérique, déclassement de l’Europe, désindustrialisation, chômage et terrorisme…) un terreau favorable a son développement, aux deux extrémités de l’échiquier politique. La bêtise des instruits est le plus terrible des virus.

Israël vaincra… le coronavirus

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Malgré une densité de population quatre fois supérieure à celle de la France et un système de santé publique moins largement pourvu, Israël ne déplore que 44 morts du Covid-19 sur son territoire. Le mérite en revient à la mobilisation de l’État, de l’armée et de la société civile ainsi qu’à la fermeture des frontières dès le début de la crise.


Dans la catégorie des pays qui, pour diverses raisons, sont mieux parvenus à endiguer l’épidémie de Covid-19, on trouve Israël.

Au 4 avril 2020, le directeur du ministère de la santé Moshe Bar Siman Tov – homologue israélien de Jérôme Salomon – rapportait 7589 cas confirmés dont 44 morts, 115 dans un état grave et 427 guéris, soit un taux de mortalité de 0,57%, chiffre à comparer avec le tristement élevé 12% d’une Italie qui commence heureusement à percevoir des jours plus favorables.

Comment expliquer une telle résilience de l’État juif, dont la densité de population est plus de quatre fois supérieure à celle de la France et dont le système de santé publique – bien réel depuis la loi de Santé publique de 1995 – est beaucoup moins largement pourvu que le nôtre ?

Au-delà de l’avantage que représente évidemment une plus faible population, il semble que c’est bien un modèle politique et une certaine conception de la solidarité nationale qui représente l’une des forces majeures d’Israël pour résister à la crise.

Raisons d’État

L’efficacité étatique a été remarquable. Dans un pays où d’usuel les tergiversations démocratiques font loi et où trois élections législatives en un an n’ont pas suffi à doter le pays d’une coalition pérenne capable d’installer un Premier ministre à sa tête, la classe politique a su se remettre en rang et prendre des décisions quasi-unanimes. En témoigne la fermeture rapide des frontières aériennes aux touristes venant « de France, d’Espagne (…) d’Allemagne » dès le 6 mars, là où Emmanuel Macron déclarait encore dix jours après que « le virus n’a pas de passeport ».

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Ces décisions ont été prises malgré le chaos politique né des élections du 2 mars et des procédures à l’encontre de Benyamin Netanyahou. La raison d’État prenant le pas, un gouvernement de coalition entre le Likoud et Benny Gantz a émergé pour assurer au moins six mois la gestion de l’épidémie. Qu’il s’agisse d’une manœuvre politique ou d’un effort en faveur de l’intérêt général, la décision a pris le pas sur la délibération.

Le nerf de la guerre

Si d’aucun filent la métaphore de la guerre, Israël a su tirer profit de l’expérience d’un état d’urgence permanent depuis 1948. Avec une vigueur peu commune, le pays a su mobiliser et mettre en symphonie toutes ses forces et développer parfois des solutions peu orthodoxes.

Pour assurer l’approvisionnement en matériel, qui s’est révélé être le nerf de cette « guerre » mondiale, le Mossad a rapatrié plus de 8 millions de masques et quelques respirateurs des pays du Golfe, en plus d’une commande massive de 11 000 respirateurs et d’une production locale qui devrait avoisiner les 7 000. L’inventivité technologique des unités d’élite a également servi à trouver un substitut aux respirateurs ou à créer des masques réutilisables.

L’intrication profonde entre l’armée et la société civile a également été d’une grande aide. D’un côté, une société civile disciplinée et animée d’un puissant sentiment de solidarité nationale n’a pas eu de mal à se conformer aux exigences de confinement – bien que les religieux qui peuvent être dispensés du service militaire aient été moins scrupuleux. De l’autre côté, les effectifs de l’armée ont pu prêter main forte aux services civils, dans des opérations telles que « Gardiens de l’âge d’or », déployant un millier de soldats pour fournir nourriture et médicaments aux personnes les plus fragiles. La gestion de l’épidémie fut tant guidée par une organisation militaire et sous-tendue par le patriotisme que le ministre de la Défense Naftali Bennett a demandé à ce que plusieurs prérogatives lui soient transférées.

L’armée mobilisée

Enfin, l’armée participe au confinement dans les grandes villes et à des missions d’informations comme à Bnei Brak, où une partie de la population orthodoxe a refusé d’appliquer le confinement.

On peut entendre ceux qui fustigent un encadrement militaire et technologique trop strict, ou ceux qui doutent de l’honnêteté du personnel politique. Par ailleurs, il est trop tôt pour tirer un trait en bas de l’addition, et chaque pays a dû composer avec des réalités culturelles, démographiques et géographiques bien propres qui ne dépendent pas seules d’une volonté d’action subite.

Mais la gestion israélienne de l’épidémie – mélange étonnant de rigueur militaire et d’une inventivité citoyenne au service de sa nation chérie – a de quoi inspirer et fait une fois de plus la lumière sur un État qui n’a pas fini de surprendre.

Coronavirus au Brésil: l’urgence d’un New-Deal


Le Brésil n’est pas au bout de ses peines…


Avec la crise sanitaire mondiale, l’économie du premier pays d’Amérique du Sud est très durement secouée. Il y a d’abord des chocs extérieurs : effondrement de la croissance en Chine (premier client étranger du Brésil, grand fournisseur de composants industriels), baisse des cours des matières premières (avec la récession globale annoncée), fuite des capitaux. Le choc d’origine interne est encore plus vigoureux. Un contrôle efficace de la pandémie passe par un confinement poussé de la population, la mise en hibernation de la vie économique et sociale sur plusieurs mois. Banques, industries, compagnies minières, exploitations agricoles vont être atteintes par cette catalepsie. L’arrêt nécessaire de l’activité et des déplacements va frapper encore plus durement les 21 millions de micro-entreprises et de PME familiales non déclarées des services, de la construction, du petit commerce ou de l’artisanat. Ces établissements modestes n’ont ni trésorerie, ni réserves. Ils font travailler une grande partie des 18,5 millions de travailleurs sans contrat de travail et protection sociale (à l’exception d’un service de santé publique universel et gratuit). En ajoutant les dépendants familiaux, la population de Brésiliens précaires qui survivent grâce à des jobs instables et un revenu mensuel individuel inférieur à 100 euros est évaluée à 77 millions de personnes. 

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Pour cette masse de travailleurs non déclarés, le confinement nécessaire au contrôle de l’épidémie signifie la perte instantanée du revenu. Les chômeurs officiels victimes de la récession annoncée (qui pourraient passer de 12 à 40 millions) sont mal indemnisés. Ils seront confrontés à une baisse significative de leurs gains. En quelques mois, le pays pourrait compter 100 millions de personnes paupérisées, dans la misère et souffrant de faim. La dimension du drame social et humanitaire induit par le coronavirus va dépendre de la durée de la crise sanitaire, de son ampleur et des réactions des pouvoirs publics. 

Le Brésil ne peut plus ignorer ses pauvres  

Dans le passé, les autorités ont réagi à des crises économiques classiques en lançant des plans anticycliques destinés à relancer la demande, à soutenir l’économie officielle et les catégories aisées de la population. Un plan de ce type (avec des facilités de crédit, des réductions et reports d’impôts, l’allègement ou l’annulation de dettes) a été arrêté en mars dernier. Il doit limiter les pertes d’emplois, éviter l’asphyxie des entreprises et la destruction massive des capacités de production existantes. Ce type d’intervention nécessaire ne touche pas les Brésiliens les plus pauvres, les millions de travailleurs de l’économie informelle et leurs familles. Aujourd’hui, il faut aller plus loin. L’Etat doit lancer un programme de transferts sociaux en faveur des plus pauvres afin d’assurer à la fois un contrôle efficace de la progression de l’épidémie et de limiter l’ampleur de la récession annoncée. 

Sans création d’une sorte de Revenu de Solidarité Active, le confinement nécessaire restera une mesure symbolique, partielle, inefficace. La pandémie se développera. La récession débouchera sur un chaos social et politique. Les millions de Brésiliens privés de toute activité ou d’un emploi officiel ne vont pas accepter de rester enfermés chez eux, attendant que les réserves de vivres s’épuisent et que la faim vienne. Ils continueront à sortir, à la recherche d’expédients pour éviter la misère. Faute de pouvoir exercer leurs activités habituelles, ils iront renforcer les réseaux de trafics en tous genres contrôlés par le crime organisé dont l’emprise sur les périphéries urbaines augmentera. À la contagion par le Covid-19 s’ajoutera une crise alimentaire qui touchera les favelas et provoquera des révoltes incontrôlables. Premières victimes létales de l’expansion irrésistible de l’épidémie, les habitants des banlieues assureront sa propagation à grande échelle. Le confinement circonscrit aux centres des villes restera inefficace. Il devra être prolongé indéfiniment. Avec la destruction des capacités de production et l’ampleur de la crise sanitaire, la vigueur de la reprise économique sera très limitée. La date de cette reprise sera reportée dans le temps. 

A lire aussi, du même auteur: Bolsonaro joue à la roulette russe avec le virus

Le versement d’un RSA brésilien à des millions de familles permettra d’étendre le confinement effectif au-delà des quartiers aisés et de classes moyennes. La progression du virus sera mieux contenue. La destruction des capacités de production peut être limitée. Les pauvres ne seront pas condamnés à la misère ou à la soumission à des factions criminelles. Le risque d’instabilité sociale sera contenu. Ces minimas sociaux transitoires peuvent être payés très rapidement. Les populations éligibles sont facilement identifiables grâce au répertoire existant des familles à bas revenus. Une partie des ménages bénéficiaires les plus pauvres (soit 41 millions de personnes) reçoivent déjà une allocation familiale mensuelle qu’il faudra augmenter. Le timing est ici essentiel. Le virus n’attend pas. Le crime organisé non plus. Il est prêt à profiter de la crise. Pour l’État, l’effort financier à consentir sera conséquent. L’accroissement induit du déficit public est finançable par endettement s’il n’apparaît pas comme le début d’un abandon durable et généralisé de la discipline budgétaire. Le RSA doit être lancé comme un mécanisme temporaire (quelques mois). Lorsque la maison brûle, il vaut mieux mobiliser les pompiers pour sauver l’édifice et les payer par emprunt que d’attendre que l’édifice s’écroule. 

Sans engagement de ce New Deal, la crise sanitaire s’étendra parce que le confinement sera inefficace et dérisoire. Le virus pourrait alors contaminer plus de 120 millions de personnes d’ici à quelques mois (contre près de 7000 le 1er avril) et faire des centaines de milliers de morts. La récession économique serait aussi plus longue et plus forte (le PIB chuterait de 6 à 10% sur l’année). À l’inverse, un confinement efficace limiterait l’impact de la pandémie sur la santé et sur l’économie. Les prévisionnistes parlent alors d’une contagion limitée à 12 millions d’individus avec une mortalité bien plus faible. La contraction de l’activité serait de 1, 1% du PIB. 

Une catastrophe sociale, sanitaire et économique peut encore être évitée si le gouvernement et le Congrès se battent sur deux fronts. Il faut d’abord mettre en œuvre rapidement le plan d’aides sociales évoqué ici. Il faut aussi agir (en s’appuyant sur les secteurs lucides de l’armée) pour neutraliser un président qui n’a cessé de retarder la lutte contre le Covid-19, répète qu’il s’agit d’un petit rhume, dénonce les élus locaux qui mettaient en place un confinement régional. Avec la pandémie du coronavirus, Jair Bolsonaro a eu l’occasion de montrer qu’il est incapable d’affronter le défi historique qui s’annonce. 

Brésil, les illusions perdues: Du naufrage au redressement

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“Les grands perdants de cette crise sont les progressistes”

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Les dirigeants populistes se sont trompés, mais pas plus que Macron. Et ils devraient sortir politiquement renforcés de la crise sanitaire mondiale, selon le journaliste Ivan Rioufol.


Causeur vous propose de lire un extrait de l’analyse que notre confrère a donné sur REACnROLL, la webtélé des mécontemporains.

J’entends que la crise sanitaire du coronavirus sonnerait le glas des populistes, les commentateurs reprennent en boucle cet argument en montrant du doigt Viktor Orban, Donald Trump, le brésilien Bolsonaro et en pointant leurs fausses réponses à cette crise-là. Ils n’ont pas tort : c’est vrai qu’il y a eu beaucoup de réponses désordonnées et leurs critiques ne sont pas toutes infondées. Bolsonaro risque de se mordre les doigts par exemple à ne pas se résoudre au confinement. Trump a eu tort également au départ en considérant cette épidémie comme une sorte de “gripette”. Orban aurait dû mettre une limite dans le temps à l’état d’urgence qui lui donne les pleins pouvoirs.

Tout ceci est vrai.

Mais les grands perdants de cette crise sont les progressistes et non les populistes, pour reprendre l’opposition théorisée par Emmanuel Macron lui-même.

Ce sont les mondialistes qui voient s’effondrer leur monde, victime de son incapacité à protéger les peuples d’une épidémie.

En revanche les populistes sont sur un terrain familier puisqu’il s’agit de rétablir des frontières, de renouer avec des souverainetés nationales et de renouer avec les priorités nationales concernant la politique de la santé…

>>> Retrouvez l’analyse complète de Ivan Rioufol gratuitement et d’autres émissions pour 5€ par mois, sur RNR.TV <<<

Recomposition: Le nouveau monde populiste

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Les Traîtres

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Garde ta main, je reprends la mienne!


L’édito d’avril d’Elisabeth Lévy


Nous savons avec Aristote que l’homme est un animal social. La pandémie de Covid-19 nous rappelle a contrario qu’il est aussi un animal tactile, il suffit de voir des singes se frotti-frotter pour comprendre que cela ne date pas d’hier.

Nous avons besoin de nous toucher. Parfois, c’est pour manifester notre hostilité : de même que le geste de trinquer, devenu une des marques de la complicité, visait originellement à mélanger les contenus des verres pour prévenir les empoisonnements, la poignée de main a paraît-il été inventée pour vérifier que l’autre ne dissimulait pas une arme. Aujourd’hui, elle scelle un accord, exprime de l’affection, de l’empathie, de la complicité. Pendant la campagne présidentielle, on a beaucoup parlé de la poignée de main de Macron. S’il avait pu serrer la main à tous les Français, il aurait peut-être été élu avec 100% des voix. En se frottant, en se caressant, en se touchi-touchant et même en se battant, on se reconnaît comme appartenant à la même espèce. Refuser une main tendue est considéré comme une forme de séparatisme anthropologique, un manquement à l’égale dignité des êtres humains, bref, une insulte.

L’enfer c’est les autres

Or, nous voilà désormais obligés de respecter un nouveau commandement : tu ne toucheras point ton prochain. Une aubaine pour les misanthropes, les ashkénazes, et les autistes dysfonctionnels comme notre amie Peggy Sastre, qui voient leur mode de vie devenir la règle.

A lire aussi: Coronavirus, il n’y aura plus de retour à la normale

Cette crise nous rappelle que, comme le disait Sartre, l’enfer, c’est les autres. Nous sommes donc invités à nous tenir à distance et à limiter, voire à proscrire les contacts physiques, y compris par le truchement d’objets. Cette rose amoureusement cueillie, comme la salière que vous demande votre commensal, peuvent devenir l’arme d’un crime inconscient.

Bienvenue dans un monde virtuel

En réalité, l’épidémie accélère une tendance déjà à l’œuvre. Les ennemis invisibles qui pullulent angoissent nombre de nos contemporains qui, bien avant qu’on ait entendu parler du coronavirus, se lavaient les mains 300 fois par jour et tenaient les portes avec les lingettes. Il y a peu, une publicité montrait toutes les saletés invisibles ramassées par une main d’enfant.

Ainsi, l’interdiction de l’intimité physique – rebaptisée « interaction sociale », comme s’il fallait nous en dégoûter –, rejoint le fantasme de la dématérialisation, du sans-contact, de la vie virtuelle. Nous voilà plongés pour de vrai dans le monde merveilleux du télétravail et de l’amour à distance. Malheureusement, c’est aussi le monde de l’industrie sans usines, comme l’a révélé notre incapacité à produire des masques, des tests et toutes sortes d’autres biens, si cruellement nécessaires ces jours-ci.

Certes, il n’est pas nécessairement mauvais que les collants et les embrasseurs compulsifs retrouvent de meilleures manières. Quoi qu’il en soit, nous aurons découvert à cette occasion que nous pouvions mener une existence sociale et même politique désincarnée. Le spectacle d’Édouard Philippe répondant à des parlementaires disséminés sur le territoire était à cet égard assez bluffant. La technologie nous apporte le monde à domicile, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous ne mettons guère ce temps à profit pour méditer. Pendant le confinement, le brouhaha continue.

A lire aussi: Covid-19 rhabille les femmes!

Certains rêvent de pérenniser ces usages et d’entrer définitivement dans l’ère des mesures barrière. Demain des chefs d’entreprise se diront peut-être que ce mode de fonctionnement est très avantageux : pas de loyers à payer et pas de complots de machine à café. Nous aurons tous des mains blanches, mais nous n’aurons pas de mains.

Bien sûr, il faut respecter les consignes du professeur Salomon. Il est cependant assez angoissant que l’État se mêle, même avec les meilleures raisons du monde, des affaires de nos corps. Je m’attends chaque jour à voir le président déclarer à la télévision : « Mes chers compatriotes, plus de sexe ! » Après tout, les relations charnelles sont certainement un facteur de propagation du virus, surtout qu’il y en a qui ne se contentent pas de leur officiel.

En attendant, pour la plupart d’entre nous, se saluer avec le pied ou s’embrasser avec le coude, ce n’est pas ça. A-t-on jamais entendu parler d’un coude baladeur ? « Donne-moi ta main camarade, j’ai cinq doigts moi aussi, on peut se croire égaux. »

Gourance


Ma guerre en short. La chronique de Cyril Bennasar.


Confiné, je me sens tellement en vacances que je suis allé acheter des magazines chez la marchande de  journaux chinoise et masquée du coin de la rue. Sur le Chinois, le masque ne donne pas la même impression de film-catastrophe que sur les autres Français, ça choque moins, on a l’habitude. Ces gens-là n’ont de toute façon aucun sens esthétique, et tiennent plus à la vie qu’à leur apparence, c’est bien connu. 

Découvrez le nouveau numéro de CauseurMacron: médecin malgré lui

La vie est trop courte pour lire chaque semaine l’Express, Marianne ou Le Point ou l’un de ces hebdos centristes qui dénoncent les extrêmes et nous mettent en garde contre la montée des populismes, mais en été comme en confinement, les journées sont tellement longues que je lis tout ce que je trouve. Il m’arrive même de prendre L’Obs et Télérama pour voir jusqu’où on va descendre, comme dirait notre intellectuel ostracisé par les manœuvres de la communauté organisée. À ce propos, je ne suis pas encore allé voir sur son site pourquoi et comment les juifs sont impliqués dans la pandémie. Il faudra que j’y pense.

Mais, mais… c’est de la merde?

Arrivé chez moi, j’ouvre le Point, le magazine de ceux qui payent trop d’impôts. Je saute l’éditorial de Giesbert et je commence un peu vite le billet de Patrick Besson. Du coup, je loupe le titre : « Réfugiée à Bénouville-la-goguette », je ne vois pas le « e » à la fin de « réfugiée ». C’est un journal, quatre paragraphes, lundi, mardi, mercredi, jeudi. Je commence et je sens que quelque chose cloche mais je ne vois pas quoi. Quand l’auteur évoque son mari, je tique. Je relis et je demande à ma femme : « Attends, Le Besson du Point, c’est lequel ? Le pédé qui a failli être consul ou le serbo-croate stalinien ? » C’est drôle comme le doute peut faire vaciller la mémoire. Elle me montre sa tête sur Google (c’est bien le communiste). Je continue. Jeudi, je lis : « Lu pendant la nuit le journal d’Anne Franck. Il me semble que les récents événements ont éclairé ma lecture. Que de points communs entre cette jeune fille séquestrée par les nazis et moi. » Trop c’est trop. À un moment je relève la tête et je demande comme le pharmacien du Père noël est une ordure devant le doubitchouk : « Mais, mais c’est de la merde ? »

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Les livres auxquels vous n’échapperez pas

Non, c’est une parodie. Je suis complètement tombé dans le panneau. Que celui qui n’a jamais lu ce genre de conneries écrites dans le plus grand sérieux me jette la première pierre ! 

Mais ça tombe très bien. Le matin même, je me disais que je devrais peut-être lire les journaux du confinement de Leïla Slimani ou de Marie Darieussecq pour voir à quoi ça ressemble. C’est inutile à  présent. Je ne connais le genre du journal que par Jules Renard et par Renaud Camus, notre cher grand écrivain que le virus menace et pour lequel nous nous inquiétons. Peut-être plus que lui-même qui ne se sent plus rien de commun avec ce monde. S’il ne tient plus à nous, nous tenons beaucoup à lui et l’idée qu’il pourrait nous abandonner un jour me serre le cœur. Ce jour-là me plongera dans la lecture de son œuvre pour longtemps alors que quand Jean D’Ormesson est mort, j’ai réécouté Johnny. Je pense au maire de Saint-Malo à qui Chateaubriand demandait la permission de reposer sur la terre et face à la mer de son enfance et qui lui répondit qu’il serait honoré de lui faire bâtir un tombeau en ajoutant : « Cher grand homme, puisse le monument rester longtemps vide ».

Relire la chronique précédente: Lisa elle a menti

À la guerre

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Emmanuel Macron visite l'hopital militaire de campagne devant l'hopital Emile Muller a Mulhouse, le 25 mars 2020, au dixieme jour d'un verrouillage strict en France pour arrêter la propagation de COVID-19 © CUGNOT MATHIEU-POOL/SIPA Numéro de reportage: 00952074_000021

Sunzi dit :

On ne peut pas ne pas étudier sérieusement la guerre, parce que c’est une grande affaire d’État dont dépendent la survie de l’armée et l’existence de l’État.

(L’art de la guerre)

Nous sommes en guerre, martèle Macron à qui veut l’entendre et même à ceux qui n’en veulent rien savoir. Et les médias de se joindre à ce chœur belliqueux : gros plans sur les hélicoptères de l’armée et ses avions pour transborder les malades d’un point à un autre du territoire dans les hôpitaux où il y a encore un peu de place. Un déploiement impressionnant.

Nous sommes en guerre, et l’on ne cesse d’applaudir ces nouveaux héros que sont les soignants. Héros qui n’en demandaient pas tant, mais insistaient depuis 1990 pour que nos gestionnaires de tout poil cessent de démolir les hôpitaux et que le Président actuel rompe cette politique désastreuse comme il s’y était engagé.

Nous sommes en guerre, mais à ces nouveaux soldats que sont les soignants, mobilisés pour s’en aller risquer de mourir au front, on ajoute les vieux, sacrifiés par avance par manque de moyens comme dans les EHPAD aux soignants aussi rares que décimés. Bas les masques : nous sommes en guerre sans plus d’armes que la mobilisation de tout un chacun pour pallier le manque criant de prévisions. 

Nous sommes en guerre, mais le covid, si bien nommé, plonge la nation dans un vide sans limite où toute loi vacille. Ce n’est pas l’usage imposé et rendu incontournable d’internet qui nous sauvera de ce qui se perd corps et bien de toute tradition, sans égard pour ceux qui sont démunis de ces technologies manipulatrices.

Nous sommes en guerre, et loin de faire l’unanimité, le chacun pour soi pointe son visage grimaçant. Et ceux qui luttent désarmés sont trop souvent agressés, détroussés, exclus par leur voisinage comme certaines infirmières qui se voient refuser l’accès à leur logement par crainte de contamination. Et maintenant les pharmaciens auxquels on vient réclamer les masques qu’ils n’ont pas.

Nous sommes en guerre, et la mafia plus libre que jamais en fait son beurre sans qu’une police épuisée et mal équipée puisse intervenir. Les territoires perdus de la République préfigurent les réserves intouchables de la pandémie. 

Non, nous ne sommes pas en guerre car nous n’avons d’autre ennemi que le déni, par les gouvernements qui se sont succédé, de ce qui est vital pour une nation: le maintien d’une production nationale, de son agriculture, et des services publics qui accompagnent chaque citoyen et font vivre pour tous le lien social.

L'art de la guerre

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Covid-19: le tabac veut sauver des vies

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Capture d'écran. Film "Thank You for Smoking" de Jason Reitman (2006)

Quand l’industrie du tabac veut participer à « l’effort de guerre » contre le coronavirus


L’information est tombée le 1er avril. On aurait pu penser à un poisson d’avril. Le cigarettier British American Tobacco (BAT), propriétaire des marques Dunhill, Lucky Strike, Pall Mall, s’est fendu d’un communiqué annonçant que sa filiale américaine Kentucky BioProcessing (KBP) cherche un vaccin contre le Covid-19 (en phase préclinique) avec la capacité de produire 1 à 3 millions de doses par semaine. En 2014, KBP était déjà impliqué dans le développement d’un vaccin contre Ebola (ZMapp), mais resté à un stade expérimental. Aujourd’hui, KBP a cloné une séquence du Covid-19 conduisant au développement d’un antigène déclenchant une réaction immunitaire contre le virus, injecté dans des plants de tabac pour reproduction jusqu’à la récolte. De la sorte, le vaccin serait produit de manière plus rapide (six semaines contre plusieurs mois avec des méthodes traditionnelles). Son concurrent Philip Morris (le propriétaire de Marlboro) dit également chercher un vaccin avec sa filiale Medicago.

A lire aussi: Le Covid accélère la vente en ligne de stupéfiants

Il est piquant de voir les fabricants de tabac annoncer des projets devant contribuer à sauver des vies. Les mauvaises langues diront qu’ils ont besoin de redorer leur blason auprès des autorités de santé qui leur mènent la vie dure, et notamment la FDA aux États-Unis. Le Covid-19 provoque des infections respiratoires aiguës qui peuvent être très sévères, voire entrainer le décès, et le tabagisme est un facteur aggravant. En France, le nombre de morts liés au Covid-19 vient de passer la barre des 10 000, tandis que le nombre de décès attribuables au tabac serait de 73 000 par an. Le rapport reste donc sans commune mesure et l’on pourrait donc penser à une vaste fumisterie.

Le nouveau monde qui se dessine est étonnant : les fabricants de cigarettes cherchent des vaccins et les fabricants d’alcool (Pernod Ricard, Remy Cointreau…) fabriquent du gel hydroalcoolique. Les valeurs du vice chercheraient-elles à se racheter une vertu (en bourse tout du moins)? Il y a fort à parier que tout cela ne soit qu’un écran de fumée.

Le pape François est-il encore catholique, apostolique et romain?

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Le pape François lors du dimanche des rameaux le 5 avril 2020 au Vatican. Numéro de reportage : SIPAUSA30211348_000016 © Grzegorz Galazka/Mondadori Portf/SIPA

Le pape François se dévêt de ses charges et de l’habit pontifical pour un autre plus… tendance!


C’est une Semaine sainte particulièrement sobre et dépouillée que le pape François a inaugurée ce dimanche, pour les Rameaux. Jésus de Nazareth, acclamé dans Jérusalem par une foule agitant des palmes et déposant des manteaux sur son passage. Mais tristement célébré (virus oblige!) en la basilique Saint-Pierre de Rome au cours d’une messe sans fidèles, dans un silence surnaturel — n’en déplaise à ce toujours étonnant Matteo Salvini, ayant exprimé tout dernièrement son souhait, tout aussi surnaturel, que les églises fussent ouvertes pendant la semaine de Pâques car, dit-il, pour lutter contre le virus, « la science seule ne suffit pas !»

Caprice de pape

Mais c’est un autre dépouillement – celui-ci parfaitement orchestré par le pape – qui a récemment creusé, sur les antiques fronts du clergé romain, de si soucieux sillons. Se lançant dans un grand nettoyage de printemps, François a semble-t-il décidé de se débarrasser une bonne fois pour toutes de ses trop nombreux titres pontificaux. De donner un bon coup de balai dans la sacristie vaticane. Et de dépoussiérer deux millénaires de fanfaronnade théologique.

Vicaire de Jésus-Christ ? Pompeux ! Successeur de Prince des apôtres ? Ringard ! Souverain pontife de l’Église universelle ? Droitard ! Évêque de Rome ? Réac ! Pour s’en convaincre, ouvrons la première des 2300 pages de l’annuaire pontifical 2020 (publication où sont consignés les noms et les coordonnées de tous les dignitaires de l’église catholique). Par tradition, l’ouvrage annuel débutait par la liste des nombreuses charges pontificales. Mais dans cette nouvelle édition, les voici désormais reléguées en bas de page, en petits caractères, sous la rubrique déjà naphtalineuse des « titres historiques ». Remisées dans le tiroir des vieilleries dévotes. Dans le placard à soutanes jaunies. Dans le reliquaire à bigoteries.

A lire aussi: Le pape François aime-t-il vraiment l’Europe?

Bien trop humble pour sa charge pontificale, le pape François ? En pleine crise de modestie viscérale, Jorge Mario Bergoglio ? Allergique aux titres honorifiques, l’archevêque de Buenos Aires ? Pas si sûr ! En se débarrassant de ses titres pontificaux comme d’ornements clinquants, en boudant fièrement le faste apostolique et romain, en se dépouillant de ses décorations hiératiques, Jorge Mario Bergoglio ne commet-il pas au contraire un tout petit péché d’orgueil ? — en se prenant pour le premier véritable pape, le premier pape du Saint Dépouillement ! Pis, pour le dernier ! Celui de la table rase, si chère à ses amours socialistes…

Déshéritage de la tradition théologique

Mais l’essentiel est probablement ailleurs. Dans le Die Tagespost du 2 avril – journal catholique allemand — le cardinal Ludwig Müller accuse le Saint Père de «dilettantisme», n’hésite pas à qualifier la chose de «barbarie théologique». Car ce n’est pas du superflu que le pape François se dépouille. Mais du cœur même de sa charge. Du cœur même de sa mission. Par cette pirouette éditoriale, il manifeste son refus de l’héritage de Pierre. Il dit non au dogme, non à l’ancestrale transmission dont il n’est au fond qu’un des maillons. Il se déshérite lui-même du poids de la tradition théologique. Pour brandir les valeurs de la morale moderne? De la morale globale ? De la morale réformatrice ? De la morale ex nihilo ? De la morale, au fond, libérée de la parole divine ?

« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église. »

Il existe certaines déclarations qui, au Vatican, devraient avoir naturellement plus de poids que celles du milieu associatif, de la commission européenne ou d’Angela Merkel.

L’homme est un virus pour l’homme

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Donald Trump Numéro de reportage : AP22445565_000016 © Alex Brandon/AP/SIPA

Episode 5 : Mad in the USA


6 avril 2020

Rappel.

« Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux ». C’est plus beau en anglais, “To every thing there is a season, and a time to every purpose under the heaven”. Et certainement encore plus riche en hébreu. לַכֹּל זְמָן וְעֵת לְכָל חֵפֶץ תַּחַת הַשָּׁמָיִם. Au risque de décevoir, j’ai choisi de laisser aux autres le temps de gronder le gouvernement français (je dirai « notre gouvernement ») en me consacrant, ici, à mon pays d’origine. En quoi suis-je américaine ? Sans chipoter, je préciserai que, issue de l’immigration juive de l’Europe centrale du début du 20e siècle, j’étais culturellement européenne avant d’être plus ou moins américaine… et de redevenir, en 1972, corps et biens, européenne.

Les pas-moi-paranos

Début février, le coronavirus se frayait un chemin de l’Asie à l’Europe, provoquant une levée de boucliers chez les pas-moi-paranos. Contre le virus ? Non ! Contre l’ennemi ! Frustrés par l’échec des saloperies de « collusion russe » et d’impeachment, les Democrats, armés d’un virus minable, tentent encore une fois de renverser le Grand Trump. Le ton est donné fin février au CPAC, le congrès annuel des conservateurs, par le directeur (provisoire) du Cabinet, Mick Mulvaney: On nous bassine avec ce coronavirus, c’est de la foutaise ! Peu de temps après cette déclaration tonitruante, Mulvaney est nommé envoyé spécial auprès de l’Irlande du Nord, un poste resté vacant depuis 2017. On n’entend plus parler de lui.

Mais le message est passé. Il est repris, amplifié, diffusé du matin au soir : ce virus, c’est un rhume. C’est moins qu’une grippe… c’est de la foutaise. Ne te laisse pas prendre dans la maille des médias malveillants. La grippe saisonnière tue des dizaines de milliers d’innocents (On rajoutera plus loin les accidents de voiture). Suivant la courbe abrupte du nombre de victimes du Covid-19 aux Etats-Unis, le néo-relativisme évolue. La morbidité de la crise économique remplace la grippe, la liberté constitutionnelle prime sur les lockdowns supposés vaincre le virus « chinois ».  

A lire aussi: Alain Finkielkraut: « Jamais tant de féroces inepties n’ont été proférées sous le drapeau de la liberté d’expression »

Or, ce sont mes amis et collègues « anti-jihad » qui relaient ce discours. Ils savaient autrefois répondre aux calculs de ce genre : le terrorisme tue moins que – au choix – crises cardiaques, criminalité, armes à feu, réchauffement climatique, malbouffe, violence contre les femmes. Oui, ils déballaient le kit du parfait islamiste pour y exposer la stratégie de conquête, l’entrisme, les tenants et aboutissants…

D’où vient ce cynisme qui me sépare de mes anciens alliés ? Longtemps appréciée comme témoin fiable de la montée de l’antisémitisme / antisionisme en France, je suis, depuis les primaires Republican de 2016, excommuniée en raison de mon refus de partager l’engouement pour Donald Trump. C’est lui qui a battu Hillary, ne fais pas la fine bouche. 

Suivez le chef, les yeux fermés

Il ne fallait surtout pas me fier à mon intuition. Je voyais un homme grossier, inculte, sans scrupule et sans conviction, grande gueule, petit esprit, un voyou qui a gagné les primaires en mélangeant mensonges et mépris pour ses adversaires, tous plus dignes que lui. Mais, et c’est la clef de sa prise de pouvoir, il a convaincu le parti et ses électeurs d’une victoire inévitable. La preuve : il est président. 

L’intérêt du cas Trump dépasse la moquerie provoquée un peu partout par cet homme qui ressemble à une caricature en trois dimensions. Ce qui m’intrigue et m’attriste, c’est sa capacité de s’insérer dans la tête de ses disciples. La méthode ressemble un peu au coronavirus qui perce la cellule, lui envoie son ADN et l’oblige à répliquer d’innombrables bébés coronavirus, en épuisant son fond organique. Trump transforme ses fidèles en petits Trump vantards, méprisants, primaires et capricieux … qui me traitent de never-Trumper si j’ose critiquer sa politique, son comportement, ses tweets. 

A lire aussi: « Trump n’est pas l’homme de son temps »

Comment concilier la gratitude sioniste envers Trump, pour des prises de position et des décisions inédites en faveur d’Israël, et la désapprobation de ses outrances, insuffisances, incompétence ? Comment lui tourner le dos, face aux dérives antisémites / antisionistes d’un parti Democrat en désarroi ? 

Réactivité face à la pandémie 

L’urgence sanitaire qui frappe l’humanité toute entière met en relief un système bien huilé de glorification / dérogation au service de Donald Trump. Sous prétexte de Make America Great Again, c’est sa petite personne qui est gonflée hors de toute proportion. A chaque étape de la propagation du nouveau coronavirus, à chaque zigzag de stratégie, Trump peut compter sur ses complices pour dire que ce qu’il fait c’est ce qu’il fallait faire et personne n’a fait aussi bien que lui. Le critiquer en temps d’urgence absolue est quasiment criminel.

Au besoin, les Trumpeteers peuvent citer une déclaration stupide par un Democrat aigri. Tous les jours, ils recoupent la tête de ceux qui ont crié au racisme quand le président a fermé les frontières, fin janvier, aux voyageurs en provenance de la Chine. C’était un coup de génie. Rien de la sorte chez les Européens qui meurent nombreux. Six semaines plus tard, il ferme la porte aux Européens, provoquant dans la foulée le retour en catastrophe des Américains hors les murs. On les voyait serrés comme des sardines, bloqués pendant de longues heures dans la demi-douzaine d’aéroports désignés pour leur rapatriement.  

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La moitié du monde est déjà en confinement, Trump résiste et le chœur de Trumpettistes chante ses louanges : the smartest guy in the room [le mec le plus futé qui soit]. Les soignants en tenue de protection, les malades sous tente à oxygène et le président qui brille sous une bâche de complaisance. Les médias sont accusés de catastrophisme. Comme si les États-Unis étaient un monde à part, avec sa propre physiologie. L’OMS, le fameux Dr. Fauci, les gouverneurs des États surtout s’ils sont Democrat, les responsables de santé publique, le régime Obama, les soignants qui se plaignent du manque de matériel, les Européens qui meurent et la Chine qui ment, tour à tour mis en cause, accusés d’intelligence avec l’ennemi, vilipendés. Après avoir balayé d’un revers de main le danger du coronavirus pour les Américains, le président a fini par organiser une task force et un débriefing quotidien. Ça commence avec un long chant a capella : Trump se vante, se félicite d’être le meilleur, se met sur un piédestal, s’accroche des médailles et lance des chiffres impossibles à confirmer sur le terrain. Ensuite, il essaie péniblement de lire le texte, pourtant simple, préparé par son staff. De temps en temps, il lève la tête, se détend et donne son avis sur des choses virales : la plupart des gens infectés peuvent rester à la maison ou aller au travail. Ces gouverneurs qui réclament des respirateurs, des masques et tutti quanti auraient dû être prévoyants. Le gouvernement fédéral n’est pas un service de livraison. Que devient tout ce matériel ? Gaspillé ? Détourné ? Un jour il promet d’approvisionner les hôpitaux en matériel entreposé dans la réserve fédérale, le lendemain il jure qu’il faut compter sur les entreprises privées pour la fabrication du matériel essentiel et cette semaine il fait la moue et déclare que le stock fédéral est « à nous ». Les États n’ont qu’à puiser dans les réserves. La conférence finit en psychodrame : les journalistes posent des questions, le président les insulte copieusement.

Le remède est pire que le mal

Le souci principal du businessman Donald Trump c’est de « rouvrir le pays ». Plus grave qu’un malade de Covid-19 branché sur un respirateur, c’est la Bourse qui baisse, le chômage qui augmente, les affaires au point mort. Lors d’un point presse, le président s’écarte du texte écrit et improvise. Il en a déjà ras le bol des « consignes de distanciation sociales » à peines formulées et mollement appliquées. Nous sommes un peuple vigoureux, passionné du travail. Il faut rouvrir le pays. J’aimerais voir les églises bondées à Pâques ! Deux jours plus tard les spin doctors expliquent qu’il s’agit d’une « aspiration ». De remonter le moral, comme un PDG de choc. Le lendemain, tes amis Trumpistes, exaspérés, t’expliquent que c’était une aspiration. Et ainsi de suite. 

Le confinement ça coince

Bof, c’est trop compliqué. Pas d’espoir de remplir les églises à Pâques (quoique, les édifices religieux dans 14 États soient dispensés de lockdown). Pas de semi-confinement en patchwork, où on se met au travail dans les régions peu touchées, les quartiers riches en anticorps, les bureaux éloignés du virus. Pas de confinement national, trop difficile à organiser sans enfreindre la Constitution. Impossible d’imposer les consignes de distanciation sur une population qui a la bougeotte ; ça restera toujours mi-figue mi-raisin. Que faire ? On fonce sur l’hydroxychloroquine. Le bon docteur Raoult n’a pas plus fort soutien que le président Trump. Les entrepôts fédéraux regorgent de doses du médicament miracle qui seront expédiées d’un bout à l’autre du pays et servies comme des bonbons à tout le monde, infectés ou simplement inquiets, modérément touchés ou à l’article de la mort.   

Le docteur Fauci, immunologiste, est sceptique ? Ce n’est pas lui le boss. On n’a pas encore le résultat des essais cliniques ? Peu importe. Trump se fie à son intuition. 

Il n’est pas le seul à chercher la solution miracle… comme on le verra dans l’Episode 6 : Les croyants.

A suivre…

Annie Ernaux atteinte par un terrible virus…

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Annie Ernaux. Photo: Hannah Assouline

Sur les ondes de France inter, avec toute la sobriété qu’on lui connaît, l’écrivain reproche à Emmanuel Macron son lexique guerrier face au coronavirus. Et un tas d’autres choses.


Chaque matin sur France Inter, depuis le début du confinement, Augustin Trapenard lit des lettres d’écrivains. Les nouvelles étant mauvaises d’où qu’elles viennent, j’imaginais comme Stephan Eicher pouvoir déjeuner tardivement en paix après la matinale d’Inter, grand-messe de la bien-pensance que je ne peux plus écouter de la même manière depuis l’excellent livre de Frédéric Beigbeider, consacré à Nicolas Demorand et son armée de chroniqueurs. Tandis que j’attaquais en confiance mon bol de graines de chia, Augustin Trapenard livra avec gravité la missive de l’écrivain Annie Ernaux, la sublime « Gnossienne n°1 » d’Erik Satie en fond sonore. 

A lire aussi: Gilets jaunes: « Les comiques de France inter étaient paumés »

Je ne m’attendais à rien, sinon au pas grand-chose que m’inspirent les livres autobiographiques de l’ex-prof de français. Rappelons que son logiciel communiste d’incompréhension du monde l’a poussé jadis à demander la censure d’un écrivain (du rarement vu, y compris en Union soviétique)[tooltips content= »Richard Millet NDLR »](1)[/tooltips], et à soutenir l’infréquentable Houria Bouteldja, communautariste homophobe et raciste. De ses névroses et de sa vie – son enfance, ses parents ouvriers, son dépucelage, son avortement, ses courses chez Lidl, son ascension sociale, sa haine des méchants libéraux, etc… -, Annie Ernaux a tiré depuis presque un demi-siècle une œuvre littéraire conséquente, ancrée dans le camp du bien, celui des opprimés contre les oppresseurs, et trouvé chez les universitaires et intellos un public fidèle, sensible à sa démarche sociologique, sa passion pour Pierre Bourdieu, voire au style froid, distant mais élégant de sa prose. 

Un écrivain rebelle sur une radio qui ne l’est pas moins

Non, je ne m’attendais à rien de tragique ce matin-là, ou en tout cas rien de pire qu’une chronique de Charline Vanhoenacker « se payant » un politique en studio sous les gloussements automatiques de ses collègues fonctionnaires du rire. Je me trompais. Annie Ernaux, sans doute « boostée » quelques semaines plus tôt par la lamentable tribune de Virginie Despentes, son alter ego version jeune et punk à chien, avait à son tour des choses essentielles à dire au président de la République. La radio de service public, comme chacun sait brimée par la dictature élyséenne, lui offrit une tribune de choix pour faire reculer les limites de la « décence et de la géométrie » chères à John Kennedy Toole.

Non, nous n’étions pas « en guerre » contre le virus, décréta la virologue de Cergy-Pontoise, reprochant au président son lexique guerrier. Les armes dont nous disposions, les lits d’hôpital, le nombre de médecins, le président les avaient sacrifiés sur l’autel du profit, sourd depuis son élection aux cris d’alarme du monde de la santé. « L’état compte ses sous, on comptera les morts » ! Le genre d’ânerie, niveau Black Bloc première année, qu’on peut lire sur les banderoles de la France en lutte, ou les tweets de Juan Branco… J’imaginais déjà les articles élogieux, soulignant la puissance et la sincérité de son indignation. Ils pullulèrent naturellement dans les minutes qui suivirent.  

A lire aussi: L’économie de la santé existe, le coronavirus l’a rencontrée

Suite à son implacable état des lieux du meilleur système de santé au monde (et le plus financé par l’État en Europe), préférant oublier qu’Emmanuel Macron a réformé le numerus clausus, l’écrivain se mit à rêver au grand soir. « Prenez garde, Monsieur le président, aux effets de ce temps de confinement, de bouleversement du cours des choses. C’est un temps propice à désirer un nouveau monde. Pas le vôtre ! » Attasioooon !!! On ne la voit pas dans les urnes ni les sondages, mais la révolution bolivarienne de Mélenchon n’est pas loin. Pour Annie Ernaux, pas de doute, la dictature sociale-démocrate vit ses dernières heures : « Nous sommes nombreux à vouloir un monde où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, se cultiver, soient garantis à tous ». Et nous qui pensions bêtement que tout cela existait déjà en France, modèle unique au monde de démocratie quasi communiste et généreuse, qui consacre 56% de son PIB aux investissements publics, dont l’école gratuite, la santé gratuite, la culture gratuite, etc… 

Parfait exemple de la bêtise de l’intelligence

Bref, cette lettre au président est une bouillie sans queue ni tête. Je croyais que le rôle du romancier était de nous éclairer, de faire un pas de côté, de nous ouvrir les yeux sur la complexité du monde : l’icône de Télérama et des Inrockuptibles se contente de nous éblouir par son sectarisme et le vide de sa pensée. 

On fera remarquer aux indignés professionnels, qui s’inquiètent comme Annie Ernaux de la restriction de nos libertés sous la dictature macroniste, que jamais tant de niaiseries et d’insultes à l’État n’ont été proférées sous le drapeau de la liberté d’expression que depuis trois semaines. Cette crise nous le montre chaque jour, et la pauvre Annie Ernaux n’en est qu’un exemple, il existe une connerie malveillante chez les instruits, ou comme le dit Alain Finkielkraut « la bêtise n’est pas le contraire de l’intelligence : il y a une bêtise de l’intelligence, une bêtise des intellectuels qui prend la forme de l’esprit de système » [tooltips content= »Retrouvez Alain Finkielkraut dans le numéro 78 du magazine Causeur, disponible aujourd’hui chez votre marchand de journaux NDLR »](2)[/tooltips].

A lire aussi, Causeur #78, Macron: médecin malgré lui

Si le démocrate est modeste, modéré, s’il sait qu’il ne sait pas tout, et n’ignore point que gouverner est difficile, le totalitaire a réponse à tout et se situe dans le camp du bien, toujours mobilisé contre la « bête immonde » : les autres. 

Cet « esprit de système », populiste et haineux, aussi obsolète et stupide soit-il, a trouvé dans un contexte global profondément anxiogène (révolution numérique, déclassement de l’Europe, désindustrialisation, chômage et terrorisme…) un terreau favorable a son développement, aux deux extrémités de l’échiquier politique. La bêtise des instruits est le plus terrible des virus.

Israël vaincra… le coronavirus

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israel covid netanyahou sante
Prise de température à l'entrée d'un magasin, Modin (Israël). SIPA/Chine nouvelle. Feature Reference: 00951837_000014

Malgré une densité de population quatre fois supérieure à celle de la France et un système de santé publique moins largement pourvu, Israël ne déplore que 44 morts du Covid-19 sur son territoire. Le mérite en revient à la mobilisation de l’État, de l’armée et de la société civile ainsi qu’à la fermeture des frontières dès le début de la crise.


Dans la catégorie des pays qui, pour diverses raisons, sont mieux parvenus à endiguer l’épidémie de Covid-19, on trouve Israël.

Au 4 avril 2020, le directeur du ministère de la santé Moshe Bar Siman Tov – homologue israélien de Jérôme Salomon – rapportait 7589 cas confirmés dont 44 morts, 115 dans un état grave et 427 guéris, soit un taux de mortalité de 0,57%, chiffre à comparer avec le tristement élevé 12% d’une Italie qui commence heureusement à percevoir des jours plus favorables.

Comment expliquer une telle résilience de l’État juif, dont la densité de population est plus de quatre fois supérieure à celle de la France et dont le système de santé publique – bien réel depuis la loi de Santé publique de 1995 – est beaucoup moins largement pourvu que le nôtre ?

Au-delà de l’avantage que représente évidemment une plus faible population, il semble que c’est bien un modèle politique et une certaine conception de la solidarité nationale qui représente l’une des forces majeures d’Israël pour résister à la crise.

Raisons d’État

L’efficacité étatique a été remarquable. Dans un pays où d’usuel les tergiversations démocratiques font loi et où trois élections législatives en un an n’ont pas suffi à doter le pays d’une coalition pérenne capable d’installer un Premier ministre à sa tête, la classe politique a su se remettre en rang et prendre des décisions quasi-unanimes. En témoigne la fermeture rapide des frontières aériennes aux touristes venant « de France, d’Espagne (…) d’Allemagne » dès le 6 mars, là où Emmanuel Macron déclarait encore dix jours après que « le virus n’a pas de passeport ».

A lire aussi: Coronavirus au Brésil: l’urgence d’un New-Deal

Ces décisions ont été prises malgré le chaos politique né des élections du 2 mars et des procédures à l’encontre de Benyamin Netanyahou. La raison d’État prenant le pas, un gouvernement de coalition entre le Likoud et Benny Gantz a émergé pour assurer au moins six mois la gestion de l’épidémie. Qu’il s’agisse d’une manœuvre politique ou d’un effort en faveur de l’intérêt général, la décision a pris le pas sur la délibération.

Le nerf de la guerre

Si d’aucun filent la métaphore de la guerre, Israël a su tirer profit de l’expérience d’un état d’urgence permanent depuis 1948. Avec une vigueur peu commune, le pays a su mobiliser et mettre en symphonie toutes ses forces et développer parfois des solutions peu orthodoxes.

Pour assurer l’approvisionnement en matériel, qui s’est révélé être le nerf de cette « guerre » mondiale, le Mossad a rapatrié plus de 8 millions de masques et quelques respirateurs des pays du Golfe, en plus d’une commande massive de 11 000 respirateurs et d’une production locale qui devrait avoisiner les 7 000. L’inventivité technologique des unités d’élite a également servi à trouver un substitut aux respirateurs ou à créer des masques réutilisables.

L’intrication profonde entre l’armée et la société civile a également été d’une grande aide. D’un côté, une société civile disciplinée et animée d’un puissant sentiment de solidarité nationale n’a pas eu de mal à se conformer aux exigences de confinement – bien que les religieux qui peuvent être dispensés du service militaire aient été moins scrupuleux. De l’autre côté, les effectifs de l’armée ont pu prêter main forte aux services civils, dans des opérations telles que « Gardiens de l’âge d’or », déployant un millier de soldats pour fournir nourriture et médicaments aux personnes les plus fragiles. La gestion de l’épidémie fut tant guidée par une organisation militaire et sous-tendue par le patriotisme que le ministre de la Défense Naftali Bennett a demandé à ce que plusieurs prérogatives lui soient transférées.

L’armée mobilisée

Enfin, l’armée participe au confinement dans les grandes villes et à des missions d’informations comme à Bnei Brak, où une partie de la population orthodoxe a refusé d’appliquer le confinement.

On peut entendre ceux qui fustigent un encadrement militaire et technologique trop strict, ou ceux qui doutent de l’honnêteté du personnel politique. Par ailleurs, il est trop tôt pour tirer un trait en bas de l’addition, et chaque pays a dû composer avec des réalités culturelles, démographiques et géographiques bien propres qui ne dépendent pas seules d’une volonté d’action subite.

Mais la gestion israélienne de l’épidémie – mélange étonnant de rigueur militaire et d’une inventivité citoyenne au service de sa nation chérie – a de quoi inspirer et fait une fois de plus la lumière sur un État qui n’a pas fini de surprendre.

Coronavirus au Brésil: l’urgence d’un New-Deal

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Le président du Brésil le 3 avril 2020. Numéro de reportage : 00953770_000002 © Joedson Alves/EFE/SIPA

Le Brésil n’est pas au bout de ses peines…


Avec la crise sanitaire mondiale, l’économie du premier pays d’Amérique du Sud est très durement secouée. Il y a d’abord des chocs extérieurs : effondrement de la croissance en Chine (premier client étranger du Brésil, grand fournisseur de composants industriels), baisse des cours des matières premières (avec la récession globale annoncée), fuite des capitaux. Le choc d’origine interne est encore plus vigoureux. Un contrôle efficace de la pandémie passe par un confinement poussé de la population, la mise en hibernation de la vie économique et sociale sur plusieurs mois. Banques, industries, compagnies minières, exploitations agricoles vont être atteintes par cette catalepsie. L’arrêt nécessaire de l’activité et des déplacements va frapper encore plus durement les 21 millions de micro-entreprises et de PME familiales non déclarées des services, de la construction, du petit commerce ou de l’artisanat. Ces établissements modestes n’ont ni trésorerie, ni réserves. Ils font travailler une grande partie des 18,5 millions de travailleurs sans contrat de travail et protection sociale (à l’exception d’un service de santé publique universel et gratuit). En ajoutant les dépendants familiaux, la population de Brésiliens précaires qui survivent grâce à des jobs instables et un revenu mensuel individuel inférieur à 100 euros est évaluée à 77 millions de personnes. 

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Pour cette masse de travailleurs non déclarés, le confinement nécessaire au contrôle de l’épidémie signifie la perte instantanée du revenu. Les chômeurs officiels victimes de la récession annoncée (qui pourraient passer de 12 à 40 millions) sont mal indemnisés. Ils seront confrontés à une baisse significative de leurs gains. En quelques mois, le pays pourrait compter 100 millions de personnes paupérisées, dans la misère et souffrant de faim. La dimension du drame social et humanitaire induit par le coronavirus va dépendre de la durée de la crise sanitaire, de son ampleur et des réactions des pouvoirs publics. 

Le Brésil ne peut plus ignorer ses pauvres  

Dans le passé, les autorités ont réagi à des crises économiques classiques en lançant des plans anticycliques destinés à relancer la demande, à soutenir l’économie officielle et les catégories aisées de la population. Un plan de ce type (avec des facilités de crédit, des réductions et reports d’impôts, l’allègement ou l’annulation de dettes) a été arrêté en mars dernier. Il doit limiter les pertes d’emplois, éviter l’asphyxie des entreprises et la destruction massive des capacités de production existantes. Ce type d’intervention nécessaire ne touche pas les Brésiliens les plus pauvres, les millions de travailleurs de l’économie informelle et leurs familles. Aujourd’hui, il faut aller plus loin. L’Etat doit lancer un programme de transferts sociaux en faveur des plus pauvres afin d’assurer à la fois un contrôle efficace de la progression de l’épidémie et de limiter l’ampleur de la récession annoncée. 

Sans création d’une sorte de Revenu de Solidarité Active, le confinement nécessaire restera une mesure symbolique, partielle, inefficace. La pandémie se développera. La récession débouchera sur un chaos social et politique. Les millions de Brésiliens privés de toute activité ou d’un emploi officiel ne vont pas accepter de rester enfermés chez eux, attendant que les réserves de vivres s’épuisent et que la faim vienne. Ils continueront à sortir, à la recherche d’expédients pour éviter la misère. Faute de pouvoir exercer leurs activités habituelles, ils iront renforcer les réseaux de trafics en tous genres contrôlés par le crime organisé dont l’emprise sur les périphéries urbaines augmentera. À la contagion par le Covid-19 s’ajoutera une crise alimentaire qui touchera les favelas et provoquera des révoltes incontrôlables. Premières victimes létales de l’expansion irrésistible de l’épidémie, les habitants des banlieues assureront sa propagation à grande échelle. Le confinement circonscrit aux centres des villes restera inefficace. Il devra être prolongé indéfiniment. Avec la destruction des capacités de production et l’ampleur de la crise sanitaire, la vigueur de la reprise économique sera très limitée. La date de cette reprise sera reportée dans le temps. 

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Le versement d’un RSA brésilien à des millions de familles permettra d’étendre le confinement effectif au-delà des quartiers aisés et de classes moyennes. La progression du virus sera mieux contenue. La destruction des capacités de production peut être limitée. Les pauvres ne seront pas condamnés à la misère ou à la soumission à des factions criminelles. Le risque d’instabilité sociale sera contenu. Ces minimas sociaux transitoires peuvent être payés très rapidement. Les populations éligibles sont facilement identifiables grâce au répertoire existant des familles à bas revenus. Une partie des ménages bénéficiaires les plus pauvres (soit 41 millions de personnes) reçoivent déjà une allocation familiale mensuelle qu’il faudra augmenter. Le timing est ici essentiel. Le virus n’attend pas. Le crime organisé non plus. Il est prêt à profiter de la crise. Pour l’État, l’effort financier à consentir sera conséquent. L’accroissement induit du déficit public est finançable par endettement s’il n’apparaît pas comme le début d’un abandon durable et généralisé de la discipline budgétaire. Le RSA doit être lancé comme un mécanisme temporaire (quelques mois). Lorsque la maison brûle, il vaut mieux mobiliser les pompiers pour sauver l’édifice et les payer par emprunt que d’attendre que l’édifice s’écroule. 

Sans engagement de ce New Deal, la crise sanitaire s’étendra parce que le confinement sera inefficace et dérisoire. Le virus pourrait alors contaminer plus de 120 millions de personnes d’ici à quelques mois (contre près de 7000 le 1er avril) et faire des centaines de milliers de morts. La récession économique serait aussi plus longue et plus forte (le PIB chuterait de 6 à 10% sur l’année). À l’inverse, un confinement efficace limiterait l’impact de la pandémie sur la santé et sur l’économie. Les prévisionnistes parlent alors d’une contagion limitée à 12 millions d’individus avec une mortalité bien plus faible. La contraction de l’activité serait de 1, 1% du PIB. 

Une catastrophe sociale, sanitaire et économique peut encore être évitée si le gouvernement et le Congrès se battent sur deux fronts. Il faut d’abord mettre en œuvre rapidement le plan d’aides sociales évoqué ici. Il faut aussi agir (en s’appuyant sur les secteurs lucides de l’armée) pour neutraliser un président qui n’a cessé de retarder la lutte contre le Covid-19, répète qu’il s’agit d’un petit rhume, dénonce les élus locaux qui mettaient en place un confinement régional. Avec la pandémie du coronavirus, Jair Bolsonaro a eu l’occasion de montrer qu’il est incapable d’affronter le défi historique qui s’annonce. 

Brésil, les illusions perdues: Du naufrage au redressement

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“Les grands perdants de cette crise sont les progressistes”

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Le journaliste Ivan Rioufol. Photo: Hannah Assouline

Les dirigeants populistes se sont trompés, mais pas plus que Macron. Et ils devraient sortir politiquement renforcés de la crise sanitaire mondiale, selon le journaliste Ivan Rioufol.


Causeur vous propose de lire un extrait de l’analyse que notre confrère a donné sur REACnROLL, la webtélé des mécontemporains.

J’entends que la crise sanitaire du coronavirus sonnerait le glas des populistes, les commentateurs reprennent en boucle cet argument en montrant du doigt Viktor Orban, Donald Trump, le brésilien Bolsonaro et en pointant leurs fausses réponses à cette crise-là. Ils n’ont pas tort : c’est vrai qu’il y a eu beaucoup de réponses désordonnées et leurs critiques ne sont pas toutes infondées. Bolsonaro risque de se mordre les doigts par exemple à ne pas se résoudre au confinement. Trump a eu tort également au départ en considérant cette épidémie comme une sorte de “gripette”. Orban aurait dû mettre une limite dans le temps à l’état d’urgence qui lui donne les pleins pouvoirs.

Tout ceci est vrai.

Mais les grands perdants de cette crise sont les progressistes et non les populistes, pour reprendre l’opposition théorisée par Emmanuel Macron lui-même.

Ce sont les mondialistes qui voient s’effondrer leur monde, victime de son incapacité à protéger les peuples d’une épidémie.

En revanche les populistes sont sur un terrain familier puisqu’il s’agit de rétablir des frontières, de renouer avec des souverainetés nationales et de renouer avec les priorités nationales concernant la politique de la santé…

>>> Retrouvez l’analyse complète de Ivan Rioufol gratuitement et d’autres émissions pour 5€ par mois, sur RNR.TV <<<

Recomposition: Le nouveau monde populiste

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Les Traîtres

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Garde ta main, je reprends la mienne!

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La journaliste Elisabeth Lévy © Photo: Pierre Olivier

L’édito d’avril d’Elisabeth Lévy


Nous savons avec Aristote que l’homme est un animal social. La pandémie de Covid-19 nous rappelle a contrario qu’il est aussi un animal tactile, il suffit de voir des singes se frotti-frotter pour comprendre que cela ne date pas d’hier.

Nous avons besoin de nous toucher. Parfois, c’est pour manifester notre hostilité : de même que le geste de trinquer, devenu une des marques de la complicité, visait originellement à mélanger les contenus des verres pour prévenir les empoisonnements, la poignée de main a paraît-il été inventée pour vérifier que l’autre ne dissimulait pas une arme. Aujourd’hui, elle scelle un accord, exprime de l’affection, de l’empathie, de la complicité. Pendant la campagne présidentielle, on a beaucoup parlé de la poignée de main de Macron. S’il avait pu serrer la main à tous les Français, il aurait peut-être été élu avec 100% des voix. En se frottant, en se caressant, en se touchi-touchant et même en se battant, on se reconnaît comme appartenant à la même espèce. Refuser une main tendue est considéré comme une forme de séparatisme anthropologique, un manquement à l’égale dignité des êtres humains, bref, une insulte.

L’enfer c’est les autres

Or, nous voilà désormais obligés de respecter un nouveau commandement : tu ne toucheras point ton prochain. Une aubaine pour les misanthropes, les ashkénazes, et les autistes dysfonctionnels comme notre amie Peggy Sastre, qui voient leur mode de vie devenir la règle.

A lire aussi: Coronavirus, il n’y aura plus de retour à la normale

Cette crise nous rappelle que, comme le disait Sartre, l’enfer, c’est les autres. Nous sommes donc invités à nous tenir à distance et à limiter, voire à proscrire les contacts physiques, y compris par le truchement d’objets. Cette rose amoureusement cueillie, comme la salière que vous demande votre commensal, peuvent devenir l’arme d’un crime inconscient.

Bienvenue dans un monde virtuel

En réalité, l’épidémie accélère une tendance déjà à l’œuvre. Les ennemis invisibles qui pullulent angoissent nombre de nos contemporains qui, bien avant qu’on ait entendu parler du coronavirus, se lavaient les mains 300 fois par jour et tenaient les portes avec les lingettes. Il y a peu, une publicité montrait toutes les saletés invisibles ramassées par une main d’enfant.

Ainsi, l’interdiction de l’intimité physique – rebaptisée « interaction sociale », comme s’il fallait nous en dégoûter –, rejoint le fantasme de la dématérialisation, du sans-contact, de la vie virtuelle. Nous voilà plongés pour de vrai dans le monde merveilleux du télétravail et de l’amour à distance. Malheureusement, c’est aussi le monde de l’industrie sans usines, comme l’a révélé notre incapacité à produire des masques, des tests et toutes sortes d’autres biens, si cruellement nécessaires ces jours-ci.

Certes, il n’est pas nécessairement mauvais que les collants et les embrasseurs compulsifs retrouvent de meilleures manières. Quoi qu’il en soit, nous aurons découvert à cette occasion que nous pouvions mener une existence sociale et même politique désincarnée. Le spectacle d’Édouard Philippe répondant à des parlementaires disséminés sur le territoire était à cet égard assez bluffant. La technologie nous apporte le monde à domicile, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous ne mettons guère ce temps à profit pour méditer. Pendant le confinement, le brouhaha continue.

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Certains rêvent de pérenniser ces usages et d’entrer définitivement dans l’ère des mesures barrière. Demain des chefs d’entreprise se diront peut-être que ce mode de fonctionnement est très avantageux : pas de loyers à payer et pas de complots de machine à café. Nous aurons tous des mains blanches, mais nous n’aurons pas de mains.

Bien sûr, il faut respecter les consignes du professeur Salomon. Il est cependant assez angoissant que l’État se mêle, même avec les meilleures raisons du monde, des affaires de nos corps. Je m’attends chaque jour à voir le président déclarer à la télévision : « Mes chers compatriotes, plus de sexe ! » Après tout, les relations charnelles sont certainement un facteur de propagation du virus, surtout qu’il y en a qui ne se contentent pas de leur officiel.

En attendant, pour la plupart d’entre nous, se saluer avec le pied ou s’embrasser avec le coude, ce n’est pas ça. A-t-on jamais entendu parler d’un coude baladeur ? « Donne-moi ta main camarade, j’ai cinq doigts moi aussi, on peut se croire égaux. »

Gourance

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"Je vous présente toutes mes confuses..." Image: capture d'écran YouTube / Le père Noël est une ordure

Ma guerre en short. La chronique de Cyril Bennasar.


Confiné, je me sens tellement en vacances que je suis allé acheter des magazines chez la marchande de  journaux chinoise et masquée du coin de la rue. Sur le Chinois, le masque ne donne pas la même impression de film-catastrophe que sur les autres Français, ça choque moins, on a l’habitude. Ces gens-là n’ont de toute façon aucun sens esthétique, et tiennent plus à la vie qu’à leur apparence, c’est bien connu. 

Découvrez le nouveau numéro de CauseurMacron: médecin malgré lui

La vie est trop courte pour lire chaque semaine l’Express, Marianne ou Le Point ou l’un de ces hebdos centristes qui dénoncent les extrêmes et nous mettent en garde contre la montée des populismes, mais en été comme en confinement, les journées sont tellement longues que je lis tout ce que je trouve. Il m’arrive même de prendre L’Obs et Télérama pour voir jusqu’où on va descendre, comme dirait notre intellectuel ostracisé par les manœuvres de la communauté organisée. À ce propos, je ne suis pas encore allé voir sur son site pourquoi et comment les juifs sont impliqués dans la pandémie. Il faudra que j’y pense.

Mais, mais… c’est de la merde?

Arrivé chez moi, j’ouvre le Point, le magazine de ceux qui payent trop d’impôts. Je saute l’éditorial de Giesbert et je commence un peu vite le billet de Patrick Besson. Du coup, je loupe le titre : « Réfugiée à Bénouville-la-goguette », je ne vois pas le « e » à la fin de « réfugiée ». C’est un journal, quatre paragraphes, lundi, mardi, mercredi, jeudi. Je commence et je sens que quelque chose cloche mais je ne vois pas quoi. Quand l’auteur évoque son mari, je tique. Je relis et je demande à ma femme : « Attends, Le Besson du Point, c’est lequel ? Le pédé qui a failli être consul ou le serbo-croate stalinien ? » C’est drôle comme le doute peut faire vaciller la mémoire. Elle me montre sa tête sur Google (c’est bien le communiste). Je continue. Jeudi, je lis : « Lu pendant la nuit le journal d’Anne Franck. Il me semble que les récents événements ont éclairé ma lecture. Que de points communs entre cette jeune fille séquestrée par les nazis et moi. » Trop c’est trop. À un moment je relève la tête et je demande comme le pharmacien du Père noël est une ordure devant le doubitchouk : « Mais, mais c’est de la merde ? »

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Non, c’est une parodie. Je suis complètement tombé dans le panneau. Que celui qui n’a jamais lu ce genre de conneries écrites dans le plus grand sérieux me jette la première pierre ! 

Mais ça tombe très bien. Le matin même, je me disais que je devrais peut-être lire les journaux du confinement de Leïla Slimani ou de Marie Darieussecq pour voir à quoi ça ressemble. C’est inutile à  présent. Je ne connais le genre du journal que par Jules Renard et par Renaud Camus, notre cher grand écrivain que le virus menace et pour lequel nous nous inquiétons. Peut-être plus que lui-même qui ne se sent plus rien de commun avec ce monde. S’il ne tient plus à nous, nous tenons beaucoup à lui et l’idée qu’il pourrait nous abandonner un jour me serre le cœur. Ce jour-là me plongera dans la lecture de son œuvre pour longtemps alors que quand Jean D’Ormesson est mort, j’ai réécouté Johnny. Je pense au maire de Saint-Malo à qui Chateaubriand demandait la permission de reposer sur la terre et face à la mer de son enfance et qui lui répondit qu’il serait honoré de lui faire bâtir un tombeau en ajoutant : « Cher grand homme, puisse le monument rester longtemps vide ».

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