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Chuck Norris: qui pourra (maintenant) sauver le monde?

Disparition de l'acteur américain


Chuck Norris: qui pourra (maintenant) sauver le monde?
L'acteur Chuck Norris en 1985 © RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA

Avec la disparition de l’acteur et karatéka à l’âge de 86 ans, figure viriliste, parangon de la baston affirmée, le manichéisme ceinture noire d’une Amérique triomphante vient de subir sa plus grande défaite idéologique. À défaut de rétablir la paix dans le monde, il aura au moins sauvé le petit écran et fait sourire…


La France a peur. Le monde occidental tremble sur ses bases. Qui pour nous protéger dorénavant ? Qui pour monter la garde face aux menaces en tout genre ? Qui pour mater cet adversaire invisible, le croquemitaine qui vient perturber la quiétude des honnêtes gens le soir quand la ville dort ? Qui pour combler les après-midis soporifiques de la télévision et y injecter un peu de baston au lieu du tripatouillage électoral dominical ? On l’attendait dans notre canapé.

Un p’tit gars de la campagne

Comme un messie blond à moustache, chapeauté, les yeux fixes, la mâchoire immobile, banal donc dangereux, il ne correspondait à aucun héros d’alors. Il n’était pas moderne, plutôt rustique d’apparence, s’habillant comme un Américain moyen ; il ne roulait pas en Ferrari comme Magnum ou dans un Van made in USA comme l’Agence tous risques, ce gars-là était d’ailleurs.

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D’une ruralité exogène. D’une société antique où le coup de tête est toujours la solution comme le professait Joss Beaumont dans Le Professionnel. On était partagés entre la farce du personnage, sa sobriété bestiale au second degré et le plaisir de voir les bons, les petits, les « sans-grade », les « sans-dent » triompher à la fin. Son minimalisme brutal et décomplexé était l’existentialisme d’un Occident à bout de souffle. Le dernier sursaut des invisibles. À cette époque-là, on n’analysait pas politiquement la démarche de Chuck. On se foutait de savoir pour qui il roulait. S’il était la vitrine paysanne de l’impérialisme yankee ou le puncheur de l’audimat. S’il était encarté ou déshumanisé. On observait sa technique de frappe comme naguère David Carradine nous apprenait à canaliser notre force intérieure. Chuck, c’était à la fois Popeye, Rambo et Dolly Parton. Du karaté, de la Country et un long pick-up de 6,9 litres de cylindrée consommant comme un supertanker dans le port de Rotterdam.

The mentalist

Certains week-ends, entraînés par la puissance de conviction de Chuck, son mentalisme ferrailleur, on tentait quelques sauts périlleux entre la table de la salle à manger et le buffet de grand-mère. Des acrobaties qui finissaient mal en général. Une année, un vase de Gien, de collection, on me le précisa longtemps, ne résista pas à cet assaut tout comme la cheville du jeune intrépide que j’étais. Chuck nous autorisait à être jeune et con. Avec lui, la bagarre était la seule et unique résolution. Chuck maître en coups de pied fouettés, de face ou latéraux, n’était pas un diplomate, un conciliateur, un intercesseur entre le mal et le bien, il était le bras armé d’une justice immanente, caricaturale, sommaire, comique et sacrément reposante. Il garantissait la paix sociale sans demander l’avis à une convention citoyenne ou à une commission mixte paritaire. Ah si la vie avait pu se résumer à l’efficacité physique de ce Walker Texas Ranger, les municipalités auraient été plus sûres. Certains rêvaient de remplacer Marianne par un buste de Chuck. Avec ce gars né dans l’Oklahoma, l’équivalent de la Beauce, la vidéosurveillance était facultative, les forces de l’ordre accessoires et les Centaure pouvaient rester au garage. Avec un Chuck populiste assumé, les problèmes liés au narcotrafic et à l’insécurité étaient réglés en 50 minutes chrono.

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La légende voulait que même le diable en personne changeait de trottoir quand il croisait Chuck. Que soutenir son regard vous damnait pour plusieurs générations. Et que le soleil lui demandait la permission de se lever chaque matin, par peur de son courroux.

Ce soir, au grand désespoir de nos parents qui nous ont payé de longues et coûteuses études, par sa simplicité biblique et son humour de garnison, Chuck aura un peu façonné notre vision de la loi du Talion et il nous amusa beaucoup. Chuck, c’était aussi la mythologie d’Hollywood, l’un des porteurs du cercueil de Bruce Lee avec, entre autres, James Coburn et Steve McQueen. Ce gars-là était terrible !

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Journaliste et écrivain. Dernières publications : "Tendre est la province", (Équateurs), "Les Bouquinistes" (Héliopoles), et "Monsieur Nostalgie" (Héliopoles).

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