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Mort sans ordonnance


Le traitement du docteur Raoult contre le Covid-19 ne fait pas l’unanimité. Mais qu’a-t-on à perdre réellement?


Peut-être qu’au moment où sera publiée cette chronique la situation aura changé. Il restera quoi qu’il en soit le souvenir d’une impéritie gravissime.

En effet, si le traitement du docteur Raoult contre le Covid-19 fonctionne, le temps perdu aura coûté de nombreuses vies.

Et s’il ne marche pas ?

J’y viens…

Je ne suis pas un sachant, je le sais…

Je ne suis pas de ceux qui critiquent ce gouvernement pour le manque de masques ou de tests. Il faudrait critiquer tous les décideurs dans ce domaine depuis le départ de Roselyne Bachelot.

Je ne suis pas de ceux qui reprochent à qui que ce soit de ne pas avoir prévu ce qui allait arriver.

Le propre d’une pandémie est d’être inattendue, violente et rapidement invasive. Sans quoi elle serait restée épidémie, contrôlée et maintenue dans son territoire d’origine.

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Le seul point sur lequel tout le monde peut se rejoindre est que personne ne sait, à ce jour (30 mars), s’il existe une ou plusieurs molécules efficaces pour lutter contre le Covid-19.

Et en l’absence de certitudes que reste-t-il pour trancher ?

La conviction personnelle ? L’instinct ? Le bon sens ?

Le pari.

Le génie de Pascal est d’abandonner toute argumentation sur le bien-fondé d’un choix (situation angoissante dans laquelle nous sommes) pour se demander ce qui serait profitable à celui qui se pose la question.

Dit de manière plus triviale : le moins mal à défaut du meilleur.

Pascal applique ce raisonnement à la question de l’existence de Dieu, tentant de prouver qu’une personne rationnelle a tout intérêt à croire en lui, qu’il existe ou non.

En effet, si Dieu n’existe pas, le croyant et le non-croyant ne perdent rien ou presque à croire.

En revanche, si Dieu existe, le croyant gagne le paradis tandis que le non-croyant est enfermé en enfer pour l’éternité.

Puisque le professeur Raoult est qualifié de gourou, voyons si nous avons intérêt à croire que son dieu Hydroxychloroquine est efficace…

Oui, si je suis malade, je veux la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

1) Elle s’avère inefficace : je ne perds rien puisqu’il n’y avait de toute façon pas d’autre traitement.

2) Elle s’avère effectivement efficace : je gagne tout. Je suis guéri.

Non, je ne veux surtout pas la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

1) Elle s’avère inefficace : je n’ai donc rien perdu.

2) Elle s’avère efficace : j’ai tout perdu. Je suis même peut-être mort…

J’entends par avance les cris indignés des sachants : les effets secondaires !

Tous les effets secondaires possibles et imaginables sont connus (et il y en a : endommagement de la rétine, problèmes cardiaques…), ils peuvent être anticipés avec les précautions adéquates, ils sont identifiés dès leur apparition et on sait parfaitement jusqu’à quel point on peut les tolérer en regard du bénéfice du traitement ou au contraire stopper le traitement qui deviendrait dangereux pour certains patients.

En leur nom, on interdit l’usage contre le Covid-19, pendant 10 jours, d’un médicament que les patients atteints de lupus absorbent quotidiennement depuis des décennies !

Il est bon de rappeler que même le Doliprane peut avoir des effets secondaires indésirables, parfois très graves comme un brusque gonflement du visage et du cou pouvant entraîner une difficulté à respirer (œdème de Quincke) ou un malaise brutal avec baisse importante de la pression artérielle (choc anaphylactique).

Vous ne me croirez pas : le Doliprane est en vente libre ! Que fait la police ?!

Puisque les sachants ne peuvent s’accorder sur ce qu’il faut sachoir, cette affaire n’est plus scientifique, mais politique.

Le propre des grands dirigeants politiques est de savoir prendre le risque de décider. La rigueur scientifique est indispensable et précieuse. En temps normal.

Mais lorsque l’avion est en feu, il n’est plus temps de distribuer des sacs avec ou sans parachute pour vérifier que c’est bien le parachute qui empêche les passagers de s’écraser au sol comme des merdes.

Or, vous avez beau leur dire, à nos sachants et gouvernants, que vous voulez ce parachute, car même s’il ne s’ouvrait pas, votre sort ne serait pas différent de ce qui vous attend si vous sautez sans lui, ils ne céderont pas. Dans votre intérêt vous dis-je…

Le bas peuple est certes ignorant, mais pas dénué d’instinct de survie.

Le choix indéfendable des responsables politiques français est de prendre le risque de laisser mourir des centaines de personnes afin de ne pas prescrire une substance dont l’effet thérapeutique n’est certes pas prouvé, mais dont les éventuels effets secondaires sont parfaitement maîtrisés.

Appliquons le pari de Pascal à leur dilemme :

Tu autorises la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

1) Ça marche : tu as tout gagné

2) Ça ne marche pas : tu as tout perdu et seras à jamais celui qui a conduit le peuple à un remède inefficace comme Fabius est associé au sang contaminé.

Tu interdis la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

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1) Ça ne marche pas : tu as tout gagné

2) Ça marche. Tu n’as rien perdu. Tu n’as fait qu’observer les règles de l’art par souci de ne pas arriver à des drames. Si ça marche, c’est un heureux hasard et tu t’en réjouis. Mais ça aurait pu ne pas marcher… Tu as potentiellement évité un drame au peuple.

Seraient-ils avant tout préoccupés par leur avenir pour ne pas oser avoir tort ?

Merci Pascal.

La rentrée du peloton aura bien lieu!

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En septembre, le Tour de France se promènera de ville en ville 


Nous avons tous un petit vélo dans la tête qui tourne à plat. Le confinement, à défaut de renforcer notre cardio, fait pédaler notre imaginaire. Chaque soir, nous refaisons une étape de montagne, nous rêvons à ces échappées solitaires qui explosent en carte de France sur nos draps de lin blanc. Au réveil, aucune hôtesse pour nous féliciter ou nous offrir une peluche à la crinière sauvage. Les couronnes de fleurs sont mortuaires en ce moment. Nous passons des nuits agitées depuis que l’incertitude plane sur l’épreuve reine du calendrier. Car, cet été, le peloton ne passera pas dans notre ville. Dans un premier temps, nous avons dû encaisser cette mauvaise nouvelle. Des milliers de camping-caristes dépressifs pensaient même revendre leur résidence secondaire mobile, les sponsors dans le rouge se demandaient comment boucler le budget des équipes, les coureurs ruminaient des heures durant sur leur home-trainer et l’Union Cycliste Internationale jouait sa survie sportive. Le vélo sans le Tour, c’est comme un confiné sans son autorisation de se déplacer. Un mois de juillet sans la caravane publicitaire et c’est tout une nation qui vacille, nos départements qui s’effritent, nos congés payés qui ont le parfum des cahiers de vacances. 

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Notre identité s’est construite au bord des routes, l’oreille collée à la radio, l’attente sous un cagnard d’enfer, le pique-nique avec du à « l’ail » ou du salami, les bouteilles d’Orangina trop chaudes, les pronostics de pépé rappelant une anecdote de Geminiani ou de Darrigade, l’analyse scientifique d’un voisin expert en bordures, puis la délivrance enfin de voir les champions filer à la vitesse d’une mobylette sur le pas de notre porte. Ah oui, cette communion populaire marque durablement notre pays, lui donne son ossature, sa stabilité mentale aussi. Un peuple qui aime ses cyclistes, forçats du bitume, durs à la peine et au mal, rachète son âme devant n’importe quel dieu. Cette année, le Covid-19 n’aura pas la peau des Alpes, des Pyrénées, de l’arrivée sur les Champs, des cols, de la grêle, des sprints, etc… Le barnum de notre enfance s’élancera le week-end du 29-30 août de Nice puis prendra la direction de Sisteron, Orcières-Merlette, Villard-de-Lans, Mont Aigoual, il pointera sa « fable ronde » sur la façade atlantique du côté de Ré et d’Oléron, pour basculera à tribord, traversant l’Auvergne jusqu’à Champagnole, à quelques kilomètres de l’Helvétie. En septembre, nous aurons certainement les jambes en coton mais le cœur à la reconquête de notre territoire intime. J’ai hâte d’entendre l’ami Christian Laborde, poète vélocipédique et fabuleux conteur faire chanter les gloires du présent et du passé de son accent rocailleux, dans ses chroniques radio magistrales. L’Académie française devrait penser à lui, elle a déjà loupé Blondin. Je sais qu’il piétine d’impatience dans son refuge palois.

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En France, il y a le point zéro au pied de Notre-Dame, le mètre-étalon à Sèvres et le Tour pour structurer notre pensée. Souvenons-nous de ce qu’écrivait René Fallet dans L’Équipe en juillet 1967 : « Le Tour 40 n’eut pas lieu et il nous fallut attendre 1947 pour qu’un Vietto vieilli mais toujours Vietto servît de trait d’union tumultueux entre l’avant-guerre et l’après. Le Tour recommençait, cette jolie saison qui ne se brouille qu’à l’occasion des conflits mondiaux. Que ceux qui veulent sa perte y songent. Quand le Tour n’a pas lieu, les catastrophes sont à la porte ». Espérons que la crise sanitaire sera jugulée d’ici là. Nous pensons à nos frères italiens si durement touchés. Dans cette autre patrie du cyclisme, on vénère les champions, on garde en mémoire pieusement leurs noms. Je suis toujours autant ému en relisant l’article de Jean Bobet sur la mort de Fausto Coppi en 1960. L’Italie pleurait alors son idole. « Une foule silencieuse et recueillie de paysans descendus de toutes les vallées, de touristes surpris par l’affreuse nouvelle, de sportifs effondrés, amis accourus de tout le pays », ajoutant ces mots : « Je n’ai pas eu le courage enfin de présenter mes hommages à la Signora Giulia Occhini, que l’actualité a désignée sous le nom de la Dame Blanche et qui n’était en ce jour qu’une épave folle de douleur ». Le vélo, c’est ça des larmes et du sang, un spectacle aussi merveilleux qu’injuste qui met les Hommes face à leurs limites. Alors, comment ne pas être saisi, à soixante-dix ans d’écart, par cette phrase de Jacques Godet évoquant le Tour 1949 et le duel tactique entre Coppi et Bartali : « Étrange Tour de France, plus passionnant peut-être dans ses conclusions et par les problèmes qu’il pose pour l’avenir, que par son développement même ». Entre nous, quelle plus belle saison que septembre pour voir les coureurs jouer du dérailleur, vivement la rentrée !

Déconfinement: la fausse bonne idée du vélo


Edouard Philippe nous l’a rappelé hier: “la vie d’avant”, c’est pas avant longtemps. La preuve, c’est que même les Parisiens les plus réactionnaires vont devoir passer à la mobilité douce et au vélo s’ils veulent retourner travailler. C’est Anne Hidalgo qui va être contente !


Depuis l’annonce de la date de la levée progressive du confinement, prévue le 11 mai, le gouvernement d’Edouard Philippe est à la manœuvre pour mettre en place une stratégie de déconfinement dans un esprit d’anticipation qui avait largement fait défaut jusqu’à présent. Chaque ministère est tenu de plancher sur sa feuille de route pour organiser la France d’après. Ainsi, Elisabeth Borne phosphore en ce moment sur les futures mobilités coronavirus-compatibles. 

Pour ce faire, la ministre de la Transition écologique et solidaire a fait appel, lundi dernier, aux lumières de Pierre Serne, élu écologiste au Conseil régional d’Ile-de-France et président du réseau des « Villes et territoires cyclables », officine qui milite pour un développement durable éco-responsable et sans frontière… Sa mission ? Réfléchir à l’instauration d’un plan vélo post-confinement. Objectif : favoriser les déplacements à bicyclette pour désengorger des transports en commun devenus les clusters mobiles que l’on sait, le virus comptant bien séjourner encore quelque temps sur notre territoire. 

La voiture, alliée antivirus écartée

« Tout le monde s’accorde à dire qu’après l’épidémie il y aura un rejet collectif des transports en commun » constate Pierre Serne. Dans la bouche de celui qui est aussi porte-parole de Génération S, mouvement créé par l’éternel perdant du parti socialiste Benoît Hamon, cette remarque sonne bizarrement. Longtemps défendus pour leurs vertus écologiques et leur égalitarisme bienfaiteur – au point d’en occulter leur lente dégradation – les transports en commun sont donc considérés comme un repoussoir ? Il semble dorénavant que oui. Effet pervers du coronavirus: métros, bus, tramways, mais aussi covoiturage et copartage ont mauvaise presse. Tous ces moyens de transports collectifs, dont l’usage contribuait à diminuer la pollution de l’air et par ricochet à mieux faire respirer les Parisiens, se retournent en arme fatale pour la santé individuelle et nationale. La logique bien huilée (sans palme) de l’idéologie écologiste déraille, mais il n’est pas sûr que nous en soyons définitivement débarrassés.

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« Si on ne veut pas prendre le métro, le bus ou le car pour se rendre au travail par crainte de la contagion, il faudra bien qu’on puisse se déplacer » poursuit Pierre Serne en prenant bien soin d’exclure la voiture. Dans le futur Paris déconfiné, la voiture reste bannie. No pasaran. Peu importe la plongée fulgurante des ventes de véhicules neufs et l’inquiétude grandissante des constructeurs automobiles français touchés de plein fouet par les répercussions de la crise sanitaire, sans parler des millions de chômeurs potentiels. Pas question de céder au « lobby automobile ».

Aveuglé par son dogmatisme anticarbonne, l’élu écologiste ne voit pas que l’automobiliste, confiné seul dans sa voiture, ne prend ni le risque d’être contaminé ni de contaminer les autres. Espace clos, symbole ultime de la liberté individuelle de se déplacer selon notre bon vouloir, la voiture est le meilleur allié pour briser la chaine de transmission du virus tout en nous permettant de reprendre une vie normale ! Mais pour Pierre Serne, il est impossible de reconnaître que ce moyen de transport individuel reste le mode de déplacement le plus sécurisant qui soit, avec la marche à pied, sans piétiner ses convictions écologiques chevillées au corps et détricoter la politique anti voiture, menée tambour battant, par la maire sortante, Anne Hidalgo. 

Réhabiliter l’engin pollueur reviendrait à rouvrir les voies sur berges et la voie Georges Pompidou afin de fluidifier la circulation qui va, très certainement, se densifier fortement à la levée du confinement et d’éviter les futurs embouteillages monstres sur les quais supérieurs. O Sacrilège ! Hors de question. Épidémie ou pas, pour les écologistes, la voiture reste et restera diabolisée. Ennemie à tout jamais de la planète, elle sera toujours accusée d’embouteiller, de polluer et de tuer.

Tous à vélo, sans oublier la distanciation sociale !

C’est donc le vélo qui est plébiscité pour le déconfinement à Paris. La pandémie ne fait que renforcer la position écologiste sur l’usage et la circulation du vélo dans la capitale qui impulse la politique de la ville depuis le plan Vélib’ lancé sous la mandature de Bertrand Delanoë en 2007. Preuve que le monde d’après n’a rien de nouveau et que la célèbre maxime de Lampedusa « il faut que tout change pour que rien ne change » est toujours d’actualité. 

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Le vélo, ce grand protecteur de la couche d’ozone, est plus que jamais adoubé par ses thuriféraires, adeptes de la « circulation douce », selon la syntaxe choisie par notre maire sortante, papesse de la végétalisation de la Ville Lumière. Et aujourd’hui, à l’heure du coronavirus, en plus de la planète, le vélo sauverait des vies. En effet, comme l’explique Pierre Serne, il est « particulièrement adapté à la situation qu’on va vivre, à la reprise des activités. À vélo, on a une forme de distanciation sociale qui correspond à peu près à ce qui s’impose. » 

Peut-être. Mais encore faut-il que les cyclistes non propriétaires de la petite reine et donc utilisateurs de vélos en libre-service aient leurs gourdes de gel hydro alcoolique à portée de main. Rappelons que la transmission manuportée est l’un des principaux modes de contamination. Louer un Vélib’ pour se déplacer dans le Paris déconfiné ne sera donc pas sans risque. 

Mais pour la pensée écologiste, imaginer un cycliste les mains sales sur son Vélib, crachant ses poumons gravement infectés de Covid-19, et grillant priorités et feux rouges comme n’importe quel chauffard, ne va absolument pas de soi. Car un cycliste est par nature, un individu respectueux de son environnement, qui mange et respire bio et qui sauve la planète et les générations futures en pédalant, n’est-ce pas ?

Chine 1 – France 0 ?

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Jean-Yves Le Drian a convoqué l’ambassadeur de Chine la semaine passée pour des propos inconvenants, mais notre égocentrisme n’aura peut-être pas le dernier mot


Le 28 mars, l’ambassadeur de Chine, Lu Shaye, écrivait dans un billet incisif, que « les pays asiatiques, dont la Chine, ont été particulièrement performants dans leur lutte contre le Covid-19, parce qu’ils ont le sens de la collectivité et du civisme qui fait défaut aux démocraties occidentales ». Panique au Ministère des Affaires étrangères, la République blessée dans son égo, l’ambassadeur trublion convoqué par Jean-Yves Le Drian, la France ne se laisserait sermonner par des contrées où l’on mange des chauves-souris sans réagir.

« Rares sont ceux qui pèchent par discipline »

Pourtant, qui a oublié les vols de masques chirurgicaux dans nos hôpitaux? Qui a oublié que selon le secrétaire d’Etat Laurent Nuñez, « ce n’est pas une priorité que de faire respecter le confinement dans certains quartiers »? Qui n’a pas été choqué par ces centaines de badauds massés devant un supermarché de Seine-Saint-Denis le 17 mars? Qui a oublié ces hordes de Parisiens s’agglutiner dans des wagons pour s’exiler dans « les territoires » le même jour? L’incivisme qu’évoque l’ambassadeur n’a pas d’étiquette sociale. Les joggeurs qui envahissent le bitume parisien et frôlent parfois de paisibles flâneurs ne viennent pas des classes défavorisées. Dans les quartiers bobo de la capitale, certains riverains se moquent de la distanciation sociale ou autres « gestes barrière ». Et les flics n’y sont passé que deux ou trois fois depuis le 17 mars. Les faits sont donc là. « Rares sont ceux qui pèchent par discipline », nous a pourtant prévenus Maître Confucius.

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Pas de panique, nous pouvons dormir tranquilles. En pleine crise sanitaire, la Ligue des Droits de l’Homme ou autres adversaires professionnels des « mesures liberticides » restent aux aguets, prêts à pousser des cris d’orfraie à la moindre initiative qui enfreigne la « liberté de circulation». Dans cette campagne pour nos libertés, ils ont trouvé de nouveaux chevaliers. Élisabeth Lévy s’est interrogée: « Sommes-nous prêts à tout sacrifier pour échapper au risque du Covid? ». Et même le très bonapartiste Eric Zemmour, celui qui d’ordinaire fustige le progressisme, ce « millénarisme qui fait de l’individu un Dieu, et de nos volontés jusqu’au caprice, un droit sacré et divin» [tooltips content= »Discours de la Convention de la Droite, 28 septembre 2019″](1)[/tooltips], s’érige désormais en héraut de la défense des libertés individuelles et fait la guerre au confinement. Quelle mouche les a donc piqués?

L’universalisme a ses frontières

Ces fourbes de Chinois auraient menti sur les chiffres. Voilà de quoi nous soulager. 5 000 morts dans un pays de 1,4 milliard d’habitants, cela serait de la toute petite bière. Faisons donc une hypothèse, allons-y franchement : 200 000 morts. Cela donne un Chinois sur 7000 qui aurait rendu son âme. Prenons maintenant la France, ses 67 millions de veinards et ses 20 000 morts. Je ne voudrais pas nous inquiéter, mais cela fait un Français sur 3 350 qui a rendu l’âme. On peut jaser tant qu’on veut sur la noblesse de notre démocratie face aux régimes autoritaires, on peut continuer à estimer que notre modèle hérité des Lumières est le meilleur au monde, le fait est que face à un minuscule virus, ce modèle dont nous sommes si fiers pèse une plume.

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Et que l’on se rassure, notre France ne prend pas du tout le chemin d’une dictature. Que ceux qui prétendent le contraire aillent faire un tour aux Philippines ou en Ouzbékistan pour s’en convaincre! 

Mais il s’agirait d’admettre enfin, bien que ça me fasse mal au cœur de l’écrire, que la France n’est plus le phare du monde. L’ambassadeur de Chine n’a fait qu’appuyer là où ça fait mal. La réaction quasi épidermique du Ministère des Affaires étrangères révèle l’angoisse d’un pays qui fustige les autres – en l’occurrence la Chine – parce qu’il ne sait même plus où il veut aller. Comme l’a dit l’éclairé Hubert Védrine sur les ondes de France Culture[tooltips content= »Emission A voix nue, épisode 5, vendredi 17 avril 2020″](2)[/tooltips], « c’est très bien l’universalisme, c’est bien d’avoir des idées qui dépassent le petit groupe auquel vous appartenez ; mais si l’univers tout entier ne le considère pas comme universel, c’est qu’il y a un bug dans le raisonnement ».

Le manque de civisme pointé par l’importun Lu Shaye en témoigne: c’est peut-être déplorable, mais notre modèle hérité des Lumières ne fait pas l’unanimité. Je ne suis même pas sûr que le milliard et demi de Chinois aimerait vivre en France par les temps présents. Depuis trop d’années, notre narcissisme nous a fait croire que nous étions invincibles. Il n’en est rien. « Que ferons-nous de cette épreuve ? », s’est interrogé l’écrivain Sylvain Tesson dans les colonnes du Figaro. Remettre en question notre égocentrisme serait un bon début. 

Mea culpa


Ma guerre en short. La chronique de Cyril Bennasar.


Je découvre dans les commentaires qui accompagnent un de mes articles que j’ai blessé des gens par l’utilisation des termes « marginaux déviants » pour désigner des homosexuels. On me menace d’un procès pour injure homophobe. Pour la justice, ce n’est pas l’auteur qui est responsable mais le directeur de la publication. Ce n’est donc pas moi qui serai mis en difficulté en cas de condamnation mais le journal. L’écriture n’est pour moi qu’un violon d’Ingres et c’est autrement que je gagne ma vie. Même si la justice me déclare coupable, j’aurai encore des clients et du travail.

Ce ne sont donc pas mes intérêts que je défends ici, mais mon honneur en faisant mon mea culpa. 

Laissez-moi l’islamophobie

C’est un malentendu. Devant cette accusation, je suis plutôt démuni. Je m’attendais à être un jour accusé d’islamophobie pour d’autres écrits, ce qui ne m’aurait pas chagriné car je tiens l’islamophobie pour un humanisme. Mais je me sens si loin de l’homophobie que je reste un peu sans défense. Toujours est-il que l’injure n’était pas mon intention mais j’ai été blessant, alors je plaide coupable. 

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Dans cette partie de l’article, je ne me moquais pas de tous les homosexuels mais des militants qui s’activent pour que changent les normes, et qui y parviennent dans un lieu particulièrement sensible : l’école. Je ne me moquais même pas de l’homoparentalité mais des homos parents qui veulent nous faire dire que leurs enfants ont deux papas ou deux mamans. C’est sans doute mon agacement de voir partout des minorités bruyantes qui gonflent des majorités silencieuses avec des mensonges politiquement corrects qui a fait que je n’ai peut-être pas bien pesé mes mots. Même si objectivement, les termes peuvent convenir puisqu’il y a une marge et une norme et que la déviation est la voie de ceux qui ne prennent pas les sentiers battus ; manifestement ils ont heurté des lecteurs de bonne volonté qui m’ont adressé des remarques justes et sincères, j’ai été touché et j’en suis embarrassé. Je ne m’attendais pas à cet embarras, je serai plus attentif dans le choix de mes expressions à présent. 

Provoquer est toujours tentant

La tentation est constante, lorsqu’on écrit aujourd’hui, d’afficher par le langage une forme d’insoumission au politiquement correct. Plutôt bravache que soumis, c’est ce réflexe qui nous pousse parfois à aller un peu trop loin. Ce que les mots doivent atteindre et peuvent bousculer, ce sont des idées, des postures, des interdits, des mensonges, des emprises, des intimidations, des dominations, ou des personnes qui en usent, pas des personnes pour ce qu’elles sont. Moi qui caressais l’espoir qu’une tribune au tribunal pour une juste cause sonnerait mon quart d’heure de gloire, je me retrouverais un peu con si je dois y aller pour y répondre d’homophobie entre un rappeur récidiviste et un catho intégriste. Alors je demande pardon.

Lire la chronique précédente: La bataille de Grigny

Covid-19: Bolsonaro condamné au confinement


Bains de foule, entêtement à contredire le discours majoritaire médiatique et gouvernemental… Jair Bolsonaro voit sa stratégie anti-système perdre de la vitesse. Le gouvernement est déchiré.


Lorsque la pandémie a touché son pays à la fin février dernier, le président brésilien a fait un pari. Convaincu que la circulation du virus et ses dégâts seraient limités, il a parlé d’une petite grippe et accusé d’hystérie les élus, la presse, les médecins qui prenaient la chose au sérieux. Les gouverneurs des Etats ont pris rapidement des mesures de confinement généralisé, fermé les commerces et les écoles, limité le transport. Le chef de l’Etat a dénoncé des initiatives insensées conduisant à un désastre économique et social. Pendant des semaines, il s’est acharné à contredire son ministre de la Santé, un médecin entré en politique, qui a très tôt préconisé une stricte quarantaine pour toute la population. Selon Bolsonaro, cette quarantaine devait être réservée aux vieux, seules personnes menacées par ce virus trop médiatisé. Méprisant les médecins, la science, l’OMS, le président a prétendu être le défenseur des pauvres, des millions d’habitants des favelas qui vivent de petits boulots, d’emplois au noir et perdent leur gagne-pain avec le confinement. Régulièrement, il a transgressé les règles élémentaires de prudence en improvisant des sorties, en multipliant les bains de foules, en encourageant les selfies.

Jair Bolsonaro a cru que la progression du nombre des victimes létales resterait indéfiniment une donnée statistique abstraite pour ses sympathisants…

Cette posture relevait d’un calcul politique cynique et sordide. Au lieu d’en appeler à l’union sacrée contre le virus, l’ancien militaire a poursuivi sa croisade contre le système, les institutions, l’establishment et l’élite. Il espérait ainsi renforcer sa clientèle politique.

Jair Bolsonaro (gauche) et son ministre de la Santé, le 18 mars 2020 à Brasilia © Andre Borges/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22439649_000008
Jair Bolsonaro (gauche) et son ministre de la Santé, le 18 mars 2020 à Brasilia © Andre Borges/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22439649_000008

L’épidémie progresse

Le pari était très risqué. Le capital de sympathie du président s’affaiblit. Un sondage de début avril indique que 9,8 millions d’électeurs (17%) sur les 57,8 millions qui lui avaient donné leurs voix en 2018 regrettent leur choix. Des analyses de l’activité sur les réseaux sociaux ont aussi attesté d’un recul de l’audience et de la popularité de Bolsonaro. Ces études révèlent encore que les admirateurs restés fidèles appartiennent aux classes les plus pauvres vivant à la périphérie des mégapoles, où l’influence des églises pentecôtistes est très forte. Convaincu que ces masses très religieuses n’accordaient guère d’importance à l’épidémie perçue comme une fatalité (un châtiment divin) et voulaient travailler à tout prix, le président a redoublé la mise. Il a cru que la progression du nombre des victimes létales resterait indéfiniment une donnée statistique abstraite pour ses sympathisants. Il fallait que les masses des banlieues puissent continuer à courir après leur gagne-pain. Sûr d’être en phase avec son vivier électoral, Bolsonaro n’a pas cessé d’attaquer les gouverneurs, les élus, les magistrats de la Cour Suprême, le ministre de la Santé et tous les soignants qui se mobilisaient pour freiner le Covid-19.

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L’épidémie progresse vite. Au 15 avril, officiellement, on dénombrait 25 262 cas et 1532 décès (contre 5717 et 201 en début de mois). En réalité, le nombre des personnes infectées dépassait alors 316 000 et celui des victimes létales était bien plus élevé. Les tests sont en effet très limités. De nombreux malades non identifiés meurent loin des hôpitaux ou ne peuvent plus y être pris en charge. Le Brésil pourrait déplorer 280 000 morts du Covid-19 avant juillet. Le coronavirus devient une réalité concrète angoissante et obsédante dans les grandes métropoles et leurs périphéries. Les cortèges funèbres et les fosses communes n’envahissent pas encore les rues et les écrans mais ce n’est qu’une question de temps. Ceux qui souffrent depuis des semaines de la dégradation brutale de conditions de vie déjà précaires commencent à reprocher au président ne n’avoir pas tout fait pour protéger la vie de leurs proches. L’avancée du virus est encore très loin d’être contenue. Le président ne contribue guère à faciliter un confinement efficace. 

Ce n’est pas encore l’hallali mais…

Pour Bolsonaro, ce n’est pas encore l’hallali (qui viendra probablement une fois passé le pire de la crise sanitaire) mais c’est déjà un confinement politique. Le gouvernement est déchiré. Il attend la démission d’un ministre de la Santé qui s’épuise à faire comprendre à demi-mot que son chef déraille. Ce dernier est considéré par la grande majorité des parlementaires comme un irresponsable. Déjà crispées avant l’épidémie, les relations entre l’exécutif et le Congrès sont devenues exécrables. Les Juges de la Cour suprême ont pris leurs distances avec le pourfendeur des mesures de confinement. La crise ouverte entre les gouverneurs et le président n’a aucun précédent historique. Les militaires ont tenté (sans succès) depuis des semaines de contrôler la parole présidentielle. Très présents au sein du gouvernement (8 ministres sur 22, plus de 1000 officiers occupant des postes de confiance dans les cabinets et la haute administration), les représentants de l’armée ne sont pas des partisans enthousiastes du confinement systématique. Ils craignent que les révoltes de la faim qui pourraient éclater dans les banlieues condamnées à la misère. Ils savent aussi qu’à l’issue de la crise sanitaire l’autorité du président qu’ils soutiennent encore aura été extrêmement affaiblie. 

Pour l’opinion, Bolsonaro sera responsable du bilan de la pandémie, de la récession et du chômage de masse qui commencent. Ce confiné politique ne pourra plus agir. Anticipant la situation, des opposants réclament une procédure de destitution. Le comportement et le discours irresponsable du président face à la progression de la pandémie et de la tragédie humaine annoncée constituent un motif largement suffisant. Le Congrès (qui devrait engager le processus) et l’opinion publique ne sont pourtant pas prêts. La population brésilienne est fatiguée par des années d’une crise politique que la présidence Bolsonaro a aggravée alors qu’elle était censée y mettre fin. Les parlementaires craignent aussi qu’en écartant le chef de l’État du pouvoir ils le transforment en martyr, requinquant ainsi les 25% de Brésiliens résolus et fanatisés qui restent bolsonaristes. 

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Si le chef de l’Etat ne se résigne pas enfin à gouverner, à rétablir un minimum de dialogue avec les autres institutions, les militaires devront choisir entre deux options. La première sera de « conseiller » fermement au président de se retirer, d’abandonner de lui-même son poste. Le général Hamilton Mourão, vice-président, pourrait alors assumer la tête de l’exécutif jusqu’à la fin du mandat. L’autre option pourrait être de contraindre Bolsonaro à accepter une tutelle, de réduire ses prérogatives, de le confiner à une simple fonction symbolique. Cette seconde option est préférable. Pour qu’une nouvelle phase aigüe de crise politique ne vienne pas s’ajouter à la dépression économique et au cataclysme social qui se préparent, il vaut mieux que Bolsonaro reste à Brasilia jusqu’en fin 2022, qu’il puisse se porter à nouveau candidat et qu’il perde son poste au terme d’une élection claire et transparente. Il faut que le pyromane de la crise sanitaire en cours soit désavoué dans deux ans par une large part de l’électorat qui lui a fait confiance en 2018.

Brésil, les illusions perdues: Du naufrage au redressement

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Paul Celan au creux des nuages

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L’actuelle pandémie nous privera d’une commémoration internationale in situ du soixante-quinzième anniversaire de la fin de la deuxième guerre mondiale. Faut-il y voir le signe de notre détestable insuffisance de maîtrise, à la même échelle mondiale, de la cruauté humaine depuis trois quarts de siècles ? La Shoah marqua de son sceau atroce ce conflit à nul autre pareil, en raison de l’obsession nazie de sélectionner un peuple et d’autres minorités pour les exterminer. Vladimir Jankélévitch avait raison de dénoncer, dans L’imprescriptible, « le monstrueux chef-d’œuvre de la haine. » La poursuite insensée dans le temps des exactions de l’homme contre l’homme fut envisagée comme prégnante et durable, au point que René Cassin, ancien juriste de la France Libre, insista en 1948 pour qualifier d’universelle, c’est-à-dire valable en tous temps et en tous territoires sans exception, la nouvelle Déclaration des droits rédigée après « les actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité. »  

L’actuelle et nécessaire lutte contre le virus mortel nous empêchera également, dans quelques jours, de commémorer le génocide arménien qui, voici cent cinq années, conduisit à la destruction tout aussi barbare et violente d’un autre peuple, dans le silence des nations. À l’aube du génocide juif et pour en imposer la réalisation, Hitler avait eu cette phrase atroce : « Qui se souvient des Arméniens ? » En ce mois d’avril 2020 est également escamoté l’anniversaire de la libération du camp de Buchenwald. Jorge Semprun, qui y fut déporté, relate dans L’Écriture ou la vie, comment il entendit s’élever un Kaddish d’un monticule de cadavres décharnés, entassés à proximité du baraquement qu’il quittait pour toujours. Accompagné par un autre détenu du camp, un Juif hongrois survivant, ils parvinrent à extraire le mourant qui prononçait la prière de sanctification. Malheureusement, ce fut trop tard ; le dernier souffle de vie venait de quitter le récitant agonisant.

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Aujourd’hui, les victimes les plus gravement touchées par le Covid-19 semblent appartenir à un seul peuple luttant pour son oxygène. Lors d’une conférence intervenant à la Sorbonne voici trente ans et intitulée Mal et modernité : le travail de l’histoire, Jorge Semprun rappelle qu’une guerre des gaz (1939-1945) a été précédée d’une autre (1914-1918), et affirme que nous suffoquerons de la privation d’air qui, « un jour indéterminé encore, nous coupera le souffle. » Deux années plus tard, dans une autre conférence prononcée à Vienne peu de temps avant le référendum sur le Traité de Maastricht, Semprun cite Edmund Husserl. Celui-ci alertait, en mai 1935 et depuis la capitale autrichienne, les nations à nouveau impassibles : « La crise de l’existence européenne ne peut avoir que deux issues. Ou bien le déclin de l’Europe devenue étrangère à son propre sens relationnel de la vie, la chute dans la haine spirituelle et la barbarie ; ou bien la renaissance de l’Europe à partir de l’esprit de philosophie, grâce à un héroïsme de la raison (…) »

Semprun sait que si le philosophe émet les hypothèses, « seuls les poètes sont capables de nous annoncer les catastrophes que produit la barbarie, de les décrire, puis de les perpétuer ensuite dans leur mémoire. » Il fait référence à Paul Celan qui a élevé, dès 1945, un monument ineffaçable aux millions de victimes des chambres à gaz vomissant l’atroce gaz Zyklon B (dont nul n’est jamais sorti vivant), et dont les corps furent ensuite brûlés dans les fours crématoires. Déporté roumain dont les parents moururent dans un camp de Transnistrie, le poète composa Fugue de mort, en hommage à celles et ceux qui, privés de sépulture par le crime nazi, ont « une tombe au creux des nuages. » Ce vers revient de manière permanente dans les différentes conférences que Semprun donne à travers l’Europe, à partir des années 80, au point qu’il en fait le titre du recueil qui rassemble ses textes sur le devenir de la Communauté, puis de l’Union. L’Europe est devenu « un espace tragique mais éclairant. » Revenant pour la première fois à Buchenwald, presqu’un demi-siècle après la fin de la deuxième guerre mondiale, Semprun se remémore sur l’Appellplatz traversée par le vent froid les vers de Celan qu’il traduit ainsi : « Nous creusons une tombe dans les airs/on n’y est pas couché à l’étroit. » 

Paul Celan, qui avait choisi d’écrire en allemand pour universaliser son combat contre l’oubli, avait un prénom hébraïque : Pessa’h, mot qui désigne la Pâque juive. Cette solennité est immédiatement suivie d’un compte de cinquante jours, le Omer, symbolisant la remontée progressive, par degrés, vers une vie de Liberté après l’esclavage. Voici précisément cinquante ans, peut-être dans la nuit du 20 au 21 avril, alors que le compte du Omer débutait, Paul Celan choisit de se donner la mort en se jetant dans la Seine, à proximité du Pont Mirabeau. Cette étendue d’eau ne s’est pas ouverte, contrairement à la Mer des joncs, mais le poète savait que son engloutissement revêtirait la forme de transcendance à laquelle il aspirait : « Tu sais/ seul ce que je t’ai confié en silence/ nous élève dans la profondeur. » Paul Celan, qui était dans sa cinquantième année de vie, possèdait la certitude qu’« En haut,/les voyageurs/demeurent/inaudibles. »

Roland Jaccard: « L’Exil intérieur » était-il un livre d’anticipation ?

Meurtri parce qu’ « il n’y a qu’une poignée d’humains », Paul Celan eut le besoin impérieux de sortir de l’étroitesse, lui qui voulait « élargir l’art » pour rendre supportables les jours après la Shoah. Il nous a légué une œuvre poétique majeure, avant de rejoindre les suppliciés montés au ciel « Avec tout ce qui en cela possède de l’espace,/et même sans la /parole. » Celan a su, selon la formulation de Semprun, comprendre « l’immensité de la mémoire historique, constamment menacée d’un oubli inadmissible. » Désormais, la forêt de Buchenwald a envahi ce qu’on nommait le petit camp de quarantaine, et recouvre les cadavres sans nom. Aujourd’hui, les victimes de la pandémie sont enterrées ou incinérées dans la froide chaîne de la mort démultipliée, sans les familles réunies.

Semprun rappelle que Celan a, par son œuvre sans équivalent, permis le travail de deuil, « indispensable à l’élaboration des principes d’un avenir qui nous permette d’éviter les erreurs du passé. »  Le recueil du poète intitulé Atemwende fait directement référence au souffle, et plus précisément à l’apnée transitoire qui suspend la respiration. Nous avons aujourd’hui besoin, alors que dans la souffrance de l’asphyxie brutale meurent les victimes de la pandémie, de cette renverse du souffle, qui est la formulation française d’Attemwende retenue par son traducteur Jean-Pierre Lefebvre. C’est le pneuma, à la fois souffle et esprit, qui peut ouvrir la voie nous détournant des incohérences passées. Paul Celan nous y invite collectivement : « Un et Infini,/ anéantis,/ disaient Je.// Lumière fut. Sauvetage. »

Choix de poèmes

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Renverse du souffle

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Christophe, extérieur nuit

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Une rencontre, à Gordes. Pascal Louvrier se souvient.


Je ne parlerai pas de Christophe enchanteur de nos nuits de débine, de son génie de compositeur, de cette façon inimitable de mettre en scène ses plus beaux textes. Je voudrais me souvenir d’un concert en plein air, l’été à Gordes, dans la chaleur du crépuscule grandiose.

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Christophe a chanté pendant trois heures. Entre deux chansons, il a pris un tabouret, s’est assis et a bu un whisky. Il a parlé de tout, de rien, du miel qu’il achetait chez des potes, des gens simples, vrais, authentiques qui aiment la terre ; il a parlé de son éditeur qui attendait depuis des années son autobiographie ; Il n’avait pas le temps, c’était trop long ; alors il avait décidé de transformer ce livre improbable en one man show, où il raconterait les grands moments de sa vie en soie et Ferrari. Il a parlé, comme on parle au bistrot du coin, mains posées sur le zinc, face au miroir. Il était heureux d’être là, avec nous, pas timide du tout, pas cabot, avec plein d’humour, de délicatesse, de mots doux. Puis il a chanté encore et encore. 

Je suis allé le voir avec mon amie dans sa loge improvisée. On a bavardé, avec une coupe de champagne, dandy toujours. Il portait une marinière, le même modèle que celui de Bardot dans Le Mépris. La classe. Il a demandé le prénom de ma compagne. « Ah Véronique, c’est drôle, c’est le prénom de ma femme. » Il a souri, de ce regard qui veut la fête, les femmes, la dolce vita.

A lire aussi, Jérôme Leroy: Notes prises en revoyant « Le Mépris »

Puis on s’est quittés. Il rejoignait son bateau ancré dans un port de la Méditerranée. On s’est promis de se revoir à Paris. Le lendemain, il m’envoyait une photo de sa cabine, « en direct » de La Giscle. Il y avait deux roses rouges dans un petit vase posé près d’une enceinte. Esthète magnifique dans son bateau ivre, prêt à appareiller pour de nouvelles aventures artistiques et singulières, comme Ulysse, sur la mer bleue. On ne s’est jamais revus. Je suis triste, pour ne pas dire plus. Je pense à toi, à tes silences dans tes bottes mexicaines, à ton putain de vélo noir tout chromé que tu m’as laissé sur l’île de Ré et qui était un peu trop petit pour moi… Je ne pense plus. J’écoute ta voix pleine de grâce.

Tu ne mourras pas, tu es un poète. Mais notre monde, oui. Tu l’avais du reste prédit :

«  Dandy un peu maudit, un peu vieilli,
Dans ce luxe qui s’effondre »

Nous sommes des marionnettes sans fil.

Le professeur Raoult a compris Paul Feyerabend

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Le billet du vaurien


Deux mots d’abord, et peut-être un peu plus, pour préciser qui est Paul Feyerabend. Né à Vienne en 1924 et décédé en 1994 dans le canton de Vaud en Suisse, il est considéré, à l’instar de Karl Popper dont il fut l’élève et de Ludwig Wittgenstein, comme l’un des plus grands philosophes des sciences du vingtième siècle. Son livre : Contre la méthode, esquisse d’une théorie anarchiste de la connaissance (1975) est un classique, de même que : Adieu La Raison ou La tyrannie de la science. Il enseigna à Berkeley et prit la nationalité américaine, avant de se retirer en Suisse. Quand je travaillais au Monde, c’est Emmanuel Todd qui me l’avait fait découvrir. Cela tombait d’autant mieux que je m’étais déjà passionné pour le livre de Thomas Kuhn : La structure des révolutions scientifiques parus en 1962, époque où j’étais encore très sérieux.

Méfiez-vous de la science…

Les liens entre Thomas Kuhn et Paul Feyerabend sont évidents : pour eux, la science n’est scientifique qu’en apparence, enfermée qu’elle est dans son jargon et son logicisme, sans omettre les luttes de pouvoir qui s’exercent pour la contrôler et la manipuler. Dans ce qu’elle a de plus fécond, elle relève plus de l’art que d’une méthode prétendument expérimentale. Pour Feyerabend, le seul principe qui vaut est «  Tout est bon ». Telle serait la devise de l’anarchisme épistémologique. Ajoutons qu’à ses yeux il n’y a pas d’idée si ancienne et absurde soit-elle, qui ne soit capable de faire progresser nos connaissances.

Et, sur ce plan, vous pressentez la proximité qu’il y a entre le Professeur Raoult et Paul Feyerabend. Nous sommes en présence de deux dadaïstes de l’épistémologie, ce dont il faut se féliciter, car ils ne sont pas si nombreux nos « experts » et nos éminents professeurs de médecine à avoir lu Paul Feyerabend, à supposer qu’ils aient même jamais entendu parler de lui. Ce qui n’est pas le cas du Professeur Raoult qui a reconnu combien Paul Feyerabend a été et reste une référence inspirante dans ses recherches. On peut supposer et même espérer que le Président Macron qui se pique de philosophie l’a étudié, ce qui expliquerait son intérêt passionné pour la démarche du Professeur Raoult. Ce que ce dernier a également retenu de Feyerabend, c’est la nécessité d’instaurer un débat public pour faire avancer ses idées plutôt que de rester prisonnier de méthodologies qui servent plus à bâillonner les connaissances qu’à les faire progresser. Il n’est pas si fréquent qu’un médecin et scientifique de carrure internationale, Français de surcroît, se réfère à un philosophe qui occupe une place de premier plan dans l’histoire des idées. On souhaiterait que cela soit plus répandu et que ceux qui traitent le Professeur Raoult de guignol ou de gourou la ramènent un peu moins et, qui sait, élèvent le débat au niveau où Feyerabend et Thomas Kuhn avant lui, sans omettre Popper et Wittgenstein, ont révolutionné l’épistémologie des sciences.

Et si on lisait des acteurs?

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Les biographies de comédiens, un genre sous-estimé


Après plus d’un mois de confinement, on se risque sur les bizarreries des bibliothèques. Les nouveautés en librairie ne pointeront pas leurs couvertures avant plusieurs semaines. Cette année, les Prix d’Automne risquent de passer leur tour. L’édition est au point mort. Alors, les critiques déploient des trésors d’imagination pour dénicher dans leurs rayonnages des romans forts et puissants, capables de saisir le chaos du présent et, en même temps, ouvrir des perspectives raisonnables d’avenir. Après le livre-médicament vendu par des coachs en spiritualité (ex-courtiers en bourse), nous allons avoir droit à une flopée d’essais sur le monde d’après par les mêmes qui ont bâti, pierre après pierre, ce système brinquebalant. La dignité n’étouffera jamais les auteurs à succès. Attendez-vous à des mea-culpa larmoyants, des « plus jamais ça » en chœur, des exercices de componction aussi remuants qu’un manège de la Foire du Trône. Ce sera le « Grand Huit » de la démagogie pour revenir à la case départ ! Le doute ne les atteint pas. Ils sont immunisés contre la décence. Mes confrères érudits, en manque de munitions hebdomadaires, cherchent désespérément des ouvrages de référence. En période de crise sanitaire, les plaisantins n’ont pas bonne presse. Un critique littéraire a des responsabilités sur l’élévation morale de ses lecteurs. Le sérieux est gage de sincérité. 

Les beaux menteurs

Chacun y va donc de sa culture, il n’est pas question de passer pour un imbécile, on cuisine Camus à toutes les sauces, Cioran tient la corde auprès des réfractaires, Muray a ses fidèles réjouis, les futuristes italiens font une percée dans certains milieux inhospitaliers, les morales de La Fontaine et de Le Clézio rassurent les lanceurs d’alerte, amis de la Terre. Le corps enseignant fait bloc autour d’Érik Orsenna et Virginie Despentes. Et si les slameurs humanistes avaient la réponse à toutes nos questions existentielles ? La littérature, c’est comme le salon de l’Auto, il en faut pour tous les goûts. Comment expliquer cette attirance pour les gloutons SUV face au désintérêt idéologique pour les petits roadsters légers et frissonnants ? La police de la pensée veille à l’expansion du plaisir. Souffrons-ensemble est le mot d’ordre de nos élites actuelles ! Ce confinement ne me porte pas vers des livres exigeants ou accablants, mais plutôt vers ces étrangetés qui végètent dans les caisses des bouquinistes. Ces témoignages d’acteurs disparus en bordure de Seine, biographies de seconds rôles épatants à prix cassé, ces traces du passé ont tendance à calmer mes angoisses. Je me dis que le cinéma d’avant savait se tenir. 

A lire aussi: « Léon Morin, prêtre », un film de Jean-Pierre Melville

Les comédiens n’étaient pas des quémandeurs en smoking, ils avaient une conscience professionnelle. On estime toujours les gens qui ont honoré leur métier. On se sent même redevable d’eux. Quand je relis les premières lignes de Profession : menteur de François Périer aux éditions Le Pré aux Clercs paru en 1990, je jubile : « Dès l’enfance, j’ai eu le goût du mensonge. Du beau mensonge. Vocation, appel du destin… ». Je repense à lui dans Mariage d’amour, Bobosse, L’Amant de cinq jours, Week-end à Zuydcoote, Le Samouraï, L’Attentat, La Guerre des polices, etc… Je reprends mon souffle en empoignant l’autobiographie de Peter Ustinov Cher moi parue chez Stock en 1978. Un livre à la démesure du bonhomme, vorace, explosant les coutures, magistral, génial quand cet adjectif n’était pas mis à la portée de n’importe quel « chien coiffé », expression préférée de mon père pour qualifier les emmerdeurs et prétentieux patentés. Ustinov se confiait sur son art : « Je suis habitué aux critiques, je m’y attends et je pense que je suis à présent assez sûr de mon goût pour en faire fi, même si elles me restent sur le cœur. Nul artiste ne peut plaire à tout le monde et tout le temps. Il y a des moments où il doit nager à contre-courant, afin de progresser, d’évoluer ». Contrairement aux garçons de mon âge, j’aime les actrices fanées des années 1960, je ne me lasse pas de compulser les photos présentes dans le cahier intérieur de Martine Carol ou la vie de Martine Chérie, biographie écrite par Georges Debot aux éditions France Empire en 1979, douze ans après la mort de l’actrice. Sur une double page, sourire de faïence et seins conquérants, Martine nous présentait ses quatre maris à la parade : Steve Crane, Christian-Jaque, le docteur Rouveix et Mike Eland. Pourquoi les filles tristes nous touchent-elles plus que les autres ? J’ai une affection particulière pour Dany Carrel qui s’était livrée dans L’Annamite chez Robert Laffont en 1991. 

Je n’ai pas oublié Dany Carrel

On oublie trop souvent cette belle indochinoise, son jeu ample, émouvante aux larmes sans aucun artifice. La quatrième de couverture nous remettait les idées en place : « Comédienne de renom, Dany Carrel a joué avec les plus grands acteurs – Gérard Philippe, Jean Gabin, Pierre Brasseur, Romy Schneider… et metteurs en scène – René Clair, Julien Duvivier, Henri-Georges Clouzot ».

En fin de soirée, j’attaque les livres d’amateurs, les naufragés de l’édition, à manier avec précaution, ils sont sortis dans l’anonymat, on les découvre avec des prudences d’archéologues. La Châtaigne de l’immense Dominique Zardi, avec une préface de Paul-Loup Sulitzer chez Dualpha éditions en 2005. Tout concourt, l’auteur, le préfacier et la photo de couverture, à susciter notre curiosité, voire notre émerveillement devant un tel objet. Avec Zardi, on n’est jamais déçu : « Aujourd’hui tout m’enchante, mes coups durs, le fer chaud dans le corps, le froid des armes, la nostalgie du passé où mes ennemis deviennent des personnages nets et adorés personnels. L’armée, la geôle aussi, c’était beau, puisque c’était « mon passé ». La semaine prochaine, je vous parlerai de Russ Meyer !

Profession : menteur de François Perier – Le Pré aux Clercs

Cher moi de Peter Ustinov – Stock

Martine Carol ou la vie de Martine chérie de Georges Debot – éditions France-Empire

MARTINE CAROL, OU LA VIE DE MARTINE CHERIE

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L’Annamite de Dany Carrel – Robert Laffont

La Châtaigne de Dominique Zardi – Dualpha éditions

Mort sans ordonnance

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© Soleil

Le traitement du docteur Raoult contre le Covid-19 ne fait pas l’unanimité. Mais qu’a-t-on à perdre réellement?


Peut-être qu’au moment où sera publiée cette chronique la situation aura changé. Il restera quoi qu’il en soit le souvenir d’une impéritie gravissime.

En effet, si le traitement du docteur Raoult contre le Covid-19 fonctionne, le temps perdu aura coûté de nombreuses vies.

Et s’il ne marche pas ?

J’y viens…

Je ne suis pas un sachant, je le sais…

Je ne suis pas de ceux qui critiquent ce gouvernement pour le manque de masques ou de tests. Il faudrait critiquer tous les décideurs dans ce domaine depuis le départ de Roselyne Bachelot.

Je ne suis pas de ceux qui reprochent à qui que ce soit de ne pas avoir prévu ce qui allait arriver.

Le propre d’une pandémie est d’être inattendue, violente et rapidement invasive. Sans quoi elle serait restée épidémie, contrôlée et maintenue dans son territoire d’origine.

A lire aussi: Suivrais-je le traitement du Dr Raoult, si je tombais malade?

Le seul point sur lequel tout le monde peut se rejoindre est que personne ne sait, à ce jour (30 mars), s’il existe une ou plusieurs molécules efficaces pour lutter contre le Covid-19.

Et en l’absence de certitudes que reste-t-il pour trancher ?

La conviction personnelle ? L’instinct ? Le bon sens ?

Le pari.

Le génie de Pascal est d’abandonner toute argumentation sur le bien-fondé d’un choix (situation angoissante dans laquelle nous sommes) pour se demander ce qui serait profitable à celui qui se pose la question.

Dit de manière plus triviale : le moins mal à défaut du meilleur.

Pascal applique ce raisonnement à la question de l’existence de Dieu, tentant de prouver qu’une personne rationnelle a tout intérêt à croire en lui, qu’il existe ou non.

En effet, si Dieu n’existe pas, le croyant et le non-croyant ne perdent rien ou presque à croire.

En revanche, si Dieu existe, le croyant gagne le paradis tandis que le non-croyant est enfermé en enfer pour l’éternité.

Puisque le professeur Raoult est qualifié de gourou, voyons si nous avons intérêt à croire que son dieu Hydroxychloroquine est efficace…

Oui, si je suis malade, je veux la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

1) Elle s’avère inefficace : je ne perds rien puisqu’il n’y avait de toute façon pas d’autre traitement.

2) Elle s’avère effectivement efficace : je gagne tout. Je suis guéri.

Non, je ne veux surtout pas la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

1) Elle s’avère inefficace : je n’ai donc rien perdu.

2) Elle s’avère efficace : j’ai tout perdu. Je suis même peut-être mort…

J’entends par avance les cris indignés des sachants : les effets secondaires !

Tous les effets secondaires possibles et imaginables sont connus (et il y en a : endommagement de la rétine, problèmes cardiaques…), ils peuvent être anticipés avec les précautions adéquates, ils sont identifiés dès leur apparition et on sait parfaitement jusqu’à quel point on peut les tolérer en regard du bénéfice du traitement ou au contraire stopper le traitement qui deviendrait dangereux pour certains patients.

En leur nom, on interdit l’usage contre le Covid-19, pendant 10 jours, d’un médicament que les patients atteints de lupus absorbent quotidiennement depuis des décennies !

Il est bon de rappeler que même le Doliprane peut avoir des effets secondaires indésirables, parfois très graves comme un brusque gonflement du visage et du cou pouvant entraîner une difficulté à respirer (œdème de Quincke) ou un malaise brutal avec baisse importante de la pression artérielle (choc anaphylactique).

Vous ne me croirez pas : le Doliprane est en vente libre ! Que fait la police ?!

Puisque les sachants ne peuvent s’accorder sur ce qu’il faut sachoir, cette affaire n’est plus scientifique, mais politique.

Le propre des grands dirigeants politiques est de savoir prendre le risque de décider. La rigueur scientifique est indispensable et précieuse. En temps normal.

Mais lorsque l’avion est en feu, il n’est plus temps de distribuer des sacs avec ou sans parachute pour vérifier que c’est bien le parachute qui empêche les passagers de s’écraser au sol comme des merdes.

Or, vous avez beau leur dire, à nos sachants et gouvernants, que vous voulez ce parachute, car même s’il ne s’ouvrait pas, votre sort ne serait pas différent de ce qui vous attend si vous sautez sans lui, ils ne céderont pas. Dans votre intérêt vous dis-je…

Le bas peuple est certes ignorant, mais pas dénué d’instinct de survie.

Le choix indéfendable des responsables politiques français est de prendre le risque de laisser mourir des centaines de personnes afin de ne pas prescrire une substance dont l’effet thérapeutique n’est certes pas prouvé, mais dont les éventuels effets secondaires sont parfaitement maîtrisés.

Appliquons le pari de Pascal à leur dilemme :

Tu autorises la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

1) Ça marche : tu as tout gagné

2) Ça ne marche pas : tu as tout perdu et seras à jamais celui qui a conduit le peuple à un remède inefficace comme Fabius est associé au sang contaminé.

Tu interdis la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

A lire aussi: Chloroquine: Sacré Raoult!

1) Ça ne marche pas : tu as tout gagné

2) Ça marche. Tu n’as rien perdu. Tu n’as fait qu’observer les règles de l’art par souci de ne pas arriver à des drames. Si ça marche, c’est un heureux hasard et tu t’en réjouis. Mais ça aurait pu ne pas marcher… Tu as potentiellement évité un drame au peuple.

Seraient-ils avant tout préoccupés par leur avenir pour ne pas oser avoir tort ?

Merci Pascal.

La rentrée du peloton aura bien lieu!

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Le peloton du Tour de France entre le Pont du Gard et Gap, en juillet 2019 © Thibault Camus/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22360736_000003

 


En septembre, le Tour de France se promènera de ville en ville 


Nous avons tous un petit vélo dans la tête qui tourne à plat. Le confinement, à défaut de renforcer notre cardio, fait pédaler notre imaginaire. Chaque soir, nous refaisons une étape de montagne, nous rêvons à ces échappées solitaires qui explosent en carte de France sur nos draps de lin blanc. Au réveil, aucune hôtesse pour nous féliciter ou nous offrir une peluche à la crinière sauvage. Les couronnes de fleurs sont mortuaires en ce moment. Nous passons des nuits agitées depuis que l’incertitude plane sur l’épreuve reine du calendrier. Car, cet été, le peloton ne passera pas dans notre ville. Dans un premier temps, nous avons dû encaisser cette mauvaise nouvelle. Des milliers de camping-caristes dépressifs pensaient même revendre leur résidence secondaire mobile, les sponsors dans le rouge se demandaient comment boucler le budget des équipes, les coureurs ruminaient des heures durant sur leur home-trainer et l’Union Cycliste Internationale jouait sa survie sportive. Le vélo sans le Tour, c’est comme un confiné sans son autorisation de se déplacer. Un mois de juillet sans la caravane publicitaire et c’est tout une nation qui vacille, nos départements qui s’effritent, nos congés payés qui ont le parfum des cahiers de vacances. 

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Notre identité s’est construite au bord des routes, l’oreille collée à la radio, l’attente sous un cagnard d’enfer, le pique-nique avec du à « l’ail » ou du salami, les bouteilles d’Orangina trop chaudes, les pronostics de pépé rappelant une anecdote de Geminiani ou de Darrigade, l’analyse scientifique d’un voisin expert en bordures, puis la délivrance enfin de voir les champions filer à la vitesse d’une mobylette sur le pas de notre porte. Ah oui, cette communion populaire marque durablement notre pays, lui donne son ossature, sa stabilité mentale aussi. Un peuple qui aime ses cyclistes, forçats du bitume, durs à la peine et au mal, rachète son âme devant n’importe quel dieu. Cette année, le Covid-19 n’aura pas la peau des Alpes, des Pyrénées, de l’arrivée sur les Champs, des cols, de la grêle, des sprints, etc… Le barnum de notre enfance s’élancera le week-end du 29-30 août de Nice puis prendra la direction de Sisteron, Orcières-Merlette, Villard-de-Lans, Mont Aigoual, il pointera sa « fable ronde » sur la façade atlantique du côté de Ré et d’Oléron, pour basculera à tribord, traversant l’Auvergne jusqu’à Champagnole, à quelques kilomètres de l’Helvétie. En septembre, nous aurons certainement les jambes en coton mais le cœur à la reconquête de notre territoire intime. J’ai hâte d’entendre l’ami Christian Laborde, poète vélocipédique et fabuleux conteur faire chanter les gloires du présent et du passé de son accent rocailleux, dans ses chroniques radio magistrales. L’Académie française devrait penser à lui, elle a déjà loupé Blondin. Je sais qu’il piétine d’impatience dans son refuge palois.

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En France, il y a le point zéro au pied de Notre-Dame, le mètre-étalon à Sèvres et le Tour pour structurer notre pensée. Souvenons-nous de ce qu’écrivait René Fallet dans L’Équipe en juillet 1967 : « Le Tour 40 n’eut pas lieu et il nous fallut attendre 1947 pour qu’un Vietto vieilli mais toujours Vietto servît de trait d’union tumultueux entre l’avant-guerre et l’après. Le Tour recommençait, cette jolie saison qui ne se brouille qu’à l’occasion des conflits mondiaux. Que ceux qui veulent sa perte y songent. Quand le Tour n’a pas lieu, les catastrophes sont à la porte ». Espérons que la crise sanitaire sera jugulée d’ici là. Nous pensons à nos frères italiens si durement touchés. Dans cette autre patrie du cyclisme, on vénère les champions, on garde en mémoire pieusement leurs noms. Je suis toujours autant ému en relisant l’article de Jean Bobet sur la mort de Fausto Coppi en 1960. L’Italie pleurait alors son idole. « Une foule silencieuse et recueillie de paysans descendus de toutes les vallées, de touristes surpris par l’affreuse nouvelle, de sportifs effondrés, amis accourus de tout le pays », ajoutant ces mots : « Je n’ai pas eu le courage enfin de présenter mes hommages à la Signora Giulia Occhini, que l’actualité a désignée sous le nom de la Dame Blanche et qui n’était en ce jour qu’une épave folle de douleur ». Le vélo, c’est ça des larmes et du sang, un spectacle aussi merveilleux qu’injuste qui met les Hommes face à leurs limites. Alors, comment ne pas être saisi, à soixante-dix ans d’écart, par cette phrase de Jacques Godet évoquant le Tour 1949 et le duel tactique entre Coppi et Bartali : « Étrange Tour de France, plus passionnant peut-être dans ses conclusions et par les problèmes qu’il pose pour l’avenir, que par son développement même ». Entre nous, quelle plus belle saison que septembre pour voir les coureurs jouer du dérailleur, vivement la rentrée !

Déconfinement: la fausse bonne idée du vélo

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Opération de communication d'Anne Hidalgo à vélo, juillet 2019 © ERIC DESSONS/JDD/SIPA

Edouard Philippe nous l’a rappelé hier: “la vie d’avant”, c’est pas avant longtemps. La preuve, c’est que même les Parisiens les plus réactionnaires vont devoir passer à la mobilité douce et au vélo s’ils veulent retourner travailler. C’est Anne Hidalgo qui va être contente !


Depuis l’annonce de la date de la levée progressive du confinement, prévue le 11 mai, le gouvernement d’Edouard Philippe est à la manœuvre pour mettre en place une stratégie de déconfinement dans un esprit d’anticipation qui avait largement fait défaut jusqu’à présent. Chaque ministère est tenu de plancher sur sa feuille de route pour organiser la France d’après. Ainsi, Elisabeth Borne phosphore en ce moment sur les futures mobilités coronavirus-compatibles. 

Pour ce faire, la ministre de la Transition écologique et solidaire a fait appel, lundi dernier, aux lumières de Pierre Serne, élu écologiste au Conseil régional d’Ile-de-France et président du réseau des « Villes et territoires cyclables », officine qui milite pour un développement durable éco-responsable et sans frontière… Sa mission ? Réfléchir à l’instauration d’un plan vélo post-confinement. Objectif : favoriser les déplacements à bicyclette pour désengorger des transports en commun devenus les clusters mobiles que l’on sait, le virus comptant bien séjourner encore quelque temps sur notre territoire. 

La voiture, alliée antivirus écartée

« Tout le monde s’accorde à dire qu’après l’épidémie il y aura un rejet collectif des transports en commun » constate Pierre Serne. Dans la bouche de celui qui est aussi porte-parole de Génération S, mouvement créé par l’éternel perdant du parti socialiste Benoît Hamon, cette remarque sonne bizarrement. Longtemps défendus pour leurs vertus écologiques et leur égalitarisme bienfaiteur – au point d’en occulter leur lente dégradation – les transports en commun sont donc considérés comme un repoussoir ? Il semble dorénavant que oui. Effet pervers du coronavirus: métros, bus, tramways, mais aussi covoiturage et copartage ont mauvaise presse. Tous ces moyens de transports collectifs, dont l’usage contribuait à diminuer la pollution de l’air et par ricochet à mieux faire respirer les Parisiens, se retournent en arme fatale pour la santé individuelle et nationale. La logique bien huilée (sans palme) de l’idéologie écologiste déraille, mais il n’est pas sûr que nous en soyons définitivement débarrassés.

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« Si on ne veut pas prendre le métro, le bus ou le car pour se rendre au travail par crainte de la contagion, il faudra bien qu’on puisse se déplacer » poursuit Pierre Serne en prenant bien soin d’exclure la voiture. Dans le futur Paris déconfiné, la voiture reste bannie. No pasaran. Peu importe la plongée fulgurante des ventes de véhicules neufs et l’inquiétude grandissante des constructeurs automobiles français touchés de plein fouet par les répercussions de la crise sanitaire, sans parler des millions de chômeurs potentiels. Pas question de céder au « lobby automobile ».

Aveuglé par son dogmatisme anticarbonne, l’élu écologiste ne voit pas que l’automobiliste, confiné seul dans sa voiture, ne prend ni le risque d’être contaminé ni de contaminer les autres. Espace clos, symbole ultime de la liberté individuelle de se déplacer selon notre bon vouloir, la voiture est le meilleur allié pour briser la chaine de transmission du virus tout en nous permettant de reprendre une vie normale ! Mais pour Pierre Serne, il est impossible de reconnaître que ce moyen de transport individuel reste le mode de déplacement le plus sécurisant qui soit, avec la marche à pied, sans piétiner ses convictions écologiques chevillées au corps et détricoter la politique anti voiture, menée tambour battant, par la maire sortante, Anne Hidalgo. 

Réhabiliter l’engin pollueur reviendrait à rouvrir les voies sur berges et la voie Georges Pompidou afin de fluidifier la circulation qui va, très certainement, se densifier fortement à la levée du confinement et d’éviter les futurs embouteillages monstres sur les quais supérieurs. O Sacrilège ! Hors de question. Épidémie ou pas, pour les écologistes, la voiture reste et restera diabolisée. Ennemie à tout jamais de la planète, elle sera toujours accusée d’embouteiller, de polluer et de tuer.

Tous à vélo, sans oublier la distanciation sociale !

C’est donc le vélo qui est plébiscité pour le déconfinement à Paris. La pandémie ne fait que renforcer la position écologiste sur l’usage et la circulation du vélo dans la capitale qui impulse la politique de la ville depuis le plan Vélib’ lancé sous la mandature de Bertrand Delanoë en 2007. Preuve que le monde d’après n’a rien de nouveau et que la célèbre maxime de Lampedusa « il faut que tout change pour que rien ne change » est toujours d’actualité. 

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Le vélo, ce grand protecteur de la couche d’ozone, est plus que jamais adoubé par ses thuriféraires, adeptes de la « circulation douce », selon la syntaxe choisie par notre maire sortante, papesse de la végétalisation de la Ville Lumière. Et aujourd’hui, à l’heure du coronavirus, en plus de la planète, le vélo sauverait des vies. En effet, comme l’explique Pierre Serne, il est « particulièrement adapté à la situation qu’on va vivre, à la reprise des activités. À vélo, on a une forme de distanciation sociale qui correspond à peu près à ce qui s’impose. » 

Peut-être. Mais encore faut-il que les cyclistes non propriétaires de la petite reine et donc utilisateurs de vélos en libre-service aient leurs gourdes de gel hydro alcoolique à portée de main. Rappelons que la transmission manuportée est l’un des principaux modes de contamination. Louer un Vélib’ pour se déplacer dans le Paris déconfiné ne sera donc pas sans risque. 

Mais pour la pensée écologiste, imaginer un cycliste les mains sales sur son Vélib, crachant ses poumons gravement infectés de Covid-19, et grillant priorités et feux rouges comme n’importe quel chauffard, ne va absolument pas de soi. Car un cycliste est par nature, un individu respectueux de son environnement, qui mange et respire bio et qui sauve la planète et les générations futures en pédalant, n’est-ce pas ?

Chine 1 – France 0 ?

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Le Français Jean-Yves Le Drian et le Chinois Lu Shaye © Photos: 00939551_000008 / AP22292262_000001 Sierakowski/Isopix/SIPA Sean Kilpatrick/AP/SIPA

Jean-Yves Le Drian a convoqué l’ambassadeur de Chine la semaine passée pour des propos inconvenants, mais notre égocentrisme n’aura peut-être pas le dernier mot


Le 28 mars, l’ambassadeur de Chine, Lu Shaye, écrivait dans un billet incisif, que « les pays asiatiques, dont la Chine, ont été particulièrement performants dans leur lutte contre le Covid-19, parce qu’ils ont le sens de la collectivité et du civisme qui fait défaut aux démocraties occidentales ». Panique au Ministère des Affaires étrangères, la République blessée dans son égo, l’ambassadeur trublion convoqué par Jean-Yves Le Drian, la France ne se laisserait sermonner par des contrées où l’on mange des chauves-souris sans réagir.

« Rares sont ceux qui pèchent par discipline »

Pourtant, qui a oublié les vols de masques chirurgicaux dans nos hôpitaux? Qui a oublié que selon le secrétaire d’Etat Laurent Nuñez, « ce n’est pas une priorité que de faire respecter le confinement dans certains quartiers »? Qui n’a pas été choqué par ces centaines de badauds massés devant un supermarché de Seine-Saint-Denis le 17 mars? Qui a oublié ces hordes de Parisiens s’agglutiner dans des wagons pour s’exiler dans « les territoires » le même jour? L’incivisme qu’évoque l’ambassadeur n’a pas d’étiquette sociale. Les joggeurs qui envahissent le bitume parisien et frôlent parfois de paisibles flâneurs ne viennent pas des classes défavorisées. Dans les quartiers bobo de la capitale, certains riverains se moquent de la distanciation sociale ou autres « gestes barrière ». Et les flics n’y sont passé que deux ou trois fois depuis le 17 mars. Les faits sont donc là. « Rares sont ceux qui pèchent par discipline », nous a pourtant prévenus Maître Confucius.

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Pas de panique, nous pouvons dormir tranquilles. En pleine crise sanitaire, la Ligue des Droits de l’Homme ou autres adversaires professionnels des « mesures liberticides » restent aux aguets, prêts à pousser des cris d’orfraie à la moindre initiative qui enfreigne la « liberté de circulation». Dans cette campagne pour nos libertés, ils ont trouvé de nouveaux chevaliers. Élisabeth Lévy s’est interrogée: « Sommes-nous prêts à tout sacrifier pour échapper au risque du Covid? ». Et même le très bonapartiste Eric Zemmour, celui qui d’ordinaire fustige le progressisme, ce « millénarisme qui fait de l’individu un Dieu, et de nos volontés jusqu’au caprice, un droit sacré et divin» [tooltips content= »Discours de la Convention de la Droite, 28 septembre 2019″](1)[/tooltips], s’érige désormais en héraut de la défense des libertés individuelles et fait la guerre au confinement. Quelle mouche les a donc piqués?

L’universalisme a ses frontières

Ces fourbes de Chinois auraient menti sur les chiffres. Voilà de quoi nous soulager. 5 000 morts dans un pays de 1,4 milliard d’habitants, cela serait de la toute petite bière. Faisons donc une hypothèse, allons-y franchement : 200 000 morts. Cela donne un Chinois sur 7000 qui aurait rendu son âme. Prenons maintenant la France, ses 67 millions de veinards et ses 20 000 morts. Je ne voudrais pas nous inquiéter, mais cela fait un Français sur 3 350 qui a rendu l’âme. On peut jaser tant qu’on veut sur la noblesse de notre démocratie face aux régimes autoritaires, on peut continuer à estimer que notre modèle hérité des Lumières est le meilleur au monde, le fait est que face à un minuscule virus, ce modèle dont nous sommes si fiers pèse une plume.

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Et que l’on se rassure, notre France ne prend pas du tout le chemin d’une dictature. Que ceux qui prétendent le contraire aillent faire un tour aux Philippines ou en Ouzbékistan pour s’en convaincre! 

Mais il s’agirait d’admettre enfin, bien que ça me fasse mal au cœur de l’écrire, que la France n’est plus le phare du monde. L’ambassadeur de Chine n’a fait qu’appuyer là où ça fait mal. La réaction quasi épidermique du Ministère des Affaires étrangères révèle l’angoisse d’un pays qui fustige les autres – en l’occurrence la Chine – parce qu’il ne sait même plus où il veut aller. Comme l’a dit l’éclairé Hubert Védrine sur les ondes de France Culture[tooltips content= »Emission A voix nue, épisode 5, vendredi 17 avril 2020″](2)[/tooltips], « c’est très bien l’universalisme, c’est bien d’avoir des idées qui dépassent le petit groupe auquel vous appartenez ; mais si l’univers tout entier ne le considère pas comme universel, c’est qu’il y a un bug dans le raisonnement ».

Le manque de civisme pointé par l’importun Lu Shaye en témoigne: c’est peut-être déplorable, mais notre modèle hérité des Lumières ne fait pas l’unanimité. Je ne suis même pas sûr que le milliard et demi de Chinois aimerait vivre en France par les temps présents. Depuis trop d’années, notre narcissisme nous a fait croire que nous étions invincibles. Il n’en est rien. « Que ferons-nous de cette épreuve ? », s’est interrogé l’écrivain Sylvain Tesson dans les colonnes du Figaro. Remettre en question notre égocentrisme serait un bon début. 

Mea culpa

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Image d'illustration Unsplash

Ma guerre en short. La chronique de Cyril Bennasar.


Je découvre dans les commentaires qui accompagnent un de mes articles que j’ai blessé des gens par l’utilisation des termes « marginaux déviants » pour désigner des homosexuels. On me menace d’un procès pour injure homophobe. Pour la justice, ce n’est pas l’auteur qui est responsable mais le directeur de la publication. Ce n’est donc pas moi qui serai mis en difficulté en cas de condamnation mais le journal. L’écriture n’est pour moi qu’un violon d’Ingres et c’est autrement que je gagne ma vie. Même si la justice me déclare coupable, j’aurai encore des clients et du travail.

Ce ne sont donc pas mes intérêts que je défends ici, mais mon honneur en faisant mon mea culpa. 

Laissez-moi l’islamophobie

C’est un malentendu. Devant cette accusation, je suis plutôt démuni. Je m’attendais à être un jour accusé d’islamophobie pour d’autres écrits, ce qui ne m’aurait pas chagriné car je tiens l’islamophobie pour un humanisme. Mais je me sens si loin de l’homophobie que je reste un peu sans défense. Toujours est-il que l’injure n’était pas mon intention mais j’ai été blessant, alors je plaide coupable. 

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Dans cette partie de l’article, je ne me moquais pas de tous les homosexuels mais des militants qui s’activent pour que changent les normes, et qui y parviennent dans un lieu particulièrement sensible : l’école. Je ne me moquais même pas de l’homoparentalité mais des homos parents qui veulent nous faire dire que leurs enfants ont deux papas ou deux mamans. C’est sans doute mon agacement de voir partout des minorités bruyantes qui gonflent des majorités silencieuses avec des mensonges politiquement corrects qui a fait que je n’ai peut-être pas bien pesé mes mots. Même si objectivement, les termes peuvent convenir puisqu’il y a une marge et une norme et que la déviation est la voie de ceux qui ne prennent pas les sentiers battus ; manifestement ils ont heurté des lecteurs de bonne volonté qui m’ont adressé des remarques justes et sincères, j’ai été touché et j’en suis embarrassé. Je ne m’attendais pas à cet embarras, je serai plus attentif dans le choix de mes expressions à présent. 

Provoquer est toujours tentant

La tentation est constante, lorsqu’on écrit aujourd’hui, d’afficher par le langage une forme d’insoumission au politiquement correct. Plutôt bravache que soumis, c’est ce réflexe qui nous pousse parfois à aller un peu trop loin. Ce que les mots doivent atteindre et peuvent bousculer, ce sont des idées, des postures, des interdits, des mensonges, des emprises, des intimidations, des dominations, ou des personnes qui en usent, pas des personnes pour ce qu’elles sont. Moi qui caressais l’espoir qu’une tribune au tribunal pour une juste cause sonnerait mon quart d’heure de gloire, je me retrouverais un peu con si je dois y aller pour y répondre d’homophobie entre un rappeur récidiviste et un catho intégriste. Alors je demande pardon.

Lire la chronique précédente: La bataille de Grigny

Covid-19: Bolsonaro condamné au confinement

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Jair Bolsonaro face à la foule le 19 avril 2020. © Andre Borges/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22448744_000004

Bains de foule, entêtement à contredire le discours majoritaire médiatique et gouvernemental… Jair Bolsonaro voit sa stratégie anti-système perdre de la vitesse. Le gouvernement est déchiré.


Lorsque la pandémie a touché son pays à la fin février dernier, le président brésilien a fait un pari. Convaincu que la circulation du virus et ses dégâts seraient limités, il a parlé d’une petite grippe et accusé d’hystérie les élus, la presse, les médecins qui prenaient la chose au sérieux. Les gouverneurs des Etats ont pris rapidement des mesures de confinement généralisé, fermé les commerces et les écoles, limité le transport. Le chef de l’Etat a dénoncé des initiatives insensées conduisant à un désastre économique et social. Pendant des semaines, il s’est acharné à contredire son ministre de la Santé, un médecin entré en politique, qui a très tôt préconisé une stricte quarantaine pour toute la population. Selon Bolsonaro, cette quarantaine devait être réservée aux vieux, seules personnes menacées par ce virus trop médiatisé. Méprisant les médecins, la science, l’OMS, le président a prétendu être le défenseur des pauvres, des millions d’habitants des favelas qui vivent de petits boulots, d’emplois au noir et perdent leur gagne-pain avec le confinement. Régulièrement, il a transgressé les règles élémentaires de prudence en improvisant des sorties, en multipliant les bains de foules, en encourageant les selfies.

Jair Bolsonaro a cru que la progression du nombre des victimes létales resterait indéfiniment une donnée statistique abstraite pour ses sympathisants…

Cette posture relevait d’un calcul politique cynique et sordide. Au lieu d’en appeler à l’union sacrée contre le virus, l’ancien militaire a poursuivi sa croisade contre le système, les institutions, l’establishment et l’élite. Il espérait ainsi renforcer sa clientèle politique.

Jair Bolsonaro (gauche) et son ministre de la Santé, le 18 mars 2020 à Brasilia © Andre Borges/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22439649_000008
Jair Bolsonaro (gauche) et son ministre de la Santé, le 18 mars 2020 à Brasilia © Andre Borges/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22439649_000008

L’épidémie progresse

Le pari était très risqué. Le capital de sympathie du président s’affaiblit. Un sondage de début avril indique que 9,8 millions d’électeurs (17%) sur les 57,8 millions qui lui avaient donné leurs voix en 2018 regrettent leur choix. Des analyses de l’activité sur les réseaux sociaux ont aussi attesté d’un recul de l’audience et de la popularité de Bolsonaro. Ces études révèlent encore que les admirateurs restés fidèles appartiennent aux classes les plus pauvres vivant à la périphérie des mégapoles, où l’influence des églises pentecôtistes est très forte. Convaincu que ces masses très religieuses n’accordaient guère d’importance à l’épidémie perçue comme une fatalité (un châtiment divin) et voulaient travailler à tout prix, le président a redoublé la mise. Il a cru que la progression du nombre des victimes létales resterait indéfiniment une donnée statistique abstraite pour ses sympathisants. Il fallait que les masses des banlieues puissent continuer à courir après leur gagne-pain. Sûr d’être en phase avec son vivier électoral, Bolsonaro n’a pas cessé d’attaquer les gouverneurs, les élus, les magistrats de la Cour Suprême, le ministre de la Santé et tous les soignants qui se mobilisaient pour freiner le Covid-19.

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L’épidémie progresse vite. Au 15 avril, officiellement, on dénombrait 25 262 cas et 1532 décès (contre 5717 et 201 en début de mois). En réalité, le nombre des personnes infectées dépassait alors 316 000 et celui des victimes létales était bien plus élevé. Les tests sont en effet très limités. De nombreux malades non identifiés meurent loin des hôpitaux ou ne peuvent plus y être pris en charge. Le Brésil pourrait déplorer 280 000 morts du Covid-19 avant juillet. Le coronavirus devient une réalité concrète angoissante et obsédante dans les grandes métropoles et leurs périphéries. Les cortèges funèbres et les fosses communes n’envahissent pas encore les rues et les écrans mais ce n’est qu’une question de temps. Ceux qui souffrent depuis des semaines de la dégradation brutale de conditions de vie déjà précaires commencent à reprocher au président ne n’avoir pas tout fait pour protéger la vie de leurs proches. L’avancée du virus est encore très loin d’être contenue. Le président ne contribue guère à faciliter un confinement efficace. 

Ce n’est pas encore l’hallali mais…

Pour Bolsonaro, ce n’est pas encore l’hallali (qui viendra probablement une fois passé le pire de la crise sanitaire) mais c’est déjà un confinement politique. Le gouvernement est déchiré. Il attend la démission d’un ministre de la Santé qui s’épuise à faire comprendre à demi-mot que son chef déraille. Ce dernier est considéré par la grande majorité des parlementaires comme un irresponsable. Déjà crispées avant l’épidémie, les relations entre l’exécutif et le Congrès sont devenues exécrables. Les Juges de la Cour suprême ont pris leurs distances avec le pourfendeur des mesures de confinement. La crise ouverte entre les gouverneurs et le président n’a aucun précédent historique. Les militaires ont tenté (sans succès) depuis des semaines de contrôler la parole présidentielle. Très présents au sein du gouvernement (8 ministres sur 22, plus de 1000 officiers occupant des postes de confiance dans les cabinets et la haute administration), les représentants de l’armée ne sont pas des partisans enthousiastes du confinement systématique. Ils craignent que les révoltes de la faim qui pourraient éclater dans les banlieues condamnées à la misère. Ils savent aussi qu’à l’issue de la crise sanitaire l’autorité du président qu’ils soutiennent encore aura été extrêmement affaiblie. 

Pour l’opinion, Bolsonaro sera responsable du bilan de la pandémie, de la récession et du chômage de masse qui commencent. Ce confiné politique ne pourra plus agir. Anticipant la situation, des opposants réclament une procédure de destitution. Le comportement et le discours irresponsable du président face à la progression de la pandémie et de la tragédie humaine annoncée constituent un motif largement suffisant. Le Congrès (qui devrait engager le processus) et l’opinion publique ne sont pourtant pas prêts. La population brésilienne est fatiguée par des années d’une crise politique que la présidence Bolsonaro a aggravée alors qu’elle était censée y mettre fin. Les parlementaires craignent aussi qu’en écartant le chef de l’État du pouvoir ils le transforment en martyr, requinquant ainsi les 25% de Brésiliens résolus et fanatisés qui restent bolsonaristes. 

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Si le chef de l’Etat ne se résigne pas enfin à gouverner, à rétablir un minimum de dialogue avec les autres institutions, les militaires devront choisir entre deux options. La première sera de « conseiller » fermement au président de se retirer, d’abandonner de lui-même son poste. Le général Hamilton Mourão, vice-président, pourrait alors assumer la tête de l’exécutif jusqu’à la fin du mandat. L’autre option pourrait être de contraindre Bolsonaro à accepter une tutelle, de réduire ses prérogatives, de le confiner à une simple fonction symbolique. Cette seconde option est préférable. Pour qu’une nouvelle phase aigüe de crise politique ne vienne pas s’ajouter à la dépression économique et au cataclysme social qui se préparent, il vaut mieux que Bolsonaro reste à Brasilia jusqu’en fin 2022, qu’il puisse se porter à nouveau candidat et qu’il perde son poste au terme d’une élection claire et transparente. Il faut que le pyromane de la crise sanitaire en cours soit désavoué dans deux ans par une large part de l’électorat qui lui a fait confiance en 2018.

Brésil, les illusions perdues: Du naufrage au redressement

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Paul Celan au creux des nuages

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© ZKOK/SIPA Numéro de reportage: 00327499_000034

L’actuelle pandémie nous privera d’une commémoration internationale in situ du soixante-quinzième anniversaire de la fin de la deuxième guerre mondiale. Faut-il y voir le signe de notre détestable insuffisance de maîtrise, à la même échelle mondiale, de la cruauté humaine depuis trois quarts de siècles ? La Shoah marqua de son sceau atroce ce conflit à nul autre pareil, en raison de l’obsession nazie de sélectionner un peuple et d’autres minorités pour les exterminer. Vladimir Jankélévitch avait raison de dénoncer, dans L’imprescriptible, « le monstrueux chef-d’œuvre de la haine. » La poursuite insensée dans le temps des exactions de l’homme contre l’homme fut envisagée comme prégnante et durable, au point que René Cassin, ancien juriste de la France Libre, insista en 1948 pour qualifier d’universelle, c’est-à-dire valable en tous temps et en tous territoires sans exception, la nouvelle Déclaration des droits rédigée après « les actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité. »  

L’actuelle et nécessaire lutte contre le virus mortel nous empêchera également, dans quelques jours, de commémorer le génocide arménien qui, voici cent cinq années, conduisit à la destruction tout aussi barbare et violente d’un autre peuple, dans le silence des nations. À l’aube du génocide juif et pour en imposer la réalisation, Hitler avait eu cette phrase atroce : « Qui se souvient des Arméniens ? » En ce mois d’avril 2020 est également escamoté l’anniversaire de la libération du camp de Buchenwald. Jorge Semprun, qui y fut déporté, relate dans L’Écriture ou la vie, comment il entendit s’élever un Kaddish d’un monticule de cadavres décharnés, entassés à proximité du baraquement qu’il quittait pour toujours. Accompagné par un autre détenu du camp, un Juif hongrois survivant, ils parvinrent à extraire le mourant qui prononçait la prière de sanctification. Malheureusement, ce fut trop tard ; le dernier souffle de vie venait de quitter le récitant agonisant.

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Aujourd’hui, les victimes les plus gravement touchées par le Covid-19 semblent appartenir à un seul peuple luttant pour son oxygène. Lors d’une conférence intervenant à la Sorbonne voici trente ans et intitulée Mal et modernité : le travail de l’histoire, Jorge Semprun rappelle qu’une guerre des gaz (1939-1945) a été précédée d’une autre (1914-1918), et affirme que nous suffoquerons de la privation d’air qui, « un jour indéterminé encore, nous coupera le souffle. » Deux années plus tard, dans une autre conférence prononcée à Vienne peu de temps avant le référendum sur le Traité de Maastricht, Semprun cite Edmund Husserl. Celui-ci alertait, en mai 1935 et depuis la capitale autrichienne, les nations à nouveau impassibles : « La crise de l’existence européenne ne peut avoir que deux issues. Ou bien le déclin de l’Europe devenue étrangère à son propre sens relationnel de la vie, la chute dans la haine spirituelle et la barbarie ; ou bien la renaissance de l’Europe à partir de l’esprit de philosophie, grâce à un héroïsme de la raison (…) »

Semprun sait que si le philosophe émet les hypothèses, « seuls les poètes sont capables de nous annoncer les catastrophes que produit la barbarie, de les décrire, puis de les perpétuer ensuite dans leur mémoire. » Il fait référence à Paul Celan qui a élevé, dès 1945, un monument ineffaçable aux millions de victimes des chambres à gaz vomissant l’atroce gaz Zyklon B (dont nul n’est jamais sorti vivant), et dont les corps furent ensuite brûlés dans les fours crématoires. Déporté roumain dont les parents moururent dans un camp de Transnistrie, le poète composa Fugue de mort, en hommage à celles et ceux qui, privés de sépulture par le crime nazi, ont « une tombe au creux des nuages. » Ce vers revient de manière permanente dans les différentes conférences que Semprun donne à travers l’Europe, à partir des années 80, au point qu’il en fait le titre du recueil qui rassemble ses textes sur le devenir de la Communauté, puis de l’Union. L’Europe est devenu « un espace tragique mais éclairant. » Revenant pour la première fois à Buchenwald, presqu’un demi-siècle après la fin de la deuxième guerre mondiale, Semprun se remémore sur l’Appellplatz traversée par le vent froid les vers de Celan qu’il traduit ainsi : « Nous creusons une tombe dans les airs/on n’y est pas couché à l’étroit. » 

Paul Celan, qui avait choisi d’écrire en allemand pour universaliser son combat contre l’oubli, avait un prénom hébraïque : Pessa’h, mot qui désigne la Pâque juive. Cette solennité est immédiatement suivie d’un compte de cinquante jours, le Omer, symbolisant la remontée progressive, par degrés, vers une vie de Liberté après l’esclavage. Voici précisément cinquante ans, peut-être dans la nuit du 20 au 21 avril, alors que le compte du Omer débutait, Paul Celan choisit de se donner la mort en se jetant dans la Seine, à proximité du Pont Mirabeau. Cette étendue d’eau ne s’est pas ouverte, contrairement à la Mer des joncs, mais le poète savait que son engloutissement revêtirait la forme de transcendance à laquelle il aspirait : « Tu sais/ seul ce que je t’ai confié en silence/ nous élève dans la profondeur. » Paul Celan, qui était dans sa cinquantième année de vie, possèdait la certitude qu’« En haut,/les voyageurs/demeurent/inaudibles. »

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Meurtri parce qu’ « il n’y a qu’une poignée d’humains », Paul Celan eut le besoin impérieux de sortir de l’étroitesse, lui qui voulait « élargir l’art » pour rendre supportables les jours après la Shoah. Il nous a légué une œuvre poétique majeure, avant de rejoindre les suppliciés montés au ciel « Avec tout ce qui en cela possède de l’espace,/et même sans la /parole. » Celan a su, selon la formulation de Semprun, comprendre « l’immensité de la mémoire historique, constamment menacée d’un oubli inadmissible. » Désormais, la forêt de Buchenwald a envahi ce qu’on nommait le petit camp de quarantaine, et recouvre les cadavres sans nom. Aujourd’hui, les victimes de la pandémie sont enterrées ou incinérées dans la froide chaîne de la mort démultipliée, sans les familles réunies.

Semprun rappelle que Celan a, par son œuvre sans équivalent, permis le travail de deuil, « indispensable à l’élaboration des principes d’un avenir qui nous permette d’éviter les erreurs du passé. »  Le recueil du poète intitulé Atemwende fait directement référence au souffle, et plus précisément à l’apnée transitoire qui suspend la respiration. Nous avons aujourd’hui besoin, alors que dans la souffrance de l’asphyxie brutale meurent les victimes de la pandémie, de cette renverse du souffle, qui est la formulation française d’Attemwende retenue par son traducteur Jean-Pierre Lefebvre. C’est le pneuma, à la fois souffle et esprit, qui peut ouvrir la voie nous détournant des incohérences passées. Paul Celan nous y invite collectivement : « Un et Infini,/ anéantis,/ disaient Je.// Lumière fut. Sauvetage. »

Choix de poèmes

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Renverse du souffle

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Christophe, extérieur nuit

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Le chanteur français Christophe en 2010 © BALTEL/SIPA Numéro de reportage: 00608371_000010

Une rencontre, à Gordes. Pascal Louvrier se souvient.


Je ne parlerai pas de Christophe enchanteur de nos nuits de débine, de son génie de compositeur, de cette façon inimitable de mettre en scène ses plus beaux textes. Je voudrais me souvenir d’un concert en plein air, l’été à Gordes, dans la chaleur du crépuscule grandiose.

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Christophe a chanté pendant trois heures. Entre deux chansons, il a pris un tabouret, s’est assis et a bu un whisky. Il a parlé de tout, de rien, du miel qu’il achetait chez des potes, des gens simples, vrais, authentiques qui aiment la terre ; il a parlé de son éditeur qui attendait depuis des années son autobiographie ; Il n’avait pas le temps, c’était trop long ; alors il avait décidé de transformer ce livre improbable en one man show, où il raconterait les grands moments de sa vie en soie et Ferrari. Il a parlé, comme on parle au bistrot du coin, mains posées sur le zinc, face au miroir. Il était heureux d’être là, avec nous, pas timide du tout, pas cabot, avec plein d’humour, de délicatesse, de mots doux. Puis il a chanté encore et encore. 

Je suis allé le voir avec mon amie dans sa loge improvisée. On a bavardé, avec une coupe de champagne, dandy toujours. Il portait une marinière, le même modèle que celui de Bardot dans Le Mépris. La classe. Il a demandé le prénom de ma compagne. « Ah Véronique, c’est drôle, c’est le prénom de ma femme. » Il a souri, de ce regard qui veut la fête, les femmes, la dolce vita.

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Puis on s’est quittés. Il rejoignait son bateau ancré dans un port de la Méditerranée. On s’est promis de se revoir à Paris. Le lendemain, il m’envoyait une photo de sa cabine, « en direct » de La Giscle. Il y avait deux roses rouges dans un petit vase posé près d’une enceinte. Esthète magnifique dans son bateau ivre, prêt à appareiller pour de nouvelles aventures artistiques et singulières, comme Ulysse, sur la mer bleue. On ne s’est jamais revus. Je suis triste, pour ne pas dire plus. Je pense à toi, à tes silences dans tes bottes mexicaines, à ton putain de vélo noir tout chromé que tu m’as laissé sur l’île de Ré et qui était un peu trop petit pour moi… Je ne pense plus. J’écoute ta voix pleine de grâce.

Tu ne mourras pas, tu es un poète. Mais notre monde, oui. Tu l’avais du reste prédit :

«  Dandy un peu maudit, un peu vieilli,
Dans ce luxe qui s’effondre »

Nous sommes des marionnettes sans fil.

Le professeur Raoult a compris Paul Feyerabend

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Paul Feyerabend Photo: Grazia Borrini-Feyerabend / Wikipedia

Le billet du vaurien


Deux mots d’abord, et peut-être un peu plus, pour préciser qui est Paul Feyerabend. Né à Vienne en 1924 et décédé en 1994 dans le canton de Vaud en Suisse, il est considéré, à l’instar de Karl Popper dont il fut l’élève et de Ludwig Wittgenstein, comme l’un des plus grands philosophes des sciences du vingtième siècle. Son livre : Contre la méthode, esquisse d’une théorie anarchiste de la connaissance (1975) est un classique, de même que : Adieu La Raison ou La tyrannie de la science. Il enseigna à Berkeley et prit la nationalité américaine, avant de se retirer en Suisse. Quand je travaillais au Monde, c’est Emmanuel Todd qui me l’avait fait découvrir. Cela tombait d’autant mieux que je m’étais déjà passionné pour le livre de Thomas Kuhn : La structure des révolutions scientifiques parus en 1962, époque où j’étais encore très sérieux.

Méfiez-vous de la science…

Les liens entre Thomas Kuhn et Paul Feyerabend sont évidents : pour eux, la science n’est scientifique qu’en apparence, enfermée qu’elle est dans son jargon et son logicisme, sans omettre les luttes de pouvoir qui s’exercent pour la contrôler et la manipuler. Dans ce qu’elle a de plus fécond, elle relève plus de l’art que d’une méthode prétendument expérimentale. Pour Feyerabend, le seul principe qui vaut est «  Tout est bon ». Telle serait la devise de l’anarchisme épistémologique. Ajoutons qu’à ses yeux il n’y a pas d’idée si ancienne et absurde soit-elle, qui ne soit capable de faire progresser nos connaissances.

Et, sur ce plan, vous pressentez la proximité qu’il y a entre le Professeur Raoult et Paul Feyerabend. Nous sommes en présence de deux dadaïstes de l’épistémologie, ce dont il faut se féliciter, car ils ne sont pas si nombreux nos « experts » et nos éminents professeurs de médecine à avoir lu Paul Feyerabend, à supposer qu’ils aient même jamais entendu parler de lui. Ce qui n’est pas le cas du Professeur Raoult qui a reconnu combien Paul Feyerabend a été et reste une référence inspirante dans ses recherches. On peut supposer et même espérer que le Président Macron qui se pique de philosophie l’a étudié, ce qui expliquerait son intérêt passionné pour la démarche du Professeur Raoult. Ce que ce dernier a également retenu de Feyerabend, c’est la nécessité d’instaurer un débat public pour faire avancer ses idées plutôt que de rester prisonnier de méthodologies qui servent plus à bâillonner les connaissances qu’à les faire progresser. Il n’est pas si fréquent qu’un médecin et scientifique de carrure internationale, Français de surcroît, se réfère à un philosophe qui occupe une place de premier plan dans l’histoire des idées. On souhaiterait que cela soit plus répandu et que ceux qui traitent le Professeur Raoult de guignol ou de gourou la ramènent un peu moins et, qui sait, élèvent le débat au niveau où Feyerabend et Thomas Kuhn avant lui, sans omettre Popper et Wittgenstein, ont révolutionné l’épistémologie des sciences.

Et si on lisait des acteurs?

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L'acteur François Périer (à droite) dans le film Le Samourai de Jean Pierre Melville (1967), avec Alain Delon © NANA PRODUCTIONS/SIPA Numéro de reportage: 00594581_000005

Les biographies de comédiens, un genre sous-estimé


Après plus d’un mois de confinement, on se risque sur les bizarreries des bibliothèques. Les nouveautés en librairie ne pointeront pas leurs couvertures avant plusieurs semaines. Cette année, les Prix d’Automne risquent de passer leur tour. L’édition est au point mort. Alors, les critiques déploient des trésors d’imagination pour dénicher dans leurs rayonnages des romans forts et puissants, capables de saisir le chaos du présent et, en même temps, ouvrir des perspectives raisonnables d’avenir. Après le livre-médicament vendu par des coachs en spiritualité (ex-courtiers en bourse), nous allons avoir droit à une flopée d’essais sur le monde d’après par les mêmes qui ont bâti, pierre après pierre, ce système brinquebalant. La dignité n’étouffera jamais les auteurs à succès. Attendez-vous à des mea-culpa larmoyants, des « plus jamais ça » en chœur, des exercices de componction aussi remuants qu’un manège de la Foire du Trône. Ce sera le « Grand Huit » de la démagogie pour revenir à la case départ ! Le doute ne les atteint pas. Ils sont immunisés contre la décence. Mes confrères érudits, en manque de munitions hebdomadaires, cherchent désespérément des ouvrages de référence. En période de crise sanitaire, les plaisantins n’ont pas bonne presse. Un critique littéraire a des responsabilités sur l’élévation morale de ses lecteurs. Le sérieux est gage de sincérité. 

Les beaux menteurs

Chacun y va donc de sa culture, il n’est pas question de passer pour un imbécile, on cuisine Camus à toutes les sauces, Cioran tient la corde auprès des réfractaires, Muray a ses fidèles réjouis, les futuristes italiens font une percée dans certains milieux inhospitaliers, les morales de La Fontaine et de Le Clézio rassurent les lanceurs d’alerte, amis de la Terre. Le corps enseignant fait bloc autour d’Érik Orsenna et Virginie Despentes. Et si les slameurs humanistes avaient la réponse à toutes nos questions existentielles ? La littérature, c’est comme le salon de l’Auto, il en faut pour tous les goûts. Comment expliquer cette attirance pour les gloutons SUV face au désintérêt idéologique pour les petits roadsters légers et frissonnants ? La police de la pensée veille à l’expansion du plaisir. Souffrons-ensemble est le mot d’ordre de nos élites actuelles ! Ce confinement ne me porte pas vers des livres exigeants ou accablants, mais plutôt vers ces étrangetés qui végètent dans les caisses des bouquinistes. Ces témoignages d’acteurs disparus en bordure de Seine, biographies de seconds rôles épatants à prix cassé, ces traces du passé ont tendance à calmer mes angoisses. Je me dis que le cinéma d’avant savait se tenir. 

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Les comédiens n’étaient pas des quémandeurs en smoking, ils avaient une conscience professionnelle. On estime toujours les gens qui ont honoré leur métier. On se sent même redevable d’eux. Quand je relis les premières lignes de Profession : menteur de François Périer aux éditions Le Pré aux Clercs paru en 1990, je jubile : « Dès l’enfance, j’ai eu le goût du mensonge. Du beau mensonge. Vocation, appel du destin… ». Je repense à lui dans Mariage d’amour, Bobosse, L’Amant de cinq jours, Week-end à Zuydcoote, Le Samouraï, L’Attentat, La Guerre des polices, etc… Je reprends mon souffle en empoignant l’autobiographie de Peter Ustinov Cher moi parue chez Stock en 1978. Un livre à la démesure du bonhomme, vorace, explosant les coutures, magistral, génial quand cet adjectif n’était pas mis à la portée de n’importe quel « chien coiffé », expression préférée de mon père pour qualifier les emmerdeurs et prétentieux patentés. Ustinov se confiait sur son art : « Je suis habitué aux critiques, je m’y attends et je pense que je suis à présent assez sûr de mon goût pour en faire fi, même si elles me restent sur le cœur. Nul artiste ne peut plaire à tout le monde et tout le temps. Il y a des moments où il doit nager à contre-courant, afin de progresser, d’évoluer ». Contrairement aux garçons de mon âge, j’aime les actrices fanées des années 1960, je ne me lasse pas de compulser les photos présentes dans le cahier intérieur de Martine Carol ou la vie de Martine Chérie, biographie écrite par Georges Debot aux éditions France Empire en 1979, douze ans après la mort de l’actrice. Sur une double page, sourire de faïence et seins conquérants, Martine nous présentait ses quatre maris à la parade : Steve Crane, Christian-Jaque, le docteur Rouveix et Mike Eland. Pourquoi les filles tristes nous touchent-elles plus que les autres ? J’ai une affection particulière pour Dany Carrel qui s’était livrée dans L’Annamite chez Robert Laffont en 1991. 

Je n’ai pas oublié Dany Carrel

On oublie trop souvent cette belle indochinoise, son jeu ample, émouvante aux larmes sans aucun artifice. La quatrième de couverture nous remettait les idées en place : « Comédienne de renom, Dany Carrel a joué avec les plus grands acteurs – Gérard Philippe, Jean Gabin, Pierre Brasseur, Romy Schneider… et metteurs en scène – René Clair, Julien Duvivier, Henri-Georges Clouzot ».

En fin de soirée, j’attaque les livres d’amateurs, les naufragés de l’édition, à manier avec précaution, ils sont sortis dans l’anonymat, on les découvre avec des prudences d’archéologues. La Châtaigne de l’immense Dominique Zardi, avec une préface de Paul-Loup Sulitzer chez Dualpha éditions en 2005. Tout concourt, l’auteur, le préfacier et la photo de couverture, à susciter notre curiosité, voire notre émerveillement devant un tel objet. Avec Zardi, on n’est jamais déçu : « Aujourd’hui tout m’enchante, mes coups durs, le fer chaud dans le corps, le froid des armes, la nostalgie du passé où mes ennemis deviennent des personnages nets et adorés personnels. L’armée, la geôle aussi, c’était beau, puisque c’était « mon passé ». La semaine prochaine, je vous parlerai de Russ Meyer !

Profession : menteur de François Perier – Le Pré aux Clercs

Cher moi de Peter Ustinov – Stock

Martine Carol ou la vie de Martine chérie de Georges Debot – éditions France-Empire

MARTINE CAROL, OU LA VIE DE MARTINE CHERIE

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L’Annamite de Dany Carrel – Robert Laffont

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La Châtaigne de Dominique Zardi – Dualpha éditions

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