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Eugénie Bastié: “Entre l’orgie et la pénitence, je ne sais pas ce qui triomphera après l’épidémie”

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Pour les journalistes Eugénie Bastié du Figaro et Elisabeth Lévy de Causeur, l’histoire éclaire déjà notre destin post-épidémique.


De confinée à confinée, Elisabeth Lévy et Eugénie Bastié échangent pendant 45 minutes sur REACnROLL, la webtélé des mécontemporains. Causeur vous propose de lire un extrait de leur échange, à retrouver en intégralité ici.

Verbatim

Eugénie Bastié. Je suis frappée par une chose, c’est la lecture idéologique des événements. Et cette capacité à accepter le fatum [qui fait défaut NDLR]. Il y a toujours eu des épidémies et des virus. Et il y a là quelque chose qui relève de la nature et non pas de la dérive de l’Homme. Or, chacun voit alors midi à sa porte : les écologistes-effondristes voient l’occasion du grand effondrement, les souverainistes voient l’échec de l’Union Européenne, les européistes voient une bonne occasion de « relancer » cette même union, les capitalistes disent que seuls la technologie et le capitalisme nous sauveront, les technophobes disent que la Start-up nation ne peut rien faire pour nous aider… Chacun y va de sa grille de lecture idéologique ! 

Elisabeth Lévy. Cela dit, cette épidémie nous impose bien de revoir un certain nombre de choses. Même notre cher Alain Finkielkraut va devoir reconnaitre qu’il est un peu aidé dans son confinement par toutes sortes de technologies ! Ce qui me fait peur en revanche, c’est que les gens se sentent mieux à distance, se sentent finalement mieux chez eux qu’au bureau par exemple. Qu’ils se disent que cela correspond peut-être à l’évolution des sociétés. J’ai peur qu’on ne revienne jamais à la poignée de main, au contact, après la crise sanitaire… 

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Garde ta main, je reprends la mienne!

Eugénie Bastié. C’est intéressant de se pencher sur la sortie de crise. À la sortie de la peste noire de 1348, il y a eu une double sortie de crise, d’un côté une explosion des ordres monastiques et des vocations pour faire pénitence et de l’autre, des orgies fantastiques, un laisser-aller complètement fou. Aujourd’hui, entre l’orgie et la pénitence, je ne sais pas ce qui triomphera après l’épidémie…

Elisabeth Lévy. Aujourd’hui, on nous dit qu’il y aura à la fois des enfants… et des divorces ! 

Eugénie Bastié : Soit il y aura une remise en question généralisée de nos modes de vie avec davantage de localisme, davantage de sobriété, soit il y aura un déchaînement consumériste à la sortie de crise.

Elisabeth Lévy (amusée). Moi qui meurs déjà d’envie de m’acheter des chaussures et de retourner chez le coiffeur… Je pense que très vite on va essayer d’oublier ce qui s’est passé, oublier les “rien ne sera plus comme avant” qu’on nous a lancés lors de la crise des gilets jaunes mais également pour Charlie ou encore pour la réforme des retraites. On nous dit ça tout le temps. Je pense que notre tendance naturelle sera de chercher à revenir à la normale.

>>> Retrouvez 45 minutes de causerie entre les deux journalistes sur RNR.TV maintenant <<<

Le porc émissaire

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Crise sanitaire: Christophe Lannelongue, le fusible de Nancy a sauté


Le désormais ex-directeur de l’Agence régionale de Santé (ARS) du Grand Est Christophe Lannelongue n’a pas eu le droit au même traitement de faveur que le préfet de police de Paris Didier Lallement. Au cœur du problème, la logique comptable fort malvenue en pleine crise sanitaire.


Il ne manquerait plus qu’une mutinerie sur le front sanitaire ! Cette phrase a sûrement traversé les esprits inquiets de l’état major macroniste après les propos tenus par Christophe Lannelongue, le désormais ex-directeur de l’Agence régionale de Santé (ARS) du Grand Est.

Vendredi dernier, ce haut fonctionnaire a déclaré qu’« il n’y [avait] pas de raison de remettre en cause » le plan prévu par le comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers (Copermo) qui prévoyait la suppression de 598 postes d’ici cinq ans et la fermeture de 174 lits au CHRU de Nancy.

Deux poids, deux démesures

Aussitôt prononcée, sa déclaration a suscité un tollé. Dans une lettre adressée au Premier ministre et au ministre de la santé Olivier Véran, le maire de Nancy Laurent Hénart, dénonce les propos « complètement décalés » de Lannelongue et déconnectés de la réalité du terrain où « les équipes vont au bout du bout de leur investissement personnel » et « font honneur au service public de la santé ». La polémique bat son plein jusqu’au mercredi 8 avril où le limogeage de Christophe Lannelongue est entériné à l’issue du Conseil des ministres.

A lire aussi: Covid-19: les pesanteurs administratives sont immunisées

Pour calmer les esprits, faisons sauter le fusible. Vieille technique politicienne, mais pas si courante en macronie. Christophe Lannelongue n’a pas eu le droit au même traitement de faveur que le préfet de police de Paris Didier Lallement. Les deux hauts fonctionnaires ont pourtant dérapé le même jour. L’un faisant preuve d’un zèle budgétaire mal placé, l’autre témoignant d’un amalgame qu’on ne saurait accepter. Au cœur du problème, la logique comptable. L’un s’obstine à maintenir les directives d’assainissement des dépenses publiques de Bercy au plus fort de la crise sanitaire. Tandis que l’autre établit un lien de cause à effet entre le nombre croissant d’hospitalisations dans la capitale et le non-respect du confinement, occultant allégrement les soignants et tous les autres métiers qui continuent de travailler malgré le risque d’être contaminé. Bilan : le premier est limogé et ne regrette absolument pas ses propos alors que le second reste en place et s’excuse du bout des lèvres. Allez comprendre…

Le télégraphiste de Bercy

Mais revenons à l’affaire Lannelongue. La décision de maintenir ce plan est bien entendu indécente, révoltante mais surtout complètement aberrante au regard de l’urgence sanitaire qui dévoile l’asphyxie de notre système de soins.

Rappelons que faute de lits et de respirateurs artificiels à l’hôpital de Nancy, il a fallu organiser le transfert des patients lorrains vers des hôpitaux allemands et suisses, puis l’opération d’évacuation des malades du Grand Est à bord de TGV médicalisés vers les centres hospitaliers de Nouvelle-Aquitaine, moins touchée par la pandémie.

A lire aussi, Gil Mihaely: L’économie de la santé existe, le coronavirus l’a rencontrée

Une question se pose : comment Lannelongue a t-il pu vouloir maintenir un plan qui supprime ce qu’on n’a pas ? L’anémie du système hospitalier du Grand Est, symbole du déclin de notre système de santé national, n’a donc pas convaincu Christophe Lannelongue de suspendre le plan ministériel de  restructuration. Il a appliqué mécaniquement les instructions de Bercy en faisant comme si la situation n’avait pas changé.

Son suivisme bien discipliné révèle le dogmatisme de la technocratie médicale qui ronge notre système de santé.

D’un techno l’autre

Aveuglé par l’orthodoxie budgétaire, Christophe Lannelongue en a oublié la mission fondamentale de la médecine : sauver des vies humaines… on ajouterait bien  « quoi qu’il en coûte » pour reprendre l’anaphore qui a ponctuée le dernier discours télévisé d’Emmanuel Macron. Pour Lannelongue, ses propos lui ont coûté son poste. Mais il sert de victime expiatoire, sacrifié sur l’autel élyséen pour mieux se faire pardonner les choix politiques désastreux qui ont porté atteinte à notre souveraineté médicale.

« C’est dans le vide de la pensée, que s’inscrit le mal » écrivait Hannah Arendt. Oublier cette capacité de penser, de juger, de mettre à distance les choses, c’est faire l’impasse sur notre humanité… Au lieu de parachuter à la tête de notre système hospitalier des technocrates qui ont perdu le sens du bien commun, il faudrait peut-être privilégier philosophes et médecins, deux métiers qui guérissent le corps et l’esprit.

A lire aussi: Les plans de la société « postmortelle » retardés

Sibeth Ndiaye a annoncé que Christophe Lannelongue serait remplacé par un médecin issu de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), corps administratif au sein duquel retourne d’ailleurs le haut fonctionnaire limogé… Bref, on nomme un médecin venant de l’administration étatique. Encore une entourloupe du « en même temps » macronien. Rappelons qu’Agnès Buzyn, ex-ministre de la Santé, était aussi médecin, et ce n’est pas pour autant que la crise sanitaire a été anticipée.

Pour un grand ministère régalien

Dans son essai Nous nous sommes tant trompés, paru en novembre dernier, le député LR de la Sarthe Jean-Carles Grelier sonnait déjà le tocsin. Le parlementaire appelait le gouvernement à sortir la santé de la sphère technique pour créer un grand ministère régalien capable de lutter contre l’allégeance aux lois du marché. Cette crise sanitaire nous incite fortement à le faire. Encore faut-il avoir le courage de redonner à notre pays les moyens de sa souveraineté nationale.

Nous nous sommes tant trompés

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Suis-je un salaud?

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En plein confinement berrichon, j’ai craqué en commandant un livre en ligne !


Depuis bientôt quatre semaines, j’ai été un citoyen exemplaire. Ah la République peut être fière de ses confinés, combattants en charentaises et tee-shirts Mickey XXL, télétravailleurs de l’impossible, patriotes à l’heure des applaudissements entre la gamelle de pistaches et l’émission de Pascal Praud. Guerriers pacifistes armés, au mieux, d’une cannette de bière française à la main. Barricadés en survêtement et virologues par contumace qui ne quittent plus leur poste d’observation : les chaînes d’info en continu. Ce printemps, La Marseillaise aura un goût de chips au barbecue et de 7ème Compagnie. Les reclus du canapé ne pourront plus jamais subir les sarcasmes des agitateurs. De tous ces joggers moralistes qui couraient jadis sur les quais en exhibant leurs corps affûtés. Des inconscients à enfermer, ils nous donnaient mauvaise conscience. Hidalgo a tranché. La circulation alternée, c’est son dada ! Elle a la fluidité en horreur. Quel échec aussi pour tous ces militants énervés qui arpentent depuis si longtemps la Sainte-Trinité « Bastille-République-Nation » sans avoir réussi à sauver les services publics des contraintes budgétaires. Le pays est bloqué, complètement à l’arrêt, PIB en berne, intermittents au bord du suicide, hôpital sous perfusion, et le peuple a choisi la révolution en glandant ! Nous sommes d’admirables résilients couchés. Cruelle leçon pour tous les pétitionnaires du pavé qui devront repenser leur mode d’action, dans le monde d’après. 

Les premiers effets du confinement sur le psychisme apparaissent

Alors, conformément aux recommandations gouvernementales, je n’ai pas mis le nez dehors. J’ai la légalité dans le sang comme le père de François Gensac (Maurice Biraud) dans Un taxi pour Tobrouk. Glisserais-je doucereusement sur la pente savonneuse du progressisme sans m’en rendre compte ? Le système est décidément trop fort, il m’aura ferré. On se pense indépendant, critique, libre d’esprit, atrabilaire et on se réveille un matin, en animal domestique réclamant sa sortie hebdomadaire au supermarché afin de soutenir la grande distribution et le lobby agroalimentaire. On se croit malin en avançant des idées réactionnaires dans des chroniques et on court au tabac faire le plein de cartouches avant le contingentement. La prochaine étape, je lève la patte pour obtenir un plein de Super sans plomb. Ce confinement aura des conséquences graves sur notre psychisme. Je ne suis déjà plus le même homme. Le virus nous met face à nos contradictions et nos petites compromissions du quotidien. La mondialisation a bon dos, elle masque nos propres faiblesses. 

A lire aussi, du même auteur: Covid-19 rhabille les femmes!

J’ai commencé à avoir des doutes, le soir où j’ai écouté religieusement Luchini réciter La Fontaine sur mon smartphone dans une lumière crépusculaire. Tant pis pour la clarté de l’image et la netteté du propos, je communiais sur l’autel de la Culture. À une autre époque, j’aurais raillé l’acteur, son côté cabot cathodique, incapable de couper le cordon avec sa clientèle par peur de disparaître et d’être oublié. Les artistes, ces commerçants qui positivent, savent mieux que quiconque la fragilité d’une carrière, ils repoussent sans cesse leur date de péremption. Donc, ils chantent, déclament, écrivent, occupent les réseaux sociaux pour exister. Je n’avais même plus la force de me moquer d’eux, j’étais ému par leur désarroi. Je pleurais à la beauté de cette langue française, ce style qui ne se fane pas, comme une infirmière devant sa dernière fiche de paie. Depuis quatre semaines, je n’ai donc pas bougé une oreille. Par respect et pudeur pour les habitants de mon village, je n’ai pas enfilé un short, ni chaussé des baskets. Je sais bien que si le ridicule ne tue pas dans les ministères, à la campagne, le jet de pierres reste un sport encore assez pratiqué. Les vieux pétanqueurs visent juste. Ils ont l’entraînement. 

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Devant mon téléviseur, je pestais contre ceux qui continuent à commander des sushis en pleine crise sanitaire et font courir un risque majeur à tous ces livreurs, ces nouveaux esclaves en sac à dos, derniers éclaireurs à bicyclette dans la ville endormie. Pour quelques euros, ces gamins sont les sacrifiés de notre société de consommation. Ils payent « cash » notre confort alimentaire. Une passionaria du journalisme m’alertait dans un reportage sur les conditions de travail dans les grands entrepôts des géants de la vente en ligne. J’étais de tout cœur avec ces manutentionnaires obligés de se frôler. Depuis un mois, je n’avais pas commandé un seul livre par internet. Un exploit, pire un sacrifice. Oui, je l’avoue, il m’arrive de commander régulièrement sur ces plateformes et de continuer à fréquenter les librairies physiques. On peut faire les deux en même temps. Vous voyez ce que je vous disais, le progressisme s’infiltre en moi. Il m’est arrivé parfois de fréquenter un magasin, un dimanche après-midi, j’en suis désolé ! Mais là, j’avais décidé de résister à la tentation. Les Gafa ne passeront pas par moi. C’était une question de principe, de dignité même. J’ai pourtant accès à une bibliothèque de 5 000 livres à domicile, pourquoi vouloir acheter ce roman Canisy suivi de Chef-lieu de Jean Follain chez Gallimard dans l’édition réunie de 1986 ?  Une envie de drogué ! Je suis un camé pitoyable. Je peux vous assurer que j’ai tenté de lutter pendant plusieurs jours. Au moment de confirmer ma commande, plusieurs fois, je l’ai annulée. Et puis, ce matin, j’ai craqué, je voulais le toucher ce roman, m’endormir avec. Même s’il arrive après le confinement, je l’aurai. Je me sens quand même un peu sale.  

Lindemann se met les féministes à dos


Le musicien allemand publie un nouveau recueil de poèmes, au grand dam de ses détracteurs.


L’iconoclaste chanteur du groupe Rammstein (récemment hospitalisé, sans rapport avec le Covid-19), connu pour son métal décapant aux performances scéniques délirantes, a publié le mois dernier un recueil intitulé sobrement « 100 poèmes » (100 Gedichte). D’une qualité variable mais néanmoins assez remarquable, le recueil mérite sans aucun doute l’attention des amateurs de poésie allemande.

Car Lindemann n’en est pas à son premier coup d’essai : il a en effet déjà publié plusieurs compilations, dont notamment Messer en 2002 et In stillen Nächten en 2013, déjà remarquées en leur temps.

Sous le feu des critiques pour un poème

Mais voilà, l’un de ses nouveaux poèmes ne semble pas plaire à une partie des milieux progressistes et féministes outre-Rhin. Tout a commencé par une tribune, pour la radio SWR2, de l’écrivain et critique littéraire Carsten Otte qui, entre quelques diatribes gratuites visant les activités musicales de Lindemann dans Rammstein, accuse l’Allemand de faire l’apologie du viol. Son ire vise le poème Wenn du schläfst (« quand tu dors »), qui, même si aucune référence explicite à une agression sexuelle n’est utilisée, semble en effet décrire une scène ou un homme abuserait d’une femme allongée près de lui, laquelle serait vraisemblablement plongée dans un profond sommeil suite à l’absorption d’une drogue.

Rappelons qu’il s’agit de poésie et que, même si ce poème est loin d’être le meilleur du recueil, le style onirique et la licence poétique empruntés sont le propre de ce type de composition, quel qu’en soit le sujet, et que traiter le sujet d’une violence sexuelle ne revient en rien à en faire l’apologie ni à atténuer la gravité des faits. Bref, cela s’appelle de la fiction littéraire.  

Défense ferme de son éditeur et de certains écrivains

C’est d’ailleurs précisément ce qu’a tenu a rappeler l’éditeur de Till Lindemann, la maison Kiepenheuer & Witsch. « L’indignation morale de certains, suscitée par le texte de ce poème, est fondée sur une confusion entre le locuteur fictif, le « moi » du poème, et l’auteur Till Lindemann », a ainsi expliqué Helge Malchow, rédacteur en chef de K&W, dans un entretien avec le RedaktionsNetzwerk Deutschland (RND). « La différence entre le moi poétique et l’auteur est cependant fondamentale pour toute lecture de poésie et de littérature en général et s’applique à tous les poèmes du volume ainsi qu’à la poésie au sens large ». Et Malchow d’ajouter : « Si cette différence n’existait pas, les fictions littéraires et les fantasmes du mal et de la violence, tels que nous les connaissons dans la littérature mondiale, de Henry Miller à BE Ellis en passant par AM Homes, ne seraient pas possibles et la liberté de l’art serait entravée et inexistante. Il va sans dire que le processus décrit dans le poème est profondément répréhensible d’un point de vue moral mais ne permet en aucun cas d’incriminer l’auteur à titre personnel ».

Cela n’a pas empêché les associations féministes et un certain nombre d’internautes de lyncher numériquement l’artiste allemand, conspuant son poème « hideux et dégoutant » et allant parfois jusqu’à l’accuser d’utiliser une « imagerie nazie » (point Godwin atteint). La presse de gauche s’en est également donnée à cœur joie, telle la Tageszeitung parlant de « sensibilité teutonique » et de « spectacle d’horreur mégalomane ». 

Mais dans le même temps, certains écrivains sont venus à la rescousse de Lindemann, comme Alexander Gorkow (qui a préfacé l’ouvrage) ou Sibylle Berg, qui s’est emportée face à l’avalanche de réactions offusquées et d’insultes, en ironisant notamment sur le fait que « des tas de livres contiennent des scènes de meurtre » et qu’il faudrait se poser la question de les interdire aussi…

On ignore si les détracteurs de Lindemann ont lu le reste du recueil. Et l’histoire ne dit pas si Carsten Otte et les associations féministes comptent faire interdire d’autres œuvres, telles le Viol de Lucrèce de William Shakespeare ou le film Irréversible du cinéaste Gaspar Noé (la liste peut être rallongée à l’infini). 

100 Gedichte

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Les sonnets/Vénus et Adonis/Viol de Lucrèce

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La pandémie met KO les bien-pensants


La nouvelle gauche et le camp des « progressistes » apparaissent de plus en plus comme les probables perdants de l’après-Covid-19. Voici pourquoi.


Il est devenu banal de dire que le monde ne sera plus jamais le même après la crise du Covid-19. Le monde n’est en fait déjà plus pareil avec le retour forcé des États: l’Occident repense sa relation avec le reste de la planète, en particulier avec la Chine dont les mensonges sont de plus en plus évidents. Les frontières se sont réimposées avec un naturel déconcertant, la mondialisation est pointée du doigt et d’aucuns voient poétiquement dans la crise une revanche de la nature sur l’humanité dominatrice. Les repères des individus ont été complètement chamboulés, de même que ceux de leurs dirigeants dont le pouvoir augmente à vue d’œil de manière inquiétante. 

A lire aussi, Alain Finkielkraut: « Jamais tant de féroces inepties n’ont été proférées sous le drapeau de la liberté d’expression » 

Si nous sommes tous déstabilisés, étourdis, fragilisés par la situation, des courants politiques sortiront gagnants et perdants de l’après-Covid-19. La droite libérale et libre-échangiste est déjà fortement remise en question pour des raisons évidentes. Au sortir de la crise, le commerce entre les pays devrait être mieux régulé – la circulation des personnes le sera peut-être mieux aussi –, mais il sera impossible d’abolir complètement les échanges internationaux. Les pays chercheront à retrouver en partie au moins leur souveraineté sanitaire et alimentaire, dans un contexte de nouvelles tensions interétatiques. 

Les premiers seront les derniers 

Mais la plus grande perdante sera sans doute la gauche bien-pensante dont les lubies apparaissent comme de plus en plus futiles et insignifiantes. Ces dernières années, la nouvelle gauche a battu des records de déconnexion avec la population, allant jusqu’à faire des toilettes «non genrées» un véritable idéal politique. En liguant un vaste ensemble de groupes les uns contre les autres, ce courant est même parvenu à mettre en péril la cohésion sociale, plus que jamais nécessaire en temps de crise. Paradoxalement, la gauche bien-pensante a développé une philosophie à la fois hyper-individualiste et communautariste très nocive pour le vivre-ensemble, une sorte de je-me-moi à saveur identitaire et clanique. Avec le Covid-19, le temps est à l’union des forces, et non à la division de la société en tribus ethniques, culturelles, religieuses et sexuelles.

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La crise économique qui suivra la pandémie devrait aussi contribuer au retour du bon sens, de la sagesse populaire dans nos sociétés engluées dans le superflu. Une certaine gauche n’a cessé de prôner la décroissance économique, mais sans réaliser que ses propres projets étaient au fond des caprices que les gauches étrangères n’ont jamais pu ni même voulu s’offrir par respect pour le peuple. Les pauvres de ce monde pensent à manger tout court avant de manger végan. Ils pensent à se déplacer tout court avant de calculer leur empreinte carbone. Ils pensent à assurer leur sécurité et celle de leurs enfants avant d’instaurer des «safe spaces» dans des universités que ceux-ci ne pourront jamais fréquenter. Ils rêvent de rénover leurs écoles avant d’y installer des vestiaires unisexes. La nouvelle gauche s’est crue modeste en arborant ses diamants progressistes. Elle doit son existence à une immense qualité de vie qui risque fortement de s’évaporer. 

Après le crash, la bien-pensance perdra ses privilèges 

Même au Canada, il est loin d’être certain que la nouvelle gauche pourra poursuivre ses activités comme si rien n’avait changé. Dans ce laboratoire de la mondialisation heureuse, jamais les «progressistes» n’auraient pu parvenir à exercer un tel pouvoir sans les énormes fonds publics dont ils ont bénéficié. Encore à l’heure actuelle, des centaines de chercheurs universitaires y profitent de généreuses bourses consacrées à la promotion du multiculturalisme, du féminisme «intersectionnel» et d’une infinie variété d’autres utopies extravagantes. Comment justifier le financement de ces idéologues dans les mois, voire les années à venir? Ces sommes devront être redirigées vers la recherche en santé publique à défaut de ne pas être économisées par un État en faillite. 

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Les deux grandes tendances qui sortiront gagnantes de l’après-Covid-19 sont le courant écologiste en faveur de la production locale, du terroir, et la droite démondialiste désireuse de rétablir les frontières. Ces deux courants ne sont d’ailleurs pas incompatibles. Habituée depuis au moins trente ans à évoluer en marge des institutions publiques (universités, médias subventionnés par l’État, organismes culturels, etc.), la droite démondialiste pourrait profiter de la déconfiture morale et financière de ses adversaires pour prendre le relais. Elle pourrait tirer avantage de son accoutumance à la guérilla, alors que la nouvelle gauche se verra privée d’une partie de ses abondantes et faciles munitions institutionnelles… 

Et si l’on créait de la monnaie, pour de bon?

 


C’est un déluge qui s’abat sur les économies depuis que nos populations affrontent le coronavirus. Un déluge d’argent pour subvenir aux besoins sanitaires qui ont explosé et pour combler les déficits considérablement aggravés qui vont découler de la récession économique.


L’Allemagne est montrée en exemple, elle qui était il y a peu encore montrée du doigt pour son entêtement à pratiquer l’austérité budgétaire alors qu’elle affiche des excédents depuis plusieurs années déjà : elle a décidé de débloquer quelque 882 milliards d’euros de prêts pour les PME à partir de la Banque Publique. Les États-Unis ne sont pas en reste : Donald Trump et le Congrès américain font à nouveau exploser le déficit en ajoutant 2200 milliards aux 1000 milliards déjà comptabilisés. La France jette modestement 45 milliards dans la balance mais à partir d’un déficit 2019 estimé aux alentours de 90 milliards d’euros avant de comptabiliser les pertes de recettes liées à la crise économique.

Les keynésiens qui n’avaient pas désarmé, sortent du bois pour se réjouir du changement de trajectoire dont ils espèrent qu’il se maintiendra au lendemain de l’épidémie. Les socialistes impénitents rient sous cape à l’idée que de grands groupes comme Renault ou Air France pourraient être nationalisés.

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Voire. Les décisions lourdes déjà prises ou celles à venir nous sont présentées par les dirigeants politiques comme des mesures d’attente qui ne préjugent pas de la gestion publique à venir. Une fois la tourmente passée, il faudra, pensent-ils, revenir aux bons principes de la modération des dépenses et de budgets équilibrés ou presque. La doctrine du système reste inentamée dans les discours. Le débat omet cependant, sauf exceptions individuelles, un paramètre décisif sous la forme de la création monétaire.

Moins de production, plus de dettes

J’ai conscience, en disant cela, de choquer nombre de personnes qui assistent aux actions, sans précédent, de soutien par les banques centrales. Que signifient, me diront-elles, les 750 milliards d’euros créés ex nihilo pour être jetés sur les marchés par la BCE dans la nuit du 15 au 16 mars ?

Ces sommes, comme celles qui sont injectées un peu partout de par le monde par les banques centrales, sont orientées vers les marchés financiers. Elles servent à racheter en masse des emprunts anciens pour soutenir leurs cours et, ainsi, faire obstacle à la faillite du système bancaire. Nous assistons à un remake du film qui s’est joué entre 2008 et 2014 où les acteurs monétaires ont empêché la dépression et, accessoirement, sauvé l’euro.

On oublie le coût de ce sauvetage. On oublie le fait qu’on a traité le mal par le mal, une crise de surendettement privé et parfois public par l’offre massive de prêts à bas coûts qui a porté l’endettement global du monde à des niveaux stratosphériques. Celui-ci a triplé depuis 2008 sans compensation comparable de la production mondiale, bien loin de là.

C’est dans la zone euro que le bât blesse le plus. Car les facilités de crédit offertes par les banques avec le soutien de la BCE n’ont généré qu’une croissance modeste, voire misérable. Le PIB de la zone s’est accru de 1% en 2019 mais de zéro ou presque dans des pays comme l’Italie ou l’Allemagne. Et voici qu’une forte récession, de l’ordre de 6% au moins va affecter les économies de la zone. Toutes les économies, sans exception, seront victimes d’un « effet de ciseaux » avec une production en berne et des déficits en forte expansion.

Encore faut-il savoir mesurer l’impact d’une récession sur les comptes publics. La France a subi entre 1992 et 1993 une récession jugée sévère à l’époque, de 1,2% du PIB. Son déficit public a bondi de moins de 2% du PIB à plus de 5% en l’espace d’un exercice, sans que la colonne des dépenses ne se soit vraiment accrue sinon du fait des dépenses de chômage supplémentaires.

Si l’on admet que l’impact sur les comptes publics sera dévastateur du double fait de la récession et des dépenses extraordinaires, c’est un casse-tête qui se présente devant nos dirigeants sous la forme d’une évolution non maîtrisable des déficits et des dettes.

Le nouvel impératif monétaire

Toute la difficulté présente provient du fait que les dépenses extraordinaires et le manque à gagner seront financés par l’emprunt sur les marchés du crédit, par l’emprunt des États auprès des banques elles-mêmes refinancées par la banque centrale. Ironie du sort, la sauvegarde de certaines banques par les États sera couverte par des emprunts desdits États auprès du système bancaire !

Est-il besoin de dire alors qu’il faut créer de la monnaie nouvelle pour couvrir tous les déficits supplémentaires occasionnés par la crise, déficit de l’assurance-maladie, de l’assurance chômage, des retraites, de l’État, des soutiens aux PME qui ont besoin de deux mois au moins de trésorerie gratuite, sans quoi la récession tournerait à la dépression ? Est-il besoin de dire que le maintien de la doctrine du financement non monétaire des dépenses publiques, tandis qu’on déverse de l’argent nouveau sans discontinuer sur les marchés financiers, est suicidaire ? Est-il besoin de dire, accessoirement, que le risque d’inflation est nul alors que la déflation pointe à l’horizon comme en 2008 ? La BCE devrait être autorisée à créer de la monnaie, remise directement aux Trésors publics, pour couvrir ces dépenses, en rupture avec ses statuts.

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Car c’est la zone euro qui est la plus concernée. Elle a connu, entre 2008 et 2019, la plus faible croissance du monde, une croissance qui devrait être annulée par la crise en cours. Elle n’a pas réduit vraiment ses dettes anciennes sauf en Allemagne. Et elle est emmaillotée dans une monnaie unique qui interdit les ajustements de parité entre les pays les plus productifs et les moins productifs. Et qui interdit aussi le financement monétaire du système public quel que soit le contexte.

Ce que je propose, sous la forme d’une exception temporaire à la règle d’interdiction, se heurte inévitablement à une objection. Ne voulez-vous pas, me dira-t-on, préparer la voie à un changement de la règle et ébranler le système en profitant des turbulences du moment ? Ne cherchez-vous pas à saper les bases de la monnaie unique, symbole de l’Europe intégrée ?

Réponse : oui. Oui, l’épidémie si redoutable nous offre l’occasion de réarmer nos intelligences, de libérer nos neurones paralysés par une doctrine qui interdit le débat. Avec cet argument ultime : si la déflation s’abattait sur nos peuples, l’hypothèse d’une nouvelle expérience socialiste s’imposerait à nouveau, nonobstant ce que l’ancienne a pu révéler de nocif ou de monstrueux.

Le secret néolibéral

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Union Nationale: orages d’acier et actes de papiers…


L’Union Nationale convoquée solennellement suite à la déclaration de guerre au coronavirus par le Président de la République ne peut être synonyme de soumission servile à la communication hasardeuse du gouvernement, pétrie d’injonctions contradictoires. Elle ne peut pas être non plus un moyen d’étouffer toute controverse et critiques constructives.


S’il est toujours délicat de mesurer le moment précis pour réagir, ceux qui cherchent à tout prix à museler le débat au nom de cette union sacrée se trompent car des mauvaises décisions qui persistent deviennent des fautes et le paravent de la doctrine officielle d’un conseil scientifique ne peut servir de substitut à l’action politique ni à la responsabilité consubstantielle. D’autant que les scientifiques – et on le constate de jour en jour – sont en désaccord entre eux et que leurs réflexions évoluent.

L’union nationale ne se décrète pas, elle s’organise avec des actes concrets et des hommes et femmes de tous les bords. Et ce n’est sûrement pas un blanc-seing donné au pouvoir

Le temps est compté, chacun doit prendre ses responsabilités et l’union sacrée n’est pas un mantra. Le temps de la sidération est dépassé et celui de la projection prématuré, celui de l’action est arrivé. Chaque décision prise aujourd’hui comptera pour demain.

L’État doit se protéger en protégeant ses agents et les acteurs économiques et sociaux au risque d’un affaiblissement total de ses institutions et de ses forces vives.

L’heure des comptes viendra

Les agents de la justice, comme ceux des autres ministères régaliens (Intérieur et Défense) doivent être tout particulièrement mis à l’abri d’un risque sanitaire car ils assurent la survie et la continuité de l’État. Ces agents, par leur action continue en temps de crise et leurs missions d’intérêt général, empêchent le pays de sombrer dans le chaos. Ils doivent être capables bientôt de faire face aux conséquences des crises économiques et sociales qui nous attendent.

Leur activité doit s’inscrire dans un temps long de crise et à ce titre chaque agent devient une ressource stratégique tout comme le personnel médical au chevet des malades. Malheureusement, tout comme pour le personnel médical, ce n’est pas le cas. S’inscrire en faux contre des mauvaises décisions et réclamer des bonnes décisions qui tardent à venir (masques et dépistage massif) relève de la responsabilité et non pas de la sédition. Comme disait le général MacArthur, l’histoire de défaites militaires peut être résumée en deux mots: trop tard.

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L’heure des comptes et des décomptes viendra, maintenant c’est l’heure des décisions où l’intelligence collective doit être mobilisée. Les politiques devraient écouter les acteurs de terrain et les syndicats qui les représentent et canalisent leurs retours d’expérience.
Car l’union nationale ne se décrète pas, elle s’organise avec des actes concrets et des hommes et femmes de tous les bords. Et ce n’est surement pas un blanc-seing donné au pouvoir.

Cette expression née le 4 août 1914 dans la bouche du Président de la République Raymond Poincaré avait un tout autre contenu. La veille, l’Allemagne avait déclaré la guerre à la France. Devant cette situation les clivages politiques disparaissaient immédiatement. Jules Guesde et Albert de Mun se tombaient dans les bras et Maurice Barrès allait prononcer l’éloge funèbre de Jean Jaurès aux côtés de Léon Jouhaud, secrétaire général de la CGT qui à son tour décrivait les prolétaires français comme les « soldats de la liberté » face à la tyrannie allemande.

De la Grande Guerre au coronavirus

Sur le plan politique, René Viviani appelait, pour la première fois au gouvernement des socialistes. Le pacifiste Marcel Sembat recevait le portefeuille de travaux publics et Jules Guesde entrait lui aussi au Conseil. Le syndicaliste Albert Thomas était nommé sous-secrétaire d’État à l’artillerie et à l’équipement militaire avant d’être élevé plus tard au rang de ministre.

Par la suite, sur les sept cabinets constitués pendant la guerre, la participation socialiste fut variable mais constante au moins jusqu’en 1917. Mais la bataille de Verdun et la Révolution d’Octobre ébranlèrent l’adhésion inconditionnelle des socialistes au nationalisme patriotique. Cette participation au gouvernement trans partisane, cette Union sacrée, ne signifiait ni abandon de la vigilance ni évitement des décisions difficiles. Tout au contraire, la bataille de Verdun (février-novembre 1916) et l’offensive Nivelle (avril-octobre 1917) démontraient que les mauvaises décisions devaient être dénoncées. Ainsi en mars 1917, Lyautey alors ministre de la Guerre démissionnait refusant d’appliquer le plan de Nivelle. L’offensive qui se concentrait sur 30 kilomètres de front au Chemin des Dames était une erreur tactique. Bilan de l’opération : 200 000 morts et 160 000 blessés du côté français sans aucun résultat, les lignes allemandes ont tenu bon. Le 15 mai, suite aux premières mutineries des soldats sacrifiés à l’imbécilité du plan de Nivelle, ce dernier était démis de ses fonctions. La commission d’enquête confiée au général Brugère conclura que « Nivelle n’avait pas été à la hauteur de la tâche écrasante ». Il sera « limogé » à Alger.

Les prochaines crises inévitables

Si dans un monde imprévisible, on ne peut reprocher à ceux qui sont aux commandes de tout prévoir, en revanche ce qui est prévisible, c’est que lorsqu’on confie des pouvoirs à des incapables, le résultat est toujours calamiteux. Car, comme disait Camus, « la bêtise insiste toujours ».

N’en déplaisent au gouvernement, ceux qui s’opposent à leur stratégie de l’échec doublée d’atteintes injustifiées à nos institutions et à nos libertés fondamentales ne sont pas des irresponsables. Changer de cap est toujours possible. Aussi toute action à cette fin, y compris pénale, est la conséquence directe de la surdité de certains décideurs et signe l’échec du dialogue social entre les décideurs et les agents de terrain. Enfin chacun doit agir selon sa fonction, le politique gouverne, les syndicats protègent leur profession et les conditions de travail.

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Notre pays sortira de cette crise uniquement au prix de la vérité, condition importante de la résilience collective et de la mobilisation nécessaire pour reconstruire un État stratège à la place d’une bureaucratie administrative, pour promouvoir une justice forte et indépendante au service de l’intérêt général à la place d’une justice en miettes sous le contrôle du pouvoir.

À ceux qui se projettent déjà dans l’avenir, il ne faudra pas oublier que l’on ne construit rien de durable sur des sables mouvants et qu’un examen sans concessions de l’état des lieux sera un préalable indispensable pour asseoir des fondations afin d’affronter les prochaines crises systémiques inévitables.

Une réorganisation du périmètre d’intervention, de dotation et de gouvernance de la fonction publique au service de l’intérêt général devra être repensée en sortie de crise.

Du confinement pour qu’on nous foot la paix


Ma guerre en short. La chronique de Cyril Bennasar.


Je n’ai jamais aimé le football. Quand j’étais collégien, c’était plutôt un truc pour les blaireaux. Le footeux qui venait à l’école en survêtement avait à peu près autant la cote avec les filles que le matheux avec sa mallette, celui qui pouffait de rire quand il avait écrit elebese avec les chiffres à l’envers sur sa calculatrice. À l’époque, « intello » n’était pas une insulte et « sportif » pas un compliment. C’était avant que les racailles débarquent et personne ne se baladait alors dans la rue en survêtement, l’ancêtre du jogging. C’était la honte, on tenait absolument à se changer pour revenir à pied du gymnase au collège. On, c’est-à-dire tout le monde sauf les deux ou trois sportifs de la classe, ceux qui arboraient fièrement des maillots bariolés pour ressembler à leurs idoles Panini, ceux qui comme le chien de Pavlov, se mettaient à sautiller à la vue d’une baballe.

Plus de foot pendant deux mois

Aujourd’hui, et je ne peux m’empêcher de penser que la tiers-mondisation du pays y est pour quelque chose, tout le monde aime le foot, les racailles et les fachos, Zemmour et Naulleau, et même Finkielkraut, qui en plus d’être notre maître à penser par nous-mêmes, est le mètre étalon du raffinement à une époque braillarde et avachie. J’ai beaucoup réfléchi pour élucider ce mystère. Comment notre champion peut-il se mêler à la foule d’un stade pour enculer les Niçois ? J’ai une thèse : ce truc se transmet par le père. Quand Finkielkraut est assis dans les gradins avec son fils, il s’y retrouve comme assis à côté de son père. Je ne vois pas d’autre explication. Le mien m’emmenait au cinéma voir Bruce Lee, Chuck Norris ou les Sept Samouraïs, et maintenant, je sors avec mon fils pour voir Van Damme ou Jason Statham. Je ne dis pas que c’est mieux. Même si je le pense.

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Vous comprendrez donc pourquoi aujourd’hui, le confinement me repose. Plus de foot pendant deux mois. Plus de coups de pied retournés dans la gueule des méchants au ciné certes, mais plus non plus en rediffusion à toute heure et sur toutes les chaînes afin que personne ne puisse échapper au but du jour. Finis les hymnes héroïques et martiaux pour annoncer l’arrivée sur le terrain d’une bande de tatoués coiffés comme des tantes en short et chaussettes montantes qui viennent défendre les couleurs de Castorama ou des monarchies pétrolières et terroristes. Terminé le chiqué des fiottes qui se roulent par terre en se tenant le tibia. Loin des regards les gouines crottées aux formes carrées et chaussures à crampons qui font des têtes, mouillent le maillot et crachent sur le gazon. Ajournés les journaux télévisés qui s’ouvrent sur le pet de travers de Neymar ou la tronche en biais de Ribéry, sur les putes des uns et les sex-tapes des autres. 

Je peux rallumer la télé

Pendant quelques semaines, on n’entendra plus sur toutes les chaînes, ces mots et ces expressions vulgaires qui me font éteindre rageusement mon poste en temps normal : le “mercato”, les transferts, les sélectionneurs et les entraineurs, les “droits télé” et la FIFA, les rencontres amicales et les matchs retour, le “Ballon d’or” et le hors-jeu, la surface de réparation et la lucarne, le lobe et le corner, Mbappé et le PSG, N’Golo et Monaco. Pour une fois dans l’histoire mondiale du vingtième siècle, comme en temps de vraie guerre, on va nous foutre la paix avec les matchs et les Coupes, de France, d’Europe et du monde, et on épargnera tout ce bordel incompréhensible à qui se contrefout de la relégation de la Champions League en ligue D2 de la coupe d’Europe des clubs champions. Enfin, on mettra au pot la poule A, la poule B, tous les poussins et on fermera le couvercle jusqu’à la fin du confinement.

Relire la chronique d’hier: Gourance

Provisoirement, mais sûrement, tant que le virus sévira, on vivra au pays des droits de l’homme à ne pas être dérangé constamment par le vacarme des supporters du ballon rond. Profitons-en, ça ne durera pas.

Alain Finkielkraut: « Jamais tant de féroces inepties n’ont été proférées sous le drapeau de la liberté d’expression »


Tout le monde, les médecins comme les profanes, le gouvernement comme les citoyens, a été pris au dépourvu par l’irruption du nouveau coronavirus.


On a cru d’abord que l’épidémie resterait cantonnée à la Chine. Les hautes autorités médicales elles-mêmes ont longtemps été rassurantes. Le professeur Raoult, notre Pasteur, n’était pas le dernier à railler les alarmistes. Quand l’Europe a été atteinte, on a tiré du fait que 98% des malades guérissent la conclusion réconfortante qu’il s’agissait d’une grippe saisonnière carabinée. Et nous voici, tous autant que nous sommes, assignés à résidence pour une durée indéterminée. Cet événement dont personne n’avait prévu l’ampleur ni la virulence nous invite à la modestie.

Nous devrions nous dire avec Péguy : « Tout est immense, le savoir excepté ; tout arrive, il suffit d’avoir un bon estomac ». Eh bien non, l’heure est au procès des politiques. Ils ont réagi trop tard, disent les uns ; ils en font trop, disent les autres. Ceux-là dénoncent leur incurie, crient au scandale et parlent même de crime d’État. Ceux-ci fustigent l’instauration de l’état d’exception et s’insurgent de voir les libertés élémentaires anéanties par ce qu’ils appellent, après Michel Foucault, le « biopouvoir ». Ils savaient et ils n’ont rien fait, hurlent les premiers. Ils érigent une simple grippe en peste noire pour mettre toute la population sous surveillance, affirme sans sourciller le disciple autoproclamé d’Hannah Arendt, Giorgio Agamben : « Il semblerait qu’une fois le terrorisme épuisé comme justification des mesures d’exception, l’invention d’une épidémie puisse offrir le prétexte idéal pour étendre celles-ci au-delà de toutes limites. » Et si les gens obéissent sans broncher, ajoute Agamben, c’est parce que notre société ne croit plus qu’à la survie : « C’est un spectacle vraiment attristant de voir une société tout entière, face à un danger d’ailleurs incertain, liquider en bloc toutes les valeurs éthiques et politiques. » Les faire-part de décès remplissent dix à douze pages des journaux italiens et voilà ce qu’ose écrire l’une des stars du campus mondial ! Peter Sloterdijk, le plus grand philosophe allemand d’aujourd’hui, n’est hélas pas en reste. Emporté par l’ivresse conceptuelle et la volonté de sortir des sentiers battus, il écrit : « La crise corona affiche tous les symptômes d’une prise de pouvoir par la “sécuritocratie” camouflée sous les apparences d’une médicocratie bienveillante. » Alors que « le nouveau virus de provenance chinoise n’est que l’un des multiples pseudonymes de la mortalité moyenne », le souverain instaure l’état d’urgence. Et entre autres « diktats démesurés », il ferme les écoles « en sachant que les enfants ne sont guère menacés parce qu’ils disposent d’une immunité naturelle ». Sachant, pour ma part, que les enfants immunisés transmettent le virus à ceux qui ne le sont pas, je reste confondu par une aussi péremptoire ignorance. Et apprenant que Sloterdijk propose contre « nos solutions soi-disant raisonnables », l’invention d’une nouvelle science, « la labyrinthologie », je pense à cette formule admirable de Gombrowicz : « Plus c’est savant, plus c’est bête ».

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Car le XXe siècle nous l’a appris, la bêtise n’est pas le contraire de l’intelligence, il y a une bêtise de l’intelligence, une bêtise des intellectuels qui prend la forme de l’esprit de système. La différence du naturel et de l’artificiel ayant été abolie ou, pour le dire avec les mots de Hans Jonas, « la cité des hommes, jadis une enclave à l’intérieur de la nature non humaine, s’étant répandue sur la totalité de la surface terrestre », la modestie n’est plus de mise. Si l’homme, en effet, est impliqué dans tout ce qui arrive à l’homme, si rien n’échappe à la magistrature de l’histoire alors, disent les Intelligents, l’absurde et le tragique n’ont plus de place dans la pensée, l’homme ou certains hommes doivent être tenus comptables de chaque événement, épidémie comprise. Odo Marquard l’a dit mieux que personne : « La philosophie de l’histoire, qui ne parle plus de Dieu et ne veut plus parler de la nature, mais doit parler de l’homme, découvre, comme figure décisive, les autres, les hommes qui empêchent le bien voulu par les hommes : les adversaires, les ennemis. » Ainsi, il y a bien une guerre pour ceux-là mêmes qui, comme Sloterdijk, font grief à Emmanuel Macron d’utiliser un vocabulaire martial : c’est la guerre contre le pouvoir omniscient et manipulateur. Confrontée à une pandémie sans précédent, la bêtise de l’intelligence incrimine non le virus, mais les gouvernants. Peu importe les immenses efforts que ceux-ci déploient pour sauver les entreprises et pour éviter les licenciements.

Alain Finkielkraut  (c) Hannah Assouline
Alain Finkielkraut
(c) Hannah Assouline

On tient pour rien que ces serviteurs du capitalisme international, comme les appelle Michel Onfray, aient choisi de figer l’économie pour sauver les vies des plus vulnérables et qu’ils n’aient aujourd’hui qu’une obsession : ne pas se trouver, à cause de l’engorgement des hôpitaux, dans la situation de faire le tri entre les malades. Le monde étant peuplé de volontés, nos gouvernants sont les coupables du malheur qui nous échoit. Qu’on m’entende bien : il est tout à fait légitime de pointer les défaillances de l’exécutif et de critiquer sa communication ou ses tergiversations. Mais la haine qui tient lieu aujourd’hui de critique repose sur l’oubli que l’incertitude est le lot de la condition humaine. Et cet oubli est impardonnable.

En tout cas, ceux qui s’inquiétaient de la restriction de nos libertés devraient être rassurés : jamais tant de féroces inepties n’ont été proférées sous le drapeau de la liberté d’expression que pendant cette crise. Quant à la discipline imposée par le confinement, elle ne nous infantilise pas, elle fait appel à notre sens des responsabilités. Ce sont les libertaires en colère qui ressemblent à des enfants soudain privés de leur bac à sable ou de leurs autos-tamponneuses.

Imaginons un instant que le pouvoir soit confié aux accusateurs méprisants des gouvernants tâtonnants. On subirait alors, en plus de l’horreur de l’épidémie, les ravages de l’incompétence. Et permettez-moi de regretter qu’en ces temps si difficiles, Causeur ait choisi d’être le rendez-vous des indignés. Il y avait mieux à dire et à faire. L’anticonformisme systématique est aussi un réflexe pavlovien.

Homo Sacer (1997-2015): L'intégrale

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La défaite de la pensée

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Covid–19: l’Europe atterrée

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Le FMI prédit que la crise aura les pires conséquences « depuis la grande dépression de 1929 ». Alors que les Etats européens forment un ensemble fort disparate sanitairement et économiquement, la question de la sauvegarde de l’euro reste entière. Analyse.


L’effroyable bilan humain du Covid–19 en Europe (75% des décès dans le monde) commande un diagnostic lucide et urgent sur l’état de l’UE. Une double question revient, à juste titre, de manière obsédante : comment expliquer que dans nos pays supposés développés, dotés de moyens médicaux modernes et d’une protection sociale de haut niveau, a pu se déclencher une tragédie sanitaire que la Chine, dont le niveau de vie est sensiblement inférieur au nôtre, a su maitriser au même titre que le Japon, la Corée, Taiwan, Singapour ou Hongkong, pays pourtant caractérisés par une densité humaine très élevée ? Comment, avec une connaissance précise de la maladie dès fin janvier, sa contagiosité extrême, y compris par des porteurs asymptomatiques, ses exigences en réanimation lourde et sa mortalité très élevée chez les personnes âgées et/ou fragiles, avons-nous laissé ce fléau nous dicter sa loi ?   

À la fin des fins, cette UE dont les thuriféraires nous expliquaient encore, au cours des dernières élections européennes, à quel point elle constituait une zone privilégiée, une oasis de paix, de prospérité et de « protection », aura montré sa terrible fragilité

Mille raisons ont été jusqu’ici avancées pour tenter d’apporter des réponses à ces légitimes interrogations. 

  1. La principale explication tiendrait à la proportion des plus de 65 ans dans la population. Ainsi, l’Italie, pays le plus âgé, justifierait son effroyable record de 300 morts par million d’habitants par ce facteur. En apparence séduisant, ce raisonnement ne tient pas. D’autres pays « âgés » comme l’Allemagne, la Slovénie, l’Autriche, le Portugal, le Japon ont, en effet, des taux de mortalité à des années lumières de ceux de l’Italie. Et l’Espagne, qui a un taux de vieillissement légèrement inférieur à la moyenne européenne, a rattrapé la « botte » dans le carnage.
  2. Autre facteur avancé : la sociabilité. Les « latins » se transmettraient plus facilement la maladie avec leur manie de prendre des pots, de s’embrasser et de parler fort (postillons). Là encore, c’est sujet à caution. Les Allemands ne vont-ils pas, eux aussi, prendre des verres dans les brasseries ? Les Britanniques et les Irlandais ne vont-ils pas dans les pubs le soir et ne sont-ils pas forts en gueule après quelques bières ? « La bise » n’est-elle pas une pratique généralisée en Europe ? Les enfants ne rendent-ils pas également visite à leurs grands-parents au Nord de l’Europe ? Personne ne rend visite aux vieux dans les maisons de retraites outre-Rhin ou outre-Manche ? Foutaises.
  3. Alors est-ce la faiblesse des systèmes sanitaires dégradés par des années d’austérité qui expliquerait la propagation foudroyante du Covid–19 sur le vieux continent ? Peut-être. Mais alors comment expliquer la faible mortalité au Portugal, en Grèce et en Europe Centrale, pays où l’hôpital public est chroniquement sous-financé et où la mortalité est paradoxalement bien inférieure à celle qui prévaut dans des pays dotés d’une médecine publique de haut niveau comme aux Pays-Bas, en Belgique, en Suisse ou au Luxembourg ?        
  4. Il y a aussi, bien évidemment, les dramatiques concours de circonstances locaux, créant de monstrueux « clusters » comme le rassemblement évangélique de Mulhouse qui a provoqué le drame du Haut-Rhin. Sans évoquer l’invraisemblable contagion directe de centaines de skieurs de tout le continent dans un bar bondé de la station autrichienne « branchée » d’Ischgl par un serveur infecté, à l’origine d’une contamination pan-européenne ou encore le grand match de foot Atalante-Valence qui s’est tenu à Milan le 19 février avec 45.000 fans, pour ne prendre que ces dramatiques exemples. 

Pour insuffisantes ou peu crédibles qu’elles soient pour expliquer que l’Europe soit rapidement devenue l’épicentre de l’épidémie, toutes ces raisons ne doivent pas masquer la principale. La propagation du Covid–19 a, en réalité, dépendu de la réponse qui a été apportée par les autorités nationales à la menace. Un dépistage aussi massif que précoce ainsi que les fermetures de frontières ont bien sûr joué un rôle crucial à cet égard. Une fois de plus, avec six fois moins de décès par million d’habitant qu’en France (28 contre 167), l’Allemagne montre une solidité et une puissance que l’arrivée massive des migrants de 2015 n’a pas encore réussir à affaiblir.  Ce n’est pas de l’admiration mais un constat.           

Une grande et indispensable étude épidémiologique au niveau européen ainsi que des commissions d’enquête au niveau national devront apporter, pays par pays, des réponses claires et sans compromissions sur les causes et les responsabilités de cette catastrophe historique. À la fin des fins, cette UE dont les thuriféraires nous expliquaient encore, au cours des dernières élections européennes, à quel point elle constituait une zone privilégiée, une oasis de paix, de prospérité et de « protection », aura montré sa terrible fragilité. Mais surtout son incroyable hétérogénéité et sa très relative solidarité. D’une dizaine de décès par millions d’habitants dans certains pays à près 300 dans d’autres, ces disparités ne sont aucunement justifiées par des différences de niveau de vie, d’âge moyen, de climat ou même de sociabilité. Il faut, dès lors, bien admettre que le continent a surtout montré, à travers ses différences de situations, sa totale incurie. 

Quel que soit le crédit que l’on peut accorder aux chiffres chinois, la Chine a tout de même pu se sauver en isolant totalement le Hubei et ses 58 millions d’habitants, coupant cette province du reste du pays, quand nous avons continué à laisser quotidiennement aller et venir, de pays en pays, en voiture, en train et en avion des centaines de milliers d’Européens, répandant inconsciemment le plus grand fléau de ces cent dernières années. Incapable d’agir collectivement, l’Europe n’en a pas moins imposé une obligation idéologique à chaque État, la France toujours en tête dans l’idéalisme eurolâtre, de « garder les frontières ouvertes », et ce, quelle qu’en soit le prix humain et finalement économique à payer. La nature autoritaire du régime politique chinois est avancée pour nous expliquer que nous ne pouvions agir de la même manière, nous les démocrates… Problème : nous avons fini par l’imiter voire, à bien des égards, le surpasser (en confinant toute la population, là où Pékin n’avait confiné qu’une région, pour ne prendre que cet exemple). 

On nous rétorquera que les États-Unis sont, eux aussi, durement frappés. C’est numériquement indéniable. Mais cet argument se trouve tempéré par le fait que c’est surtout New York et ses banlieues qui concentrent plus de 50% des cas et des décès de cet immense pays. Par ailleurs, avec une cinquantaine de décès par million d’habitants au 9 avril, ce pays est, par rapport à sa population totale, encore loin des terribles bilans de la majorité des pays européens. Ce n’est d’ailleurs pas par la Chine que les États-Unis ont été fortement contaminés mais bien par l’Europe. Trump n’a que tardivement suspendu les vols avec notre continent car pour toute l’élite américaine, républicaine et démocrate, l’idée de se fermer à ses alliés historiques était rebutante. Mais la rapidité et l’énormité de la contagion européenne et son exportation vers les États-Unis a complètement pris au dépourvu un pays qui déjà en 1939-40 avait été pétrifié par l’effondrement de l’Europe face à un autre fléau…      

Les peuples « vertueux » ne voudront pas davantage qu’en 2010-11 faire plus que leur part pour venir au secours des faillis. Et franchement, comment le leur reprocher ?

L’UE et la zone euro se relèveront-elles de cette épreuve ? Les élites dirigeantes en France et dans d’autres pays européistes, feront tout pour nous convaincre que la solution réside dans : 

  • « davantage de souveraineté européenne » donc moins de souveraineté nationale avec, pour conséquence, une hausse de la contribution nette au budget européen de cette France classée comme « riche » en terme de PIB par habitant bien que ruinée par sa dette monstrueuse ; 
  • Toujours autant d’immigration « qui nous enrichit » et d’asile « qui nous oblige », au prix de la dissolution continue de notre identité et d’une insupportable surcharge sur nos systèmes sociaux ;
  • Une dose homéopathique de « démondialisation » car même un protectionnisme raisonné continuera à leur rappeler le « nationalisme » qu’ils abhorrent puisqu’y figure le mot-racine honnie de « nation ». Pour protéger leurs œillères idéologiques, ces élites s’aveugleront volontairement sur le fait que Japon, puis Corée, Chine et Inde ont bâti leur développement et leur puissance sur un nationalisme identitaire et économique courtois mais intransigeant. 

Cette fois pourtant, ils ne réussiront pas à nous faire avaler leur salade. Ce qui s’est passé est trop grave. Trahisons et  mensonges, par omission comme par commissions, nous ont trop meurtri. Un « modèle » a vécu. Et il va bien falloir en refonder un autre, sans les élites européistes, basé sur des nations à la fois souveraines et unies.         

Pour la zone euro, les dégâts sont d’ores et déjà considérables. Entre, d’une part, la poignée de pays bien gérés, favorisés par un euro sous-évalué en ce qui les concerne – Allemagne en tête – et, d’autre part, la dispendieuse France, l’incorrigible Italie, la Belgique plombée par sa Wallonie-Bruxelles socialiste et l’Espagne/Portugal encore fragiles malgré des efforts réels, l’écart va se creuser. Les peuples « vertueux » ne voudront pas davantage qu’en 2010-11 faire plus que leur part pour venir au secours des faillis. Et franchement, comment le leur reprocher ? La fin de l’euro n’est pas à l’ordre du jour, tant il parait aventureux d’ajouter plus de trouble à une situation qui l’est bien assez. Toutefois, comment ne pas admettre qu’une monnaie nationale a la vertu d’obliger chaque pays à assumer ses choix économiques et sociaux – ainsi que ses faiblesses – avec l’ajustement de la valeur de sa monnaie ? La vérité est qu’il n’y a pas de solution fédérale européenne aux réalités socio-économiques d’une Europe dont l’histoire et l’ADN ne sont en rien comparables aux autres grandes fédérations du monde, qu’il s’agisse des États-Unis, de la Russie, du Canada, de l’Australie ou même de l’Inde.

Toutefois, dans les jours qui viennent, l’Eurogroupe va s’échiner à apposer de nouvelles rustines sur cette monnaie qui fédère des pays « infédérés » et dont les divergences économiques et financières seront toujours plus criantes. Nous entendons déjà les énièmes rengaines sur la nécessité d’eurobonds, rebaptisés « coronabonds », pour coller à la réalité de l’instant et censés mutualiser les risques en témoignant ainsi de la solidarité européenne. Mais pas plus qu’en 2011 au moment de la crise des dettes souveraines, les pays européens « sérieux » (Allemagne en tête) se laisseront facilement « tordre le bras ».     

On nous rappellera également la nécessité de compléter l’union bancaire et l’union des marchés de capitaux, comme si la construction de nouveaux étages était une solution à la fragilité des fondations. 

Concrètement un plan d’aide de 100 milliards d’euros de la Commission, intitulé « SURE », vient d’être mis sur pied pour financer les programmes de chômage partiel et d’indemnisation de l’arrêt d’activités, principalement en faveur de l’Italie et l’Espagne. Mais ne nous y trompons pas : il s’agit de prêts qui se rajouteront à l’endettement public, l’avantage étant qu’ils seront moins chers et plus longs que ceux accessibles sur les marchés financiers. Cela sera très insuffisant et les élites européennes le savent. Tant et si bien qu’elles centrent désormais le débat sur le Mécanisme Européen de Stabilité (le fameux MES, sorte de « FMI européen »), dont la capacité d’intervention est de près de 410 milliards d’euros de prêts mobilisables pour les pays en difficulté et dont la conditionnalité, très « austéritaire », serait fortement allégée compte tenu des circonstances actuelles. La Banque Européenne d’Investissement participera également à l’« effort de guerre » en augmentant considérablement ses financements d’infrastructures.   

Au-delà de ces pis-aller il existe une solution techniquement assez simple qui permettrait de desserrer la contrainte financière sur les États en grande difficulté et ce, sans transfert de dette d’un pays à l’autre ni de mutualisation de celle-ci entre tous. Elle consiste à modifier la politique de rachat d’actifs de la BCE via les banques centrales nationales. À l’heure actuelle et selon ses règles, le système européen de banques centrales (SEBC), dans le cadre de son « assouplissement quantitatif » (quantitative easing ou Q.E.), rachète la dette au prorata de la participation des États au capital de la BCE. Ainsi, l’Allemagne, gros actionnaire de la BCE et peu endettée, bénéficie mathématiquement du rachat d’une part très importante de son endettement public par la Bundesbank alors qu’elle n’en a nul besoin puisque les marchés financiers ont pleine confiance dans les obligations allemandes. Avec les mêmes règles de calcul, l’Italie, actionnaire plus modeste de la BCE mais criblée de dettes, ne peut pas compter sur la Banca d’Italia pour racheter une part importante de la dette du pays alors qu’elle doit faire face à des marchés financiers logiquement beaucoup plus réticents. La France se situant entre ces deux extrêmes.

Le bon sens voudrait que les pays les plus endettés puissent bénéficier de rachats beaucoup plus importants de leur dette publique par leurs banques centrales. Mais le risque est évidemment celui d’une vague inflationniste provoquée par cette importante création monétaire. Il suffirait que symétriquement les pays peu endettés cessent ou diminuent leurs rachats. Ainsi se créerait un équilibre au sein de la zone entre création monétaire au Sud et destruction monétaire au Nord, coordonné par la BCE. Cette stratégie que nous appellerons le « Q.E. asymétrique », n’a pas l’heur de plaire aux Allemands qui y voient un évident « aléa moral et financier » dont ils seraient, le cas échéant, les perdants.

Il est certain qu’une telle « facilité » – celle qui pourrait consister à s’endetter toujours plus et faire racheter la dette par la banque centrale – encouragerait les pires dérives budgétaires dans les pays qui y sont abonnés depuis des années.  En conséquence, et toutes choses égales par ailleurs, il y a un compromis européen à trouver entre ce nécessaire retour à la souveraineté monétaire nationale et d’indispensables règles communes de discipline budgétaire et financière au niveau de chacun des membres de la zone si l’on veut pérenniser l’euro.  

Eugénie Bastié: “Entre l’orgie et la pénitence, je ne sais pas ce qui triomphera après l’épidémie”

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Eugénie Bastié et Elisabeth Lévy Capture d'écran ReacnRoll

Pour les journalistes Eugénie Bastié du Figaro et Elisabeth Lévy de Causeur, l’histoire éclaire déjà notre destin post-épidémique.


De confinée à confinée, Elisabeth Lévy et Eugénie Bastié échangent pendant 45 minutes sur REACnROLL, la webtélé des mécontemporains. Causeur vous propose de lire un extrait de leur échange, à retrouver en intégralité ici.

Verbatim

Eugénie Bastié. Je suis frappée par une chose, c’est la lecture idéologique des événements. Et cette capacité à accepter le fatum [qui fait défaut NDLR]. Il y a toujours eu des épidémies et des virus. Et il y a là quelque chose qui relève de la nature et non pas de la dérive de l’Homme. Or, chacun voit alors midi à sa porte : les écologistes-effondristes voient l’occasion du grand effondrement, les souverainistes voient l’échec de l’Union Européenne, les européistes voient une bonne occasion de « relancer » cette même union, les capitalistes disent que seuls la technologie et le capitalisme nous sauveront, les technophobes disent que la Start-up nation ne peut rien faire pour nous aider… Chacun y va de sa grille de lecture idéologique ! 

Elisabeth Lévy. Cela dit, cette épidémie nous impose bien de revoir un certain nombre de choses. Même notre cher Alain Finkielkraut va devoir reconnaitre qu’il est un peu aidé dans son confinement par toutes sortes de technologies ! Ce qui me fait peur en revanche, c’est que les gens se sentent mieux à distance, se sentent finalement mieux chez eux qu’au bureau par exemple. Qu’ils se disent que cela correspond peut-être à l’évolution des sociétés. J’ai peur qu’on ne revienne jamais à la poignée de main, au contact, après la crise sanitaire… 

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Garde ta main, je reprends la mienne!

Eugénie Bastié. C’est intéressant de se pencher sur la sortie de crise. À la sortie de la peste noire de 1348, il y a eu une double sortie de crise, d’un côté une explosion des ordres monastiques et des vocations pour faire pénitence et de l’autre, des orgies fantastiques, un laisser-aller complètement fou. Aujourd’hui, entre l’orgie et la pénitence, je ne sais pas ce qui triomphera après l’épidémie…

Elisabeth Lévy. Aujourd’hui, on nous dit qu’il y aura à la fois des enfants… et des divorces ! 

Eugénie Bastié : Soit il y aura une remise en question généralisée de nos modes de vie avec davantage de localisme, davantage de sobriété, soit il y aura un déchaînement consumériste à la sortie de crise.

Elisabeth Lévy (amusée). Moi qui meurs déjà d’envie de m’acheter des chaussures et de retourner chez le coiffeur… Je pense que très vite on va essayer d’oublier ce qui s’est passé, oublier les “rien ne sera plus comme avant” qu’on nous a lancés lors de la crise des gilets jaunes mais également pour Charlie ou encore pour la réforme des retraites. On nous dit ça tout le temps. Je pense que notre tendance naturelle sera de chercher à revenir à la normale.

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Le porc émissaire

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Crise sanitaire: Christophe Lannelongue, le fusible de Nancy a sauté

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nancy grand est covid lannelongue
Nancy, place Stanislas. Authors: POL EMILE/SIPA. Feature Reference: 00639168_000007

Le désormais ex-directeur de l’Agence régionale de Santé (ARS) du Grand Est Christophe Lannelongue n’a pas eu le droit au même traitement de faveur que le préfet de police de Paris Didier Lallement. Au cœur du problème, la logique comptable fort malvenue en pleine crise sanitaire.


Il ne manquerait plus qu’une mutinerie sur le front sanitaire ! Cette phrase a sûrement traversé les esprits inquiets de l’état major macroniste après les propos tenus par Christophe Lannelongue, le désormais ex-directeur de l’Agence régionale de Santé (ARS) du Grand Est.

Vendredi dernier, ce haut fonctionnaire a déclaré qu’« il n’y [avait] pas de raison de remettre en cause » le plan prévu par le comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers (Copermo) qui prévoyait la suppression de 598 postes d’ici cinq ans et la fermeture de 174 lits au CHRU de Nancy.

Deux poids, deux démesures

Aussitôt prononcée, sa déclaration a suscité un tollé. Dans une lettre adressée au Premier ministre et au ministre de la santé Olivier Véran, le maire de Nancy Laurent Hénart, dénonce les propos « complètement décalés » de Lannelongue et déconnectés de la réalité du terrain où « les équipes vont au bout du bout de leur investissement personnel » et « font honneur au service public de la santé ». La polémique bat son plein jusqu’au mercredi 8 avril où le limogeage de Christophe Lannelongue est entériné à l’issue du Conseil des ministres.

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Pour calmer les esprits, faisons sauter le fusible. Vieille technique politicienne, mais pas si courante en macronie. Christophe Lannelongue n’a pas eu le droit au même traitement de faveur que le préfet de police de Paris Didier Lallement. Les deux hauts fonctionnaires ont pourtant dérapé le même jour. L’un faisant preuve d’un zèle budgétaire mal placé, l’autre témoignant d’un amalgame qu’on ne saurait accepter. Au cœur du problème, la logique comptable. L’un s’obstine à maintenir les directives d’assainissement des dépenses publiques de Bercy au plus fort de la crise sanitaire. Tandis que l’autre établit un lien de cause à effet entre le nombre croissant d’hospitalisations dans la capitale et le non-respect du confinement, occultant allégrement les soignants et tous les autres métiers qui continuent de travailler malgré le risque d’être contaminé. Bilan : le premier est limogé et ne regrette absolument pas ses propos alors que le second reste en place et s’excuse du bout des lèvres. Allez comprendre…

Le télégraphiste de Bercy

Mais revenons à l’affaire Lannelongue. La décision de maintenir ce plan est bien entendu indécente, révoltante mais surtout complètement aberrante au regard de l’urgence sanitaire qui dévoile l’asphyxie de notre système de soins.

Rappelons que faute de lits et de respirateurs artificiels à l’hôpital de Nancy, il a fallu organiser le transfert des patients lorrains vers des hôpitaux allemands et suisses, puis l’opération d’évacuation des malades du Grand Est à bord de TGV médicalisés vers les centres hospitaliers de Nouvelle-Aquitaine, moins touchée par la pandémie.

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Une question se pose : comment Lannelongue a t-il pu vouloir maintenir un plan qui supprime ce qu’on n’a pas ? L’anémie du système hospitalier du Grand Est, symbole du déclin de notre système de santé national, n’a donc pas convaincu Christophe Lannelongue de suspendre le plan ministériel de  restructuration. Il a appliqué mécaniquement les instructions de Bercy en faisant comme si la situation n’avait pas changé.

Son suivisme bien discipliné révèle le dogmatisme de la technocratie médicale qui ronge notre système de santé.

D’un techno l’autre

Aveuglé par l’orthodoxie budgétaire, Christophe Lannelongue en a oublié la mission fondamentale de la médecine : sauver des vies humaines… on ajouterait bien  « quoi qu’il en coûte » pour reprendre l’anaphore qui a ponctuée le dernier discours télévisé d’Emmanuel Macron. Pour Lannelongue, ses propos lui ont coûté son poste. Mais il sert de victime expiatoire, sacrifié sur l’autel élyséen pour mieux se faire pardonner les choix politiques désastreux qui ont porté atteinte à notre souveraineté médicale.

« C’est dans le vide de la pensée, que s’inscrit le mal » écrivait Hannah Arendt. Oublier cette capacité de penser, de juger, de mettre à distance les choses, c’est faire l’impasse sur notre humanité… Au lieu de parachuter à la tête de notre système hospitalier des technocrates qui ont perdu le sens du bien commun, il faudrait peut-être privilégier philosophes et médecins, deux métiers qui guérissent le corps et l’esprit.

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Sibeth Ndiaye a annoncé que Christophe Lannelongue serait remplacé par un médecin issu de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), corps administratif au sein duquel retourne d’ailleurs le haut fonctionnaire limogé… Bref, on nomme un médecin venant de l’administration étatique. Encore une entourloupe du « en même temps » macronien. Rappelons qu’Agnès Buzyn, ex-ministre de la Santé, était aussi médecin, et ce n’est pas pour autant que la crise sanitaire a été anticipée.

Pour un grand ministère régalien

Dans son essai Nous nous sommes tant trompés, paru en novembre dernier, le député LR de la Sarthe Jean-Carles Grelier sonnait déjà le tocsin. Le parlementaire appelait le gouvernement à sortir la santé de la sphère technique pour créer un grand ministère régalien capable de lutter contre l’allégeance aux lois du marché. Cette crise sanitaire nous incite fortement à le faire. Encore faut-il avoir le courage de redonner à notre pays les moyens de sa souveraineté nationale.

Nous nous sommes tant trompés

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Suis-je un salaud?

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Un livreur Deliveroo Image d'illustration Unsplash

En plein confinement berrichon, j’ai craqué en commandant un livre en ligne !


Depuis bientôt quatre semaines, j’ai été un citoyen exemplaire. Ah la République peut être fière de ses confinés, combattants en charentaises et tee-shirts Mickey XXL, télétravailleurs de l’impossible, patriotes à l’heure des applaudissements entre la gamelle de pistaches et l’émission de Pascal Praud. Guerriers pacifistes armés, au mieux, d’une cannette de bière française à la main. Barricadés en survêtement et virologues par contumace qui ne quittent plus leur poste d’observation : les chaînes d’info en continu. Ce printemps, La Marseillaise aura un goût de chips au barbecue et de 7ème Compagnie. Les reclus du canapé ne pourront plus jamais subir les sarcasmes des agitateurs. De tous ces joggers moralistes qui couraient jadis sur les quais en exhibant leurs corps affûtés. Des inconscients à enfermer, ils nous donnaient mauvaise conscience. Hidalgo a tranché. La circulation alternée, c’est son dada ! Elle a la fluidité en horreur. Quel échec aussi pour tous ces militants énervés qui arpentent depuis si longtemps la Sainte-Trinité « Bastille-République-Nation » sans avoir réussi à sauver les services publics des contraintes budgétaires. Le pays est bloqué, complètement à l’arrêt, PIB en berne, intermittents au bord du suicide, hôpital sous perfusion, et le peuple a choisi la révolution en glandant ! Nous sommes d’admirables résilients couchés. Cruelle leçon pour tous les pétitionnaires du pavé qui devront repenser leur mode d’action, dans le monde d’après. 

Les premiers effets du confinement sur le psychisme apparaissent

Alors, conformément aux recommandations gouvernementales, je n’ai pas mis le nez dehors. J’ai la légalité dans le sang comme le père de François Gensac (Maurice Biraud) dans Un taxi pour Tobrouk. Glisserais-je doucereusement sur la pente savonneuse du progressisme sans m’en rendre compte ? Le système est décidément trop fort, il m’aura ferré. On se pense indépendant, critique, libre d’esprit, atrabilaire et on se réveille un matin, en animal domestique réclamant sa sortie hebdomadaire au supermarché afin de soutenir la grande distribution et le lobby agroalimentaire. On se croit malin en avançant des idées réactionnaires dans des chroniques et on court au tabac faire le plein de cartouches avant le contingentement. La prochaine étape, je lève la patte pour obtenir un plein de Super sans plomb. Ce confinement aura des conséquences graves sur notre psychisme. Je ne suis déjà plus le même homme. Le virus nous met face à nos contradictions et nos petites compromissions du quotidien. La mondialisation a bon dos, elle masque nos propres faiblesses. 

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J’ai commencé à avoir des doutes, le soir où j’ai écouté religieusement Luchini réciter La Fontaine sur mon smartphone dans une lumière crépusculaire. Tant pis pour la clarté de l’image et la netteté du propos, je communiais sur l’autel de la Culture. À une autre époque, j’aurais raillé l’acteur, son côté cabot cathodique, incapable de couper le cordon avec sa clientèle par peur de disparaître et d’être oublié. Les artistes, ces commerçants qui positivent, savent mieux que quiconque la fragilité d’une carrière, ils repoussent sans cesse leur date de péremption. Donc, ils chantent, déclament, écrivent, occupent les réseaux sociaux pour exister. Je n’avais même plus la force de me moquer d’eux, j’étais ému par leur désarroi. Je pleurais à la beauté de cette langue française, ce style qui ne se fane pas, comme une infirmière devant sa dernière fiche de paie. Depuis quatre semaines, je n’ai donc pas bougé une oreille. Par respect et pudeur pour les habitants de mon village, je n’ai pas enfilé un short, ni chaussé des baskets. Je sais bien que si le ridicule ne tue pas dans les ministères, à la campagne, le jet de pierres reste un sport encore assez pratiqué. Les vieux pétanqueurs visent juste. Ils ont l’entraînement. 

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Devant mon téléviseur, je pestais contre ceux qui continuent à commander des sushis en pleine crise sanitaire et font courir un risque majeur à tous ces livreurs, ces nouveaux esclaves en sac à dos, derniers éclaireurs à bicyclette dans la ville endormie. Pour quelques euros, ces gamins sont les sacrifiés de notre société de consommation. Ils payent « cash » notre confort alimentaire. Une passionaria du journalisme m’alertait dans un reportage sur les conditions de travail dans les grands entrepôts des géants de la vente en ligne. J’étais de tout cœur avec ces manutentionnaires obligés de se frôler. Depuis un mois, je n’avais pas commandé un seul livre par internet. Un exploit, pire un sacrifice. Oui, je l’avoue, il m’arrive de commander régulièrement sur ces plateformes et de continuer à fréquenter les librairies physiques. On peut faire les deux en même temps. Vous voyez ce que je vous disais, le progressisme s’infiltre en moi. Il m’est arrivé parfois de fréquenter un magasin, un dimanche après-midi, j’en suis désolé ! Mais là, j’avais décidé de résister à la tentation. Les Gafa ne passeront pas par moi. C’était une question de principe, de dignité même. J’ai pourtant accès à une bibliothèque de 5 000 livres à domicile, pourquoi vouloir acheter ce roman Canisy suivi de Chef-lieu de Jean Follain chez Gallimard dans l’édition réunie de 1986 ?  Une envie de drogué ! Je suis un camé pitoyable. Je peux vous assurer que j’ai tenté de lutter pendant plusieurs jours. Au moment de confirmer ma commande, plusieurs fois, je l’ai annulée. Et puis, ce matin, j’ai craqué, je voulais le toucher ce roman, m’endormir avec. Même s’il arrive après le confinement, je l’aurai. Je me sens quand même un peu sale.  

Lindemann se met les féministes à dos

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Till Lindemann à Berlin le 16 mars 2017. Numéro de reportage : SIPAUSA31414896_000001 © FMB/WENN.COM/SIPA

Le musicien allemand publie un nouveau recueil de poèmes, au grand dam de ses détracteurs.


L’iconoclaste chanteur du groupe Rammstein (récemment hospitalisé, sans rapport avec le Covid-19), connu pour son métal décapant aux performances scéniques délirantes, a publié le mois dernier un recueil intitulé sobrement « 100 poèmes » (100 Gedichte). D’une qualité variable mais néanmoins assez remarquable, le recueil mérite sans aucun doute l’attention des amateurs de poésie allemande.

Car Lindemann n’en est pas à son premier coup d’essai : il a en effet déjà publié plusieurs compilations, dont notamment Messer en 2002 et In stillen Nächten en 2013, déjà remarquées en leur temps.

Sous le feu des critiques pour un poème

Mais voilà, l’un de ses nouveaux poèmes ne semble pas plaire à une partie des milieux progressistes et féministes outre-Rhin. Tout a commencé par une tribune, pour la radio SWR2, de l’écrivain et critique littéraire Carsten Otte qui, entre quelques diatribes gratuites visant les activités musicales de Lindemann dans Rammstein, accuse l’Allemand de faire l’apologie du viol. Son ire vise le poème Wenn du schläfst (« quand tu dors »), qui, même si aucune référence explicite à une agression sexuelle n’est utilisée, semble en effet décrire une scène ou un homme abuserait d’une femme allongée près de lui, laquelle serait vraisemblablement plongée dans un profond sommeil suite à l’absorption d’une drogue.

Rappelons qu’il s’agit de poésie et que, même si ce poème est loin d’être le meilleur du recueil, le style onirique et la licence poétique empruntés sont le propre de ce type de composition, quel qu’en soit le sujet, et que traiter le sujet d’une violence sexuelle ne revient en rien à en faire l’apologie ni à atténuer la gravité des faits. Bref, cela s’appelle de la fiction littéraire.  

Défense ferme de son éditeur et de certains écrivains

C’est d’ailleurs précisément ce qu’a tenu a rappeler l’éditeur de Till Lindemann, la maison Kiepenheuer & Witsch. « L’indignation morale de certains, suscitée par le texte de ce poème, est fondée sur une confusion entre le locuteur fictif, le « moi » du poème, et l’auteur Till Lindemann », a ainsi expliqué Helge Malchow, rédacteur en chef de K&W, dans un entretien avec le RedaktionsNetzwerk Deutschland (RND). « La différence entre le moi poétique et l’auteur est cependant fondamentale pour toute lecture de poésie et de littérature en général et s’applique à tous les poèmes du volume ainsi qu’à la poésie au sens large ». Et Malchow d’ajouter : « Si cette différence n’existait pas, les fictions littéraires et les fantasmes du mal et de la violence, tels que nous les connaissons dans la littérature mondiale, de Henry Miller à BE Ellis en passant par AM Homes, ne seraient pas possibles et la liberté de l’art serait entravée et inexistante. Il va sans dire que le processus décrit dans le poème est profondément répréhensible d’un point de vue moral mais ne permet en aucun cas d’incriminer l’auteur à titre personnel ».

Cela n’a pas empêché les associations féministes et un certain nombre d’internautes de lyncher numériquement l’artiste allemand, conspuant son poème « hideux et dégoutant » et allant parfois jusqu’à l’accuser d’utiliser une « imagerie nazie » (point Godwin atteint). La presse de gauche s’en est également donnée à cœur joie, telle la Tageszeitung parlant de « sensibilité teutonique » et de « spectacle d’horreur mégalomane ». 

Mais dans le même temps, certains écrivains sont venus à la rescousse de Lindemann, comme Alexander Gorkow (qui a préfacé l’ouvrage) ou Sibylle Berg, qui s’est emportée face à l’avalanche de réactions offusquées et d’insultes, en ironisant notamment sur le fait que « des tas de livres contiennent des scènes de meurtre » et qu’il faudrait se poser la question de les interdire aussi…

On ignore si les détracteurs de Lindemann ont lu le reste du recueil. Et l’histoire ne dit pas si Carsten Otte et les associations féministes comptent faire interdire d’autres œuvres, telles le Viol de Lucrèce de William Shakespeare ou le film Irréversible du cinéaste Gaspar Noé (la liste peut être rallongée à l’infini). 

100 Gedichte

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Les sonnets/Vénus et Adonis/Viol de Lucrèce

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La pandémie met KO les bien-pensants

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Justin Trudeau et Emmanuel Macron, autrefois © Sean Kilpatrick/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22371329_000001

La nouvelle gauche et le camp des « progressistes » apparaissent de plus en plus comme les probables perdants de l’après-Covid-19. Voici pourquoi.


Il est devenu banal de dire que le monde ne sera plus jamais le même après la crise du Covid-19. Le monde n’est en fait déjà plus pareil avec le retour forcé des États: l’Occident repense sa relation avec le reste de la planète, en particulier avec la Chine dont les mensonges sont de plus en plus évidents. Les frontières se sont réimposées avec un naturel déconcertant, la mondialisation est pointée du doigt et d’aucuns voient poétiquement dans la crise une revanche de la nature sur l’humanité dominatrice. Les repères des individus ont été complètement chamboulés, de même que ceux de leurs dirigeants dont le pouvoir augmente à vue d’œil de manière inquiétante. 

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Si nous sommes tous déstabilisés, étourdis, fragilisés par la situation, des courants politiques sortiront gagnants et perdants de l’après-Covid-19. La droite libérale et libre-échangiste est déjà fortement remise en question pour des raisons évidentes. Au sortir de la crise, le commerce entre les pays devrait être mieux régulé – la circulation des personnes le sera peut-être mieux aussi –, mais il sera impossible d’abolir complètement les échanges internationaux. Les pays chercheront à retrouver en partie au moins leur souveraineté sanitaire et alimentaire, dans un contexte de nouvelles tensions interétatiques. 

Les premiers seront les derniers 

Mais la plus grande perdante sera sans doute la gauche bien-pensante dont les lubies apparaissent comme de plus en plus futiles et insignifiantes. Ces dernières années, la nouvelle gauche a battu des records de déconnexion avec la population, allant jusqu’à faire des toilettes «non genrées» un véritable idéal politique. En liguant un vaste ensemble de groupes les uns contre les autres, ce courant est même parvenu à mettre en péril la cohésion sociale, plus que jamais nécessaire en temps de crise. Paradoxalement, la gauche bien-pensante a développé une philosophie à la fois hyper-individualiste et communautariste très nocive pour le vivre-ensemble, une sorte de je-me-moi à saveur identitaire et clanique. Avec le Covid-19, le temps est à l’union des forces, et non à la division de la société en tribus ethniques, culturelles, religieuses et sexuelles.

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La crise économique qui suivra la pandémie devrait aussi contribuer au retour du bon sens, de la sagesse populaire dans nos sociétés engluées dans le superflu. Une certaine gauche n’a cessé de prôner la décroissance économique, mais sans réaliser que ses propres projets étaient au fond des caprices que les gauches étrangères n’ont jamais pu ni même voulu s’offrir par respect pour le peuple. Les pauvres de ce monde pensent à manger tout court avant de manger végan. Ils pensent à se déplacer tout court avant de calculer leur empreinte carbone. Ils pensent à assurer leur sécurité et celle de leurs enfants avant d’instaurer des «safe spaces» dans des universités que ceux-ci ne pourront jamais fréquenter. Ils rêvent de rénover leurs écoles avant d’y installer des vestiaires unisexes. La nouvelle gauche s’est crue modeste en arborant ses diamants progressistes. Elle doit son existence à une immense qualité de vie qui risque fortement de s’évaporer. 

Après le crash, la bien-pensance perdra ses privilèges 

Même au Canada, il est loin d’être certain que la nouvelle gauche pourra poursuivre ses activités comme si rien n’avait changé. Dans ce laboratoire de la mondialisation heureuse, jamais les «progressistes» n’auraient pu parvenir à exercer un tel pouvoir sans les énormes fonds publics dont ils ont bénéficié. Encore à l’heure actuelle, des centaines de chercheurs universitaires y profitent de généreuses bourses consacrées à la promotion du multiculturalisme, du féminisme «intersectionnel» et d’une infinie variété d’autres utopies extravagantes. Comment justifier le financement de ces idéologues dans les mois, voire les années à venir? Ces sommes devront être redirigées vers la recherche en santé publique à défaut de ne pas être économisées par un État en faillite. 

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Les deux grandes tendances qui sortiront gagnantes de l’après-Covid-19 sont le courant écologiste en faveur de la production locale, du terroir, et la droite démondialiste désireuse de rétablir les frontières. Ces deux courants ne sont d’ailleurs pas incompatibles. Habituée depuis au moins trente ans à évoluer en marge des institutions publiques (universités, médias subventionnés par l’État, organismes culturels, etc.), la droite démondialiste pourrait profiter de la déconfiture morale et financière de ses adversaires pour prendre le relais. Elle pourrait tirer avantage de son accoutumance à la guérilla, alors que la nouvelle gauche se verra privée d’une partie de ses abondantes et faciles munitions institutionnelles… 

Et si l’on créait de la monnaie, pour de bon?

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L'économiste Jean-Luc Gréau photographié en 2012 Numéro de reportage : 00634389_000019 © BALTEL/SIPA

 


C’est un déluge qui s’abat sur les économies depuis que nos populations affrontent le coronavirus. Un déluge d’argent pour subvenir aux besoins sanitaires qui ont explosé et pour combler les déficits considérablement aggravés qui vont découler de la récession économique.


L’Allemagne est montrée en exemple, elle qui était il y a peu encore montrée du doigt pour son entêtement à pratiquer l’austérité budgétaire alors qu’elle affiche des excédents depuis plusieurs années déjà : elle a décidé de débloquer quelque 882 milliards d’euros de prêts pour les PME à partir de la Banque Publique. Les États-Unis ne sont pas en reste : Donald Trump et le Congrès américain font à nouveau exploser le déficit en ajoutant 2200 milliards aux 1000 milliards déjà comptabilisés. La France jette modestement 45 milliards dans la balance mais à partir d’un déficit 2019 estimé aux alentours de 90 milliards d’euros avant de comptabiliser les pertes de recettes liées à la crise économique.

Les keynésiens qui n’avaient pas désarmé, sortent du bois pour se réjouir du changement de trajectoire dont ils espèrent qu’il se maintiendra au lendemain de l’épidémie. Les socialistes impénitents rient sous cape à l’idée que de grands groupes comme Renault ou Air France pourraient être nationalisés.

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Voire. Les décisions lourdes déjà prises ou celles à venir nous sont présentées par les dirigeants politiques comme des mesures d’attente qui ne préjugent pas de la gestion publique à venir. Une fois la tourmente passée, il faudra, pensent-ils, revenir aux bons principes de la modération des dépenses et de budgets équilibrés ou presque. La doctrine du système reste inentamée dans les discours. Le débat omet cependant, sauf exceptions individuelles, un paramètre décisif sous la forme de la création monétaire.

Moins de production, plus de dettes

J’ai conscience, en disant cela, de choquer nombre de personnes qui assistent aux actions, sans précédent, de soutien par les banques centrales. Que signifient, me diront-elles, les 750 milliards d’euros créés ex nihilo pour être jetés sur les marchés par la BCE dans la nuit du 15 au 16 mars ?

Ces sommes, comme celles qui sont injectées un peu partout de par le monde par les banques centrales, sont orientées vers les marchés financiers. Elles servent à racheter en masse des emprunts anciens pour soutenir leurs cours et, ainsi, faire obstacle à la faillite du système bancaire. Nous assistons à un remake du film qui s’est joué entre 2008 et 2014 où les acteurs monétaires ont empêché la dépression et, accessoirement, sauvé l’euro.

On oublie le coût de ce sauvetage. On oublie le fait qu’on a traité le mal par le mal, une crise de surendettement privé et parfois public par l’offre massive de prêts à bas coûts qui a porté l’endettement global du monde à des niveaux stratosphériques. Celui-ci a triplé depuis 2008 sans compensation comparable de la production mondiale, bien loin de là.

C’est dans la zone euro que le bât blesse le plus. Car les facilités de crédit offertes par les banques avec le soutien de la BCE n’ont généré qu’une croissance modeste, voire misérable. Le PIB de la zone s’est accru de 1% en 2019 mais de zéro ou presque dans des pays comme l’Italie ou l’Allemagne. Et voici qu’une forte récession, de l’ordre de 6% au moins va affecter les économies de la zone. Toutes les économies, sans exception, seront victimes d’un « effet de ciseaux » avec une production en berne et des déficits en forte expansion.

Encore faut-il savoir mesurer l’impact d’une récession sur les comptes publics. La France a subi entre 1992 et 1993 une récession jugée sévère à l’époque, de 1,2% du PIB. Son déficit public a bondi de moins de 2% du PIB à plus de 5% en l’espace d’un exercice, sans que la colonne des dépenses ne se soit vraiment accrue sinon du fait des dépenses de chômage supplémentaires.

Si l’on admet que l’impact sur les comptes publics sera dévastateur du double fait de la récession et des dépenses extraordinaires, c’est un casse-tête qui se présente devant nos dirigeants sous la forme d’une évolution non maîtrisable des déficits et des dettes.

Le nouvel impératif monétaire

Toute la difficulté présente provient du fait que les dépenses extraordinaires et le manque à gagner seront financés par l’emprunt sur les marchés du crédit, par l’emprunt des États auprès des banques elles-mêmes refinancées par la banque centrale. Ironie du sort, la sauvegarde de certaines banques par les États sera couverte par des emprunts desdits États auprès du système bancaire !

Est-il besoin de dire alors qu’il faut créer de la monnaie nouvelle pour couvrir tous les déficits supplémentaires occasionnés par la crise, déficit de l’assurance-maladie, de l’assurance chômage, des retraites, de l’État, des soutiens aux PME qui ont besoin de deux mois au moins de trésorerie gratuite, sans quoi la récession tournerait à la dépression ? Est-il besoin de dire que le maintien de la doctrine du financement non monétaire des dépenses publiques, tandis qu’on déverse de l’argent nouveau sans discontinuer sur les marchés financiers, est suicidaire ? Est-il besoin de dire, accessoirement, que le risque d’inflation est nul alors que la déflation pointe à l’horizon comme en 2008 ? La BCE devrait être autorisée à créer de la monnaie, remise directement aux Trésors publics, pour couvrir ces dépenses, en rupture avec ses statuts.

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Car c’est la zone euro qui est la plus concernée. Elle a connu, entre 2008 et 2019, la plus faible croissance du monde, une croissance qui devrait être annulée par la crise en cours. Elle n’a pas réduit vraiment ses dettes anciennes sauf en Allemagne. Et elle est emmaillotée dans une monnaie unique qui interdit les ajustements de parité entre les pays les plus productifs et les moins productifs. Et qui interdit aussi le financement monétaire du système public quel que soit le contexte.

Ce que je propose, sous la forme d’une exception temporaire à la règle d’interdiction, se heurte inévitablement à une objection. Ne voulez-vous pas, me dira-t-on, préparer la voie à un changement de la règle et ébranler le système en profitant des turbulences du moment ? Ne cherchez-vous pas à saper les bases de la monnaie unique, symbole de l’Europe intégrée ?

Réponse : oui. Oui, l’épidémie si redoutable nous offre l’occasion de réarmer nos intelligences, de libérer nos neurones paralysés par une doctrine qui interdit le débat. Avec cet argument ultime : si la déflation s’abattait sur nos peuples, l’hypothèse d’une nouvelle expérience socialiste s’imposerait à nouveau, nonobstant ce que l’ancienne a pu révéler de nocif ou de monstrueux.

Le secret néolibéral

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Union Nationale: orages d’acier et actes de papiers…

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Béatrice Brugère © Hannah Assouline

L’Union Nationale convoquée solennellement suite à la déclaration de guerre au coronavirus par le Président de la République ne peut être synonyme de soumission servile à la communication hasardeuse du gouvernement, pétrie d’injonctions contradictoires. Elle ne peut pas être non plus un moyen d’étouffer toute controverse et critiques constructives.


S’il est toujours délicat de mesurer le moment précis pour réagir, ceux qui cherchent à tout prix à museler le débat au nom de cette union sacrée se trompent car des mauvaises décisions qui persistent deviennent des fautes et le paravent de la doctrine officielle d’un conseil scientifique ne peut servir de substitut à l’action politique ni à la responsabilité consubstantielle. D’autant que les scientifiques – et on le constate de jour en jour – sont en désaccord entre eux et que leurs réflexions évoluent.

L’union nationale ne se décrète pas, elle s’organise avec des actes concrets et des hommes et femmes de tous les bords. Et ce n’est sûrement pas un blanc-seing donné au pouvoir

Le temps est compté, chacun doit prendre ses responsabilités et l’union sacrée n’est pas un mantra. Le temps de la sidération est dépassé et celui de la projection prématuré, celui de l’action est arrivé. Chaque décision prise aujourd’hui comptera pour demain.

L’État doit se protéger en protégeant ses agents et les acteurs économiques et sociaux au risque d’un affaiblissement total de ses institutions et de ses forces vives.

L’heure des comptes viendra

Les agents de la justice, comme ceux des autres ministères régaliens (Intérieur et Défense) doivent être tout particulièrement mis à l’abri d’un risque sanitaire car ils assurent la survie et la continuité de l’État. Ces agents, par leur action continue en temps de crise et leurs missions d’intérêt général, empêchent le pays de sombrer dans le chaos. Ils doivent être capables bientôt de faire face aux conséquences des crises économiques et sociales qui nous attendent.

Leur activité doit s’inscrire dans un temps long de crise et à ce titre chaque agent devient une ressource stratégique tout comme le personnel médical au chevet des malades. Malheureusement, tout comme pour le personnel médical, ce n’est pas le cas. S’inscrire en faux contre des mauvaises décisions et réclamer des bonnes décisions qui tardent à venir (masques et dépistage massif) relève de la responsabilité et non pas de la sédition. Comme disait le général MacArthur, l’histoire de défaites militaires peut être résumée en deux mots: trop tard.

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L’heure des comptes et des décomptes viendra, maintenant c’est l’heure des décisions où l’intelligence collective doit être mobilisée. Les politiques devraient écouter les acteurs de terrain et les syndicats qui les représentent et canalisent leurs retours d’expérience.
Car l’union nationale ne se décrète pas, elle s’organise avec des actes concrets et des hommes et femmes de tous les bords. Et ce n’est surement pas un blanc-seing donné au pouvoir.

Cette expression née le 4 août 1914 dans la bouche du Président de la République Raymond Poincaré avait un tout autre contenu. La veille, l’Allemagne avait déclaré la guerre à la France. Devant cette situation les clivages politiques disparaissaient immédiatement. Jules Guesde et Albert de Mun se tombaient dans les bras et Maurice Barrès allait prononcer l’éloge funèbre de Jean Jaurès aux côtés de Léon Jouhaud, secrétaire général de la CGT qui à son tour décrivait les prolétaires français comme les « soldats de la liberté » face à la tyrannie allemande.

De la Grande Guerre au coronavirus

Sur le plan politique, René Viviani appelait, pour la première fois au gouvernement des socialistes. Le pacifiste Marcel Sembat recevait le portefeuille de travaux publics et Jules Guesde entrait lui aussi au Conseil. Le syndicaliste Albert Thomas était nommé sous-secrétaire d’État à l’artillerie et à l’équipement militaire avant d’être élevé plus tard au rang de ministre.

Par la suite, sur les sept cabinets constitués pendant la guerre, la participation socialiste fut variable mais constante au moins jusqu’en 1917. Mais la bataille de Verdun et la Révolution d’Octobre ébranlèrent l’adhésion inconditionnelle des socialistes au nationalisme patriotique. Cette participation au gouvernement trans partisane, cette Union sacrée, ne signifiait ni abandon de la vigilance ni évitement des décisions difficiles. Tout au contraire, la bataille de Verdun (février-novembre 1916) et l’offensive Nivelle (avril-octobre 1917) démontraient que les mauvaises décisions devaient être dénoncées. Ainsi en mars 1917, Lyautey alors ministre de la Guerre démissionnait refusant d’appliquer le plan de Nivelle. L’offensive qui se concentrait sur 30 kilomètres de front au Chemin des Dames était une erreur tactique. Bilan de l’opération : 200 000 morts et 160 000 blessés du côté français sans aucun résultat, les lignes allemandes ont tenu bon. Le 15 mai, suite aux premières mutineries des soldats sacrifiés à l’imbécilité du plan de Nivelle, ce dernier était démis de ses fonctions. La commission d’enquête confiée au général Brugère conclura que « Nivelle n’avait pas été à la hauteur de la tâche écrasante ». Il sera « limogé » à Alger.

Les prochaines crises inévitables

Si dans un monde imprévisible, on ne peut reprocher à ceux qui sont aux commandes de tout prévoir, en revanche ce qui est prévisible, c’est que lorsqu’on confie des pouvoirs à des incapables, le résultat est toujours calamiteux. Car, comme disait Camus, « la bêtise insiste toujours ».

N’en déplaisent au gouvernement, ceux qui s’opposent à leur stratégie de l’échec doublée d’atteintes injustifiées à nos institutions et à nos libertés fondamentales ne sont pas des irresponsables. Changer de cap est toujours possible. Aussi toute action à cette fin, y compris pénale, est la conséquence directe de la surdité de certains décideurs et signe l’échec du dialogue social entre les décideurs et les agents de terrain. Enfin chacun doit agir selon sa fonction, le politique gouverne, les syndicats protègent leur profession et les conditions de travail.

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Notre pays sortira de cette crise uniquement au prix de la vérité, condition importante de la résilience collective et de la mobilisation nécessaire pour reconstruire un État stratège à la place d’une bureaucratie administrative, pour promouvoir une justice forte et indépendante au service de l’intérêt général à la place d’une justice en miettes sous le contrôle du pouvoir.

À ceux qui se projettent déjà dans l’avenir, il ne faudra pas oublier que l’on ne construit rien de durable sur des sables mouvants et qu’un examen sans concessions de l’état des lieux sera un préalable indispensable pour asseoir des fondations afin d’affronter les prochaines crises systémiques inévitables.

Une réorganisation du périmètre d’intervention, de dotation et de gouvernance de la fonction publique au service de l’intérêt général devra être repensée en sortie de crise.

Du confinement pour qu’on nous foot la paix

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Cristiano Ronaldo lors de la Coupe du Monde de 2006 © ANJA NIEDRINGHAUS/AP/SIPA Numéro de reportage: AP20451769_000009

Ma guerre en short. La chronique de Cyril Bennasar.


Je n’ai jamais aimé le football. Quand j’étais collégien, c’était plutôt un truc pour les blaireaux. Le footeux qui venait à l’école en survêtement avait à peu près autant la cote avec les filles que le matheux avec sa mallette, celui qui pouffait de rire quand il avait écrit elebese avec les chiffres à l’envers sur sa calculatrice. À l’époque, « intello » n’était pas une insulte et « sportif » pas un compliment. C’était avant que les racailles débarquent et personne ne se baladait alors dans la rue en survêtement, l’ancêtre du jogging. C’était la honte, on tenait absolument à se changer pour revenir à pied du gymnase au collège. On, c’est-à-dire tout le monde sauf les deux ou trois sportifs de la classe, ceux qui arboraient fièrement des maillots bariolés pour ressembler à leurs idoles Panini, ceux qui comme le chien de Pavlov, se mettaient à sautiller à la vue d’une baballe.

Plus de foot pendant deux mois

Aujourd’hui, et je ne peux m’empêcher de penser que la tiers-mondisation du pays y est pour quelque chose, tout le monde aime le foot, les racailles et les fachos, Zemmour et Naulleau, et même Finkielkraut, qui en plus d’être notre maître à penser par nous-mêmes, est le mètre étalon du raffinement à une époque braillarde et avachie. J’ai beaucoup réfléchi pour élucider ce mystère. Comment notre champion peut-il se mêler à la foule d’un stade pour enculer les Niçois ? J’ai une thèse : ce truc se transmet par le père. Quand Finkielkraut est assis dans les gradins avec son fils, il s’y retrouve comme assis à côté de son père. Je ne vois pas d’autre explication. Le mien m’emmenait au cinéma voir Bruce Lee, Chuck Norris ou les Sept Samouraïs, et maintenant, je sors avec mon fils pour voir Van Damme ou Jason Statham. Je ne dis pas que c’est mieux. Même si je le pense.

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Vous comprendrez donc pourquoi aujourd’hui, le confinement me repose. Plus de foot pendant deux mois. Plus de coups de pied retournés dans la gueule des méchants au ciné certes, mais plus non plus en rediffusion à toute heure et sur toutes les chaînes afin que personne ne puisse échapper au but du jour. Finis les hymnes héroïques et martiaux pour annoncer l’arrivée sur le terrain d’une bande de tatoués coiffés comme des tantes en short et chaussettes montantes qui viennent défendre les couleurs de Castorama ou des monarchies pétrolières et terroristes. Terminé le chiqué des fiottes qui se roulent par terre en se tenant le tibia. Loin des regards les gouines crottées aux formes carrées et chaussures à crampons qui font des têtes, mouillent le maillot et crachent sur le gazon. Ajournés les journaux télévisés qui s’ouvrent sur le pet de travers de Neymar ou la tronche en biais de Ribéry, sur les putes des uns et les sex-tapes des autres. 

Je peux rallumer la télé

Pendant quelques semaines, on n’entendra plus sur toutes les chaînes, ces mots et ces expressions vulgaires qui me font éteindre rageusement mon poste en temps normal : le “mercato”, les transferts, les sélectionneurs et les entraineurs, les “droits télé” et la FIFA, les rencontres amicales et les matchs retour, le “Ballon d’or” et le hors-jeu, la surface de réparation et la lucarne, le lobe et le corner, Mbappé et le PSG, N’Golo et Monaco. Pour une fois dans l’histoire mondiale du vingtième siècle, comme en temps de vraie guerre, on va nous foutre la paix avec les matchs et les Coupes, de France, d’Europe et du monde, et on épargnera tout ce bordel incompréhensible à qui se contrefout de la relégation de la Champions League en ligue D2 de la coupe d’Europe des clubs champions. Enfin, on mettra au pot la poule A, la poule B, tous les poussins et on fermera le couvercle jusqu’à la fin du confinement.

Relire la chronique d’hier: Gourance

Provisoirement, mais sûrement, tant que le virus sévira, on vivra au pays des droits de l’homme à ne pas être dérangé constamment par le vacarme des supporters du ballon rond. Profitons-en, ça ne durera pas.

Alain Finkielkraut: « Jamais tant de féroces inepties n’ont été proférées sous le drapeau de la liberté d’expression »

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Giorgio Agamben © Leonardo Candeno Leemage

Tout le monde, les médecins comme les profanes, le gouvernement comme les citoyens, a été pris au dépourvu par l’irruption du nouveau coronavirus.


On a cru d’abord que l’épidémie resterait cantonnée à la Chine. Les hautes autorités médicales elles-mêmes ont longtemps été rassurantes. Le professeur Raoult, notre Pasteur, n’était pas le dernier à railler les alarmistes. Quand l’Europe a été atteinte, on a tiré du fait que 98% des malades guérissent la conclusion réconfortante qu’il s’agissait d’une grippe saisonnière carabinée. Et nous voici, tous autant que nous sommes, assignés à résidence pour une durée indéterminée. Cet événement dont personne n’avait prévu l’ampleur ni la virulence nous invite à la modestie.

Nous devrions nous dire avec Péguy : « Tout est immense, le savoir excepté ; tout arrive, il suffit d’avoir un bon estomac ». Eh bien non, l’heure est au procès des politiques. Ils ont réagi trop tard, disent les uns ; ils en font trop, disent les autres. Ceux-là dénoncent leur incurie, crient au scandale et parlent même de crime d’État. Ceux-ci fustigent l’instauration de l’état d’exception et s’insurgent de voir les libertés élémentaires anéanties par ce qu’ils appellent, après Michel Foucault, le « biopouvoir ». Ils savaient et ils n’ont rien fait, hurlent les premiers. Ils érigent une simple grippe en peste noire pour mettre toute la population sous surveillance, affirme sans sourciller le disciple autoproclamé d’Hannah Arendt, Giorgio Agamben : « Il semblerait qu’une fois le terrorisme épuisé comme justification des mesures d’exception, l’invention d’une épidémie puisse offrir le prétexte idéal pour étendre celles-ci au-delà de toutes limites. » Et si les gens obéissent sans broncher, ajoute Agamben, c’est parce que notre société ne croit plus qu’à la survie : « C’est un spectacle vraiment attristant de voir une société tout entière, face à un danger d’ailleurs incertain, liquider en bloc toutes les valeurs éthiques et politiques. » Les faire-part de décès remplissent dix à douze pages des journaux italiens et voilà ce qu’ose écrire l’une des stars du campus mondial ! Peter Sloterdijk, le plus grand philosophe allemand d’aujourd’hui, n’est hélas pas en reste. Emporté par l’ivresse conceptuelle et la volonté de sortir des sentiers battus, il écrit : « La crise corona affiche tous les symptômes d’une prise de pouvoir par la “sécuritocratie” camouflée sous les apparences d’une médicocratie bienveillante. » Alors que « le nouveau virus de provenance chinoise n’est que l’un des multiples pseudonymes de la mortalité moyenne », le souverain instaure l’état d’urgence. Et entre autres « diktats démesurés », il ferme les écoles « en sachant que les enfants ne sont guère menacés parce qu’ils disposent d’une immunité naturelle ». Sachant, pour ma part, que les enfants immunisés transmettent le virus à ceux qui ne le sont pas, je reste confondu par une aussi péremptoire ignorance. Et apprenant que Sloterdijk propose contre « nos solutions soi-disant raisonnables », l’invention d’une nouvelle science, « la labyrinthologie », je pense à cette formule admirable de Gombrowicz : « Plus c’est savant, plus c’est bête ».

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Car le XXe siècle nous l’a appris, la bêtise n’est pas le contraire de l’intelligence, il y a une bêtise de l’intelligence, une bêtise des intellectuels qui prend la forme de l’esprit de système. La différence du naturel et de l’artificiel ayant été abolie ou, pour le dire avec les mots de Hans Jonas, « la cité des hommes, jadis une enclave à l’intérieur de la nature non humaine, s’étant répandue sur la totalité de la surface terrestre », la modestie n’est plus de mise. Si l’homme, en effet, est impliqué dans tout ce qui arrive à l’homme, si rien n’échappe à la magistrature de l’histoire alors, disent les Intelligents, l’absurde et le tragique n’ont plus de place dans la pensée, l’homme ou certains hommes doivent être tenus comptables de chaque événement, épidémie comprise. Odo Marquard l’a dit mieux que personne : « La philosophie de l’histoire, qui ne parle plus de Dieu et ne veut plus parler de la nature, mais doit parler de l’homme, découvre, comme figure décisive, les autres, les hommes qui empêchent le bien voulu par les hommes : les adversaires, les ennemis. » Ainsi, il y a bien une guerre pour ceux-là mêmes qui, comme Sloterdijk, font grief à Emmanuel Macron d’utiliser un vocabulaire martial : c’est la guerre contre le pouvoir omniscient et manipulateur. Confrontée à une pandémie sans précédent, la bêtise de l’intelligence incrimine non le virus, mais les gouvernants. Peu importe les immenses efforts que ceux-ci déploient pour sauver les entreprises et pour éviter les licenciements.

Alain Finkielkraut  (c) Hannah Assouline
Alain Finkielkraut
(c) Hannah Assouline

On tient pour rien que ces serviteurs du capitalisme international, comme les appelle Michel Onfray, aient choisi de figer l’économie pour sauver les vies des plus vulnérables et qu’ils n’aient aujourd’hui qu’une obsession : ne pas se trouver, à cause de l’engorgement des hôpitaux, dans la situation de faire le tri entre les malades. Le monde étant peuplé de volontés, nos gouvernants sont les coupables du malheur qui nous échoit. Qu’on m’entende bien : il est tout à fait légitime de pointer les défaillances de l’exécutif et de critiquer sa communication ou ses tergiversations. Mais la haine qui tient lieu aujourd’hui de critique repose sur l’oubli que l’incertitude est le lot de la condition humaine. Et cet oubli est impardonnable.

En tout cas, ceux qui s’inquiétaient de la restriction de nos libertés devraient être rassurés : jamais tant de féroces inepties n’ont été proférées sous le drapeau de la liberté d’expression que pendant cette crise. Quant à la discipline imposée par le confinement, elle ne nous infantilise pas, elle fait appel à notre sens des responsabilités. Ce sont les libertaires en colère qui ressemblent à des enfants soudain privés de leur bac à sable ou de leurs autos-tamponneuses.

Imaginons un instant que le pouvoir soit confié aux accusateurs méprisants des gouvernants tâtonnants. On subirait alors, en plus de l’horreur de l’épidémie, les ravages de l’incompétence. Et permettez-moi de regretter qu’en ces temps si difficiles, Causeur ait choisi d’être le rendez-vous des indignés. Il y avait mieux à dire et à faire. L’anticonformisme systématique est aussi un réflexe pavlovien.

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Covid–19: l’Europe atterrée

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Le ministre Bruno Le Maire au téléphone avec Mario Centeno, président de l'Eurogroup, le 7 avril 2020 © Thomas SAMSON / AFP

Le FMI prédit que la crise aura les pires conséquences « depuis la grande dépression de 1929 ». Alors que les Etats européens forment un ensemble fort disparate sanitairement et économiquement, la question de la sauvegarde de l’euro reste entière. Analyse.


L’effroyable bilan humain du Covid–19 en Europe (75% des décès dans le monde) commande un diagnostic lucide et urgent sur l’état de l’UE. Une double question revient, à juste titre, de manière obsédante : comment expliquer que dans nos pays supposés développés, dotés de moyens médicaux modernes et d’une protection sociale de haut niveau, a pu se déclencher une tragédie sanitaire que la Chine, dont le niveau de vie est sensiblement inférieur au nôtre, a su maitriser au même titre que le Japon, la Corée, Taiwan, Singapour ou Hongkong, pays pourtant caractérisés par une densité humaine très élevée ? Comment, avec une connaissance précise de la maladie dès fin janvier, sa contagiosité extrême, y compris par des porteurs asymptomatiques, ses exigences en réanimation lourde et sa mortalité très élevée chez les personnes âgées et/ou fragiles, avons-nous laissé ce fléau nous dicter sa loi ?   

À la fin des fins, cette UE dont les thuriféraires nous expliquaient encore, au cours des dernières élections européennes, à quel point elle constituait une zone privilégiée, une oasis de paix, de prospérité et de « protection », aura montré sa terrible fragilité

Mille raisons ont été jusqu’ici avancées pour tenter d’apporter des réponses à ces légitimes interrogations. 

  1. La principale explication tiendrait à la proportion des plus de 65 ans dans la population. Ainsi, l’Italie, pays le plus âgé, justifierait son effroyable record de 300 morts par million d’habitants par ce facteur. En apparence séduisant, ce raisonnement ne tient pas. D’autres pays « âgés » comme l’Allemagne, la Slovénie, l’Autriche, le Portugal, le Japon ont, en effet, des taux de mortalité à des années lumières de ceux de l’Italie. Et l’Espagne, qui a un taux de vieillissement légèrement inférieur à la moyenne européenne, a rattrapé la « botte » dans le carnage.
  2. Autre facteur avancé : la sociabilité. Les « latins » se transmettraient plus facilement la maladie avec leur manie de prendre des pots, de s’embrasser et de parler fort (postillons). Là encore, c’est sujet à caution. Les Allemands ne vont-ils pas, eux aussi, prendre des verres dans les brasseries ? Les Britanniques et les Irlandais ne vont-ils pas dans les pubs le soir et ne sont-ils pas forts en gueule après quelques bières ? « La bise » n’est-elle pas une pratique généralisée en Europe ? Les enfants ne rendent-ils pas également visite à leurs grands-parents au Nord de l’Europe ? Personne ne rend visite aux vieux dans les maisons de retraites outre-Rhin ou outre-Manche ? Foutaises.
  3. Alors est-ce la faiblesse des systèmes sanitaires dégradés par des années d’austérité qui expliquerait la propagation foudroyante du Covid–19 sur le vieux continent ? Peut-être. Mais alors comment expliquer la faible mortalité au Portugal, en Grèce et en Europe Centrale, pays où l’hôpital public est chroniquement sous-financé et où la mortalité est paradoxalement bien inférieure à celle qui prévaut dans des pays dotés d’une médecine publique de haut niveau comme aux Pays-Bas, en Belgique, en Suisse ou au Luxembourg ?        
  4. Il y a aussi, bien évidemment, les dramatiques concours de circonstances locaux, créant de monstrueux « clusters » comme le rassemblement évangélique de Mulhouse qui a provoqué le drame du Haut-Rhin. Sans évoquer l’invraisemblable contagion directe de centaines de skieurs de tout le continent dans un bar bondé de la station autrichienne « branchée » d’Ischgl par un serveur infecté, à l’origine d’une contamination pan-européenne ou encore le grand match de foot Atalante-Valence qui s’est tenu à Milan le 19 février avec 45.000 fans, pour ne prendre que ces dramatiques exemples. 

Pour insuffisantes ou peu crédibles qu’elles soient pour expliquer que l’Europe soit rapidement devenue l’épicentre de l’épidémie, toutes ces raisons ne doivent pas masquer la principale. La propagation du Covid–19 a, en réalité, dépendu de la réponse qui a été apportée par les autorités nationales à la menace. Un dépistage aussi massif que précoce ainsi que les fermetures de frontières ont bien sûr joué un rôle crucial à cet égard. Une fois de plus, avec six fois moins de décès par million d’habitant qu’en France (28 contre 167), l’Allemagne montre une solidité et une puissance que l’arrivée massive des migrants de 2015 n’a pas encore réussir à affaiblir.  Ce n’est pas de l’admiration mais un constat.           

Une grande et indispensable étude épidémiologique au niveau européen ainsi que des commissions d’enquête au niveau national devront apporter, pays par pays, des réponses claires et sans compromissions sur les causes et les responsabilités de cette catastrophe historique. À la fin des fins, cette UE dont les thuriféraires nous expliquaient encore, au cours des dernières élections européennes, à quel point elle constituait une zone privilégiée, une oasis de paix, de prospérité et de « protection », aura montré sa terrible fragilité. Mais surtout son incroyable hétérogénéité et sa très relative solidarité. D’une dizaine de décès par millions d’habitants dans certains pays à près 300 dans d’autres, ces disparités ne sont aucunement justifiées par des différences de niveau de vie, d’âge moyen, de climat ou même de sociabilité. Il faut, dès lors, bien admettre que le continent a surtout montré, à travers ses différences de situations, sa totale incurie. 

Quel que soit le crédit que l’on peut accorder aux chiffres chinois, la Chine a tout de même pu se sauver en isolant totalement le Hubei et ses 58 millions d’habitants, coupant cette province du reste du pays, quand nous avons continué à laisser quotidiennement aller et venir, de pays en pays, en voiture, en train et en avion des centaines de milliers d’Européens, répandant inconsciemment le plus grand fléau de ces cent dernières années. Incapable d’agir collectivement, l’Europe n’en a pas moins imposé une obligation idéologique à chaque État, la France toujours en tête dans l’idéalisme eurolâtre, de « garder les frontières ouvertes », et ce, quelle qu’en soit le prix humain et finalement économique à payer. La nature autoritaire du régime politique chinois est avancée pour nous expliquer que nous ne pouvions agir de la même manière, nous les démocrates… Problème : nous avons fini par l’imiter voire, à bien des égards, le surpasser (en confinant toute la population, là où Pékin n’avait confiné qu’une région, pour ne prendre que cet exemple). 

On nous rétorquera que les États-Unis sont, eux aussi, durement frappés. C’est numériquement indéniable. Mais cet argument se trouve tempéré par le fait que c’est surtout New York et ses banlieues qui concentrent plus de 50% des cas et des décès de cet immense pays. Par ailleurs, avec une cinquantaine de décès par million d’habitants au 9 avril, ce pays est, par rapport à sa population totale, encore loin des terribles bilans de la majorité des pays européens. Ce n’est d’ailleurs pas par la Chine que les États-Unis ont été fortement contaminés mais bien par l’Europe. Trump n’a que tardivement suspendu les vols avec notre continent car pour toute l’élite américaine, républicaine et démocrate, l’idée de se fermer à ses alliés historiques était rebutante. Mais la rapidité et l’énormité de la contagion européenne et son exportation vers les États-Unis a complètement pris au dépourvu un pays qui déjà en 1939-40 avait été pétrifié par l’effondrement de l’Europe face à un autre fléau…      

Les peuples « vertueux » ne voudront pas davantage qu’en 2010-11 faire plus que leur part pour venir au secours des faillis. Et franchement, comment le leur reprocher ?

L’UE et la zone euro se relèveront-elles de cette épreuve ? Les élites dirigeantes en France et dans d’autres pays européistes, feront tout pour nous convaincre que la solution réside dans : 

  • « davantage de souveraineté européenne » donc moins de souveraineté nationale avec, pour conséquence, une hausse de la contribution nette au budget européen de cette France classée comme « riche » en terme de PIB par habitant bien que ruinée par sa dette monstrueuse ; 
  • Toujours autant d’immigration « qui nous enrichit » et d’asile « qui nous oblige », au prix de la dissolution continue de notre identité et d’une insupportable surcharge sur nos systèmes sociaux ;
  • Une dose homéopathique de « démondialisation » car même un protectionnisme raisonné continuera à leur rappeler le « nationalisme » qu’ils abhorrent puisqu’y figure le mot-racine honnie de « nation ». Pour protéger leurs œillères idéologiques, ces élites s’aveugleront volontairement sur le fait que Japon, puis Corée, Chine et Inde ont bâti leur développement et leur puissance sur un nationalisme identitaire et économique courtois mais intransigeant. 

Cette fois pourtant, ils ne réussiront pas à nous faire avaler leur salade. Ce qui s’est passé est trop grave. Trahisons et  mensonges, par omission comme par commissions, nous ont trop meurtri. Un « modèle » a vécu. Et il va bien falloir en refonder un autre, sans les élites européistes, basé sur des nations à la fois souveraines et unies.         

Pour la zone euro, les dégâts sont d’ores et déjà considérables. Entre, d’une part, la poignée de pays bien gérés, favorisés par un euro sous-évalué en ce qui les concerne – Allemagne en tête – et, d’autre part, la dispendieuse France, l’incorrigible Italie, la Belgique plombée par sa Wallonie-Bruxelles socialiste et l’Espagne/Portugal encore fragiles malgré des efforts réels, l’écart va se creuser. Les peuples « vertueux » ne voudront pas davantage qu’en 2010-11 faire plus que leur part pour venir au secours des faillis. Et franchement, comment le leur reprocher ? La fin de l’euro n’est pas à l’ordre du jour, tant il parait aventureux d’ajouter plus de trouble à une situation qui l’est bien assez. Toutefois, comment ne pas admettre qu’une monnaie nationale a la vertu d’obliger chaque pays à assumer ses choix économiques et sociaux – ainsi que ses faiblesses – avec l’ajustement de la valeur de sa monnaie ? La vérité est qu’il n’y a pas de solution fédérale européenne aux réalités socio-économiques d’une Europe dont l’histoire et l’ADN ne sont en rien comparables aux autres grandes fédérations du monde, qu’il s’agisse des États-Unis, de la Russie, du Canada, de l’Australie ou même de l’Inde.

Toutefois, dans les jours qui viennent, l’Eurogroupe va s’échiner à apposer de nouvelles rustines sur cette monnaie qui fédère des pays « infédérés » et dont les divergences économiques et financières seront toujours plus criantes. Nous entendons déjà les énièmes rengaines sur la nécessité d’eurobonds, rebaptisés « coronabonds », pour coller à la réalité de l’instant et censés mutualiser les risques en témoignant ainsi de la solidarité européenne. Mais pas plus qu’en 2011 au moment de la crise des dettes souveraines, les pays européens « sérieux » (Allemagne en tête) se laisseront facilement « tordre le bras ».     

On nous rappellera également la nécessité de compléter l’union bancaire et l’union des marchés de capitaux, comme si la construction de nouveaux étages était une solution à la fragilité des fondations. 

Concrètement un plan d’aide de 100 milliards d’euros de la Commission, intitulé « SURE », vient d’être mis sur pied pour financer les programmes de chômage partiel et d’indemnisation de l’arrêt d’activités, principalement en faveur de l’Italie et l’Espagne. Mais ne nous y trompons pas : il s’agit de prêts qui se rajouteront à l’endettement public, l’avantage étant qu’ils seront moins chers et plus longs que ceux accessibles sur les marchés financiers. Cela sera très insuffisant et les élites européennes le savent. Tant et si bien qu’elles centrent désormais le débat sur le Mécanisme Européen de Stabilité (le fameux MES, sorte de « FMI européen »), dont la capacité d’intervention est de près de 410 milliards d’euros de prêts mobilisables pour les pays en difficulté et dont la conditionnalité, très « austéritaire », serait fortement allégée compte tenu des circonstances actuelles. La Banque Européenne d’Investissement participera également à l’« effort de guerre » en augmentant considérablement ses financements d’infrastructures.   

Au-delà de ces pis-aller il existe une solution techniquement assez simple qui permettrait de desserrer la contrainte financière sur les États en grande difficulté et ce, sans transfert de dette d’un pays à l’autre ni de mutualisation de celle-ci entre tous. Elle consiste à modifier la politique de rachat d’actifs de la BCE via les banques centrales nationales. À l’heure actuelle et selon ses règles, le système européen de banques centrales (SEBC), dans le cadre de son « assouplissement quantitatif » (quantitative easing ou Q.E.), rachète la dette au prorata de la participation des États au capital de la BCE. Ainsi, l’Allemagne, gros actionnaire de la BCE et peu endettée, bénéficie mathématiquement du rachat d’une part très importante de son endettement public par la Bundesbank alors qu’elle n’en a nul besoin puisque les marchés financiers ont pleine confiance dans les obligations allemandes. Avec les mêmes règles de calcul, l’Italie, actionnaire plus modeste de la BCE mais criblée de dettes, ne peut pas compter sur la Banca d’Italia pour racheter une part importante de la dette du pays alors qu’elle doit faire face à des marchés financiers logiquement beaucoup plus réticents. La France se situant entre ces deux extrêmes.

Le bon sens voudrait que les pays les plus endettés puissent bénéficier de rachats beaucoup plus importants de leur dette publique par leurs banques centrales. Mais le risque est évidemment celui d’une vague inflationniste provoquée par cette importante création monétaire. Il suffirait que symétriquement les pays peu endettés cessent ou diminuent leurs rachats. Ainsi se créerait un équilibre au sein de la zone entre création monétaire au Sud et destruction monétaire au Nord, coordonné par la BCE. Cette stratégie que nous appellerons le « Q.E. asymétrique », n’a pas l’heur de plaire aux Allemands qui y voient un évident « aléa moral et financier » dont ils seraient, le cas échéant, les perdants.

Il est certain qu’une telle « facilité » – celle qui pourrait consister à s’endetter toujours plus et faire racheter la dette par la banque centrale – encouragerait les pires dérives budgétaires dans les pays qui y sont abonnés depuis des années.  En conséquence, et toutes choses égales par ailleurs, il y a un compromis européen à trouver entre ce nécessaire retour à la souveraineté monétaire nationale et d’indispensables règles communes de discipline budgétaire et financière au niveau de chacun des membres de la zone si l’on veut pérenniser l’euro.