(Ô race, ô désespoir…)
Deux quinquennats durant, vibrionnant, impuissant, dans le néant, Jupiter a singé le pouvoir, seumard comme Icare. Plouf. Blague to blague, dix ans de perdus. Le compte à rebours de la présidentielle 2027 a commencé : 300 jours, une nouvelle bataille de Verdun. Des cordelles de Barons noirs, mouches du coach, Rastignac de bac à sable, reluquent les fromages, interrogent Claude, fourbissent des slogans. Tous les naufrageurs sont sur le pont, prêts à rempiler.
Dimanche dernier, à Saint-Denis, dans les oukases, les effluves de brochettes et cannabis, ateliers « Métissage et Macramé », Jean-Luc Mélenchon a planté le décor de sa dernière farce : la « Nouvelle France ». La victoire, dans un an, passe par la bataille des médias, des idées, l’hégémonie culturelle. Annie Ernaux, intellectuelle organique, « Comtesse de c’est dur » et des « Malheurs de sophismes » arbore un keffieh palestinien. Barbusse adorait Staline, la Pasionaria normande cire les bottes du trotskyste thaumaturge. Gramsci professait un mantra emprunté à Romain Rolland : avoir le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté. Il y a bien longtemps que l’intelligence, la volonté, la culture et la pensée ont disparu, à gauche.
L’amer de toutes les batailles
Les lendemains ne chantent plus, la révolution c’est fatiguant. Le wokisme achève la social-démocratie dans le compost citoyen, l’autoflagellation, les lamentos victimaires, l’immigrationisme, le matraquage fiscal, l’impôt sur les os. Les crises de nerf, les guerres de races, de sexes, de tous contre tous, la Plenelisation des esprits, finiront par accoucher de la tyrannie. Après les Corons, le Coran. Après le « Grand soir », le « Grand remplacement » et la captation de l’électorat musulman. LFI assume une stratégie de tension permanente, de guerre civile, la libanisation du pays. Le peuple qui a compris la tartufferie, déserte la gauche et les banlieues.
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En 2027 nous n’échapperons pas à un festival de Requiem, « Messe en si d’aventure » (label Deutsche Grammophon), barrages contre le vent mauvais et nauséabond, avec effet garanti de peur sur les passants. L’Affiche noire angoisse les bobos de la rue des Martyrs. Adieu la peine et le plaisir, adieu les roses. Pasolini était lucide sur l’imposture antifasciste. « Le nouveau pouvoir se servira de vos paroles libertaires pour créer un nouveau pouvoir homologué, pour créer une nouvelle inquisition, pour créer un nouveau conformisme. Et ses clercs seront des clercs de gauche ».
Son programme est indigent mais le camp du bien ne manque, ni de soutiens, ni de relais. Les milliardaires, c’est comme le cholestérol. Il y a les mauvais, les têtes de lard, catholiques, patriotes, Pierre-Édouard Stérin, Vincent Bolloré, qui soutiennent les banquets du Canon français. Et puis, il y a les bons. Xavier Niel, Daniel Křetínský, Matthieu Pigasse, restructurent la dette du Vénézuéla, rachètent au rabais des entreprises en déconfiture, soignent leur image, financent des danseuses, Libération, Le Monde, Les Inrocks, une cour de nains bavards, contre-pitres du monde d’après. Sur France Inter, Radio Nova, des franciscains d’opérette, Augustes insoumis sous perfusion, éructent contre les clowns blancs du pouvoir. Leurs aides de géants les empêchent de voler.
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Dans l’audiovisuel public, le pluralisme politique c’est sacré : 50 % pour la gauche, 50 % contre l’extrême droite, une pieuvre tentaculaire aux mille visages : Gérald Darmanin, Éric Ciotti, Bruneau Retailleau, Philippe de Villiers, François-Xavier Bellamy, Charles Alloncle, Sarah Knafo… Ils sont partout. L’ARCOM vient d’épingler Radio France qui relaie dans ses programmes nocturnes le temps de parole accordé au Rassemblement national.
Sur 93,5 FM on cherche en vain la France, la culture et « l’esprit d’ouverture ». Après l’écroulement des humanités, l’activisme tient lieu de pensée. L’actualité, l’histoire, la littérature, la philosophie sont systématiquement politisées, décryptées dans les bourdieuseries, l’intersectionnalité et le manichéisme. Des sociologues bas de plafond, doctorantes à l’Hamas soufflent sur les braises de la colonisation et de l’esclavage, les bûchers de sorcières au XVI e siècle, la charge mentale de la femme de l’Homme de Tautavel, la précarité menstruelle de Lady Macbeth, l’invisibilisation des Kwassa-kwassa. Depuis cinquante ans, Réplique, le petit village gaulois de l’irréductible Alain Finkielkraut,fait de la résistance.
Sur la Brecht
A Stockholm, Cannes, Hollywood, dans le maquis des Espaces de création, au sommet des Marches, dans la Cour d’honneur, les lettres ouvertes, au Collège de France, sur les horizons indépassables, sur les formes scintillantes, sur les lèvres attentives, sur chaque main qui se tend, les artistes engagés, intellectuels éclairés, le camp du progrès, écrivent la liberté.
Ils combattent Landru, Hannibal Lecter, Éric Zemmour – nostalgique de la France mère des arts, des armes et des lois -, l’injuste puissance qui laisse le crime en paix et poursuit l’innocence. Ils séparent le bon grain progressiste de l’ivraie populiste. Ils éclairent, alertent, aèrent, dénoncent, le rance et les crispations. Ils luttent pour la retraite à cinquante ans, la grenouille glissante du Togo, Frida Kahlo, Andromaque et Hermione. Ils interrogent la page blanche, auscultent les corps dominés, les transfuges de classe, explorent « l’autofriction », déconstruisent les habitus, montent des ateliers d’écriture nomade dans des yourtes zéro carbone, place Colette. Ils lèchent toutes les blessures du monde, cherchent des mécènes, courent après les sponsors.
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Au creux des lits, dans les suites du Majestic (1700 euros la nuit, debout ou couchée), les rebelles du Festival de Cannes, les apparatchiks de FranceTélévision, Delphine Ernotte, Sibyle Veil font des rêves. Sifflez compagnons, dans la nuit la liberté vous écoute.
Il y avait un pays, une culture, des écrivains ; il n’y a plus rien.
« -J’avais pensé pour toi à une carrière dans les Lettres, mais évidemment, même ça demande un certain travail.
-Les Lettres ? demanda Milou méfiant.
-Écrivain. Tu écrirais des livres. Je suis sûr que tu réussirais très bien. Tu es photogénique et fils de croquemort, il n’en faut guère plus. Le reste viendrait tout seul. Naturellement, tu ferais dans la misère du peuple, l’injustice sociale, la poésie des masses, la noblesse de leurs instincts. Je t’aiderais un peu pour les commencements. J’ai pensé que tu pourrais débuter par des souvenirs d’enfance. Tu écrirais simplement, comme tu as appris. Je vois très bien des petites phrases courtes, dans le genre de celles-ci : Mon père était croque-mort. Ma mère faisait des ménages. Nous étions sept frères et sœurs. Le soir, à table, le père racontait sa journée. Tantôt, disait-il, j’ai enterré un sacré lapin. Ce cochon-là faisait au moins cent quatre-vingts livres. On riait. Il était content. Je l’admirais. Il était le maître de la vie et de la mort » (Marcel Aymé).
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