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Le muezzin et les cloches


Alors que des mosquées profitent de la crise sanitaire pour faire sournoisement retentir l’adhan, l’appel à la prière du muezzin, il est important de rappeler en quoi cet appel est problématique, et pourquoi il ne peut pas être mis sur le même plan que les cloches des églises.


Depuis quelques jours, de plus en plus de mosquées en France prennent prétexte de la pandémie de Covid-19 pour faire retentir l’adhan, l’appel à la prière du muezzin. Et non, contrairement à ce que d’autres ont prétendu, ce n’est pas une fake news. Et non, malgré le discours officiel, ce n’est pas un « geste de solidarité et de soutien ». Oui, c’est une démonstration de force, une manière de prendre possession d’un territoire, et plus encore d’un espace symbolique. Oui, c’est une provocation.

L’affaire semble avoir commencé à Lyon. Pour le 25 mars, fête de l’Annonciation, l’Église catholique a appelé à faire sonner les cloches des églises de France à 20h pour participer aux manifestations de soutien et de gratitude envers les soignants. La Grande Mosquée de Lyon a alors décidé de lancer du haut de son minaret l’appel à la prière du soir, son recteur Kamel Kabtane déclarant sur Twitter : « Ce soir à 19h00, la Grande Mosquée de Lyon s’illuminera et l’appel à la prière du Maghreb sera dite du haut de son minaret pour soutenir ces hommes et ces femmes des services publics et des hôpitaux, qui depuis le début en dépit de la gravité luttent avec courage et abnégation. » Comme je l’avais écrit sur le même réseau un peu après : « Je vous crois sincère, mais je suis un de ces agents du service public et je suis aussi ce que votre livre saint nomme un « associateur » et appelle à tuer. Vous voudrez bien ne pas prétendre que faire la promotion d’une idéologie qui veut ma mort a pour but de me soutenir. » Depuis, les cas similaires se multiplient, comme dimanche à Bischwiller, situation que l’Alsacien que je suis connaît bien.

Marine Le Pen interpelle Christophe Castaner

Certains, par exemple et sans surprise Libération, se sont fait une joie de pointer une erreur de détail dans la lettre ouverte que Marine Le Pen a envoyée sur ce sujet à Christophe Castaner pour laisser entendre que rien ne se passerait, et que l’objet de cette lettre ne serait qu’un « appel à la prière islamique fictif ». Le président du CFCM, lui, s’est empressé de dénoncer « une campagne politico-politicienne aussi absurde qu’incompréhensible contre les musulmans de France ». Rappelons donc que tous les musulmans de France n’approuvent pas ces appels à la prière ostentatoires, et rappelons aussi que le CFCM n’a toujours pas jugé bon de relever de ses fonctions son délégué général Abdallah Zekri, qui considère que Mila « l’a bien cherché ».

Car on est loin ici d’une « absurde polémique politico-politicienne », pour la simple raison que l’on est loin, très loin, d’un authentique geste « de solidarité et de soutien ». Il y a évidemment des musulmans parmi ceux qui luttent contre la pandémie, parmi ceux qui en souffrent, parmi ceux qui en meurent. Mais il y a aussi beaucoup de non-musulmans. Or, l’adhan n’est pas juste une chanson exotique au doux parfum d’Orient. C’est un texte lourd de sens, dans lequel on entend notamment « Allahu akbar », « Allah est le plus grand » et « Lâ ilâha illa Llâh », « j’atteste qu’il n’y a de dieu qu’Allah ».

On peut le déplorer, y voir une récupération honteuse, il n’en demeure pas moins que « Allahu akbar » est devenu le cri de ralliement des jihadistes, comme il était jadis celui des armées conquérantes de l’islam. Samedi dernier, c’est ce cri qui a accompagné l’assassinat de deux de nos concitoyens au nom de l’islam, à Romans-sur-Isère. Le 10 novembre, c’est ce cri qui rythmait la manifestation de la honte « contre l’islamophobie », en réalité marche de soutien à l’emprise et aux ambitions de l’islam théocratique.

Que l’islam commence par se remettre en question

Quand à « Lâ ilâha illa Llâh », symbole de l’insistance islamique sur l’unicité divine, c’est par essence la négation de toute religion en dehors de l’islam. Et faire entendre le plus fort possible « il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah » ne saurait en aucun cas être un « geste de solidarité et de soutien » envers les croyants des autres religions, et plus généralement les non-musulmans, y compris les agnostiques et les athées.

Couplées, ces deux phrases « Allah est le plus grand » et « il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah » sont, pour reprendre la belle formule d’un ami, l’affirmation d’une primauté tout autant qu’un anathème. Personne j’espère n’oserait prétendre que diffuser par hauts-parleurs « Jésus est le seul vrai dieu, et vive les croisades ! » serait un « geste de solidarité et de soutien » envers nos concitoyens musulmans confrontés à l’épidémie, or ce serait ni plus ni moins que l’équivalent de l’adhan.

Je redis encore l’évidence : l’adhan est l’appel à la prière d’une religion qui certes ne se résume pas à ce qu’elle a de pire, mais dont il faut se souvenir qu’aujourd’hui même, dans 13 pays du monde – ce qui est beaucoup trop pour ne pas être signifiant – elle condamne à mort les apostats, les athées, les polythéistes, les blasphémateurs, et qu’en bien plus d’endroits encore elle menace et persécute les homosexuels. Et l’appel à la prière d’une telle religion n’a rien d’un « geste de solidarité et de soutien » envers les apostats, les athées, les polythéistes, les amoureux de la liberté d’expression et les homosexuels qui, eux aussi, luttent chaque jour contre la pandémie pour le bien de tous, qui en souffrent, qui en meurent.

Occupation sonore de territoires français

Oui, ces adhan qui retentissent – de surcroît et ne l’oublions pas dans une langue étrangère – sont des démonstrations de force, des provocations, des tentatives d’occuper un territoire : occupation sonore, physique, et plus encore symbolique, ce qui est d’une importance cruciale et trop souvent négligée. N’en déplaise aux lâches qui préféreraient ne rien voir, alors que ce n’est qu’une étape, et que laisser faire aujourd’hui revient à encourager encore plus de revendications, encore plus d’ostentation, encore plus de prosélytisme demain. N’en déplaise aux irresponsables, aux hypocrites, et aux complices plus ou moins lucides de l’islam théocratique.

Un dernier point. Non, l’adhan n’est pas la même chose qu’une sonnerie de cloches, et nous devons refuser fermement toute tentative de les mettre sur le même plan.

D’abord parce que les cloches font désormais partie d’une tradition qui dépasse largement leur signification chrétienne initiale, appartenant à un paysage sonore et à un patrimoine culturel commun. Dans la France sécularisée et laïque, elles sonnent par exemple le tocsin en cas d’incendie, ce qui n’a rien de religieux. En revanche, l’adhan n’a pas d’autre signification que religieuse, et ne saurait donc être donné à entendre sans que cette signification soit présente. Et à l’heure où l’on s’écharpe sur la place des crèches de Noël dans un pays où cette fête appartient pourtant elle aussi à un patrimoine sécularisé, laisser se banaliser la diffusion dans l’espace public d’un message explicitement islamique serait catastrophique.

Il ne faut pas relativiser

Ensuite parce que les cloches ne sont pas devenues le cri de guerre d’un totalitarisme sanglant, et parce qu’elles ne sont pas non plus la négation explicite de toute croyance en dehors de celle de ceux qui les font retentir. Une fois de plus, vouloir mettre toutes les religions, et tous les courants des religions, sur le même plan serait une erreur fondamentale. C’est un piège que nous tendent tous les fanatiques, désireux de bénéficier puis d’abuser de la tolérance à laquelle ont droit les croyants qui savent placer l’éthique et la raison au-dessus des dogmes. La France et la République ont le droit et même le devoir de traiter différemment leurs alliés et leurs ennemis, de traiter différemment les religions qui respectent leurs principes fondamentaux, et celles qui les menacent. La laïcité ne doit pas être neutre, elle doit être impartiale.

Oui, le christianisme fut jadis une idéologie totalitaire, Hypatie d’Alexandrie et Giordano Bruno l’ont payé de leurs vies. Mais il a évolué. La tentation théocratique subsiste par endroits, mais elle n’est qu’à peine résiduelle (du moins en Europe). Le christianisme a fini par se plier – de force au début, plus volontiers ensuite – au respect de la liberté de pensée, de la liberté de conscience, de la liberté d’expression. Et ça, ça change tout.

Les territoires conquis de l'islamisme

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Covid-19 contre Licence IV

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Le virus aura-t-il la peau des comptoirs parisiens?


À quoi reconnait-on la fin d’une civilisation éclairée ? La fermeture des librairies ? Des théâtres ? Des centres culturels ? Des ateliers d’artistes ? Des commissions mixtes paritaires ? Des Ministères ? De l’école ? Notre pays s’en remettra à une seule condition: que les comptoirs restent ouverts ! Il en va de notre dignité. C’est une question de salubrité publique. Sinon, le peuple ne répondra bientôt plus de rien. 

Notre identité bistrotière menacée

Dans la crise sanitaire que nous traversons, la distanciation menace le zinc et son expression fantasmagorique, notre identité bistrotière. Tout part de là ou se termine là, dans cet espace confiné et transparent, notre esprit querelleur, nos errances solitaires et nos amours contrariées y fermentent. Nous ne pouvons rien cacher aux autres. Tout le monde se regarde, se jauge, parle sans se forcer ou s’ignore magistralement. Le comptoir est le creuset de nos histoires personnelles. Un dernier sas de libertés avant les emmerdements à la maison, au boulot, dans le métro ou dans sa petite auto. Les cafés sont, à la fois, les témoins et les activateurs de notre sociabilité. Sans eux, que deviendrons-nous ? Des bêtes, des sauvages. Nous marcherions dans la ville, sans but et sans foi. 

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Garde ta main, je reprends la mienne!

Le bistrot donne aux Hommes une consistance (liquide le plus souvent) à leur existence brouillonne. Avouons-le franchement, Paris n’est pas reconnue et estimée, dans le monde entier pour la qualité de sa programmation artistique, ni la propreté de ses rues et encore moins pour la fluidité de sa circulation, elle doit sa permanence légendaire à sa kyrielle de bars, cette écharpe d’échoppes qui recouvre tous les arrondissements. Elle leur tient chaud durant l’hiver. Et aux beaux jours, elle s’envole pour découvrir ces parcelles de bonheur qu’on nomme communément les terrasses. Des lopins mitoyens et embrouilleurs qui grignotent le trottoir. Au pic de chaleur, ces terrasses bouffent tellement le bitume qu’elles bloquent le passage des poussettes et des vieillards. 

Pour le beaujolais nouveau, on sera heureusement déconfiné

Les cafetiers rêvent, en secret, d’annexer toutes les rues de la capitale. Ces vendeurs d’anisette s’imaginent en bâtisseurs, en Baron Haussmann du percolateur. On donnerait cher, aujourd’hui, pour se faire arnaquer royalement d’un expresso au prix fort, juste pour le plaisir d’entendre ses voisins se plaindre et le garçon nous snober, ou encore, plus émouvant, feindre de s’être trompé en nous rendant la monnaie. Cette sociabilité à la française, riche et fugace, délétère et drôle, devrait être inscrite au patrimoine immatériel de l’UNESCO. J’ose le dire, le bistrot, c’est ma vie. J’ai été élevé dans des caves remplies de foudres, gamin, je ne respirais pas l’encens sulpicien mais l’odeur de tanin qui prend à la gorge d’où ma prose titubante. Mon grand-père, pinardier de génie, le sens du partage et la science encyclopédique des alcools, une figure essentielle du Berry des années 1950-1960, piquait une colère noire quand il évoquait le « Vin de la courtille ». J’en ai appris la définition que très récemment en lisant L’argot du bistrot de Robert Giraud (la petite vermillon) : « En vieux français on appelle courtilles d’anciens jardins champêtres. Ce mot est encore en usage en Picardie dans le même sens, d’où vient ce proverbe « Vin de la courtille » pour mauvais vin, parce que les treilles des jardins n’en produisaient jamais de bon »

A lire aussi, du même auteur: Face au chaos avec Albert Cossery

En fermant les bistrots parisiens, vous effacez plusieurs siècles de littérature. Assassins ! Le jour d’après Covid-19, j’espère qu’on leur accordera les mêmes prévenances qu’aux bibliothèques. Car, en plus d’étancher la soif, les cafés poussent les écrivains à polir de jolies phrases. Henri Calet se souvenait dans Les grandes largeurs (L’imaginaire/Gallimard) d’un café « d’aspect démodé, au coin de l’avenue Mac Mahon et de la rue de Tilsitt » où il avait rendez-vous avec une amoureuse : « La moleskine de la banquette était rouge et collante. La fièvre, c’est nous qui l’apportions ». Ou de la description fastueuse d’un bistrot par Jean Follain dans Paris (Phébus/Libretto) : « Le comptoir du Vieux Paris en magnifique étain décoré d’une bordure de pampres fait époque ; sa fontaine est surmontée d’un moissonneur de bronze ; une fine décoration Directoire orne la glace de fond. Dans un aquarium encastré au mur nagent de petits poissons de Seine, dons de mariniers et d’agents de la fluviale ».  Plus populiste et acide, René Fallet, l’ex-Zazou de la banlieue Sud-Est, débouchait son litron de mélancolie dans Le beaujolais nouveau est arrivé (Folio) : « Le Café du Pauvre était le plus anachronique débit de boissons de Villeneuve-sur-Marne […] On n’y jouait pas au tiercé, on n’y regardait pas la télévision, on n’y écoutait pas la radio. Le monde entier restait à la porte. Les guerres mondiales seules y soulevaient un faible écho vite assourdi par le bruit des cartes des beloteurs ». 

Si vous supprimez les bistrots de notre topographie intime, vous tuez notre raison de vivre. À votre santé !

L'argot du bistrot

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Les Grandes largeurs: Balades parisiennes

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Covid: un vaccin vite et bien?


Seul le vaccin contre Covid-19 pourra éviter des récidives épidémiques périodiques voire annuelles. Mais il ne peut être développé en peu de temps. Le professeur de médecine Jacques HM Cohen explique pourquoi.


La plupart des gens pensent qu’il est facile de faire un vaccin contre le Covid-19, puisqu’on en a fait tant d’autres. Et que les délais sont affaires de moyens en argent et en hommes. Nous allons voir qu’à la fois, la voie vers le vaccin n’est pas forcément directe et évidente, et que le développement du vaccin comporte des étapes dont les délais sont incompressibles. A commencer par le temps de gestation de la souris !

Que vient faire le cycle reproductif de la souris dans le développement de ce vaccin ? Une souris transformée génétiquement dont les cellules expriment le récepteur humain pour une enzyme à la  surface cellulaire, lui-même récepteur du virus est indispensable.  Pour étudier si le virus pourra s’accrocher ou pas sur ce récepteur en fonction de l’immunisation de la souris avec le candidat vaccin.  Or il ne restait que quelques souris de ce type, après l’abandon de la plupart des recherches sur le SARS de 2003. Et la souris ne se divise pas trois fois par jour comme une bactérie mais sa gestation dure 3 semaines et elle ne se reproduit qu’à l’âge de 6 semaines. Il faut donc redévelopper l’élevage. Refaire des souris transgéniques ne permet pas d’aller plus vite car il faut compter 3 mois de délais supplémentaire. En dehors des souris génétiquement modifiées, il y a bien des animaux sauvages susceptibles à nos virus mais ce sont des animaux d’élevage laborieux comme le furet ou la roussette….

Cet exemple trivial montre qu’à moins de sauter les étapes et de s’exposer aux risques de sérieux ennuis, on ne peut passer de la boite de culture à l’homme sans essais animaux. En prenant le temps nécessaire.

La voie royale est coupée

On peut envisager des vaccins de nombreux types, nous en verrons quelques uns. Mais le plus simple est de cultiver le virus lui-même sur des cellules en lignée continue, de le purifier plus ou moins complètement, de l’inactiver en le tuant et de s’en servir tout entier comme immunogène. C’est par exemple ce qui se fait couramment pour le vaccin anti-grippal.

Malheureusement, on s’est très vite rendu compte que le sars-cov2 n’est pas stable en culture, mute énormément et va perdre ou modifier des éléments essentiels de son infectiosité et de son antigénicité. Trouvera-t-on des conditions de culture et un type cellulaire de meilleure préservation des caractéristiques du virus ? Aucune certitude. Et si on n’en trouve pas, cette voie royale sera barrée…

Un vaccin vivant atténué ?

Les risques de recombinaison d’un virus atténué vers une forme virulente sont considérés comme trop importants. Est-ce à dire qu’aucun vaccin vivant ne serait possible ?

C’est le chemin le plus probable. Il s’agit de faire exprimer des protéines virales par un autre virus vecteur inoffensif qui va infecter des cellules du sujet vacciné et leur faire produire et présenter au mieux les protéines virales et leurs déterminants antigéniques. Ce vecteur peut être non replicatif, c’est-à-dire qu’il ne prolifère pas ou au contraire diffuse largement dans l’organisme du sujet et malheureusement un peu en dehors également.

Mais quelles protéines exprimer ?

À minima le spike (les pointes de la couronne du coronavirus) indispensable à l’infection virale. Dont on peut espérer que le blocage par des anticorps vaccinaux inhibera l’infection. Malheureusement, pour obtenir une bonne immunisation, et éviter les échappements par mutation, il faut souvent viser et donc exprimer plusieurs protéines virales. De plus il ne suffit pas de prendre la séquence du virus pour que ses protéines soient exprimées convenablement et par exemple que le spike soit fait d’un trimère convenablement enroulé de la protéine de surface virale: dans le vrai virus ce sont des enzymes spécifiques qui découpent un précurseur. Il faut donc qu’ils soient présents dans la cellule cible ou apportés par le virus ou trouver d’autres solutions de repliement.

La voie des objets inanimés

La méthode la plus rapide à développer est de choisir des motifs antigéniques élémentaires (épitopes dans notre langue d’immunologiste) d’en synthétiser les motifs dans un polypeptide. D’accrocher cela sur un porteur renforçant l’immunogénicité et d’immuniser. La conformation dans l’espace de ces polypeptides est rarement celle des protéines naturelles. Une astuce a déjà été publiée pour obtenir des spikes trimèriques. Elle repose sur un fragment trimèrisant issu d’un bactériophage. Malheureusement, ce fragment est sans doute très immunogène et risque de conduire à des effets secondaires de réactions indésirables chaque fois que le sujet vacciné le rencontrera dans la nature…

De plus ces vaccins inanimés sont bien moins immunogènes que les vaccins vivants. Et même de moins en moins à mesure qu’on limite le nombre d’épitopes qu’ils contiennent. Leur immunité est ainsi peu durable et ces vaccins demandent des rappels fréquents.

Quels anticorps ?

Pour protéger d’une infection des muqueuses, un vaccin qui induise des anticorps de classe IgA, principale immunoglobuline à la surface des muqueuses est souhaitable. Dans le cas du vaccin polio où il existe un vaccin vivant et un vaccin tué, ce dernier, qui n’induit que des IgG protège de l’atteinte cérébrale mais n’empêche pas le portage sur les muqueuses. Ce qui dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui serait fâcheux… Comme le pire n’est quand même pas toujours sûr, dans le cas de la grippe, les anticorps IgG induits par le vaccin tué suffisent à protéger le sujet vacciner. Mais peu de temps il est vrai…

Y a-t-il des anticorps indésirables ?

On sait déjà avec l’expérience du Sars-cov-1 que lorsqu’on administre au sujet (ou ici au macaque) des anticorps anti-spike, il y a un risque si l’infection est en cours, de voir une réaction inflammatoire délétère aggravant la situation. Argutie théorique? Dans le cas de la Dengue, il y a 4 sous-types, chacun conférant l’immunité, mais sans protection croisée. l’infection par certains sous-types est plus grave si l’on possède déjà des anticorps  contre un autre sous-type. Un vaccin contre les 4 types de Dengue a été développé, soigneusement dessiné contre ce danger puis testé avant d’être diffusé à une échelle de masse. Des effets d’exacerbations chez l’enfant de 8 à 10 sans anticorps préalables, mais probablement confronté à du virus peu de temps après sa vaccination ont été constatés. Conduisant à l’arrêt de fait de cette vaccination et accessoirement à un bouillon de 5 milliards d’euros.

Dans le cas du Covid-19 et de Sars-nCov-2 il faudra s’assurer que ce phénomène n’est pas à craindre ou renoncer à vacciner dans un contexte épidémique.

Les outsiders

Des start-ups annoncent pourtant un vaccin pour l’automne. Basé sur une technologie révolutionnaire, celle des miRNA, éléments de code génétique qui vont faire fabriquer à la cellule l’antigène souhaités. Outre qu’on ne voit pas comment ces protéines vont pouvoir acquérir les conformations dans l’espace souhaitables, on ne peut que rappeler la mésaventures des vaccins à ADN il y a une douzaine d’année: sur le même principe. La fabrication protéique laborieuse allait disparaître, l’ADN faisant travailler directement la cellule. Cela marche bien chez la souris. Mais pas chez les primates, au premier chef dans notre espèce. Et les vaccins à ADN ont disparu…. On ne peut que souhaiter que les miRNa cette fois réussissent. Mais une démonstration avec un antigène vaccinal de référence contre une présentation conventionnelle de l’antigène avec un adjuvant banal serait la bienvenue.. et n’est pour l’instant pas disponible.

Vis-à-vis de l’épidémie de Covid-19 si tous les essais sont bienvenus, on ne peut mettre tous ses espoirs et ses efforts dans ces seuls vaccins modernes et novateurs, d’efficacité non prouvée….

Au-delà du prototype

Il faudra ensuite étudier l’amplitude et la durée de l’immunisation chez l’homme, calibrer les doses nécessaires et suffisantes. Ce qui demandera plusieurs mois d’observation.

Puis il faudra encore non seulement résoudre les problèmes industriels de production, mais surtout la distribution du vaccin sur toute la planète. Y compris dans des populations devenues allergiques  aux vaccins, pour de mauvaises raisons comme chez nous, ou pour de bonnes raisons pour d’autres populations échaudées par la chasse à Oussama Ben Laden déguisée en campagne de vaccination contre l’hépatite B.

Un vaccin opérationnel à échelle de masse pour l’été 2021 est donc un objectif ambitieux mais réalisable. Tout développement raccourci ferait prendre des risques, au minimum d’inefficacité et discréditerait l’ensemble des vaccins.

Retrouvez cet article sur le blog de Jacques HM Cohen.

Macron: médecin malgré lui


Au temps du corona, Causeur poursuit sa mission : informer, débattre, réagir. Malgré le confinement, vous pourrez acheter ce numéro largement consacré à la crise sanitaire et à ses conséquences futures en le commandant directement sur notre site ou dans les maisons de presse qui restent courageusement ouvertes. Covid-19, Marcel Gauchet, clientélisme des maires, Rassemblement national, Jean Giono : notre numéro d’avril vous ouvre ses portes.


Quelle mouche nous a tous piqués ? A tort ou à raison, en quelques semaines, nous sommes devenus Chinois. Par peur du Covid-19, dont la virulence n’a d’égale que la volatilité, une bonne partie de la planète, et singulièrement la France, s’est résignée à vivre cloîtrée. La bonne parole de nos politiques, qui nous annonçaient hier encore une bonne grippe et craignent aujourd’hui l’apocalypse sanitaire, donne l’impression d’un dogmatisme qui navigue au gré du vent. Dans ses habits neufs de médecin malgré lui acquis au « produisons français » et (provisoirement) réconcilié avec les frontières, Emmanuel Macron semble s’être déchargé sur les technocrates de la santé. Or, comme s’en émeut Elisabeth Lévy, « que la parole des médecins ait aujourd’hui la préséance, on le comprend. Elle ne saurait être exclusive (…) Si nous restons tous chez nous 24 heures sur 24, privés du droit de se dégourdir les jambes et de sortir Médor, le virus cessera de circuler, mais nous deviendrons tous fous, sans compter que des dizaines de milliers de Français, qui continuent à bosser, perdront leur emploi ou leur outil de travail ». Eh oui, « entre les approuveurs et les complotistes, il doit y avoir de la place pour une critique raisonnable ».

Sacré Raoult !

Depuis le début de la pandémie, l’administration médicale a donc pris le pas sur le gouvernement des hommes. Anne-Laure Boch dénonce ce putsch des blouses blanches qui accomplit le vieux rêves des totalitarismes : confier le pouvoir à une technocratie médicale aux moyens titanesques. Le trublion Didier Raoult essaie de secouer le cocotier en proposant un traitement à base de chloroquine. Trop précoces, les résultats de ses expériences n’autorisent aucune conclusion hâtive mais le grand infectiologue marseillais pourrait avoir raison contre ses pairs trop prudents. Son ancien élève Charles Seyrol décrypte les tenants et les aboutissants du débat.

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Plus globalement, l’heure sera bientôt venue de retenir les leçons de la crise pour construire le monde d’après. À cet égard, dans un entretien-fleuve avec Elisabeth Lévy, le philosophe Marcel Gauchet se garde bien de tout triomphalisme. L’exécutif ne sachant plus à quels saints se vouer, dès que le virus aura le dos tourné, le règne des économistes risque de succéder au gouvernement des médecins et le conformisme libre-échangiste reprendra de plus belle.

Pour Alain Finkielkraut, la sagesse n’a jamais été aussi malmenée que ces dernières semaines. D’aucuns imputent en effet aux gouvernants la responsabilité de l’hécatombe mondiale, oubliant le tragique de l’histoire.

Hervé Juvin n’en démord pas moins : dans un monde sans frontières, la dissolution de l’État et de la nation nous a conduits au sous-développement. Cette fuite en avant tuera tant que nous n’aurons pas substitué le savoir-vivre écologique au culte du marché.

Le RN migre vers la gauche

Chapitre actualités, oublions un instant l’épidémie en cours. Cap sur le Pas-de-Calais et les municipales avortées. Au premier tour des municipales, Bruay-la-Buissière a mis en tête le jeune député RN Ludovic Pajot. Certes épargné par l’immigration, ce bastion socialiste du bassin minier, tristement célèbre sous son ancien nom de Bruay-en-Artois, subit les effets de la désindustrialisation et le chômage. Reportage signé bibi. En toute logique, on peut se demander si à force de devenir étatiste, antilibéral, républicain, le Rassemblement national aurait trop dérivé vers la gauche…

Comme nous le rappelle Céline Pina, le premier tour des élections municipales a confirmé l’emprise des islamistes sur de nombreuses banlieues françaises. Alliés aux caïds de la drogue, ils s’infiltrent aussi bien à droite qu’à gauche pour mettre les villes sous coupe réglée.

Giono et Lacretelle

Enfin, Jérôme Leroy commémore le cinquantenaire de la mort de Jean Giono (1895-1970), le seul écrivain païen de langue française. Un volume de Gallimard permet d’explorer différentes facettes de son œuvre lumineuse dont la nature est le cœur vivant. Mention spéciale à Patrick Mandon qui s’est entretenu avec Anne de Lacretelle. En hommage à son père proche de Proust, la fille du célèbre écrivain publie Tout un monde, Jacques de Lacretelle et ses amis. Ce beau portrait d’un homosexuel amoureux de sa femme, hédoniste ascète de la plume et philosémite ami des Morand ressuscite une époque révolue. Cent ans après, nos années 20 commencent bien mal. Courage, en plein confinement, rien n’est perdu, fors l’honneur !

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Comprendre le malheur français

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Normale-Sup: l’écriture inclusive exclut les mal-pensants


Les Écoles Normales Supérieures (ENS), jadis traditionnels foyers de culture classique, servent désormais de support à l’écriture inclusive. 


Dernier front ouvert par le féminisme dans son combat eschatologique contre le patriarcat, la langue française doit affronter les assauts outranciers de l’écriture inclusive. Si cette nouvelle lubie ne rencontrait pas un large consensus dans les cercles universitaires, elle prêterait à sourire. Or, les Écoles Normales Supérieures (ENS), jadis traditionnels foyers de culture classique, servent désormais de support à l’inclusivité.

Progressivement, l’écriture inclusive s’y est diffusée au point d’y devenir l’orthopraxie à laquelle il faudrait se conformer.

Défigurer l’orthographe à coups de points

Les rapports de jurys, les courriers officiels, les mails de professeurs ou les conversations de classe se sont tout à tour convertis à l’écriture inclusive. Dans ces écoles censées former la future élite universitaire, refuser l’écriture inclusive revient même à être classifié « ennemi de l’égalité », étiquette aussi peu enviable que les « ennemis du peuple » en régime communiste. On ne peut déclarer « cela va nuire aux étudiants » sans devoir ajouter précipitamment « et aux étudiantes ». Tout doit sans cesse être féminisé sous peine de froisser son interlocuteur ; l’attention doit être constante. Par un habile retournement de stigmate, d’oppressés les partisans de l’inclusif deviennent ainsi oppresseurs. Versant dans le sectarisme, ils n’hésitent pas à mettre au ban tous ceux qui refusent de défigurer l’orthographe à coups de points.

Une langue imprononçable

Le point médian est en effet la forme prédominante de l’écriture inclusive. On devrait par conséquent écrire : « Tou·te·s les étudant·e·s concerné·e·s doivent lire Causeur ». Les limites de cette écriture sautent aux yeux. En plus de rendre la phrase difficilement lisible, le point médian la rend imprononçable. Mais, de façon plus surprenante, les critiques à cette écriture existent également parmi les tenants de l’inclusivité.

A lire aussi: Comment le mot « féminicide » nous est imposé

Le point médian paraît effectivement ouvrir deux options dans la lecture d’un mot : soit on le considère comme masculin, soit comme féminin. Qu’en est-il dès lors des personnes non-binaires, qui ne s’identifient ni au masculin ni au féminin ? Ne seraient-elles pas elles aussi discriminées par cette écriture ? La fièvre de l’inclusion pousse à aller toujours plus avant dans la déstructuration de la langue. Aussi, afin que les non-binaires se sentent pleinement inclus, il fallait trouver une solution géniale. Eurêka, utilisons la majuscule ! Il ne faut alors plus dire « les étudiant·e·s » mais « les étudiantEs ». Lumineuse trouvaille…

« Iel » ou « elleux » ?

Et la folle évolution de l’écriture inclusive ne s’arrête pas là. Un nouveau jargon devait encore émerger pour rendre l’inclusif prononçable et lisible. Véritable attentat contre la langue, ce sabir consiste à créer de toute pièce de nouveaux mots. Ainsi « celleux » remplace « celles et ceux », « toustes » remplace « toutes et tous », et, plus risible encore, pour ne pas hésiter entre oncle ou tante il convient d’adopter le terme « tancle ». En formulant des phrases avec ces éléments la supercherie retentit : « Iel est allé·e voir saon cousin·e pour ellui remettre un mot. Iel ellui a dit que les jumelleaux s’étaient mis·e·s toustes belleaux pour faire plaisir à celleux qui étaient présent·e·s ». Ne riez pas ! Le jour viendra peut-être où les jeunes générations apprendront docilement ces mutilations ignominieuses faites à notre langue. Dans certains cercles normaliens, ce langage est devenu chose courante. Les termes « iel » ou « elleux » y sont parfaitement intégrés au langage oral, et il est même de très mauvais ton de ne pas les utiliser.

Les ENS ne récoltent que le ridicule

Inutile d’aller jusqu’à ces extrémités pour percevoir les dangers de l’écriture inclusive. Alors qu’une langue tend habituellement à se simplifier, l’écriture inclusive entraîne une complexification des règles d’écritures, complexification qui ouvre une grande confusion quant à certains fondamentaux. La grammaire et l’orthographe traditionnelles en pâtissent.

Ainsi, dans ces mêmes élitistes Écoles Normales l’on voit apparaître des absurdités du niveau collège. À la rue d’Ulm, le document distribué le premier jour commençait par souhaiter « bienvenu·e » aux entrants. Problème, écriture inclusive ou pas, le français dit « bienvenue » sans point médian. De la même façon à l’ENS Cachan le Powerpoint de rentrée appelait les normaliens à devenir « acteur·e·s » de leur diplôme. Dommage là encore qu’on ne dise pas une acteure mais une actrice…

Il apparaît clairement qu’en devenant les idiots utiles de cette pensée égalitariste les ENS ne récoltent que le ridicule. Elles rompent de surcroît avec leur vieille tradition d’excellence en tombant dans les vulgaires pièges du dogme de l’inclusivité. Tout doit être repensé à l’aune de l’idéologie égalitariste et progressiste. Tant pis si cela exclut les réactionnaires de l’ancien monde. Tant pis si l’inclusif n’inclut pas.

Nécessité fait loi


« J’avoue, pourtant que l’usage des peuples les plus libres qui aient jamais été sur la terre me fait croire qu’il y a des cas où il faut mettre, pour un moment, un voile sur la liberté comme l’on cache les statues des dieux ». 


Montesquieu exprime ainsi dans une formule célèbre de L’esprit des lois le principe général du droit que nous connaissons communément sous l’adage « Nécessité fait loi » et que le juriste Adhémar Esmein énonçait en termes réalistes au lendemain de la Grande Guerre: « Nous ne disons pas que périsse le pays plutôt qu’un principe ». Il reprenait ainsi la morale du fabuliste et juriste La Fontaine : « Mieux vaut plier que rompre ». L’épidémie de Covid-19 nous plonge très exactement dans ces situations de crise où il faut recourir au droit d’exception pour mettre momentanément les libertés en parenthèses.

Le principe de nécessité signifie qu’en cas de péril grave pour l’intérêt général (sécurité publique, santé publique, ordre public en général), il est toujours possible de déroger aux règles de droit habituelles lorsque le respect de celles-ci devient impossible ou que leur stricte application menacerait la protection de tous et se retournerait contre l’intérêt général.  

Urgence et droit

Toutes les règles de droit sont ainsi susceptibles de plier sous l’impératif de la nécessité et de l’urgence, que ce soient les règles de procédure de l’action publique (consultations, enquêtes, demande et attente d’autorisation, délais d’entrée en vigueur, délibérations collégiales, etc…) qui ralentissent l’adoption et l’application de décisions urgentes, ou les règles de compétence (impossibilité de réunir des assemblées ou d’attendre l’intervention de l’autorité normalement compétente), ou encore, bien sûr, les règles de fond et en particulier celles qui garantissent les libertés (liberté d’aller et venir, libertés de réunion et manifestation, liberté d’entreprendre, droit de propriété, liberté contractuelle, etc …).

Le conseiller d’État Romieu démontrait en 1902 que le principe fondamental de notre droit public selon lequel il faut l’autorisation d’un juge pour faire exécuter manu militari une décision de l’Administration devait plier devant l’urgence résultant d’un « péril imminent pour la sécurité, la salubrité ou le bon ordre » et concluait d’une phrase également célèbre : « Quand la maison brûle, on ne va pas demander au juge l’autorisation d’y envoyer les pompiers ».

Parfois le droit a lui-même anticipé les mesures de crise et inscrit dans ses codes ce que l’on appelle des « législations d’exception » destinées à être appliquées lorsque le péril apparaît. Il suffira alors que les circonstances redoutées se produisent pour que l’on puisse déclencher l’arsenal normatif exorbitant. Prévoir l’imprévisible, telle est la lourde tâche du législateur d’exception. 

Notre droit contient ainsi de nombreuses « trousses d’urgence » prêtes à l’emploi. La plus connue et impressionnante est évidemment l’article 16 de la Constitution qui donne les pleins pouvoirs au président de la Ve République lorsque deux conditions cumulatives sont réunies : une menace grave et immédiate pesant sur les institutions de la République, l’indépendance de la Nation, l’intégrité de son territoire ou l’exécution de ses engagements internationaux et une interruption du fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels. 

Mais cet article constitutionnel, voulu par le général de Gaulle en souvenir de la débâcle de 1940, s’ajoute à deux autres législations susceptibles de servir en temps de crise. L’état de siège, simplement mentionné à l’article 36 de la Constitution, et régi par une loi du 9 août 1849 modifiée, vise les guerres étrangères ou civiles et permet le transfert des pouvoirs de police civils aux militaires en les dotant de quatre pouvoirs exceptionnels. L’état d’urgence, que nous connaissons déjà bien puisqu’il fût appliqué en 1985 en Nouvelle-Calédonie, en 2005 pour la crise des banlieues et en 2015 lors des attentats terroristes, est prévu par une loi du 3 avril 1955 plusieurs fois modifiée. Il s’applique « en cas de péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public ou en cas d’évènements présentant par leur nature ou leur gravité le caractère de calamité publique ». Toutefois, les nombreux pouvoirs dérogatoires que cette législation accorde aux autorités civiles, surtout destinés à lutter contre des violences, attentats et rébellions, ne sont pas forcément nécessaires ni adaptés à une épidémie.

L’urgence sanitaire, quant à elle, est régie par la loi du 5 mars 2007 « relative à la préparation du système de santé à des menaces sanitaires de grande ampleur » intégré dans le Code de la santé publique (3e partie, Livre 1er, titre III). Le chapitre 1er de ce titre, intitulé « Mesures d’urgence », accorde directement des pouvoirs très larges au Premier ministre et au ministre chargé de la Santé. L’article L3131-1 en particulier dispose : « En cas de menace sanitaire grave appelant des mesures d’urgence, notamment en cas de menace d’épidémie, le ministre chargé de la santé peut, par arrêté motivé, prescrire dans l’intérêt de la santé publique toute mesure proportionnée aux risques courus et appropriée aux circonstances de temps et de lieu afin de prévenir et de limiter les conséquences des menaces possibles sur la santé de la population ». C’est sur le fondement de cette disposition qu’ont été pris les premiers décrets et arrêtés successifs de mars 2020 prononçant des réquisitions de masques, réglementant le prix du gel hydroalcoolique, prescrivant les mesures de « distanciation sociale » les plus importantes comme la fermeture des établissements d’enseignement et des lieux non indispensables accueillant le public, l’interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes, l’interdiction des escales de paquebots de croisières dans nos territoires insulaires, les mesures de confinement, etc… 

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La loi d’urgence sanitaire qui vient d’être promulguée ajoute à ce premier chapitre un  nouveau chapitre 1bis instaurant un « État d’urgence sanitaire » déclaré par décret en Conseil des ministres mais dont la prolongation au-delà de un mois nécessite une loi. Applicable « en cas de catastrophe sanitaire, notamment d’épidémie mettant en péril par sa nature et sa gravité, la santé de la population », ce texte se borne en réalité à reconnaître au Premier ministre une dizaine de pouvoirs existants déjà mis en œuvre. Il confirme les importantes restrictions de libertés imposées par les épidémies en précisant simplement davantage la répartition des compétences entre le Premier ministre (décrets) et le ministre de la santé (arrêtés). En droit strict ce texte n’apporte donc rien de nouveau et constitue un pur outil de communication de crise, exactement comme le projet avorté de François Hollande qui voulait inscrire en 2015 l’Etat d’urgence sécuritaire dans la Constitution alors que c’était juridiquement parfaitement inutile. Il s’agit surtout d’affichage politique destiné à frapper l’opinion.

Mais il reste de toutes façons toujours possible d’aller encore plus loin que ce que permettent les textes lorsque ceux-ci n’ont pas expressément prévu toutes les mesures qui se révèlent nécessaires. Lorsque la réunion du parlement est possible, celui-ci peut toujours voter d’urgence une habilitation au gouvernement lui donnant des pouvoirs supplémentaires. Cette possibilité est prévue par l’article 38 de la Constitution dont le Conseil constitutionnel a bien spécifié qu’il pouvait être utilisé pour permettre l’adoption de mesures urgentes par ordonnance. Sous la IVe République de telles habilitations ont été votées alors même que la Constitution les interdisait. La loi du 16 mars 1956 sur les pouvoirs spéciaux en Algérie, récemment mise en cause par Emmanuel Macron au motif qu’elle aurait permis des dérives et notamment la pratique de la torture, ou la loi du 3 juin 1958 autorisant le gouvernement du général de Gaulle, dernier président du Conseil de la IVe République, à légiférer directement pour résorber la crise algérienne, se sont ainsi ajoutées à la loi sur l’état d’urgence pour donner à l’exécutif des pouvoirs quasi-illimités. Sous la Ve République, la loi du 4 février 1960, votée au lendemain des barricades d’Alger sur le fondement de l’article 38 de la nouvelle Constitution, avait encore donné au gouvernement du général de Gaulle des pouvoirs supplémentaires, avant que le putsch d’Alger ne le conduise, en 1961, à utiliser l’article 16. C’est aussi ce type d’habilitation qui vient d’être votée au gouvernement Philippe à la fois pour organiser le second tour des élections municipales reportées à Juin et pour prendre par ordonnance toute une série de mesures économiques et sociales liées à la pandémie.

Outre ces habilitations permettant au gouvernement de légiférer directement par ordonnance le parlement peut aussi voter, comme il vient de le faire, une loi de finances rectificative permettant au gouvernement de dépasser les autorisations budgétaires de l’année pour prendre les mesures de soutien économique nécessaires, y compris pour déroger aux règles de programmation budgétaire organiques ou européennes. 

Où se trouve la limite?

On se doute bien que la compétence et la procédure parlementaires soulèvent quelques interrogations au cœur d’une épidémie où la contagion est telle que l’on interdit les réunions, même familiales, et que l’Assemblée nationale a précisément constitué l’un des premiers « clusters » du pays. Le regroupement de 577 députés et 348 sénateurs dans leurs hémicycles respectifs est certainement la dernière chose à faire en pareille crise. La discussion et le vote des lois du 23 mars 2020 se sont donc faits, non seulement en procédure ultra-accélérée mais aussi en effectif resserré de trois députés par groupe parlementaire, en commission comme en séance publique…. La démocratie, le pluralisme et les règles de délégation de vote ont donc également été mis en quarantaine.

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En tout état de cause, même lorsqu’il n’y a pas de fondement constitutionnel ou légal ni d’autorisation législative expresse, la jurisprudence dite « des circonstances exceptionnelles », illustrée par l’arrêt Heyriès rendu par le Conseil d’État en 1918, permet encore à l’exécutif d’aller plus loin que ce que permettent les lois d’exception. C’est ainsi que le Journal officiel s’est rempli pendant quelques jours d’arrêtés et décrets, dont celui du 16 mars 2020 « portant réglementation des déplacements dans le cadre de la lutte contre la propagation du virus covid-19 », comportant des visas que les juristes n’avaient pas lus depuis bien longtemps et dont les jeunes générations ignorent le sens : « Vu l’urgence », « Vu les circonstances exceptionnelles ». On appelle cela les « décrets de guerre ».

Bien entendu il existe à tous ces pouvoirs de crise une limite, explicite ou implicite, qui réside justement dans la stricte nécessité des mesures prises, c’est-à-dire la proportionnalité entre la menace à écarter et l’intérêt à sauvegarder. La loi du 23 mars sur l’urgence sanitaire précise bien que les mesures prises doivent être « strictement proportionnées aux risques sanitaires encourus et appropriées aux circonstances de temps et de lieu » et qu’il « y est mis fin sans délai lorsqu’elles ne sont plus nécessaires ». C’est évidemment là que se situe toute la difficulté de la fonction et de la responsabilité publiques dans la gestion des crises. Les juges, constitutionnels, administratifs, judicaires et même européens, pourront être saisis des mesures ainsi décidées, qu’elles soient générales ou individuelles, et être amenés à effectuer un contrôle sur leur proportionnalité. L’histoire enseigne cependant que le contrôle juridictionnel des mesures de crise, prenant en compte la difficulté d’appréciation des autorités, est le plus souvent restreint et limité aux abus manifestes.

Mais plus que l’action c’est sans doute l’incurie et l’impéritie dans la prévention de la crise qui sera jugée a posteriori. L’histoire de France se souviendra qu’un gouvernement de la République aura laissé son ministre de la santé abandonner le navire en pleine arrivée d’une épidémie gravissime pour remplacer un candidat à la mairie de Paris ayant eu l’élégante idée de filmer sa masturbation dans sa cuisine et alors même que le déroulement normal d’une élection municipale à deux tours devenait parfaitement irréaliste. 

Nul ne se plaindra de l’atteinte au droit de propriété que constitue la réquisition des stocks de masques existants, décidée tardivement par le gouvernement, mais l’on demandera en revanche des comptes à ceux qui n’ont pas su anticiper la production des millions de masques nécessaires en réquisitionnant, au besoin, des entreprises pour en fabriquer. Nul ne se plaindra non plus de l’atteinte portée au « droit à l’éducation » par la fermeture des Universités annoncée le 12 mars mais on ne manquera pas d’interroger les autorités sur la folie consistant à laisser encore le 14 mars des groupes de 400 étudiants se serrer et se claquer la bise sans masque dans des amphis non nettoyés alors même que certains d’entre eux, résidant dans des clusters, étaient chaleureusement invités à venir souffler dans le nez des autres dès lors qu’ils n’avaient « pas de symptômes » ! Nul ne se serait plaint d’un dépistage obligatoire massif ni d’un port obligatoire du masque, fussent-ils très attentatoires aux libertés, mais l’on interpellera en revanche ceux qui ne les ont pas ordonné. 

Un autre virus a, par le passé, envoyé quelques-uns de nos ministres en Cour de justice de la République. Le droit de la santé repasse étrangement le plat, entre la peste et le choléra. Si « gouverner c’est prévoir », alors observons que nos gouvernants n’ont pas manqué de pouvoirs mais plutôt de savoir et de devoir.

Lisa elle a menti


Ma guerre en short. La chronique de Cyril Bennasar.


Aujourd’hui, mon fils de quatre ans demande à ma fille qui en a vingt-sept : « Il est où papa ? ». « Il doit être dans sa chambre » lui répond-elle. Le petit monte, ne me trouve pas, redescend et m’aperçoit dans le jardin. « Lisa elle a menti ! ». Je le reprends : « Lisa a menti. » Il répète, il sait qu’il n’y coupera pas, alors machinalement il répète « Lisa a menti ». Ca finira par entrer et nous y tenons beaucoup sa mère et moi. Si on ne fait pas gaffe, les années passent et on se retrouve avec des enfants devenus présidents de la république qui déclarent publiquement : « La France, elle a besoin de changement ». Si la bourse s’effondre, si l’immobilier éclate dans une bulle, si nos métiers sont frappés d’obsolescence programmée, son langage risque d’être son héritage le plus sûr et le plus précieux. Quand on sait que l’indicatif suit « après que » plutôt que le subjonctif, et qu’on entend à la radio « Après qu’ils aient crié allah akbar, ils ont ouvert le feu sur les enfants », on peut bien dormir dehors, on sourit, on se sent distingué.  Et puis je me reprends : « Elle n’a pas menti, elle s’est trompée. Elle pensait que j’étais en haut alors que j’étais en bas. Elle t’aurait menti si elle avait su que j’étais en bas en te disant que j’étais en haut. Elle ne le savait pas, elle n’a pas menti, elle s’est trompée. Tu as compris la différence ?». « Mais non elle a menti. » Il ne veut pas que je le détrompe, quand il tient une information ou un savoir, il en est fier, il en ressent la valeur, alors il n’en démord pas. J’essaie de reprendre mon explication mais il est déjà parti en courant après le chien.

Heureusement, il ne m’a pas demandé si dans leurs déclarations depuis le début de la pandémie de coronavirus, nos responsables politiques s’étaient trompés ou s’ils nous avaient menti. J’aurais été bien en peine pour lui répondre mais j’aurais quand même essayé. Ils se sont beaucoup trompés et nous ont un peu menti. Comme les spécialistes de l’épidémiologie, comme les experts ou les pontes de l’OMS, ils se sont trompés. Comme tous les décideurs du monde, ils ont réagi avec une pandémie de retard, avec l’expérience des virus précédents, ceux qui ne sortent pas d’Afrique ou d’Asie, ceux qui traversent les populations en ne laissant sur le carreau que ceux qui de toute façon  n’auraient pas passé l’hiver et en laissant les autres immunisés. Ils ont agi comme avec ces virus qui, si on les prend trop au sérieux, peuvent entrainer des dépenses inconsidérées et trainer le ministre dépensier dans le ridicule pour longtemps. Qui a envie de rester dans l’histoire comme l’incompétent qui a transféré des millions du trésor public vers les laboratoires pharmaceutiques pour rien ? Tout le monde peut se tromper et en l’occurrence, tout le monde s’est trompé. 

« Mais alors papa, pourquoi les ministres ils ont menti ? » – « Pourquoi les ministres ont menti ! ». Parce que le coronavirus a pris le monde de vitesse, que le pays manquait de tout pour le combattre, de masques, de gel, de respirateurs, de tests, de traitements et d’un vaccin. Et que dans cette débâcle, les pauvres  responsables politiques ne savaient plus à quels médecins se vouer, mais qu’ils devaient quand même nous mettre en ordre de bataille pour organiser la résistance. Alors ils ont menti à un peuple qui se jette sur les caddies pour du papier toilette à la première rumeur de pénurie. Ils ont menti pour éviter la panique, protéger les gens de leurs penchants idiots, freiner le virus et permettre aux hôpitaux de limiter la mortalité, ils n’ont pas menti pour couvrir un crime ou masquer des malversations. D’autres à leur place auraient peut-être dit toute la vérité, agi plus vite et fait mieux, on ne sait pas. Nous n’avons pas élu Churchill, nous ne sommes pas des Anglais en quarante. 

« Mais papa, ce n’est pas beau de mentir ! ». C’est vrai mais si nous ne sommes pas des Anglais, nous ne sommes pas non plus des Américains. Ce n’est pas beau mais ce n’est pas un crime. C’est parfois une stratégie qui se défend. Tout le monde ment un peu, même les présidents en démocratie, parce qu’ils ont des comptes à rendre. Tu vois bien qu’à la télé, tous les jours on accuse, on dénonce, on prévient qu’ils auront affaire à la justice, les procureurs s’entrainent à froncer les sourcils et les baveux salivent. Une racaille de banlieue peut dire aux policiers : « M’sieur, c’est pas moi. On m’a vu, y’a mes empreintes et mon ADN mais sur le Coran, c’est pas moi. »  Un président ne peut pas, sauf Trump qui est un peu menteur et un peu voyou, mais on lui pardonne, parce que c’est notre voyou. Mais regarde Clinton, il a menti, même le guide suprême du monde libre ne peut pas dire : « Ok je saute la stagiaire et alors ? Pas vous ? ». Et Bush ? Il a menti parce que dans un monde qui se féminise, on ne peut plus dire : « Je vais casser la gueule à Saddam, ça vous dit ? On sera revenu pour le spring break ». Alors ils mentent. Mais il est parfois plus civilisé de mentir que de dire la vérité. Tu verras quand tu seras grand et que ta femme te demandera : « Je m’trouve moche en ce moment, j’ai pas un peu grossi ? Hein ? » Ou qu’un de tes amis te demandera un avis sincère sur son recueil de poésie, on verra si tu ne préfères pas un gentil mensonge ou une subtile esquive à une méchanceté gratuite. « Mais papa, pourquoi ils n’ont pas dit qu’ils ne savaient pas ? Toi tu me dis parfois que tu ne sais pas. »«C’est vrai mais c’est plus facile avec un enfant de quatre ans qu’avec des millions d’électeurs inscrits. Et puis c’est plus facile à la maison où nous vivons comme en dictature que dehors où c’est la démocratie. »« Bon j’en ai marre papa, on joue aux soldats ? » – « D’accord, sors tes playmobils, on va casser la gueule à Saddam Hussein. »

Covid-19: les pesanteurs administratives sont immunisées


Non contente de vouloir maintenir près de 600 suppressions de postes à l’hôpital de Nancy, l’agence régionale de santé du Grand Est aurait tardé à recourir au privé en mars, faute de cadre relatif aux tarifs.


En un week-end, il est devenu célèbre sur les réseaux sociaux. Vendredi 4 avril, lors d’une conférence de presse consacrée au Covid, Christophe Lannelongue, directeur de l’agence régionale de santé (ARS) du Grand-Est, a expliqué à son auditoire médusé que les 598 suppressions de postes programmées sur cinq ans au centre régional hospitalier de Nancy (sur 9000 environ) étaient maintenues, avec peut-être « quelques semaines de retard »

Si les faits sont avérés, ils témoignent d’une coupure préoccupante au sein même de l’État. (…) Des acteurs clé de la machine administrative française n’ont pas changé de logiciel

Le jour même, le maire de Nancy, Laurent Hénart, président du conseil de surveillance de l’hôpital, dénonçait dans un courrier au ministre de la Santé, une position « totalement décalée », un comportement « déconcertant et indécent », ainsi qu’une « incompréhension des réalités du terrain », revenant à « blesser en plein combat » les soignants harassés. Le ministre Olivier Véran a immédiatement fait savoir que le plan de suppressions de postes était suspendu.

Une gaffe de haut-fonctionnaire ? Le problème semble plus profond. Fin mars, l’ARS du Grand-Est a contraint un bus qui transportait des malades de Reims vers Tours, pour soulager des équipes fort sollicitées, à faire demi-tour. Motif, le transfert avait été décidé entre chefs de services, sans être validé par le centre de régulation national…

Gros sous et légers retards

L’intégration des cliniques privées dans le dispositif national de lutte contre le Covid-19 pose également problème. Les débuts ont été laborieux dans le Grand-Est, malgré la gravité de la crise. Alertées très tôt, les cliniques privées se sont organisées rapidement pour se concentrer sur l’accueil et le soin des malades de Covid-19, ou pour soulager les hôpitaux submergés par la vague en prenant en charge d’autres patients. Le 22 mars, Lamine Gharbi, président de la fédération des cliniques et hôpitaux privés (FHP) a envoyé un communiqué aussi clair qu’alarmant : « Aujourd’hui malheureusement, alors que les capacités publiques sont dépassées, les établissements privés restent sous-utilisés. Un grand nombre de nos lits qui ont été libérés restent vides ». Dans le Grand-Est, précisait ce même communiqué, 70 places de réanimation libérées par les structures sont restées vides, faute de coordination. Pour rappel, le célèbre hôpital militaire installé en Alsace et inauguré par le président de la République, déploie 30 places. Pourquoi ce retard ? Selon nos informations, l’ARS savait que le privé avait des disponibilités, mais elle attendait la publication des ordonnances relatives au Covid (parues au JO les 25 et 26 mars) et voulait des précisions sur la facturation des services privés avant de les utiliser !  « La question de l’argent n’est pas vaine, explique une source qui connait bien l’ARS. Les hôpitaux publics trainent déjà des dettes énormes. Il faut négocier la prise en charge avec le privé. Nos voisins suisses sont en train de le faire, mais ils n’ont pas attendu d’avoir bouclé la négociation pour lancer la machine, bien entendu. Dans le Grand-Est non plus, d’ailleurs. Le privé est désormais intégré au dispositif, sans qu’on sache exactement combien il va facturer. Reste qu’on a perdu des jours à penser budget et à chercher des validations administratives incongrues dans un contexte d’urgence ».

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Si les faits sont avérés, ils témoignent d’une coupure préoccupante au sein même de l’État. Tandis que le sommet tient des discours graves, évoquant une crise sans précédent, voire une guerre, des acteurs clé de la machine administrative française n’ont pas changé de logiciel.

Ils ont continué à se couvrir comme en temps normal. Devant une porte cadenassée d’un dépôt de matériel essentiel, ils ont perdu du temps précieux à chercher la clé au lieu de casser la serrure avec une hache. Par peur de recevoir des factures démentielles en septembre ? Or, rien ne leur serait plus facile que de les retourner à l’envoyeur avec copie au Canard enchaîné. Une clinique qui profiterait de la crise pour exiger des tarifs exorbitants commettrait un suicide. 

Quand on entend le canon, on se met en marche vers l’ennemi. Les estafettes de l’Empereur nous rattrapent sur la route. Si on attend des ordres, ce n’est pas vers Austerlitz mais vers Waterloo qu’on s’achemine.  On a besoin de Desaix. Des Grouchy, on en a à revendre. 

« Nous tirons le signal d’alarme sur la mise à disposition de kits de protection pour les travailleurs sociaux »

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Alors que le coronavirus continue sa progression, les sans-abris et les personnels associatifs qui les côtoient sont en première ligne. Jean-François Maruszyczak, directeur général d’Emmaüs-France, sonne l’alerte. Il réclame lui aussi des masques. 


Alexis Brunet. Comment fait-on pour mettre en pratique le mot d’ordre « restez chez vous » quand on n’a pas de chez soi?  

Jean-François Maruszyczak. C’est bien la question. Les invisibles habituels que sont les personnes à la rue, on les voit encore moins aujourd’hui. De fait, on ne sait pas vraiment où ils sont parce que les confiner alors qu’ils n’ont pas de chez eux, c’est une gabegie qui parfois tourne au ridicule: certains se sont coltinés des PV pour ne pas s’être confinés. Certes, je n’ai pas eu d’échos ces derniers jours, mais c’est surtout parce que nous sommes intervenus auprès du Ministère du Logement pour que cela n’arrive plus. Il y a une semaine, des personnes SDF ont été verbalisées.  

Avec d’autres associations, notamment Médecins du Monde, La Fondation Abbé Pierre ou Le Secours Catholique, vous avez transmis une lettre ouverte au Premier Ministre. Vous y écrivez notamment qu’ « il faut anticiper la suite pour éviter que cette crise sanitaire se transforme en crise sociale durable ». Qu’entendez-vous par là ?  

La crise sanitaire que nous traversons peut avoir plusieurs conséquences sur les personnes les plus précaires. Prenons l’exemple des familles précaires avec enfants. L’Éducation nationale a mis en place un accompagnement en ligne, notamment pour les élèves les plus en difficulté. Mais ces enfants n’ont pas forcément accès à internet et certains doivent faire ça depuis le smartphone de leurs parents. De plus, les enfants de ces familles nécessitent un accompagnement du quotidien. Certes, les enseignants le font, mais un tel enjeu mériterait que dans la réserve civique, on puisse mettre quelque chose en place qui vienne en relais. Je dis cela pour vous démontrer le retentissement durable que peut avoir la crise sanitaire sur les personnes précaires. Sur ces familles-là cela peut être extrêmement fort. Un autre exemple: on sait très bien que les violences intrafamiliales sont plus fortes en période de confinement. Elles sont notamment liées aux dépendances dans les cercles fermés de ces familles, que ce soit alcool, cigarette ou drogues. Le sevrage du jour au lendemain peut être quelque chose d’absolument terrible. Le delirium tremens par exemple, est une chose terrible quand il est vécu de façon non contrôlée, ce qui est le cas chez les sans-abris 

Justement, vous parlez des sans-abris. Sont-ils en première ligne face au coronavirus ?  

Le décompte est déjà compliqué pour les citoyens lambda. Pour les personnes sans domicile, il l’est encore plus. Actuellement on ne les voit plus alors que d’habitude on les voit un minimum quand elles font la manche, notamment dans les grandes villes. Je pense pourtant qu’elles sont toujours dans la rue. Les associations et travailleurs sociaux font un travail extraordinaire qui permet de faire un travail de repérage au quotidien. Mais le travail d’accueil, dans cette période-ci, tient sur une ligne de crête. En temps normal, les sans abris sont repérés, avec des repères comme le fait de venir au moins quotidiennement dans certains dispositifs qui leur permettent d’avoir accès à la santé ou à l’alimentation. 

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Mais actuellement, c’est bien plus compliqué. Les dispositifs sont maintenus avec beaucoup moins de personnel. 

Suite à la crise sanitaire, un certain nombre a été accueilli dans ces dispositifs et on leur a proposé un espace de confinement. L’État a d’ailleurs ouvert 5000 places, notamment en hôtels, qui permettent de s’abriter. Mais abriter ne suffit pas, il faut aussi accompagner. Et sur ce point, on est aujourd’hui dans une situation de faiblesse. On a 30 à 40% de nos salariés qui sont arrêtés, soit parce qu’ils sont malades eux-mêmes, soit parce qu’ils doivent garder leurs enfants. Quant à nos bénévoles, on leur a clairement dit de rester chez eux.  

« ll y a des gens qui veulent aller au front, mais on ne peut pas les envoyer dans n’importe quelles conditions »  

Comment faites-vous pour travailler correctement dans ces conditions?  

Justement, on doit gérer un confinement et un accompagnement avec beaucoup moins de salariés. Et quand on demande à des personnes qui sont en difficultés psychologiques ou de santé de se retrouver dans un cadre complètement confiné, cet accompagnement est extrêmement compliqué. Notre activité de dons d’objets et de revente, qui est la plus connue de nos concitoyens, est complètement fermée actuellement ! Ceci est catastrophique. Nous avons été obligés de mettre en place un système d’entraide mutualisée en interne du mouvement Emmaüs, parce que certaines structures étaient déjà en cessation de paiement ou avec des trésoreries très justes. Pour le reste, nous essayons de tenir le système comme nous pouvons.  

Aujourd’hui, tout un ensemble de bénévoles serait partant pour s’investir. Or, nous tirons depuis longtemps le signal d’alarme, vous n’en serez pas étonné, sur la mise à disposition de kits de protection pour les travailleurs sociaux. Nous comprenons évidemment que ces kits soient destinés en priorité au secteur médical. Mais pour maintenir le système de solidarité avec les salariés, les volontaires et les bénévoles sans avoir de dispositif de protection, sachant que les personnes qui sont en situation de précarité, sont très exposées et ne savent même pas si elles sont malades ou non, c’est très difficile. Il y a des gens qui veulent aller au front, mais on ne peut pas les envoyer dans n’importe quelles conditions.

A lire aussi: « La grande majorité des Français n’accepte pas qu’il y ait des personnes à la rue »  

Y’a-t-il plus de cas de coronavirus chez les personnes en situation de précarité ?  

C’est difficile de savoir. Dans le mouvement Emmaüs, nous avons eu connaissance de cinq décès. Trois étaient des personnes qui avaient déjà des pathologies. Le coronavirus a accéléré le mouvement. Les lieux ou les espaces de confinement dont on parlait tout à l’heure sont les lieux sur lesquels on a le plus de craintes, avec l’incubation, avec l’ignorance qu’on a du fait que les personnes soient atteintes du virus ou non. On a aussi des craintes sur la suite. Prenons l’exemple de l’évacuation du campement de migrants d’Aubervilliers le 24 mars dernier. Il a été fait dans des mauvaises conditions car les exilés ont ensuite été parqués dans des gymnases. Cela n’a aucun sens. Mêler des personnes qui ont le virus a d’autres qui ne l’ont pas dans un gymnase, c’est très dangereux.  

En effet, on a encore plus de chances d’être contaminé parqué dans un gymnase qu’au « grand air », sans vouloir paraître cynique. Quelles relations avez-vous avec le gouvernement ?  

Nous avons des relations régulières. Nous sommes en contact régulier avec Julien Denormandie, ministre chargé de la Ville et du Logement. Tous les deux jours, il y a des téléconférences lors desquelles on peut lui faire remonter la situation sociale et sanitaire, ou proposer des idées. Il y a de l’écoute. J’ai été à des réunions avec Gabriel Attal, Olivier Véran ou Jean-Michel Blanquer. Le gouvernement se mobilise, on ne dira pas le contraire. Cependant, il faut être très réactif, parce que le virus se propage à une vitesse folle, et on ne trouve pas forcément en face de nous les Ministères qui sont essentiels: le Ministère de l’Intérieur et le Ministère de l’Économie. Le Ministère de l’Intérieur devrait être autour de la table, d’autant plus que le système régalien a été interrompu pour les demandeurs d’asile. Par ailleurs, on devrait être entendu sur la situation économique. Nous savons bien que l’économie entière est à l’arrêt, mais les conséquences sur le tissu associatif ne sont pas à prendre à la légère. À Emmaüs, il y a un autofinancement fort, et il y a maintenant une vraie préoccupation sur le maintien en vie de notre organisation. Nous avons eu des contacts avec la Direction Générale de la Cohésion Sociale, Gabriel Attal, Olivier Véran et Jean-Michel Blanquer. C’est très bien mais il faudra des réponses rapidement pour savoir vers quoi on va.  

Concrètement, qu’attendez-vous aujourd’hui du gouvernement?  

L’alimentation, l’accès à l’hygiène sont des besoins de base pour toute personne sur notre territoire, et sont donc des priorités. Pour vous donner un exemple concret, nous avons demandé à ce que les bains-douches et les sanisettes soient réquisitionnés. Or, j’ai encore vu des sanisettes fermées tout récemment. Ce n’est pas normal. Il faut qu’elles restent ouvertes pour les personnes à la rue. On a besoin qu’une coordination forte soit mise en place pour organiser le système d’aide alimentaire. Aujourd’hui, vous savez très bien que dans la mesure où le système économique s’est arrêté, il y a quand même des productions qui sont disponibles. Les agriculteurs continuent à produire. Nous souhaitons donc que l’aide alimentaire se poursuive. S’il y a un don de 400 000 tonnes de pommes de terres par exemple, il faut ensuite pouvoir les transformer, et ce ne sont pas que les associations qui peuvent s’en occuper. Il faut accélérer le mouvement sur la coordination des produits qui arrivent. Il faut gérer cela sur la durée, car vous savez comme moi qu’on n’est pas près de sortir du confinement. Nous proposons qu’on mette à disposition des camions pour assurer la distribution aux différentes associations en France.  

Le terrorisme islamiste ne respecte pas le confinement

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 Samedi, Abdallah Ahmed Osman, un trentenaire soudanais, a tué deux personnes et en a blessé cinq autres, au hasard de son parcours meurtrier dans la ville de Romans-sur-Isère. Que cette ville soit touchée par ce que les médias ont bien du mal à qualifier d’égorgements islamistes n’est pas forcément un hasard. L’essayiste Céline Pina reproche l’inaction des politiques face au phénomène du djihad de proximité.


Ce samedi 4 avril 2020, la France, confinée et suspendue, s’est rendue compte que le coronavirus n’arrêtait pas la violence qui devient ordinaire depuis 2012 dans notre pays : celle des attentats islamistes. Pourtant l’histoire et les légendes nous le disent, l’existence d’un péril nouveau ne fait pas disparaître les dangers anciens et on n’échappe souvent à Charybde que pour tomber en Scylla.

Si l’on n’exige pas des personnes accueillies qu’elles acceptent la culture du pays d’accueil et si on ne leur donne pas, via l’éducation, les moyens de la connaître, ils seront pris en main par d’autres…

C’est ainsi que le confinement n’a pas mis fin à l’offensive islamiste. Certes Al Qaïda a appelé ses militants à reporter les actes terroristes, mais cela n’est pas le cas pour l’État islamique. Si ses tueurs sont invités à ne pas se rendre dans les pays contaminés, ceux qui sont déjà sur place, eux, ont un rôle à jouer. D’abord s’ils sont infectés, en répandant la contamination, puisque dans la logique des islamistes, le Covid est une punition de Dieu. Ensuite en poursuivant le jihad surtout à une période où « la sécurité et les institutions médicales ont atteint les limites de leurs capacités » comme le recommande le bulletin d’information de Daesh, Al-Nada.

Parcours macabre, édulcoré par les médias

Et le message a été parfaitement entendu. À Romans-sur-Isère, un réfugié soudanais s’est livré à un parcours macabre que nous commençons à bien connaître : armé d’un couteau l’homme tue tous ceux qui ont le malheur de croiser sa route, en criant Allah Akbar pour ponctuer et signer ses crimes.

A lire aussi, du même auteur: Mila: qui n’a dit mot consent

Il a ainsi égorgé un homme devant sa femme et son fils, selon France bleu, et tué une autre personne à l’intérieur de la boucherie. Seule France bleu mentionne l’égorgement, précision qui disparaîtra bientôt au bénéfice de la sémantique “coups de couteaux”. Force est de constater que comme dans d’autres affaires, comme celle de la préfecture de police de Paris, l’évacuation du terme égorgement, même quand le geste est avéré, est un classique. Alors ici: erreur du journaliste ? ou volonté d’éliminer un terme qui renvoie à une pratique culturelle orientale et fait référence au geste pratiqué lors de l’Aïd ? En tout cas le refus de l’employer, malgré sa récurrence, notamment dans le cas du jihad de proximité, interroge.

Commence ensuite le ballet habituel auquel le confinement n’a rien changé : l’agresseur est un déséquilibré que l’enfermement aurait aigri et bien sûr on ne prononce que difficilement le mot islamisme, au nom du « padamalgame ». C’est le cas de bien des élus, que ce soit le président de la République comme le maire de la ville endeuillée. Pourtant la démarche de l’homme était claire : des écrits ont été trouvés chez lui, où il se plaint de vivre dans un pays de mécréants, son parcours meurtrier est marqué par une grande détermination, et il emploie la signature qui lui permet d’inscrire son acte dans une logique communautaire et religieuse en le dédiant à Allah. Il était dès lors difficile de ne pas confier l’affaire au Parquet national anti-terroriste. Le meurtrier est désormais à Levallois-Perret.

Romans-sur-Isère, tout sauf un hasard

Mais une fois que l’on a dit cela, il faut nous demander :

– Est-on en face d’une situation impossible à appréhender, où le hasard est roi ?

– Ou bien est-on en face d’un aveuglement qui fait nous payer au hasard le coût de la naïveté politique, à plus ou moins longs intervalles ? 

Pour un spécialiste de l’islamisme, le fait que cette affaire ait eu lieu à Romans n’est pas le fruit du hasard. La ville est connue pour être un important pôle du salafisme saoudien. Au moment où celui-ci pensait implanter le pôle salafiste européen en France, un certain nombre de mosquées furent construites, notamment à Marseille, Paris, Lyon, Roubaix et… Romans-sur-Isère (lire Le salafisme en France de Samir Amghar). 

A lire ensuite: Caroline Valentin et Yves Mamou: L’islamisme est-il soluble dans la technocratie?

Parlons aussi un peu du Soudan. Ce pays a été entre les mains des milices islamistes jusqu’à fort récemment et les affrontements entre groupes islamistes ont été nombreux. Difficile de savoir si un réfugié quitte le Soudan parce qu’il appartient à un groupe islamiste en perte de vitesse ou parce qu’il revendique plus de liberté. Toujours est-il que les Soudanais ont vécu jusqu’en 2019 dans un bain de culture islamiste. Certes les islamistes soudanais sont plutôt dans la mouvance des frères musulmans… mais la Ligue Islamique Mondiale – qui a pour tâche de répandre le salafisme saoudien à travers le monde – ne rechigne pas à soutenir des groupes fondamentalistes comme les frères musulmans si c’est pour combattre « le polytheïsme et l’atheïsme occidental ». On le voit, que ce soit dans son pays ou dans la ville où il s’était installé, le back ground islamiste était puissant sur le terroriste que la France accueillait comme réfugié. Et lorsqu’on est exilé, on a le réflexe de rechercher ce qui est familier : une proximité ethnique et religieuse. À Romans, cela avait peu de chance de le mener vers l’intégration et le respect des mœurs et habitudes françaises. Cela aussi est une réalité : si l’on n’exige pas des personnes accueillies qu’elles acceptent la culture du pays d’accueil et si on ne leur donne pas, via l’éducation, les moyens de la connaître, ils seront pris en main par d’autres. Les associations qui s’occupent des réfugiés sont souvent animées par des gens généreux et empathiques, mais souvent plein de candeur. Des gens qui peuvent ne pas voir ce qui se passe sous leur nez et être dans une démarche tellement christique qu’ils ne peuvent même pas imaginer que des réfugiés puissent être mauvais. Or, si le malheur transformait chaque individu en saint, nous le saurions. 

L’islamisme attire puis manipule les plus paumés

Aujourd’hui l’assassin – retrouvé au terme de son périple sanglant en train de prier dans la rue, à genoux ! – explique qu’il ne se souvient de rien, qu’il n’est pas religieux et que le confinement l’a perturbé. Le problème c’est que nous pouvons concevoir que des personnes perturbées par le confinement se précipitent au dehors, fassent des crises d’hystérie ou se comportent bizarrement… Mais massacrer toutes les personnes que l’on croise reste une réaction peu habituelle.

A lire aussi, entretien avec Eve Szeftel: « A Bobigny, le clientélisme de la droite a fracturé la communauté nationale, la seule qui rassemble tout le monde »

Mais surtout, à votre avis, qu’est-ce-qui est plus facile ? Retourner la tête d’une personnalité fragile et en manque de repères pour la faire passer à l’acte en l’invitant à faire ce que son fond d’écran culturel et religieux juge légitime : tuer des kouffars ? Ou essayer de transformer en jihadiste quelqu’un d’équilibré qui a trouvé sa place dans la vie ? La chair à canon du jihad, ce sont justement les déracinés, les fragiles, les aigris, les rageux, les ratés, les neuneus, les paumés ou les voyous. Les théologiens islamistes, eux, construisent les grilles de lecture et de pensée qui feront en sorte que la bombe à retardement du mal-être, les énergies négatives s’en prennent aux cibles qu’ils désignent. Ils canalisent et donnent un sens et un débouché à la violence. Le meurtre n’est plus un but mais un moyen. Celui de devenir quelqu’un et d’exister aux yeux de Dieu. C’est à cela que nous sommes confrontés. Et si le pouvoir continue à faire semblant de croire que ce type d’attaque vient de nulle part, se résume à un coup de folie, il passe à côté de l’essentiel : ce qui s’est passé à Romans ne peut être détaché de la forte présence de l’islamisme dans cette ville. 

Pour transformer la fragilité humaine en source de carnage, l’idéologie meurtrière des islamistes est très efficace. Combien de temps encore ferons-nous semblant de ne rien voir ?

À écouter, la réaction d’Elisabeth Lévy sur Sud Radio

Silence coupable

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Le muezzin et les cloches

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Profitant de la crise traversée par notre pays, Kamel Kabtane, le recteur de la grande mosquée de Lyon (photographié ici en 2012), a décidé de lancer du haut de son minaret l’appel à la prière du soir, alors que c'est interdit © Laurent Cipriani/AP/SIPA Numéro de reportage: AP21214782_000001

Alors que des mosquées profitent de la crise sanitaire pour faire sournoisement retentir l’adhan, l’appel à la prière du muezzin, il est important de rappeler en quoi cet appel est problématique, et pourquoi il ne peut pas être mis sur le même plan que les cloches des églises.


Depuis quelques jours, de plus en plus de mosquées en France prennent prétexte de la pandémie de Covid-19 pour faire retentir l’adhan, l’appel à la prière du muezzin. Et non, contrairement à ce que d’autres ont prétendu, ce n’est pas une fake news. Et non, malgré le discours officiel, ce n’est pas un « geste de solidarité et de soutien ». Oui, c’est une démonstration de force, une manière de prendre possession d’un territoire, et plus encore d’un espace symbolique. Oui, c’est une provocation.

L’affaire semble avoir commencé à Lyon. Pour le 25 mars, fête de l’Annonciation, l’Église catholique a appelé à faire sonner les cloches des églises de France à 20h pour participer aux manifestations de soutien et de gratitude envers les soignants. La Grande Mosquée de Lyon a alors décidé de lancer du haut de son minaret l’appel à la prière du soir, son recteur Kamel Kabtane déclarant sur Twitter : « Ce soir à 19h00, la Grande Mosquée de Lyon s’illuminera et l’appel à la prière du Maghreb sera dite du haut de son minaret pour soutenir ces hommes et ces femmes des services publics et des hôpitaux, qui depuis le début en dépit de la gravité luttent avec courage et abnégation. » Comme je l’avais écrit sur le même réseau un peu après : « Je vous crois sincère, mais je suis un de ces agents du service public et je suis aussi ce que votre livre saint nomme un « associateur » et appelle à tuer. Vous voudrez bien ne pas prétendre que faire la promotion d’une idéologie qui veut ma mort a pour but de me soutenir. » Depuis, les cas similaires se multiplient, comme dimanche à Bischwiller, situation que l’Alsacien que je suis connaît bien.

Marine Le Pen interpelle Christophe Castaner

Certains, par exemple et sans surprise Libération, se sont fait une joie de pointer une erreur de détail dans la lettre ouverte que Marine Le Pen a envoyée sur ce sujet à Christophe Castaner pour laisser entendre que rien ne se passerait, et que l’objet de cette lettre ne serait qu’un « appel à la prière islamique fictif ». Le président du CFCM, lui, s’est empressé de dénoncer « une campagne politico-politicienne aussi absurde qu’incompréhensible contre les musulmans de France ». Rappelons donc que tous les musulmans de France n’approuvent pas ces appels à la prière ostentatoires, et rappelons aussi que le CFCM n’a toujours pas jugé bon de relever de ses fonctions son délégué général Abdallah Zekri, qui considère que Mila « l’a bien cherché ».

Car on est loin ici d’une « absurde polémique politico-politicienne », pour la simple raison que l’on est loin, très loin, d’un authentique geste « de solidarité et de soutien ». Il y a évidemment des musulmans parmi ceux qui luttent contre la pandémie, parmi ceux qui en souffrent, parmi ceux qui en meurent. Mais il y a aussi beaucoup de non-musulmans. Or, l’adhan n’est pas juste une chanson exotique au doux parfum d’Orient. C’est un texte lourd de sens, dans lequel on entend notamment « Allahu akbar », « Allah est le plus grand » et « Lâ ilâha illa Llâh », « j’atteste qu’il n’y a de dieu qu’Allah ».

On peut le déplorer, y voir une récupération honteuse, il n’en demeure pas moins que « Allahu akbar » est devenu le cri de ralliement des jihadistes, comme il était jadis celui des armées conquérantes de l’islam. Samedi dernier, c’est ce cri qui a accompagné l’assassinat de deux de nos concitoyens au nom de l’islam, à Romans-sur-Isère. Le 10 novembre, c’est ce cri qui rythmait la manifestation de la honte « contre l’islamophobie », en réalité marche de soutien à l’emprise et aux ambitions de l’islam théocratique.

Que l’islam commence par se remettre en question

Quand à « Lâ ilâha illa Llâh », symbole de l’insistance islamique sur l’unicité divine, c’est par essence la négation de toute religion en dehors de l’islam. Et faire entendre le plus fort possible « il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah » ne saurait en aucun cas être un « geste de solidarité et de soutien » envers les croyants des autres religions, et plus généralement les non-musulmans, y compris les agnostiques et les athées.

Couplées, ces deux phrases « Allah est le plus grand » et « il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah » sont, pour reprendre la belle formule d’un ami, l’affirmation d’une primauté tout autant qu’un anathème. Personne j’espère n’oserait prétendre que diffuser par hauts-parleurs « Jésus est le seul vrai dieu, et vive les croisades ! » serait un « geste de solidarité et de soutien » envers nos concitoyens musulmans confrontés à l’épidémie, or ce serait ni plus ni moins que l’équivalent de l’adhan.

Je redis encore l’évidence : l’adhan est l’appel à la prière d’une religion qui certes ne se résume pas à ce qu’elle a de pire, mais dont il faut se souvenir qu’aujourd’hui même, dans 13 pays du monde – ce qui est beaucoup trop pour ne pas être signifiant – elle condamne à mort les apostats, les athées, les polythéistes, les blasphémateurs, et qu’en bien plus d’endroits encore elle menace et persécute les homosexuels. Et l’appel à la prière d’une telle religion n’a rien d’un « geste de solidarité et de soutien » envers les apostats, les athées, les polythéistes, les amoureux de la liberté d’expression et les homosexuels qui, eux aussi, luttent chaque jour contre la pandémie pour le bien de tous, qui en souffrent, qui en meurent.

Occupation sonore de territoires français

Oui, ces adhan qui retentissent – de surcroît et ne l’oublions pas dans une langue étrangère – sont des démonstrations de force, des provocations, des tentatives d’occuper un territoire : occupation sonore, physique, et plus encore symbolique, ce qui est d’une importance cruciale et trop souvent négligée. N’en déplaise aux lâches qui préféreraient ne rien voir, alors que ce n’est qu’une étape, et que laisser faire aujourd’hui revient à encourager encore plus de revendications, encore plus d’ostentation, encore plus de prosélytisme demain. N’en déplaise aux irresponsables, aux hypocrites, et aux complices plus ou moins lucides de l’islam théocratique.

Un dernier point. Non, l’adhan n’est pas la même chose qu’une sonnerie de cloches, et nous devons refuser fermement toute tentative de les mettre sur le même plan.

D’abord parce que les cloches font désormais partie d’une tradition qui dépasse largement leur signification chrétienne initiale, appartenant à un paysage sonore et à un patrimoine culturel commun. Dans la France sécularisée et laïque, elles sonnent par exemple le tocsin en cas d’incendie, ce qui n’a rien de religieux. En revanche, l’adhan n’a pas d’autre signification que religieuse, et ne saurait donc être donné à entendre sans que cette signification soit présente. Et à l’heure où l’on s’écharpe sur la place des crèches de Noël dans un pays où cette fête appartient pourtant elle aussi à un patrimoine sécularisé, laisser se banaliser la diffusion dans l’espace public d’un message explicitement islamique serait catastrophique.

Il ne faut pas relativiser

Ensuite parce que les cloches ne sont pas devenues le cri de guerre d’un totalitarisme sanglant, et parce qu’elles ne sont pas non plus la négation explicite de toute croyance en dehors de celle de ceux qui les font retentir. Une fois de plus, vouloir mettre toutes les religions, et tous les courants des religions, sur le même plan serait une erreur fondamentale. C’est un piège que nous tendent tous les fanatiques, désireux de bénéficier puis d’abuser de la tolérance à laquelle ont droit les croyants qui savent placer l’éthique et la raison au-dessus des dogmes. La France et la République ont le droit et même le devoir de traiter différemment leurs alliés et leurs ennemis, de traiter différemment les religions qui respectent leurs principes fondamentaux, et celles qui les menacent. La laïcité ne doit pas être neutre, elle doit être impartiale.

Oui, le christianisme fut jadis une idéologie totalitaire, Hypatie d’Alexandrie et Giordano Bruno l’ont payé de leurs vies. Mais il a évolué. La tentation théocratique subsiste par endroits, mais elle n’est qu’à peine résiduelle (du moins en Europe). Le christianisme a fini par se plier – de force au début, plus volontiers ensuite – au respect de la liberté de pensée, de la liberté de conscience, de la liberté d’expression. Et ça, ça change tout.

Les territoires conquis de l'islamisme

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Covid-19 contre Licence IV

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Jean Carmet "Brèves de comptoir" Image: capture d'écran Dailymotion

Le virus aura-t-il la peau des comptoirs parisiens?


À quoi reconnait-on la fin d’une civilisation éclairée ? La fermeture des librairies ? Des théâtres ? Des centres culturels ? Des ateliers d’artistes ? Des commissions mixtes paritaires ? Des Ministères ? De l’école ? Notre pays s’en remettra à une seule condition: que les comptoirs restent ouverts ! Il en va de notre dignité. C’est une question de salubrité publique. Sinon, le peuple ne répondra bientôt plus de rien. 

Notre identité bistrotière menacée

Dans la crise sanitaire que nous traversons, la distanciation menace le zinc et son expression fantasmagorique, notre identité bistrotière. Tout part de là ou se termine là, dans cet espace confiné et transparent, notre esprit querelleur, nos errances solitaires et nos amours contrariées y fermentent. Nous ne pouvons rien cacher aux autres. Tout le monde se regarde, se jauge, parle sans se forcer ou s’ignore magistralement. Le comptoir est le creuset de nos histoires personnelles. Un dernier sas de libertés avant les emmerdements à la maison, au boulot, dans le métro ou dans sa petite auto. Les cafés sont, à la fois, les témoins et les activateurs de notre sociabilité. Sans eux, que deviendrons-nous ? Des bêtes, des sauvages. Nous marcherions dans la ville, sans but et sans foi. 

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Garde ta main, je reprends la mienne!

Le bistrot donne aux Hommes une consistance (liquide le plus souvent) à leur existence brouillonne. Avouons-le franchement, Paris n’est pas reconnue et estimée, dans le monde entier pour la qualité de sa programmation artistique, ni la propreté de ses rues et encore moins pour la fluidité de sa circulation, elle doit sa permanence légendaire à sa kyrielle de bars, cette écharpe d’échoppes qui recouvre tous les arrondissements. Elle leur tient chaud durant l’hiver. Et aux beaux jours, elle s’envole pour découvrir ces parcelles de bonheur qu’on nomme communément les terrasses. Des lopins mitoyens et embrouilleurs qui grignotent le trottoir. Au pic de chaleur, ces terrasses bouffent tellement le bitume qu’elles bloquent le passage des poussettes et des vieillards. 

Pour le beaujolais nouveau, on sera heureusement déconfiné

Les cafetiers rêvent, en secret, d’annexer toutes les rues de la capitale. Ces vendeurs d’anisette s’imaginent en bâtisseurs, en Baron Haussmann du percolateur. On donnerait cher, aujourd’hui, pour se faire arnaquer royalement d’un expresso au prix fort, juste pour le plaisir d’entendre ses voisins se plaindre et le garçon nous snober, ou encore, plus émouvant, feindre de s’être trompé en nous rendant la monnaie. Cette sociabilité à la française, riche et fugace, délétère et drôle, devrait être inscrite au patrimoine immatériel de l’UNESCO. J’ose le dire, le bistrot, c’est ma vie. J’ai été élevé dans des caves remplies de foudres, gamin, je ne respirais pas l’encens sulpicien mais l’odeur de tanin qui prend à la gorge d’où ma prose titubante. Mon grand-père, pinardier de génie, le sens du partage et la science encyclopédique des alcools, une figure essentielle du Berry des années 1950-1960, piquait une colère noire quand il évoquait le « Vin de la courtille ». J’en ai appris la définition que très récemment en lisant L’argot du bistrot de Robert Giraud (la petite vermillon) : « En vieux français on appelle courtilles d’anciens jardins champêtres. Ce mot est encore en usage en Picardie dans le même sens, d’où vient ce proverbe « Vin de la courtille » pour mauvais vin, parce que les treilles des jardins n’en produisaient jamais de bon »

A lire aussi, du même auteur: Face au chaos avec Albert Cossery

En fermant les bistrots parisiens, vous effacez plusieurs siècles de littérature. Assassins ! Le jour d’après Covid-19, j’espère qu’on leur accordera les mêmes prévenances qu’aux bibliothèques. Car, en plus d’étancher la soif, les cafés poussent les écrivains à polir de jolies phrases. Henri Calet se souvenait dans Les grandes largeurs (L’imaginaire/Gallimard) d’un café « d’aspect démodé, au coin de l’avenue Mac Mahon et de la rue de Tilsitt » où il avait rendez-vous avec une amoureuse : « La moleskine de la banquette était rouge et collante. La fièvre, c’est nous qui l’apportions ». Ou de la description fastueuse d’un bistrot par Jean Follain dans Paris (Phébus/Libretto) : « Le comptoir du Vieux Paris en magnifique étain décoré d’une bordure de pampres fait époque ; sa fontaine est surmontée d’un moissonneur de bronze ; une fine décoration Directoire orne la glace de fond. Dans un aquarium encastré au mur nagent de petits poissons de Seine, dons de mariniers et d’agents de la fluviale ».  Plus populiste et acide, René Fallet, l’ex-Zazou de la banlieue Sud-Est, débouchait son litron de mélancolie dans Le beaujolais nouveau est arrivé (Folio) : « Le Café du Pauvre était le plus anachronique débit de boissons de Villeneuve-sur-Marne […] On n’y jouait pas au tiercé, on n’y regardait pas la télévision, on n’y écoutait pas la radio. Le monde entier restait à la porte. Les guerres mondiales seules y soulevaient un faible écho vite assourdi par le bruit des cartes des beloteurs ». 

Si vous supprimez les bistrots de notre topographie intime, vous tuez notre raison de vivre. À votre santé !

L'argot du bistrot

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Les Grandes largeurs: Balades parisiennes

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Le beaujolais nouveau est arrivé

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Covid: un vaccin vite et bien?

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corona vaccin epidemie virus
Authors: Christian Ohde/action pre/SIPA. Feature Reference: 00954422_000007.

Seul le vaccin contre Covid-19 pourra éviter des récidives épidémiques périodiques voire annuelles. Mais il ne peut être développé en peu de temps. Le professeur de médecine Jacques HM Cohen explique pourquoi.


La plupart des gens pensent qu’il est facile de faire un vaccin contre le Covid-19, puisqu’on en a fait tant d’autres. Et que les délais sont affaires de moyens en argent et en hommes. Nous allons voir qu’à la fois, la voie vers le vaccin n’est pas forcément directe et évidente, et que le développement du vaccin comporte des étapes dont les délais sont incompressibles. A commencer par le temps de gestation de la souris !

Que vient faire le cycle reproductif de la souris dans le développement de ce vaccin ? Une souris transformée génétiquement dont les cellules expriment le récepteur humain pour une enzyme à la  surface cellulaire, lui-même récepteur du virus est indispensable.  Pour étudier si le virus pourra s’accrocher ou pas sur ce récepteur en fonction de l’immunisation de la souris avec le candidat vaccin.  Or il ne restait que quelques souris de ce type, après l’abandon de la plupart des recherches sur le SARS de 2003. Et la souris ne se divise pas trois fois par jour comme une bactérie mais sa gestation dure 3 semaines et elle ne se reproduit qu’à l’âge de 6 semaines. Il faut donc redévelopper l’élevage. Refaire des souris transgéniques ne permet pas d’aller plus vite car il faut compter 3 mois de délais supplémentaire. En dehors des souris génétiquement modifiées, il y a bien des animaux sauvages susceptibles à nos virus mais ce sont des animaux d’élevage laborieux comme le furet ou la roussette….

Cet exemple trivial montre qu’à moins de sauter les étapes et de s’exposer aux risques de sérieux ennuis, on ne peut passer de la boite de culture à l’homme sans essais animaux. En prenant le temps nécessaire.

La voie royale est coupée

On peut envisager des vaccins de nombreux types, nous en verrons quelques uns. Mais le plus simple est de cultiver le virus lui-même sur des cellules en lignée continue, de le purifier plus ou moins complètement, de l’inactiver en le tuant et de s’en servir tout entier comme immunogène. C’est par exemple ce qui se fait couramment pour le vaccin anti-grippal.

Malheureusement, on s’est très vite rendu compte que le sars-cov2 n’est pas stable en culture, mute énormément et va perdre ou modifier des éléments essentiels de son infectiosité et de son antigénicité. Trouvera-t-on des conditions de culture et un type cellulaire de meilleure préservation des caractéristiques du virus ? Aucune certitude. Et si on n’en trouve pas, cette voie royale sera barrée…

Un vaccin vivant atténué ?

Les risques de recombinaison d’un virus atténué vers une forme virulente sont considérés comme trop importants. Est-ce à dire qu’aucun vaccin vivant ne serait possible ?

C’est le chemin le plus probable. Il s’agit de faire exprimer des protéines virales par un autre virus vecteur inoffensif qui va infecter des cellules du sujet vacciné et leur faire produire et présenter au mieux les protéines virales et leurs déterminants antigéniques. Ce vecteur peut être non replicatif, c’est-à-dire qu’il ne prolifère pas ou au contraire diffuse largement dans l’organisme du sujet et malheureusement un peu en dehors également.

Mais quelles protéines exprimer ?

À minima le spike (les pointes de la couronne du coronavirus) indispensable à l’infection virale. Dont on peut espérer que le blocage par des anticorps vaccinaux inhibera l’infection. Malheureusement, pour obtenir une bonne immunisation, et éviter les échappements par mutation, il faut souvent viser et donc exprimer plusieurs protéines virales. De plus il ne suffit pas de prendre la séquence du virus pour que ses protéines soient exprimées convenablement et par exemple que le spike soit fait d’un trimère convenablement enroulé de la protéine de surface virale: dans le vrai virus ce sont des enzymes spécifiques qui découpent un précurseur. Il faut donc qu’ils soient présents dans la cellule cible ou apportés par le virus ou trouver d’autres solutions de repliement.

La voie des objets inanimés

La méthode la plus rapide à développer est de choisir des motifs antigéniques élémentaires (épitopes dans notre langue d’immunologiste) d’en synthétiser les motifs dans un polypeptide. D’accrocher cela sur un porteur renforçant l’immunogénicité et d’immuniser. La conformation dans l’espace de ces polypeptides est rarement celle des protéines naturelles. Une astuce a déjà été publiée pour obtenir des spikes trimèriques. Elle repose sur un fragment trimèrisant issu d’un bactériophage. Malheureusement, ce fragment est sans doute très immunogène et risque de conduire à des effets secondaires de réactions indésirables chaque fois que le sujet vacciné le rencontrera dans la nature…

De plus ces vaccins inanimés sont bien moins immunogènes que les vaccins vivants. Et même de moins en moins à mesure qu’on limite le nombre d’épitopes qu’ils contiennent. Leur immunité est ainsi peu durable et ces vaccins demandent des rappels fréquents.

Quels anticorps ?

Pour protéger d’une infection des muqueuses, un vaccin qui induise des anticorps de classe IgA, principale immunoglobuline à la surface des muqueuses est souhaitable. Dans le cas du vaccin polio où il existe un vaccin vivant et un vaccin tué, ce dernier, qui n’induit que des IgG protège de l’atteinte cérébrale mais n’empêche pas le portage sur les muqueuses. Ce qui dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui serait fâcheux… Comme le pire n’est quand même pas toujours sûr, dans le cas de la grippe, les anticorps IgG induits par le vaccin tué suffisent à protéger le sujet vacciner. Mais peu de temps il est vrai…

Y a-t-il des anticorps indésirables ?

On sait déjà avec l’expérience du Sars-cov-1 que lorsqu’on administre au sujet (ou ici au macaque) des anticorps anti-spike, il y a un risque si l’infection est en cours, de voir une réaction inflammatoire délétère aggravant la situation. Argutie théorique? Dans le cas de la Dengue, il y a 4 sous-types, chacun conférant l’immunité, mais sans protection croisée. l’infection par certains sous-types est plus grave si l’on possède déjà des anticorps  contre un autre sous-type. Un vaccin contre les 4 types de Dengue a été développé, soigneusement dessiné contre ce danger puis testé avant d’être diffusé à une échelle de masse. Des effets d’exacerbations chez l’enfant de 8 à 10 sans anticorps préalables, mais probablement confronté à du virus peu de temps après sa vaccination ont été constatés. Conduisant à l’arrêt de fait de cette vaccination et accessoirement à un bouillon de 5 milliards d’euros.

Dans le cas du Covid-19 et de Sars-nCov-2 il faudra s’assurer que ce phénomène n’est pas à craindre ou renoncer à vacciner dans un contexte épidémique.

Les outsiders

Des start-ups annoncent pourtant un vaccin pour l’automne. Basé sur une technologie révolutionnaire, celle des miRNA, éléments de code génétique qui vont faire fabriquer à la cellule l’antigène souhaités. Outre qu’on ne voit pas comment ces protéines vont pouvoir acquérir les conformations dans l’espace souhaitables, on ne peut que rappeler la mésaventures des vaccins à ADN il y a une douzaine d’année: sur le même principe. La fabrication protéique laborieuse allait disparaître, l’ADN faisant travailler directement la cellule. Cela marche bien chez la souris. Mais pas chez les primates, au premier chef dans notre espèce. Et les vaccins à ADN ont disparu…. On ne peut que souhaiter que les miRNa cette fois réussissent. Mais une démonstration avec un antigène vaccinal de référence contre une présentation conventionnelle de l’antigène avec un adjuvant banal serait la bienvenue.. et n’est pour l’instant pas disponible.

Vis-à-vis de l’épidémie de Covid-19 si tous les essais sont bienvenus, on ne peut mettre tous ses espoirs et ses efforts dans ces seuls vaccins modernes et novateurs, d’efficacité non prouvée….

Au-delà du prototype

Il faudra ensuite étudier l’amplitude et la durée de l’immunisation chez l’homme, calibrer les doses nécessaires et suffisantes. Ce qui demandera plusieurs mois d’observation.

Puis il faudra encore non seulement résoudre les problèmes industriels de production, mais surtout la distribution du vaccin sur toute la planète. Y compris dans des populations devenues allergiques  aux vaccins, pour de mauvaises raisons comme chez nous, ou pour de bonnes raisons pour d’autres populations échaudées par la chasse à Oussama Ben Laden déguisée en campagne de vaccination contre l’hépatite B.

Un vaccin opérationnel à échelle de masse pour l’été 2021 est donc un objectif ambitieux mais réalisable. Tout développement raccourci ferait prendre des risques, au minimum d’inefficacité et discréditerait l’ensemble des vaccins.

Retrouvez cet article sur le blog de Jacques HM Cohen.

Macron: médecin malgré lui

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macron covid rn gauchet giono

Au temps du corona, Causeur poursuit sa mission : informer, débattre, réagir. Malgré le confinement, vous pourrez acheter ce numéro largement consacré à la crise sanitaire et à ses conséquences futures en le commandant directement sur notre site ou dans les maisons de presse qui restent courageusement ouvertes. Covid-19, Marcel Gauchet, clientélisme des maires, Rassemblement national, Jean Giono : notre numéro d’avril vous ouvre ses portes.


Quelle mouche nous a tous piqués ? A tort ou à raison, en quelques semaines, nous sommes devenus Chinois. Par peur du Covid-19, dont la virulence n’a d’égale que la volatilité, une bonne partie de la planète, et singulièrement la France, s’est résignée à vivre cloîtrée. La bonne parole de nos politiques, qui nous annonçaient hier encore une bonne grippe et craignent aujourd’hui l’apocalypse sanitaire, donne l’impression d’un dogmatisme qui navigue au gré du vent. Dans ses habits neufs de médecin malgré lui acquis au « produisons français » et (provisoirement) réconcilié avec les frontières, Emmanuel Macron semble s’être déchargé sur les technocrates de la santé. Or, comme s’en émeut Elisabeth Lévy, « que la parole des médecins ait aujourd’hui la préséance, on le comprend. Elle ne saurait être exclusive (…) Si nous restons tous chez nous 24 heures sur 24, privés du droit de se dégourdir les jambes et de sortir Médor, le virus cessera de circuler, mais nous deviendrons tous fous, sans compter que des dizaines de milliers de Français, qui continuent à bosser, perdront leur emploi ou leur outil de travail ». Eh oui, « entre les approuveurs et les complotistes, il doit y avoir de la place pour une critique raisonnable ».

Sacré Raoult !

Depuis le début de la pandémie, l’administration médicale a donc pris le pas sur le gouvernement des hommes. Anne-Laure Boch dénonce ce putsch des blouses blanches qui accomplit le vieux rêves des totalitarismes : confier le pouvoir à une technocratie médicale aux moyens titanesques. Le trublion Didier Raoult essaie de secouer le cocotier en proposant un traitement à base de chloroquine. Trop précoces, les résultats de ses expériences n’autorisent aucune conclusion hâtive mais le grand infectiologue marseillais pourrait avoir raison contre ses pairs trop prudents. Son ancien élève Charles Seyrol décrypte les tenants et les aboutissants du débat.

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Plus globalement, l’heure sera bientôt venue de retenir les leçons de la crise pour construire le monde d’après. À cet égard, dans un entretien-fleuve avec Elisabeth Lévy, le philosophe Marcel Gauchet se garde bien de tout triomphalisme. L’exécutif ne sachant plus à quels saints se vouer, dès que le virus aura le dos tourné, le règne des économistes risque de succéder au gouvernement des médecins et le conformisme libre-échangiste reprendra de plus belle.

Pour Alain Finkielkraut, la sagesse n’a jamais été aussi malmenée que ces dernières semaines. D’aucuns imputent en effet aux gouvernants la responsabilité de l’hécatombe mondiale, oubliant le tragique de l’histoire.

Hervé Juvin n’en démord pas moins : dans un monde sans frontières, la dissolution de l’État et de la nation nous a conduits au sous-développement. Cette fuite en avant tuera tant que nous n’aurons pas substitué le savoir-vivre écologique au culte du marché.

Le RN migre vers la gauche

Chapitre actualités, oublions un instant l’épidémie en cours. Cap sur le Pas-de-Calais et les municipales avortées. Au premier tour des municipales, Bruay-la-Buissière a mis en tête le jeune député RN Ludovic Pajot. Certes épargné par l’immigration, ce bastion socialiste du bassin minier, tristement célèbre sous son ancien nom de Bruay-en-Artois, subit les effets de la désindustrialisation et le chômage. Reportage signé bibi. En toute logique, on peut se demander si à force de devenir étatiste, antilibéral, républicain, le Rassemblement national aurait trop dérivé vers la gauche…

Comme nous le rappelle Céline Pina, le premier tour des élections municipales a confirmé l’emprise des islamistes sur de nombreuses banlieues françaises. Alliés aux caïds de la drogue, ils s’infiltrent aussi bien à droite qu’à gauche pour mettre les villes sous coupe réglée.

Giono et Lacretelle

Enfin, Jérôme Leroy commémore le cinquantenaire de la mort de Jean Giono (1895-1970), le seul écrivain païen de langue française. Un volume de Gallimard permet d’explorer différentes facettes de son œuvre lumineuse dont la nature est le cœur vivant. Mention spéciale à Patrick Mandon qui s’est entretenu avec Anne de Lacretelle. En hommage à son père proche de Proust, la fille du célèbre écrivain publie Tout un monde, Jacques de Lacretelle et ses amis. Ce beau portrait d’un homosexuel amoureux de sa femme, hédoniste ascète de la plume et philosémite ami des Morand ressuscite une époque révolue. Cent ans après, nos années 20 commencent bien mal. Courage, en plein confinement, rien n’est perdu, fors l’honneur !

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Comprendre le malheur français

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Normale-Sup: l’écriture inclusive exclut les mal-pensants

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Image d'illustration Ansgar Scheffold / Pixabay

Les Écoles Normales Supérieures (ENS), jadis traditionnels foyers de culture classique, servent désormais de support à l’écriture inclusive. 


Dernier front ouvert par le féminisme dans son combat eschatologique contre le patriarcat, la langue française doit affronter les assauts outranciers de l’écriture inclusive. Si cette nouvelle lubie ne rencontrait pas un large consensus dans les cercles universitaires, elle prêterait à sourire. Or, les Écoles Normales Supérieures (ENS), jadis traditionnels foyers de culture classique, servent désormais de support à l’inclusivité.

Progressivement, l’écriture inclusive s’y est diffusée au point d’y devenir l’orthopraxie à laquelle il faudrait se conformer.

Défigurer l’orthographe à coups de points

Les rapports de jurys, les courriers officiels, les mails de professeurs ou les conversations de classe se sont tout à tour convertis à l’écriture inclusive. Dans ces écoles censées former la future élite universitaire, refuser l’écriture inclusive revient même à être classifié « ennemi de l’égalité », étiquette aussi peu enviable que les « ennemis du peuple » en régime communiste. On ne peut déclarer « cela va nuire aux étudiants » sans devoir ajouter précipitamment « et aux étudiantes ». Tout doit sans cesse être féminisé sous peine de froisser son interlocuteur ; l’attention doit être constante. Par un habile retournement de stigmate, d’oppressés les partisans de l’inclusif deviennent ainsi oppresseurs. Versant dans le sectarisme, ils n’hésitent pas à mettre au ban tous ceux qui refusent de défigurer l’orthographe à coups de points.

Une langue imprononçable

Le point médian est en effet la forme prédominante de l’écriture inclusive. On devrait par conséquent écrire : « Tou·te·s les étudant·e·s concerné·e·s doivent lire Causeur ». Les limites de cette écriture sautent aux yeux. En plus de rendre la phrase difficilement lisible, le point médian la rend imprononçable. Mais, de façon plus surprenante, les critiques à cette écriture existent également parmi les tenants de l’inclusivité.

A lire aussi: Comment le mot « féminicide » nous est imposé

Le point médian paraît effectivement ouvrir deux options dans la lecture d’un mot : soit on le considère comme masculin, soit comme féminin. Qu’en est-il dès lors des personnes non-binaires, qui ne s’identifient ni au masculin ni au féminin ? Ne seraient-elles pas elles aussi discriminées par cette écriture ? La fièvre de l’inclusion pousse à aller toujours plus avant dans la déstructuration de la langue. Aussi, afin que les non-binaires se sentent pleinement inclus, il fallait trouver une solution géniale. Eurêka, utilisons la majuscule ! Il ne faut alors plus dire « les étudiant·e·s » mais « les étudiantEs ». Lumineuse trouvaille…

« Iel » ou « elleux » ?

Et la folle évolution de l’écriture inclusive ne s’arrête pas là. Un nouveau jargon devait encore émerger pour rendre l’inclusif prononçable et lisible. Véritable attentat contre la langue, ce sabir consiste à créer de toute pièce de nouveaux mots. Ainsi « celleux » remplace « celles et ceux », « toustes » remplace « toutes et tous », et, plus risible encore, pour ne pas hésiter entre oncle ou tante il convient d’adopter le terme « tancle ». En formulant des phrases avec ces éléments la supercherie retentit : « Iel est allé·e voir saon cousin·e pour ellui remettre un mot. Iel ellui a dit que les jumelleaux s’étaient mis·e·s toustes belleaux pour faire plaisir à celleux qui étaient présent·e·s ». Ne riez pas ! Le jour viendra peut-être où les jeunes générations apprendront docilement ces mutilations ignominieuses faites à notre langue. Dans certains cercles normaliens, ce langage est devenu chose courante. Les termes « iel » ou « elleux » y sont parfaitement intégrés au langage oral, et il est même de très mauvais ton de ne pas les utiliser.

Les ENS ne récoltent que le ridicule

Inutile d’aller jusqu’à ces extrémités pour percevoir les dangers de l’écriture inclusive. Alors qu’une langue tend habituellement à se simplifier, l’écriture inclusive entraîne une complexification des règles d’écritures, complexification qui ouvre une grande confusion quant à certains fondamentaux. La grammaire et l’orthographe traditionnelles en pâtissent.

Ainsi, dans ces mêmes élitistes Écoles Normales l’on voit apparaître des absurdités du niveau collège. À la rue d’Ulm, le document distribué le premier jour commençait par souhaiter « bienvenu·e » aux entrants. Problème, écriture inclusive ou pas, le français dit « bienvenue » sans point médian. De la même façon à l’ENS Cachan le Powerpoint de rentrée appelait les normaliens à devenir « acteur·e·s » de leur diplôme. Dommage là encore qu’on ne dise pas une acteure mais une actrice…

Il apparaît clairement qu’en devenant les idiots utiles de cette pensée égalitariste les ENS ne récoltent que le ridicule. Elles rompent de surcroît avec leur vieille tradition d’excellence en tombant dans les vulgaires pièges du dogme de l’inclusivité. Tout doit être repensé à l’aune de l’idéologie égalitariste et progressiste. Tant pis si cela exclut les réactionnaires de l’ancien monde. Tant pis si l’inclusif n’inclut pas.

Nécessité fait loi

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Anne-Marie Le Pourhiet, juriste francaise. Numéro de reportage : 00636954_000036 © BALTEL/SIPA

« J’avoue, pourtant que l’usage des peuples les plus libres qui aient jamais été sur la terre me fait croire qu’il y a des cas où il faut mettre, pour un moment, un voile sur la liberté comme l’on cache les statues des dieux ». 


Montesquieu exprime ainsi dans une formule célèbre de L’esprit des lois le principe général du droit que nous connaissons communément sous l’adage « Nécessité fait loi » et que le juriste Adhémar Esmein énonçait en termes réalistes au lendemain de la Grande Guerre: « Nous ne disons pas que périsse le pays plutôt qu’un principe ». Il reprenait ainsi la morale du fabuliste et juriste La Fontaine : « Mieux vaut plier que rompre ». L’épidémie de Covid-19 nous plonge très exactement dans ces situations de crise où il faut recourir au droit d’exception pour mettre momentanément les libertés en parenthèses.

Le principe de nécessité signifie qu’en cas de péril grave pour l’intérêt général (sécurité publique, santé publique, ordre public en général), il est toujours possible de déroger aux règles de droit habituelles lorsque le respect de celles-ci devient impossible ou que leur stricte application menacerait la protection de tous et se retournerait contre l’intérêt général.  

Urgence et droit

Toutes les règles de droit sont ainsi susceptibles de plier sous l’impératif de la nécessité et de l’urgence, que ce soient les règles de procédure de l’action publique (consultations, enquêtes, demande et attente d’autorisation, délais d’entrée en vigueur, délibérations collégiales, etc…) qui ralentissent l’adoption et l’application de décisions urgentes, ou les règles de compétence (impossibilité de réunir des assemblées ou d’attendre l’intervention de l’autorité normalement compétente), ou encore, bien sûr, les règles de fond et en particulier celles qui garantissent les libertés (liberté d’aller et venir, libertés de réunion et manifestation, liberté d’entreprendre, droit de propriété, liberté contractuelle, etc …).

Le conseiller d’État Romieu démontrait en 1902 que le principe fondamental de notre droit public selon lequel il faut l’autorisation d’un juge pour faire exécuter manu militari une décision de l’Administration devait plier devant l’urgence résultant d’un « péril imminent pour la sécurité, la salubrité ou le bon ordre » et concluait d’une phrase également célèbre : « Quand la maison brûle, on ne va pas demander au juge l’autorisation d’y envoyer les pompiers ».

Parfois le droit a lui-même anticipé les mesures de crise et inscrit dans ses codes ce que l’on appelle des « législations d’exception » destinées à être appliquées lorsque le péril apparaît. Il suffira alors que les circonstances redoutées se produisent pour que l’on puisse déclencher l’arsenal normatif exorbitant. Prévoir l’imprévisible, telle est la lourde tâche du législateur d’exception. 

Notre droit contient ainsi de nombreuses « trousses d’urgence » prêtes à l’emploi. La plus connue et impressionnante est évidemment l’article 16 de la Constitution qui donne les pleins pouvoirs au président de la Ve République lorsque deux conditions cumulatives sont réunies : une menace grave et immédiate pesant sur les institutions de la République, l’indépendance de la Nation, l’intégrité de son territoire ou l’exécution de ses engagements internationaux et une interruption du fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels. 

Mais cet article constitutionnel, voulu par le général de Gaulle en souvenir de la débâcle de 1940, s’ajoute à deux autres législations susceptibles de servir en temps de crise. L’état de siège, simplement mentionné à l’article 36 de la Constitution, et régi par une loi du 9 août 1849 modifiée, vise les guerres étrangères ou civiles et permet le transfert des pouvoirs de police civils aux militaires en les dotant de quatre pouvoirs exceptionnels. L’état d’urgence, que nous connaissons déjà bien puisqu’il fût appliqué en 1985 en Nouvelle-Calédonie, en 2005 pour la crise des banlieues et en 2015 lors des attentats terroristes, est prévu par une loi du 3 avril 1955 plusieurs fois modifiée. Il s’applique « en cas de péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public ou en cas d’évènements présentant par leur nature ou leur gravité le caractère de calamité publique ». Toutefois, les nombreux pouvoirs dérogatoires que cette législation accorde aux autorités civiles, surtout destinés à lutter contre des violences, attentats et rébellions, ne sont pas forcément nécessaires ni adaptés à une épidémie.

L’urgence sanitaire, quant à elle, est régie par la loi du 5 mars 2007 « relative à la préparation du système de santé à des menaces sanitaires de grande ampleur » intégré dans le Code de la santé publique (3e partie, Livre 1er, titre III). Le chapitre 1er de ce titre, intitulé « Mesures d’urgence », accorde directement des pouvoirs très larges au Premier ministre et au ministre chargé de la Santé. L’article L3131-1 en particulier dispose : « En cas de menace sanitaire grave appelant des mesures d’urgence, notamment en cas de menace d’épidémie, le ministre chargé de la santé peut, par arrêté motivé, prescrire dans l’intérêt de la santé publique toute mesure proportionnée aux risques courus et appropriée aux circonstances de temps et de lieu afin de prévenir et de limiter les conséquences des menaces possibles sur la santé de la population ». C’est sur le fondement de cette disposition qu’ont été pris les premiers décrets et arrêtés successifs de mars 2020 prononçant des réquisitions de masques, réglementant le prix du gel hydroalcoolique, prescrivant les mesures de « distanciation sociale » les plus importantes comme la fermeture des établissements d’enseignement et des lieux non indispensables accueillant le public, l’interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes, l’interdiction des escales de paquebots de croisières dans nos territoires insulaires, les mesures de confinement, etc… 

A lire aussi: Hôpital: les masques tombent

La loi d’urgence sanitaire qui vient d’être promulguée ajoute à ce premier chapitre un  nouveau chapitre 1bis instaurant un « État d’urgence sanitaire » déclaré par décret en Conseil des ministres mais dont la prolongation au-delà de un mois nécessite une loi. Applicable « en cas de catastrophe sanitaire, notamment d’épidémie mettant en péril par sa nature et sa gravité, la santé de la population », ce texte se borne en réalité à reconnaître au Premier ministre une dizaine de pouvoirs existants déjà mis en œuvre. Il confirme les importantes restrictions de libertés imposées par les épidémies en précisant simplement davantage la répartition des compétences entre le Premier ministre (décrets) et le ministre de la santé (arrêtés). En droit strict ce texte n’apporte donc rien de nouveau et constitue un pur outil de communication de crise, exactement comme le projet avorté de François Hollande qui voulait inscrire en 2015 l’Etat d’urgence sécuritaire dans la Constitution alors que c’était juridiquement parfaitement inutile. Il s’agit surtout d’affichage politique destiné à frapper l’opinion.

Mais il reste de toutes façons toujours possible d’aller encore plus loin que ce que permettent les textes lorsque ceux-ci n’ont pas expressément prévu toutes les mesures qui se révèlent nécessaires. Lorsque la réunion du parlement est possible, celui-ci peut toujours voter d’urgence une habilitation au gouvernement lui donnant des pouvoirs supplémentaires. Cette possibilité est prévue par l’article 38 de la Constitution dont le Conseil constitutionnel a bien spécifié qu’il pouvait être utilisé pour permettre l’adoption de mesures urgentes par ordonnance. Sous la IVe République de telles habilitations ont été votées alors même que la Constitution les interdisait. La loi du 16 mars 1956 sur les pouvoirs spéciaux en Algérie, récemment mise en cause par Emmanuel Macron au motif qu’elle aurait permis des dérives et notamment la pratique de la torture, ou la loi du 3 juin 1958 autorisant le gouvernement du général de Gaulle, dernier président du Conseil de la IVe République, à légiférer directement pour résorber la crise algérienne, se sont ainsi ajoutées à la loi sur l’état d’urgence pour donner à l’exécutif des pouvoirs quasi-illimités. Sous la Ve République, la loi du 4 février 1960, votée au lendemain des barricades d’Alger sur le fondement de l’article 38 de la nouvelle Constitution, avait encore donné au gouvernement du général de Gaulle des pouvoirs supplémentaires, avant que le putsch d’Alger ne le conduise, en 1961, à utiliser l’article 16. C’est aussi ce type d’habilitation qui vient d’être votée au gouvernement Philippe à la fois pour organiser le second tour des élections municipales reportées à Juin et pour prendre par ordonnance toute une série de mesures économiques et sociales liées à la pandémie.

Outre ces habilitations permettant au gouvernement de légiférer directement par ordonnance le parlement peut aussi voter, comme il vient de le faire, une loi de finances rectificative permettant au gouvernement de dépasser les autorisations budgétaires de l’année pour prendre les mesures de soutien économique nécessaires, y compris pour déroger aux règles de programmation budgétaire organiques ou européennes. 

Où se trouve la limite?

On se doute bien que la compétence et la procédure parlementaires soulèvent quelques interrogations au cœur d’une épidémie où la contagion est telle que l’on interdit les réunions, même familiales, et que l’Assemblée nationale a précisément constitué l’un des premiers « clusters » du pays. Le regroupement de 577 députés et 348 sénateurs dans leurs hémicycles respectifs est certainement la dernière chose à faire en pareille crise. La discussion et le vote des lois du 23 mars 2020 se sont donc faits, non seulement en procédure ultra-accélérée mais aussi en effectif resserré de trois députés par groupe parlementaire, en commission comme en séance publique…. La démocratie, le pluralisme et les règles de délégation de vote ont donc également été mis en quarantaine.

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En tout état de cause, même lorsqu’il n’y a pas de fondement constitutionnel ou légal ni d’autorisation législative expresse, la jurisprudence dite « des circonstances exceptionnelles », illustrée par l’arrêt Heyriès rendu par le Conseil d’État en 1918, permet encore à l’exécutif d’aller plus loin que ce que permettent les lois d’exception. C’est ainsi que le Journal officiel s’est rempli pendant quelques jours d’arrêtés et décrets, dont celui du 16 mars 2020 « portant réglementation des déplacements dans le cadre de la lutte contre la propagation du virus covid-19 », comportant des visas que les juristes n’avaient pas lus depuis bien longtemps et dont les jeunes générations ignorent le sens : « Vu l’urgence », « Vu les circonstances exceptionnelles ». On appelle cela les « décrets de guerre ».

Bien entendu il existe à tous ces pouvoirs de crise une limite, explicite ou implicite, qui réside justement dans la stricte nécessité des mesures prises, c’est-à-dire la proportionnalité entre la menace à écarter et l’intérêt à sauvegarder. La loi du 23 mars sur l’urgence sanitaire précise bien que les mesures prises doivent être « strictement proportionnées aux risques sanitaires encourus et appropriées aux circonstances de temps et de lieu » et qu’il « y est mis fin sans délai lorsqu’elles ne sont plus nécessaires ». C’est évidemment là que se situe toute la difficulté de la fonction et de la responsabilité publiques dans la gestion des crises. Les juges, constitutionnels, administratifs, judicaires et même européens, pourront être saisis des mesures ainsi décidées, qu’elles soient générales ou individuelles, et être amenés à effectuer un contrôle sur leur proportionnalité. L’histoire enseigne cependant que le contrôle juridictionnel des mesures de crise, prenant en compte la difficulté d’appréciation des autorités, est le plus souvent restreint et limité aux abus manifestes.

Mais plus que l’action c’est sans doute l’incurie et l’impéritie dans la prévention de la crise qui sera jugée a posteriori. L’histoire de France se souviendra qu’un gouvernement de la République aura laissé son ministre de la santé abandonner le navire en pleine arrivée d’une épidémie gravissime pour remplacer un candidat à la mairie de Paris ayant eu l’élégante idée de filmer sa masturbation dans sa cuisine et alors même que le déroulement normal d’une élection municipale à deux tours devenait parfaitement irréaliste. 

Nul ne se plaindra de l’atteinte au droit de propriété que constitue la réquisition des stocks de masques existants, décidée tardivement par le gouvernement, mais l’on demandera en revanche des comptes à ceux qui n’ont pas su anticiper la production des millions de masques nécessaires en réquisitionnant, au besoin, des entreprises pour en fabriquer. Nul ne se plaindra non plus de l’atteinte portée au « droit à l’éducation » par la fermeture des Universités annoncée le 12 mars mais on ne manquera pas d’interroger les autorités sur la folie consistant à laisser encore le 14 mars des groupes de 400 étudiants se serrer et se claquer la bise sans masque dans des amphis non nettoyés alors même que certains d’entre eux, résidant dans des clusters, étaient chaleureusement invités à venir souffler dans le nez des autres dès lors qu’ils n’avaient « pas de symptômes » ! Nul ne se serait plaint d’un dépistage obligatoire massif ni d’un port obligatoire du masque, fussent-ils très attentatoires aux libertés, mais l’on interpellera en revanche ceux qui ne les ont pas ordonné. 

Un autre virus a, par le passé, envoyé quelques-uns de nos ministres en Cour de justice de la République. Le droit de la santé repasse étrangement le plat, entre la peste et le choléra. Si « gouverner c’est prévoir », alors observons que nos gouvernants n’ont pas manqué de pouvoirs mais plutôt de savoir et de devoir.

Lisa elle a menti

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Pendant le confinement, un jeune garçon suit les programmes éducatifs à la télévision © Image d'illustration MARIO FOURMY/SIPA Numéro de reportage: 00951411_000005

Ma guerre en short. La chronique de Cyril Bennasar.


Aujourd’hui, mon fils de quatre ans demande à ma fille qui en a vingt-sept : « Il est où papa ? ». « Il doit être dans sa chambre » lui répond-elle. Le petit monte, ne me trouve pas, redescend et m’aperçoit dans le jardin. « Lisa elle a menti ! ». Je le reprends : « Lisa a menti. » Il répète, il sait qu’il n’y coupera pas, alors machinalement il répète « Lisa a menti ». Ca finira par entrer et nous y tenons beaucoup sa mère et moi. Si on ne fait pas gaffe, les années passent et on se retrouve avec des enfants devenus présidents de la république qui déclarent publiquement : « La France, elle a besoin de changement ». Si la bourse s’effondre, si l’immobilier éclate dans une bulle, si nos métiers sont frappés d’obsolescence programmée, son langage risque d’être son héritage le plus sûr et le plus précieux. Quand on sait que l’indicatif suit « après que » plutôt que le subjonctif, et qu’on entend à la radio « Après qu’ils aient crié allah akbar, ils ont ouvert le feu sur les enfants », on peut bien dormir dehors, on sourit, on se sent distingué.  Et puis je me reprends : « Elle n’a pas menti, elle s’est trompée. Elle pensait que j’étais en haut alors que j’étais en bas. Elle t’aurait menti si elle avait su que j’étais en bas en te disant que j’étais en haut. Elle ne le savait pas, elle n’a pas menti, elle s’est trompée. Tu as compris la différence ?». « Mais non elle a menti. » Il ne veut pas que je le détrompe, quand il tient une information ou un savoir, il en est fier, il en ressent la valeur, alors il n’en démord pas. J’essaie de reprendre mon explication mais il est déjà parti en courant après le chien.

Heureusement, il ne m’a pas demandé si dans leurs déclarations depuis le début de la pandémie de coronavirus, nos responsables politiques s’étaient trompés ou s’ils nous avaient menti. J’aurais été bien en peine pour lui répondre mais j’aurais quand même essayé. Ils se sont beaucoup trompés et nous ont un peu menti. Comme les spécialistes de l’épidémiologie, comme les experts ou les pontes de l’OMS, ils se sont trompés. Comme tous les décideurs du monde, ils ont réagi avec une pandémie de retard, avec l’expérience des virus précédents, ceux qui ne sortent pas d’Afrique ou d’Asie, ceux qui traversent les populations en ne laissant sur le carreau que ceux qui de toute façon  n’auraient pas passé l’hiver et en laissant les autres immunisés. Ils ont agi comme avec ces virus qui, si on les prend trop au sérieux, peuvent entrainer des dépenses inconsidérées et trainer le ministre dépensier dans le ridicule pour longtemps. Qui a envie de rester dans l’histoire comme l’incompétent qui a transféré des millions du trésor public vers les laboratoires pharmaceutiques pour rien ? Tout le monde peut se tromper et en l’occurrence, tout le monde s’est trompé. 

« Mais alors papa, pourquoi les ministres ils ont menti ? » – « Pourquoi les ministres ont menti ! ». Parce que le coronavirus a pris le monde de vitesse, que le pays manquait de tout pour le combattre, de masques, de gel, de respirateurs, de tests, de traitements et d’un vaccin. Et que dans cette débâcle, les pauvres  responsables politiques ne savaient plus à quels médecins se vouer, mais qu’ils devaient quand même nous mettre en ordre de bataille pour organiser la résistance. Alors ils ont menti à un peuple qui se jette sur les caddies pour du papier toilette à la première rumeur de pénurie. Ils ont menti pour éviter la panique, protéger les gens de leurs penchants idiots, freiner le virus et permettre aux hôpitaux de limiter la mortalité, ils n’ont pas menti pour couvrir un crime ou masquer des malversations. D’autres à leur place auraient peut-être dit toute la vérité, agi plus vite et fait mieux, on ne sait pas. Nous n’avons pas élu Churchill, nous ne sommes pas des Anglais en quarante. 

« Mais papa, ce n’est pas beau de mentir ! ». C’est vrai mais si nous ne sommes pas des Anglais, nous ne sommes pas non plus des Américains. Ce n’est pas beau mais ce n’est pas un crime. C’est parfois une stratégie qui se défend. Tout le monde ment un peu, même les présidents en démocratie, parce qu’ils ont des comptes à rendre. Tu vois bien qu’à la télé, tous les jours on accuse, on dénonce, on prévient qu’ils auront affaire à la justice, les procureurs s’entrainent à froncer les sourcils et les baveux salivent. Une racaille de banlieue peut dire aux policiers : « M’sieur, c’est pas moi. On m’a vu, y’a mes empreintes et mon ADN mais sur le Coran, c’est pas moi. »  Un président ne peut pas, sauf Trump qui est un peu menteur et un peu voyou, mais on lui pardonne, parce que c’est notre voyou. Mais regarde Clinton, il a menti, même le guide suprême du monde libre ne peut pas dire : « Ok je saute la stagiaire et alors ? Pas vous ? ». Et Bush ? Il a menti parce que dans un monde qui se féminise, on ne peut plus dire : « Je vais casser la gueule à Saddam, ça vous dit ? On sera revenu pour le spring break ». Alors ils mentent. Mais il est parfois plus civilisé de mentir que de dire la vérité. Tu verras quand tu seras grand et que ta femme te demandera : « Je m’trouve moche en ce moment, j’ai pas un peu grossi ? Hein ? » Ou qu’un de tes amis te demandera un avis sincère sur son recueil de poésie, on verra si tu ne préfères pas un gentil mensonge ou une subtile esquive à une méchanceté gratuite. « Mais papa, pourquoi ils n’ont pas dit qu’ils ne savaient pas ? Toi tu me dis parfois que tu ne sais pas. »«C’est vrai mais c’est plus facile avec un enfant de quatre ans qu’avec des millions d’électeurs inscrits. Et puis c’est plus facile à la maison où nous vivons comme en dictature que dehors où c’est la démocratie. »« Bon j’en ai marre papa, on joue aux soldats ? » – « D’accord, sors tes playmobils, on va casser la gueule à Saddam Hussein. »

Covid-19: les pesanteurs administratives sont immunisées

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Photo d'illustration / CHU de Nancy photographié en 2004 © HUMBERT NICOLETTE/SIPA Numéro de reportage : 00489076_000012

Non contente de vouloir maintenir près de 600 suppressions de postes à l’hôpital de Nancy, l’agence régionale de santé du Grand Est aurait tardé à recourir au privé en mars, faute de cadre relatif aux tarifs.


En un week-end, il est devenu célèbre sur les réseaux sociaux. Vendredi 4 avril, lors d’une conférence de presse consacrée au Covid, Christophe Lannelongue, directeur de l’agence régionale de santé (ARS) du Grand-Est, a expliqué à son auditoire médusé que les 598 suppressions de postes programmées sur cinq ans au centre régional hospitalier de Nancy (sur 9000 environ) étaient maintenues, avec peut-être « quelques semaines de retard »

Si les faits sont avérés, ils témoignent d’une coupure préoccupante au sein même de l’État. (…) Des acteurs clé de la machine administrative française n’ont pas changé de logiciel

Le jour même, le maire de Nancy, Laurent Hénart, président du conseil de surveillance de l’hôpital, dénonçait dans un courrier au ministre de la Santé, une position « totalement décalée », un comportement « déconcertant et indécent », ainsi qu’une « incompréhension des réalités du terrain », revenant à « blesser en plein combat » les soignants harassés. Le ministre Olivier Véran a immédiatement fait savoir que le plan de suppressions de postes était suspendu.

Une gaffe de haut-fonctionnaire ? Le problème semble plus profond. Fin mars, l’ARS du Grand-Est a contraint un bus qui transportait des malades de Reims vers Tours, pour soulager des équipes fort sollicitées, à faire demi-tour. Motif, le transfert avait été décidé entre chefs de services, sans être validé par le centre de régulation national…

Gros sous et légers retards

L’intégration des cliniques privées dans le dispositif national de lutte contre le Covid-19 pose également problème. Les débuts ont été laborieux dans le Grand-Est, malgré la gravité de la crise. Alertées très tôt, les cliniques privées se sont organisées rapidement pour se concentrer sur l’accueil et le soin des malades de Covid-19, ou pour soulager les hôpitaux submergés par la vague en prenant en charge d’autres patients. Le 22 mars, Lamine Gharbi, président de la fédération des cliniques et hôpitaux privés (FHP) a envoyé un communiqué aussi clair qu’alarmant : « Aujourd’hui malheureusement, alors que les capacités publiques sont dépassées, les établissements privés restent sous-utilisés. Un grand nombre de nos lits qui ont été libérés restent vides ». Dans le Grand-Est, précisait ce même communiqué, 70 places de réanimation libérées par les structures sont restées vides, faute de coordination. Pour rappel, le célèbre hôpital militaire installé en Alsace et inauguré par le président de la République, déploie 30 places. Pourquoi ce retard ? Selon nos informations, l’ARS savait que le privé avait des disponibilités, mais elle attendait la publication des ordonnances relatives au Covid (parues au JO les 25 et 26 mars) et voulait des précisions sur la facturation des services privés avant de les utiliser !  « La question de l’argent n’est pas vaine, explique une source qui connait bien l’ARS. Les hôpitaux publics trainent déjà des dettes énormes. Il faut négocier la prise en charge avec le privé. Nos voisins suisses sont en train de le faire, mais ils n’ont pas attendu d’avoir bouclé la négociation pour lancer la machine, bien entendu. Dans le Grand-Est non plus, d’ailleurs. Le privé est désormais intégré au dispositif, sans qu’on sache exactement combien il va facturer. Reste qu’on a perdu des jours à penser budget et à chercher des validations administratives incongrues dans un contexte d’urgence ».

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Si les faits sont avérés, ils témoignent d’une coupure préoccupante au sein même de l’État. Tandis que le sommet tient des discours graves, évoquant une crise sans précédent, voire une guerre, des acteurs clé de la machine administrative française n’ont pas changé de logiciel.

Ils ont continué à se couvrir comme en temps normal. Devant une porte cadenassée d’un dépôt de matériel essentiel, ils ont perdu du temps précieux à chercher la clé au lieu de casser la serrure avec une hache. Par peur de recevoir des factures démentielles en septembre ? Or, rien ne leur serait plus facile que de les retourner à l’envoyeur avec copie au Canard enchaîné. Une clinique qui profiterait de la crise pour exiger des tarifs exorbitants commettrait un suicide. 

Quand on entend le canon, on se met en marche vers l’ennemi. Les estafettes de l’Empereur nous rattrapent sur la route. Si on attend des ordres, ce n’est pas vers Austerlitz mais vers Waterloo qu’on s’achemine.  On a besoin de Desaix. Des Grouchy, on en a à revendre. 

« Nous tirons le signal d’alarme sur la mise à disposition de kits de protection pour les travailleurs sociaux »

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Sans-abris à Lyon durant le confinement. Numéro de reportage : 00954162_000001 © KONRAD K./SIPA

Alors que le coronavirus continue sa progression, les sans-abris et les personnels associatifs qui les côtoient sont en première ligne. Jean-François Maruszyczak, directeur général d’Emmaüs-France, sonne l’alerte. Il réclame lui aussi des masques. 


Alexis Brunet. Comment fait-on pour mettre en pratique le mot d’ordre « restez chez vous » quand on n’a pas de chez soi?  

Jean-François Maruszyczak. C’est bien la question. Les invisibles habituels que sont les personnes à la rue, on les voit encore moins aujourd’hui. De fait, on ne sait pas vraiment où ils sont parce que les confiner alors qu’ils n’ont pas de chez eux, c’est une gabegie qui parfois tourne au ridicule: certains se sont coltinés des PV pour ne pas s’être confinés. Certes, je n’ai pas eu d’échos ces derniers jours, mais c’est surtout parce que nous sommes intervenus auprès du Ministère du Logement pour que cela n’arrive plus. Il y a une semaine, des personnes SDF ont été verbalisées.  

Avec d’autres associations, notamment Médecins du Monde, La Fondation Abbé Pierre ou Le Secours Catholique, vous avez transmis une lettre ouverte au Premier Ministre. Vous y écrivez notamment qu’ « il faut anticiper la suite pour éviter que cette crise sanitaire se transforme en crise sociale durable ». Qu’entendez-vous par là ?  

La crise sanitaire que nous traversons peut avoir plusieurs conséquences sur les personnes les plus précaires. Prenons l’exemple des familles précaires avec enfants. L’Éducation nationale a mis en place un accompagnement en ligne, notamment pour les élèves les plus en difficulté. Mais ces enfants n’ont pas forcément accès à internet et certains doivent faire ça depuis le smartphone de leurs parents. De plus, les enfants de ces familles nécessitent un accompagnement du quotidien. Certes, les enseignants le font, mais un tel enjeu mériterait que dans la réserve civique, on puisse mettre quelque chose en place qui vienne en relais. Je dis cela pour vous démontrer le retentissement durable que peut avoir la crise sanitaire sur les personnes précaires. Sur ces familles-là cela peut être extrêmement fort. Un autre exemple: on sait très bien que les violences intrafamiliales sont plus fortes en période de confinement. Elles sont notamment liées aux dépendances dans les cercles fermés de ces familles, que ce soit alcool, cigarette ou drogues. Le sevrage du jour au lendemain peut être quelque chose d’absolument terrible. Le delirium tremens par exemple, est une chose terrible quand il est vécu de façon non contrôlée, ce qui est le cas chez les sans-abris 

Justement, vous parlez des sans-abris. Sont-ils en première ligne face au coronavirus ?  

Le décompte est déjà compliqué pour les citoyens lambda. Pour les personnes sans domicile, il l’est encore plus. Actuellement on ne les voit plus alors que d’habitude on les voit un minimum quand elles font la manche, notamment dans les grandes villes. Je pense pourtant qu’elles sont toujours dans la rue. Les associations et travailleurs sociaux font un travail extraordinaire qui permet de faire un travail de repérage au quotidien. Mais le travail d’accueil, dans cette période-ci, tient sur une ligne de crête. En temps normal, les sans abris sont repérés, avec des repères comme le fait de venir au moins quotidiennement dans certains dispositifs qui leur permettent d’avoir accès à la santé ou à l’alimentation. 

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Mais actuellement, c’est bien plus compliqué. Les dispositifs sont maintenus avec beaucoup moins de personnel. 

Suite à la crise sanitaire, un certain nombre a été accueilli dans ces dispositifs et on leur a proposé un espace de confinement. L’État a d’ailleurs ouvert 5000 places, notamment en hôtels, qui permettent de s’abriter. Mais abriter ne suffit pas, il faut aussi accompagner. Et sur ce point, on est aujourd’hui dans une situation de faiblesse. On a 30 à 40% de nos salariés qui sont arrêtés, soit parce qu’ils sont malades eux-mêmes, soit parce qu’ils doivent garder leurs enfants. Quant à nos bénévoles, on leur a clairement dit de rester chez eux.  

« ll y a des gens qui veulent aller au front, mais on ne peut pas les envoyer dans n’importe quelles conditions »  

Comment faites-vous pour travailler correctement dans ces conditions?  

Justement, on doit gérer un confinement et un accompagnement avec beaucoup moins de salariés. Et quand on demande à des personnes qui sont en difficultés psychologiques ou de santé de se retrouver dans un cadre complètement confiné, cet accompagnement est extrêmement compliqué. Notre activité de dons d’objets et de revente, qui est la plus connue de nos concitoyens, est complètement fermée actuellement ! Ceci est catastrophique. Nous avons été obligés de mettre en place un système d’entraide mutualisée en interne du mouvement Emmaüs, parce que certaines structures étaient déjà en cessation de paiement ou avec des trésoreries très justes. Pour le reste, nous essayons de tenir le système comme nous pouvons.  

Aujourd’hui, tout un ensemble de bénévoles serait partant pour s’investir. Or, nous tirons depuis longtemps le signal d’alarme, vous n’en serez pas étonné, sur la mise à disposition de kits de protection pour les travailleurs sociaux. Nous comprenons évidemment que ces kits soient destinés en priorité au secteur médical. Mais pour maintenir le système de solidarité avec les salariés, les volontaires et les bénévoles sans avoir de dispositif de protection, sachant que les personnes qui sont en situation de précarité, sont très exposées et ne savent même pas si elles sont malades ou non, c’est très difficile. Il y a des gens qui veulent aller au front, mais on ne peut pas les envoyer dans n’importe quelles conditions.

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Y’a-t-il plus de cas de coronavirus chez les personnes en situation de précarité ?  

C’est difficile de savoir. Dans le mouvement Emmaüs, nous avons eu connaissance de cinq décès. Trois étaient des personnes qui avaient déjà des pathologies. Le coronavirus a accéléré le mouvement. Les lieux ou les espaces de confinement dont on parlait tout à l’heure sont les lieux sur lesquels on a le plus de craintes, avec l’incubation, avec l’ignorance qu’on a du fait que les personnes soient atteintes du virus ou non. On a aussi des craintes sur la suite. Prenons l’exemple de l’évacuation du campement de migrants d’Aubervilliers le 24 mars dernier. Il a été fait dans des mauvaises conditions car les exilés ont ensuite été parqués dans des gymnases. Cela n’a aucun sens. Mêler des personnes qui ont le virus a d’autres qui ne l’ont pas dans un gymnase, c’est très dangereux.  

En effet, on a encore plus de chances d’être contaminé parqué dans un gymnase qu’au « grand air », sans vouloir paraître cynique. Quelles relations avez-vous avec le gouvernement ?  

Nous avons des relations régulières. Nous sommes en contact régulier avec Julien Denormandie, ministre chargé de la Ville et du Logement. Tous les deux jours, il y a des téléconférences lors desquelles on peut lui faire remonter la situation sociale et sanitaire, ou proposer des idées. Il y a de l’écoute. J’ai été à des réunions avec Gabriel Attal, Olivier Véran ou Jean-Michel Blanquer. Le gouvernement se mobilise, on ne dira pas le contraire. Cependant, il faut être très réactif, parce que le virus se propage à une vitesse folle, et on ne trouve pas forcément en face de nous les Ministères qui sont essentiels: le Ministère de l’Intérieur et le Ministère de l’Économie. Le Ministère de l’Intérieur devrait être autour de la table, d’autant plus que le système régalien a été interrompu pour les demandeurs d’asile. Par ailleurs, on devrait être entendu sur la situation économique. Nous savons bien que l’économie entière est à l’arrêt, mais les conséquences sur le tissu associatif ne sont pas à prendre à la légère. À Emmaüs, il y a un autofinancement fort, et il y a maintenant une vraie préoccupation sur le maintien en vie de notre organisation. Nous avons eu des contacts avec la Direction Générale de la Cohésion Sociale, Gabriel Attal, Olivier Véran et Jean-Michel Blanquer. C’est très bien mais il faudra des réponses rapidement pour savoir vers quoi on va.  

Concrètement, qu’attendez-vous aujourd’hui du gouvernement?  

L’alimentation, l’accès à l’hygiène sont des besoins de base pour toute personne sur notre territoire, et sont donc des priorités. Pour vous donner un exemple concret, nous avons demandé à ce que les bains-douches et les sanisettes soient réquisitionnés. Or, j’ai encore vu des sanisettes fermées tout récemment. Ce n’est pas normal. Il faut qu’elles restent ouvertes pour les personnes à la rue. On a besoin qu’une coordination forte soit mise en place pour organiser le système d’aide alimentaire. Aujourd’hui, vous savez très bien que dans la mesure où le système économique s’est arrêté, il y a quand même des productions qui sont disponibles. Les agriculteurs continuent à produire. Nous souhaitons donc que l’aide alimentaire se poursuive. S’il y a un don de 400 000 tonnes de pommes de terres par exemple, il faut ensuite pouvoir les transformer, et ce ne sont pas que les associations qui peuvent s’en occuper. Il faut accélérer le mouvement sur la coordination des produits qui arrivent. Il faut gérer cela sur la durée, car vous savez comme moi qu’on n’est pas près de sortir du confinement. Nous proposons qu’on mette à disposition des camions pour assurer la distribution aux différentes associations en France.  

Le terrorisme islamiste ne respecte pas le confinement

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Les lieux de l'attentat, samedi 4 mars © AP/SIPA Numéro de reportage: AP22444668_000003

 Samedi, Abdallah Ahmed Osman, un trentenaire soudanais, a tué deux personnes et en a blessé cinq autres, au hasard de son parcours meurtrier dans la ville de Romans-sur-Isère. Que cette ville soit touchée par ce que les médias ont bien du mal à qualifier d’égorgements islamistes n’est pas forcément un hasard. L’essayiste Céline Pina reproche l’inaction des politiques face au phénomène du djihad de proximité.


Ce samedi 4 avril 2020, la France, confinée et suspendue, s’est rendue compte que le coronavirus n’arrêtait pas la violence qui devient ordinaire depuis 2012 dans notre pays : celle des attentats islamistes. Pourtant l’histoire et les légendes nous le disent, l’existence d’un péril nouveau ne fait pas disparaître les dangers anciens et on n’échappe souvent à Charybde que pour tomber en Scylla.

Si l’on n’exige pas des personnes accueillies qu’elles acceptent la culture du pays d’accueil et si on ne leur donne pas, via l’éducation, les moyens de la connaître, ils seront pris en main par d’autres…

C’est ainsi que le confinement n’a pas mis fin à l’offensive islamiste. Certes Al Qaïda a appelé ses militants à reporter les actes terroristes, mais cela n’est pas le cas pour l’État islamique. Si ses tueurs sont invités à ne pas se rendre dans les pays contaminés, ceux qui sont déjà sur place, eux, ont un rôle à jouer. D’abord s’ils sont infectés, en répandant la contamination, puisque dans la logique des islamistes, le Covid est une punition de Dieu. Ensuite en poursuivant le jihad surtout à une période où « la sécurité et les institutions médicales ont atteint les limites de leurs capacités » comme le recommande le bulletin d’information de Daesh, Al-Nada.

Parcours macabre, édulcoré par les médias

Et le message a été parfaitement entendu. À Romans-sur-Isère, un réfugié soudanais s’est livré à un parcours macabre que nous commençons à bien connaître : armé d’un couteau l’homme tue tous ceux qui ont le malheur de croiser sa route, en criant Allah Akbar pour ponctuer et signer ses crimes.

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Il a ainsi égorgé un homme devant sa femme et son fils, selon France bleu, et tué une autre personne à l’intérieur de la boucherie. Seule France bleu mentionne l’égorgement, précision qui disparaîtra bientôt au bénéfice de la sémantique “coups de couteaux”. Force est de constater que comme dans d’autres affaires, comme celle de la préfecture de police de Paris, l’évacuation du terme égorgement, même quand le geste est avéré, est un classique. Alors ici: erreur du journaliste ? ou volonté d’éliminer un terme qui renvoie à une pratique culturelle orientale et fait référence au geste pratiqué lors de l’Aïd ? En tout cas le refus de l’employer, malgré sa récurrence, notamment dans le cas du jihad de proximité, interroge.

Commence ensuite le ballet habituel auquel le confinement n’a rien changé : l’agresseur est un déséquilibré que l’enfermement aurait aigri et bien sûr on ne prononce que difficilement le mot islamisme, au nom du « padamalgame ». C’est le cas de bien des élus, que ce soit le président de la République comme le maire de la ville endeuillée. Pourtant la démarche de l’homme était claire : des écrits ont été trouvés chez lui, où il se plaint de vivre dans un pays de mécréants, son parcours meurtrier est marqué par une grande détermination, et il emploie la signature qui lui permet d’inscrire son acte dans une logique communautaire et religieuse en le dédiant à Allah. Il était dès lors difficile de ne pas confier l’affaire au Parquet national anti-terroriste. Le meurtrier est désormais à Levallois-Perret.

Romans-sur-Isère, tout sauf un hasard

Mais une fois que l’on a dit cela, il faut nous demander :

– Est-on en face d’une situation impossible à appréhender, où le hasard est roi ?

– Ou bien est-on en face d’un aveuglement qui fait nous payer au hasard le coût de la naïveté politique, à plus ou moins longs intervalles ? 

Pour un spécialiste de l’islamisme, le fait que cette affaire ait eu lieu à Romans n’est pas le fruit du hasard. La ville est connue pour être un important pôle du salafisme saoudien. Au moment où celui-ci pensait implanter le pôle salafiste européen en France, un certain nombre de mosquées furent construites, notamment à Marseille, Paris, Lyon, Roubaix et… Romans-sur-Isère (lire Le salafisme en France de Samir Amghar). 

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Parlons aussi un peu du Soudan. Ce pays a été entre les mains des milices islamistes jusqu’à fort récemment et les affrontements entre groupes islamistes ont été nombreux. Difficile de savoir si un réfugié quitte le Soudan parce qu’il appartient à un groupe islamiste en perte de vitesse ou parce qu’il revendique plus de liberté. Toujours est-il que les Soudanais ont vécu jusqu’en 2019 dans un bain de culture islamiste. Certes les islamistes soudanais sont plutôt dans la mouvance des frères musulmans… mais la Ligue Islamique Mondiale – qui a pour tâche de répandre le salafisme saoudien à travers le monde – ne rechigne pas à soutenir des groupes fondamentalistes comme les frères musulmans si c’est pour combattre « le polytheïsme et l’atheïsme occidental ». On le voit, que ce soit dans son pays ou dans la ville où il s’était installé, le back ground islamiste était puissant sur le terroriste que la France accueillait comme réfugié. Et lorsqu’on est exilé, on a le réflexe de rechercher ce qui est familier : une proximité ethnique et religieuse. À Romans, cela avait peu de chance de le mener vers l’intégration et le respect des mœurs et habitudes françaises. Cela aussi est une réalité : si l’on n’exige pas des personnes accueillies qu’elles acceptent la culture du pays d’accueil et si on ne leur donne pas, via l’éducation, les moyens de la connaître, ils seront pris en main par d’autres. Les associations qui s’occupent des réfugiés sont souvent animées par des gens généreux et empathiques, mais souvent plein de candeur. Des gens qui peuvent ne pas voir ce qui se passe sous leur nez et être dans une démarche tellement christique qu’ils ne peuvent même pas imaginer que des réfugiés puissent être mauvais. Or, si le malheur transformait chaque individu en saint, nous le saurions. 

L’islamisme attire puis manipule les plus paumés

Aujourd’hui l’assassin – retrouvé au terme de son périple sanglant en train de prier dans la rue, à genoux ! – explique qu’il ne se souvient de rien, qu’il n’est pas religieux et que le confinement l’a perturbé. Le problème c’est que nous pouvons concevoir que des personnes perturbées par le confinement se précipitent au dehors, fassent des crises d’hystérie ou se comportent bizarrement… Mais massacrer toutes les personnes que l’on croise reste une réaction peu habituelle.

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Mais surtout, à votre avis, qu’est-ce-qui est plus facile ? Retourner la tête d’une personnalité fragile et en manque de repères pour la faire passer à l’acte en l’invitant à faire ce que son fond d’écran culturel et religieux juge légitime : tuer des kouffars ? Ou essayer de transformer en jihadiste quelqu’un d’équilibré qui a trouvé sa place dans la vie ? La chair à canon du jihad, ce sont justement les déracinés, les fragiles, les aigris, les rageux, les ratés, les neuneus, les paumés ou les voyous. Les théologiens islamistes, eux, construisent les grilles de lecture et de pensée qui feront en sorte que la bombe à retardement du mal-être, les énergies négatives s’en prennent aux cibles qu’ils désignent. Ils canalisent et donnent un sens et un débouché à la violence. Le meurtre n’est plus un but mais un moyen. Celui de devenir quelqu’un et d’exister aux yeux de Dieu. C’est à cela que nous sommes confrontés. Et si le pouvoir continue à faire semblant de croire que ce type d’attaque vient de nulle part, se résume à un coup de folie, il passe à côté de l’essentiel : ce qui s’est passé à Romans ne peut être détaché de la forte présence de l’islamisme dans cette ville. 

Pour transformer la fragilité humaine en source de carnage, l’idéologie meurtrière des islamistes est très efficace. Combien de temps encore ferons-nous semblant de ne rien voir ?

À écouter, la réaction d’Elisabeth Lévy sur Sud Radio

Silence coupable

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