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Dans les banlieues, le péril de l’embrasement

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Il aura suffi d’un prétexte…


Comme si elles n’attendaient que ça – et sans doute est-ce le cas. À l’heure où j’écris ces lignes, on est bien loin d’un « nouveau 2005 », mais il est impossible d’exclure le risque d’un embrasement des banlieues séditieuses où prospère le communautarisme musulman. Maurice Berger a écrit sur le sujet un excellent article dans le dernier numéro de Causeur, j’en parlais moi aussi il y a peu, en évoquant l’hypothèse d’un état de siège.

A voir aussi: Ivan Rioufol sur RNR.tv: « Face aux émeutes de banlieue, Macron devrait décréter le couvre-feu »

J’ai dit « prétexte ». À Villeneuve-la-Garenne, samedi soir, un « jeune » en deux-roues a heurté une voiture de police, ou a été heurté par une voiture de police. Il aurait une fracture de la jambe, peut-être une fracture ouverte. Aussitôt, l’extrême-gauche et les « banlieues » s’excitent sur les réseaux sociaux, affirment que les policiers auraient volontairement sectionné la jambe d’un pauvre innocent d’un coup de portière. Simultanément les mêmes mouvances, souvent les mêmes personnes, dont des diplômés de Sciences-Po qui militent plutôt que de réfléchir et des journalistes (ou auto-proclamés tels) qui militent plutôt que d’informer, parlent d’un autre « jeune » tué par la police à La Courneuve. On verra que la vérité est tout autre. Apparaît le hashtag #Mortsauxporcs (on appréciera la faute de grammaire) appelant à attaquer partout la police et les policiers, nécessairement coupables, nécessairement racistes, nécessairement fascistes.

Linda Kebbab “bougnoule de service”

Deux fonctionnaires de police semblent alors concentrer une haine emblématique : Linda Kebbab et Abdoulaye Kant, traités de « bougnoule de service » et « nègre de maison » par ceux, toujours les mêmes, pour lesquels une Maghrébine et un Noir n’auraient pas le droit de servir l’idéal républicain. Ultime mensonge tenant lieu d’argument : « jamais les Blancs ne vous considéreront comme faisant partie des leurs. » Encore l’obsession raciale, et une contre-vérité manifeste : ce ne sont en l’occurence ici pas des Blancs qui renvoient massivement et presque systématiquement à leurs origines Linda Kebbab et Abdoulaye Kant, mais aussi Zineb El Rhazoui, Lydia Guirous, Zohra Bitan, Jean Messiha, Eric Zemmour ou Fatiha Boudjahlat.

Depuis, les explosions de violence se propagent, Rouen, Asnières, Aulnay, Saint-Denis… et la nuit dernière un commissariat de Strasbourg (quartier de la Meinau) a été attaqué à coups de cocktails molotovs et aux crix de « Allahu akbar », dont il faudra bien admettre qu’il est désormais séditieux. Et que si l’on appelle les choses par leur nom, des émeutiers montant à l’assaut d’un commissariat en hurlant « Allahu akbar » sont des jihadistes, des soldats de l’islam théocratique au service de ses ambitions de conquête.

À l’origine de l’embrasement, une fake news de l’islamo-gauchisme

Quant aux évènements déclencheurs, rétablissons quelques faits. À La Courneuve il s’agit d’une rixe suivie d’interpellations, très vraisemblablement un règlement de compte sur fond des tensions qui parcourent actuellement les trafics de stupéfiants (difficultés d’approvisionnements, notamment via les filières maghrébines, et hausse des prix de 30 à 40%). 

A lire aussi: Linda Kebbab: « Au Val Fourré, les policiers auraient pu se faire tuer! »

À Villeneuve-la-Garenne, le « pauvre jeune » (on lit toujours « jeune », comme pour suggérer qu’il serait trop jeune pour comprendre et donc irresponsable!) est en réalité un multirécidiviste de 30 ans, déjà condamné à 14 reprises pour extorsion, outrages, détentions de stupéfiants, peut-être aussi agression sexuelle d’après un syndicat de police, et en attente de jugement pour menaces de mort. Que faisait-il en liberté ?

Il roulait malgré le confinement, sans casque et largement en excès de vitesse. L’avocat du motard reproche aux policiers d’avoir « délibérément cherché, si ce n’est à faire tomber, a minima à gêner la progression » (selon l’AFP et le Courrier picard).

Mais encore heureux ! Gêner la progression était bien le seul moyen pour l’obliger à s’arrêter. 

Pas d’amalgame ?

Le contraste est éloquent entre ce à quoi la jeunesse radicalisée des banlieues de France réagit et ce à quoi elle ne réagit pas.

On constate dans cet épisode avec effroi que la fameuse « majorité silencieuse » dans les banlieues et dans la communauté musulmane, où qu’elle vive, est une majorité complice, complice des émeutiers, complice des barbares, complice des islamistes (je rappelle les cris devant le commissariat de la Meinau). D’un côté, la tiédeur prudente de cette communauté (malgré de méritoires mais trop rares exceptions) pour condamner les horreurs commises au nom de l’islam ou les crimes de droit commun perpétrés par des personnes « issues de la diversité », voire les pleurnicheries indécentes, l’obsession égocentrique du risque « d’amalgame » prenant le pas sur toute forme d’empathie envers les centaines de morts d’attentats et les milliers de victimes de vols, de violences, de viols. De l’autre côté, les réactions immédiates, massives et enflammées (dans tous les sens du terme) pour défendre un multirécidiviste se cassant une jambe en deux roues !

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Est-ce parce qu’une jambe cassée est jugée plus grave que tout le reste ? Bien sûr que non ! Lorsqu’un « jeune à scooter » qui faisait du rodéo dans sa cité percuta une fillette de 7 ans, il n’y eut pas la moindre mobilisation. C’est tout comme cette « communauté » réagissait toujours et exclusivement pour prendre la défense d’un de ses membres contre quelqu’un qui lui est extérieur, personne ou institution. Extérieur à la tribu ethno-raciale, ou extérieur à l’oumma[tooltips content= »Communauté des croyants musulmans NDLR »]*[/tooltips]. Cet esprit clanique passe avant toute notion de morale, toute réflexion sur la réalité des faits, leur gravité ou les torts des uns ou des autres : l’appartenance à la communauté prime tout. Le reste n’est qu’habillage rhétorique pour marquer des points dans la compétition victimaire. Réflexe tribal primitif, incompatible avec la construction d’une pensée personnelle, le débat d’idées et l’exercice de la démocratie d’opinion, mais… conforme aux prescriptions islamiques.

Al Ghazâli, l’une des principales références du sunnisme actuel, écrivait au XIᵉ siècle : « Si un infidèle empêche, par l’action, un musulman (de faire quelque chose), c’est un acte d’autorité sur le musulman, ce qui constitue une humiliation pour ce dernier. Or le débauché mérite l’humiliation, mais non de la part de l’infidèle qui lui, la mérite à plus juste raison. » Bel enseignement selon lequel un musulman honnête devra prendre la défense d’un criminel musulman contre toute personne honnête mais non-musulmane !

Les médias et Christophe Castaner bien discrets

Et je souligne que l’attitude est exactement la même de la part de cette gauche régressive qui prend systématiquement fait et cause pour les mêmes communautés au mépris de la plus élémentaire analyse : « d’où parles-tu, camarade ? » est la seule chose qui compte à leurs yeux, et certaines catégories de population sont des victimes innocentes ontologiques, du moins tant qu’elles restent dans le rôle caricatural qui leur a été assigné, sans quoi elles deviennent donc les traîtres, « bougnoules de service » et autres « nègres de maison » évoqués plus haut.

Christophe Castaner, Ministre de l'Interieur français en visite à Angouleme, dans un "quartier de reconquete republicaine", le 6 septembre 2019 © Jean Michel Nossant/SIPA Numéro de reportage: 00922605_000042
Christophe Castaner, Ministre de l’Interieur français en visite à Angouleme, dans un « quartier de reconquete republicaine », le 6 septembre 2019 © Jean Michel Nossant/SIPA Numéro de reportage: 00922605_000042

Toujours sans surprise, la couverture médiatique des émeutes est minimale, riche d’euphémismes, entre « incidents sporadiques », « tensions » et autres « agissements de faible intensité. » Dans les rédactions on se donne le beau rôle: « ne pas attiser les haines », « ne pas stigmatiser ».

Quant au gouvernement, il réagit avec la même « détermination » qu’au début de l’épidémie de Covid-19, puisqu’à l’instant présent on est sans nouvelles de Christophe Castaner. Sans doute trois jours d’appels massifs à assassiner des policiers accompagnés d’attaques de commissariats dans plusieurs villes de France ne sont-ils pas jugés assez graves pour que le ministre de l’Intérieur daigne prendre la parole.

A lire aussi: Majid Oukacha: « L’islam est une religion violente, misogyne et liberticide »

Mais dormez tranquilles braves gens, les forces de l’ordre sont dévouées et armées. À moins que… ont-elles vraiment le droit d’utiliser leurs armes ? On sait les torrents d’injures et de menaces qu’a affrontés Zineb El Rhazoui lorsqu’elle a rappelé publiquement l’existence de la légitime défense pour les forces de l’ordre. Et les policiers, les gendarmes, les militaires, prendront-ils le risque d’être désavoués par des médias détachés du réel, des responsables politiques irresponsables, et condamnés par des juges militants ? Ibn Khaldoun a tout dit il y a longtemps sur les conséquences du divorce entre une masse qui ne regarde l’usage de la force qu’en se bouchant le nez, et ceux qui sont chargés de la protéger en utilisant la force si besoin. Et si vous voulez dormir encore moins tranquillement, intéressez-vous à ceci : les forces de l’ordre sont armées, mais les armes ont besoin de munitions. Cette France qui a soigneusement délocalisé sa production de masques et de médicaments, avec les conséquences que l’on connaît, qu’a-t-elle fait de sa production de munitions ?

Que nos dirigeants prennent garde : face à la pandémie, les initiatives locales ont heureusement pallié leur incurie pour fabriquer et distribuer des masques, ou rechercher un traitement. L’inaction des gouvernements face aux explosions de violence tribale et à la complaisance d’une trop grande partie de la magistrature aura tôt ou tard le même résultat : des initiatives locales prendront le relais. On appelle cela des milices. Il ne reste qu’à espérer que le Didier Raoult des forces de l’ordre qui concentrerait le premier la faveur populaire serait un authentique serviteur de la France, et non un arriviste sans scrupules !

A voir aussi, Elisabeth Lévy sur Sud Radio: « Villeneuve-la-Garenne, c’est qui le patron ? »

Les enfants uniques, grands oubliés du Covid-19

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D’un confiné berrichon à tous mes jeunes frères et sœurs oubliés du Covid-19


Je m’adresse à toi qui n’auras droit à aucun reportage télé. Ta solitude n’intéresse pas les médias. Tes tracas sont inaudibles. Ton mal-être est superflu. Te plaindre passerait pour une provocation en ces temps de crise sanitaire. Rassure-toi, je suis là, mon petit, je ne laisserai plus les insultes et la méchanceté s’abattre sur ta personne. Je sais ce que tu endures. Je connais le bruit de la médisance et la hargne contre nous autres. Aujourd’hui, nous devons faire bloc. Cette furie populaire insensée, vieil héritage des familles nombreuses, nous la subissons sans moufeter, sans nous rebeller, nous riions même des blagues sur notre caractère supposé capricieux d’enfant gâté, chéri, pourri, idolâtré, trop heureux pour être honnête, trop aimé certainement. Quels efforts insurmontables n’avons-nous pas entrepris pour aller au-devant des autres, jusqu’à pratiquer, dès le plus jeune âge, l’autodérision et l’autoflagellation ? Nous sommes des champions en auto-défense. Les autres nous détestent, ils nous font payer notre singularité. Elle est suspecte et néfaste, à leurs yeux. S’ils le pouvaient, ils interdiraient la politique de l’enfant unique. Ils se vengent par malveillance, juste par envie de blesser, de faire mal. 

Mal aimés, nous sommes les mal aimés

La délation qui resurgit actuellement répond au même ressort psychologique : nuire à son prochain en espérant en tirer un quelconque profit ou apaiser ses pulsions malsaines. Il faut relire les évangiles pour savoir que toute ignominie flétrit l’âme, abîme plus qu’elle ne guérit. Depuis la nuit des temps, ils colportent sur nous les mêmes stéréotypes. Nous cumulons tous les vices, notre individualisme nous pousserait vers un égoïsme abject. Évidemment, nous resterons toujours de sales gamins accrochés à leurs jouets comme à leurs privilèges, surprotégés bien sûr, ignorant le sens du partage et du sacrifice. Nous avions droit à quatre pots de MaronSui’s le soir au dîner, c’est dire notre gloutonnerie capitaliste, notre totale absence de mesure. Combien de fois, ai-je entendu des jeunes mères venant d’accoucher et souhaitant donner au plus vite un frère ou une sœur à leur progéniture de peur que celle-ci ne prenne les travers de l’unicité et s’engage dans la voie de la délinquance familiale ? Avec une fratrie à ses côtés, ce nouveau-né sera sauvé, très tôt, il apprendra à respecter les autres, sinon, il nous ensevelira sous des désirs contradictoires et inassouvis. Que savent-ils de nos angoisses ? Ils nous imaginent en rois et reines des foyers, despotes pas du tout éclairés, commandant nos parents à la baguette, comme si chaque minute devait nous être pleinement et entièrement consacrée. Relevons la tête, ensemble, mes amis ! Le confinement, nous le vivons depuis le jour de notre naissance. L’ennui est notre ami imaginaire. Nous avons appris à contenir sa fougue, à contrecarrer ses plans obscurs. Les sarcasmes, nous les encaissons depuis la cour de la maternelle. Notre statut d’enfant unique suscite la jalousie de nos camarades et de leurs parents. 

A lire aussi, Peggy Sastre: Confinement, discipline et bonnes manières

Ne sois plus seul à porter sur tes frêles épaules toutes les aigreurs de la société. Depuis plusieurs semaines, on t’a même carrément abandonné. Ton sort n’intéresse personne. On préfèrera évoquer le quotidien des nécessiteux qui vivent à dix dans trente mètres carrés, tous les violentés des achélèmes et les dealers désœuvrés des cages d’escalier, qui faute d’approvisionnement, ruminent leur haine du système. Si tu cumules la double peine : enfant unique et vivant à la campagne dans un village de moins de 2000 habitants, tu n’existes pas dans ce pays. Les reportages se réjouissent du retour des jeux de société de notre enfance. Au secours, notre cauchemar revient. Les salauds, quand arrêteront-ils de nous narguer ? Pour les enfants uniques, le Monopoly, le Cluedo ou le Puissance 4 font remonter, à la surface, des blessures encore vives. Avez-vous déjà essayé de faire un Mastermind tout seul ? Vous comprendrez le sentiment d’abandon et d’échec qui nous saisissait si souvent durant les longues vacances scolaires. 

Courage, mes frères

Alors, je pense à vous en ces jours pénibles. Ce confinement ne nous tuera pas ! Je veux vous éviter de sombrer dans la dépression ou la misanthropie. Même, si sous la plume de Paul Léautaud, ça donne de belles pages de littérature : « Déjà peu liant, n’éprouvant nullement le besoin d’une société, le même que j’avais été enfant, je n’avais guère non plus de compagnons dans mes allés et venues de Paris à Courbevoie, et c’était presque toujours renfrogné dans un coin de wagon que j’allais à mes besognes et en revenais » (Amours/L’Imaginaire Gallimard numéro 345). Tenez bon mes camarades ! La route est longue, j’ai aussi une pensée pour mes vieux frères et sœurs qui doivent faire face au grand âge de leurs parents. Face à cette injustice-là, l’enfant unique est encore plus seul.

Amours

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La grande peur de l’an 2020


Avec le Covid-19, le monde redécouvre les croyances populaires attachées aux grandes épidémies. Sans céder à la superstition, il faudrait savoir profiter de cette période de latence pour reconquérir autonomie et sens des limites.


Imprévisibles et invasives, les épidémies créent des situations de crise dont le caractère « apocalyptique » frappa déjà les Anciens : « Il est impossible de décrire les ravages de ce fléau ; il sévissait avec une violence inexprimable et comme inhumaine », écrit l’historien Thucydide de la peste d’Athènes (430 av. J.-C.). Différant en cela de la maladie, l’épidémie surgit tout à coup, sème l’épouvante puis disparaît, et le scénario de son passage est étonnamment constant à travers les âges : panique face à un mal venu d’un pays lointain – l’Éthiopie ou l’Asie centrale hier, la Chine aujourd’hui –, comportements irrationnels, relâchement des mœurs et des liens sociaux, catastrophe économique et démographique, migrations des villes vers les campagnes supposées plus sûres. Attisant les peurs et réveillant les pulsions asociales, l’épidémie est aussi, comme toutes les grandes catastrophes, un puissant révélateur anthropologique : tandis que certains risquent leur vie pour secourir autrui, d’autres se livrent au pillage et au stockage. Quand la mort rôde, pourquoi ne pas jouir de la vie à n’importe quel prix ?

La fuite d’autrefois

Les citadins qui ont été ces derniers temps critiqués pour avoir quitté la ville n’ont jamais fait que suivre instinctivement le conseil donné il y a vingt-cinq siècles par Hippocrate : « Pars vite et loin et reviens tard » ! Montaigne ne s’en est pas privé quand la peste ravageait Bordeaux (1585), ni avant lui les personnages du Décaméron de Boccace (1353), quittant Florence pour une villégiature où ils pouvaient s’adonner à des plaisirs intellectuels et charnels. Ce qu’on fuyait jadis était toutefois moins le confinement prophylactique que l’entassement des bien-portants et des malades dans des cités infestées par la maladie. Si la fuite semblait à l’époque la seule conduite sensée, c’est aussi qu’il existait encore un « ailleurs » où le risque paraissait moindre ; la notion de « contagion » étant alors mal connue des médecins. Depuis toujours amplifiée par les transits humains et les échanges commerciaux, la contamination a désormais le champ libre grâce à la mondialisation. L’épidémie planétaire de coronavirus met de ce fait en lumière, davantage que celles qui l’ont précédée (grippe aviaire, SRAS, Ebola), l’exiguïté de la Terre qui semble elle aussi confinée dans le système solaire, indifférent à la vulnérabilité des humains. Cloisonnant fébrilement après avoir ouvert à tous les vents, les Terriens découvrent qu’ils n’ont plus de retraite vraiment sûre, et aucun plan B dans une autre galaxie.

En dehors des quelques bravaches qui continuent de les trouver liberticides, les limites sont bel et bien redevenues nécessaires…

On ne parle pourtant que très rarement de « fléau » comme lors des grandes épidémies (typhus, choléra, variole) qui ont périodiquement décimé les populations européennes, telle la terrible « peste noire » au XIVe siècle. Le « fléau » (lat. pestis) fut en effet si étroitement associé à la peste que, celle-ci disparue, un changement de vocabulaire devint nécessaire ; la langue gardant néanmoins mémoire du traumatisme épidémique en rappelant qu’on n’a parfois de choix qu’entre la peste et le choléra. Mais c’est aussi que la médecine semblait avoir suffisamment progressé pour invalider la vieille croyance biblique en une malédiction divine punissant les hommes de leur inconduite au moyen des trois fléaux que sont la famine, la guerre et la peste. On pensait pouvoir dès lors réserver ce terme à d’autres calamités : génocides, dictatures sanguinaires, asservissements divers. Hitler ne fut pas à cet égard un « fléau » moins redoutable que la peste, ni l’idéologie nazie moins « contagieuse » que le coronavirus aujourd’hui. 

L’aléatoire reprend toujours plus ses droits

À travers chaque épidémie nouvelle, l’aléatoire reprend ses droits, et la fonction purificatrice du fléau, jadis mise en exergue par le discours théologique, tend à ressurgir sous un jour nouveau, en lien plus ou moins étroit avec la théorie du complot : Qui organise dans l’ombre une telle débâcle, et à quelles fins ? Car un fléau n’est pas une simple catastrophe s’abattant sur une population désarmée. C’est aussi la flèche centrale des anciennes balances qu’on voit dans la main des justiciers humains ou divins, et c’est enfin l’instrument agricole qui séparait le bon grain de l’ivraie lors du battage des céréales, comme le rappelle le père Paneloux dans La Peste d’Albert Camus (1947). Impitoyable et ravageuse, l’épidémie faisait alors figure de crible, de sas d’où les Justes sortiront non seulement indemnes, mais régénérés. Si plus personne, ou presque, n’ose l’affirmer de manière aussi moralisatrice, la question hante pourtant encore les esprits : de quel dérèglement le mal causé par ce virus pourrait-il bien être le symptôme, et de quelle équité supérieure le bras armé ?

L’idée qu’une épidémie touchant la collectivité soit le prix à payer pour une dérégulation de l’« ordre des choses » est une vieille hantise de la conscience occidentale depuis les tragiques grecs. Auteur involontaire de la souillure qui a attiré la peste sur la ville de Thèbes, dont il est devenu le roi, Œdipe devra s’exiler après avoir découvert son double forfait (parricide et inceste). Figure du Destin aveugle, mais implacable, l’épidémie s’éloigne dès que cessent la démesure ou la souillure. L’idée est donc vieille comme le monde que la corruption du chef puisse entraîner celle du corps social tout entier sur qui s’abat alors tel ou tel fléau. Idée irrationnelle il va sans dire, mais symboliquement forte, qui responsabilise au suprême degré une fonction qui est censée être aussi une mission. Alors que les peurs archaïques sont à peu près toujours les mêmes, le peuple se contente aujourd’hui d’espérer que les responsables politiques prendront les bonnes décisions puisque avec une épidémie, on passe « d’une clinique de l’individu à une biopolitique des populations [tooltips content= »Jean Lombard et Bernard Vandewalle, Philosophie de l’épidémie, Paris, L’Harmattan, 2007, p. 121. »][1][/tooltips]. » À supposer qu’une gestion rationnelle de la crise sanitaire vienne rapidement à bout du coronavirus, on se demande quel imaginaire transformera la morbidité ambiante en promesse de renouveau sans que la « leçon » délivrée par l’épidémie se transforme nécessairement en acte d’accusation ou de contrition.

Seattle, durant la pandémie de grippe espagnole, 1918. Images/SIPA - 1903141219- Mary Evans
Seattle, durant la pandémie de grippe espagnole, 1918.
Images/SIPA – 1903141219- Mary Evans

Parce qu’il est devenu bien réel, le risque de contamination fait de tous les citoyens du monde des « pestiférés » potentiels. Se souviendront-ils, après l’épidémie, qu’une communauté d’intouchables abolit de fait tout système des castes au profit d’autres hiérarchies, ou allons-nous simplement vers « l’unification microbienne du monde » (Le Roy Ladurie) ? Deviendrons-nous plus attentifs à d’autres formes de contamination qui laissent présager que les « épidémies psychiques » seront, comme le pensait Carl Gustav Jung, le fléau des temps à venir (Présent et avenir, 1958) ? Ainsi certains médias participent-ils à la transmission de ce virus qu’est la peur, aussi dangereux pour l’immunité psychique que celui contre lequel on se bat. Un art de la juste distance sera donc à réinventer, qui permettrait de différencier proximité et promiscuité, contagion et information.

Il était d’autre part de bon ton d’associer le repli sur soi à une forme « nauséabonde » de confinement. Mais ne voilà-t-il pas que les mauvaises odeurs virales viennent de l’extérieur et qu’il faut bien, pour s’en protéger, s’enfermer chez soi et redécouvrir l’utilité des limites qu’on se faisait fort de transgresser ou de vilipender. En dehors des quelques bravaches qui continuent de les trouver liberticides, les limites sont bel et bien redevenues nécessaires, et il va falloir s’en accommoder pour un temps encore indéterminé. Qui sait si on n’y trouvera pas finalement un repos de l’esprit, et un charme inattendu ? Les conseils, en attendant, pleuvent quant aux mille et une manières d’occuper ce temps immensément vide, mais rempli à ras bord d’anxiété. Savoir profiter de cette période de latence pour reconquérir son autonomie reste l’affaire de chacun, même si c’est bien au plan collectif ce qui va devenir prioritaire : collaborer, échanger, commercer et converser bien évidemment, mais aussi cesser de recevoir d’autrui la norme qui régit sa vie.

Restaurant une dignité perdue, l’autonomie renforce aussi l’immunité dont on a oublié qu’elle n’est pas un passe-droit dont abusent les puissants, mais une autorégulation bien plus subtile encore qu’une frontière, puisqu’elle permet à un organisme d’absorber sans danger ce qu’il est capable de neutraliser ou de transformer. Il serait temps qu’on s’aperçoive – Peter Sloterdijk est l’un des rares à l’avoir fait [tooltips content= »Voir en particulier Tu dois changer ta vie (trad. O. Mannoni), Paris, Libella-Maren Sell, 2011 et en dialogue avec Alain Finkielkraut, Les Battements du monde Paris, Fayard/Pluriel, 2005. »][2][/tooltips]– que les sociétés occidentales, ballottées entre arrogance et repentance, sont devenues des organismes immunodéficients dont l’intelligence reste vive, mais qui doivent de toute urgence réapprendre qu’on ne commet pas un crime contre l’humanité en survivant.

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Autant la peste semblait théâtrale et romanesque [tooltips content= »De cette abondante littérature on retiendra « Le théâtre et la peste » d’Antonin Artaud, Le Hussard sur le toit de Jean Giono et La Mort viennoise de Christiane Singer. »][3][/tooltips], autant le Covid-19 est à l’image d’un monde dont l’imaginaire est à la fois surexcité et appauvri. C’est un peu comme si l’on était passé de l’opéra baroque aux stridences glacées de la musique contemporaine. Peut-être trouvera-t-on dans quel style rendre un jour compte de cette épidémie, comme le fit après-coup Daniel Defoe de la grande peste de Londres (Journal de l’année de la peste, 1722) qui tua environ 20 % de la population (1665). Quant à l’éventuel retour de ce fléau, nous ne craignons rien puisque les milliers de rats qui prolifèrent dans Paris-poubelle, et sans doute ailleurs dans l’Hexagone, semblent pour l’heure en excellente santé.

Monseigneur de Belsunce pendant la peste de Marseille. Peinture de Francois Gerard (1770-1837) 1834 Dim. 2,58x1,91 m Marseille, musee des Beaux Arts © photo Josse/leemage
Monseigneur de Belsunce pendant la peste de Marseille. Peinture de Francois Gerard (1770-1837) 1834 Dim. 2,58×1,91 m Marseille, musee des Beaux Arts
© photo Josse/leemage

Gouvernement: le « risque zéro » pour feuille de route

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Un pays dont le gouvernement affirme que préserver la santé des citoyens « est la première préoccupation » devrait davantage nous inquiéter.


Imagine-t-on le général de Gaulle dire aux Français « prenez soin de vous » ? Que le Premier ministre ait conclu sa conférence de presse par ces mots autrefois réservés à la vie intime, en dit long sur l’évolution de notre rapport à l’État, une évolution à l’œuvre depuis longtemps, mais que l’épidémie pousse dans ses retranchements. 

Nous l’acceptons et en redemandons, l’État est aux manettes, de notre vie collective et de nos existences individuelles : pas l’État autoritaire, oppresseur, pour tout dire patriarcal, mais l’État nourricier et consolant, un État maternant, que le psychanalyste et écrivain Michel Schneider a baptisé Big Mother dès 2002. Cet État qui se manifeste moins par l’autorité que par la bonté répugne à montrer ses muscles quand cela serait nécessaire. En revanche, toute mère angoissée étant à ses heures abusive, il a la sollicitude étouffante et volontiers sermonneuse, comme le montre le zèle avec lequel policiers et gendarmes se sont mis à surveiller et punir des criminels en baskets et autres indisciplinés du confinement. 

SOS Français en détresse, j’écoute !

Puisque, comme nous l’a appris Agnès Buzyn, il n’y a plus de différence entre père et mère, disons qu’Édouard Philippe s’est montré très parental, donc un peu professoral sur les bords. Comme tous les parents, il répète pour que ça rentre – « lavez-vous les mains », « le 11 mai ne sera pas le 16 mars ». Et tel un prof soucieux de ne pas perdre le dernier de la classe, il souligne, en les redoublant, les phrases importantes : « la rentrée des classes sera progressive… La rentrée ne se fera pas en un jour ». Comme tout bon parent, nos gouvernants s’inquiètent pour nous. Olivier Véran nous a conseillé d’aller chez le psy si on se sentait mal. Le gouvernement va-t-il ouvrir une ligne « SOS Français en détresse » ? On pense à L’arrache-cœur, ce roman de Boris Vian dans lequel une mère, folle d’angoisse à force d’imaginer les dangers qui guettent ses bambins, finit par les mettre en cage. Allons-nous demander à l’État de nous mettre en cage pour nous protéger ? 

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Et puis, il y a eu cet aveu : « Préserver la santé des Français est notre première préoccupation ». En conséquence, assurer la continuité de la vie de la nation est seulement la deuxième. Bien entendu, il n’y a rien de choquant à ce qu’on s’inquiète de la santé des Français. Ce qui interroge, c’est que cette préoccupation jouisse d’une primauté de principe : n’est-ce pas la marque de peuples soucieux de sortir de l’Histoire ? Si de Gaulle avait pensé que la santé est plus importante que la continuité de la vie de la nation, il n’y aurait pas eu d’appel du 18 juin. La santé n’est pas une fin en soi, mais une condition du développement individuel et collectif (même si on peut être génial et malade). 

Le risque porté disparu

Cependant, il serait injuste de reprocher au gouvernement sa sollicitude. Elle répond en effet à une demande sociale irrésistible et folle de sécurité illimitée. Selon une étude CEVIPOF/Le Monde, 44 % des Français préfèreraient moins de démocratie mais plus d’efficacité

Dimanche, pendant de longues minutes, ce titre s’est affiché sur BFM : « Écoles : peut-on rouvrir sans risque ? ». Eh bien non, on ne peut pas. Mais, sauf à vivre sous protection intégrale, donc sous perfusion, il faudra bien les ouvrir. Accessoirement, la comparaison avec les soldats qui sortaient des tranchées est un brin indécente. Du reste, il faut se demander pourquoi, à l’inverse des professeurs, les plus âgés refusent, eux, d’avoir la vie sauve au prix de l’assignation à résidence. « Laissez-nous vivre », clament-ils. Ce qui signifie aussi « laissez-nous risquer de mourir ». 

Il ne s’agit évidemment pas de laisser agir l’épidémie sans rien faire. Que nous ayons sacrifié l’économie à la santé des plus fragiles témoigne en effet de notre humanité. Que nous refusions aujourd’hui de prendre le moindre risque témoignerait de notre lâcheté : avons-nous demandé aux caissières si elles voulaient risquer leur santé ? 

Le gouvernement, pour le coup, ne nous a pas raconté de craques. Il nous a bien expliqué que nous pouvions ralentir l’épidémie, pas l’arrêter. Entretemps, nous avons dimensionné notre système hospitalier de sorte qu’il puisse accueillir tous les malades. Désormais, comme l’a rappelé Edouard Philippe, nous devons vivre avec le virus. Autrement dit, tous ceux qui ne présentent pas de facteur aggravant vont devoir courir un risque – raisonnable, pas nul. 

La peur est légitime. Mais l’histoire humaine est faite de peurs surmontées, de risques affrontés et déjoués. Qu’on soit infirmier, professeur, vendeur ou banquier, on ne peut pas aller travailler sans risque. Et on ne peut pas non plus tomber amoureux, acheter une voiture d’occasion, découvrir l’Amérique ou un vaccin contre la rage sans risque. 

Vivre tue. Ce n’est pas une raison pour arrêter. 

Big Mother: Psychopathologie de la vie politique

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Le livre, objet de première nécessité

Je n’ai pas d’actions chez Amazon, et je n’ai aucune sympathie pour ce géant de la distribution responsable de la disparition de tant de libraires. J’ai lu en son temps le livre-témoignage de Jean-Baptiste Malet, En Amazonie (2013— glaçant et significatif) racontant le système d’exploitation et de flicage mis en place par la multinationale de Jeff Bezos : le livre est vendu en ligne par l’entreprise même qu’il dénonce et qui se fiche pas mal de ce que l’on pense d’elle, tant que les bénéfices sont au rendez-vous.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Le livre, un bien superflu?

Mais le jugement tout récemment rendu par le tribunal de Nanterre, qui sous prétexte de normes sanitaires, oblige la compagnie, sous astreinte d’une amende d’1 million d’euros par infraction constatée, à ne plus vendre que des biens « de première nécessité », est consternant. Une grande victoire pour le syndicat SUD, qui lutte de toutes ses forces contre toutes les formes d’oppression — y compris ethniques : SUD est ce syndicat pas du tout raciste ni antisémite qui organisait l’année dernière un stage interdit à toutes les personnes non « racisées ». Et qui vient donc, en ces temps de confinement et de reductio ad nihilum de la vie intellectuelle, d’interdire tout approvisionnement en livres, DVD et autres produits de divertissement. Sans doute ignorent-ils, à SUD, que le divertissement est essentiel à l’homme, qui ne peut demeurer en repos entre les quatre murs de sa prison ou de sa chambre, comme l’a souligné Pascal.

Ne pas ouvrir les librairies, c’est en outre nous livrer tout crus au rayon « livres » des grandes surfaces. Qui sait si les consommateurs ne finiront pas par croire, faute de points de comparaison, que les pets imprimés de Virginie Despentes ou Christine Angot, entre les rayons « salades » et « papier-toilette », sont des littératures de premier plan ?

Ou peut-être ne savent-ils pas lire, comme l’émeutier analphabète qui, dans un célèbre poème de Hugo (« À qui la faute ? », in l’Année terrible), avait mis le feu à la bibliothèque des Tuileries — 80 000 ouvrages, quand même… Le coronavirus non seulement fait des morts, mais il anéantit les bibliothèques et les librairies, puisqu’on interdit leur fréquentation. Double peine.

Le jugement a apparemment comblé aussi la CGT, dont les adhérents amazoniens renâclaient à empaqueter des sextoys, qui ne leur paraissaient pas correspondre à la définition des fournitures essentielles en cas de confinement (ils ne doivent pas savoir que Sade, à la Bastille, s’en fabriquaient d’énormes, en cire, pour se titiller la prostate). Ils ont toujours été puritains, à gauche — déjà en son temps l’Humanité avait violemment condamné Histoire d’O, accusé de propager des perversions bourgeoises. Un prolo, ça pratique la bête à deux dos et rien d’autre, madame. Ou remettez-vous en au régime bananes…

Le problème dépasse d’ailleurs largement Amazon. Bruno Le Maire s’est déclaré personnellement favorable à …

 >>> Lire la suite sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

En Amazonie: Infiltré dans "le meilleur des mondes"

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Pologne: Duda réélu dans un fauteuil?

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Depuis l’automne, tous les sondages promettent au président conservateur polonais Duda un score de dictateur africain, si bien que le coronavirus est venu stopper une campagne électorale qui n’avait jamais véritablement débuté. Le scrutin sera-t-il reporté ou organisé par correspondance ?


Le coronavirus est officiellement arrivé en Pologne le 4 mars, importé par un homme de 66 ans fraîchement rentré d’Allemagne par autocar. Au bord de la Vistule, on rigole déjà de ce vieillard passé maître dans l’art d’envahir son propre pays. Alors que la Pologne se préparait à commémorer les quinze ans de la mort du pape Jean-Paul II, la réaction du gouvernement a été relativement rapide. Dès le 11 mars, décision a été prise de suspendre le fonctionnement des écoles et des universités.

La France, ce repoussoir

La France a d’ailleurs immédiatement fait figure d’exemple à ne pas suivre. L’appel halluciné d’Emmanuel Macron du 12 mars à « ne pas céder au repli nationaliste » a été perçu comme une obscène curiosité gauloise. Dès le lendemain, la Pologne annonçait la fermeture de ses frontières ferroviaires et aériennes, le rétablissement des contrôles de passeports aux frontières terrestres ainsi que la limitation de l’entrée sur le territoire national à ses ressortissants et aux travailleurs étrangers enregistrés sur son sol. Le même jour, l’état de risque épidémique était instauré, mettant ainsi entre parenthèses la vie culturelle et sportive du pays. Le 20 mars, l’état épidémique était décrété.

Depuis, les rues sont quasiment désertes. Le télétravail est généralisé tandis que seuls ouvrent les magasins alimentaires, les pharmacies et les administrations indispensables. Le confinement de la population est généralisé au moins jusqu’au 3 mai et les possibilités de sortir limitées à quelques exceptions comme aller travailler, faire ses courses ou promener son chien avec obligation de se couvrir le visage. D’après un sondage SW Research, 81 % des Polonais approuvent l’action restrictive de leur gouvernement.

A lire aussi: Gouvernement: le « risque zéro » pour feuille de route

Alors que la célébration des fêtes pascales a été compromise pour la première fois depuis la Seconde guerre mondiale, la population fait preuve d’une discipline remarquable. Dans ce pays encore ethniquement homogène, la police ne rapporte qu’un nombre infime de cas d’irrespect du confinement. Dans les cités de Varsovie, aucune attaque des forces de l’ordre par des « jeunes » n’a été rapportée. Étonnant lorsque l’on considère que les aides sociales proposées par le gouvernement polonais aux habitants des banlieues sont bien maigres en comparaison de ce que distribue généreusement son alter ego français.

Deux fois plus de respirateurs qu’en France

Alors que son système de santé a une réputation exécrable, la Pologne dispose de quelque 10 000 respirateurs, soit deux fois plus que la France, ce qui lui permet de se concentrer sur la production locale de 100 000 tests par semaine.

Le 10 avril, date du dixième anniversaire de la catastrophe aérienne de Smoleńsk ayant coûté la vie au président Lech Kaczyński ainsi qu’à une partie de l’élite du pays, le bilan de l’épidémie du Covid-19 s’élevait à 5 955 cas confirmés pour 181 décès. Plus que la pandémie elle-même, c’est l’imbroglio politique entourant l’élection présidentielle du mois prochain qui aiguise les passions médiatiques.

Il faut dire que le gouvernement de la « Droite Unie » dominé par le parti Droit et Justice, triomphalement reconduit en octobre 2019, refuse obstinément de repousser le premier tour prévu le 10 mai prochain malgré les protestations unanimes de l’opposition (de l’extrême gauche à la droite radicale) et la désapprobation de la population (qui souhaite à 77% un report du scrutin selon un sondage IBRiS en date du 30 mars). Dans un premier temps, le pouvoir a expliqué que tout allant pour le mieux dans le meilleur des mondes, il n’y avait aucune raison de modifier le calendrier électoral.

Le 28 mars, le Sejm votait cependant une première modification du code électoral permettant aux personnes de plus de 60 ans ainsi qu’aux individus placés en quarantaine de voter depuis chez eux. Le 3 avril, Jarosław Kaczyński déclarait qu’un report des élections serait « contraire à la Constitution » alors que celle-ci prévoit justement une telle possibilité en cas d’instauration de l’état d’urgence. Le 6 avril au soir, la procédure de vote par correspondance était étendue à l’ensemble des citoyens polonais et devenait la seule possibilité de participation au scrutin. Pour le parti de Jarosław Kaczyński, l’objectif est clair : il s’agit de tout faire pour que le scrutin puisse se tenir à la date prévue afin de consacrer la réélection du président Andrzej Duda.

Au secours, la crise arrive

Depuis l’automne, tous les sondages promettent en effet au locataire du palais du Belvédère un résultat de dictateur africain, si bien que le coronavirus est venu stopper une campagne électorale qui n’avait jamais véritablement débuté. Ainsi, une enquête IBRiS en date du 2 mars donnait Andrzej Duda en tête avec 41% de voix, suivi de la candidate libérale de la Plateforme Civique Małgorzata Kidawa-Błońska avec 23%, puis du candidat centriste du Parti paysan polonais Władysław Kosiniak-Kamysz avec 11%, du journaliste catholique de gauche « indépendant » (mais créé ex nihilo par l’élite médiatique) Szymon Hołownia avec 7%, du militant LGBT Robert Biedroń avec 6% et enfin du jeune nationaliste de la Confédération Krzysztof Bosak avec 5%, le tout avec 60% de participation.

Mais la direction du parti conservateur au pouvoir est pleinement consciente des potentielles conséquences politiques de la crise économique. Le « bouclier anticrise » de 212 milliards de zlotys mis en place afin de soutenir les entreprises, les travailleurs, le système de santé et les institutions financières est contesté de toutes parts, Krzysztof Bosak dénonçant une « bouée en béton » pour les petits patrons tandis que Robert Biedroń critique un dispositif « insuffisant » pour les salariés. Il est vrai que les mesures gouvernementales ne devraient pas permettre d’éviter l’enchaînement des banqueroutes et la progression du chômage. Une étude de la filiale polonaise du Crédit Agricole pronostique une augmentation massive du taux de chômage déclaré (ne prenant pas en compte le licenciement doublé d’un retour au pays massif de beaucoup de travailleurs ukrainiens) qui devrait atteindre 9,4% de la population active en juin alors qu’il n’était que de 5,5 % en février. Rien qu’au mois de mars, 58 700 entreprises polonaises avaient déjà suspendu (pour 80% d’entre elles) ou définitivement arrêté leurs activités, soit deux fois plus que l’année précédente à la même période. Un report du scrutin à l’automne ou même à l’année prochaine, alors que le virus n’aura selon toute vraisemblance pas été vaincu et que les mécontents seront nombreux, risquerait d’offrir une chance inespérée à l’opposition de reprendre des couleurs à défaut de reconquérir le pouvoir. Conscient de l’importance grandissante de la question sociale, le chef de l’Etat défend habilement les programmes d’aide aux familles et aux retraités mis en place depuis 2015 et traditionnellement attaqués par les libéraux.

Les libéraux ont dérivé à gauche

Ainsi la Plateforme Civique, principale force de l’opposition, a-t-elle très vite vu dans l’apparition du Coronavirus un cadeau béni des dieux. Le parti dirigé par Borys Budka n’a aucun intérêt à ce que l’élection puisse se tenir dans un mois et prône logiquement la proclamation de l’état de catastrophe naturelle afin de permettre le report du scrutin à l’année prochaine. L’ancienne formation de Donald Tusk, autrefois de centre-droit avant de dériver à gauche, est en effet devenue au fil des ans un simple cartel électoral rassemblant le bloc élitaire sur la seule base d’une « opposition totale » au gouvernement populiste de Droit et Justice, si besoin « avec le soutien de la rue et de l’étranger » (selon une expression prisée de la droite). Une posture qui est la principale cause de la déconfiture structurelle du parti. Autre raison directe de la débandade des libéraux, l’absence de personnalité de la candidate retenue pour concourir à l’élection présidentielle. La falote sociologue varsovienne Małgorzata Kidawa-Błońska a été envoyée au charbon par les ténors de son parti qui, à couteaux tirés les uns contre les autres, ne voulaient pas assumer la responsabilité d’une défaite jugée dès le départ inévitable. Celle qui n’a à ce jour publié aucun programme électoral se contente d’épuiser ses larmes de crocodile en évoquant les difficultés techniques et les risques de fraudes qui seraient liés à l’organisation du scrutin. Le 29 mars, la candidate de la Plateforme Civique a logiquement appelé au boycott de l’élection et annoncé la suspension de sa campagne.

Passage en force

Des signes de désunion sont cependant apparus sous le soleil radieux de la « Droite Unie ». Quelques heures avant l’enregistrement du vote par correspondance par le Sejm, le vice-Premier ministre Jarosław Gowin démissionnait de son poste sans pour autant faire sortir son petit parti Entente de la coalition gouvernementale. Pour cause, l’ancien leader de la branche conservatrice de la Plateforme Civique rallié en 2015 à la droite avait eu l’audace de proposer un compromis aux députés de la majorité et de l’opposition consistant à modifier la Constitution afin de permettre à Andrzej Duda de rester exceptionnellement aux affaires deux ans de plus (mais sans possibilité de se représenter) et d’organiser le scrutin une fois l’ordre revenu. Un crime de lèse-majesté vain mais payé comptant.

A lire aussi: Pour les Polonais, toute la France est de gauche

Il est impossible de savoir si Droit et Justice sortira vainqueur de son passage en force, ni même de savoir si l’élection sera effectivement maintenue. Les médias de droite et la télévision publique TVP appellent en tout cas quotidiennement à l’unité du peuple autour de l’État et du gouvernement tout en traquant les comportements antinationaux d’une opposition dénoncée comme irresponsable.

Un retrait conjoint ?

C’est qu’une participation plus importante que prévue pourrait définitivement achever la Plateforme civique. Les sondages les plus récents indiquent tous un creusement spectaculaire de l’écart entre le candidat présidentiel et ses concurrents sur fond de participation certes réduite mais en progression exponentielle au fur et à mesure que la perspective de la tenue du scrutin se précise. Ainsi, une nouvelle étude IBRiS en date du 7 avril annonce une victoire dès le premier tour d’Andrzej Duda avec 53% des voix, très loin devant un Władysław Kosiniak-Kamysz doublant sur le fil avec 12,5% une Małgorzata Kidawa-Błońska larguée en troisième position avec 11%. Robert Biedroń avec 7%, Szymon Hołownia avec 5% et Krzysztof Bosak avec 3% seraient largement distancés alors que la participation s’élèverait à 36%. Craignant une déconvenue fatale, les libéraux implorent désormais les autres candidats d’opposition d’organiser un retrait conjoint afin qu’Andrzej Duda se retrouve seul face à lui-même, seul moyen d’empêcher légalement la tenue de l’élection. Une stratégie évidemment non-suivie par les intéressés qui veulent voir les cartes rebattues.

Dans le doute, Droit et Justice peut de toute façon déjà compter sur une parade imparable. Le 23 mars, le célèbre brasseur de bière Marek Jakubiak a annoncé avoir rassemblé du fond de sa quarantaine les 140 000 signatures de citoyens nécessaires à l’enregistrement de sa candidature, lui qui n’avait obtenu que 3 500 voix aux législatives d’octobre 2019. Une candidature dénoncée comme fantoche par le quotidien de la gauche morale Gazeta Wyborcza, qui accuse le pouvoir d’avoir engagé tout ce que le pays compte de Biélorusses, Russes et Ukrainiens oisifs pour ficeler en un rien de temps l’affaire. Des allégations en cours de vérification par le Procureur régional de Varsovie.

Nuage de Tchernobyl: la fake news devenue mythe

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Contrairement à une rumeur lancée avec succès en 1986 par des militants antinucléaires, le gouvernement français n’a jamais dit que le nuage de Tchernobyl n’allait pas survoler la France. Tout au plus sa communication a été particulièrement maladroite, imprécise et désinvolte. Mais jamais trompeuse. Retour sur l’enchaînement des faits. Article paru dans le N°3 du magazine Transitions & Energies.


Dans l’imaginaire collectif, la catastrophe de Tchernobyl incarne toutes les craintes liées à l’énergie nucléaire et tous les mensonges et manipulations des dirigeants et des gouvernements. Il n’y a presque pas de différence faite entre le pouvoir soviétique, qui porte la responsabilité de la catastrophe en ayant fermé les yeux sur les défauts majeurs de ses centrales et en ayant caché la réalité de l’accident, et les gouvernements occidentaux et notamment français accusés d’avoir eux aussi dissimulé la vérité. Nucléaire et complots semblent indissociables.

La réalité des faits et de leur enchaînement est tout autre. Le gouvernement français n’a jamais dissimulé la vérité et n’a jamais dit ou même sous-entendu que le nuage radioactif n’allait pas survoler la France. Une fake news créée et relayée par des écologistes antinucléaires devenue depuis un mythe. Au point qu’il est suspect aujourd’hui de le dénoncer. Et pourtant… La communication gouvernementale en France après la catastrophe de Tchernobyl a été maladroite, tardive, floue, mais jamais trompeuse. Voilà comment les choses se sont réellement passées en avril et mai 1986.

Moscou nie

L’accident survient le 26 avril 1986. L’URSS le cache. L’opacité est totale de l’autre côté du rideau de fer. L’alerte n’est donnée que deux jours plus tard en Suède. Le pays détecte, au matin du 28 avril, un niveau de radioactivité très supérieur à la normale dans différentes régions. Des experts trouvent du graphite dans les particules radioactives et pensent immédiatement à une centrale soviétique de type RBMK qui utilise du graphite comme modérateur. Moscou, interrogé, nie d’abord… puis confirme l’accident dans la journée du 28 avril dans une dépêche laconique : elle reconnaît qu’un incident a eu lieu à Tchernobyl, en Ukraine, et assure que « toutes les mesures sont prises » pour résoudre le problème… Rien de plus. En Russie, en fait, à ce moment-là, c’est la panique pour trouver les moyens d’arrêter l’incendie à ciel ouvert du réacteur et l’envoi de particules radioactives en grande quantité dans l’atmosphère.

A lire aussi, Bertrand Alliot: Tchernobyl : tourisme au cœur du réacteur

En France, le Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI), qui dépend du ministère de la Santé, est prévenu ce même 28 avril. Des avions d’Air France décollent, équipés de filtres pour recueillir les poussières, et des moyens de mesure sont mobilisés sur une trentaine de sites.

L’apparition du Professeur Pellerin

Dans le journal télévisé de 13 heures du 29 avril, les Français découvrent celui qui deviendra le visage de l’événement : le professeur Pierre Pellerin qui dirige le SCPRI. Il expose alors les valeurs mesurées en becquerels en Suède de l’ordre de 10 Bq/mÑ, proches de la radioactivité naturelle. Il explique : « C’est une activité notable, mesurable, mais qui ne présente aucun inconvénient sur le plan de la santé publique. […] Je voudrais bien dire clairement que, même pour les Scandinaves, la santé n’est pas menacée. »

On rappelle dans les éditions suivantes que le fait que le nuage arrive ou non en France dépend de la météo. Dans un bulletin devenu célèbre, une présentatrice explique qu’un anticyclone semble alors protéger la France des vents en provenance de l’est jusqu’au 2 mai, ce qui est, au moment où elle parle, parfaitement exact.

Brigitte Simonetta déclare que l’anticyclone des Açores, qui se trouve alors au-dessus de la France, « restera jusqu’à vendredi prochain [le 2 mai] suffisamment puissant pour offrir une véritable barrière de protection » à la France. « Il bloque en effet toutes les perturbations venues de l’est », poursuit la speakerine. Sur la carte, un panneau « stop » vient même s’afficher sur la frontière franco-allemande pour illustrer cette prévision. Il s’agit d’une prévision météo à trois jours. Rien de plus.

Dès le 30 avril, la météo change et les…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Transitions & Energies <<<

Pendant la crise, le business victimaire de Rokhaya Diallo reste ouvert!

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Rokhaya Diallo a encore frappé. Dans une tribune destinée à TRT World, média d’État turc pro-Erdogan, elle déclare solennellement : « Le coronavirus révèle un autre virus : le privilège blanc. »


Avant d’aller plus loin et d’analyser ce qui fonde cette déclaration tonitruante, rappelons quelques hauts faits antiracistes de Dame Diallo. 

Racistes un jour, racistes toujours

Personnalité médiatique proche du Parti des Indigènes de la République d’Houria Bouteldja, Rokhaya Diallo lutte contre le racisme. De quelle manière ? En justifiant les réunions ou festivals non mixtes, c’est-à-dire sans Blancs : « Les réunions afroféministes non mixtes n’ont en aucun cas vocation à proposer un projet de société ségrégationniste définitif puisqu’elles s’inscrivent dans la temporalité d’un événement ponctuel. Elles offrent à leurs participantes une échappatoire, une zone de respiration dans une société oppressive », écrit-elle sur le site Slate.fr le 2 juin 2017. Bon. Et lorsque certains lui font remarquer que sa conception de l’antiracisme ressemble furieusement à celle du racisme, Madame Diallo retourne l’argument en citant une spécialiste de la mouvance décoloniale et anti-raciste à la mode des indigénistes, Françoise Vergès : « Ce n’est pas la non-mixité qui dérange, c’est qu’elle soit pratiquée par des femmes noires. » Racistes un jour, racistes toujours, tels sont les Blancs de ce pays qui pratique un « racisme d’État », selon elle. 

Passons rapidement sur ce racisme d’État attesté par le CAP de coiffure qui « ne sanctionne que les compétences relatives aux cheveux lisses, [et] n’inclut pas d’apprentissage obligatoire relatif aux cheveux frisés ou crépus », ainsi que par le pansement médical blanc, trop blanc aux yeux de Rokhaya Diallo, et arrivons donc à cette nouvelle démonstration de la réalité des « privilèges blancs » que la crise sanitaire que nous traversons met en évidence…

Le coup du passeport

« Les personnes bénéficiant d’un passeport privilégié découvrent ce que l’on ressent lorsqu’on est limité dans sa liberté de circulation » écrit Madame Diallo qui ne laisse d’abord que sous-entendre ce qu’est un « passeport privilégié » ; mais qui très rapidement nous éclaire : il s’agit du passeport des Européens qui n’ont « jamais eu à se soucier de ce que l’on ressent lorsqu’on n’a pas accès à un pays en raison de son pays d’origine. »

A lire aussi: Pour Rokhaya Diallo, le racisme anti-Blancs n’est pas du racisme

Le Sénégal arrêtant le trafic aérien des avions en provenance de la France, de l’Italie ou de l’Espagne, les pays européens comprennent maintenant ce qu’ils font subir à tous ceux auxquels ils refusent ou rendent difficile leur accès, écrit Rokhaya Diallo à qui il a fallu « un certain temps pour digérer la réalité actuelle inversée » mais qui sort réjouie de cette indigestion momentanée. Nous voyagions aisément partout avec notre passeport français, alors que les immigrés aux peaux plus colorées avaient les plus grandes difficultés ! Voilà l’Occident puni par là où il a péché.

Confondant voyages touristiques, d’affaires ou ethnologiques, et migration de masse, elle n’hésite pas à comparer l’Occidental « considéré comme un expatrié libre et aventureux et admiré pour sa curiosité à l’égard du monde » et le « migrant » considéré, lui, comme un « fardeau » par ceux qui ne l’ont pas invité. Il semblerait bien que, pour Rokhaya Diallo, les millions de migrants qui tentent l’aventure sur le continent européen ne soient que de curieux anthropologues ayant décidé de s’intéresser d’un peu plus près à ces peuplades lointaines et occidentales. « Tristes Portiques », écrira sûrement l’un d’eux après avoir été repoussé au seuil de ces contrées sauvages et racistes.

Justice est faite

Mais, nous dit Rokhaya Diallo, justice est enfin faite : un groupe de touristes italiens a été refoulé du sol tunisien et a ainsi vécu le calvaire du migrant refoulé. Quinze autres touristes italiens ont été expulsés de Mauritanie et profiteront sûrement de cette expérience pour accueillir les prochains migrants sur les côtes italiennes les bras ouverts. Au Maroc, ce sont des Français qui ont été bloqués à l’aéroport et ont « provoqué des incidents majeurs ». 130 000 citoyens français sont bloqués hors de leur pays et « beaucoup d’entre eux se plaignent d’être rejetés par la population locale, comme des victimes de la peste », et sûrement commencent à concevoir l’enfer de ces populations qu’égoïstement nous repoussons ou parquons porte de la Chapelle.

Le passeport est un privilège lorsqu’il est occidental car il est un « “sésame ouvert” (sic) magique, tandis que d’autres mènent à des portes fermées. » Madame Diallo va un peu vite et oublie que les migrants se déplacent sans aucun passeport ou pièce d’identité qui pourrait préciser l’âge du migrant ou le pays d’origine, et que c’est ce qui rend par conséquent souvent impossible son renvoi sur la terre natale. Racistes comme jamais, nous les prenons alors en charge médicalement et financièrement à hauteur de nos capacités, lesquelles connaissent, elles, des limites.

A lire aussi: Non, Rokhaya Diallo, la laïcité n’opprime pas les musulmans!

De plus, Rokhaya Diallo associe indirectement l’occidentalité et la blancheur de peau. Est-ce à dire qu’une personne non blanche ne peut pas être occidentale ?

Quoi qu’il en soit, cette pandémie aura au moins obligé les Blancs privilégiés à éprouver la stigmatisation et le rejet que connaissent trop souvent les touristes soudanais, érythréens et autres hommes d’affaires albanais et géorgiens ou ethnologues maliens. La notion de « migrant fluctue ». Soyons assurés, avec Madame Diallo, que les futurs déplacements massifs et désintéressés des pérégrins africains seront vus d’un tout autre œil désormais. Les futures et nombreuses migrations seront enfin vues pour ce qu’elles sont en réalité : des évènements touristiques sans plus d’incidence que ceux qui font le succès de la place Saint Marc, de la Tour de Londres, de la Médina de Marrakech ou des plages bretonnes au moment des vacances estivales.

Mort sans ordonnance


Le traitement du docteur Raoult contre le Covid-19 ne fait pas l’unanimité. Mais qu’a-t-on à perdre réellement?


Peut-être qu’au moment où sera publiée cette chronique la situation aura changé. Il restera quoi qu’il en soit le souvenir d’une impéritie gravissime.

En effet, si le traitement du docteur Raoult contre le Covid-19 fonctionne, le temps perdu aura coûté de nombreuses vies.

Et s’il ne marche pas ?

J’y viens…

Je ne suis pas un sachant, je le sais…

Je ne suis pas de ceux qui critiquent ce gouvernement pour le manque de masques ou de tests. Il faudrait critiquer tous les décideurs dans ce domaine depuis le départ de Roselyne Bachelot.

Je ne suis pas de ceux qui reprochent à qui que ce soit de ne pas avoir prévu ce qui allait arriver.

Le propre d’une pandémie est d’être inattendue, violente et rapidement invasive. Sans quoi elle serait restée épidémie, contrôlée et maintenue dans son territoire d’origine.

A lire aussi: Suivrais-je le traitement du Dr Raoult, si je tombais malade?

Le seul point sur lequel tout le monde peut se rejoindre est que personne ne sait, à ce jour (30 mars), s’il existe une ou plusieurs molécules efficaces pour lutter contre le Covid-19.

Et en l’absence de certitudes que reste-t-il pour trancher ?

La conviction personnelle ? L’instinct ? Le bon sens ?

Le pari.

Le génie de Pascal est d’abandonner toute argumentation sur le bien-fondé d’un choix (situation angoissante dans laquelle nous sommes) pour se demander ce qui serait profitable à celui qui se pose la question.

Dit de manière plus triviale : le moins mal à défaut du meilleur.

Pascal applique ce raisonnement à la question de l’existence de Dieu, tentant de prouver qu’une personne rationnelle a tout intérêt à croire en lui, qu’il existe ou non.

En effet, si Dieu n’existe pas, le croyant et le non-croyant ne perdent rien ou presque à croire.

En revanche, si Dieu existe, le croyant gagne le paradis tandis que le non-croyant est enfermé en enfer pour l’éternité.

Puisque le professeur Raoult est qualifié de gourou, voyons si nous avons intérêt à croire que son dieu Hydroxychloroquine est efficace…

Oui, si je suis malade, je veux la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

1) Elle s’avère inefficace : je ne perds rien puisqu’il n’y avait de toute façon pas d’autre traitement.

2) Elle s’avère effectivement efficace : je gagne tout. Je suis guéri.

Non, je ne veux surtout pas la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

1) Elle s’avère inefficace : je n’ai donc rien perdu.

2) Elle s’avère efficace : j’ai tout perdu. Je suis même peut-être mort…

J’entends par avance les cris indignés des sachants : les effets secondaires !

Tous les effets secondaires possibles et imaginables sont connus (et il y en a : endommagement de la rétine, problèmes cardiaques…), ils peuvent être anticipés avec les précautions adéquates, ils sont identifiés dès leur apparition et on sait parfaitement jusqu’à quel point on peut les tolérer en regard du bénéfice du traitement ou au contraire stopper le traitement qui deviendrait dangereux pour certains patients.

En leur nom, on interdit l’usage contre le Covid-19, pendant 10 jours, d’un médicament que les patients atteints de lupus absorbent quotidiennement depuis des décennies !

Il est bon de rappeler que même le Doliprane peut avoir des effets secondaires indésirables, parfois très graves comme un brusque gonflement du visage et du cou pouvant entraîner une difficulté à respirer (œdème de Quincke) ou un malaise brutal avec baisse importante de la pression artérielle (choc anaphylactique).

Vous ne me croirez pas : le Doliprane est en vente libre ! Que fait la police ?!

Puisque les sachants ne peuvent s’accorder sur ce qu’il faut sachoir, cette affaire n’est plus scientifique, mais politique.

Le propre des grands dirigeants politiques est de savoir prendre le risque de décider. La rigueur scientifique est indispensable et précieuse. En temps normal.

Mais lorsque l’avion est en feu, il n’est plus temps de distribuer des sacs avec ou sans parachute pour vérifier que c’est bien le parachute qui empêche les passagers de s’écraser au sol comme des merdes.

Or, vous avez beau leur dire, à nos sachants et gouvernants, que vous voulez ce parachute, car même s’il ne s’ouvrait pas, votre sort ne serait pas différent de ce qui vous attend si vous sautez sans lui, ils ne céderont pas. Dans votre intérêt vous dis-je…

Le bas peuple est certes ignorant, mais pas dénué d’instinct de survie.

Le choix indéfendable des responsables politiques français est de prendre le risque de laisser mourir des centaines de personnes afin de ne pas prescrire une substance dont l’effet thérapeutique n’est certes pas prouvé, mais dont les éventuels effets secondaires sont parfaitement maîtrisés.

Appliquons le pari de Pascal à leur dilemme :

Tu autorises la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

1) Ça marche : tu as tout gagné

2) Ça ne marche pas : tu as tout perdu et seras à jamais celui qui a conduit le peuple à un remède inefficace comme Fabius est associé au sang contaminé.

Tu interdis la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

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1) Ça ne marche pas : tu as tout gagné

2) Ça marche. Tu n’as rien perdu. Tu n’as fait qu’observer les règles de l’art par souci de ne pas arriver à des drames. Si ça marche, c’est un heureux hasard et tu t’en réjouis. Mais ça aurait pu ne pas marcher… Tu as potentiellement évité un drame au peuple.

Seraient-ils avant tout préoccupés par leur avenir pour ne pas oser avoir tort ?

Merci Pascal.

La rentrée du peloton aura bien lieu!

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En septembre, le Tour de France se promènera de ville en ville 


Nous avons tous un petit vélo dans la tête qui tourne à plat. Le confinement, à défaut de renforcer notre cardio, fait pédaler notre imaginaire. Chaque soir, nous refaisons une étape de montagne, nous rêvons à ces échappées solitaires qui explosent en carte de France sur nos draps de lin blanc. Au réveil, aucune hôtesse pour nous féliciter ou nous offrir une peluche à la crinière sauvage. Les couronnes de fleurs sont mortuaires en ce moment. Nous passons des nuits agitées depuis que l’incertitude plane sur l’épreuve reine du calendrier. Car, cet été, le peloton ne passera pas dans notre ville. Dans un premier temps, nous avons dû encaisser cette mauvaise nouvelle. Des milliers de camping-caristes dépressifs pensaient même revendre leur résidence secondaire mobile, les sponsors dans le rouge se demandaient comment boucler le budget des équipes, les coureurs ruminaient des heures durant sur leur home-trainer et l’Union Cycliste Internationale jouait sa survie sportive. Le vélo sans le Tour, c’est comme un confiné sans son autorisation de se déplacer. Un mois de juillet sans la caravane publicitaire et c’est tout une nation qui vacille, nos départements qui s’effritent, nos congés payés qui ont le parfum des cahiers de vacances. 

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Notre identité s’est construite au bord des routes, l’oreille collée à la radio, l’attente sous un cagnard d’enfer, le pique-nique avec du à « l’ail » ou du salami, les bouteilles d’Orangina trop chaudes, les pronostics de pépé rappelant une anecdote de Geminiani ou de Darrigade, l’analyse scientifique d’un voisin expert en bordures, puis la délivrance enfin de voir les champions filer à la vitesse d’une mobylette sur le pas de notre porte. Ah oui, cette communion populaire marque durablement notre pays, lui donne son ossature, sa stabilité mentale aussi. Un peuple qui aime ses cyclistes, forçats du bitume, durs à la peine et au mal, rachète son âme devant n’importe quel dieu. Cette année, le Covid-19 n’aura pas la peau des Alpes, des Pyrénées, de l’arrivée sur les Champs, des cols, de la grêle, des sprints, etc… Le barnum de notre enfance s’élancera le week-end du 29-30 août de Nice puis prendra la direction de Sisteron, Orcières-Merlette, Villard-de-Lans, Mont Aigoual, il pointera sa « fable ronde » sur la façade atlantique du côté de Ré et d’Oléron, pour basculera à tribord, traversant l’Auvergne jusqu’à Champagnole, à quelques kilomètres de l’Helvétie. En septembre, nous aurons certainement les jambes en coton mais le cœur à la reconquête de notre territoire intime. J’ai hâte d’entendre l’ami Christian Laborde, poète vélocipédique et fabuleux conteur faire chanter les gloires du présent et du passé de son accent rocailleux, dans ses chroniques radio magistrales. L’Académie française devrait penser à lui, elle a déjà loupé Blondin. Je sais qu’il piétine d’impatience dans son refuge palois.

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En France, il y a le point zéro au pied de Notre-Dame, le mètre-étalon à Sèvres et le Tour pour structurer notre pensée. Souvenons-nous de ce qu’écrivait René Fallet dans L’Équipe en juillet 1967 : « Le Tour 40 n’eut pas lieu et il nous fallut attendre 1947 pour qu’un Vietto vieilli mais toujours Vietto servît de trait d’union tumultueux entre l’avant-guerre et l’après. Le Tour recommençait, cette jolie saison qui ne se brouille qu’à l’occasion des conflits mondiaux. Que ceux qui veulent sa perte y songent. Quand le Tour n’a pas lieu, les catastrophes sont à la porte ». Espérons que la crise sanitaire sera jugulée d’ici là. Nous pensons à nos frères italiens si durement touchés. Dans cette autre patrie du cyclisme, on vénère les champions, on garde en mémoire pieusement leurs noms. Je suis toujours autant ému en relisant l’article de Jean Bobet sur la mort de Fausto Coppi en 1960. L’Italie pleurait alors son idole. « Une foule silencieuse et recueillie de paysans descendus de toutes les vallées, de touristes surpris par l’affreuse nouvelle, de sportifs effondrés, amis accourus de tout le pays », ajoutant ces mots : « Je n’ai pas eu le courage enfin de présenter mes hommages à la Signora Giulia Occhini, que l’actualité a désignée sous le nom de la Dame Blanche et qui n’était en ce jour qu’une épave folle de douleur ». Le vélo, c’est ça des larmes et du sang, un spectacle aussi merveilleux qu’injuste qui met les Hommes face à leurs limites. Alors, comment ne pas être saisi, à soixante-dix ans d’écart, par cette phrase de Jacques Godet évoquant le Tour 1949 et le duel tactique entre Coppi et Bartali : « Étrange Tour de France, plus passionnant peut-être dans ses conclusions et par les problèmes qu’il pose pour l’avenir, que par son développement même ». Entre nous, quelle plus belle saison que septembre pour voir les coureurs jouer du dérailleur, vivement la rentrée !

Dans les banlieues, le péril de l’embrasement

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Des émeutes ont éclaté dans les banlieues françaises, après qu'un jeune ait heurté la portière d'un véhicule de police a Villeneuve la Garenne, faisant monter la tension dans les quartiers "difficiles". Des affrontements entre des "racailles" et les forces de l'ordre ont été constatés entre 22h et 3h du matin. Cliché pris dans la nuit du 20 et 21/04/2020, a Villeneuve la Garenne © Bastien Louvet/SIPA Numéro de reportage: 00957230_000006

Il aura suffi d’un prétexte…


Comme si elles n’attendaient que ça – et sans doute est-ce le cas. À l’heure où j’écris ces lignes, on est bien loin d’un « nouveau 2005 », mais il est impossible d’exclure le risque d’un embrasement des banlieues séditieuses où prospère le communautarisme musulman. Maurice Berger a écrit sur le sujet un excellent article dans le dernier numéro de Causeur, j’en parlais moi aussi il y a peu, en évoquant l’hypothèse d’un état de siège.

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J’ai dit « prétexte ». À Villeneuve-la-Garenne, samedi soir, un « jeune » en deux-roues a heurté une voiture de police, ou a été heurté par une voiture de police. Il aurait une fracture de la jambe, peut-être une fracture ouverte. Aussitôt, l’extrême-gauche et les « banlieues » s’excitent sur les réseaux sociaux, affirment que les policiers auraient volontairement sectionné la jambe d’un pauvre innocent d’un coup de portière. Simultanément les mêmes mouvances, souvent les mêmes personnes, dont des diplômés de Sciences-Po qui militent plutôt que de réfléchir et des journalistes (ou auto-proclamés tels) qui militent plutôt que d’informer, parlent d’un autre « jeune » tué par la police à La Courneuve. On verra que la vérité est tout autre. Apparaît le hashtag #Mortsauxporcs (on appréciera la faute de grammaire) appelant à attaquer partout la police et les policiers, nécessairement coupables, nécessairement racistes, nécessairement fascistes.

Linda Kebbab “bougnoule de service”

Deux fonctionnaires de police semblent alors concentrer une haine emblématique : Linda Kebbab et Abdoulaye Kant, traités de « bougnoule de service » et « nègre de maison » par ceux, toujours les mêmes, pour lesquels une Maghrébine et un Noir n’auraient pas le droit de servir l’idéal républicain. Ultime mensonge tenant lieu d’argument : « jamais les Blancs ne vous considéreront comme faisant partie des leurs. » Encore l’obsession raciale, et une contre-vérité manifeste : ce ne sont en l’occurence ici pas des Blancs qui renvoient massivement et presque systématiquement à leurs origines Linda Kebbab et Abdoulaye Kant, mais aussi Zineb El Rhazoui, Lydia Guirous, Zohra Bitan, Jean Messiha, Eric Zemmour ou Fatiha Boudjahlat.

Depuis, les explosions de violence se propagent, Rouen, Asnières, Aulnay, Saint-Denis… et la nuit dernière un commissariat de Strasbourg (quartier de la Meinau) a été attaqué à coups de cocktails molotovs et aux crix de « Allahu akbar », dont il faudra bien admettre qu’il est désormais séditieux. Et que si l’on appelle les choses par leur nom, des émeutiers montant à l’assaut d’un commissariat en hurlant « Allahu akbar » sont des jihadistes, des soldats de l’islam théocratique au service de ses ambitions de conquête.

À l’origine de l’embrasement, une fake news de l’islamo-gauchisme

Quant aux évènements déclencheurs, rétablissons quelques faits. À La Courneuve il s’agit d’une rixe suivie d’interpellations, très vraisemblablement un règlement de compte sur fond des tensions qui parcourent actuellement les trafics de stupéfiants (difficultés d’approvisionnements, notamment via les filières maghrébines, et hausse des prix de 30 à 40%). 

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À Villeneuve-la-Garenne, le « pauvre jeune » (on lit toujours « jeune », comme pour suggérer qu’il serait trop jeune pour comprendre et donc irresponsable!) est en réalité un multirécidiviste de 30 ans, déjà condamné à 14 reprises pour extorsion, outrages, détentions de stupéfiants, peut-être aussi agression sexuelle d’après un syndicat de police, et en attente de jugement pour menaces de mort. Que faisait-il en liberté ?

Il roulait malgré le confinement, sans casque et largement en excès de vitesse. L’avocat du motard reproche aux policiers d’avoir « délibérément cherché, si ce n’est à faire tomber, a minima à gêner la progression » (selon l’AFP et le Courrier picard).

Mais encore heureux ! Gêner la progression était bien le seul moyen pour l’obliger à s’arrêter. 

Pas d’amalgame ?

Le contraste est éloquent entre ce à quoi la jeunesse radicalisée des banlieues de France réagit et ce à quoi elle ne réagit pas.

On constate dans cet épisode avec effroi que la fameuse « majorité silencieuse » dans les banlieues et dans la communauté musulmane, où qu’elle vive, est une majorité complice, complice des émeutiers, complice des barbares, complice des islamistes (je rappelle les cris devant le commissariat de la Meinau). D’un côté, la tiédeur prudente de cette communauté (malgré de méritoires mais trop rares exceptions) pour condamner les horreurs commises au nom de l’islam ou les crimes de droit commun perpétrés par des personnes « issues de la diversité », voire les pleurnicheries indécentes, l’obsession égocentrique du risque « d’amalgame » prenant le pas sur toute forme d’empathie envers les centaines de morts d’attentats et les milliers de victimes de vols, de violences, de viols. De l’autre côté, les réactions immédiates, massives et enflammées (dans tous les sens du terme) pour défendre un multirécidiviste se cassant une jambe en deux roues !

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Est-ce parce qu’une jambe cassée est jugée plus grave que tout le reste ? Bien sûr que non ! Lorsqu’un « jeune à scooter » qui faisait du rodéo dans sa cité percuta une fillette de 7 ans, il n’y eut pas la moindre mobilisation. C’est tout comme cette « communauté » réagissait toujours et exclusivement pour prendre la défense d’un de ses membres contre quelqu’un qui lui est extérieur, personne ou institution. Extérieur à la tribu ethno-raciale, ou extérieur à l’oumma[tooltips content= »Communauté des croyants musulmans NDLR »]*[/tooltips]. Cet esprit clanique passe avant toute notion de morale, toute réflexion sur la réalité des faits, leur gravité ou les torts des uns ou des autres : l’appartenance à la communauté prime tout. Le reste n’est qu’habillage rhétorique pour marquer des points dans la compétition victimaire. Réflexe tribal primitif, incompatible avec la construction d’une pensée personnelle, le débat d’idées et l’exercice de la démocratie d’opinion, mais… conforme aux prescriptions islamiques.

Al Ghazâli, l’une des principales références du sunnisme actuel, écrivait au XIᵉ siècle : « Si un infidèle empêche, par l’action, un musulman (de faire quelque chose), c’est un acte d’autorité sur le musulman, ce qui constitue une humiliation pour ce dernier. Or le débauché mérite l’humiliation, mais non de la part de l’infidèle qui lui, la mérite à plus juste raison. » Bel enseignement selon lequel un musulman honnête devra prendre la défense d’un criminel musulman contre toute personne honnête mais non-musulmane !

Les médias et Christophe Castaner bien discrets

Et je souligne que l’attitude est exactement la même de la part de cette gauche régressive qui prend systématiquement fait et cause pour les mêmes communautés au mépris de la plus élémentaire analyse : « d’où parles-tu, camarade ? » est la seule chose qui compte à leurs yeux, et certaines catégories de population sont des victimes innocentes ontologiques, du moins tant qu’elles restent dans le rôle caricatural qui leur a été assigné, sans quoi elles deviennent donc les traîtres, « bougnoules de service » et autres « nègres de maison » évoqués plus haut.

Christophe Castaner, Ministre de l'Interieur français en visite à Angouleme, dans un "quartier de reconquete republicaine", le 6 septembre 2019 © Jean Michel Nossant/SIPA Numéro de reportage: 00922605_000042
Christophe Castaner, Ministre de l’Interieur français en visite à Angouleme, dans un « quartier de reconquete republicaine », le 6 septembre 2019 © Jean Michel Nossant/SIPA Numéro de reportage: 00922605_000042

Toujours sans surprise, la couverture médiatique des émeutes est minimale, riche d’euphémismes, entre « incidents sporadiques », « tensions » et autres « agissements de faible intensité. » Dans les rédactions on se donne le beau rôle: « ne pas attiser les haines », « ne pas stigmatiser ».

Quant au gouvernement, il réagit avec la même « détermination » qu’au début de l’épidémie de Covid-19, puisqu’à l’instant présent on est sans nouvelles de Christophe Castaner. Sans doute trois jours d’appels massifs à assassiner des policiers accompagnés d’attaques de commissariats dans plusieurs villes de France ne sont-ils pas jugés assez graves pour que le ministre de l’Intérieur daigne prendre la parole.

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Mais dormez tranquilles braves gens, les forces de l’ordre sont dévouées et armées. À moins que… ont-elles vraiment le droit d’utiliser leurs armes ? On sait les torrents d’injures et de menaces qu’a affrontés Zineb El Rhazoui lorsqu’elle a rappelé publiquement l’existence de la légitime défense pour les forces de l’ordre. Et les policiers, les gendarmes, les militaires, prendront-ils le risque d’être désavoués par des médias détachés du réel, des responsables politiques irresponsables, et condamnés par des juges militants ? Ibn Khaldoun a tout dit il y a longtemps sur les conséquences du divorce entre une masse qui ne regarde l’usage de la force qu’en se bouchant le nez, et ceux qui sont chargés de la protéger en utilisant la force si besoin. Et si vous voulez dormir encore moins tranquillement, intéressez-vous à ceci : les forces de l’ordre sont armées, mais les armes ont besoin de munitions. Cette France qui a soigneusement délocalisé sa production de masques et de médicaments, avec les conséquences que l’on connaît, qu’a-t-elle fait de sa production de munitions ?

Que nos dirigeants prennent garde : face à la pandémie, les initiatives locales ont heureusement pallié leur incurie pour fabriquer et distribuer des masques, ou rechercher un traitement. L’inaction des gouvernements face aux explosions de violence tribale et à la complaisance d’une trop grande partie de la magistrature aura tôt ou tard le même résultat : des initiatives locales prendront le relais. On appelle cela des milices. Il ne reste qu’à espérer que le Didier Raoult des forces de l’ordre qui concentrerait le premier la faveur populaire serait un authentique serviteur de la France, et non un arriviste sans scrupules !

A voir aussi, Elisabeth Lévy sur Sud Radio: « Villeneuve-la-Garenne, c’est qui le patron ? »

Les enfants uniques, grands oubliés du Covid-19

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Photo DR

D’un confiné berrichon à tous mes jeunes frères et sœurs oubliés du Covid-19


Je m’adresse à toi qui n’auras droit à aucun reportage télé. Ta solitude n’intéresse pas les médias. Tes tracas sont inaudibles. Ton mal-être est superflu. Te plaindre passerait pour une provocation en ces temps de crise sanitaire. Rassure-toi, je suis là, mon petit, je ne laisserai plus les insultes et la méchanceté s’abattre sur ta personne. Je sais ce que tu endures. Je connais le bruit de la médisance et la hargne contre nous autres. Aujourd’hui, nous devons faire bloc. Cette furie populaire insensée, vieil héritage des familles nombreuses, nous la subissons sans moufeter, sans nous rebeller, nous riions même des blagues sur notre caractère supposé capricieux d’enfant gâté, chéri, pourri, idolâtré, trop heureux pour être honnête, trop aimé certainement. Quels efforts insurmontables n’avons-nous pas entrepris pour aller au-devant des autres, jusqu’à pratiquer, dès le plus jeune âge, l’autodérision et l’autoflagellation ? Nous sommes des champions en auto-défense. Les autres nous détestent, ils nous font payer notre singularité. Elle est suspecte et néfaste, à leurs yeux. S’ils le pouvaient, ils interdiraient la politique de l’enfant unique. Ils se vengent par malveillance, juste par envie de blesser, de faire mal. 

Mal aimés, nous sommes les mal aimés

La délation qui resurgit actuellement répond au même ressort psychologique : nuire à son prochain en espérant en tirer un quelconque profit ou apaiser ses pulsions malsaines. Il faut relire les évangiles pour savoir que toute ignominie flétrit l’âme, abîme plus qu’elle ne guérit. Depuis la nuit des temps, ils colportent sur nous les mêmes stéréotypes. Nous cumulons tous les vices, notre individualisme nous pousserait vers un égoïsme abject. Évidemment, nous resterons toujours de sales gamins accrochés à leurs jouets comme à leurs privilèges, surprotégés bien sûr, ignorant le sens du partage et du sacrifice. Nous avions droit à quatre pots de MaronSui’s le soir au dîner, c’est dire notre gloutonnerie capitaliste, notre totale absence de mesure. Combien de fois, ai-je entendu des jeunes mères venant d’accoucher et souhaitant donner au plus vite un frère ou une sœur à leur progéniture de peur que celle-ci ne prenne les travers de l’unicité et s’engage dans la voie de la délinquance familiale ? Avec une fratrie à ses côtés, ce nouveau-né sera sauvé, très tôt, il apprendra à respecter les autres, sinon, il nous ensevelira sous des désirs contradictoires et inassouvis. Que savent-ils de nos angoisses ? Ils nous imaginent en rois et reines des foyers, despotes pas du tout éclairés, commandant nos parents à la baguette, comme si chaque minute devait nous être pleinement et entièrement consacrée. Relevons la tête, ensemble, mes amis ! Le confinement, nous le vivons depuis le jour de notre naissance. L’ennui est notre ami imaginaire. Nous avons appris à contenir sa fougue, à contrecarrer ses plans obscurs. Les sarcasmes, nous les encaissons depuis la cour de la maternelle. Notre statut d’enfant unique suscite la jalousie de nos camarades et de leurs parents. 

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Ne sois plus seul à porter sur tes frêles épaules toutes les aigreurs de la société. Depuis plusieurs semaines, on t’a même carrément abandonné. Ton sort n’intéresse personne. On préfèrera évoquer le quotidien des nécessiteux qui vivent à dix dans trente mètres carrés, tous les violentés des achélèmes et les dealers désœuvrés des cages d’escalier, qui faute d’approvisionnement, ruminent leur haine du système. Si tu cumules la double peine : enfant unique et vivant à la campagne dans un village de moins de 2000 habitants, tu n’existes pas dans ce pays. Les reportages se réjouissent du retour des jeux de société de notre enfance. Au secours, notre cauchemar revient. Les salauds, quand arrêteront-ils de nous narguer ? Pour les enfants uniques, le Monopoly, le Cluedo ou le Puissance 4 font remonter, à la surface, des blessures encore vives. Avez-vous déjà essayé de faire un Mastermind tout seul ? Vous comprendrez le sentiment d’abandon et d’échec qui nous saisissait si souvent durant les longues vacances scolaires. 

Courage, mes frères

Alors, je pense à vous en ces jours pénibles. Ce confinement ne nous tuera pas ! Je veux vous éviter de sombrer dans la dépression ou la misanthropie. Même, si sous la plume de Paul Léautaud, ça donne de belles pages de littérature : « Déjà peu liant, n’éprouvant nullement le besoin d’une société, le même que j’avais été enfant, je n’avais guère non plus de compagnons dans mes allés et venues de Paris à Courbevoie, et c’était presque toujours renfrogné dans un coin de wagon que j’allais à mes besognes et en revenais » (Amours/L’Imaginaire Gallimard numéro 345). Tenez bon mes camarades ! La route est longue, j’ai aussi une pensée pour mes vieux frères et sœurs qui doivent faire face au grand âge de leurs parents. Face à cette injustice-là, l’enfant unique est encore plus seul.

Amours

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La grande peur de l’an 2020

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Monseigneur de Belsunce pendant la peste de Marseille. Peinture de Francois Gerard (1770-1837) 1834 Dim. 2,58x1,91 m Marseille, musee des Beaux Arts ©photo Josse/leemage

Avec le Covid-19, le monde redécouvre les croyances populaires attachées aux grandes épidémies. Sans céder à la superstition, il faudrait savoir profiter de cette période de latence pour reconquérir autonomie et sens des limites.


Imprévisibles et invasives, les épidémies créent des situations de crise dont le caractère « apocalyptique » frappa déjà les Anciens : « Il est impossible de décrire les ravages de ce fléau ; il sévissait avec une violence inexprimable et comme inhumaine », écrit l’historien Thucydide de la peste d’Athènes (430 av. J.-C.). Différant en cela de la maladie, l’épidémie surgit tout à coup, sème l’épouvante puis disparaît, et le scénario de son passage est étonnamment constant à travers les âges : panique face à un mal venu d’un pays lointain – l’Éthiopie ou l’Asie centrale hier, la Chine aujourd’hui –, comportements irrationnels, relâchement des mœurs et des liens sociaux, catastrophe économique et démographique, migrations des villes vers les campagnes supposées plus sûres. Attisant les peurs et réveillant les pulsions asociales, l’épidémie est aussi, comme toutes les grandes catastrophes, un puissant révélateur anthropologique : tandis que certains risquent leur vie pour secourir autrui, d’autres se livrent au pillage et au stockage. Quand la mort rôde, pourquoi ne pas jouir de la vie à n’importe quel prix ?

La fuite d’autrefois

Les citadins qui ont été ces derniers temps critiqués pour avoir quitté la ville n’ont jamais fait que suivre instinctivement le conseil donné il y a vingt-cinq siècles par Hippocrate : « Pars vite et loin et reviens tard » ! Montaigne ne s’en est pas privé quand la peste ravageait Bordeaux (1585), ni avant lui les personnages du Décaméron de Boccace (1353), quittant Florence pour une villégiature où ils pouvaient s’adonner à des plaisirs intellectuels et charnels. Ce qu’on fuyait jadis était toutefois moins le confinement prophylactique que l’entassement des bien-portants et des malades dans des cités infestées par la maladie. Si la fuite semblait à l’époque la seule conduite sensée, c’est aussi qu’il existait encore un « ailleurs » où le risque paraissait moindre ; la notion de « contagion » étant alors mal connue des médecins. Depuis toujours amplifiée par les transits humains et les échanges commerciaux, la contamination a désormais le champ libre grâce à la mondialisation. L’épidémie planétaire de coronavirus met de ce fait en lumière, davantage que celles qui l’ont précédée (grippe aviaire, SRAS, Ebola), l’exiguïté de la Terre qui semble elle aussi confinée dans le système solaire, indifférent à la vulnérabilité des humains. Cloisonnant fébrilement après avoir ouvert à tous les vents, les Terriens découvrent qu’ils n’ont plus de retraite vraiment sûre, et aucun plan B dans une autre galaxie.

En dehors des quelques bravaches qui continuent de les trouver liberticides, les limites sont bel et bien redevenues nécessaires…

On ne parle pourtant que très rarement de « fléau » comme lors des grandes épidémies (typhus, choléra, variole) qui ont périodiquement décimé les populations européennes, telle la terrible « peste noire » au XIVe siècle. Le « fléau » (lat. pestis) fut en effet si étroitement associé à la peste que, celle-ci disparue, un changement de vocabulaire devint nécessaire ; la langue gardant néanmoins mémoire du traumatisme épidémique en rappelant qu’on n’a parfois de choix qu’entre la peste et le choléra. Mais c’est aussi que la médecine semblait avoir suffisamment progressé pour invalider la vieille croyance biblique en une malédiction divine punissant les hommes de leur inconduite au moyen des trois fléaux que sont la famine, la guerre et la peste. On pensait pouvoir dès lors réserver ce terme à d’autres calamités : génocides, dictatures sanguinaires, asservissements divers. Hitler ne fut pas à cet égard un « fléau » moins redoutable que la peste, ni l’idéologie nazie moins « contagieuse » que le coronavirus aujourd’hui. 

L’aléatoire reprend toujours plus ses droits

À travers chaque épidémie nouvelle, l’aléatoire reprend ses droits, et la fonction purificatrice du fléau, jadis mise en exergue par le discours théologique, tend à ressurgir sous un jour nouveau, en lien plus ou moins étroit avec la théorie du complot : Qui organise dans l’ombre une telle débâcle, et à quelles fins ? Car un fléau n’est pas une simple catastrophe s’abattant sur une population désarmée. C’est aussi la flèche centrale des anciennes balances qu’on voit dans la main des justiciers humains ou divins, et c’est enfin l’instrument agricole qui séparait le bon grain de l’ivraie lors du battage des céréales, comme le rappelle le père Paneloux dans La Peste d’Albert Camus (1947). Impitoyable et ravageuse, l’épidémie faisait alors figure de crible, de sas d’où les Justes sortiront non seulement indemnes, mais régénérés. Si plus personne, ou presque, n’ose l’affirmer de manière aussi moralisatrice, la question hante pourtant encore les esprits : de quel dérèglement le mal causé par ce virus pourrait-il bien être le symptôme, et de quelle équité supérieure le bras armé ?

L’idée qu’une épidémie touchant la collectivité soit le prix à payer pour une dérégulation de l’« ordre des choses » est une vieille hantise de la conscience occidentale depuis les tragiques grecs. Auteur involontaire de la souillure qui a attiré la peste sur la ville de Thèbes, dont il est devenu le roi, Œdipe devra s’exiler après avoir découvert son double forfait (parricide et inceste). Figure du Destin aveugle, mais implacable, l’épidémie s’éloigne dès que cessent la démesure ou la souillure. L’idée est donc vieille comme le monde que la corruption du chef puisse entraîner celle du corps social tout entier sur qui s’abat alors tel ou tel fléau. Idée irrationnelle il va sans dire, mais symboliquement forte, qui responsabilise au suprême degré une fonction qui est censée être aussi une mission. Alors que les peurs archaïques sont à peu près toujours les mêmes, le peuple se contente aujourd’hui d’espérer que les responsables politiques prendront les bonnes décisions puisque avec une épidémie, on passe « d’une clinique de l’individu à une biopolitique des populations [tooltips content= »Jean Lombard et Bernard Vandewalle, Philosophie de l’épidémie, Paris, L’Harmattan, 2007, p. 121. »][1][/tooltips]. » À supposer qu’une gestion rationnelle de la crise sanitaire vienne rapidement à bout du coronavirus, on se demande quel imaginaire transformera la morbidité ambiante en promesse de renouveau sans que la « leçon » délivrée par l’épidémie se transforme nécessairement en acte d’accusation ou de contrition.

Seattle, durant la pandémie de grippe espagnole, 1918. Images/SIPA - 1903141219- Mary Evans
Seattle, durant la pandémie de grippe espagnole, 1918.
Images/SIPA – 1903141219- Mary Evans

Parce qu’il est devenu bien réel, le risque de contamination fait de tous les citoyens du monde des « pestiférés » potentiels. Se souviendront-ils, après l’épidémie, qu’une communauté d’intouchables abolit de fait tout système des castes au profit d’autres hiérarchies, ou allons-nous simplement vers « l’unification microbienne du monde » (Le Roy Ladurie) ? Deviendrons-nous plus attentifs à d’autres formes de contamination qui laissent présager que les « épidémies psychiques » seront, comme le pensait Carl Gustav Jung, le fléau des temps à venir (Présent et avenir, 1958) ? Ainsi certains médias participent-ils à la transmission de ce virus qu’est la peur, aussi dangereux pour l’immunité psychique que celui contre lequel on se bat. Un art de la juste distance sera donc à réinventer, qui permettrait de différencier proximité et promiscuité, contagion et information.

Il était d’autre part de bon ton d’associer le repli sur soi à une forme « nauséabonde » de confinement. Mais ne voilà-t-il pas que les mauvaises odeurs virales viennent de l’extérieur et qu’il faut bien, pour s’en protéger, s’enfermer chez soi et redécouvrir l’utilité des limites qu’on se faisait fort de transgresser ou de vilipender. En dehors des quelques bravaches qui continuent de les trouver liberticides, les limites sont bel et bien redevenues nécessaires, et il va falloir s’en accommoder pour un temps encore indéterminé. Qui sait si on n’y trouvera pas finalement un repos de l’esprit, et un charme inattendu ? Les conseils, en attendant, pleuvent quant aux mille et une manières d’occuper ce temps immensément vide, mais rempli à ras bord d’anxiété. Savoir profiter de cette période de latence pour reconquérir son autonomie reste l’affaire de chacun, même si c’est bien au plan collectif ce qui va devenir prioritaire : collaborer, échanger, commercer et converser bien évidemment, mais aussi cesser de recevoir d’autrui la norme qui régit sa vie.

Restaurant une dignité perdue, l’autonomie renforce aussi l’immunité dont on a oublié qu’elle n’est pas un passe-droit dont abusent les puissants, mais une autorégulation bien plus subtile encore qu’une frontière, puisqu’elle permet à un organisme d’absorber sans danger ce qu’il est capable de neutraliser ou de transformer. Il serait temps qu’on s’aperçoive – Peter Sloterdijk est l’un des rares à l’avoir fait [tooltips content= »Voir en particulier Tu dois changer ta vie (trad. O. Mannoni), Paris, Libella-Maren Sell, 2011 et en dialogue avec Alain Finkielkraut, Les Battements du monde Paris, Fayard/Pluriel, 2005. »][2][/tooltips]– que les sociétés occidentales, ballottées entre arrogance et repentance, sont devenues des organismes immunodéficients dont l’intelligence reste vive, mais qui doivent de toute urgence réapprendre qu’on ne commet pas un crime contre l’humanité en survivant.

A lire aussi: Coronavirus, il n’y aura plus de retour à la normale

Autant la peste semblait théâtrale et romanesque [tooltips content= »De cette abondante littérature on retiendra « Le théâtre et la peste » d’Antonin Artaud, Le Hussard sur le toit de Jean Giono et La Mort viennoise de Christiane Singer. »][3][/tooltips], autant le Covid-19 est à l’image d’un monde dont l’imaginaire est à la fois surexcité et appauvri. C’est un peu comme si l’on était passé de l’opéra baroque aux stridences glacées de la musique contemporaine. Peut-être trouvera-t-on dans quel style rendre un jour compte de cette épidémie, comme le fit après-coup Daniel Defoe de la grande peste de Londres (Journal de l’année de la peste, 1722) qui tua environ 20 % de la population (1665). Quant à l’éventuel retour de ce fléau, nous ne craignons rien puisque les milliers de rats qui prolifèrent dans Paris-poubelle, et sans doute ailleurs dans l’Hexagone, semblent pour l’heure en excellente santé.

Monseigneur de Belsunce pendant la peste de Marseille. Peinture de Francois Gerard (1770-1837) 1834 Dim. 2,58x1,91 m Marseille, musee des Beaux Arts © photo Josse/leemage
Monseigneur de Belsunce pendant la peste de Marseille. Peinture de Francois Gerard (1770-1837) 1834 Dim. 2,58×1,91 m Marseille, musee des Beaux Arts
© photo Josse/leemage

Gouvernement: le « risque zéro » pour feuille de route

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Le Premier ministre Edouard Philippe a tenu une conférence de presse le 19 avril © Stephane Lemouton -POOL/SIPA Numéro de reportage: 00955965_000060

 


Un pays dont le gouvernement affirme que préserver la santé des citoyens « est la première préoccupation » devrait davantage nous inquiéter.


Imagine-t-on le général de Gaulle dire aux Français « prenez soin de vous » ? Que le Premier ministre ait conclu sa conférence de presse par ces mots autrefois réservés à la vie intime, en dit long sur l’évolution de notre rapport à l’État, une évolution à l’œuvre depuis longtemps, mais que l’épidémie pousse dans ses retranchements. 

Nous l’acceptons et en redemandons, l’État est aux manettes, de notre vie collective et de nos existences individuelles : pas l’État autoritaire, oppresseur, pour tout dire patriarcal, mais l’État nourricier et consolant, un État maternant, que le psychanalyste et écrivain Michel Schneider a baptisé Big Mother dès 2002. Cet État qui se manifeste moins par l’autorité que par la bonté répugne à montrer ses muscles quand cela serait nécessaire. En revanche, toute mère angoissée étant à ses heures abusive, il a la sollicitude étouffante et volontiers sermonneuse, comme le montre le zèle avec lequel policiers et gendarmes se sont mis à surveiller et punir des criminels en baskets et autres indisciplinés du confinement. 

SOS Français en détresse, j’écoute !

Puisque, comme nous l’a appris Agnès Buzyn, il n’y a plus de différence entre père et mère, disons qu’Édouard Philippe s’est montré très parental, donc un peu professoral sur les bords. Comme tous les parents, il répète pour que ça rentre – « lavez-vous les mains », « le 11 mai ne sera pas le 16 mars ». Et tel un prof soucieux de ne pas perdre le dernier de la classe, il souligne, en les redoublant, les phrases importantes : « la rentrée des classes sera progressive… La rentrée ne se fera pas en un jour ». Comme tout bon parent, nos gouvernants s’inquiètent pour nous. Olivier Véran nous a conseillé d’aller chez le psy si on se sentait mal. Le gouvernement va-t-il ouvrir une ligne « SOS Français en détresse » ? On pense à L’arrache-cœur, ce roman de Boris Vian dans lequel une mère, folle d’angoisse à force d’imaginer les dangers qui guettent ses bambins, finit par les mettre en cage. Allons-nous demander à l’État de nous mettre en cage pour nous protéger ? 

A lire aussi: Chloroquine: Sacré Raoult!

Et puis, il y a eu cet aveu : « Préserver la santé des Français est notre première préoccupation ». En conséquence, assurer la continuité de la vie de la nation est seulement la deuxième. Bien entendu, il n’y a rien de choquant à ce qu’on s’inquiète de la santé des Français. Ce qui interroge, c’est que cette préoccupation jouisse d’une primauté de principe : n’est-ce pas la marque de peuples soucieux de sortir de l’Histoire ? Si de Gaulle avait pensé que la santé est plus importante que la continuité de la vie de la nation, il n’y aurait pas eu d’appel du 18 juin. La santé n’est pas une fin en soi, mais une condition du développement individuel et collectif (même si on peut être génial et malade). 

Le risque porté disparu

Cependant, il serait injuste de reprocher au gouvernement sa sollicitude. Elle répond en effet à une demande sociale irrésistible et folle de sécurité illimitée. Selon une étude CEVIPOF/Le Monde, 44 % des Français préfèreraient moins de démocratie mais plus d’efficacité

Dimanche, pendant de longues minutes, ce titre s’est affiché sur BFM : « Écoles : peut-on rouvrir sans risque ? ». Eh bien non, on ne peut pas. Mais, sauf à vivre sous protection intégrale, donc sous perfusion, il faudra bien les ouvrir. Accessoirement, la comparaison avec les soldats qui sortaient des tranchées est un brin indécente. Du reste, il faut se demander pourquoi, à l’inverse des professeurs, les plus âgés refusent, eux, d’avoir la vie sauve au prix de l’assignation à résidence. « Laissez-nous vivre », clament-ils. Ce qui signifie aussi « laissez-nous risquer de mourir ». 

Il ne s’agit évidemment pas de laisser agir l’épidémie sans rien faire. Que nous ayons sacrifié l’économie à la santé des plus fragiles témoigne en effet de notre humanité. Que nous refusions aujourd’hui de prendre le moindre risque témoignerait de notre lâcheté : avons-nous demandé aux caissières si elles voulaient risquer leur santé ? 

Le gouvernement, pour le coup, ne nous a pas raconté de craques. Il nous a bien expliqué que nous pouvions ralentir l’épidémie, pas l’arrêter. Entretemps, nous avons dimensionné notre système hospitalier de sorte qu’il puisse accueillir tous les malades. Désormais, comme l’a rappelé Edouard Philippe, nous devons vivre avec le virus. Autrement dit, tous ceux qui ne présentent pas de facteur aggravant vont devoir courir un risque – raisonnable, pas nul. 

La peur est légitime. Mais l’histoire humaine est faite de peurs surmontées, de risques affrontés et déjoués. Qu’on soit infirmier, professeur, vendeur ou banquier, on ne peut pas aller travailler sans risque. Et on ne peut pas non plus tomber amoureux, acheter une voiture d’occasion, découvrir l’Amérique ou un vaccin contre la rage sans risque. 

Vivre tue. Ce n’est pas une raison pour arrêter. 

Big Mother: Psychopathologie de la vie politique

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Le livre, objet de première nécessité

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Site d'Amazon à Saran, près d'Orléans © PATRICK GELY/SIPA Numéro de reportage: 00956406_000020

Je n’ai pas d’actions chez Amazon, et je n’ai aucune sympathie pour ce géant de la distribution responsable de la disparition de tant de libraires. J’ai lu en son temps le livre-témoignage de Jean-Baptiste Malet, En Amazonie (2013— glaçant et significatif) racontant le système d’exploitation et de flicage mis en place par la multinationale de Jeff Bezos : le livre est vendu en ligne par l’entreprise même qu’il dénonce et qui se fiche pas mal de ce que l’on pense d’elle, tant que les bénéfices sont au rendez-vous.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Le livre, un bien superflu?

Mais le jugement tout récemment rendu par le tribunal de Nanterre, qui sous prétexte de normes sanitaires, oblige la compagnie, sous astreinte d’une amende d’1 million d’euros par infraction constatée, à ne plus vendre que des biens « de première nécessité », est consternant. Une grande victoire pour le syndicat SUD, qui lutte de toutes ses forces contre toutes les formes d’oppression — y compris ethniques : SUD est ce syndicat pas du tout raciste ni antisémite qui organisait l’année dernière un stage interdit à toutes les personnes non « racisées ». Et qui vient donc, en ces temps de confinement et de reductio ad nihilum de la vie intellectuelle, d’interdire tout approvisionnement en livres, DVD et autres produits de divertissement. Sans doute ignorent-ils, à SUD, que le divertissement est essentiel à l’homme, qui ne peut demeurer en repos entre les quatre murs de sa prison ou de sa chambre, comme l’a souligné Pascal.

Ne pas ouvrir les librairies, c’est en outre nous livrer tout crus au rayon « livres » des grandes surfaces. Qui sait si les consommateurs ne finiront pas par croire, faute de points de comparaison, que les pets imprimés de Virginie Despentes ou Christine Angot, entre les rayons « salades » et « papier-toilette », sont des littératures de premier plan ?

Ou peut-être ne savent-ils pas lire, comme l’émeutier analphabète qui, dans un célèbre poème de Hugo (« À qui la faute ? », in l’Année terrible), avait mis le feu à la bibliothèque des Tuileries — 80 000 ouvrages, quand même… Le coronavirus non seulement fait des morts, mais il anéantit les bibliothèques et les librairies, puisqu’on interdit leur fréquentation. Double peine.

Le jugement a apparemment comblé aussi la CGT, dont les adhérents amazoniens renâclaient à empaqueter des sextoys, qui ne leur paraissaient pas correspondre à la définition des fournitures essentielles en cas de confinement (ils ne doivent pas savoir que Sade, à la Bastille, s’en fabriquaient d’énormes, en cire, pour se titiller la prostate). Ils ont toujours été puritains, à gauche — déjà en son temps l’Humanité avait violemment condamné Histoire d’O, accusé de propager des perversions bourgeoises. Un prolo, ça pratique la bête à deux dos et rien d’autre, madame. Ou remettez-vous en au régime bananes…

Le problème dépasse d’ailleurs largement Amazon. Bruno Le Maire s’est déclaré personnellement favorable à …

 >>> Lire la suite sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

En Amazonie: Infiltré dans "le meilleur des mondes"

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Pologne: Duda réélu dans un fauteuil?

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Meeting du président Duda, février 2020. Authors: Czarek Sokolowski/AP/SIPA; Feature Reference: AP22429024_000001

Depuis l’automne, tous les sondages promettent au président conservateur polonais Duda un score de dictateur africain, si bien que le coronavirus est venu stopper une campagne électorale qui n’avait jamais véritablement débuté. Le scrutin sera-t-il reporté ou organisé par correspondance ?


Le coronavirus est officiellement arrivé en Pologne le 4 mars, importé par un homme de 66 ans fraîchement rentré d’Allemagne par autocar. Au bord de la Vistule, on rigole déjà de ce vieillard passé maître dans l’art d’envahir son propre pays. Alors que la Pologne se préparait à commémorer les quinze ans de la mort du pape Jean-Paul II, la réaction du gouvernement a été relativement rapide. Dès le 11 mars, décision a été prise de suspendre le fonctionnement des écoles et des universités.

La France, ce repoussoir

La France a d’ailleurs immédiatement fait figure d’exemple à ne pas suivre. L’appel halluciné d’Emmanuel Macron du 12 mars à « ne pas céder au repli nationaliste » a été perçu comme une obscène curiosité gauloise. Dès le lendemain, la Pologne annonçait la fermeture de ses frontières ferroviaires et aériennes, le rétablissement des contrôles de passeports aux frontières terrestres ainsi que la limitation de l’entrée sur le territoire national à ses ressortissants et aux travailleurs étrangers enregistrés sur son sol. Le même jour, l’état de risque épidémique était instauré, mettant ainsi entre parenthèses la vie culturelle et sportive du pays. Le 20 mars, l’état épidémique était décrété.

Depuis, les rues sont quasiment désertes. Le télétravail est généralisé tandis que seuls ouvrent les magasins alimentaires, les pharmacies et les administrations indispensables. Le confinement de la population est généralisé au moins jusqu’au 3 mai et les possibilités de sortir limitées à quelques exceptions comme aller travailler, faire ses courses ou promener son chien avec obligation de se couvrir le visage. D’après un sondage SW Research, 81 % des Polonais approuvent l’action restrictive de leur gouvernement.

A lire aussi: Gouvernement: le « risque zéro » pour feuille de route

Alors que la célébration des fêtes pascales a été compromise pour la première fois depuis la Seconde guerre mondiale, la population fait preuve d’une discipline remarquable. Dans ce pays encore ethniquement homogène, la police ne rapporte qu’un nombre infime de cas d’irrespect du confinement. Dans les cités de Varsovie, aucune attaque des forces de l’ordre par des « jeunes » n’a été rapportée. Étonnant lorsque l’on considère que les aides sociales proposées par le gouvernement polonais aux habitants des banlieues sont bien maigres en comparaison de ce que distribue généreusement son alter ego français.

Deux fois plus de respirateurs qu’en France

Alors que son système de santé a une réputation exécrable, la Pologne dispose de quelque 10 000 respirateurs, soit deux fois plus que la France, ce qui lui permet de se concentrer sur la production locale de 100 000 tests par semaine.

Le 10 avril, date du dixième anniversaire de la catastrophe aérienne de Smoleńsk ayant coûté la vie au président Lech Kaczyński ainsi qu’à une partie de l’élite du pays, le bilan de l’épidémie du Covid-19 s’élevait à 5 955 cas confirmés pour 181 décès. Plus que la pandémie elle-même, c’est l’imbroglio politique entourant l’élection présidentielle du mois prochain qui aiguise les passions médiatiques.

Il faut dire que le gouvernement de la « Droite Unie » dominé par le parti Droit et Justice, triomphalement reconduit en octobre 2019, refuse obstinément de repousser le premier tour prévu le 10 mai prochain malgré les protestations unanimes de l’opposition (de l’extrême gauche à la droite radicale) et la désapprobation de la population (qui souhaite à 77% un report du scrutin selon un sondage IBRiS en date du 30 mars). Dans un premier temps, le pouvoir a expliqué que tout allant pour le mieux dans le meilleur des mondes, il n’y avait aucune raison de modifier le calendrier électoral.

Le 28 mars, le Sejm votait cependant une première modification du code électoral permettant aux personnes de plus de 60 ans ainsi qu’aux individus placés en quarantaine de voter depuis chez eux. Le 3 avril, Jarosław Kaczyński déclarait qu’un report des élections serait « contraire à la Constitution » alors que celle-ci prévoit justement une telle possibilité en cas d’instauration de l’état d’urgence. Le 6 avril au soir, la procédure de vote par correspondance était étendue à l’ensemble des citoyens polonais et devenait la seule possibilité de participation au scrutin. Pour le parti de Jarosław Kaczyński, l’objectif est clair : il s’agit de tout faire pour que le scrutin puisse se tenir à la date prévue afin de consacrer la réélection du président Andrzej Duda.

Au secours, la crise arrive

Depuis l’automne, tous les sondages promettent en effet au locataire du palais du Belvédère un résultat de dictateur africain, si bien que le coronavirus est venu stopper une campagne électorale qui n’avait jamais véritablement débuté. Ainsi, une enquête IBRiS en date du 2 mars donnait Andrzej Duda en tête avec 41% de voix, suivi de la candidate libérale de la Plateforme Civique Małgorzata Kidawa-Błońska avec 23%, puis du candidat centriste du Parti paysan polonais Władysław Kosiniak-Kamysz avec 11%, du journaliste catholique de gauche « indépendant » (mais créé ex nihilo par l’élite médiatique) Szymon Hołownia avec 7%, du militant LGBT Robert Biedroń avec 6% et enfin du jeune nationaliste de la Confédération Krzysztof Bosak avec 5%, le tout avec 60% de participation.

Mais la direction du parti conservateur au pouvoir est pleinement consciente des potentielles conséquences politiques de la crise économique. Le « bouclier anticrise » de 212 milliards de zlotys mis en place afin de soutenir les entreprises, les travailleurs, le système de santé et les institutions financières est contesté de toutes parts, Krzysztof Bosak dénonçant une « bouée en béton » pour les petits patrons tandis que Robert Biedroń critique un dispositif « insuffisant » pour les salariés. Il est vrai que les mesures gouvernementales ne devraient pas permettre d’éviter l’enchaînement des banqueroutes et la progression du chômage. Une étude de la filiale polonaise du Crédit Agricole pronostique une augmentation massive du taux de chômage déclaré (ne prenant pas en compte le licenciement doublé d’un retour au pays massif de beaucoup de travailleurs ukrainiens) qui devrait atteindre 9,4% de la population active en juin alors qu’il n’était que de 5,5 % en février. Rien qu’au mois de mars, 58 700 entreprises polonaises avaient déjà suspendu (pour 80% d’entre elles) ou définitivement arrêté leurs activités, soit deux fois plus que l’année précédente à la même période. Un report du scrutin à l’automne ou même à l’année prochaine, alors que le virus n’aura selon toute vraisemblance pas été vaincu et que les mécontents seront nombreux, risquerait d’offrir une chance inespérée à l’opposition de reprendre des couleurs à défaut de reconquérir le pouvoir. Conscient de l’importance grandissante de la question sociale, le chef de l’Etat défend habilement les programmes d’aide aux familles et aux retraités mis en place depuis 2015 et traditionnellement attaqués par les libéraux.

Les libéraux ont dérivé à gauche

Ainsi la Plateforme Civique, principale force de l’opposition, a-t-elle très vite vu dans l’apparition du Coronavirus un cadeau béni des dieux. Le parti dirigé par Borys Budka n’a aucun intérêt à ce que l’élection puisse se tenir dans un mois et prône logiquement la proclamation de l’état de catastrophe naturelle afin de permettre le report du scrutin à l’année prochaine. L’ancienne formation de Donald Tusk, autrefois de centre-droit avant de dériver à gauche, est en effet devenue au fil des ans un simple cartel électoral rassemblant le bloc élitaire sur la seule base d’une « opposition totale » au gouvernement populiste de Droit et Justice, si besoin « avec le soutien de la rue et de l’étranger » (selon une expression prisée de la droite). Une posture qui est la principale cause de la déconfiture structurelle du parti. Autre raison directe de la débandade des libéraux, l’absence de personnalité de la candidate retenue pour concourir à l’élection présidentielle. La falote sociologue varsovienne Małgorzata Kidawa-Błońska a été envoyée au charbon par les ténors de son parti qui, à couteaux tirés les uns contre les autres, ne voulaient pas assumer la responsabilité d’une défaite jugée dès le départ inévitable. Celle qui n’a à ce jour publié aucun programme électoral se contente d’épuiser ses larmes de crocodile en évoquant les difficultés techniques et les risques de fraudes qui seraient liés à l’organisation du scrutin. Le 29 mars, la candidate de la Plateforme Civique a logiquement appelé au boycott de l’élection et annoncé la suspension de sa campagne.

Passage en force

Des signes de désunion sont cependant apparus sous le soleil radieux de la « Droite Unie ». Quelques heures avant l’enregistrement du vote par correspondance par le Sejm, le vice-Premier ministre Jarosław Gowin démissionnait de son poste sans pour autant faire sortir son petit parti Entente de la coalition gouvernementale. Pour cause, l’ancien leader de la branche conservatrice de la Plateforme Civique rallié en 2015 à la droite avait eu l’audace de proposer un compromis aux députés de la majorité et de l’opposition consistant à modifier la Constitution afin de permettre à Andrzej Duda de rester exceptionnellement aux affaires deux ans de plus (mais sans possibilité de se représenter) et d’organiser le scrutin une fois l’ordre revenu. Un crime de lèse-majesté vain mais payé comptant.

A lire aussi: Pour les Polonais, toute la France est de gauche

Il est impossible de savoir si Droit et Justice sortira vainqueur de son passage en force, ni même de savoir si l’élection sera effectivement maintenue. Les médias de droite et la télévision publique TVP appellent en tout cas quotidiennement à l’unité du peuple autour de l’État et du gouvernement tout en traquant les comportements antinationaux d’une opposition dénoncée comme irresponsable.

Un retrait conjoint ?

C’est qu’une participation plus importante que prévue pourrait définitivement achever la Plateforme civique. Les sondages les plus récents indiquent tous un creusement spectaculaire de l’écart entre le candidat présidentiel et ses concurrents sur fond de participation certes réduite mais en progression exponentielle au fur et à mesure que la perspective de la tenue du scrutin se précise. Ainsi, une nouvelle étude IBRiS en date du 7 avril annonce une victoire dès le premier tour d’Andrzej Duda avec 53% des voix, très loin devant un Władysław Kosiniak-Kamysz doublant sur le fil avec 12,5% une Małgorzata Kidawa-Błońska larguée en troisième position avec 11%. Robert Biedroń avec 7%, Szymon Hołownia avec 5% et Krzysztof Bosak avec 3% seraient largement distancés alors que la participation s’élèverait à 36%. Craignant une déconvenue fatale, les libéraux implorent désormais les autres candidats d’opposition d’organiser un retrait conjoint afin qu’Andrzej Duda se retrouve seul face à lui-même, seul moyen d’empêcher légalement la tenue de l’élection. Une stratégie évidemment non-suivie par les intéressés qui veulent voir les cartes rebattues.

Dans le doute, Droit et Justice peut de toute façon déjà compter sur une parade imparable. Le 23 mars, le célèbre brasseur de bière Marek Jakubiak a annoncé avoir rassemblé du fond de sa quarantaine les 140 000 signatures de citoyens nécessaires à l’enregistrement de sa candidature, lui qui n’avait obtenu que 3 500 voix aux législatives d’octobre 2019. Une candidature dénoncée comme fantoche par le quotidien de la gauche morale Gazeta Wyborcza, qui accuse le pouvoir d’avoir engagé tout ce que le pays compte de Biélorusses, Russes et Ukrainiens oisifs pour ficeler en un rien de temps l’affaire. Des allégations en cours de vérification par le Procureur régional de Varsovie.

Nuage de Tchernobyl: la fake news devenue mythe

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Le fameux bulletin météo du 29 avril 1986 sur Antenne 2

Contrairement à une rumeur lancée avec succès en 1986 par des militants antinucléaires, le gouvernement français n’a jamais dit que le nuage de Tchernobyl n’allait pas survoler la France. Tout au plus sa communication a été particulièrement maladroite, imprécise et désinvolte. Mais jamais trompeuse. Retour sur l’enchaînement des faits. Article paru dans le N°3 du magazine Transitions & Energies.


Dans l’imaginaire collectif, la catastrophe de Tchernobyl incarne toutes les craintes liées à l’énergie nucléaire et tous les mensonges et manipulations des dirigeants et des gouvernements. Il n’y a presque pas de différence faite entre le pouvoir soviétique, qui porte la responsabilité de la catastrophe en ayant fermé les yeux sur les défauts majeurs de ses centrales et en ayant caché la réalité de l’accident, et les gouvernements occidentaux et notamment français accusés d’avoir eux aussi dissimulé la vérité. Nucléaire et complots semblent indissociables.

La réalité des faits et de leur enchaînement est tout autre. Le gouvernement français n’a jamais dissimulé la vérité et n’a jamais dit ou même sous-entendu que le nuage radioactif n’allait pas survoler la France. Une fake news créée et relayée par des écologistes antinucléaires devenue depuis un mythe. Au point qu’il est suspect aujourd’hui de le dénoncer. Et pourtant… La communication gouvernementale en France après la catastrophe de Tchernobyl a été maladroite, tardive, floue, mais jamais trompeuse. Voilà comment les choses se sont réellement passées en avril et mai 1986.

Moscou nie

L’accident survient le 26 avril 1986. L’URSS le cache. L’opacité est totale de l’autre côté du rideau de fer. L’alerte n’est donnée que deux jours plus tard en Suède. Le pays détecte, au matin du 28 avril, un niveau de radioactivité très supérieur à la normale dans différentes régions. Des experts trouvent du graphite dans les particules radioactives et pensent immédiatement à une centrale soviétique de type RBMK qui utilise du graphite comme modérateur. Moscou, interrogé, nie d’abord… puis confirme l’accident dans la journée du 28 avril dans une dépêche laconique : elle reconnaît qu’un incident a eu lieu à Tchernobyl, en Ukraine, et assure que « toutes les mesures sont prises » pour résoudre le problème… Rien de plus. En Russie, en fait, à ce moment-là, c’est la panique pour trouver les moyens d’arrêter l’incendie à ciel ouvert du réacteur et l’envoi de particules radioactives en grande quantité dans l’atmosphère.

A lire aussi, Bertrand Alliot: Tchernobyl : tourisme au cœur du réacteur

En France, le Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI), qui dépend du ministère de la Santé, est prévenu ce même 28 avril. Des avions d’Air France décollent, équipés de filtres pour recueillir les poussières, et des moyens de mesure sont mobilisés sur une trentaine de sites.

L’apparition du Professeur Pellerin

Dans le journal télévisé de 13 heures du 29 avril, les Français découvrent celui qui deviendra le visage de l’événement : le professeur Pierre Pellerin qui dirige le SCPRI. Il expose alors les valeurs mesurées en becquerels en Suède de l’ordre de 10 Bq/mÑ, proches de la radioactivité naturelle. Il explique : « C’est une activité notable, mesurable, mais qui ne présente aucun inconvénient sur le plan de la santé publique. […] Je voudrais bien dire clairement que, même pour les Scandinaves, la santé n’est pas menacée. »

On rappelle dans les éditions suivantes que le fait que le nuage arrive ou non en France dépend de la météo. Dans un bulletin devenu célèbre, une présentatrice explique qu’un anticyclone semble alors protéger la France des vents en provenance de l’est jusqu’au 2 mai, ce qui est, au moment où elle parle, parfaitement exact.

Brigitte Simonetta déclare que l’anticyclone des Açores, qui se trouve alors au-dessus de la France, « restera jusqu’à vendredi prochain [le 2 mai] suffisamment puissant pour offrir une véritable barrière de protection » à la France. « Il bloque en effet toutes les perturbations venues de l’est », poursuit la speakerine. Sur la carte, un panneau « stop » vient même s’afficher sur la frontière franco-allemande pour illustrer cette prévision. Il s’agit d’une prévision météo à trois jours. Rien de plus.

Dès le 30 avril, la météo change et les…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Transitions & Energies <<<

Pendant la crise, le business victimaire de Rokhaya Diallo reste ouvert!

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Rokhaya Diallo le 9 octobre 2009. © BALTEL/ SIPA Numéro de reportage : 00953270_000072

Rokhaya Diallo a encore frappé. Dans une tribune destinée à TRT World, média d’État turc pro-Erdogan, elle déclare solennellement : « Le coronavirus révèle un autre virus : le privilège blanc. »


Avant d’aller plus loin et d’analyser ce qui fonde cette déclaration tonitruante, rappelons quelques hauts faits antiracistes de Dame Diallo. 

Racistes un jour, racistes toujours

Personnalité médiatique proche du Parti des Indigènes de la République d’Houria Bouteldja, Rokhaya Diallo lutte contre le racisme. De quelle manière ? En justifiant les réunions ou festivals non mixtes, c’est-à-dire sans Blancs : « Les réunions afroféministes non mixtes n’ont en aucun cas vocation à proposer un projet de société ségrégationniste définitif puisqu’elles s’inscrivent dans la temporalité d’un événement ponctuel. Elles offrent à leurs participantes une échappatoire, une zone de respiration dans une société oppressive », écrit-elle sur le site Slate.fr le 2 juin 2017. Bon. Et lorsque certains lui font remarquer que sa conception de l’antiracisme ressemble furieusement à celle du racisme, Madame Diallo retourne l’argument en citant une spécialiste de la mouvance décoloniale et anti-raciste à la mode des indigénistes, Françoise Vergès : « Ce n’est pas la non-mixité qui dérange, c’est qu’elle soit pratiquée par des femmes noires. » Racistes un jour, racistes toujours, tels sont les Blancs de ce pays qui pratique un « racisme d’État », selon elle. 

Passons rapidement sur ce racisme d’État attesté par le CAP de coiffure qui « ne sanctionne que les compétences relatives aux cheveux lisses, [et] n’inclut pas d’apprentissage obligatoire relatif aux cheveux frisés ou crépus », ainsi que par le pansement médical blanc, trop blanc aux yeux de Rokhaya Diallo, et arrivons donc à cette nouvelle démonstration de la réalité des « privilèges blancs » que la crise sanitaire que nous traversons met en évidence…

Le coup du passeport

« Les personnes bénéficiant d’un passeport privilégié découvrent ce que l’on ressent lorsqu’on est limité dans sa liberté de circulation » écrit Madame Diallo qui ne laisse d’abord que sous-entendre ce qu’est un « passeport privilégié » ; mais qui très rapidement nous éclaire : il s’agit du passeport des Européens qui n’ont « jamais eu à se soucier de ce que l’on ressent lorsqu’on n’a pas accès à un pays en raison de son pays d’origine. »

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Le Sénégal arrêtant le trafic aérien des avions en provenance de la France, de l’Italie ou de l’Espagne, les pays européens comprennent maintenant ce qu’ils font subir à tous ceux auxquels ils refusent ou rendent difficile leur accès, écrit Rokhaya Diallo à qui il a fallu « un certain temps pour digérer la réalité actuelle inversée » mais qui sort réjouie de cette indigestion momentanée. Nous voyagions aisément partout avec notre passeport français, alors que les immigrés aux peaux plus colorées avaient les plus grandes difficultés ! Voilà l’Occident puni par là où il a péché.

Confondant voyages touristiques, d’affaires ou ethnologiques, et migration de masse, elle n’hésite pas à comparer l’Occidental « considéré comme un expatrié libre et aventureux et admiré pour sa curiosité à l’égard du monde » et le « migrant » considéré, lui, comme un « fardeau » par ceux qui ne l’ont pas invité. Il semblerait bien que, pour Rokhaya Diallo, les millions de migrants qui tentent l’aventure sur le continent européen ne soient que de curieux anthropologues ayant décidé de s’intéresser d’un peu plus près à ces peuplades lointaines et occidentales. « Tristes Portiques », écrira sûrement l’un d’eux après avoir été repoussé au seuil de ces contrées sauvages et racistes.

Justice est faite

Mais, nous dit Rokhaya Diallo, justice est enfin faite : un groupe de touristes italiens a été refoulé du sol tunisien et a ainsi vécu le calvaire du migrant refoulé. Quinze autres touristes italiens ont été expulsés de Mauritanie et profiteront sûrement de cette expérience pour accueillir les prochains migrants sur les côtes italiennes les bras ouverts. Au Maroc, ce sont des Français qui ont été bloqués à l’aéroport et ont « provoqué des incidents majeurs ». 130 000 citoyens français sont bloqués hors de leur pays et « beaucoup d’entre eux se plaignent d’être rejetés par la population locale, comme des victimes de la peste », et sûrement commencent à concevoir l’enfer de ces populations qu’égoïstement nous repoussons ou parquons porte de la Chapelle.

Le passeport est un privilège lorsqu’il est occidental car il est un « “sésame ouvert” (sic) magique, tandis que d’autres mènent à des portes fermées. » Madame Diallo va un peu vite et oublie que les migrants se déplacent sans aucun passeport ou pièce d’identité qui pourrait préciser l’âge du migrant ou le pays d’origine, et que c’est ce qui rend par conséquent souvent impossible son renvoi sur la terre natale. Racistes comme jamais, nous les prenons alors en charge médicalement et financièrement à hauteur de nos capacités, lesquelles connaissent, elles, des limites.

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De plus, Rokhaya Diallo associe indirectement l’occidentalité et la blancheur de peau. Est-ce à dire qu’une personne non blanche ne peut pas être occidentale ?

Quoi qu’il en soit, cette pandémie aura au moins obligé les Blancs privilégiés à éprouver la stigmatisation et le rejet que connaissent trop souvent les touristes soudanais, érythréens et autres hommes d’affaires albanais et géorgiens ou ethnologues maliens. La notion de « migrant fluctue ». Soyons assurés, avec Madame Diallo, que les futurs déplacements massifs et désintéressés des pérégrins africains seront vus d’un tout autre œil désormais. Les futures et nombreuses migrations seront enfin vues pour ce qu’elles sont en réalité : des évènements touristiques sans plus d’incidence que ceux qui font le succès de la place Saint Marc, de la Tour de Londres, de la Médina de Marrakech ou des plages bretonnes au moment des vacances estivales.

Mort sans ordonnance

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© Soleil

Le traitement du docteur Raoult contre le Covid-19 ne fait pas l’unanimité. Mais qu’a-t-on à perdre réellement?


Peut-être qu’au moment où sera publiée cette chronique la situation aura changé. Il restera quoi qu’il en soit le souvenir d’une impéritie gravissime.

En effet, si le traitement du docteur Raoult contre le Covid-19 fonctionne, le temps perdu aura coûté de nombreuses vies.

Et s’il ne marche pas ?

J’y viens…

Je ne suis pas un sachant, je le sais…

Je ne suis pas de ceux qui critiquent ce gouvernement pour le manque de masques ou de tests. Il faudrait critiquer tous les décideurs dans ce domaine depuis le départ de Roselyne Bachelot.

Je ne suis pas de ceux qui reprochent à qui que ce soit de ne pas avoir prévu ce qui allait arriver.

Le propre d’une pandémie est d’être inattendue, violente et rapidement invasive. Sans quoi elle serait restée épidémie, contrôlée et maintenue dans son territoire d’origine.

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Le seul point sur lequel tout le monde peut se rejoindre est que personne ne sait, à ce jour (30 mars), s’il existe une ou plusieurs molécules efficaces pour lutter contre le Covid-19.

Et en l’absence de certitudes que reste-t-il pour trancher ?

La conviction personnelle ? L’instinct ? Le bon sens ?

Le pari.

Le génie de Pascal est d’abandonner toute argumentation sur le bien-fondé d’un choix (situation angoissante dans laquelle nous sommes) pour se demander ce qui serait profitable à celui qui se pose la question.

Dit de manière plus triviale : le moins mal à défaut du meilleur.

Pascal applique ce raisonnement à la question de l’existence de Dieu, tentant de prouver qu’une personne rationnelle a tout intérêt à croire en lui, qu’il existe ou non.

En effet, si Dieu n’existe pas, le croyant et le non-croyant ne perdent rien ou presque à croire.

En revanche, si Dieu existe, le croyant gagne le paradis tandis que le non-croyant est enfermé en enfer pour l’éternité.

Puisque le professeur Raoult est qualifié de gourou, voyons si nous avons intérêt à croire que son dieu Hydroxychloroquine est efficace…

Oui, si je suis malade, je veux la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

1) Elle s’avère inefficace : je ne perds rien puisqu’il n’y avait de toute façon pas d’autre traitement.

2) Elle s’avère effectivement efficace : je gagne tout. Je suis guéri.

Non, je ne veux surtout pas la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

1) Elle s’avère inefficace : je n’ai donc rien perdu.

2) Elle s’avère efficace : j’ai tout perdu. Je suis même peut-être mort…

J’entends par avance les cris indignés des sachants : les effets secondaires !

Tous les effets secondaires possibles et imaginables sont connus (et il y en a : endommagement de la rétine, problèmes cardiaques…), ils peuvent être anticipés avec les précautions adéquates, ils sont identifiés dès leur apparition et on sait parfaitement jusqu’à quel point on peut les tolérer en regard du bénéfice du traitement ou au contraire stopper le traitement qui deviendrait dangereux pour certains patients.

En leur nom, on interdit l’usage contre le Covid-19, pendant 10 jours, d’un médicament que les patients atteints de lupus absorbent quotidiennement depuis des décennies !

Il est bon de rappeler que même le Doliprane peut avoir des effets secondaires indésirables, parfois très graves comme un brusque gonflement du visage et du cou pouvant entraîner une difficulté à respirer (œdème de Quincke) ou un malaise brutal avec baisse importante de la pression artérielle (choc anaphylactique).

Vous ne me croirez pas : le Doliprane est en vente libre ! Que fait la police ?!

Puisque les sachants ne peuvent s’accorder sur ce qu’il faut sachoir, cette affaire n’est plus scientifique, mais politique.

Le propre des grands dirigeants politiques est de savoir prendre le risque de décider. La rigueur scientifique est indispensable et précieuse. En temps normal.

Mais lorsque l’avion est en feu, il n’est plus temps de distribuer des sacs avec ou sans parachute pour vérifier que c’est bien le parachute qui empêche les passagers de s’écraser au sol comme des merdes.

Or, vous avez beau leur dire, à nos sachants et gouvernants, que vous voulez ce parachute, car même s’il ne s’ouvrait pas, votre sort ne serait pas différent de ce qui vous attend si vous sautez sans lui, ils ne céderont pas. Dans votre intérêt vous dis-je…

Le bas peuple est certes ignorant, mais pas dénué d’instinct de survie.

Le choix indéfendable des responsables politiques français est de prendre le risque de laisser mourir des centaines de personnes afin de ne pas prescrire une substance dont l’effet thérapeutique n’est certes pas prouvé, mais dont les éventuels effets secondaires sont parfaitement maîtrisés.

Appliquons le pari de Pascal à leur dilemme :

Tu autorises la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

1) Ça marche : tu as tout gagné

2) Ça ne marche pas : tu as tout perdu et seras à jamais celui qui a conduit le peuple à un remède inefficace comme Fabius est associé au sang contaminé.

Tu interdis la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

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1) Ça ne marche pas : tu as tout gagné

2) Ça marche. Tu n’as rien perdu. Tu n’as fait qu’observer les règles de l’art par souci de ne pas arriver à des drames. Si ça marche, c’est un heureux hasard et tu t’en réjouis. Mais ça aurait pu ne pas marcher… Tu as potentiellement évité un drame au peuple.

Seraient-ils avant tout préoccupés par leur avenir pour ne pas oser avoir tort ?

Merci Pascal.

La rentrée du peloton aura bien lieu!

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Le peloton du Tour de France entre le Pont du Gard et Gap, en juillet 2019 © Thibault Camus/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22360736_000003

 


En septembre, le Tour de France se promènera de ville en ville 


Nous avons tous un petit vélo dans la tête qui tourne à plat. Le confinement, à défaut de renforcer notre cardio, fait pédaler notre imaginaire. Chaque soir, nous refaisons une étape de montagne, nous rêvons à ces échappées solitaires qui explosent en carte de France sur nos draps de lin blanc. Au réveil, aucune hôtesse pour nous féliciter ou nous offrir une peluche à la crinière sauvage. Les couronnes de fleurs sont mortuaires en ce moment. Nous passons des nuits agitées depuis que l’incertitude plane sur l’épreuve reine du calendrier. Car, cet été, le peloton ne passera pas dans notre ville. Dans un premier temps, nous avons dû encaisser cette mauvaise nouvelle. Des milliers de camping-caristes dépressifs pensaient même revendre leur résidence secondaire mobile, les sponsors dans le rouge se demandaient comment boucler le budget des équipes, les coureurs ruminaient des heures durant sur leur home-trainer et l’Union Cycliste Internationale jouait sa survie sportive. Le vélo sans le Tour, c’est comme un confiné sans son autorisation de se déplacer. Un mois de juillet sans la caravane publicitaire et c’est tout une nation qui vacille, nos départements qui s’effritent, nos congés payés qui ont le parfum des cahiers de vacances. 

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Notre identité s’est construite au bord des routes, l’oreille collée à la radio, l’attente sous un cagnard d’enfer, le pique-nique avec du à « l’ail » ou du salami, les bouteilles d’Orangina trop chaudes, les pronostics de pépé rappelant une anecdote de Geminiani ou de Darrigade, l’analyse scientifique d’un voisin expert en bordures, puis la délivrance enfin de voir les champions filer à la vitesse d’une mobylette sur le pas de notre porte. Ah oui, cette communion populaire marque durablement notre pays, lui donne son ossature, sa stabilité mentale aussi. Un peuple qui aime ses cyclistes, forçats du bitume, durs à la peine et au mal, rachète son âme devant n’importe quel dieu. Cette année, le Covid-19 n’aura pas la peau des Alpes, des Pyrénées, de l’arrivée sur les Champs, des cols, de la grêle, des sprints, etc… Le barnum de notre enfance s’élancera le week-end du 29-30 août de Nice puis prendra la direction de Sisteron, Orcières-Merlette, Villard-de-Lans, Mont Aigoual, il pointera sa « fable ronde » sur la façade atlantique du côté de Ré et d’Oléron, pour basculera à tribord, traversant l’Auvergne jusqu’à Champagnole, à quelques kilomètres de l’Helvétie. En septembre, nous aurons certainement les jambes en coton mais le cœur à la reconquête de notre territoire intime. J’ai hâte d’entendre l’ami Christian Laborde, poète vélocipédique et fabuleux conteur faire chanter les gloires du présent et du passé de son accent rocailleux, dans ses chroniques radio magistrales. L’Académie française devrait penser à lui, elle a déjà loupé Blondin. Je sais qu’il piétine d’impatience dans son refuge palois.

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En France, il y a le point zéro au pied de Notre-Dame, le mètre-étalon à Sèvres et le Tour pour structurer notre pensée. Souvenons-nous de ce qu’écrivait René Fallet dans L’Équipe en juillet 1967 : « Le Tour 40 n’eut pas lieu et il nous fallut attendre 1947 pour qu’un Vietto vieilli mais toujours Vietto servît de trait d’union tumultueux entre l’avant-guerre et l’après. Le Tour recommençait, cette jolie saison qui ne se brouille qu’à l’occasion des conflits mondiaux. Que ceux qui veulent sa perte y songent. Quand le Tour n’a pas lieu, les catastrophes sont à la porte ». Espérons que la crise sanitaire sera jugulée d’ici là. Nous pensons à nos frères italiens si durement touchés. Dans cette autre patrie du cyclisme, on vénère les champions, on garde en mémoire pieusement leurs noms. Je suis toujours autant ému en relisant l’article de Jean Bobet sur la mort de Fausto Coppi en 1960. L’Italie pleurait alors son idole. « Une foule silencieuse et recueillie de paysans descendus de toutes les vallées, de touristes surpris par l’affreuse nouvelle, de sportifs effondrés, amis accourus de tout le pays », ajoutant ces mots : « Je n’ai pas eu le courage enfin de présenter mes hommages à la Signora Giulia Occhini, que l’actualité a désignée sous le nom de la Dame Blanche et qui n’était en ce jour qu’une épave folle de douleur ». Le vélo, c’est ça des larmes et du sang, un spectacle aussi merveilleux qu’injuste qui met les Hommes face à leurs limites. Alors, comment ne pas être saisi, à soixante-dix ans d’écart, par cette phrase de Jacques Godet évoquant le Tour 1949 et le duel tactique entre Coppi et Bartali : « Étrange Tour de France, plus passionnant peut-être dans ses conclusions et par les problèmes qu’il pose pour l’avenir, que par son développement même ». Entre nous, quelle plus belle saison que septembre pour voir les coureurs jouer du dérailleur, vivement la rentrée !