Creil, ou l’effet papillon… version voile islamique
Lionel Jospin est mort et LFI a gagné la mairie de Creil dans l’Oise. Mais quel rapport ?
La victoire de l’insoumis Omar Yaqoob dans cette ville de 35000 habitants, bastion socialiste séculaire, est la conséquence lointaine d’une décision ou plutôt d’une non-décision de Lionel Jospin qui date de 37 ans, quand il était ministre de l’Education nationale.
Ceci n’est pas un vêtement
En septembre 1989, trois adolescentes qui refusent d’ôter leur voile islamique sont exclues de leur collège de Creil. Durant des semaines, la France s’écharpe sur ces premiers « foulards », comme on dit alors (sans doute parce que le terme est plus anodin). Une fois encore, la laïcité met le feu au débat public. Entre ceux qui la veulent ouverte, inclusive et les partisans d’une conception stricte, c’est la guerre. Finkielkraut, Debray, Elisabeth Badinter et Catherine Kintzler adjurent Jospin d’empêcher « le Munich de l’école républicaine ». Certains élus socialistes comprennent ce qui se joue, à l’image de Jean-Marie Le Guen qui parle de « provocation » ou du sénateur Jean-Pierre Balligand qui prédit que cette fracture traversera toute la société. « On n’arrive pas à l’école déguisé en huron, eh bien on n’y va pas non plus déguisé en afghan ou en je ne sais quoi », s’énerve un certain Jean-Luc Mélenchon. Mais une grande partie de la gauche, biberonnée à SOS-Racisme et au droit à la différence, défend la liberté de se voiler.
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Tenez bon, puis cédez
Le 25 octobre à l’Assemblée nationale, fort d’un avis du Conseil d’Etat recommandant de laisser les chefs d’établissement se débrouiller, Lionel Jospin choisit cette tolérance qui est l’autre nom de l’impuissance : « Si se produisent comme se sont produits des cas de blocage c’est-à-dire d’enfants qui vont à l’école notamment avec un foulard sur la tête, je préconise que les directeurs d’établissements et les enseignants disent à ces enfants et à leurs parents qu’ils ne doivent pas venir à l’école dans ces conditions. S’il y a blocage et s’il y a refus, je dis alors l’école doit accepter et accueillir ces enfants ». C’est le début du pas-de-vagues.
Jospin n’est pas responsable de ce qui s’est passé ensuite. Les hommes ne savent pas l’histoire qu’ils font. Lionel Jospin, homme très honorable qui aime son pays, ignore évidemment qu’en laissant le voile islamique entrer à l’école publique, il scelle la rupture entre la gauche et la laïcité et enterre une certaine idée, assimilationniste, de la France. Quand, en 2004, la droite fait voter à l’Assemblée l’interdiction des signes religieux à l’école, il est déjà tard. Trop tard. L’islamisation est allée très vite. Au nom de la religion des droits individuels, la gauche s’accommode puis encourage le communautarisme. Son message aux arrivants est clair : venez comme vous êtes (c’est la France « MacDo »). Les frères musulmans testent notre résistance collective. Elle est bien molle.
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Deux ans après l’assassinat de Charb, découvrant en 2017 que les enfants d’immigrés en général et les musulmans en particulier constituent une clientèle électorale inexploitée, Jean-Luc Mélenchon opère un tournant islamo-gauchiste. À Creil, on doit croiser pas mal de femmes voilées. Omar Yaqoob rejoint LFI parce qu’elle vomit Israël après le 7-Octobre et dénonce un supposé « génocide » à Gaza.
Il est bien sûr difficile d’écrire une histoire qui n’a pas eu lieu – cela s’appelle une uchronie. Mais j’ai du mal à me départir de l’idée que, si Lionel Jospin avait eu en 1989 un discours clair et ferme du genre « tout pour les individus, rien pour les communautés », la France du XXIème siècle serait peut-être pour les musulmans ce que la France du XIXème a été pour les juifs : le pays de l’émancipation et de la liberté.
Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio ce matin
Retrouvez Elisabeth Lévy au micro de Patrick Roger dans la matinale
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