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La grande peur de l’an 2020


Avec le Covid-19, le monde redécouvre les croyances populaires attachées aux grandes épidémies. Sans céder à la superstition, il faudrait savoir profiter de cette période de latence pour reconquérir autonomie et sens des limites.


Imprévisibles et invasives, les épidémies créent des situations de crise dont le caractère « apocalyptique » frappa déjà les Anciens : « Il est impossible de décrire les ravages de ce fléau ; il sévissait avec une violence inexprimable et comme inhumaine », écrit l’historien Thucydide de la peste d’Athènes (430 av. J.-C.). Différant en cela de la maladie, l’épidémie surgit tout à coup, sème l’épouvante puis disparaît, et le scénario de son passage est étonnamment constant à travers les âges : panique face à un mal venu d’un pays lointain – l’Éthiopie ou l’Asie centrale hier, la Chine aujourd’hui –, comportements irrationnels, relâchement des mœurs et des liens sociaux, catastrophe économique et démographique, migrations des villes vers les campagnes supposées plus sûres. Attisant les peurs et réveillant les pulsions asociales, l’épidémie est aussi, comme toutes les grandes catastrophes, un puissant révélateur anthropologique : tandis que certains risquent leur vie pour secourir autrui, d’autres se livrent au pillage et au stockage. Quand la mort rôde, pourquoi ne pas jouir de la vie à n’importe quel prix ?

La fuite d’autrefois

Les citadins qui ont été ces derniers temps critiqués pour avoir quitté la ville n’ont jamais fait que suivre instinctivement le conseil donné il y a vingt-cinq siècles par Hippocrate : « Pars vite et loin et reviens tard » ! Montaigne ne s’en est pas privé quand la peste ravageait Bordeaux (1585), ni avant lui les personnages du Décaméron de Boccace (1353), quittant Florence pour une villégiature où ils pouvaient s’adonner à des plaisirs intellectuels et charnels. Ce qu’on fuyait jadis était toutefois moins le confinement prophylactique que l’entassement des bien-portants et des malades dans des cités infestées par la maladie. Si la fuite semblait à l’époque la seule conduite sensée, c’est aussi qu’il existait encore un « ailleurs » où le risque paraissait moindre ; la notion de « contagion » étant alors mal connue des médecins. Depuis toujours amplifiée par les transits humains et les échanges commerciaux, la contamination a désormais le champ libre grâce à la mondialisation. L’épidémie planétaire de coronavirus met de ce fait en lumière, davantage que celles qui l’ont précédée (grippe aviaire, SRAS, Ebola), l’exiguïté de la Terre qui semble elle aussi confinée dans le système solaire, indifférent à la vulnérabilité des humains. Cloisonnant fébrilement après avoir ouvert à tous les vents, les Terriens découvrent qu’ils n’ont plus de retraite vraiment sûre, et aucun plan B dans une autre galaxie.

En dehors des quelques bravaches qui continuent de les trouver liberticides, les limites sont bel et bien redevenues nécessaires…

On ne parle pourtant que très rarement de « fléau » comme lors des grandes épidémies (typhus, choléra, variole) qui ont périodiquement décimé les populations européennes, telle la terrible « peste noire » au XIVe siècle. Le « fléau » (lat. pestis) fut en effet si étroitement associé à la peste que, celle-ci disparue, un changement de vocabulaire devint nécessaire ; la langue gardant néanmoins mémoire du traumatisme épidémique en rappelant qu’on n’a parfois de choix qu’entre la peste et le choléra. Mais c’est aussi que la médecine semblait avoir suffisamment progressé pour invalider la vieille croyance biblique en une malédiction divine punissant les hommes de leur inconduite au moyen des trois fléaux que sont la famine, la guerre et la peste. On pensait pouvoir dès lors réserver ce terme à d’autres calamités : génocides, dictatures sanguinaires, asservissements divers. Hitler ne fut pas à cet égard un « fléau » moins redoutable que la peste, ni l’idéologie nazie moins « contagieuse » que le coronavirus aujourd’hui. 

L’aléatoire reprend toujours plus ses droits

À travers chaque épidémie nouvelle, l’aléatoire reprend ses droits, et la fonction purificatrice du fléau, jadis mise en exergue par le discours théologique, tend à ressurgir sous un jour nouveau, en lien plus ou moins étroit avec la théorie du complot : Qui organise dans l’ombre une telle débâcle, et à quelles fins ? Car un fléau n’est pas une simple catastrophe s’abattant sur une population désarmée. C’est aussi la flèche centrale des anciennes balances qu’on voit dans la main des justiciers humains ou divins, et c’est enfin l’instrument agricole qui séparait le bon grain de l’ivraie lors du battage des céréales, comme le rappelle le père Paneloux dans La Peste d’Albert Camus (1947). Impitoyable et ravageuse, l’épidémie faisait alors figure de crible, de sas d’où les Justes sortiront non seulement indemnes, mais régénérés. Si plus personne, ou presque, n’ose l’affirmer de manière aussi moralisatrice, la question hante pourtant encore les esprits : de quel dérèglement le mal causé par ce virus pourrait-il bien être le symptôme, et de quelle équité supérieure le bras armé ?

L’idée qu’une épidémie touchant la collectivité soit le prix à payer pour une dérégulation de l’« ordre des choses » est une vieille hantise de la conscience occidentale depuis les tragiques grecs. Auteur involontaire de la souillure qui a attiré la peste sur la ville de Thèbes, dont il est devenu le roi, Œdipe devra s’exiler après avoir découvert son double forfait (parricide et inceste). Figure du Destin aveugle, mais implacable, l’épidémie s’éloigne dès que cessent la démesure ou la souillure. L’idée est donc vieille comme le monde que la corruption du chef puisse entraîner celle du corps social tout entier sur qui s’abat alors tel ou tel fléau. Idée irrationnelle il va sans dire, mais symboliquement forte, qui responsabilise au suprême degré une fonction qui est censée être aussi une mission. Alors que les peurs archaïques sont à peu près toujours les mêmes, le peuple se contente aujourd’hui d’espérer que les responsables politiques prendront les bonnes décisions puisque avec une épidémie, on passe « d’une clinique de l’individu à une biopolitique des populations [tooltips content= »Jean Lombard et Bernard Vandewalle, Philosophie de l’épidémie, Paris, L’Harmattan, 2007, p. 121. »][1][/tooltips]. » À supposer qu’une gestion rationnelle de la crise sanitaire vienne rapidement à bout du coronavirus, on se demande quel imaginaire transformera la morbidité ambiante en promesse de renouveau sans que la « leçon » délivrée par l’épidémie se transforme nécessairement en acte d’accusation ou de contrition.

Seattle, durant la pandémie de grippe espagnole, 1918. Images/SIPA - 1903141219- Mary Evans
Seattle, durant la pandémie de grippe espagnole, 1918.
Images/SIPA – 1903141219- Mary Evans

Parce qu’il est devenu bien réel, le risque de contamination fait de tous les citoyens du monde des « pestiférés » potentiels. Se souviendront-ils, après l’épidémie, qu’une communauté d’intouchables abolit de fait tout système des castes au profit d’autres hiérarchies, ou allons-nous simplement vers « l’unification microbienne du monde » (Le Roy Ladurie) ? Deviendrons-nous plus attentifs à d’autres formes de contamination qui laissent présager que les « épidémies psychiques » seront, comme le pensait Carl Gustav Jung, le fléau des temps à venir (Présent et avenir, 1958) ? Ainsi certains médias participent-ils à la transmission de ce virus qu’est la peur, aussi dangereux pour l’immunité psychique que celui contre lequel on se bat. Un art de la juste distance sera donc à réinventer, qui permettrait de différencier proximité et promiscuité, contagion et information.

Il était d’autre part de bon ton d’associer le repli sur soi à une forme « nauséabonde » de confinement. Mais ne voilà-t-il pas que les mauvaises odeurs virales viennent de l’extérieur et qu’il faut bien, pour s’en protéger, s’enfermer chez soi et redécouvrir l’utilité des limites qu’on se faisait fort de transgresser ou de vilipender. En dehors des quelques bravaches qui continuent de les trouver liberticides, les limites sont bel et bien redevenues nécessaires, et il va falloir s’en accommoder pour un temps encore indéterminé. Qui sait si on n’y trouvera pas finalement un repos de l’esprit, et un charme inattendu ? Les conseils, en attendant, pleuvent quant aux mille et une manières d’occuper ce temps immensément vide, mais rempli à ras bord d’anxiété. Savoir profiter de cette période de latence pour reconquérir son autonomie reste l’affaire de chacun, même si c’est bien au plan collectif ce qui va devenir prioritaire : collaborer, échanger, commercer et converser bien évidemment, mais aussi cesser de recevoir d’autrui la norme qui régit sa vie.

Restaurant une dignité perdue, l’autonomie renforce aussi l’immunité dont on a oublié qu’elle n’est pas un passe-droit dont abusent les puissants, mais une autorégulation bien plus subtile encore qu’une frontière, puisqu’elle permet à un organisme d’absorber sans danger ce qu’il est capable de neutraliser ou de transformer. Il serait temps qu’on s’aperçoive – Peter Sloterdijk est l’un des rares à l’avoir fait [tooltips content= »Voir en particulier Tu dois changer ta vie (trad. O. Mannoni), Paris, Libella-Maren Sell, 2011 et en dialogue avec Alain Finkielkraut, Les Battements du monde Paris, Fayard/Pluriel, 2005. »][2][/tooltips]– que les sociétés occidentales, ballottées entre arrogance et repentance, sont devenues des organismes immunodéficients dont l’intelligence reste vive, mais qui doivent de toute urgence réapprendre qu’on ne commet pas un crime contre l’humanité en survivant.

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Autant la peste semblait théâtrale et romanesque [tooltips content= »De cette abondante littérature on retiendra « Le théâtre et la peste » d’Antonin Artaud, Le Hussard sur le toit de Jean Giono et La Mort viennoise de Christiane Singer. »][3][/tooltips], autant le Covid-19 est à l’image d’un monde dont l’imaginaire est à la fois surexcité et appauvri. C’est un peu comme si l’on était passé de l’opéra baroque aux stridences glacées de la musique contemporaine. Peut-être trouvera-t-on dans quel style rendre un jour compte de cette épidémie, comme le fit après-coup Daniel Defoe de la grande peste de Londres (Journal de l’année de la peste, 1722) qui tua environ 20 % de la population (1665). Quant à l’éventuel retour de ce fléau, nous ne craignons rien puisque les milliers de rats qui prolifèrent dans Paris-poubelle, et sans doute ailleurs dans l’Hexagone, semblent pour l’heure en excellente santé.

Monseigneur de Belsunce pendant la peste de Marseille. Peinture de Francois Gerard (1770-1837) 1834 Dim. 2,58x1,91 m Marseille, musee des Beaux Arts © photo Josse/leemage
Monseigneur de Belsunce pendant la peste de Marseille. Peinture de Francois Gerard (1770-1837) 1834 Dim. 2,58×1,91 m Marseille, musee des Beaux Arts
© photo Josse/leemage

Gouvernement: le « risque zéro » pour feuille de route

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Un pays dont le gouvernement affirme que préserver la santé des citoyens « est la première préoccupation » devrait davantage nous inquiéter.


Imagine-t-on le général de Gaulle dire aux Français « prenez soin de vous » ? Que le Premier ministre ait conclu sa conférence de presse par ces mots autrefois réservés à la vie intime, en dit long sur l’évolution de notre rapport à l’État, une évolution à l’œuvre depuis longtemps, mais que l’épidémie pousse dans ses retranchements. 

Nous l’acceptons et en redemandons, l’État est aux manettes, de notre vie collective et de nos existences individuelles : pas l’État autoritaire, oppresseur, pour tout dire patriarcal, mais l’État nourricier et consolant, un État maternant, que le psychanalyste et écrivain Michel Schneider a baptisé Big Mother dès 2002. Cet État qui se manifeste moins par l’autorité que par la bonté répugne à montrer ses muscles quand cela serait nécessaire. En revanche, toute mère angoissée étant à ses heures abusive, il a la sollicitude étouffante et volontiers sermonneuse, comme le montre le zèle avec lequel policiers et gendarmes se sont mis à surveiller et punir des criminels en baskets et autres indisciplinés du confinement. 

SOS Français en détresse, j’écoute !

Puisque, comme nous l’a appris Agnès Buzyn, il n’y a plus de différence entre père et mère, disons qu’Édouard Philippe s’est montré très parental, donc un peu professoral sur les bords. Comme tous les parents, il répète pour que ça rentre – « lavez-vous les mains », « le 11 mai ne sera pas le 16 mars ». Et tel un prof soucieux de ne pas perdre le dernier de la classe, il souligne, en les redoublant, les phrases importantes : « la rentrée des classes sera progressive… La rentrée ne se fera pas en un jour ». Comme tout bon parent, nos gouvernants s’inquiètent pour nous. Olivier Véran nous a conseillé d’aller chez le psy si on se sentait mal. Le gouvernement va-t-il ouvrir une ligne « SOS Français en détresse » ? On pense à L’arrache-cœur, ce roman de Boris Vian dans lequel une mère, folle d’angoisse à force d’imaginer les dangers qui guettent ses bambins, finit par les mettre en cage. Allons-nous demander à l’État de nous mettre en cage pour nous protéger ? 

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Et puis, il y a eu cet aveu : « Préserver la santé des Français est notre première préoccupation ». En conséquence, assurer la continuité de la vie de la nation est seulement la deuxième. Bien entendu, il n’y a rien de choquant à ce qu’on s’inquiète de la santé des Français. Ce qui interroge, c’est que cette préoccupation jouisse d’une primauté de principe : n’est-ce pas la marque de peuples soucieux de sortir de l’Histoire ? Si de Gaulle avait pensé que la santé est plus importante que la continuité de la vie de la nation, il n’y aurait pas eu d’appel du 18 juin. La santé n’est pas une fin en soi, mais une condition du développement individuel et collectif (même si on peut être génial et malade). 

Le risque porté disparu

Cependant, il serait injuste de reprocher au gouvernement sa sollicitude. Elle répond en effet à une demande sociale irrésistible et folle de sécurité illimitée. Selon une étude CEVIPOF/Le Monde, 44 % des Français préfèreraient moins de démocratie mais plus d’efficacité

Dimanche, pendant de longues minutes, ce titre s’est affiché sur BFM : « Écoles : peut-on rouvrir sans risque ? ». Eh bien non, on ne peut pas. Mais, sauf à vivre sous protection intégrale, donc sous perfusion, il faudra bien les ouvrir. Accessoirement, la comparaison avec les soldats qui sortaient des tranchées est un brin indécente. Du reste, il faut se demander pourquoi, à l’inverse des professeurs, les plus âgés refusent, eux, d’avoir la vie sauve au prix de l’assignation à résidence. « Laissez-nous vivre », clament-ils. Ce qui signifie aussi « laissez-nous risquer de mourir ». 

Il ne s’agit évidemment pas de laisser agir l’épidémie sans rien faire. Que nous ayons sacrifié l’économie à la santé des plus fragiles témoigne en effet de notre humanité. Que nous refusions aujourd’hui de prendre le moindre risque témoignerait de notre lâcheté : avons-nous demandé aux caissières si elles voulaient risquer leur santé ? 

Le gouvernement, pour le coup, ne nous a pas raconté de craques. Il nous a bien expliqué que nous pouvions ralentir l’épidémie, pas l’arrêter. Entretemps, nous avons dimensionné notre système hospitalier de sorte qu’il puisse accueillir tous les malades. Désormais, comme l’a rappelé Edouard Philippe, nous devons vivre avec le virus. Autrement dit, tous ceux qui ne présentent pas de facteur aggravant vont devoir courir un risque – raisonnable, pas nul. 

La peur est légitime. Mais l’histoire humaine est faite de peurs surmontées, de risques affrontés et déjoués. Qu’on soit infirmier, professeur, vendeur ou banquier, on ne peut pas aller travailler sans risque. Et on ne peut pas non plus tomber amoureux, acheter une voiture d’occasion, découvrir l’Amérique ou un vaccin contre la rage sans risque. 

Vivre tue. Ce n’est pas une raison pour arrêter. 

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Le livre, objet de première nécessité

Je n’ai pas d’actions chez Amazon, et je n’ai aucune sympathie pour ce géant de la distribution responsable de la disparition de tant de libraires. J’ai lu en son temps le livre-témoignage de Jean-Baptiste Malet, En Amazonie (2013— glaçant et significatif) racontant le système d’exploitation et de flicage mis en place par la multinationale de Jeff Bezos : le livre est vendu en ligne par l’entreprise même qu’il dénonce et qui se fiche pas mal de ce que l’on pense d’elle, tant que les bénéfices sont au rendez-vous.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Le livre, un bien superflu?

Mais le jugement tout récemment rendu par le tribunal de Nanterre, qui sous prétexte de normes sanitaires, oblige la compagnie, sous astreinte d’une amende d’1 million d’euros par infraction constatée, à ne plus vendre que des biens « de première nécessité », est consternant. Une grande victoire pour le syndicat SUD, qui lutte de toutes ses forces contre toutes les formes d’oppression — y compris ethniques : SUD est ce syndicat pas du tout raciste ni antisémite qui organisait l’année dernière un stage interdit à toutes les personnes non « racisées ». Et qui vient donc, en ces temps de confinement et de reductio ad nihilum de la vie intellectuelle, d’interdire tout approvisionnement en livres, DVD et autres produits de divertissement. Sans doute ignorent-ils, à SUD, que le divertissement est essentiel à l’homme, qui ne peut demeurer en repos entre les quatre murs de sa prison ou de sa chambre, comme l’a souligné Pascal.

Ne pas ouvrir les librairies, c’est en outre nous livrer tout crus au rayon « livres » des grandes surfaces. Qui sait si les consommateurs ne finiront pas par croire, faute de points de comparaison, que les pets imprimés de Virginie Despentes ou Christine Angot, entre les rayons « salades » et « papier-toilette », sont des littératures de premier plan ?

Ou peut-être ne savent-ils pas lire, comme l’émeutier analphabète qui, dans un célèbre poème de Hugo (« À qui la faute ? », in l’Année terrible), avait mis le feu à la bibliothèque des Tuileries — 80 000 ouvrages, quand même… Le coronavirus non seulement fait des morts, mais il anéantit les bibliothèques et les librairies, puisqu’on interdit leur fréquentation. Double peine.

Le jugement a apparemment comblé aussi la CGT, dont les adhérents amazoniens renâclaient à empaqueter des sextoys, qui ne leur paraissaient pas correspondre à la définition des fournitures essentielles en cas de confinement (ils ne doivent pas savoir que Sade, à la Bastille, s’en fabriquaient d’énormes, en cire, pour se titiller la prostate). Ils ont toujours été puritains, à gauche — déjà en son temps l’Humanité avait violemment condamné Histoire d’O, accusé de propager des perversions bourgeoises. Un prolo, ça pratique la bête à deux dos et rien d’autre, madame. Ou remettez-vous en au régime bananes…

Le problème dépasse d’ailleurs largement Amazon. Bruno Le Maire s’est déclaré personnellement favorable à …

 >>> Lire la suite sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

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Pologne: Duda réélu dans un fauteuil?

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Depuis l’automne, tous les sondages promettent au président conservateur polonais Duda un score de dictateur africain, si bien que le coronavirus est venu stopper une campagne électorale qui n’avait jamais véritablement débuté. Le scrutin sera-t-il reporté ou organisé par correspondance ?


Le coronavirus est officiellement arrivé en Pologne le 4 mars, importé par un homme de 66 ans fraîchement rentré d’Allemagne par autocar. Au bord de la Vistule, on rigole déjà de ce vieillard passé maître dans l’art d’envahir son propre pays. Alors que la Pologne se préparait à commémorer les quinze ans de la mort du pape Jean-Paul II, la réaction du gouvernement a été relativement rapide. Dès le 11 mars, décision a été prise de suspendre le fonctionnement des écoles et des universités.

La France, ce repoussoir

La France a d’ailleurs immédiatement fait figure d’exemple à ne pas suivre. L’appel halluciné d’Emmanuel Macron du 12 mars à « ne pas céder au repli nationaliste » a été perçu comme une obscène curiosité gauloise. Dès le lendemain, la Pologne annonçait la fermeture de ses frontières ferroviaires et aériennes, le rétablissement des contrôles de passeports aux frontières terrestres ainsi que la limitation de l’entrée sur le territoire national à ses ressortissants et aux travailleurs étrangers enregistrés sur son sol. Le même jour, l’état de risque épidémique était instauré, mettant ainsi entre parenthèses la vie culturelle et sportive du pays. Le 20 mars, l’état épidémique était décrété.

Depuis, les rues sont quasiment désertes. Le télétravail est généralisé tandis que seuls ouvrent les magasins alimentaires, les pharmacies et les administrations indispensables. Le confinement de la population est généralisé au moins jusqu’au 3 mai et les possibilités de sortir limitées à quelques exceptions comme aller travailler, faire ses courses ou promener son chien avec obligation de se couvrir le visage. D’après un sondage SW Research, 81 % des Polonais approuvent l’action restrictive de leur gouvernement.

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Alors que la célébration des fêtes pascales a été compromise pour la première fois depuis la Seconde guerre mondiale, la population fait preuve d’une discipline remarquable. Dans ce pays encore ethniquement homogène, la police ne rapporte qu’un nombre infime de cas d’irrespect du confinement. Dans les cités de Varsovie, aucune attaque des forces de l’ordre par des « jeunes » n’a été rapportée. Étonnant lorsque l’on considère que les aides sociales proposées par le gouvernement polonais aux habitants des banlieues sont bien maigres en comparaison de ce que distribue généreusement son alter ego français.

Deux fois plus de respirateurs qu’en France

Alors que son système de santé a une réputation exécrable, la Pologne dispose de quelque 10 000 respirateurs, soit deux fois plus que la France, ce qui lui permet de se concentrer sur la production locale de 100 000 tests par semaine.

Le 10 avril, date du dixième anniversaire de la catastrophe aérienne de Smoleńsk ayant coûté la vie au président Lech Kaczyński ainsi qu’à une partie de l’élite du pays, le bilan de l’épidémie du Covid-19 s’élevait à 5 955 cas confirmés pour 181 décès. Plus que la pandémie elle-même, c’est l’imbroglio politique entourant l’élection présidentielle du mois prochain qui aiguise les passions médiatiques.

Il faut dire que le gouvernement de la « Droite Unie » dominé par le parti Droit et Justice, triomphalement reconduit en octobre 2019, refuse obstinément de repousser le premier tour prévu le 10 mai prochain malgré les protestations unanimes de l’opposition (de l’extrême gauche à la droite radicale) et la désapprobation de la population (qui souhaite à 77% un report du scrutin selon un sondage IBRiS en date du 30 mars). Dans un premier temps, le pouvoir a expliqué que tout allant pour le mieux dans le meilleur des mondes, il n’y avait aucune raison de modifier le calendrier électoral.

Le 28 mars, le Sejm votait cependant une première modification du code électoral permettant aux personnes de plus de 60 ans ainsi qu’aux individus placés en quarantaine de voter depuis chez eux. Le 3 avril, Jarosław Kaczyński déclarait qu’un report des élections serait « contraire à la Constitution » alors que celle-ci prévoit justement une telle possibilité en cas d’instauration de l’état d’urgence. Le 6 avril au soir, la procédure de vote par correspondance était étendue à l’ensemble des citoyens polonais et devenait la seule possibilité de participation au scrutin. Pour le parti de Jarosław Kaczyński, l’objectif est clair : il s’agit de tout faire pour que le scrutin puisse se tenir à la date prévue afin de consacrer la réélection du président Andrzej Duda.

Au secours, la crise arrive

Depuis l’automne, tous les sondages promettent en effet au locataire du palais du Belvédère un résultat de dictateur africain, si bien que le coronavirus est venu stopper une campagne électorale qui n’avait jamais véritablement débuté. Ainsi, une enquête IBRiS en date du 2 mars donnait Andrzej Duda en tête avec 41% de voix, suivi de la candidate libérale de la Plateforme Civique Małgorzata Kidawa-Błońska avec 23%, puis du candidat centriste du Parti paysan polonais Władysław Kosiniak-Kamysz avec 11%, du journaliste catholique de gauche « indépendant » (mais créé ex nihilo par l’élite médiatique) Szymon Hołownia avec 7%, du militant LGBT Robert Biedroń avec 6% et enfin du jeune nationaliste de la Confédération Krzysztof Bosak avec 5%, le tout avec 60% de participation.

Mais la direction du parti conservateur au pouvoir est pleinement consciente des potentielles conséquences politiques de la crise économique. Le « bouclier anticrise » de 212 milliards de zlotys mis en place afin de soutenir les entreprises, les travailleurs, le système de santé et les institutions financières est contesté de toutes parts, Krzysztof Bosak dénonçant une « bouée en béton » pour les petits patrons tandis que Robert Biedroń critique un dispositif « insuffisant » pour les salariés. Il est vrai que les mesures gouvernementales ne devraient pas permettre d’éviter l’enchaînement des banqueroutes et la progression du chômage. Une étude de la filiale polonaise du Crédit Agricole pronostique une augmentation massive du taux de chômage déclaré (ne prenant pas en compte le licenciement doublé d’un retour au pays massif de beaucoup de travailleurs ukrainiens) qui devrait atteindre 9,4% de la population active en juin alors qu’il n’était que de 5,5 % en février. Rien qu’au mois de mars, 58 700 entreprises polonaises avaient déjà suspendu (pour 80% d’entre elles) ou définitivement arrêté leurs activités, soit deux fois plus que l’année précédente à la même période. Un report du scrutin à l’automne ou même à l’année prochaine, alors que le virus n’aura selon toute vraisemblance pas été vaincu et que les mécontents seront nombreux, risquerait d’offrir une chance inespérée à l’opposition de reprendre des couleurs à défaut de reconquérir le pouvoir. Conscient de l’importance grandissante de la question sociale, le chef de l’Etat défend habilement les programmes d’aide aux familles et aux retraités mis en place depuis 2015 et traditionnellement attaqués par les libéraux.

Les libéraux ont dérivé à gauche

Ainsi la Plateforme Civique, principale force de l’opposition, a-t-elle très vite vu dans l’apparition du Coronavirus un cadeau béni des dieux. Le parti dirigé par Borys Budka n’a aucun intérêt à ce que l’élection puisse se tenir dans un mois et prône logiquement la proclamation de l’état de catastrophe naturelle afin de permettre le report du scrutin à l’année prochaine. L’ancienne formation de Donald Tusk, autrefois de centre-droit avant de dériver à gauche, est en effet devenue au fil des ans un simple cartel électoral rassemblant le bloc élitaire sur la seule base d’une « opposition totale » au gouvernement populiste de Droit et Justice, si besoin « avec le soutien de la rue et de l’étranger » (selon une expression prisée de la droite). Une posture qui est la principale cause de la déconfiture structurelle du parti. Autre raison directe de la débandade des libéraux, l’absence de personnalité de la candidate retenue pour concourir à l’élection présidentielle. La falote sociologue varsovienne Małgorzata Kidawa-Błońska a été envoyée au charbon par les ténors de son parti qui, à couteaux tirés les uns contre les autres, ne voulaient pas assumer la responsabilité d’une défaite jugée dès le départ inévitable. Celle qui n’a à ce jour publié aucun programme électoral se contente d’épuiser ses larmes de crocodile en évoquant les difficultés techniques et les risques de fraudes qui seraient liés à l’organisation du scrutin. Le 29 mars, la candidate de la Plateforme Civique a logiquement appelé au boycott de l’élection et annoncé la suspension de sa campagne.

Passage en force

Des signes de désunion sont cependant apparus sous le soleil radieux de la « Droite Unie ». Quelques heures avant l’enregistrement du vote par correspondance par le Sejm, le vice-Premier ministre Jarosław Gowin démissionnait de son poste sans pour autant faire sortir son petit parti Entente de la coalition gouvernementale. Pour cause, l’ancien leader de la branche conservatrice de la Plateforme Civique rallié en 2015 à la droite avait eu l’audace de proposer un compromis aux députés de la majorité et de l’opposition consistant à modifier la Constitution afin de permettre à Andrzej Duda de rester exceptionnellement aux affaires deux ans de plus (mais sans possibilité de se représenter) et d’organiser le scrutin une fois l’ordre revenu. Un crime de lèse-majesté vain mais payé comptant.

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Il est impossible de savoir si Droit et Justice sortira vainqueur de son passage en force, ni même de savoir si l’élection sera effectivement maintenue. Les médias de droite et la télévision publique TVP appellent en tout cas quotidiennement à l’unité du peuple autour de l’État et du gouvernement tout en traquant les comportements antinationaux d’une opposition dénoncée comme irresponsable.

Un retrait conjoint ?

C’est qu’une participation plus importante que prévue pourrait définitivement achever la Plateforme civique. Les sondages les plus récents indiquent tous un creusement spectaculaire de l’écart entre le candidat présidentiel et ses concurrents sur fond de participation certes réduite mais en progression exponentielle au fur et à mesure que la perspective de la tenue du scrutin se précise. Ainsi, une nouvelle étude IBRiS en date du 7 avril annonce une victoire dès le premier tour d’Andrzej Duda avec 53% des voix, très loin devant un Władysław Kosiniak-Kamysz doublant sur le fil avec 12,5% une Małgorzata Kidawa-Błońska larguée en troisième position avec 11%. Robert Biedroń avec 7%, Szymon Hołownia avec 5% et Krzysztof Bosak avec 3% seraient largement distancés alors que la participation s’élèverait à 36%. Craignant une déconvenue fatale, les libéraux implorent désormais les autres candidats d’opposition d’organiser un retrait conjoint afin qu’Andrzej Duda se retrouve seul face à lui-même, seul moyen d’empêcher légalement la tenue de l’élection. Une stratégie évidemment non-suivie par les intéressés qui veulent voir les cartes rebattues.

Dans le doute, Droit et Justice peut de toute façon déjà compter sur une parade imparable. Le 23 mars, le célèbre brasseur de bière Marek Jakubiak a annoncé avoir rassemblé du fond de sa quarantaine les 140 000 signatures de citoyens nécessaires à l’enregistrement de sa candidature, lui qui n’avait obtenu que 3 500 voix aux législatives d’octobre 2019. Une candidature dénoncée comme fantoche par le quotidien de la gauche morale Gazeta Wyborcza, qui accuse le pouvoir d’avoir engagé tout ce que le pays compte de Biélorusses, Russes et Ukrainiens oisifs pour ficeler en un rien de temps l’affaire. Des allégations en cours de vérification par le Procureur régional de Varsovie.

Nuage de Tchernobyl: la fake news devenue mythe

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Contrairement à une rumeur lancée avec succès en 1986 par des militants antinucléaires, le gouvernement français n’a jamais dit que le nuage de Tchernobyl n’allait pas survoler la France. Tout au plus sa communication a été particulièrement maladroite, imprécise et désinvolte. Mais jamais trompeuse. Retour sur l’enchaînement des faits. Article paru dans le N°3 du magazine Transitions & Energies.


Dans l’imaginaire collectif, la catastrophe de Tchernobyl incarne toutes les craintes liées à l’énergie nucléaire et tous les mensonges et manipulations des dirigeants et des gouvernements. Il n’y a presque pas de différence faite entre le pouvoir soviétique, qui porte la responsabilité de la catastrophe en ayant fermé les yeux sur les défauts majeurs de ses centrales et en ayant caché la réalité de l’accident, et les gouvernements occidentaux et notamment français accusés d’avoir eux aussi dissimulé la vérité. Nucléaire et complots semblent indissociables.

La réalité des faits et de leur enchaînement est tout autre. Le gouvernement français n’a jamais dissimulé la vérité et n’a jamais dit ou même sous-entendu que le nuage radioactif n’allait pas survoler la France. Une fake news créée et relayée par des écologistes antinucléaires devenue depuis un mythe. Au point qu’il est suspect aujourd’hui de le dénoncer. Et pourtant… La communication gouvernementale en France après la catastrophe de Tchernobyl a été maladroite, tardive, floue, mais jamais trompeuse. Voilà comment les choses se sont réellement passées en avril et mai 1986.

Moscou nie

L’accident survient le 26 avril 1986. L’URSS le cache. L’opacité est totale de l’autre côté du rideau de fer. L’alerte n’est donnée que deux jours plus tard en Suède. Le pays détecte, au matin du 28 avril, un niveau de radioactivité très supérieur à la normale dans différentes régions. Des experts trouvent du graphite dans les particules radioactives et pensent immédiatement à une centrale soviétique de type RBMK qui utilise du graphite comme modérateur. Moscou, interrogé, nie d’abord… puis confirme l’accident dans la journée du 28 avril dans une dépêche laconique : elle reconnaît qu’un incident a eu lieu à Tchernobyl, en Ukraine, et assure que « toutes les mesures sont prises » pour résoudre le problème… Rien de plus. En Russie, en fait, à ce moment-là, c’est la panique pour trouver les moyens d’arrêter l’incendie à ciel ouvert du réacteur et l’envoi de particules radioactives en grande quantité dans l’atmosphère.

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En France, le Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI), qui dépend du ministère de la Santé, est prévenu ce même 28 avril. Des avions d’Air France décollent, équipés de filtres pour recueillir les poussières, et des moyens de mesure sont mobilisés sur une trentaine de sites.

L’apparition du Professeur Pellerin

Dans le journal télévisé de 13 heures du 29 avril, les Français découvrent celui qui deviendra le visage de l’événement : le professeur Pierre Pellerin qui dirige le SCPRI. Il expose alors les valeurs mesurées en becquerels en Suède de l’ordre de 10 Bq/mÑ, proches de la radioactivité naturelle. Il explique : « C’est une activité notable, mesurable, mais qui ne présente aucun inconvénient sur le plan de la santé publique. […] Je voudrais bien dire clairement que, même pour les Scandinaves, la santé n’est pas menacée. »

On rappelle dans les éditions suivantes que le fait que le nuage arrive ou non en France dépend de la météo. Dans un bulletin devenu célèbre, une présentatrice explique qu’un anticyclone semble alors protéger la France des vents en provenance de l’est jusqu’au 2 mai, ce qui est, au moment où elle parle, parfaitement exact.

Brigitte Simonetta déclare que l’anticyclone des Açores, qui se trouve alors au-dessus de la France, « restera jusqu’à vendredi prochain [le 2 mai] suffisamment puissant pour offrir une véritable barrière de protection » à la France. « Il bloque en effet toutes les perturbations venues de l’est », poursuit la speakerine. Sur la carte, un panneau « stop » vient même s’afficher sur la frontière franco-allemande pour illustrer cette prévision. Il s’agit d’une prévision météo à trois jours. Rien de plus.

Dès le 30 avril, la météo change et les…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Transitions & Energies <<<

Pendant la crise, le business victimaire de Rokhaya Diallo reste ouvert!

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Rokhaya Diallo a encore frappé. Dans une tribune destinée à TRT World, média d’État turc pro-Erdogan, elle déclare solennellement : « Le coronavirus révèle un autre virus : le privilège blanc. »


Avant d’aller plus loin et d’analyser ce qui fonde cette déclaration tonitruante, rappelons quelques hauts faits antiracistes de Dame Diallo. 

Racistes un jour, racistes toujours

Personnalité médiatique proche du Parti des Indigènes de la République d’Houria Bouteldja, Rokhaya Diallo lutte contre le racisme. De quelle manière ? En justifiant les réunions ou festivals non mixtes, c’est-à-dire sans Blancs : « Les réunions afroféministes non mixtes n’ont en aucun cas vocation à proposer un projet de société ségrégationniste définitif puisqu’elles s’inscrivent dans la temporalité d’un événement ponctuel. Elles offrent à leurs participantes une échappatoire, une zone de respiration dans une société oppressive », écrit-elle sur le site Slate.fr le 2 juin 2017. Bon. Et lorsque certains lui font remarquer que sa conception de l’antiracisme ressemble furieusement à celle du racisme, Madame Diallo retourne l’argument en citant une spécialiste de la mouvance décoloniale et anti-raciste à la mode des indigénistes, Françoise Vergès : « Ce n’est pas la non-mixité qui dérange, c’est qu’elle soit pratiquée par des femmes noires. » Racistes un jour, racistes toujours, tels sont les Blancs de ce pays qui pratique un « racisme d’État », selon elle. 

Passons rapidement sur ce racisme d’État attesté par le CAP de coiffure qui « ne sanctionne que les compétences relatives aux cheveux lisses, [et] n’inclut pas d’apprentissage obligatoire relatif aux cheveux frisés ou crépus », ainsi que par le pansement médical blanc, trop blanc aux yeux de Rokhaya Diallo, et arrivons donc à cette nouvelle démonstration de la réalité des « privilèges blancs » que la crise sanitaire que nous traversons met en évidence…

Le coup du passeport

« Les personnes bénéficiant d’un passeport privilégié découvrent ce que l’on ressent lorsqu’on est limité dans sa liberté de circulation » écrit Madame Diallo qui ne laisse d’abord que sous-entendre ce qu’est un « passeport privilégié » ; mais qui très rapidement nous éclaire : il s’agit du passeport des Européens qui n’ont « jamais eu à se soucier de ce que l’on ressent lorsqu’on n’a pas accès à un pays en raison de son pays d’origine. »

A lire aussi: Pour Rokhaya Diallo, le racisme anti-Blancs n’est pas du racisme

Le Sénégal arrêtant le trafic aérien des avions en provenance de la France, de l’Italie ou de l’Espagne, les pays européens comprennent maintenant ce qu’ils font subir à tous ceux auxquels ils refusent ou rendent difficile leur accès, écrit Rokhaya Diallo à qui il a fallu « un certain temps pour digérer la réalité actuelle inversée » mais qui sort réjouie de cette indigestion momentanée. Nous voyagions aisément partout avec notre passeport français, alors que les immigrés aux peaux plus colorées avaient les plus grandes difficultés ! Voilà l’Occident puni par là où il a péché.

Confondant voyages touristiques, d’affaires ou ethnologiques, et migration de masse, elle n’hésite pas à comparer l’Occidental « considéré comme un expatrié libre et aventureux et admiré pour sa curiosité à l’égard du monde » et le « migrant » considéré, lui, comme un « fardeau » par ceux qui ne l’ont pas invité. Il semblerait bien que, pour Rokhaya Diallo, les millions de migrants qui tentent l’aventure sur le continent européen ne soient que de curieux anthropologues ayant décidé de s’intéresser d’un peu plus près à ces peuplades lointaines et occidentales. « Tristes Portiques », écrira sûrement l’un d’eux après avoir été repoussé au seuil de ces contrées sauvages et racistes.

Justice est faite

Mais, nous dit Rokhaya Diallo, justice est enfin faite : un groupe de touristes italiens a été refoulé du sol tunisien et a ainsi vécu le calvaire du migrant refoulé. Quinze autres touristes italiens ont été expulsés de Mauritanie et profiteront sûrement de cette expérience pour accueillir les prochains migrants sur les côtes italiennes les bras ouverts. Au Maroc, ce sont des Français qui ont été bloqués à l’aéroport et ont « provoqué des incidents majeurs ». 130 000 citoyens français sont bloqués hors de leur pays et « beaucoup d’entre eux se plaignent d’être rejetés par la population locale, comme des victimes de la peste », et sûrement commencent à concevoir l’enfer de ces populations qu’égoïstement nous repoussons ou parquons porte de la Chapelle.

Le passeport est un privilège lorsqu’il est occidental car il est un « “sésame ouvert” (sic) magique, tandis que d’autres mènent à des portes fermées. » Madame Diallo va un peu vite et oublie que les migrants se déplacent sans aucun passeport ou pièce d’identité qui pourrait préciser l’âge du migrant ou le pays d’origine, et que c’est ce qui rend par conséquent souvent impossible son renvoi sur la terre natale. Racistes comme jamais, nous les prenons alors en charge médicalement et financièrement à hauteur de nos capacités, lesquelles connaissent, elles, des limites.

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De plus, Rokhaya Diallo associe indirectement l’occidentalité et la blancheur de peau. Est-ce à dire qu’une personne non blanche ne peut pas être occidentale ?

Quoi qu’il en soit, cette pandémie aura au moins obligé les Blancs privilégiés à éprouver la stigmatisation et le rejet que connaissent trop souvent les touristes soudanais, érythréens et autres hommes d’affaires albanais et géorgiens ou ethnologues maliens. La notion de « migrant fluctue ». Soyons assurés, avec Madame Diallo, que les futurs déplacements massifs et désintéressés des pérégrins africains seront vus d’un tout autre œil désormais. Les futures et nombreuses migrations seront enfin vues pour ce qu’elles sont en réalité : des évènements touristiques sans plus d’incidence que ceux qui font le succès de la place Saint Marc, de la Tour de Londres, de la Médina de Marrakech ou des plages bretonnes au moment des vacances estivales.

Mort sans ordonnance


Le traitement du docteur Raoult contre le Covid-19 ne fait pas l’unanimité. Mais qu’a-t-on à perdre réellement?


Peut-être qu’au moment où sera publiée cette chronique la situation aura changé. Il restera quoi qu’il en soit le souvenir d’une impéritie gravissime.

En effet, si le traitement du docteur Raoult contre le Covid-19 fonctionne, le temps perdu aura coûté de nombreuses vies.

Et s’il ne marche pas ?

J’y viens…

Je ne suis pas un sachant, je le sais…

Je ne suis pas de ceux qui critiquent ce gouvernement pour le manque de masques ou de tests. Il faudrait critiquer tous les décideurs dans ce domaine depuis le départ de Roselyne Bachelot.

Je ne suis pas de ceux qui reprochent à qui que ce soit de ne pas avoir prévu ce qui allait arriver.

Le propre d’une pandémie est d’être inattendue, violente et rapidement invasive. Sans quoi elle serait restée épidémie, contrôlée et maintenue dans son territoire d’origine.

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Le seul point sur lequel tout le monde peut se rejoindre est que personne ne sait, à ce jour (30 mars), s’il existe une ou plusieurs molécules efficaces pour lutter contre le Covid-19.

Et en l’absence de certitudes que reste-t-il pour trancher ?

La conviction personnelle ? L’instinct ? Le bon sens ?

Le pari.

Le génie de Pascal est d’abandonner toute argumentation sur le bien-fondé d’un choix (situation angoissante dans laquelle nous sommes) pour se demander ce qui serait profitable à celui qui se pose la question.

Dit de manière plus triviale : le moins mal à défaut du meilleur.

Pascal applique ce raisonnement à la question de l’existence de Dieu, tentant de prouver qu’une personne rationnelle a tout intérêt à croire en lui, qu’il existe ou non.

En effet, si Dieu n’existe pas, le croyant et le non-croyant ne perdent rien ou presque à croire.

En revanche, si Dieu existe, le croyant gagne le paradis tandis que le non-croyant est enfermé en enfer pour l’éternité.

Puisque le professeur Raoult est qualifié de gourou, voyons si nous avons intérêt à croire que son dieu Hydroxychloroquine est efficace…

Oui, si je suis malade, je veux la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

1) Elle s’avère inefficace : je ne perds rien puisqu’il n’y avait de toute façon pas d’autre traitement.

2) Elle s’avère effectivement efficace : je gagne tout. Je suis guéri.

Non, je ne veux surtout pas la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

1) Elle s’avère inefficace : je n’ai donc rien perdu.

2) Elle s’avère efficace : j’ai tout perdu. Je suis même peut-être mort…

J’entends par avance les cris indignés des sachants : les effets secondaires !

Tous les effets secondaires possibles et imaginables sont connus (et il y en a : endommagement de la rétine, problèmes cardiaques…), ils peuvent être anticipés avec les précautions adéquates, ils sont identifiés dès leur apparition et on sait parfaitement jusqu’à quel point on peut les tolérer en regard du bénéfice du traitement ou au contraire stopper le traitement qui deviendrait dangereux pour certains patients.

En leur nom, on interdit l’usage contre le Covid-19, pendant 10 jours, d’un médicament que les patients atteints de lupus absorbent quotidiennement depuis des décennies !

Il est bon de rappeler que même le Doliprane peut avoir des effets secondaires indésirables, parfois très graves comme un brusque gonflement du visage et du cou pouvant entraîner une difficulté à respirer (œdème de Quincke) ou un malaise brutal avec baisse importante de la pression artérielle (choc anaphylactique).

Vous ne me croirez pas : le Doliprane est en vente libre ! Que fait la police ?!

Puisque les sachants ne peuvent s’accorder sur ce qu’il faut sachoir, cette affaire n’est plus scientifique, mais politique.

Le propre des grands dirigeants politiques est de savoir prendre le risque de décider. La rigueur scientifique est indispensable et précieuse. En temps normal.

Mais lorsque l’avion est en feu, il n’est plus temps de distribuer des sacs avec ou sans parachute pour vérifier que c’est bien le parachute qui empêche les passagers de s’écraser au sol comme des merdes.

Or, vous avez beau leur dire, à nos sachants et gouvernants, que vous voulez ce parachute, car même s’il ne s’ouvrait pas, votre sort ne serait pas différent de ce qui vous attend si vous sautez sans lui, ils ne céderont pas. Dans votre intérêt vous dis-je…

Le bas peuple est certes ignorant, mais pas dénué d’instinct de survie.

Le choix indéfendable des responsables politiques français est de prendre le risque de laisser mourir des centaines de personnes afin de ne pas prescrire une substance dont l’effet thérapeutique n’est certes pas prouvé, mais dont les éventuels effets secondaires sont parfaitement maîtrisés.

Appliquons le pari de Pascal à leur dilemme :

Tu autorises la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

1) Ça marche : tu as tout gagné

2) Ça ne marche pas : tu as tout perdu et seras à jamais celui qui a conduit le peuple à un remède inefficace comme Fabius est associé au sang contaminé.

Tu interdis la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

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1) Ça ne marche pas : tu as tout gagné

2) Ça marche. Tu n’as rien perdu. Tu n’as fait qu’observer les règles de l’art par souci de ne pas arriver à des drames. Si ça marche, c’est un heureux hasard et tu t’en réjouis. Mais ça aurait pu ne pas marcher… Tu as potentiellement évité un drame au peuple.

Seraient-ils avant tout préoccupés par leur avenir pour ne pas oser avoir tort ?

Merci Pascal.

La rentrée du peloton aura bien lieu!

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En septembre, le Tour de France se promènera de ville en ville 


Nous avons tous un petit vélo dans la tête qui tourne à plat. Le confinement, à défaut de renforcer notre cardio, fait pédaler notre imaginaire. Chaque soir, nous refaisons une étape de montagne, nous rêvons à ces échappées solitaires qui explosent en carte de France sur nos draps de lin blanc. Au réveil, aucune hôtesse pour nous féliciter ou nous offrir une peluche à la crinière sauvage. Les couronnes de fleurs sont mortuaires en ce moment. Nous passons des nuits agitées depuis que l’incertitude plane sur l’épreuve reine du calendrier. Car, cet été, le peloton ne passera pas dans notre ville. Dans un premier temps, nous avons dû encaisser cette mauvaise nouvelle. Des milliers de camping-caristes dépressifs pensaient même revendre leur résidence secondaire mobile, les sponsors dans le rouge se demandaient comment boucler le budget des équipes, les coureurs ruminaient des heures durant sur leur home-trainer et l’Union Cycliste Internationale jouait sa survie sportive. Le vélo sans le Tour, c’est comme un confiné sans son autorisation de se déplacer. Un mois de juillet sans la caravane publicitaire et c’est tout une nation qui vacille, nos départements qui s’effritent, nos congés payés qui ont le parfum des cahiers de vacances. 

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Notre identité s’est construite au bord des routes, l’oreille collée à la radio, l’attente sous un cagnard d’enfer, le pique-nique avec du à « l’ail » ou du salami, les bouteilles d’Orangina trop chaudes, les pronostics de pépé rappelant une anecdote de Geminiani ou de Darrigade, l’analyse scientifique d’un voisin expert en bordures, puis la délivrance enfin de voir les champions filer à la vitesse d’une mobylette sur le pas de notre porte. Ah oui, cette communion populaire marque durablement notre pays, lui donne son ossature, sa stabilité mentale aussi. Un peuple qui aime ses cyclistes, forçats du bitume, durs à la peine et au mal, rachète son âme devant n’importe quel dieu. Cette année, le Covid-19 n’aura pas la peau des Alpes, des Pyrénées, de l’arrivée sur les Champs, des cols, de la grêle, des sprints, etc… Le barnum de notre enfance s’élancera le week-end du 29-30 août de Nice puis prendra la direction de Sisteron, Orcières-Merlette, Villard-de-Lans, Mont Aigoual, il pointera sa « fable ronde » sur la façade atlantique du côté de Ré et d’Oléron, pour basculera à tribord, traversant l’Auvergne jusqu’à Champagnole, à quelques kilomètres de l’Helvétie. En septembre, nous aurons certainement les jambes en coton mais le cœur à la reconquête de notre territoire intime. J’ai hâte d’entendre l’ami Christian Laborde, poète vélocipédique et fabuleux conteur faire chanter les gloires du présent et du passé de son accent rocailleux, dans ses chroniques radio magistrales. L’Académie française devrait penser à lui, elle a déjà loupé Blondin. Je sais qu’il piétine d’impatience dans son refuge palois.

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En France, il y a le point zéro au pied de Notre-Dame, le mètre-étalon à Sèvres et le Tour pour structurer notre pensée. Souvenons-nous de ce qu’écrivait René Fallet dans L’Équipe en juillet 1967 : « Le Tour 40 n’eut pas lieu et il nous fallut attendre 1947 pour qu’un Vietto vieilli mais toujours Vietto servît de trait d’union tumultueux entre l’avant-guerre et l’après. Le Tour recommençait, cette jolie saison qui ne se brouille qu’à l’occasion des conflits mondiaux. Que ceux qui veulent sa perte y songent. Quand le Tour n’a pas lieu, les catastrophes sont à la porte ». Espérons que la crise sanitaire sera jugulée d’ici là. Nous pensons à nos frères italiens si durement touchés. Dans cette autre patrie du cyclisme, on vénère les champions, on garde en mémoire pieusement leurs noms. Je suis toujours autant ému en relisant l’article de Jean Bobet sur la mort de Fausto Coppi en 1960. L’Italie pleurait alors son idole. « Une foule silencieuse et recueillie de paysans descendus de toutes les vallées, de touristes surpris par l’affreuse nouvelle, de sportifs effondrés, amis accourus de tout le pays », ajoutant ces mots : « Je n’ai pas eu le courage enfin de présenter mes hommages à la Signora Giulia Occhini, que l’actualité a désignée sous le nom de la Dame Blanche et qui n’était en ce jour qu’une épave folle de douleur ». Le vélo, c’est ça des larmes et du sang, un spectacle aussi merveilleux qu’injuste qui met les Hommes face à leurs limites. Alors, comment ne pas être saisi, à soixante-dix ans d’écart, par cette phrase de Jacques Godet évoquant le Tour 1949 et le duel tactique entre Coppi et Bartali : « Étrange Tour de France, plus passionnant peut-être dans ses conclusions et par les problèmes qu’il pose pour l’avenir, que par son développement même ». Entre nous, quelle plus belle saison que septembre pour voir les coureurs jouer du dérailleur, vivement la rentrée !

Déconfinement: la fausse bonne idée du vélo


Edouard Philippe nous l’a rappelé hier: “la vie d’avant”, c’est pas avant longtemps. La preuve, c’est que même les Parisiens les plus réactionnaires vont devoir passer à la mobilité douce et au vélo s’ils veulent retourner travailler. C’est Anne Hidalgo qui va être contente !


Depuis l’annonce de la date de la levée progressive du confinement, prévue le 11 mai, le gouvernement d’Edouard Philippe est à la manœuvre pour mettre en place une stratégie de déconfinement dans un esprit d’anticipation qui avait largement fait défaut jusqu’à présent. Chaque ministère est tenu de plancher sur sa feuille de route pour organiser la France d’après. Ainsi, Elisabeth Borne phosphore en ce moment sur les futures mobilités coronavirus-compatibles. 

Pour ce faire, la ministre de la Transition écologique et solidaire a fait appel, lundi dernier, aux lumières de Pierre Serne, élu écologiste au Conseil régional d’Ile-de-France et président du réseau des « Villes et territoires cyclables », officine qui milite pour un développement durable éco-responsable et sans frontière… Sa mission ? Réfléchir à l’instauration d’un plan vélo post-confinement. Objectif : favoriser les déplacements à bicyclette pour désengorger des transports en commun devenus les clusters mobiles que l’on sait, le virus comptant bien séjourner encore quelque temps sur notre territoire. 

La voiture, alliée antivirus écartée

« Tout le monde s’accorde à dire qu’après l’épidémie il y aura un rejet collectif des transports en commun » constate Pierre Serne. Dans la bouche de celui qui est aussi porte-parole de Génération S, mouvement créé par l’éternel perdant du parti socialiste Benoît Hamon, cette remarque sonne bizarrement. Longtemps défendus pour leurs vertus écologiques et leur égalitarisme bienfaiteur – au point d’en occulter leur lente dégradation – les transports en commun sont donc considérés comme un repoussoir ? Il semble dorénavant que oui. Effet pervers du coronavirus: métros, bus, tramways, mais aussi covoiturage et copartage ont mauvaise presse. Tous ces moyens de transports collectifs, dont l’usage contribuait à diminuer la pollution de l’air et par ricochet à mieux faire respirer les Parisiens, se retournent en arme fatale pour la santé individuelle et nationale. La logique bien huilée (sans palme) de l’idéologie écologiste déraille, mais il n’est pas sûr que nous en soyons définitivement débarrassés.

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« Si on ne veut pas prendre le métro, le bus ou le car pour se rendre au travail par crainte de la contagion, il faudra bien qu’on puisse se déplacer » poursuit Pierre Serne en prenant bien soin d’exclure la voiture. Dans le futur Paris déconfiné, la voiture reste bannie. No pasaran. Peu importe la plongée fulgurante des ventes de véhicules neufs et l’inquiétude grandissante des constructeurs automobiles français touchés de plein fouet par les répercussions de la crise sanitaire, sans parler des millions de chômeurs potentiels. Pas question de céder au « lobby automobile ».

Aveuglé par son dogmatisme anticarbonne, l’élu écologiste ne voit pas que l’automobiliste, confiné seul dans sa voiture, ne prend ni le risque d’être contaminé ni de contaminer les autres. Espace clos, symbole ultime de la liberté individuelle de se déplacer selon notre bon vouloir, la voiture est le meilleur allié pour briser la chaine de transmission du virus tout en nous permettant de reprendre une vie normale ! Mais pour Pierre Serne, il est impossible de reconnaître que ce moyen de transport individuel reste le mode de déplacement le plus sécurisant qui soit, avec la marche à pied, sans piétiner ses convictions écologiques chevillées au corps et détricoter la politique anti voiture, menée tambour battant, par la maire sortante, Anne Hidalgo. 

Réhabiliter l’engin pollueur reviendrait à rouvrir les voies sur berges et la voie Georges Pompidou afin de fluidifier la circulation qui va, très certainement, se densifier fortement à la levée du confinement et d’éviter les futurs embouteillages monstres sur les quais supérieurs. O Sacrilège ! Hors de question. Épidémie ou pas, pour les écologistes, la voiture reste et restera diabolisée. Ennemie à tout jamais de la planète, elle sera toujours accusée d’embouteiller, de polluer et de tuer.

Tous à vélo, sans oublier la distanciation sociale !

C’est donc le vélo qui est plébiscité pour le déconfinement à Paris. La pandémie ne fait que renforcer la position écologiste sur l’usage et la circulation du vélo dans la capitale qui impulse la politique de la ville depuis le plan Vélib’ lancé sous la mandature de Bertrand Delanoë en 2007. Preuve que le monde d’après n’a rien de nouveau et que la célèbre maxime de Lampedusa « il faut que tout change pour que rien ne change » est toujours d’actualité. 

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Le vélo, ce grand protecteur de la couche d’ozone, est plus que jamais adoubé par ses thuriféraires, adeptes de la « circulation douce », selon la syntaxe choisie par notre maire sortante, papesse de la végétalisation de la Ville Lumière. Et aujourd’hui, à l’heure du coronavirus, en plus de la planète, le vélo sauverait des vies. En effet, comme l’explique Pierre Serne, il est « particulièrement adapté à la situation qu’on va vivre, à la reprise des activités. À vélo, on a une forme de distanciation sociale qui correspond à peu près à ce qui s’impose. » 

Peut-être. Mais encore faut-il que les cyclistes non propriétaires de la petite reine et donc utilisateurs de vélos en libre-service aient leurs gourdes de gel hydro alcoolique à portée de main. Rappelons que la transmission manuportée est l’un des principaux modes de contamination. Louer un Vélib’ pour se déplacer dans le Paris déconfiné ne sera donc pas sans risque. 

Mais pour la pensée écologiste, imaginer un cycliste les mains sales sur son Vélib, crachant ses poumons gravement infectés de Covid-19, et grillant priorités et feux rouges comme n’importe quel chauffard, ne va absolument pas de soi. Car un cycliste est par nature, un individu respectueux de son environnement, qui mange et respire bio et qui sauve la planète et les générations futures en pédalant, n’est-ce pas ?

Chine 1 – France 0 ?

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Jean-Yves Le Drian a convoqué l’ambassadeur de Chine la semaine passée pour des propos inconvenants, mais notre égocentrisme n’aura peut-être pas le dernier mot


Le 28 mars, l’ambassadeur de Chine, Lu Shaye, écrivait dans un billet incisif, que « les pays asiatiques, dont la Chine, ont été particulièrement performants dans leur lutte contre le Covid-19, parce qu’ils ont le sens de la collectivité et du civisme qui fait défaut aux démocraties occidentales ». Panique au Ministère des Affaires étrangères, la République blessée dans son égo, l’ambassadeur trublion convoqué par Jean-Yves Le Drian, la France ne se laisserait sermonner par des contrées où l’on mange des chauves-souris sans réagir.

« Rares sont ceux qui pèchent par discipline »

Pourtant, qui a oublié les vols de masques chirurgicaux dans nos hôpitaux? Qui a oublié que selon le secrétaire d’Etat Laurent Nuñez, « ce n’est pas une priorité que de faire respecter le confinement dans certains quartiers »? Qui n’a pas été choqué par ces centaines de badauds massés devant un supermarché de Seine-Saint-Denis le 17 mars? Qui a oublié ces hordes de Parisiens s’agglutiner dans des wagons pour s’exiler dans « les territoires » le même jour? L’incivisme qu’évoque l’ambassadeur n’a pas d’étiquette sociale. Les joggeurs qui envahissent le bitume parisien et frôlent parfois de paisibles flâneurs ne viennent pas des classes défavorisées. Dans les quartiers bobo de la capitale, certains riverains se moquent de la distanciation sociale ou autres « gestes barrière ». Et les flics n’y sont passé que deux ou trois fois depuis le 17 mars. Les faits sont donc là. « Rares sont ceux qui pèchent par discipline », nous a pourtant prévenus Maître Confucius.

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Pas de panique, nous pouvons dormir tranquilles. En pleine crise sanitaire, la Ligue des Droits de l’Homme ou autres adversaires professionnels des « mesures liberticides » restent aux aguets, prêts à pousser des cris d’orfraie à la moindre initiative qui enfreigne la « liberté de circulation». Dans cette campagne pour nos libertés, ils ont trouvé de nouveaux chevaliers. Élisabeth Lévy s’est interrogée: « Sommes-nous prêts à tout sacrifier pour échapper au risque du Covid? ». Et même le très bonapartiste Eric Zemmour, celui qui d’ordinaire fustige le progressisme, ce « millénarisme qui fait de l’individu un Dieu, et de nos volontés jusqu’au caprice, un droit sacré et divin» [tooltips content= »Discours de la Convention de la Droite, 28 septembre 2019″](1)[/tooltips], s’érige désormais en héraut de la défense des libertés individuelles et fait la guerre au confinement. Quelle mouche les a donc piqués?

L’universalisme a ses frontières

Ces fourbes de Chinois auraient menti sur les chiffres. Voilà de quoi nous soulager. 5 000 morts dans un pays de 1,4 milliard d’habitants, cela serait de la toute petite bière. Faisons donc une hypothèse, allons-y franchement : 200 000 morts. Cela donne un Chinois sur 7000 qui aurait rendu son âme. Prenons maintenant la France, ses 67 millions de veinards et ses 20 000 morts. Je ne voudrais pas nous inquiéter, mais cela fait un Français sur 3 350 qui a rendu l’âme. On peut jaser tant qu’on veut sur la noblesse de notre démocratie face aux régimes autoritaires, on peut continuer à estimer que notre modèle hérité des Lumières est le meilleur au monde, le fait est que face à un minuscule virus, ce modèle dont nous sommes si fiers pèse une plume.

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Et que l’on se rassure, notre France ne prend pas du tout le chemin d’une dictature. Que ceux qui prétendent le contraire aillent faire un tour aux Philippines ou en Ouzbékistan pour s’en convaincre! 

Mais il s’agirait d’admettre enfin, bien que ça me fasse mal au cœur de l’écrire, que la France n’est plus le phare du monde. L’ambassadeur de Chine n’a fait qu’appuyer là où ça fait mal. La réaction quasi épidermique du Ministère des Affaires étrangères révèle l’angoisse d’un pays qui fustige les autres – en l’occurrence la Chine – parce qu’il ne sait même plus où il veut aller. Comme l’a dit l’éclairé Hubert Védrine sur les ondes de France Culture[tooltips content= »Emission A voix nue, épisode 5, vendredi 17 avril 2020″](2)[/tooltips], « c’est très bien l’universalisme, c’est bien d’avoir des idées qui dépassent le petit groupe auquel vous appartenez ; mais si l’univers tout entier ne le considère pas comme universel, c’est qu’il y a un bug dans le raisonnement ».

Le manque de civisme pointé par l’importun Lu Shaye en témoigne: c’est peut-être déplorable, mais notre modèle hérité des Lumières ne fait pas l’unanimité. Je ne suis même pas sûr que le milliard et demi de Chinois aimerait vivre en France par les temps présents. Depuis trop d’années, notre narcissisme nous a fait croire que nous étions invincibles. Il n’en est rien. « Que ferons-nous de cette épreuve ? », s’est interrogé l’écrivain Sylvain Tesson dans les colonnes du Figaro. Remettre en question notre égocentrisme serait un bon début. 

La grande peur de l’an 2020

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Monseigneur de Belsunce pendant la peste de Marseille. Peinture de Francois Gerard (1770-1837) 1834 Dim. 2,58x1,91 m Marseille, musee des Beaux Arts ©photo Josse/leemage

Avec le Covid-19, le monde redécouvre les croyances populaires attachées aux grandes épidémies. Sans céder à la superstition, il faudrait savoir profiter de cette période de latence pour reconquérir autonomie et sens des limites.


Imprévisibles et invasives, les épidémies créent des situations de crise dont le caractère « apocalyptique » frappa déjà les Anciens : « Il est impossible de décrire les ravages de ce fléau ; il sévissait avec une violence inexprimable et comme inhumaine », écrit l’historien Thucydide de la peste d’Athènes (430 av. J.-C.). Différant en cela de la maladie, l’épidémie surgit tout à coup, sème l’épouvante puis disparaît, et le scénario de son passage est étonnamment constant à travers les âges : panique face à un mal venu d’un pays lointain – l’Éthiopie ou l’Asie centrale hier, la Chine aujourd’hui –, comportements irrationnels, relâchement des mœurs et des liens sociaux, catastrophe économique et démographique, migrations des villes vers les campagnes supposées plus sûres. Attisant les peurs et réveillant les pulsions asociales, l’épidémie est aussi, comme toutes les grandes catastrophes, un puissant révélateur anthropologique : tandis que certains risquent leur vie pour secourir autrui, d’autres se livrent au pillage et au stockage. Quand la mort rôde, pourquoi ne pas jouir de la vie à n’importe quel prix ?

La fuite d’autrefois

Les citadins qui ont été ces derniers temps critiqués pour avoir quitté la ville n’ont jamais fait que suivre instinctivement le conseil donné il y a vingt-cinq siècles par Hippocrate : « Pars vite et loin et reviens tard » ! Montaigne ne s’en est pas privé quand la peste ravageait Bordeaux (1585), ni avant lui les personnages du Décaméron de Boccace (1353), quittant Florence pour une villégiature où ils pouvaient s’adonner à des plaisirs intellectuels et charnels. Ce qu’on fuyait jadis était toutefois moins le confinement prophylactique que l’entassement des bien-portants et des malades dans des cités infestées par la maladie. Si la fuite semblait à l’époque la seule conduite sensée, c’est aussi qu’il existait encore un « ailleurs » où le risque paraissait moindre ; la notion de « contagion » étant alors mal connue des médecins. Depuis toujours amplifiée par les transits humains et les échanges commerciaux, la contamination a désormais le champ libre grâce à la mondialisation. L’épidémie planétaire de coronavirus met de ce fait en lumière, davantage que celles qui l’ont précédée (grippe aviaire, SRAS, Ebola), l’exiguïté de la Terre qui semble elle aussi confinée dans le système solaire, indifférent à la vulnérabilité des humains. Cloisonnant fébrilement après avoir ouvert à tous les vents, les Terriens découvrent qu’ils n’ont plus de retraite vraiment sûre, et aucun plan B dans une autre galaxie.

En dehors des quelques bravaches qui continuent de les trouver liberticides, les limites sont bel et bien redevenues nécessaires…

On ne parle pourtant que très rarement de « fléau » comme lors des grandes épidémies (typhus, choléra, variole) qui ont périodiquement décimé les populations européennes, telle la terrible « peste noire » au XIVe siècle. Le « fléau » (lat. pestis) fut en effet si étroitement associé à la peste que, celle-ci disparue, un changement de vocabulaire devint nécessaire ; la langue gardant néanmoins mémoire du traumatisme épidémique en rappelant qu’on n’a parfois de choix qu’entre la peste et le choléra. Mais c’est aussi que la médecine semblait avoir suffisamment progressé pour invalider la vieille croyance biblique en une malédiction divine punissant les hommes de leur inconduite au moyen des trois fléaux que sont la famine, la guerre et la peste. On pensait pouvoir dès lors réserver ce terme à d’autres calamités : génocides, dictatures sanguinaires, asservissements divers. Hitler ne fut pas à cet égard un « fléau » moins redoutable que la peste, ni l’idéologie nazie moins « contagieuse » que le coronavirus aujourd’hui. 

L’aléatoire reprend toujours plus ses droits

À travers chaque épidémie nouvelle, l’aléatoire reprend ses droits, et la fonction purificatrice du fléau, jadis mise en exergue par le discours théologique, tend à ressurgir sous un jour nouveau, en lien plus ou moins étroit avec la théorie du complot : Qui organise dans l’ombre une telle débâcle, et à quelles fins ? Car un fléau n’est pas une simple catastrophe s’abattant sur une population désarmée. C’est aussi la flèche centrale des anciennes balances qu’on voit dans la main des justiciers humains ou divins, et c’est enfin l’instrument agricole qui séparait le bon grain de l’ivraie lors du battage des céréales, comme le rappelle le père Paneloux dans La Peste d’Albert Camus (1947). Impitoyable et ravageuse, l’épidémie faisait alors figure de crible, de sas d’où les Justes sortiront non seulement indemnes, mais régénérés. Si plus personne, ou presque, n’ose l’affirmer de manière aussi moralisatrice, la question hante pourtant encore les esprits : de quel dérèglement le mal causé par ce virus pourrait-il bien être le symptôme, et de quelle équité supérieure le bras armé ?

L’idée qu’une épidémie touchant la collectivité soit le prix à payer pour une dérégulation de l’« ordre des choses » est une vieille hantise de la conscience occidentale depuis les tragiques grecs. Auteur involontaire de la souillure qui a attiré la peste sur la ville de Thèbes, dont il est devenu le roi, Œdipe devra s’exiler après avoir découvert son double forfait (parricide et inceste). Figure du Destin aveugle, mais implacable, l’épidémie s’éloigne dès que cessent la démesure ou la souillure. L’idée est donc vieille comme le monde que la corruption du chef puisse entraîner celle du corps social tout entier sur qui s’abat alors tel ou tel fléau. Idée irrationnelle il va sans dire, mais symboliquement forte, qui responsabilise au suprême degré une fonction qui est censée être aussi une mission. Alors que les peurs archaïques sont à peu près toujours les mêmes, le peuple se contente aujourd’hui d’espérer que les responsables politiques prendront les bonnes décisions puisque avec une épidémie, on passe « d’une clinique de l’individu à une biopolitique des populations [tooltips content= »Jean Lombard et Bernard Vandewalle, Philosophie de l’épidémie, Paris, L’Harmattan, 2007, p. 121. »][1][/tooltips]. » À supposer qu’une gestion rationnelle de la crise sanitaire vienne rapidement à bout du coronavirus, on se demande quel imaginaire transformera la morbidité ambiante en promesse de renouveau sans que la « leçon » délivrée par l’épidémie se transforme nécessairement en acte d’accusation ou de contrition.

Seattle, durant la pandémie de grippe espagnole, 1918. Images/SIPA - 1903141219- Mary Evans
Seattle, durant la pandémie de grippe espagnole, 1918.
Images/SIPA – 1903141219- Mary Evans

Parce qu’il est devenu bien réel, le risque de contamination fait de tous les citoyens du monde des « pestiférés » potentiels. Se souviendront-ils, après l’épidémie, qu’une communauté d’intouchables abolit de fait tout système des castes au profit d’autres hiérarchies, ou allons-nous simplement vers « l’unification microbienne du monde » (Le Roy Ladurie) ? Deviendrons-nous plus attentifs à d’autres formes de contamination qui laissent présager que les « épidémies psychiques » seront, comme le pensait Carl Gustav Jung, le fléau des temps à venir (Présent et avenir, 1958) ? Ainsi certains médias participent-ils à la transmission de ce virus qu’est la peur, aussi dangereux pour l’immunité psychique que celui contre lequel on se bat. Un art de la juste distance sera donc à réinventer, qui permettrait de différencier proximité et promiscuité, contagion et information.

Il était d’autre part de bon ton d’associer le repli sur soi à une forme « nauséabonde » de confinement. Mais ne voilà-t-il pas que les mauvaises odeurs virales viennent de l’extérieur et qu’il faut bien, pour s’en protéger, s’enfermer chez soi et redécouvrir l’utilité des limites qu’on se faisait fort de transgresser ou de vilipender. En dehors des quelques bravaches qui continuent de les trouver liberticides, les limites sont bel et bien redevenues nécessaires, et il va falloir s’en accommoder pour un temps encore indéterminé. Qui sait si on n’y trouvera pas finalement un repos de l’esprit, et un charme inattendu ? Les conseils, en attendant, pleuvent quant aux mille et une manières d’occuper ce temps immensément vide, mais rempli à ras bord d’anxiété. Savoir profiter de cette période de latence pour reconquérir son autonomie reste l’affaire de chacun, même si c’est bien au plan collectif ce qui va devenir prioritaire : collaborer, échanger, commercer et converser bien évidemment, mais aussi cesser de recevoir d’autrui la norme qui régit sa vie.

Restaurant une dignité perdue, l’autonomie renforce aussi l’immunité dont on a oublié qu’elle n’est pas un passe-droit dont abusent les puissants, mais une autorégulation bien plus subtile encore qu’une frontière, puisqu’elle permet à un organisme d’absorber sans danger ce qu’il est capable de neutraliser ou de transformer. Il serait temps qu’on s’aperçoive – Peter Sloterdijk est l’un des rares à l’avoir fait [tooltips content= »Voir en particulier Tu dois changer ta vie (trad. O. Mannoni), Paris, Libella-Maren Sell, 2011 et en dialogue avec Alain Finkielkraut, Les Battements du monde Paris, Fayard/Pluriel, 2005. »][2][/tooltips]– que les sociétés occidentales, ballottées entre arrogance et repentance, sont devenues des organismes immunodéficients dont l’intelligence reste vive, mais qui doivent de toute urgence réapprendre qu’on ne commet pas un crime contre l’humanité en survivant.

A lire aussi: Coronavirus, il n’y aura plus de retour à la normale

Autant la peste semblait théâtrale et romanesque [tooltips content= »De cette abondante littérature on retiendra « Le théâtre et la peste » d’Antonin Artaud, Le Hussard sur le toit de Jean Giono et La Mort viennoise de Christiane Singer. »][3][/tooltips], autant le Covid-19 est à l’image d’un monde dont l’imaginaire est à la fois surexcité et appauvri. C’est un peu comme si l’on était passé de l’opéra baroque aux stridences glacées de la musique contemporaine. Peut-être trouvera-t-on dans quel style rendre un jour compte de cette épidémie, comme le fit après-coup Daniel Defoe de la grande peste de Londres (Journal de l’année de la peste, 1722) qui tua environ 20 % de la population (1665). Quant à l’éventuel retour de ce fléau, nous ne craignons rien puisque les milliers de rats qui prolifèrent dans Paris-poubelle, et sans doute ailleurs dans l’Hexagone, semblent pour l’heure en excellente santé.

Monseigneur de Belsunce pendant la peste de Marseille. Peinture de Francois Gerard (1770-1837) 1834 Dim. 2,58x1,91 m Marseille, musee des Beaux Arts © photo Josse/leemage
Monseigneur de Belsunce pendant la peste de Marseille. Peinture de Francois Gerard (1770-1837) 1834 Dim. 2,58×1,91 m Marseille, musee des Beaux Arts
© photo Josse/leemage

Gouvernement: le « risque zéro » pour feuille de route

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Le Premier ministre Edouard Philippe a tenu une conférence de presse le 19 avril © Stephane Lemouton -POOL/SIPA Numéro de reportage: 00955965_000060

 


Un pays dont le gouvernement affirme que préserver la santé des citoyens « est la première préoccupation » devrait davantage nous inquiéter.


Imagine-t-on le général de Gaulle dire aux Français « prenez soin de vous » ? Que le Premier ministre ait conclu sa conférence de presse par ces mots autrefois réservés à la vie intime, en dit long sur l’évolution de notre rapport à l’État, une évolution à l’œuvre depuis longtemps, mais que l’épidémie pousse dans ses retranchements. 

Nous l’acceptons et en redemandons, l’État est aux manettes, de notre vie collective et de nos existences individuelles : pas l’État autoritaire, oppresseur, pour tout dire patriarcal, mais l’État nourricier et consolant, un État maternant, que le psychanalyste et écrivain Michel Schneider a baptisé Big Mother dès 2002. Cet État qui se manifeste moins par l’autorité que par la bonté répugne à montrer ses muscles quand cela serait nécessaire. En revanche, toute mère angoissée étant à ses heures abusive, il a la sollicitude étouffante et volontiers sermonneuse, comme le montre le zèle avec lequel policiers et gendarmes se sont mis à surveiller et punir des criminels en baskets et autres indisciplinés du confinement. 

SOS Français en détresse, j’écoute !

Puisque, comme nous l’a appris Agnès Buzyn, il n’y a plus de différence entre père et mère, disons qu’Édouard Philippe s’est montré très parental, donc un peu professoral sur les bords. Comme tous les parents, il répète pour que ça rentre – « lavez-vous les mains », « le 11 mai ne sera pas le 16 mars ». Et tel un prof soucieux de ne pas perdre le dernier de la classe, il souligne, en les redoublant, les phrases importantes : « la rentrée des classes sera progressive… La rentrée ne se fera pas en un jour ». Comme tout bon parent, nos gouvernants s’inquiètent pour nous. Olivier Véran nous a conseillé d’aller chez le psy si on se sentait mal. Le gouvernement va-t-il ouvrir une ligne « SOS Français en détresse » ? On pense à L’arrache-cœur, ce roman de Boris Vian dans lequel une mère, folle d’angoisse à force d’imaginer les dangers qui guettent ses bambins, finit par les mettre en cage. Allons-nous demander à l’État de nous mettre en cage pour nous protéger ? 

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Et puis, il y a eu cet aveu : « Préserver la santé des Français est notre première préoccupation ». En conséquence, assurer la continuité de la vie de la nation est seulement la deuxième. Bien entendu, il n’y a rien de choquant à ce qu’on s’inquiète de la santé des Français. Ce qui interroge, c’est que cette préoccupation jouisse d’une primauté de principe : n’est-ce pas la marque de peuples soucieux de sortir de l’Histoire ? Si de Gaulle avait pensé que la santé est plus importante que la continuité de la vie de la nation, il n’y aurait pas eu d’appel du 18 juin. La santé n’est pas une fin en soi, mais une condition du développement individuel et collectif (même si on peut être génial et malade). 

Le risque porté disparu

Cependant, il serait injuste de reprocher au gouvernement sa sollicitude. Elle répond en effet à une demande sociale irrésistible et folle de sécurité illimitée. Selon une étude CEVIPOF/Le Monde, 44 % des Français préfèreraient moins de démocratie mais plus d’efficacité

Dimanche, pendant de longues minutes, ce titre s’est affiché sur BFM : « Écoles : peut-on rouvrir sans risque ? ». Eh bien non, on ne peut pas. Mais, sauf à vivre sous protection intégrale, donc sous perfusion, il faudra bien les ouvrir. Accessoirement, la comparaison avec les soldats qui sortaient des tranchées est un brin indécente. Du reste, il faut se demander pourquoi, à l’inverse des professeurs, les plus âgés refusent, eux, d’avoir la vie sauve au prix de l’assignation à résidence. « Laissez-nous vivre », clament-ils. Ce qui signifie aussi « laissez-nous risquer de mourir ». 

Il ne s’agit évidemment pas de laisser agir l’épidémie sans rien faire. Que nous ayons sacrifié l’économie à la santé des plus fragiles témoigne en effet de notre humanité. Que nous refusions aujourd’hui de prendre le moindre risque témoignerait de notre lâcheté : avons-nous demandé aux caissières si elles voulaient risquer leur santé ? 

Le gouvernement, pour le coup, ne nous a pas raconté de craques. Il nous a bien expliqué que nous pouvions ralentir l’épidémie, pas l’arrêter. Entretemps, nous avons dimensionné notre système hospitalier de sorte qu’il puisse accueillir tous les malades. Désormais, comme l’a rappelé Edouard Philippe, nous devons vivre avec le virus. Autrement dit, tous ceux qui ne présentent pas de facteur aggravant vont devoir courir un risque – raisonnable, pas nul. 

La peur est légitime. Mais l’histoire humaine est faite de peurs surmontées, de risques affrontés et déjoués. Qu’on soit infirmier, professeur, vendeur ou banquier, on ne peut pas aller travailler sans risque. Et on ne peut pas non plus tomber amoureux, acheter une voiture d’occasion, découvrir l’Amérique ou un vaccin contre la rage sans risque. 

Vivre tue. Ce n’est pas une raison pour arrêter. 

Big Mother: Psychopathologie de la vie politique

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Le livre, objet de première nécessité

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Site d'Amazon à Saran, près d'Orléans © PATRICK GELY/SIPA Numéro de reportage: 00956406_000020

Je n’ai pas d’actions chez Amazon, et je n’ai aucune sympathie pour ce géant de la distribution responsable de la disparition de tant de libraires. J’ai lu en son temps le livre-témoignage de Jean-Baptiste Malet, En Amazonie (2013— glaçant et significatif) racontant le système d’exploitation et de flicage mis en place par la multinationale de Jeff Bezos : le livre est vendu en ligne par l’entreprise même qu’il dénonce et qui se fiche pas mal de ce que l’on pense d’elle, tant que les bénéfices sont au rendez-vous.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Le livre, un bien superflu?

Mais le jugement tout récemment rendu par le tribunal de Nanterre, qui sous prétexte de normes sanitaires, oblige la compagnie, sous astreinte d’une amende d’1 million d’euros par infraction constatée, à ne plus vendre que des biens « de première nécessité », est consternant. Une grande victoire pour le syndicat SUD, qui lutte de toutes ses forces contre toutes les formes d’oppression — y compris ethniques : SUD est ce syndicat pas du tout raciste ni antisémite qui organisait l’année dernière un stage interdit à toutes les personnes non « racisées ». Et qui vient donc, en ces temps de confinement et de reductio ad nihilum de la vie intellectuelle, d’interdire tout approvisionnement en livres, DVD et autres produits de divertissement. Sans doute ignorent-ils, à SUD, que le divertissement est essentiel à l’homme, qui ne peut demeurer en repos entre les quatre murs de sa prison ou de sa chambre, comme l’a souligné Pascal.

Ne pas ouvrir les librairies, c’est en outre nous livrer tout crus au rayon « livres » des grandes surfaces. Qui sait si les consommateurs ne finiront pas par croire, faute de points de comparaison, que les pets imprimés de Virginie Despentes ou Christine Angot, entre les rayons « salades » et « papier-toilette », sont des littératures de premier plan ?

Ou peut-être ne savent-ils pas lire, comme l’émeutier analphabète qui, dans un célèbre poème de Hugo (« À qui la faute ? », in l’Année terrible), avait mis le feu à la bibliothèque des Tuileries — 80 000 ouvrages, quand même… Le coronavirus non seulement fait des morts, mais il anéantit les bibliothèques et les librairies, puisqu’on interdit leur fréquentation. Double peine.

Le jugement a apparemment comblé aussi la CGT, dont les adhérents amazoniens renâclaient à empaqueter des sextoys, qui ne leur paraissaient pas correspondre à la définition des fournitures essentielles en cas de confinement (ils ne doivent pas savoir que Sade, à la Bastille, s’en fabriquaient d’énormes, en cire, pour se titiller la prostate). Ils ont toujours été puritains, à gauche — déjà en son temps l’Humanité avait violemment condamné Histoire d’O, accusé de propager des perversions bourgeoises. Un prolo, ça pratique la bête à deux dos et rien d’autre, madame. Ou remettez-vous en au régime bananes…

Le problème dépasse d’ailleurs largement Amazon. Bruno Le Maire s’est déclaré personnellement favorable à …

 >>> Lire la suite sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

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Pologne: Duda réélu dans un fauteuil?

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Meeting du président Duda, février 2020. Authors: Czarek Sokolowski/AP/SIPA; Feature Reference: AP22429024_000001

Depuis l’automne, tous les sondages promettent au président conservateur polonais Duda un score de dictateur africain, si bien que le coronavirus est venu stopper une campagne électorale qui n’avait jamais véritablement débuté. Le scrutin sera-t-il reporté ou organisé par correspondance ?


Le coronavirus est officiellement arrivé en Pologne le 4 mars, importé par un homme de 66 ans fraîchement rentré d’Allemagne par autocar. Au bord de la Vistule, on rigole déjà de ce vieillard passé maître dans l’art d’envahir son propre pays. Alors que la Pologne se préparait à commémorer les quinze ans de la mort du pape Jean-Paul II, la réaction du gouvernement a été relativement rapide. Dès le 11 mars, décision a été prise de suspendre le fonctionnement des écoles et des universités.

La France, ce repoussoir

La France a d’ailleurs immédiatement fait figure d’exemple à ne pas suivre. L’appel halluciné d’Emmanuel Macron du 12 mars à « ne pas céder au repli nationaliste » a été perçu comme une obscène curiosité gauloise. Dès le lendemain, la Pologne annonçait la fermeture de ses frontières ferroviaires et aériennes, le rétablissement des contrôles de passeports aux frontières terrestres ainsi que la limitation de l’entrée sur le territoire national à ses ressortissants et aux travailleurs étrangers enregistrés sur son sol. Le même jour, l’état de risque épidémique était instauré, mettant ainsi entre parenthèses la vie culturelle et sportive du pays. Le 20 mars, l’état épidémique était décrété.

Depuis, les rues sont quasiment désertes. Le télétravail est généralisé tandis que seuls ouvrent les magasins alimentaires, les pharmacies et les administrations indispensables. Le confinement de la population est généralisé au moins jusqu’au 3 mai et les possibilités de sortir limitées à quelques exceptions comme aller travailler, faire ses courses ou promener son chien avec obligation de se couvrir le visage. D’après un sondage SW Research, 81 % des Polonais approuvent l’action restrictive de leur gouvernement.

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Alors que la célébration des fêtes pascales a été compromise pour la première fois depuis la Seconde guerre mondiale, la population fait preuve d’une discipline remarquable. Dans ce pays encore ethniquement homogène, la police ne rapporte qu’un nombre infime de cas d’irrespect du confinement. Dans les cités de Varsovie, aucune attaque des forces de l’ordre par des « jeunes » n’a été rapportée. Étonnant lorsque l’on considère que les aides sociales proposées par le gouvernement polonais aux habitants des banlieues sont bien maigres en comparaison de ce que distribue généreusement son alter ego français.

Deux fois plus de respirateurs qu’en France

Alors que son système de santé a une réputation exécrable, la Pologne dispose de quelque 10 000 respirateurs, soit deux fois plus que la France, ce qui lui permet de se concentrer sur la production locale de 100 000 tests par semaine.

Le 10 avril, date du dixième anniversaire de la catastrophe aérienne de Smoleńsk ayant coûté la vie au président Lech Kaczyński ainsi qu’à une partie de l’élite du pays, le bilan de l’épidémie du Covid-19 s’élevait à 5 955 cas confirmés pour 181 décès. Plus que la pandémie elle-même, c’est l’imbroglio politique entourant l’élection présidentielle du mois prochain qui aiguise les passions médiatiques.

Il faut dire que le gouvernement de la « Droite Unie » dominé par le parti Droit et Justice, triomphalement reconduit en octobre 2019, refuse obstinément de repousser le premier tour prévu le 10 mai prochain malgré les protestations unanimes de l’opposition (de l’extrême gauche à la droite radicale) et la désapprobation de la population (qui souhaite à 77% un report du scrutin selon un sondage IBRiS en date du 30 mars). Dans un premier temps, le pouvoir a expliqué que tout allant pour le mieux dans le meilleur des mondes, il n’y avait aucune raison de modifier le calendrier électoral.

Le 28 mars, le Sejm votait cependant une première modification du code électoral permettant aux personnes de plus de 60 ans ainsi qu’aux individus placés en quarantaine de voter depuis chez eux. Le 3 avril, Jarosław Kaczyński déclarait qu’un report des élections serait « contraire à la Constitution » alors que celle-ci prévoit justement une telle possibilité en cas d’instauration de l’état d’urgence. Le 6 avril au soir, la procédure de vote par correspondance était étendue à l’ensemble des citoyens polonais et devenait la seule possibilité de participation au scrutin. Pour le parti de Jarosław Kaczyński, l’objectif est clair : il s’agit de tout faire pour que le scrutin puisse se tenir à la date prévue afin de consacrer la réélection du président Andrzej Duda.

Au secours, la crise arrive

Depuis l’automne, tous les sondages promettent en effet au locataire du palais du Belvédère un résultat de dictateur africain, si bien que le coronavirus est venu stopper une campagne électorale qui n’avait jamais véritablement débuté. Ainsi, une enquête IBRiS en date du 2 mars donnait Andrzej Duda en tête avec 41% de voix, suivi de la candidate libérale de la Plateforme Civique Małgorzata Kidawa-Błońska avec 23%, puis du candidat centriste du Parti paysan polonais Władysław Kosiniak-Kamysz avec 11%, du journaliste catholique de gauche « indépendant » (mais créé ex nihilo par l’élite médiatique) Szymon Hołownia avec 7%, du militant LGBT Robert Biedroń avec 6% et enfin du jeune nationaliste de la Confédération Krzysztof Bosak avec 5%, le tout avec 60% de participation.

Mais la direction du parti conservateur au pouvoir est pleinement consciente des potentielles conséquences politiques de la crise économique. Le « bouclier anticrise » de 212 milliards de zlotys mis en place afin de soutenir les entreprises, les travailleurs, le système de santé et les institutions financières est contesté de toutes parts, Krzysztof Bosak dénonçant une « bouée en béton » pour les petits patrons tandis que Robert Biedroń critique un dispositif « insuffisant » pour les salariés. Il est vrai que les mesures gouvernementales ne devraient pas permettre d’éviter l’enchaînement des banqueroutes et la progression du chômage. Une étude de la filiale polonaise du Crédit Agricole pronostique une augmentation massive du taux de chômage déclaré (ne prenant pas en compte le licenciement doublé d’un retour au pays massif de beaucoup de travailleurs ukrainiens) qui devrait atteindre 9,4% de la population active en juin alors qu’il n’était que de 5,5 % en février. Rien qu’au mois de mars, 58 700 entreprises polonaises avaient déjà suspendu (pour 80% d’entre elles) ou définitivement arrêté leurs activités, soit deux fois plus que l’année précédente à la même période. Un report du scrutin à l’automne ou même à l’année prochaine, alors que le virus n’aura selon toute vraisemblance pas été vaincu et que les mécontents seront nombreux, risquerait d’offrir une chance inespérée à l’opposition de reprendre des couleurs à défaut de reconquérir le pouvoir. Conscient de l’importance grandissante de la question sociale, le chef de l’Etat défend habilement les programmes d’aide aux familles et aux retraités mis en place depuis 2015 et traditionnellement attaqués par les libéraux.

Les libéraux ont dérivé à gauche

Ainsi la Plateforme Civique, principale force de l’opposition, a-t-elle très vite vu dans l’apparition du Coronavirus un cadeau béni des dieux. Le parti dirigé par Borys Budka n’a aucun intérêt à ce que l’élection puisse se tenir dans un mois et prône logiquement la proclamation de l’état de catastrophe naturelle afin de permettre le report du scrutin à l’année prochaine. L’ancienne formation de Donald Tusk, autrefois de centre-droit avant de dériver à gauche, est en effet devenue au fil des ans un simple cartel électoral rassemblant le bloc élitaire sur la seule base d’une « opposition totale » au gouvernement populiste de Droit et Justice, si besoin « avec le soutien de la rue et de l’étranger » (selon une expression prisée de la droite). Une posture qui est la principale cause de la déconfiture structurelle du parti. Autre raison directe de la débandade des libéraux, l’absence de personnalité de la candidate retenue pour concourir à l’élection présidentielle. La falote sociologue varsovienne Małgorzata Kidawa-Błońska a été envoyée au charbon par les ténors de son parti qui, à couteaux tirés les uns contre les autres, ne voulaient pas assumer la responsabilité d’une défaite jugée dès le départ inévitable. Celle qui n’a à ce jour publié aucun programme électoral se contente d’épuiser ses larmes de crocodile en évoquant les difficultés techniques et les risques de fraudes qui seraient liés à l’organisation du scrutin. Le 29 mars, la candidate de la Plateforme Civique a logiquement appelé au boycott de l’élection et annoncé la suspension de sa campagne.

Passage en force

Des signes de désunion sont cependant apparus sous le soleil radieux de la « Droite Unie ». Quelques heures avant l’enregistrement du vote par correspondance par le Sejm, le vice-Premier ministre Jarosław Gowin démissionnait de son poste sans pour autant faire sortir son petit parti Entente de la coalition gouvernementale. Pour cause, l’ancien leader de la branche conservatrice de la Plateforme Civique rallié en 2015 à la droite avait eu l’audace de proposer un compromis aux députés de la majorité et de l’opposition consistant à modifier la Constitution afin de permettre à Andrzej Duda de rester exceptionnellement aux affaires deux ans de plus (mais sans possibilité de se représenter) et d’organiser le scrutin une fois l’ordre revenu. Un crime de lèse-majesté vain mais payé comptant.

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Il est impossible de savoir si Droit et Justice sortira vainqueur de son passage en force, ni même de savoir si l’élection sera effectivement maintenue. Les médias de droite et la télévision publique TVP appellent en tout cas quotidiennement à l’unité du peuple autour de l’État et du gouvernement tout en traquant les comportements antinationaux d’une opposition dénoncée comme irresponsable.

Un retrait conjoint ?

C’est qu’une participation plus importante que prévue pourrait définitivement achever la Plateforme civique. Les sondages les plus récents indiquent tous un creusement spectaculaire de l’écart entre le candidat présidentiel et ses concurrents sur fond de participation certes réduite mais en progression exponentielle au fur et à mesure que la perspective de la tenue du scrutin se précise. Ainsi, une nouvelle étude IBRiS en date du 7 avril annonce une victoire dès le premier tour d’Andrzej Duda avec 53% des voix, très loin devant un Władysław Kosiniak-Kamysz doublant sur le fil avec 12,5% une Małgorzata Kidawa-Błońska larguée en troisième position avec 11%. Robert Biedroń avec 7%, Szymon Hołownia avec 5% et Krzysztof Bosak avec 3% seraient largement distancés alors que la participation s’élèverait à 36%. Craignant une déconvenue fatale, les libéraux implorent désormais les autres candidats d’opposition d’organiser un retrait conjoint afin qu’Andrzej Duda se retrouve seul face à lui-même, seul moyen d’empêcher légalement la tenue de l’élection. Une stratégie évidemment non-suivie par les intéressés qui veulent voir les cartes rebattues.

Dans le doute, Droit et Justice peut de toute façon déjà compter sur une parade imparable. Le 23 mars, le célèbre brasseur de bière Marek Jakubiak a annoncé avoir rassemblé du fond de sa quarantaine les 140 000 signatures de citoyens nécessaires à l’enregistrement de sa candidature, lui qui n’avait obtenu que 3 500 voix aux législatives d’octobre 2019. Une candidature dénoncée comme fantoche par le quotidien de la gauche morale Gazeta Wyborcza, qui accuse le pouvoir d’avoir engagé tout ce que le pays compte de Biélorusses, Russes et Ukrainiens oisifs pour ficeler en un rien de temps l’affaire. Des allégations en cours de vérification par le Procureur régional de Varsovie.

Nuage de Tchernobyl: la fake news devenue mythe

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Le fameux bulletin météo du 29 avril 1986 sur Antenne 2

Contrairement à une rumeur lancée avec succès en 1986 par des militants antinucléaires, le gouvernement français n’a jamais dit que le nuage de Tchernobyl n’allait pas survoler la France. Tout au plus sa communication a été particulièrement maladroite, imprécise et désinvolte. Mais jamais trompeuse. Retour sur l’enchaînement des faits. Article paru dans le N°3 du magazine Transitions & Energies.


Dans l’imaginaire collectif, la catastrophe de Tchernobyl incarne toutes les craintes liées à l’énergie nucléaire et tous les mensonges et manipulations des dirigeants et des gouvernements. Il n’y a presque pas de différence faite entre le pouvoir soviétique, qui porte la responsabilité de la catastrophe en ayant fermé les yeux sur les défauts majeurs de ses centrales et en ayant caché la réalité de l’accident, et les gouvernements occidentaux et notamment français accusés d’avoir eux aussi dissimulé la vérité. Nucléaire et complots semblent indissociables.

La réalité des faits et de leur enchaînement est tout autre. Le gouvernement français n’a jamais dissimulé la vérité et n’a jamais dit ou même sous-entendu que le nuage radioactif n’allait pas survoler la France. Une fake news créée et relayée par des écologistes antinucléaires devenue depuis un mythe. Au point qu’il est suspect aujourd’hui de le dénoncer. Et pourtant… La communication gouvernementale en France après la catastrophe de Tchernobyl a été maladroite, tardive, floue, mais jamais trompeuse. Voilà comment les choses se sont réellement passées en avril et mai 1986.

Moscou nie

L’accident survient le 26 avril 1986. L’URSS le cache. L’opacité est totale de l’autre côté du rideau de fer. L’alerte n’est donnée que deux jours plus tard en Suède. Le pays détecte, au matin du 28 avril, un niveau de radioactivité très supérieur à la normale dans différentes régions. Des experts trouvent du graphite dans les particules radioactives et pensent immédiatement à une centrale soviétique de type RBMK qui utilise du graphite comme modérateur. Moscou, interrogé, nie d’abord… puis confirme l’accident dans la journée du 28 avril dans une dépêche laconique : elle reconnaît qu’un incident a eu lieu à Tchernobyl, en Ukraine, et assure que « toutes les mesures sont prises » pour résoudre le problème… Rien de plus. En Russie, en fait, à ce moment-là, c’est la panique pour trouver les moyens d’arrêter l’incendie à ciel ouvert du réacteur et l’envoi de particules radioactives en grande quantité dans l’atmosphère.

A lire aussi, Bertrand Alliot: Tchernobyl : tourisme au cœur du réacteur

En France, le Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI), qui dépend du ministère de la Santé, est prévenu ce même 28 avril. Des avions d’Air France décollent, équipés de filtres pour recueillir les poussières, et des moyens de mesure sont mobilisés sur une trentaine de sites.

L’apparition du Professeur Pellerin

Dans le journal télévisé de 13 heures du 29 avril, les Français découvrent celui qui deviendra le visage de l’événement : le professeur Pierre Pellerin qui dirige le SCPRI. Il expose alors les valeurs mesurées en becquerels en Suède de l’ordre de 10 Bq/mÑ, proches de la radioactivité naturelle. Il explique : « C’est une activité notable, mesurable, mais qui ne présente aucun inconvénient sur le plan de la santé publique. […] Je voudrais bien dire clairement que, même pour les Scandinaves, la santé n’est pas menacée. »

On rappelle dans les éditions suivantes que le fait que le nuage arrive ou non en France dépend de la météo. Dans un bulletin devenu célèbre, une présentatrice explique qu’un anticyclone semble alors protéger la France des vents en provenance de l’est jusqu’au 2 mai, ce qui est, au moment où elle parle, parfaitement exact.

Brigitte Simonetta déclare que l’anticyclone des Açores, qui se trouve alors au-dessus de la France, « restera jusqu’à vendredi prochain [le 2 mai] suffisamment puissant pour offrir une véritable barrière de protection » à la France. « Il bloque en effet toutes les perturbations venues de l’est », poursuit la speakerine. Sur la carte, un panneau « stop » vient même s’afficher sur la frontière franco-allemande pour illustrer cette prévision. Il s’agit d’une prévision météo à trois jours. Rien de plus.

Dès le 30 avril, la météo change et les…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Transitions & Energies <<<

Pendant la crise, le business victimaire de Rokhaya Diallo reste ouvert!

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Rokhaya Diallo le 9 octobre 2009. © BALTEL/ SIPA Numéro de reportage : 00953270_000072

Rokhaya Diallo a encore frappé. Dans une tribune destinée à TRT World, média d’État turc pro-Erdogan, elle déclare solennellement : « Le coronavirus révèle un autre virus : le privilège blanc. »


Avant d’aller plus loin et d’analyser ce qui fonde cette déclaration tonitruante, rappelons quelques hauts faits antiracistes de Dame Diallo. 

Racistes un jour, racistes toujours

Personnalité médiatique proche du Parti des Indigènes de la République d’Houria Bouteldja, Rokhaya Diallo lutte contre le racisme. De quelle manière ? En justifiant les réunions ou festivals non mixtes, c’est-à-dire sans Blancs : « Les réunions afroféministes non mixtes n’ont en aucun cas vocation à proposer un projet de société ségrégationniste définitif puisqu’elles s’inscrivent dans la temporalité d’un événement ponctuel. Elles offrent à leurs participantes une échappatoire, une zone de respiration dans une société oppressive », écrit-elle sur le site Slate.fr le 2 juin 2017. Bon. Et lorsque certains lui font remarquer que sa conception de l’antiracisme ressemble furieusement à celle du racisme, Madame Diallo retourne l’argument en citant une spécialiste de la mouvance décoloniale et anti-raciste à la mode des indigénistes, Françoise Vergès : « Ce n’est pas la non-mixité qui dérange, c’est qu’elle soit pratiquée par des femmes noires. » Racistes un jour, racistes toujours, tels sont les Blancs de ce pays qui pratique un « racisme d’État », selon elle. 

Passons rapidement sur ce racisme d’État attesté par le CAP de coiffure qui « ne sanctionne que les compétences relatives aux cheveux lisses, [et] n’inclut pas d’apprentissage obligatoire relatif aux cheveux frisés ou crépus », ainsi que par le pansement médical blanc, trop blanc aux yeux de Rokhaya Diallo, et arrivons donc à cette nouvelle démonstration de la réalité des « privilèges blancs » que la crise sanitaire que nous traversons met en évidence…

Le coup du passeport

« Les personnes bénéficiant d’un passeport privilégié découvrent ce que l’on ressent lorsqu’on est limité dans sa liberté de circulation » écrit Madame Diallo qui ne laisse d’abord que sous-entendre ce qu’est un « passeport privilégié » ; mais qui très rapidement nous éclaire : il s’agit du passeport des Européens qui n’ont « jamais eu à se soucier de ce que l’on ressent lorsqu’on n’a pas accès à un pays en raison de son pays d’origine. »

A lire aussi: Pour Rokhaya Diallo, le racisme anti-Blancs n’est pas du racisme

Le Sénégal arrêtant le trafic aérien des avions en provenance de la France, de l’Italie ou de l’Espagne, les pays européens comprennent maintenant ce qu’ils font subir à tous ceux auxquels ils refusent ou rendent difficile leur accès, écrit Rokhaya Diallo à qui il a fallu « un certain temps pour digérer la réalité actuelle inversée » mais qui sort réjouie de cette indigestion momentanée. Nous voyagions aisément partout avec notre passeport français, alors que les immigrés aux peaux plus colorées avaient les plus grandes difficultés ! Voilà l’Occident puni par là où il a péché.

Confondant voyages touristiques, d’affaires ou ethnologiques, et migration de masse, elle n’hésite pas à comparer l’Occidental « considéré comme un expatrié libre et aventureux et admiré pour sa curiosité à l’égard du monde » et le « migrant » considéré, lui, comme un « fardeau » par ceux qui ne l’ont pas invité. Il semblerait bien que, pour Rokhaya Diallo, les millions de migrants qui tentent l’aventure sur le continent européen ne soient que de curieux anthropologues ayant décidé de s’intéresser d’un peu plus près à ces peuplades lointaines et occidentales. « Tristes Portiques », écrira sûrement l’un d’eux après avoir été repoussé au seuil de ces contrées sauvages et racistes.

Justice est faite

Mais, nous dit Rokhaya Diallo, justice est enfin faite : un groupe de touristes italiens a été refoulé du sol tunisien et a ainsi vécu le calvaire du migrant refoulé. Quinze autres touristes italiens ont été expulsés de Mauritanie et profiteront sûrement de cette expérience pour accueillir les prochains migrants sur les côtes italiennes les bras ouverts. Au Maroc, ce sont des Français qui ont été bloqués à l’aéroport et ont « provoqué des incidents majeurs ». 130 000 citoyens français sont bloqués hors de leur pays et « beaucoup d’entre eux se plaignent d’être rejetés par la population locale, comme des victimes de la peste », et sûrement commencent à concevoir l’enfer de ces populations qu’égoïstement nous repoussons ou parquons porte de la Chapelle.

Le passeport est un privilège lorsqu’il est occidental car il est un « “sésame ouvert” (sic) magique, tandis que d’autres mènent à des portes fermées. » Madame Diallo va un peu vite et oublie que les migrants se déplacent sans aucun passeport ou pièce d’identité qui pourrait préciser l’âge du migrant ou le pays d’origine, et que c’est ce qui rend par conséquent souvent impossible son renvoi sur la terre natale. Racistes comme jamais, nous les prenons alors en charge médicalement et financièrement à hauteur de nos capacités, lesquelles connaissent, elles, des limites.

A lire aussi: Non, Rokhaya Diallo, la laïcité n’opprime pas les musulmans!

De plus, Rokhaya Diallo associe indirectement l’occidentalité et la blancheur de peau. Est-ce à dire qu’une personne non blanche ne peut pas être occidentale ?

Quoi qu’il en soit, cette pandémie aura au moins obligé les Blancs privilégiés à éprouver la stigmatisation et le rejet que connaissent trop souvent les touristes soudanais, érythréens et autres hommes d’affaires albanais et géorgiens ou ethnologues maliens. La notion de « migrant fluctue ». Soyons assurés, avec Madame Diallo, que les futurs déplacements massifs et désintéressés des pérégrins africains seront vus d’un tout autre œil désormais. Les futures et nombreuses migrations seront enfin vues pour ce qu’elles sont en réalité : des évènements touristiques sans plus d’incidence que ceux qui font le succès de la place Saint Marc, de la Tour de Londres, de la Médina de Marrakech ou des plages bretonnes au moment des vacances estivales.

Mort sans ordonnance

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© Soleil

Le traitement du docteur Raoult contre le Covid-19 ne fait pas l’unanimité. Mais qu’a-t-on à perdre réellement?


Peut-être qu’au moment où sera publiée cette chronique la situation aura changé. Il restera quoi qu’il en soit le souvenir d’une impéritie gravissime.

En effet, si le traitement du docteur Raoult contre le Covid-19 fonctionne, le temps perdu aura coûté de nombreuses vies.

Et s’il ne marche pas ?

J’y viens…

Je ne suis pas un sachant, je le sais…

Je ne suis pas de ceux qui critiquent ce gouvernement pour le manque de masques ou de tests. Il faudrait critiquer tous les décideurs dans ce domaine depuis le départ de Roselyne Bachelot.

Je ne suis pas de ceux qui reprochent à qui que ce soit de ne pas avoir prévu ce qui allait arriver.

Le propre d’une pandémie est d’être inattendue, violente et rapidement invasive. Sans quoi elle serait restée épidémie, contrôlée et maintenue dans son territoire d’origine.

A lire aussi: Suivrais-je le traitement du Dr Raoult, si je tombais malade?

Le seul point sur lequel tout le monde peut se rejoindre est que personne ne sait, à ce jour (30 mars), s’il existe une ou plusieurs molécules efficaces pour lutter contre le Covid-19.

Et en l’absence de certitudes que reste-t-il pour trancher ?

La conviction personnelle ? L’instinct ? Le bon sens ?

Le pari.

Le génie de Pascal est d’abandonner toute argumentation sur le bien-fondé d’un choix (situation angoissante dans laquelle nous sommes) pour se demander ce qui serait profitable à celui qui se pose la question.

Dit de manière plus triviale : le moins mal à défaut du meilleur.

Pascal applique ce raisonnement à la question de l’existence de Dieu, tentant de prouver qu’une personne rationnelle a tout intérêt à croire en lui, qu’il existe ou non.

En effet, si Dieu n’existe pas, le croyant et le non-croyant ne perdent rien ou presque à croire.

En revanche, si Dieu existe, le croyant gagne le paradis tandis que le non-croyant est enfermé en enfer pour l’éternité.

Puisque le professeur Raoult est qualifié de gourou, voyons si nous avons intérêt à croire que son dieu Hydroxychloroquine est efficace…

Oui, si je suis malade, je veux la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

1) Elle s’avère inefficace : je ne perds rien puisqu’il n’y avait de toute façon pas d’autre traitement.

2) Elle s’avère effectivement efficace : je gagne tout. Je suis guéri.

Non, je ne veux surtout pas la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

1) Elle s’avère inefficace : je n’ai donc rien perdu.

2) Elle s’avère efficace : j’ai tout perdu. Je suis même peut-être mort…

J’entends par avance les cris indignés des sachants : les effets secondaires !

Tous les effets secondaires possibles et imaginables sont connus (et il y en a : endommagement de la rétine, problèmes cardiaques…), ils peuvent être anticipés avec les précautions adéquates, ils sont identifiés dès leur apparition et on sait parfaitement jusqu’à quel point on peut les tolérer en regard du bénéfice du traitement ou au contraire stopper le traitement qui deviendrait dangereux pour certains patients.

En leur nom, on interdit l’usage contre le Covid-19, pendant 10 jours, d’un médicament que les patients atteints de lupus absorbent quotidiennement depuis des décennies !

Il est bon de rappeler que même le Doliprane peut avoir des effets secondaires indésirables, parfois très graves comme un brusque gonflement du visage et du cou pouvant entraîner une difficulté à respirer (œdème de Quincke) ou un malaise brutal avec baisse importante de la pression artérielle (choc anaphylactique).

Vous ne me croirez pas : le Doliprane est en vente libre ! Que fait la police ?!

Puisque les sachants ne peuvent s’accorder sur ce qu’il faut sachoir, cette affaire n’est plus scientifique, mais politique.

Le propre des grands dirigeants politiques est de savoir prendre le risque de décider. La rigueur scientifique est indispensable et précieuse. En temps normal.

Mais lorsque l’avion est en feu, il n’est plus temps de distribuer des sacs avec ou sans parachute pour vérifier que c’est bien le parachute qui empêche les passagers de s’écraser au sol comme des merdes.

Or, vous avez beau leur dire, à nos sachants et gouvernants, que vous voulez ce parachute, car même s’il ne s’ouvrait pas, votre sort ne serait pas différent de ce qui vous attend si vous sautez sans lui, ils ne céderont pas. Dans votre intérêt vous dis-je…

Le bas peuple est certes ignorant, mais pas dénué d’instinct de survie.

Le choix indéfendable des responsables politiques français est de prendre le risque de laisser mourir des centaines de personnes afin de ne pas prescrire une substance dont l’effet thérapeutique n’est certes pas prouvé, mais dont les éventuels effets secondaires sont parfaitement maîtrisés.

Appliquons le pari de Pascal à leur dilemme :

Tu autorises la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

1) Ça marche : tu as tout gagné

2) Ça ne marche pas : tu as tout perdu et seras à jamais celui qui a conduit le peuple à un remède inefficace comme Fabius est associé au sang contaminé.

Tu interdis la prescription d’hydroxychloroquine associée au Zytromax dans les conditions préconisées par le docteur Raoult.

A lire aussi: Chloroquine: Sacré Raoult!

1) Ça ne marche pas : tu as tout gagné

2) Ça marche. Tu n’as rien perdu. Tu n’as fait qu’observer les règles de l’art par souci de ne pas arriver à des drames. Si ça marche, c’est un heureux hasard et tu t’en réjouis. Mais ça aurait pu ne pas marcher… Tu as potentiellement évité un drame au peuple.

Seraient-ils avant tout préoccupés par leur avenir pour ne pas oser avoir tort ?

Merci Pascal.

La rentrée du peloton aura bien lieu!

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Le peloton du Tour de France entre le Pont du Gard et Gap, en juillet 2019 © Thibault Camus/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22360736_000003

 


En septembre, le Tour de France se promènera de ville en ville 


Nous avons tous un petit vélo dans la tête qui tourne à plat. Le confinement, à défaut de renforcer notre cardio, fait pédaler notre imaginaire. Chaque soir, nous refaisons une étape de montagne, nous rêvons à ces échappées solitaires qui explosent en carte de France sur nos draps de lin blanc. Au réveil, aucune hôtesse pour nous féliciter ou nous offrir une peluche à la crinière sauvage. Les couronnes de fleurs sont mortuaires en ce moment. Nous passons des nuits agitées depuis que l’incertitude plane sur l’épreuve reine du calendrier. Car, cet été, le peloton ne passera pas dans notre ville. Dans un premier temps, nous avons dû encaisser cette mauvaise nouvelle. Des milliers de camping-caristes dépressifs pensaient même revendre leur résidence secondaire mobile, les sponsors dans le rouge se demandaient comment boucler le budget des équipes, les coureurs ruminaient des heures durant sur leur home-trainer et l’Union Cycliste Internationale jouait sa survie sportive. Le vélo sans le Tour, c’est comme un confiné sans son autorisation de se déplacer. Un mois de juillet sans la caravane publicitaire et c’est tout une nation qui vacille, nos départements qui s’effritent, nos congés payés qui ont le parfum des cahiers de vacances. 

A lire aussi, Isabelle Marchandier: Déconfinement: la fausse bonne idée du vélo

Notre identité s’est construite au bord des routes, l’oreille collée à la radio, l’attente sous un cagnard d’enfer, le pique-nique avec du à « l’ail » ou du salami, les bouteilles d’Orangina trop chaudes, les pronostics de pépé rappelant une anecdote de Geminiani ou de Darrigade, l’analyse scientifique d’un voisin expert en bordures, puis la délivrance enfin de voir les champions filer à la vitesse d’une mobylette sur le pas de notre porte. Ah oui, cette communion populaire marque durablement notre pays, lui donne son ossature, sa stabilité mentale aussi. Un peuple qui aime ses cyclistes, forçats du bitume, durs à la peine et au mal, rachète son âme devant n’importe quel dieu. Cette année, le Covid-19 n’aura pas la peau des Alpes, des Pyrénées, de l’arrivée sur les Champs, des cols, de la grêle, des sprints, etc… Le barnum de notre enfance s’élancera le week-end du 29-30 août de Nice puis prendra la direction de Sisteron, Orcières-Merlette, Villard-de-Lans, Mont Aigoual, il pointera sa « fable ronde » sur la façade atlantique du côté de Ré et d’Oléron, pour basculera à tribord, traversant l’Auvergne jusqu’à Champagnole, à quelques kilomètres de l’Helvétie. En septembre, nous aurons certainement les jambes en coton mais le cœur à la reconquête de notre territoire intime. J’ai hâte d’entendre l’ami Christian Laborde, poète vélocipédique et fabuleux conteur faire chanter les gloires du présent et du passé de son accent rocailleux, dans ses chroniques radio magistrales. L’Académie française devrait penser à lui, elle a déjà loupé Blondin. Je sais qu’il piétine d’impatience dans son refuge palois.

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En France, il y a le point zéro au pied de Notre-Dame, le mètre-étalon à Sèvres et le Tour pour structurer notre pensée. Souvenons-nous de ce qu’écrivait René Fallet dans L’Équipe en juillet 1967 : « Le Tour 40 n’eut pas lieu et il nous fallut attendre 1947 pour qu’un Vietto vieilli mais toujours Vietto servît de trait d’union tumultueux entre l’avant-guerre et l’après. Le Tour recommençait, cette jolie saison qui ne se brouille qu’à l’occasion des conflits mondiaux. Que ceux qui veulent sa perte y songent. Quand le Tour n’a pas lieu, les catastrophes sont à la porte ». Espérons que la crise sanitaire sera jugulée d’ici là. Nous pensons à nos frères italiens si durement touchés. Dans cette autre patrie du cyclisme, on vénère les champions, on garde en mémoire pieusement leurs noms. Je suis toujours autant ému en relisant l’article de Jean Bobet sur la mort de Fausto Coppi en 1960. L’Italie pleurait alors son idole. « Une foule silencieuse et recueillie de paysans descendus de toutes les vallées, de touristes surpris par l’affreuse nouvelle, de sportifs effondrés, amis accourus de tout le pays », ajoutant ces mots : « Je n’ai pas eu le courage enfin de présenter mes hommages à la Signora Giulia Occhini, que l’actualité a désignée sous le nom de la Dame Blanche et qui n’était en ce jour qu’une épave folle de douleur ». Le vélo, c’est ça des larmes et du sang, un spectacle aussi merveilleux qu’injuste qui met les Hommes face à leurs limites. Alors, comment ne pas être saisi, à soixante-dix ans d’écart, par cette phrase de Jacques Godet évoquant le Tour 1949 et le duel tactique entre Coppi et Bartali : « Étrange Tour de France, plus passionnant peut-être dans ses conclusions et par les problèmes qu’il pose pour l’avenir, que par son développement même ». Entre nous, quelle plus belle saison que septembre pour voir les coureurs jouer du dérailleur, vivement la rentrée !

Déconfinement: la fausse bonne idée du vélo

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Opération de communication d'Anne Hidalgo à vélo, juillet 2019 © ERIC DESSONS/JDD/SIPA

Edouard Philippe nous l’a rappelé hier: “la vie d’avant”, c’est pas avant longtemps. La preuve, c’est que même les Parisiens les plus réactionnaires vont devoir passer à la mobilité douce et au vélo s’ils veulent retourner travailler. C’est Anne Hidalgo qui va être contente !


Depuis l’annonce de la date de la levée progressive du confinement, prévue le 11 mai, le gouvernement d’Edouard Philippe est à la manœuvre pour mettre en place une stratégie de déconfinement dans un esprit d’anticipation qui avait largement fait défaut jusqu’à présent. Chaque ministère est tenu de plancher sur sa feuille de route pour organiser la France d’après. Ainsi, Elisabeth Borne phosphore en ce moment sur les futures mobilités coronavirus-compatibles. 

Pour ce faire, la ministre de la Transition écologique et solidaire a fait appel, lundi dernier, aux lumières de Pierre Serne, élu écologiste au Conseil régional d’Ile-de-France et président du réseau des « Villes et territoires cyclables », officine qui milite pour un développement durable éco-responsable et sans frontière… Sa mission ? Réfléchir à l’instauration d’un plan vélo post-confinement. Objectif : favoriser les déplacements à bicyclette pour désengorger des transports en commun devenus les clusters mobiles que l’on sait, le virus comptant bien séjourner encore quelque temps sur notre territoire. 

La voiture, alliée antivirus écartée

« Tout le monde s’accorde à dire qu’après l’épidémie il y aura un rejet collectif des transports en commun » constate Pierre Serne. Dans la bouche de celui qui est aussi porte-parole de Génération S, mouvement créé par l’éternel perdant du parti socialiste Benoît Hamon, cette remarque sonne bizarrement. Longtemps défendus pour leurs vertus écologiques et leur égalitarisme bienfaiteur – au point d’en occulter leur lente dégradation – les transports en commun sont donc considérés comme un repoussoir ? Il semble dorénavant que oui. Effet pervers du coronavirus: métros, bus, tramways, mais aussi covoiturage et copartage ont mauvaise presse. Tous ces moyens de transports collectifs, dont l’usage contribuait à diminuer la pollution de l’air et par ricochet à mieux faire respirer les Parisiens, se retournent en arme fatale pour la santé individuelle et nationale. La logique bien huilée (sans palme) de l’idéologie écologiste déraille, mais il n’est pas sûr que nous en soyons définitivement débarrassés.

A lire aussi: Les territoires perdus de la santé publique

« Si on ne veut pas prendre le métro, le bus ou le car pour se rendre au travail par crainte de la contagion, il faudra bien qu’on puisse se déplacer » poursuit Pierre Serne en prenant bien soin d’exclure la voiture. Dans le futur Paris déconfiné, la voiture reste bannie. No pasaran. Peu importe la plongée fulgurante des ventes de véhicules neufs et l’inquiétude grandissante des constructeurs automobiles français touchés de plein fouet par les répercussions de la crise sanitaire, sans parler des millions de chômeurs potentiels. Pas question de céder au « lobby automobile ».

Aveuglé par son dogmatisme anticarbonne, l’élu écologiste ne voit pas que l’automobiliste, confiné seul dans sa voiture, ne prend ni le risque d’être contaminé ni de contaminer les autres. Espace clos, symbole ultime de la liberté individuelle de se déplacer selon notre bon vouloir, la voiture est le meilleur allié pour briser la chaine de transmission du virus tout en nous permettant de reprendre une vie normale ! Mais pour Pierre Serne, il est impossible de reconnaître que ce moyen de transport individuel reste le mode de déplacement le plus sécurisant qui soit, avec la marche à pied, sans piétiner ses convictions écologiques chevillées au corps et détricoter la politique anti voiture, menée tambour battant, par la maire sortante, Anne Hidalgo. 

Réhabiliter l’engin pollueur reviendrait à rouvrir les voies sur berges et la voie Georges Pompidou afin de fluidifier la circulation qui va, très certainement, se densifier fortement à la levée du confinement et d’éviter les futurs embouteillages monstres sur les quais supérieurs. O Sacrilège ! Hors de question. Épidémie ou pas, pour les écologistes, la voiture reste et restera diabolisée. Ennemie à tout jamais de la planète, elle sera toujours accusée d’embouteiller, de polluer et de tuer.

Tous à vélo, sans oublier la distanciation sociale !

C’est donc le vélo qui est plébiscité pour le déconfinement à Paris. La pandémie ne fait que renforcer la position écologiste sur l’usage et la circulation du vélo dans la capitale qui impulse la politique de la ville depuis le plan Vélib’ lancé sous la mandature de Bertrand Delanoë en 2007. Preuve que le monde d’après n’a rien de nouveau et que la célèbre maxime de Lampedusa « il faut que tout change pour que rien ne change » est toujours d’actualité. 

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Le vélo, ce grand protecteur de la couche d’ozone, est plus que jamais adoubé par ses thuriféraires, adeptes de la « circulation douce », selon la syntaxe choisie par notre maire sortante, papesse de la végétalisation de la Ville Lumière. Et aujourd’hui, à l’heure du coronavirus, en plus de la planète, le vélo sauverait des vies. En effet, comme l’explique Pierre Serne, il est « particulièrement adapté à la situation qu’on va vivre, à la reprise des activités. À vélo, on a une forme de distanciation sociale qui correspond à peu près à ce qui s’impose. » 

Peut-être. Mais encore faut-il que les cyclistes non propriétaires de la petite reine et donc utilisateurs de vélos en libre-service aient leurs gourdes de gel hydro alcoolique à portée de main. Rappelons que la transmission manuportée est l’un des principaux modes de contamination. Louer un Vélib’ pour se déplacer dans le Paris déconfiné ne sera donc pas sans risque. 

Mais pour la pensée écologiste, imaginer un cycliste les mains sales sur son Vélib, crachant ses poumons gravement infectés de Covid-19, et grillant priorités et feux rouges comme n’importe quel chauffard, ne va absolument pas de soi. Car un cycliste est par nature, un individu respectueux de son environnement, qui mange et respire bio et qui sauve la planète et les générations futures en pédalant, n’est-ce pas ?

Chine 1 – France 0 ?

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Le Français Jean-Yves Le Drian et le Chinois Lu Shaye © Photos: 00939551_000008 / AP22292262_000001 Sierakowski/Isopix/SIPA Sean Kilpatrick/AP/SIPA

Jean-Yves Le Drian a convoqué l’ambassadeur de Chine la semaine passée pour des propos inconvenants, mais notre égocentrisme n’aura peut-être pas le dernier mot


Le 28 mars, l’ambassadeur de Chine, Lu Shaye, écrivait dans un billet incisif, que « les pays asiatiques, dont la Chine, ont été particulièrement performants dans leur lutte contre le Covid-19, parce qu’ils ont le sens de la collectivité et du civisme qui fait défaut aux démocraties occidentales ». Panique au Ministère des Affaires étrangères, la République blessée dans son égo, l’ambassadeur trublion convoqué par Jean-Yves Le Drian, la France ne se laisserait sermonner par des contrées où l’on mange des chauves-souris sans réagir.

« Rares sont ceux qui pèchent par discipline »

Pourtant, qui a oublié les vols de masques chirurgicaux dans nos hôpitaux? Qui a oublié que selon le secrétaire d’Etat Laurent Nuñez, « ce n’est pas une priorité que de faire respecter le confinement dans certains quartiers »? Qui n’a pas été choqué par ces centaines de badauds massés devant un supermarché de Seine-Saint-Denis le 17 mars? Qui a oublié ces hordes de Parisiens s’agglutiner dans des wagons pour s’exiler dans « les territoires » le même jour? L’incivisme qu’évoque l’ambassadeur n’a pas d’étiquette sociale. Les joggeurs qui envahissent le bitume parisien et frôlent parfois de paisibles flâneurs ne viennent pas des classes défavorisées. Dans les quartiers bobo de la capitale, certains riverains se moquent de la distanciation sociale ou autres « gestes barrière ». Et les flics n’y sont passé que deux ou trois fois depuis le 17 mars. Les faits sont donc là. « Rares sont ceux qui pèchent par discipline », nous a pourtant prévenus Maître Confucius.

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Pas de panique, nous pouvons dormir tranquilles. En pleine crise sanitaire, la Ligue des Droits de l’Homme ou autres adversaires professionnels des « mesures liberticides » restent aux aguets, prêts à pousser des cris d’orfraie à la moindre initiative qui enfreigne la « liberté de circulation». Dans cette campagne pour nos libertés, ils ont trouvé de nouveaux chevaliers. Élisabeth Lévy s’est interrogée: « Sommes-nous prêts à tout sacrifier pour échapper au risque du Covid? ». Et même le très bonapartiste Eric Zemmour, celui qui d’ordinaire fustige le progressisme, ce « millénarisme qui fait de l’individu un Dieu, et de nos volontés jusqu’au caprice, un droit sacré et divin» [tooltips content= »Discours de la Convention de la Droite, 28 septembre 2019″](1)[/tooltips], s’érige désormais en héraut de la défense des libertés individuelles et fait la guerre au confinement. Quelle mouche les a donc piqués?

L’universalisme a ses frontières

Ces fourbes de Chinois auraient menti sur les chiffres. Voilà de quoi nous soulager. 5 000 morts dans un pays de 1,4 milliard d’habitants, cela serait de la toute petite bière. Faisons donc une hypothèse, allons-y franchement : 200 000 morts. Cela donne un Chinois sur 7000 qui aurait rendu son âme. Prenons maintenant la France, ses 67 millions de veinards et ses 20 000 morts. Je ne voudrais pas nous inquiéter, mais cela fait un Français sur 3 350 qui a rendu l’âme. On peut jaser tant qu’on veut sur la noblesse de notre démocratie face aux régimes autoritaires, on peut continuer à estimer que notre modèle hérité des Lumières est le meilleur au monde, le fait est que face à un minuscule virus, ce modèle dont nous sommes si fiers pèse une plume.

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Et que l’on se rassure, notre France ne prend pas du tout le chemin d’une dictature. Que ceux qui prétendent le contraire aillent faire un tour aux Philippines ou en Ouzbékistan pour s’en convaincre! 

Mais il s’agirait d’admettre enfin, bien que ça me fasse mal au cœur de l’écrire, que la France n’est plus le phare du monde. L’ambassadeur de Chine n’a fait qu’appuyer là où ça fait mal. La réaction quasi épidermique du Ministère des Affaires étrangères révèle l’angoisse d’un pays qui fustige les autres – en l’occurrence la Chine – parce qu’il ne sait même plus où il veut aller. Comme l’a dit l’éclairé Hubert Védrine sur les ondes de France Culture[tooltips content= »Emission A voix nue, épisode 5, vendredi 17 avril 2020″](2)[/tooltips], « c’est très bien l’universalisme, c’est bien d’avoir des idées qui dépassent le petit groupe auquel vous appartenez ; mais si l’univers tout entier ne le considère pas comme universel, c’est qu’il y a un bug dans le raisonnement ».

Le manque de civisme pointé par l’importun Lu Shaye en témoigne: c’est peut-être déplorable, mais notre modèle hérité des Lumières ne fait pas l’unanimité. Je ne suis même pas sûr que le milliard et demi de Chinois aimerait vivre en France par les temps présents. Depuis trop d’années, notre narcissisme nous a fait croire que nous étions invincibles. Il n’en est rien. « Que ferons-nous de cette épreuve ? », s’est interrogé l’écrivain Sylvain Tesson dans les colonnes du Figaro. Remettre en question notre égocentrisme serait un bon début.