Le pape François se dévêt de ses charges et de l’habit pontifical pour un autre plus… tendance!


C’est une Semaine sainte particulièrement sobre et dépouillée que le pape François a inaugurée ce dimanche, pour les Rameaux. Jésus de Nazareth, acclamé dans Jérusalem par une foule agitant des palmes et déposant des manteaux sur son passage. Mais tristement célébré (virus oblige!) en la basilique Saint-Pierre de Rome au cours d’une messe sans fidèles, dans un silence surnaturel — n’en déplaise à ce toujours étonnant Matteo Salvini, ayant exprimé tout dernièrement son souhait, tout aussi surnaturel, que les églises fussent ouvertes pendant la semaine de Pâques car, dit-il, pour lutter contre le virus, « la science seule ne suffit pas !»

Caprice de pape

Mais c’est un autre dépouillement – celui-ci parfaitement orchestré par le pape – qui a récemment creusé, sur les antiques fronts du clergé romain, de si soucieux sillons. Se lançant dans un grand nettoyage de printemps, François a semble-t-il décidé de se débarrasser une bonne fois pour toutes de ses trop nombreux titres pontificaux. De donner un bon coup de balai dans la sacristie vaticane. Et de dépoussiérer deux millénaires de fanfaronnade théologique.

Vicaire de Jésus-Christ ? Pompeux ! Successeur de Prince des apôtres ? Ringard ! Souverain pontife de l’Église universelle ? Droitard ! Évêque de Rome ? Réac ! Pour s’en convaincre, ouvrons la première des 2300 pages de l’annuaire pontifical 2020 (publication où sont consignés les noms et les coordonnées de tous les dignitaires de l’église catholique). Par tradition, l’ouvrage annuel débutait par la liste des nombreuses charges pontificales. Mais dans cette nouvelle édition, les voici désormais reléguées en bas de page, en petits caractères, sous la rubrique déjà naphtalineuse des « titres historiques ». Remisées dans le tiroir des vieilleries dévotes. Dans le placard à soutanes jaunies. Dans le reliquaire à bigoteries.

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Bien trop humble pour sa charge pontificale, le pape François ? En pleine crise de modestie viscérale, Jorge Mario Bergoglio ? Allergique aux titres honorifiques, l’archevêque de Buenos Aires ? Pas si sûr ! En se débarrassant de ses titres pontificaux comme d’ornements clinquants, en boudant fièrement le faste apostolique et romain, en se dépouillant de ses décorations hiératiques, Jorge Mario Bergoglio ne commet-il pas au contraire un tout petit péché d’orgueil ? — en se prenant pour le premier véritable pape, le premier pape du Saint Dépouillement ! Pis, pour le dernier ! Celui de la table rase, si chère à ses amours socialistes…

Déshéritage de la tradition théologique

Mais l’essentiel est probablement ailleurs. Dans le Die Tagespost du 2 avril – journal catholique allemand — le cardinal Ludwig Müller accuse le Saint Père de «dilettantisme», n’hésite pas à qualifier la chose de «barbarie théologique». Car ce n’est pas du superflu que le pape François se dépouille. Mais du cœur même de sa charge. Du cœur même de sa mission. Par cette pirouette éditoriale, il manifeste son refus de l’héritage de Pierre. Il dit non au dogme, non à l’ancestrale transmission dont il n’est au fond qu’un des maillons. Il se déshérite lui-même du poids de la tradition théologique. Pour brandir les valeurs de la morale moderne? De la morale globale ? De la morale réformatrice ? De la morale ex nihilo ? De la morale, au fond, libérée de la parole divine ?

« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église. »

Il existe certaines déclarations qui, au Vatican, devraient avoir naturellement plus de poids que celles du milieu associatif, de la commission européenne ou d’Angela Merkel.

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