Accueil Site Page 126

« Le dernier bastion »

0

Sophie de Menthon appelle à mettre nos chicaneries politiques partisanes de côté un court instant pour fêter les entreprises. «J’aime ma boite», c’est ce jeudi. Célébrons ceux qui font tourner la France: les rêveurs, les bosseurs, les entrepreneurs et leurs salariés !


« L’entreprise notre force à tous » est le credo de la campagne publicitaire de la 23e Fête des entreprises qui se déroule ce jeudi 16 octobre, et qui prend un poids qu’elle n’avait jamais eu. C’est bien plus que la commémoration de l’affectio societatis, dans le double sens du terme, c’est la revendication d’un pays tout entier, salariés et entrepreneurs, qui comprennent chaque jour davantage que sans eux rien n’existerait, ce que l’on se garde bien de leur dire dans les discours politiques.

C’est aussi la révolte des entrepreneurs qui se font donner des ordres à longueur d’année, se font diriger, prélever, taxer, sans aucune concertation véritable et sans reconnaissance. On ne peut pas dire « l’entreprise » car il y a des entreprises, de la magnifique boîte du CAC 40 jusqu’à la formidable PME qui crée un marché, en passant par nos ingénieurs et scientifiques (au bord de quitter la France). Nous les aimons tous, salariés et patrons, autant chez LVMH, que chez « Amplitude communication » qui gère ses coursiers en résistant aux plateformes low cost. Nous les aimons et nous devons leur dire, au moins une fois dans l’année. La célébration est essentielle, car finalement c’est une pédagogie induite. C’est aussi le rappel que le politique les entrave et nuit à la croissance économique avec les dettes abyssales, la fiscalité, la complexité… le moment de dire “on existe“. Fêter les entreprises, c’est ne pas faire preuve d’idéologie, c’est faire comprendre qu’il faut épargner les poules aux œufs d’or, aujourd’hui les entreprises doivent expliquer et faire comprendre leur vitalité. Elles ont bien compris que c’était exclusivement elles qui finançaient intégralement le pays, alors qu’elles ne peuvent pas assez payer leurs salariés à cause des prélèvements indécents : que ceux qui nous gouvernent reprennent une feuille de salaire en l’analysant comme au premier regard, ligne par ligne, et repartent de là, comme base pour rétablir un peu le budget de la France : tout y est !

A lire aussi: Travail: le sentiment surnuméraire

La vraie question au fond c’est : est-ce vraiment LE moment pour faire la fête ? Eh bien oui, plus que jamais. Dire « j’aime ma boite » est l’expression nationale d’une démocratie d’entreprises. Écoutons cette démocratie du travail, cette représentation entrepreneuriale, la vraie, le peuple des entreprises, des entrepreneurs et des salariés, sans oublier les autoentrepreneurs : leur boîte c’est eux, sans parachute ! Écoutez ces patrons qui ne veulent plus d’aides mais veulent leur liberté de gérer sans interventionnisme, et qui clament : reprenez vos « cadeaux », le terme brandi par les jaloux ignorants, car une aide de l’État arrive lorsque le même gouvernement a mis un secteur d’activité en telle difficulté qu’il faut compenser ! Plus aucune aide : mais la suppression des taxations permanentes sans visibilité, plus d’antidotes mais supprimer le poison administratif et fiscal distillé aux entreprises à longueur d’année et ce pour le bonheur des salariés français.

La « Fête des entreprises », c’est tout le contraire d’une grève ou d’un jour férié ! C’est le jour d’une indispensable reconnaissance — celle du travail de chacun, de la prise de risque, et de cette colonne vertébrale de notre société : l’entrepreneuriat. Soyons fous, célébrons nos entreprises, tous ensemble, dans un même élan — syndicats compris ! Ce jeudi 16 octobre, faisons-en un rappel à l’ordre joyeux et collectif: celui de la fierté de créer, d’innover et de faire avancer le pays. Le mot “entreprise” qui comprend tous les acteurs qui la font exister, n’est jamais prononcé dans les discours dont nous sommes abreuvés ni même dans les débats publics.

Puisse cette “Fête des entreprises” être le révélateur qu’il faut gouverner autrement, et revenir au plus près du terrain. La Fête des entreprises, c’est aussi celle des riches, de ceux que l’on veut punir d’avoir réussi parce qu’ils gagnent trop. Les entreprises sont le dernier bastion d’une France attaquée par elle-même.  “J’aime ma boite” vous avez le droit de le clamer, c’est le jour…

Châtelet-Les Halles: plus de bastons et de baffes que de beats…

Alors que le préfet de Paris Laurent Nuñez venait la veille d’être nommé ministre de l’Intérieur, le cœur de Paris a connu samedi des débordements graves autour d’un concert de rap en plein air.


Samedi 11 octobre, le centre de Paris a de nouveau été le théâtre de violences urbaines. Et ce qui devait être un simple concert gratuit a dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre.
Bilan : huit interpellations et quatre policiers blessés.
Une scène devenue tristement banale, mais qui révèle un malaise profond: celui d’un espace public parisien de plus en plus incontrôlé.

Un concert qui vire au chaos

En fin d’après-midi, un rassemblement s’est formé au niveau du Forum des Halles, pour un concert sauvage du groupe L2B, très suivi sur les réseaux sociaux. L2B est constitué de trois membres ; le nom du groupe fait référence au quartier du Bois-l’Abbé de Champigny-sur-Marne où ces trois larrons ont grandi. Le lieu n’avait rien d’anodin: les Halles sont depuis des années un point névralgique de toute une jeunesse banlieusarde francilienne.

Très vite, plusieurs centaines de personnes se sont massées sur l’esplanade. Les vidéos diffusées sur TikTok et X montrent des adolescents surexcités souhaitant se rapprocher de la scène, criant et chahutant. Puis, lorsque les policiers sont intervenus pour disperser la foule trop nombreuse, des affrontements ont éclaté. Jets de projectiles, provocations, insultes: la scène avait tout d’une mini-émeute (voir vidéo plus bas). Huit personnes ont été interpellées pour violences et dégradations. Quatre policiers ont été blessés. Le concert n’a jamais vraiment eu lieu: il a surtout servi de prétexte à un défouloir collectif.

Ce nouvel épisode ne surprend guère les habitants et commerçants du quartier. Le Forum des Halles, longtemps présenté comme le « ventre de Paris », est devenu une zone où se concentrent insécurité, incivilités et tensions. Notamment en fin de semaine. Le lieu attire une jeunesse nombreuse, souvent livrée à elle-même, parfois violente, dans un contexte de délitement de l’autorité.

A lire aussi: Causeur: Paumés, violents, sexuellement frustrés : le nouveau péril jeune

Depuis plusieurs années, les incidents s’y multiplient : rixes entre bandes, vols à la tire, agressions, rodéos urbains et rassemblements non encadrés. Et les renforts policiers réguliers ne suffisent plus à rétablir durablement l’ordre.

Culture de l’instant

L’épisode de samedi illustre un autre phénomène inquiétant : la montée d’une culture de la foule incontrôlée, nourrie par les réseaux sociaux et le sentiment d’impunité. Ce type de concert « sauvage » fonctionne sur une mécanique bien rodée : annonce virale, afflux massif, tension, et affrontements.

Les artistes y trouvent un moyen de gagner en visibilité sans passer par les circuits légaux ; les participants viennent autant pour le spectacle que pour le frisson de la transgression. Ce mélange explosif transforme des lieux publics en zones de non-droit temporaires. D’autres incidents autour d’opérations commerciales dans des fast-foods ont également défrayé la chronique ces dernières semaines en France.

On pourra objecter qu’il ne s’agit à chaque fois que d’une minorité de perturbateurs ou de casseurs parmi une foule de badauds. Et c’est vrai. Mais c’est précisément l’effacement de l’autorité qui permet à cette minorité d’imposer temporairement sa loi au plus grand nombre dans l’espace public.

Une jeunesse qui n’a plus les codes

Au-delà du fait divers, cette soirée interroge la capacité de l’État et de la mairie à maintenir l’ordre dans le cœur même de la capitale. Les Halles, ce n’est pas franchement une cité de banlieue, encore moins une zone périphérique : c’est le centre historique et commercial de Paris ! Si même là, les forces de l’ordre doivent subir les coups, qu’en est-il ailleurs ?

A lire aussi: Le dernier roi des Halles

Depuis des années, une stratégie politique de tolérance molle et de gestion au cas par cas a remplacé une politique d’autorité claire. On réagit, on disperse, mais on n’anticipe pas. On « gère » la violence au lieu de la prévenir.


La jeunesse qui se rassemble aux Halles n’est pas homogène : elle mêle des groupes désœuvrés, des danseurs de hip-hop pas bien méchants, des jeunes qui font du lèche-vitrine dans le centre commercial, des fans de rap, des bandes en quête d’affrontements et des curieux attirés par l’effet de foule. Beaucoup de ces jeunes n’ont plus de rapport structuré à l’autorité, ni à l’espace public. Pour eux, la rue est un terrain de jeu — ou de guerre — où l’État n’est qu’un figurant.

Dans ce contexte, l’événement de samedi n’est pas une exception, mais un symptôme. Les Halles ne sont plus un lieu de rencontre conviviale ; elles sont devenues une scène de tension permanente. Et le concert de L2B n’a été que l’étincelle.

Ce que révèle ce nouvel épisode

– L’État est toujours en position défensive, réagissant au lieu de maîtriser.
– L’espace public est de plus en plus confisqué par des groupes informels, souvent jeunes et incontrôlables.
– Les réseaux sociaux jouent un rôle central dans la mobilisation de foules éphémères mais puissantes.
– La violence devient banale, presque routinière, y compris dans des lieux très touristiques et censés symboliser la capitale.

A lire aussi: Immigration: bienvenue en France-Afrique

Rétablir l’autorité, une urgence

La couverture médiatique des incidents graves de ce samedi a été minimale, une actualité en chassant une autre, et les péripéties gouvernementales et de la géopolitique du Proche-Orient ayant pris toute la place aux unes des gazettes. Face à cette situation, les réponses habituelles — indignation politique, déclarations fermes et déploiements temporaires de CRS — apparaissent bien dérisoires. Rétablir durablement l’ordre aux Halles supposerait une politique d’autorité assumée: reconquête de l’espace public, contrôle plus rigoureux des rassemblements, sanctions rapides.

La capitale de la France est-elle encore capable de garantir l’ordre et la sécurité, ou est-elle en passe de devenir une ville livrée à des logiques de gangs américains ? Les habitants se contenteront-ils une nouvelle fois des communiqués de circonstance des autorités ? La soirée de samedi a donné des réponses inquiétantes.


Place des otages, deux ans d’attente

0

La gorge nouée, une foule d’anonymes était une fois encore réunie aujourd’hui à Tel-Aviv. Mais aujourd’hui, c’était pour fêter le retour des vingt otages du Hamas! Notre contributrice sur place raconte les scènes émouvantes auxquelles elle vient d’assister.


Tel-Aviv, place des Otages, 14h. C’est ici qu’aujourd’hui, le cœur du pays bat le plus fort.

Cette place, c’est le centre névralgique de la mobilisation pour la libération des otages depuis le 7-Octobre, renommée depuis « la place des Otages ».

Un endroit qui a accueilli les larmes et le désespoir de toute une nation. Où des survivants sont venus témoigner, et où des concerts ont été organisés pour maintenir vivant le fil de l’espoir. Sans se douter qu’il faudrait tenir aussi longtemps. Deux ans.

Aujourd’hui, on reconnaît à peine la place. Il y a dans l’air un parfum de joie, au milieu de la retenue de rigueur dans cet Israël traumatisé.

La foule est dense. Des jeunes et des vieux. Surtout des jeunes. La société israélienne dans toute sa splendeur, dans toute sa diversité, dans toute sa grâce.

On peine à croire que le hasard ait fait coïncider la fin de la guerre avec un jour de fête – et, plus encore, qu’elle tombe jour pour jour, deux ans après le 7-Octobre, selon le calendrier hébraïque. 

Les affiches des otages sont posées sur les tables. Demain, elles trôneront dans un musée. Transformées en objets d’histoire. En reliques d’une période bientôt révolue.

Des mots écrits sur des cartes postales, des dessins adressés aux otages sont encore accrochés, ils pendent, tenus par des ficelles jaunes, rappelant le mur des lamentations.

La guerre est finie et les 20 otages vivants rentrent chez eux aujourd’hui.

Ils font désormais partie intégrante de l’histoire, leur sort scellé à celui du pays, et la foule semble déjà consciente de ce qui se joue en cette journée brûlante : l’Histoire s’écrit en direct sous ses yeux.
Tout va si vite ici.
Hier, le tunnel des échecs de négociations semblait sans fin.
Aujourd’hui, les écrans géants diffusent les images que la foule a rêvées comme un horizon inatteignable.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Une journée qui ébranla le monde

Ici, chacun connaît le visage, le nom, l’histoire personnelle même de chaque otage. « C’est la moindre des choses », me dit une dame. « Ils ont payé de leur souffrance pendant deux ans, la moindre des choses, c’est de connaître leur histoire, et les méandres de leurs existences chamboulées. » À chaque retrouvaille d’un otage avec ses proches, la foule pleure d’émotion. Eviatar, Etan, Matan, Rom, Nimrod, Yossef-Haim, la foule répète leurs prénoms sans fin. L’intensité est à son comble. 

Les visages qui crèvent les écrans auraient pu être nos fils, nos frères, notre meilleur ami. Des mois durant, nous les avons vus figés, imprimés sur des posters, ils s’animent enfin. 

Et quand cette mère hurle en retrouvant son fils : « ata melech », « tu es un roi », c’est notre sang qui se fige dans une identification totale. Car son cri est celui qui est coincé dans nos gorges encore nouées.

Now

Le ciel bourdonne. La voix au micro nous annonce le nom de l’otage transporté en hélicoptère vers l’hôpital Ichilov. Nous voulons en savoir plus.

À l’intérieur, la caméra capte leurs premiers mots écrits sur des ardoises blanches: « Am Israël ‘Haï », le peuple d’Israël est vivant. Il n’a jamais été aussi vivant qu’en cet instant. À côté de moi, une femme est assise, drapée dans le drapeau bleu et blanc. Sur ses genoux, la pancarte de Daniel Peretz.

Je lui demande doucement : « C’est un proche à toi ? ». Elle secoue la tête : « Il ne reviendra pas. Mais tant que sa dépouille n’est pas arrivée, je reste ici et j’attends. »

Elle baisse la voix, répondant à la question dont j’ai déjà honte. « Je ne le connais pas. Mais c’est mon frère. Ils sont tous mes frères. Les vivants comme les morts. Tous, sans exception. »

Je retiens mes larmes. Je traverse la foule, le soleil cogne et j’aimerais photographier chacun des visages de ces anonymes, les expressions qui les traversent, une émotion chassant l’autre l’instant d’après.

Les chansons les plus iconiques du folklore israélien sont diffusées dans les haut-parleurs. On vibre à chaque mélodie et on se souvient. Telle chanson est associée à telle guerre. Les plus âgés savent. Les jeunes ouvrent grand leurs yeux : ils seront les relais de cette histoire contemporaine.

A lire aussi: Gaza: le Hamas et l’arme démographique

La voix au micro annonce l’arrivée de Trump à la Knesset.

Un murmure traverse la foule : la place des Otages s’appellera bientôt la place des Héros. Mais notre héros en ce jour, c’est lui.

« Sans lui, où serions-nous ? » me dit la vendeuse des casquettes qui ne sont plus imprimées de « Bring them home now » mais d’un seul mot, « Now ».

Un drapeau américain flotte à côté du drapeau israélien. Après chacune des phrases du président américain, des tonnerres d’applaudissements. Trump remercie son équipe, puis l’armée israélienne. Il rend hommage aux soldats du pays, à ceux qui y ont laissé leur vie. Puis il dit que sans Benyamin Netanyahou, il n’y serait pas arrivé. Une partie de la foule ne retient pas ses huées, la voix au micro les rappelle immédiatement à l’ordre, recouvrant un instant les mots de Trump ; l’heure est au respect. Aujourd’hui, en ce jour historique, en ce jour de délivrance, il n’y a ni gauche, ni droite. Il n’y a qu’un seul parti : celui de ceux qui sont venus pour soutenir les familles et les survivants.

Si seulement c’était vrai 

La foule se tait. Deux députés sont expulsés de la Knesset alors qu’ils affichent un panneau portant la mention « génocide » en signe de provocation. « Benyamin Netanyahou is a nice guy » déclame Trump pour détendre l’atmosphère. Et malgré le ton volontairement léger, il grave son nom dans l’Histoire, promettant au Moyen-Orient un avenir doré.

Une femme debout près de moi pose son drapeau par terre pour s’essuyer les yeux.

« Si seulement… » répète-t-elle. « Si seulement c’était vrai. »

Au même moment, loin de la Place des Otages, loin des caméras venues du monde entier pour capter quelques instantanés de ce jour pas comme les autres, des centaines de familles sont restées chez elles.

Dans une solitude chargée de gravité, celles qui ont perdu un proche ont les yeux fixés sur le décompte des jours d’absence. Il continuera pour elles à s’égrener sans fin.

Leur silence peut être traduit par les mots du poète Elyasaf Ezra :

« 915 soldats, hommes et femmes,
héros et héroïnes,
sont maintenant assis au ciel,
sur le balcon de Dieu,
dans la soukka des anges.
Se tenant la main,
essuyant les larmes de leurs yeux,
ils se regardent les uns les autres,
ils nous regardent,
et crient :
Nous l’avons fait. »

Matthieu Grimpret: dessine-moi une école

La bienveillance est le nouveau maître-mot de l’Éducation nationale. Sous son diktat, le bien-être des élèves passe avant leur instruction. Un « psychosystème » que dénonce Matthieu Grimpret dans Bullshit bienveillance.


L’avachissement français commence dès le plus jeune âge, sur les bancs de l’école. Sur les décombres de l’éducation soixante-huitarde est née une nouvelle vision, une nouvelle doctrine pédagogique qui s’est muée en dictature : le « bien-être ». L’école n’a plus pour objectif principal d’apprendre à lire, écrire et compter. Sa priorité est désormais d’enseigner la « bienveillance » à des élèves qui peuvent ainsi laisser libre cours à leurs émotions, leurs pulsions et leur narcissisme. Cela porte un nom : la psychologie positive. Et quand le prof est sommé de jouer au psy en classe, il n’y a plus personne pour jouer au prof.

Matthieu Grimpret dénonce ce « psychosystème » dans un livre édifiant[1]. Ce n’est pas un pamphlet, se défend-il d’emblée, mais une enquête, une somme de témoignages, un document brut. Ce qui le rend d’autant plus explosif. En vingt ans de carrière, ce professeur – qui a aussi bien enseigné en filière professionnelle qu’à Sciences-Po – a assisté à la désagrégation de la transmission des savoirs au bénéfice (relatif) de ce pseudo-épanouissement. C’est le drame qu’il pointe : pour ne pas traumatiser de pauvres « apprenants », selon la terminologie officielle, on leur en apprend de moins en moins. Le niveau s’effondre mais victoire, l’élève a gagné le droit au bien-être! Et le commandement vient d’en haut, comme le prouve ce rapport de la Cour des comptes publié en mai 2025 : « Le premier enjeu que l’école doit relever est de mettre le bien-être des élèves au centre des initiatives innovantes. » Que cette docte sentence émane des comptables de la Rue Cambon a de quoi surprendre. « L’enseignement primaire : une organisation en décalage avec les besoins de l’élève » : le titre donne une idée de l’ampleur du phénomène. Après avoir été un centre d’endoctrinement idéologique, « l’école est en train de devenir un “tiers-lieu” (notion woke à la mode) à mi-chemin entre le spa et le cabinet du psy », souligne Grimpret. Selon une prof à la retraite, c’est même pire : les mandarins de la Rue de Grenelle ont laissé place à des « laborantins ». Des experts autoproclamés en sciences de l’éducation qui expérimentent leurs méthodes dites révolutionnaires sur des « cobayes » – les enfants. Et de pédagogisme en pédagogisme se dessine une tendance évidente : nul attachement à la transmission du savoir universel, mais une intention politique. Pour les pédagogues, des activistes, « le métier d’instruire est non une cause finale mais une cause instrumentale. Ils se lancent dans l’enseignement pour “changer la vie”, selon le fameux slogan socialiste des années 1970 et 1980. »

Qu’on se rassure, Grimpret ne prône pas le mal-être des élèves ! Mais fort de son expérience, il constate qu’on ne peut enseigner et apprendre « dans la bienveillance ». Il constate aussi que le sens de l’effort et de la discipline, valorisé dans des pans entiers de la culture populaire, du sport aux émissions de télé (« Danse avec les stars », « Top chef », etc.), n’a plus droit de cité dans l’enceinte scolaire. Et le pire, c’est que toute cette bienveillance est vaine : en plus d’être de moins en moins instruits, les jeunes Français n’ont jamais eu une santé mentale aussi fragile.

222 pages


[1] Bullshit bienveillance, Magnus, 2025.

Quand la panique des «progressistes» menace la démocratie

0

Macronie: l’agonie tranquille


Le délitement : un mot dont même Libération a empli sa une, ce week-end. Pour l’avoir employé en avril 2021 pour qualifier l’état du pays, d’anciens généraux avaient été jugés, par le pouvoir, coupables d’affoler l’opinion. Depuis, le pire a été atteint.

Sébastien Lecornu, Premier ministre démissionnaire-reconduit !

La France n’est plus dirigée. L’effondrement serait un terme plus juste. Tôt ce lundi, le chef de l’État s’est envolé pour l’Égypte, afin de feindre là-bas une utilité dans la libération, obtenue ce matin par Donald Trump, des derniers otages du Hamas. Sébastien Lecornu, Premier ministre démissionnaire-reconduit, a bricolé hier soir un gouvernement bis-Cornu, fait de brics et de brocs dilatoires. Pour sa part, le président des LR, Bruno Retailleau, découvre qu’il n’est pas suivi par six parlementaires de son groupe, attirés par le bloc central en dépit de son propre retrait.

A ne pas manquer: Causeur en kiosque: sommes-nous foutus ?

Ce monde politique n’a qu’une préoccupation : éviter que les Français donnent leur avis sur la débandade. Mais quand un homme n’est pas cru il est cuit, aurait dit Pierre Dac. Plus les ombres s’agitent plus elles s’effacent. L’inutilité d’un système se démontre quand son immobilisme ne produit que des désordres. Or, dans sa rage à s’accrocher à ses postes, la macronie en perd la tête. Dimanche, Emmanuel Macron a de nouveau menacé la Russie de « payer le prix » de son « obstination guerrière », en attisant un affrontement qui lui permettrait l’union autour de son Moi-Moi-Moi. Philippe de Villiers le constate dans son nouveau livre Populicide (Fayard): « Le régime politique actuel de la France n’est plus une démocratie et encore moins un Etat de droit. La France (…) glisse vers la République policière, où les moyens de l’Etat ne servent plus (…) qu’à protéger le pouvoir lui-même contre sa propre population ». Ceux qui veulent faire taire les citoyens deviennent despotiques.

M. Retailleau doit clarifier la position de son parti

La colère irrationnelle que suscite, chez des LR, la perspective d’une victoire de Marine Le Pen et de ses alliés lors d’une prochaine législative, oblige ce parti à clarifier ses positions. Entendre Jean-François Copé (LR), hier à midi sur RTL, parler du RN comme d’un « danger absolu » et d’une « catastrophe » tient du registre pavlovien plus que de l’analyse rationnelle. Dans l’union des droites qui se précise, M. Retailleau va devoir dissiper plus clairement des ambiguïtés sur ses propres attirances. D’autant que cette hystérie contre le RN est d’abord commune aux « progressistes » qui voient leur monde s’effondrer.

A lire aussi: Alain Minc: « Il n’y a toujours pas d’alternative »

La panthéonisation de Robert Badinter, jeudi soir, est d’ailleurs venue clore symboliquement l’hégémonisme d’un demi-siècle de sociale-démocratie. La panique est telle, dans cet univers idéologique qui se meurt, que la réforme des retraites, seule avancée du quinquennat, est prête à être remise en question par M. Lecornu pour amadouer les socialistes dans leur menace de censure immédiate.

La peur gagne les perdants. Elle laisse voir les intolérances de ces « démocrates » qui veulent faire taire les électeurs. Se pose dès à présent la question de leurs réactions en cas de victoire d’une droite souverainiste à l’élection présidentielle.

Le chantage aux troubles de rues pourrait être l’arme ultime de la gauche faillie.

Populicide

Price: ---

0 used & new available from

Crime sans châtiment?

0

Dans La disparition de Josef Mengele, Kirill Serebrennikov signe un film sombre et magistral qui retrace la fuite misérable du médecin d’Auschwitz à travers l’Amérique du Sud. Une déchéance glaciale…


Argentine, 1956. Au moment où « Gregor » s’apprête, muni d’un énorme couteau, à couper le gros gâteau sur lequel un petit serveur latino, en guise de déco, vient de planter le drapeau à croix gammée, une invitée plaisante : « il sait faire. N’oublions pas qu’il est chirurgien ». La défaite consommée, dans cet entre soi d’anciens nazis confortablement repliés à Buenos Aires, le Führer reste idolâtré, et l’on rêve encore du retour du Reich millénaire – une question de temps ?

Fuite pathétique

« Gregor », plus tard, s’appellera « Peter », puis « Pedro ». Ces fausses identités dissimulent Josef Mengele, l’ « ange de la mort » d’Auschwitz, auteur d’atroces expériences médicales sur les déportés juifs. L’homme est recherché par toutes les polices, et par le Mossad en particulier.

A lire aussi: Tant qu’il y aura des films

Tiré du roman éponyme d’Olivier Guez (Prix Renaudot 2017), La disparition de Josef Mengele n’est pas le récit d’une traque, mais au contraire celui de la fuite pathétique du criminel, jusqu’à la noyade, en 1979, à Embu, sur une plage non loin de Sao Paulo, de celui qui se cachait sous le nom de Wolfgang Gerhard. Dans le rôle, le comédien allemand August Diehl  – déjà SS dans Inglourious Basterds (2009), la comédie macabre de Tarantino, mais il a aussi incarné Karl Marx dans un autre film, ou encore, ailleurs, l’architecte Walter Gropius. Grande figure du théâtre, Diehl vient d’emprunter les traits du prince danois dans Hamlet/fantômes, au théâtre du Châtelet, sous la direction du même Kirill Serebrennikov, encore plus fameux comme metteur en scène lyrique que comme cinéaste, Russe exilé désormais, comme l’on sait, à Berlin depuis quelques années, et opposant déclaré au régime de Poutine.

Pour en revenir à Mengele, cette farce tragique du déni, de la déréliction, de la misère physique et morale d’un homme est captée dans un somptueux noir et blanc qui renvoie, en quelque sorte, à une archive intemporelle, mais également au cinéma d’Orson Welles  (cf. Le Criminel, 1946) : l’on voit vieillir par étapes (grimage particulièrement réussi), l’ex-tortionnaire dans ses refuges successifs, de l’Argentine au Brésil, en passant par le Paraguay, chaque jour plus atteint de paranoïa, pris dans l’étau inexorable du déclin, et rattrapé par le châtiment d’une errance sans issue. Apprenant l’exécution d’Eichmann en Israël, en 1962, Mengele verra le nœud coulant se resserrer sur lui. Mais la protection d’anciens nazis lui permettra de disparaître pendant une bonne dizaine d’années, abrité au Brésil chez des fermiers hongrois. Episode qui, ramassé dans le présent film, donne lieu à des scènes d’anthologie !

Acteurs extras

En 1977, Rolf (Max Bretschneider), son fils né en 1944 d’un premier mariage viendra, muni d’un faux passeport – un ‘’Mengele’’ ne saurait franchir aucune frontière ! – rejoindre au Brésil celui qui n’est plus alors qu’un vieillard éructant, aigri, valétudinaire, survivant au milieu de ses bergers allemands. Rolf repartira sans être parvenu à arracher à son père l’aveu d’une quelconque culpabilité, ou d’un remord. Là encore, dialogue et direction d’acteur extraordinaires.

A lire aussi, du même auteur: Road movie dans l’Iran des mollahs

Si le scénario, pour en montrer le caractère implacable, juxtapose habilement les périodes en cassant la chronologie, Serebrennikov ménage au spectateur, au cœur du long métrage, une surprise horrifique : passant sans prévenir à la couleur, quelques séquences nous dévoilent d’abord le Mengele jeune, batifolant ou s’accouplant avec sa tendre épouse aryenne. Mais surtout, toujours en couleur, comme exhumées de ces pellicules amateur de format carré, rayées par le temps, et qu’on regarde ensuite en famille, d’autres séquences sont supposées avoir été filmées à Auschwitz : telle cette petite phalange musicale de nains en tenues de gala, contraints de se produire devant leurs bourreaux, dans un passage chanté de Lohengrin. Ou cette scène d’équarrissage du cadavre encore frais d’un infirme dont les praticiens viennent de mesurer au compas les malformations… Pas de rédemption pour le disparu Mengele.


La disparition de Josef Mengele. Film de Kirill Serebrennikov. Avec August Diehl, Max Bretschneider, David Ruland… Allemagne/France, couleur, 2025. Durée: 2h16
En salles le 22 octobre 2025

A lire: La Disparition de Josef Mengele, roman de Olivier Guez. 237p. Grasset, 2017. À l’occasion de la sortie du film, le livre est réédité en Livre de Poche.

La disparition de Josef Mengele

Price: ---

0 used & new available from


Un océan sépare les deux passagers d’un cargo


Excellent ! Il n’est pas courant d’être aussi laudatif à propos d’un roman. Pourtant, que dire d’autre à propos de Au creux de la vague, dernier roman d’Alain Bron. Celui-ci a réussi son coup. Il nous donne un texte fort bien écrit, vif, qui, d’un bout à l’autre, tient le lecteur en haleine. Les personnages et les dialogues sonnent vrais ; les atmosphères vous enveloppent. La narration, simple, vous surprend. Et un humour irrésistible imbibe et rafraîchit cet opus singulier.

Tout les oppose

Alain Bron nous invite à suivre pas à pas Jacques Perrot, écrivain parisien, qui, un beau matin, décide de réaliser son rêve d’enfance : embarquer sur un cargo pour traverser l’Atlantique et gagner l’Amérique. Chez lui, point de challenge et encore moins de performance. « Mon plan pour devenir ni riche ni célèbre se déroule à merveille », songe-t-il. Voilà qui est dit. Rien d’étonnant ici ; Jacques n’est pas forcément un gagnant, lui qui considère sa vie comme une litanie de mauvaises options. « Lorsque, dix ans auparavant, il avait eu à se décider entre deux éditeurs, il avait jeté son dévolu sur l’un (par copinage) et écarté l’autre (par intuition). Force était de constater que son soi-disant flair s’était lourdement fourvoyé. Tandis que l’éditeur choisi, faute d’un bon distributeur, se battait pour ne pas mettre la clé sous la porte, l’autre caracolait en tête des ventes, raflait deux à trois prix par an, et menait grand train dans les salons les plus en vue. »

A lire aussi: Milady, femme libre

Qu’importe ; il fonce en covoiturage vers Marseille, embarque sur le SooYun Pedro, un porte-conteneurs d’une flotte armée par la compagnie Reederei Konrad Heitz GmbH qui bat pavillon allemand. À bord, il constate qu’il n’est pas le seul passager ; Benjamin Brandt a eu la même idée que lui. Il se révèle d’abord peu loquace et peu sympathique. Ils parviennent tout de même à faire connaissance. L’homme se dit Suisse, protestant, fils de pasteur et informaticien. Ils mangent ensemble, discutent, ne sont jamais d’accord. Jacques vient de trouver en Benjamin son absolue antinomie ; tout les oppose. Le premier, d’une gauche humaniste ; le second, d’une droite extrême. Ils devront faire avec, c’est-à-dire effectuer la traversée de l’océan ensemble. Les nouvelles de la terre sont peu nombreuses. Ils apprennent les attentats de Charlie Hebdo ; ceux-ci nourrissent un peu plus le conflit entre les deux passagers. Le Suisse se montre aussi intraitable à l’endroit des migrants qui dérivent sur les embarcations de fortune. Jacques n’en croit pas ses oreilles.

Au fil des jours, Benjamin devient de plus en plus mystérieux. Il lui confie qu’il aurait tué sa femme accidentellement en reculant au volant de sa voiture. L’écrivain en vient à se demander si l’informaticien ne serait pas mythomane… Il est sûr, en tout cas, qu’il dissimule de nombreux secrets. La dernière partie du roman, magnifiquement amenée, montrera qu’il était bien loin du compte…

Au creux de la vague, Alain Bron ; in octavo éditions, 299 p.

Au creux de la vague

Price: ---

0 used & new available from

Bécassine, la Joconde et les Playmobil

0

Du 25 septembre 2025 au 18 janvier 2026, les anciens chais de Bercy accueillent une exposition dont le but est de nous proposer une « imagerie pop et décalée » de tableaux célèbres. Il y eut la ré-écriture des œuvres littéraires, voici venu le temps de la re-peinture !


« L’art n’est pas toujours très sérieux… Même lorsque l’on parle des grands tableaux qui ont marqué l’Histoire ! D’ailleurs, le peintre français Pierre-Adrien Sollier aime rendre cet art accessible à tous, en détournant des peintures célèbres… »

La régression prend le pouvoir…

Continuons le commentaire qui accompagne ce prodige : « L’artiste présente son travail à travers une exposition ludique et gratuite, sur les murs de Bercy Village. Cette exposition intitulée Le musée détourné, compte 33 œuvres qui reproduisent des tableaux célèbres, légèrement modifiés… Tous les personnages de ces œuvres ont été remplacés par des figurines Playmobil ! Imaginez donc : la Laitière représentée par un jouet Playmobil, la Liberté guidant le peuple entourée de ces petits jouets, la Naissance de Vénus ou le portrait officiel de Louis XIV transformés par ces figurines iconiques de notre enfance… Pas besoin d’imaginer, c’est ce que l’on peut admirer à Bercy Village ! »

A lire aussi, Patrick Eudeline: C’est dommage, j’aime le Bon Marché

Bécassine, qui n’allait pas du tout là-bas pour ça, a vu et n’en est pas revenue, ou plutôt si, mais dans une colère magistrale. L’effet de platitude est total, l’absence de lumière et de profondeur radicale, le résultat désastreux. Car que va-t-il se passer avec ce musée détourné qui est un détournement de mineurs ? L’exact contraire de ce qui est annoncé. Ce qui est annoncé ? «  L’artiste souhaite initier les enfants au monde de l’art. » Ce qui arrivera ? Lorsque les gosses verront en vrai, ou ne serait-ce qu’en reproduction, les vrais tableaux, ils s’écrieront : «  Oh, c’est comme les tableaux de Playmobil, le monsieur il a copié ! » Autrement dit, la prétention absurde de ce détournement à initier qui que ce soit à la peinture se retournera comme un gant pour ramener la vraie Joconde… aux Playmobil. Régression garantie, à l’image de cette petite voisine venue pour un anniversaire et qui, entendant Vivaldi que Bécassine avait posé sur le tourne-disque pour calmer la marmaille, s’était écriée : «  Oh, c’est la publicité pour la lessive ! » De même, Vermeer, Delacroix, Vinci et les autres feront penser aux petits jouets en plastique ! La petite voisine, elle, fut privée de gâteau au chocolat car associer Vivaldi à de la lessive n’était pas passé ; elle avait qu’à pas…

Grande foutaise

Et bien sûr, dans le prospectus qui accompagne ce carnage, les deux mamelles de la grande foutaise sont convoquées : ludisme et pédagogisme. Et pas seulement pour les enfants, non ! Pour les adultes aussi, appelés à régresser dans l’infantilisme le plus complet. Ainsi, « ces tableaux que tout le monde connaît (là, c’est pour les grands) prennent une dimension plus enfantine, mais aussi plus accessible. » Des fois que devant les vrais tableaux nous soyons par trop dépassés, on nous propose de nous renvoyer à du familier, à l’Éden perdu qui ne peut se concevoir qu’en Playmobil. Ainsi, rassérénés par nos petites figurines chéries et retrouvées, nous pourrons définitivement imaginer le Christ, Vénus et la Laitière avec la même tête couronnée de son casque en plastique… L’époque a ses couronnes d’épines qu’elle peut.

A lire aussi: Jeunes hommes: tous tueurs nés, vraiment?

Enfin, est-ce par hasard que cette exposition se trouve à côté d’un grand magasin de jouets ?  La réponse évidemment est non, tant la marchandisation de l’art ici est criante. Et l’on imagine aisément que l’enfant, et l’adulte appelé à le rejoindre, s’y précipiteront illico presto après avoir vu le vilain Radeau de la Méduse qui n’a jamais aussi bien porté son nom pour acheter des tas de petits bonhommes qu’ils emporteront à la maison… N’a-t-on pas là le mobile du crime ? Lequel, pour le coup, n’est pas fair-play.

Immigration: bienvenue en France-Afrique

La France est le pays européen qui accueille le plus d’immigrés africains. Le taux de fécondité élevé de ces populations dessine un bouleversement démographique rapide. Et les nombreux défis d’intégration imposés par cette situation ne se résolvent pas d’une génération à l’autre.


Disons-le tout net : il est désormais exagéré d’affirmer qu’on « ne peut pas parler de l’immigration » en France. La marée montante du réel a fini par rendre intenable le réflexe d’enfouissement qui avait prévalu sans conteste, durant trois décennies au moins, lorsqu’il s’agissait d’aborder cette question dans la majeure partie du champ médiatique ou politique. Depuis plusieurs années, le débat public cesse progressivement d’esquiver un certain nombre de questions centrales sur ce thème – à commencer par celle des nouveaux flux migratoires accueillis dans notre pays.

Augmentation spectaculaire des naissances issues d’au moins un parent né hors UE

En cette matière, le constat global du quart de siècle écoulé pourrait être résumé sous la forme d’un « triplement général ». Le nombre de premiers titres de séjour accordés chaque année à des ressortissants extra-européens a été multiplié par trois depuis la fin des années 1990. Le nombre de bénéficiaires de l’aide médicale d’État (qui sert à approcher la dynamique de l’immigration clandestine) a été multiplié par trois depuis le début des années 2000. Le nombre de bénéficiaires du droit d’asile en France a été multiplié par trois en dix ans.

Cependant, le sujet demeure aujourd’hui peu traité sous l’angle des transformations « endogènes » induites par l’immigration au sein de la population de la France. Il faut entendre par ce terme : non seulement l’impact direct des flux migratoires, mais aussi leurs effets démographiques à retardement.

La France connaît, depuis le tournant des années 2010, une rétractation rapide de son « solde naturel », c’est-à-dire de la différence entre les naissances et les décès enregistrés sur son territoire. La diminution du nombre global de nouveau-nés (qui a baissé de 20 % en quinze ans) a fait basculer ce solde dans le rouge : en 2024 et durant les premiers mois de l’année 2025, la France métropolitaine a enregistré plus de décès que de naissances. La hausse de la population générale, qui se poursuit en France malgré ce déficit, est désormais essentiellement portée par l’immigration.

A lire aussi: Alain Minc: « Il n’y a toujours pas d’alternative »

Ce portage se fait de deux façons : d’une part, par l’accélération rapide des flux entrants que nous avons décrite ; d’autre part, par l’augmentation spectaculaire de la part des naissances issues de l’immigration – spécialement extra-européenne.

Pour la première fois, en 2023, plus de 30 % des naissances enregistrées en France ont été issues d’au moins un parent né hors de l’Union européenne. Depuis l’an 2000, le nombre annuel d’enfants nés sur le territoire et issus de deux parents eux-mêmes nés en France a diminué de 28 % ; mais dans le même temps, les naissances issues d’au moins un parent né hors UE ont augmenté de 36 % et celles issues de deux parents nés hors UE ont augmenté de 73 %.

Du fait de la diffusion géographique toujours plus large des réalités migratoires, cette part significative de l’immigration dans les naissances est désormais une réalité visible sur l’ensemble du territoire – avec des écarts qui persistent néanmoins. En 2023, 67 % des naissances en Seine-Saint-Denis ont été issues d’au moins un parent né à l’étranger, tout comme 57 % dans le Val-d’Oise et 54 % en Essonne, contre 11 % en Vendée, 10 % en Haute-Loire ou 9 % dans le Pas-de-Calais. Parmi ces naissances dont un ou deux parents sont nés à l’étranger, neuf sur dix concernent un parent né hors UE.

Surfécondité des femmes immigrées

L’accroissement rapide de cette proportion a évidemment partie liée avec celui de la population immigrée. Mais un autre facteur entre aussi en ligne de compte, souvent considéré comme un tabou : il s’agit de ce qu’on pourrait appeler la fécondité différenciée des populations immigrées. L’analyse des chiffres de l’Insee démontre que l’indice de fécondité (exprimé en nombre moyen d’enfants) des femmes nées à l’étranger est significativement plus élevé que celui des femmes nées en France : en 2021 – dernière année pour laquelle ces données sont disponibles –, il était de 2,3 enfants par femme en moyenne pour les premières, contre 1,7 enfant parmi les secondes. En particulier, il est plus élevé de moitié chez les femmes nées au Maghreb (2,5 enfants par femme) et deux fois supérieur parmi les femmes nées en Afrique hors Maghreb (3,3 enfants) par rapport aux « natives ».

D’où vient donc cette surfécondité des femmes immigrées ? Pour une large part : des mœurs et habitudes issues de leurs pays d’origine. La France présente en effet la particularité d’accueillir, de loin, l’immigration la plus « africaine » de l’ensemble du continent européen. La part des immigrés originaires d’Afrique parmi l’ensemble de la population immigrée est, dans notre pays, trois fois supérieure à la moyenne de l’Union européenne. Parmi ces immigrés africains, six sur dix sont originaires du Maghreb, mais la plus forte poussée récente concerne la zone subsaharienne : le nombre d’immigrés venus d’Afrique sahélienne, guinéenne ou centrale a doublé en France depuis 2006.

Or, l’Afrique est aujourd’hui le continent le plus fécond du monde – avec un indice moyen de fécondité qui s’élève à quatre enfants par femme. Cinq des six pays du monde qui ont le plus grand nombre d’enfants par femme sont des États africains francophones. Résultat de cette structure géographique particulière de notre immigration : l’indice de fécondité des femmes nées hors de l’Union européenne est, en France, le plus élevé de toute l’Europe occidentale. Il s’élevait à 3,27 enfants par femme en 2019, soit le double des natives cette année-là.

Les études démographiques indiquent que les niveaux de fécondité des personnes d’origine immigrée ont tendance à diminuer à la génération suivante et à converger – progressivement – vers la moyenne des natifs. Toutefois, cette convergence n’est pas immédiate et ses effets sont fortement mitigés par l’accélération des nouveaux flux entrants. Cela est d’autant plus vrai que la migration en France produit des effets l’apparentant à un véritable « déclencheur de naissances ».

A lire aussi, Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques: Le grand choir

L’analyse des données recueillies par le ministère de l’Intérieur sur « la fécondité des femmes primo-arrivantes », c’est-à-dire installées récemment sur le sol français, est particulièrement frappante : le pic des naissances issues des femmes immigrées se situe dès la première année après leur arrivée sur le territoire. La part de ces naissances qui ont lieu un an après leur installation est trois fois plus élevée que celle enregistrée un an avant la migration. Cet effet est particulièrement notable pour certaines origines migratoires : toutes choses égales par ailleurs, les primo-arrivantes maghrébines ont entre 20 % et 50 % plus de chances de faire un enfant dans les quatre années après leur installation que les autres primo-arrivantes – et cela vaut pour les femmes originaires de Tunisie, où l’indice local de fécondité est pourtant descendu sous les 2 enfants par femme.

D’ores et déjà, la population de la France compte plus de descendants d’immigrés de « deuxième génération » que d’immigrés au sens strict (nés étrangers à l’étranger) – lesquels sont pourtant plus nombreux que jamais, tant en volume absolu qu’en pourcentage. Huit millions de personnes qui vivent aujourd’hui en France y sont nées d’un ou deux parents immigrés, majoritairement originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, de Turquie ou du Moyen-Orient. Leur structure d’âge est beaucoup plus jeune que le reste de la population : 37 % d’entre eux ont moins de 18 ans, contre 21 % pour la population sans ascendance migratoire (selon les plus récentes données Insee pour l’année 2020, qui tendent à sous-estimer ce que peut être la situation cinq ans plus tard). En particulier, 72 % des descendants d’immigrés d’Afrique guinéenne ou centrale ont moins de 18 ans, tout comme 50 % des individus nés de parents immigrés marocains ou tunisiens.

Cette situation emporte évidemment des implications extrêmement fortes pour l’avenir démographique du pays. Celles-ci sont d’autant plus importantes que les défis de l’intégration ne se résolvent pas spontanément d’une génération à l’autre. La part des jeunes nés de parents immigrés qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation est, en France, la deuxième plus élevée du monde occidental – « dépassée » par la seule Belgique.

Intégration économique désastreuse et archipellisation

Sur certains indicateurs d’intégration économique et sociale, la deuxième génération issue de certaines immigrations rencontre même des difficultés plus marquées que la première. 57 % des immigrés d’Afrique sahélienne vivent en logement social ; c’est le cas de 63 % de leurs descendants. Le taux de chômage des descendants d’immigrés algériens est plus élevé que celui des immigrés eux-mêmes, tout comme dans les populations originaires d’Afrique subsaharienne. L’effet du plus jeune âge des descendants est un facteur explicatif à prendre en compte, mais qui ne se suffit pas à lui seul. Comme l’a résumé le ministère de l’Intérieur dans sa récente réponse à une question parlementaire : « pour les descendants d’immigrés, la moitié de l’écart de chômage reste inexpliquée, et plus des deux tiers pour les immigrés originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne ou de Turquie ».

De tels constats dessinent un bouleversement démographique rapide et déjà très engagé, qu’une simple réduction (même drastique) de l’immigration nouvelle ne saurait effacer. Cependant, et à rebours d’un certain fatalisme qui règne parfois dans le débat public : les politiques mises en œuvre aujourd’hui et dans les années à venir auront un impact décisif sur le paysage de la population française à la fin de ce siècle. Leur pilotage raisonné commande une reprise en main politique des flux migratoires, à laquelle l’opinion publique aspire désormais de façon très majoritaire ; mais aussi la mise en œuvre d’une politique familiale renouvelée et intelligente, en mesure de rétablir les équilibres démographiques nécessaires à la cohésion de notre société – à rebours de l’archipélisation en cours.

Pourquoi le peuple leur fait-il si peur?

0

Régime des partis. Quand tout le monde veut sauver sa place plutôt que la France, la démocratie devient un sport d’endurance plus qu’un idéal, déplore notre chroniqueur.


Rares sont les moments où, dans une démocratie, les extrémismes ont raison.

La France Insoumise et le Rassemblement national ne réclament que la dissolution et, dans un registre différent, le départ anticipé du président de la République.

Des personnalités politiques plus modérées, notamment Jean-François Copé et Édouard Philippe, sont sur cette dernière ligne, laquelle serait programmée par le président lui-même.

Sans solution

Le président, uniquement préoccupé par la fin de son quinquennat et ne parvenant plus à maîtriser les orages qu’il a engendrés et libérés, s’obstine à refuser au peuple le droit de trancher une crise inextricable qui, sans le recours à celui-ci, pourtant, demeurera sans solution.

Ce qui est amusant, si j’ose dire, c’est la manière dont chacun recouvre d’un voile noble des intérêts et des lâchetés tout ce qu’il y a de plus ordinaires.

A lire aussi, Gilles-William Goldnadel: Odieux visuel de sévices publics: ma guerre est déclarée

Les députés Les Républicains désirent participer au gouvernement en voie de composition – pour la seconde fois – par le Premier ministre qui, bouclier d’Emmanuel Macron une fois encore, commence sans doute à se lasser de n’être plus qu’un homme de devoir. Et ils refusent la dissolution : ils sont tellement angoissés à l’idée de ne pas retrouver leur siège !

Dominique de Villepin continue à dénoncer, à fulminer, à enjoindre avec flamme et talent, mais il ne nous donne jamais le mode d’emploi; pour un responsable politique, c’est toujours le plus difficile.

Chimérique union des droites

On parle beaucoup de l’union des droites. Même si un récent propos de Jordan Bardella a fait apparaître une main tendue aux Républicains, sur le plan parlementaire, au cas où le RN n’aurait pas la majorité absolue aux prochaines élections législatives, cette perspective peut séduire, mais elle est loin de pouvoir être réalisée – et je ne m’en réjouis pas. Il nous manque un François Mitterrand de droite, un génie politique, pour l’imposer. Il nous manque un Bruno Retailleau audacieux qui, malgré une déconvenue récente que ses ennemis exploiteront, devrait être davantage persuadé qu’il est le chef de la droite, que sa victoire éclatante à la présidence lui a donné une totale légitimité, et que, faute d’un parti fort, l’union des droites ne favoriserait que le RN dominant.

Il manque à la droite extrême – Marine Le Pen et Éric Ciotti -, plutôt que de pourfendre la famille conservatrice classique, la volonté de faire des efforts et de tenter de favoriser des similitudes sur l’essentiel. Toutes les différences ne sont pas graves, mais il ne faut pas en abuser !

Il manque à la droite républicaine le courage de se libérer de l’emprise de la gauche. Celle-ci, qui n’a aucune leçon à donner, se croit autorisée à en dispenser parce que le camp adverse l’écoute et lui obéit tout en feignant de ruer dans les brancards…

Et si, face à ces péripéties extraordinaires, au lieu de prétendre leur appliquer des remèdes ordinaires, on tentait l’inouï : solliciter les citoyens, assumer la démocratie, ne pas avoir peur de ses risques et périls, mais considérer qu’elle est toujours la solution ?

Demain, celui qui sera exemplaire et peu anxieux de perdre son pouvoir en amplifiant celui du peuple, sera en bonne voie d’être élu.

« Le dernier bastion »

0
Sophie de Menthon © Eric Fougère

Sophie de Menthon appelle à mettre nos chicaneries politiques partisanes de côté un court instant pour fêter les entreprises. «J’aime ma boite», c’est ce jeudi. Célébrons ceux qui font tourner la France: les rêveurs, les bosseurs, les entrepreneurs et leurs salariés !


« L’entreprise notre force à tous » est le credo de la campagne publicitaire de la 23e Fête des entreprises qui se déroule ce jeudi 16 octobre, et qui prend un poids qu’elle n’avait jamais eu. C’est bien plus que la commémoration de l’affectio societatis, dans le double sens du terme, c’est la revendication d’un pays tout entier, salariés et entrepreneurs, qui comprennent chaque jour davantage que sans eux rien n’existerait, ce que l’on se garde bien de leur dire dans les discours politiques.

C’est aussi la révolte des entrepreneurs qui se font donner des ordres à longueur d’année, se font diriger, prélever, taxer, sans aucune concertation véritable et sans reconnaissance. On ne peut pas dire « l’entreprise » car il y a des entreprises, de la magnifique boîte du CAC 40 jusqu’à la formidable PME qui crée un marché, en passant par nos ingénieurs et scientifiques (au bord de quitter la France). Nous les aimons tous, salariés et patrons, autant chez LVMH, que chez « Amplitude communication » qui gère ses coursiers en résistant aux plateformes low cost. Nous les aimons et nous devons leur dire, au moins une fois dans l’année. La célébration est essentielle, car finalement c’est une pédagogie induite. C’est aussi le rappel que le politique les entrave et nuit à la croissance économique avec les dettes abyssales, la fiscalité, la complexité… le moment de dire “on existe“. Fêter les entreprises, c’est ne pas faire preuve d’idéologie, c’est faire comprendre qu’il faut épargner les poules aux œufs d’or, aujourd’hui les entreprises doivent expliquer et faire comprendre leur vitalité. Elles ont bien compris que c’était exclusivement elles qui finançaient intégralement le pays, alors qu’elles ne peuvent pas assez payer leurs salariés à cause des prélèvements indécents : que ceux qui nous gouvernent reprennent une feuille de salaire en l’analysant comme au premier regard, ligne par ligne, et repartent de là, comme base pour rétablir un peu le budget de la France : tout y est !

A lire aussi: Travail: le sentiment surnuméraire

La vraie question au fond c’est : est-ce vraiment LE moment pour faire la fête ? Eh bien oui, plus que jamais. Dire « j’aime ma boite » est l’expression nationale d’une démocratie d’entreprises. Écoutons cette démocratie du travail, cette représentation entrepreneuriale, la vraie, le peuple des entreprises, des entrepreneurs et des salariés, sans oublier les autoentrepreneurs : leur boîte c’est eux, sans parachute ! Écoutez ces patrons qui ne veulent plus d’aides mais veulent leur liberté de gérer sans interventionnisme, et qui clament : reprenez vos « cadeaux », le terme brandi par les jaloux ignorants, car une aide de l’État arrive lorsque le même gouvernement a mis un secteur d’activité en telle difficulté qu’il faut compenser ! Plus aucune aide : mais la suppression des taxations permanentes sans visibilité, plus d’antidotes mais supprimer le poison administratif et fiscal distillé aux entreprises à longueur d’année et ce pour le bonheur des salariés français.

La « Fête des entreprises », c’est tout le contraire d’une grève ou d’un jour férié ! C’est le jour d’une indispensable reconnaissance — celle du travail de chacun, de la prise de risque, et de cette colonne vertébrale de notre société : l’entrepreneuriat. Soyons fous, célébrons nos entreprises, tous ensemble, dans un même élan — syndicats compris ! Ce jeudi 16 octobre, faisons-en un rappel à l’ordre joyeux et collectif: celui de la fierté de créer, d’innover et de faire avancer le pays. Le mot “entreprise” qui comprend tous les acteurs qui la font exister, n’est jamais prononcé dans les discours dont nous sommes abreuvés ni même dans les débats publics.

Puisse cette “Fête des entreprises” être le révélateur qu’il faut gouverner autrement, et revenir au plus près du terrain. La Fête des entreprises, c’est aussi celle des riches, de ceux que l’on veut punir d’avoir réussi parce qu’ils gagnent trop. Les entreprises sont le dernier bastion d’une France attaquée par elle-même.  “J’aime ma boite” vous avez le droit de le clamer, c’est le jour…

Châtelet-Les Halles: plus de bastons et de baffes que de beats…

0
Canopée du Forum des Halles, Paris, 11 octobre 2025. capture vidéo Le Parisien.

Alors que le préfet de Paris Laurent Nuñez venait la veille d’être nommé ministre de l’Intérieur, le cœur de Paris a connu samedi des débordements graves autour d’un concert de rap en plein air.


Samedi 11 octobre, le centre de Paris a de nouveau été le théâtre de violences urbaines. Et ce qui devait être un simple concert gratuit a dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre.
Bilan : huit interpellations et quatre policiers blessés.
Une scène devenue tristement banale, mais qui révèle un malaise profond: celui d’un espace public parisien de plus en plus incontrôlé.

Un concert qui vire au chaos

En fin d’après-midi, un rassemblement s’est formé au niveau du Forum des Halles, pour un concert sauvage du groupe L2B, très suivi sur les réseaux sociaux. L2B est constitué de trois membres ; le nom du groupe fait référence au quartier du Bois-l’Abbé de Champigny-sur-Marne où ces trois larrons ont grandi. Le lieu n’avait rien d’anodin: les Halles sont depuis des années un point névralgique de toute une jeunesse banlieusarde francilienne.

Très vite, plusieurs centaines de personnes se sont massées sur l’esplanade. Les vidéos diffusées sur TikTok et X montrent des adolescents surexcités souhaitant se rapprocher de la scène, criant et chahutant. Puis, lorsque les policiers sont intervenus pour disperser la foule trop nombreuse, des affrontements ont éclaté. Jets de projectiles, provocations, insultes: la scène avait tout d’une mini-émeute (voir vidéo plus bas). Huit personnes ont été interpellées pour violences et dégradations. Quatre policiers ont été blessés. Le concert n’a jamais vraiment eu lieu: il a surtout servi de prétexte à un défouloir collectif.

Ce nouvel épisode ne surprend guère les habitants et commerçants du quartier. Le Forum des Halles, longtemps présenté comme le « ventre de Paris », est devenu une zone où se concentrent insécurité, incivilités et tensions. Notamment en fin de semaine. Le lieu attire une jeunesse nombreuse, souvent livrée à elle-même, parfois violente, dans un contexte de délitement de l’autorité.

A lire aussi: Causeur: Paumés, violents, sexuellement frustrés : le nouveau péril jeune

Depuis plusieurs années, les incidents s’y multiplient : rixes entre bandes, vols à la tire, agressions, rodéos urbains et rassemblements non encadrés. Et les renforts policiers réguliers ne suffisent plus à rétablir durablement l’ordre.

Culture de l’instant

L’épisode de samedi illustre un autre phénomène inquiétant : la montée d’une culture de la foule incontrôlée, nourrie par les réseaux sociaux et le sentiment d’impunité. Ce type de concert « sauvage » fonctionne sur une mécanique bien rodée : annonce virale, afflux massif, tension, et affrontements.

Les artistes y trouvent un moyen de gagner en visibilité sans passer par les circuits légaux ; les participants viennent autant pour le spectacle que pour le frisson de la transgression. Ce mélange explosif transforme des lieux publics en zones de non-droit temporaires. D’autres incidents autour d’opérations commerciales dans des fast-foods ont également défrayé la chronique ces dernières semaines en France.

On pourra objecter qu’il ne s’agit à chaque fois que d’une minorité de perturbateurs ou de casseurs parmi une foule de badauds. Et c’est vrai. Mais c’est précisément l’effacement de l’autorité qui permet à cette minorité d’imposer temporairement sa loi au plus grand nombre dans l’espace public.

Une jeunesse qui n’a plus les codes

Au-delà du fait divers, cette soirée interroge la capacité de l’État et de la mairie à maintenir l’ordre dans le cœur même de la capitale. Les Halles, ce n’est pas franchement une cité de banlieue, encore moins une zone périphérique : c’est le centre historique et commercial de Paris ! Si même là, les forces de l’ordre doivent subir les coups, qu’en est-il ailleurs ?

A lire aussi: Le dernier roi des Halles

Depuis des années, une stratégie politique de tolérance molle et de gestion au cas par cas a remplacé une politique d’autorité claire. On réagit, on disperse, mais on n’anticipe pas. On « gère » la violence au lieu de la prévenir.


La jeunesse qui se rassemble aux Halles n’est pas homogène : elle mêle des groupes désœuvrés, des danseurs de hip-hop pas bien méchants, des jeunes qui font du lèche-vitrine dans le centre commercial, des fans de rap, des bandes en quête d’affrontements et des curieux attirés par l’effet de foule. Beaucoup de ces jeunes n’ont plus de rapport structuré à l’autorité, ni à l’espace public. Pour eux, la rue est un terrain de jeu — ou de guerre — où l’État n’est qu’un figurant.

Dans ce contexte, l’événement de samedi n’est pas une exception, mais un symptôme. Les Halles ne sont plus un lieu de rencontre conviviale ; elles sont devenues une scène de tension permanente. Et le concert de L2B n’a été que l’étincelle.

Ce que révèle ce nouvel épisode

– L’État est toujours en position défensive, réagissant au lieu de maîtriser.
– L’espace public est de plus en plus confisqué par des groupes informels, souvent jeunes et incontrôlables.
– Les réseaux sociaux jouent un rôle central dans la mobilisation de foules éphémères mais puissantes.
– La violence devient banale, presque routinière, y compris dans des lieux très touristiques et censés symboliser la capitale.

A lire aussi: Immigration: bienvenue en France-Afrique

Rétablir l’autorité, une urgence

La couverture médiatique des incidents graves de ce samedi a été minimale, une actualité en chassant une autre, et les péripéties gouvernementales et de la géopolitique du Proche-Orient ayant pris toute la place aux unes des gazettes. Face à cette situation, les réponses habituelles — indignation politique, déclarations fermes et déploiements temporaires de CRS — apparaissent bien dérisoires. Rétablir durablement l’ordre aux Halles supposerait une politique d’autorité assumée: reconquête de l’espace public, contrôle plus rigoureux des rassemblements, sanctions rapides.

La capitale de la France est-elle encore capable de garantir l’ordre et la sécurité, ou est-elle en passe de devenir une ville livrée à des logiques de gangs américains ? Les habitants se contenteront-ils une nouvelle fois des communiqués de circonstance des autorités ? La soirée de samedi a donné des réponses inquiétantes.


Place des otages, deux ans d’attente

0
Une jeune femme en pleurs alors que la foule est rassemblée pour regarder la retransmission en direct de la libération d’otages israéliens depuis Gaza, sur une place connue sous le nom de « place des otages » à Tel-Aviv, le lundi 13 octobre 2025 © Emilio Morenatti/AP/SIPA

La gorge nouée, une foule d’anonymes était une fois encore réunie aujourd’hui à Tel-Aviv. Mais aujourd’hui, c’était pour fêter le retour des vingt otages du Hamas! Notre contributrice sur place raconte les scènes émouvantes auxquelles elle vient d’assister.


Tel-Aviv, place des Otages, 14h. C’est ici qu’aujourd’hui, le cœur du pays bat le plus fort.

Cette place, c’est le centre névralgique de la mobilisation pour la libération des otages depuis le 7-Octobre, renommée depuis « la place des Otages ».

Un endroit qui a accueilli les larmes et le désespoir de toute une nation. Où des survivants sont venus témoigner, et où des concerts ont été organisés pour maintenir vivant le fil de l’espoir. Sans se douter qu’il faudrait tenir aussi longtemps. Deux ans.

Aujourd’hui, on reconnaît à peine la place. Il y a dans l’air un parfum de joie, au milieu de la retenue de rigueur dans cet Israël traumatisé.

La foule est dense. Des jeunes et des vieux. Surtout des jeunes. La société israélienne dans toute sa splendeur, dans toute sa diversité, dans toute sa grâce.

On peine à croire que le hasard ait fait coïncider la fin de la guerre avec un jour de fête – et, plus encore, qu’elle tombe jour pour jour, deux ans après le 7-Octobre, selon le calendrier hébraïque. 

Les affiches des otages sont posées sur les tables. Demain, elles trôneront dans un musée. Transformées en objets d’histoire. En reliques d’une période bientôt révolue.

Des mots écrits sur des cartes postales, des dessins adressés aux otages sont encore accrochés, ils pendent, tenus par des ficelles jaunes, rappelant le mur des lamentations.

La guerre est finie et les 20 otages vivants rentrent chez eux aujourd’hui.

Ils font désormais partie intégrante de l’histoire, leur sort scellé à celui du pays, et la foule semble déjà consciente de ce qui se joue en cette journée brûlante : l’Histoire s’écrit en direct sous ses yeux.
Tout va si vite ici.
Hier, le tunnel des échecs de négociations semblait sans fin.
Aujourd’hui, les écrans géants diffusent les images que la foule a rêvées comme un horizon inatteignable.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Une journée qui ébranla le monde

Ici, chacun connaît le visage, le nom, l’histoire personnelle même de chaque otage. « C’est la moindre des choses », me dit une dame. « Ils ont payé de leur souffrance pendant deux ans, la moindre des choses, c’est de connaître leur histoire, et les méandres de leurs existences chamboulées. » À chaque retrouvaille d’un otage avec ses proches, la foule pleure d’émotion. Eviatar, Etan, Matan, Rom, Nimrod, Yossef-Haim, la foule répète leurs prénoms sans fin. L’intensité est à son comble. 

Les visages qui crèvent les écrans auraient pu être nos fils, nos frères, notre meilleur ami. Des mois durant, nous les avons vus figés, imprimés sur des posters, ils s’animent enfin. 

Et quand cette mère hurle en retrouvant son fils : « ata melech », « tu es un roi », c’est notre sang qui se fige dans une identification totale. Car son cri est celui qui est coincé dans nos gorges encore nouées.

Now

Le ciel bourdonne. La voix au micro nous annonce le nom de l’otage transporté en hélicoptère vers l’hôpital Ichilov. Nous voulons en savoir plus.

À l’intérieur, la caméra capte leurs premiers mots écrits sur des ardoises blanches: « Am Israël ‘Haï », le peuple d’Israël est vivant. Il n’a jamais été aussi vivant qu’en cet instant. À côté de moi, une femme est assise, drapée dans le drapeau bleu et blanc. Sur ses genoux, la pancarte de Daniel Peretz.

Je lui demande doucement : « C’est un proche à toi ? ». Elle secoue la tête : « Il ne reviendra pas. Mais tant que sa dépouille n’est pas arrivée, je reste ici et j’attends. »

Elle baisse la voix, répondant à la question dont j’ai déjà honte. « Je ne le connais pas. Mais c’est mon frère. Ils sont tous mes frères. Les vivants comme les morts. Tous, sans exception. »

Je retiens mes larmes. Je traverse la foule, le soleil cogne et j’aimerais photographier chacun des visages de ces anonymes, les expressions qui les traversent, une émotion chassant l’autre l’instant d’après.

Les chansons les plus iconiques du folklore israélien sont diffusées dans les haut-parleurs. On vibre à chaque mélodie et on se souvient. Telle chanson est associée à telle guerre. Les plus âgés savent. Les jeunes ouvrent grand leurs yeux : ils seront les relais de cette histoire contemporaine.

A lire aussi: Gaza: le Hamas et l’arme démographique

La voix au micro annonce l’arrivée de Trump à la Knesset.

Un murmure traverse la foule : la place des Otages s’appellera bientôt la place des Héros. Mais notre héros en ce jour, c’est lui.

« Sans lui, où serions-nous ? » me dit la vendeuse des casquettes qui ne sont plus imprimées de « Bring them home now » mais d’un seul mot, « Now ».

Un drapeau américain flotte à côté du drapeau israélien. Après chacune des phrases du président américain, des tonnerres d’applaudissements. Trump remercie son équipe, puis l’armée israélienne. Il rend hommage aux soldats du pays, à ceux qui y ont laissé leur vie. Puis il dit que sans Benyamin Netanyahou, il n’y serait pas arrivé. Une partie de la foule ne retient pas ses huées, la voix au micro les rappelle immédiatement à l’ordre, recouvrant un instant les mots de Trump ; l’heure est au respect. Aujourd’hui, en ce jour historique, en ce jour de délivrance, il n’y a ni gauche, ni droite. Il n’y a qu’un seul parti : celui de ceux qui sont venus pour soutenir les familles et les survivants.

Si seulement c’était vrai 

La foule se tait. Deux députés sont expulsés de la Knesset alors qu’ils affichent un panneau portant la mention « génocide » en signe de provocation. « Benyamin Netanyahou is a nice guy » déclame Trump pour détendre l’atmosphère. Et malgré le ton volontairement léger, il grave son nom dans l’Histoire, promettant au Moyen-Orient un avenir doré.

Une femme debout près de moi pose son drapeau par terre pour s’essuyer les yeux.

« Si seulement… » répète-t-elle. « Si seulement c’était vrai. »

Au même moment, loin de la Place des Otages, loin des caméras venues du monde entier pour capter quelques instantanés de ce jour pas comme les autres, des centaines de familles sont restées chez elles.

Dans une solitude chargée de gravité, celles qui ont perdu un proche ont les yeux fixés sur le décompte des jours d’absence. Il continuera pour elles à s’égrener sans fin.

Leur silence peut être traduit par les mots du poète Elyasaf Ezra :

« 915 soldats, hommes et femmes,
héros et héroïnes,
sont maintenant assis au ciel,
sur le balcon de Dieu,
dans la soukka des anges.
Se tenant la main,
essuyant les larmes de leurs yeux,
ils se regardent les uns les autres,
ils nous regardent,
et crient :
Nous l’avons fait. »

Matthieu Grimpret: dessine-moi une école

0
Matthieu Grimpret © Editions Magnus

La bienveillance est le nouveau maître-mot de l’Éducation nationale. Sous son diktat, le bien-être des élèves passe avant leur instruction. Un « psychosystème » que dénonce Matthieu Grimpret dans Bullshit bienveillance.


L’avachissement français commence dès le plus jeune âge, sur les bancs de l’école. Sur les décombres de l’éducation soixante-huitarde est née une nouvelle vision, une nouvelle doctrine pédagogique qui s’est muée en dictature : le « bien-être ». L’école n’a plus pour objectif principal d’apprendre à lire, écrire et compter. Sa priorité est désormais d’enseigner la « bienveillance » à des élèves qui peuvent ainsi laisser libre cours à leurs émotions, leurs pulsions et leur narcissisme. Cela porte un nom : la psychologie positive. Et quand le prof est sommé de jouer au psy en classe, il n’y a plus personne pour jouer au prof.

Matthieu Grimpret dénonce ce « psychosystème » dans un livre édifiant[1]. Ce n’est pas un pamphlet, se défend-il d’emblée, mais une enquête, une somme de témoignages, un document brut. Ce qui le rend d’autant plus explosif. En vingt ans de carrière, ce professeur – qui a aussi bien enseigné en filière professionnelle qu’à Sciences-Po – a assisté à la désagrégation de la transmission des savoirs au bénéfice (relatif) de ce pseudo-épanouissement. C’est le drame qu’il pointe : pour ne pas traumatiser de pauvres « apprenants », selon la terminologie officielle, on leur en apprend de moins en moins. Le niveau s’effondre mais victoire, l’élève a gagné le droit au bien-être! Et le commandement vient d’en haut, comme le prouve ce rapport de la Cour des comptes publié en mai 2025 : « Le premier enjeu que l’école doit relever est de mettre le bien-être des élèves au centre des initiatives innovantes. » Que cette docte sentence émane des comptables de la Rue Cambon a de quoi surprendre. « L’enseignement primaire : une organisation en décalage avec les besoins de l’élève » : le titre donne une idée de l’ampleur du phénomène. Après avoir été un centre d’endoctrinement idéologique, « l’école est en train de devenir un “tiers-lieu” (notion woke à la mode) à mi-chemin entre le spa et le cabinet du psy », souligne Grimpret. Selon une prof à la retraite, c’est même pire : les mandarins de la Rue de Grenelle ont laissé place à des « laborantins ». Des experts autoproclamés en sciences de l’éducation qui expérimentent leurs méthodes dites révolutionnaires sur des « cobayes » – les enfants. Et de pédagogisme en pédagogisme se dessine une tendance évidente : nul attachement à la transmission du savoir universel, mais une intention politique. Pour les pédagogues, des activistes, « le métier d’instruire est non une cause finale mais une cause instrumentale. Ils se lancent dans l’enseignement pour “changer la vie”, selon le fameux slogan socialiste des années 1970 et 1980. »

Qu’on se rassure, Grimpret ne prône pas le mal-être des élèves ! Mais fort de son expérience, il constate qu’on ne peut enseigner et apprendre « dans la bienveillance ». Il constate aussi que le sens de l’effort et de la discipline, valorisé dans des pans entiers de la culture populaire, du sport aux émissions de télé (« Danse avec les stars », « Top chef », etc.), n’a plus droit de cité dans l’enceinte scolaire. Et le pire, c’est que toute cette bienveillance est vaine : en plus d’être de moins en moins instruits, les jeunes Français n’ont jamais eu une santé mentale aussi fragile.

222 pages


[1] Bullshit bienveillance, Magnus, 2025.

Quand la panique des «progressistes» menace la démocratie

0
Sebastien Lecornu et Laurent Nuñez à L'Haÿ-les-Roses (94), le 11 octobre 2025 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Macronie: l’agonie tranquille


Le délitement : un mot dont même Libération a empli sa une, ce week-end. Pour l’avoir employé en avril 2021 pour qualifier l’état du pays, d’anciens généraux avaient été jugés, par le pouvoir, coupables d’affoler l’opinion. Depuis, le pire a été atteint.

Sébastien Lecornu, Premier ministre démissionnaire-reconduit !

La France n’est plus dirigée. L’effondrement serait un terme plus juste. Tôt ce lundi, le chef de l’État s’est envolé pour l’Égypte, afin de feindre là-bas une utilité dans la libération, obtenue ce matin par Donald Trump, des derniers otages du Hamas. Sébastien Lecornu, Premier ministre démissionnaire-reconduit, a bricolé hier soir un gouvernement bis-Cornu, fait de brics et de brocs dilatoires. Pour sa part, le président des LR, Bruno Retailleau, découvre qu’il n’est pas suivi par six parlementaires de son groupe, attirés par le bloc central en dépit de son propre retrait.

A ne pas manquer: Causeur en kiosque: sommes-nous foutus ?

Ce monde politique n’a qu’une préoccupation : éviter que les Français donnent leur avis sur la débandade. Mais quand un homme n’est pas cru il est cuit, aurait dit Pierre Dac. Plus les ombres s’agitent plus elles s’effacent. L’inutilité d’un système se démontre quand son immobilisme ne produit que des désordres. Or, dans sa rage à s’accrocher à ses postes, la macronie en perd la tête. Dimanche, Emmanuel Macron a de nouveau menacé la Russie de « payer le prix » de son « obstination guerrière », en attisant un affrontement qui lui permettrait l’union autour de son Moi-Moi-Moi. Philippe de Villiers le constate dans son nouveau livre Populicide (Fayard): « Le régime politique actuel de la France n’est plus une démocratie et encore moins un Etat de droit. La France (…) glisse vers la République policière, où les moyens de l’Etat ne servent plus (…) qu’à protéger le pouvoir lui-même contre sa propre population ». Ceux qui veulent faire taire les citoyens deviennent despotiques.

M. Retailleau doit clarifier la position de son parti

La colère irrationnelle que suscite, chez des LR, la perspective d’une victoire de Marine Le Pen et de ses alliés lors d’une prochaine législative, oblige ce parti à clarifier ses positions. Entendre Jean-François Copé (LR), hier à midi sur RTL, parler du RN comme d’un « danger absolu » et d’une « catastrophe » tient du registre pavlovien plus que de l’analyse rationnelle. Dans l’union des droites qui se précise, M. Retailleau va devoir dissiper plus clairement des ambiguïtés sur ses propres attirances. D’autant que cette hystérie contre le RN est d’abord commune aux « progressistes » qui voient leur monde s’effondrer.

A lire aussi: Alain Minc: « Il n’y a toujours pas d’alternative »

La panthéonisation de Robert Badinter, jeudi soir, est d’ailleurs venue clore symboliquement l’hégémonisme d’un demi-siècle de sociale-démocratie. La panique est telle, dans cet univers idéologique qui se meurt, que la réforme des retraites, seule avancée du quinquennat, est prête à être remise en question par M. Lecornu pour amadouer les socialistes dans leur menace de censure immédiate.

La peur gagne les perdants. Elle laisse voir les intolérances de ces « démocrates » qui veulent faire taire les électeurs. Se pose dès à présent la question de leurs réactions en cas de victoire d’une droite souverainiste à l’élection présidentielle.

Le chantage aux troubles de rues pourrait être l’arme ultime de la gauche faillie.

Populicide

Price: ---

0 used & new available from

Crime sans châtiment?

0
© Bac Films

Dans La disparition de Josef Mengele, Kirill Serebrennikov signe un film sombre et magistral qui retrace la fuite misérable du médecin d’Auschwitz à travers l’Amérique du Sud. Une déchéance glaciale…


Argentine, 1956. Au moment où « Gregor » s’apprête, muni d’un énorme couteau, à couper le gros gâteau sur lequel un petit serveur latino, en guise de déco, vient de planter le drapeau à croix gammée, une invitée plaisante : « il sait faire. N’oublions pas qu’il est chirurgien ». La défaite consommée, dans cet entre soi d’anciens nazis confortablement repliés à Buenos Aires, le Führer reste idolâtré, et l’on rêve encore du retour du Reich millénaire – une question de temps ?

Fuite pathétique

« Gregor », plus tard, s’appellera « Peter », puis « Pedro ». Ces fausses identités dissimulent Josef Mengele, l’ « ange de la mort » d’Auschwitz, auteur d’atroces expériences médicales sur les déportés juifs. L’homme est recherché par toutes les polices, et par le Mossad en particulier.

A lire aussi: Tant qu’il y aura des films

Tiré du roman éponyme d’Olivier Guez (Prix Renaudot 2017), La disparition de Josef Mengele n’est pas le récit d’une traque, mais au contraire celui de la fuite pathétique du criminel, jusqu’à la noyade, en 1979, à Embu, sur une plage non loin de Sao Paulo, de celui qui se cachait sous le nom de Wolfgang Gerhard. Dans le rôle, le comédien allemand August Diehl  – déjà SS dans Inglourious Basterds (2009), la comédie macabre de Tarantino, mais il a aussi incarné Karl Marx dans un autre film, ou encore, ailleurs, l’architecte Walter Gropius. Grande figure du théâtre, Diehl vient d’emprunter les traits du prince danois dans Hamlet/fantômes, au théâtre du Châtelet, sous la direction du même Kirill Serebrennikov, encore plus fameux comme metteur en scène lyrique que comme cinéaste, Russe exilé désormais, comme l’on sait, à Berlin depuis quelques années, et opposant déclaré au régime de Poutine.

Pour en revenir à Mengele, cette farce tragique du déni, de la déréliction, de la misère physique et morale d’un homme est captée dans un somptueux noir et blanc qui renvoie, en quelque sorte, à une archive intemporelle, mais également au cinéma d’Orson Welles  (cf. Le Criminel, 1946) : l’on voit vieillir par étapes (grimage particulièrement réussi), l’ex-tortionnaire dans ses refuges successifs, de l’Argentine au Brésil, en passant par le Paraguay, chaque jour plus atteint de paranoïa, pris dans l’étau inexorable du déclin, et rattrapé par le châtiment d’une errance sans issue. Apprenant l’exécution d’Eichmann en Israël, en 1962, Mengele verra le nœud coulant se resserrer sur lui. Mais la protection d’anciens nazis lui permettra de disparaître pendant une bonne dizaine d’années, abrité au Brésil chez des fermiers hongrois. Episode qui, ramassé dans le présent film, donne lieu à des scènes d’anthologie !

Acteurs extras

En 1977, Rolf (Max Bretschneider), son fils né en 1944 d’un premier mariage viendra, muni d’un faux passeport – un ‘’Mengele’’ ne saurait franchir aucune frontière ! – rejoindre au Brésil celui qui n’est plus alors qu’un vieillard éructant, aigri, valétudinaire, survivant au milieu de ses bergers allemands. Rolf repartira sans être parvenu à arracher à son père l’aveu d’une quelconque culpabilité, ou d’un remord. Là encore, dialogue et direction d’acteur extraordinaires.

A lire aussi, du même auteur: Road movie dans l’Iran des mollahs

Si le scénario, pour en montrer le caractère implacable, juxtapose habilement les périodes en cassant la chronologie, Serebrennikov ménage au spectateur, au cœur du long métrage, une surprise horrifique : passant sans prévenir à la couleur, quelques séquences nous dévoilent d’abord le Mengele jeune, batifolant ou s’accouplant avec sa tendre épouse aryenne. Mais surtout, toujours en couleur, comme exhumées de ces pellicules amateur de format carré, rayées par le temps, et qu’on regarde ensuite en famille, d’autres séquences sont supposées avoir été filmées à Auschwitz : telle cette petite phalange musicale de nains en tenues de gala, contraints de se produire devant leurs bourreaux, dans un passage chanté de Lohengrin. Ou cette scène d’équarrissage du cadavre encore frais d’un infirme dont les praticiens viennent de mesurer au compas les malformations… Pas de rédemption pour le disparu Mengele.


La disparition de Josef Mengele. Film de Kirill Serebrennikov. Avec August Diehl, Max Bretschneider, David Ruland… Allemagne/France, couleur, 2025. Durée: 2h16
En salles le 22 octobre 2025

A lire: La Disparition de Josef Mengele, roman de Olivier Guez. 237p. Grasset, 2017. À l’occasion de la sortie du film, le livre est réédité en Livre de Poche.

La disparition de Josef Mengele

Price: ---

0 used & new available from


Un océan sépare les deux passagers d’un cargo

0
Le romancier Alain Bron. DR.

Excellent ! Il n’est pas courant d’être aussi laudatif à propos d’un roman. Pourtant, que dire d’autre à propos de Au creux de la vague, dernier roman d’Alain Bron. Celui-ci a réussi son coup. Il nous donne un texte fort bien écrit, vif, qui, d’un bout à l’autre, tient le lecteur en haleine. Les personnages et les dialogues sonnent vrais ; les atmosphères vous enveloppent. La narration, simple, vous surprend. Et un humour irrésistible imbibe et rafraîchit cet opus singulier.

Tout les oppose

Alain Bron nous invite à suivre pas à pas Jacques Perrot, écrivain parisien, qui, un beau matin, décide de réaliser son rêve d’enfance : embarquer sur un cargo pour traverser l’Atlantique et gagner l’Amérique. Chez lui, point de challenge et encore moins de performance. « Mon plan pour devenir ni riche ni célèbre se déroule à merveille », songe-t-il. Voilà qui est dit. Rien d’étonnant ici ; Jacques n’est pas forcément un gagnant, lui qui considère sa vie comme une litanie de mauvaises options. « Lorsque, dix ans auparavant, il avait eu à se décider entre deux éditeurs, il avait jeté son dévolu sur l’un (par copinage) et écarté l’autre (par intuition). Force était de constater que son soi-disant flair s’était lourdement fourvoyé. Tandis que l’éditeur choisi, faute d’un bon distributeur, se battait pour ne pas mettre la clé sous la porte, l’autre caracolait en tête des ventes, raflait deux à trois prix par an, et menait grand train dans les salons les plus en vue. »

A lire aussi: Milady, femme libre

Qu’importe ; il fonce en covoiturage vers Marseille, embarque sur le SooYun Pedro, un porte-conteneurs d’une flotte armée par la compagnie Reederei Konrad Heitz GmbH qui bat pavillon allemand. À bord, il constate qu’il n’est pas le seul passager ; Benjamin Brandt a eu la même idée que lui. Il se révèle d’abord peu loquace et peu sympathique. Ils parviennent tout de même à faire connaissance. L’homme se dit Suisse, protestant, fils de pasteur et informaticien. Ils mangent ensemble, discutent, ne sont jamais d’accord. Jacques vient de trouver en Benjamin son absolue antinomie ; tout les oppose. Le premier, d’une gauche humaniste ; le second, d’une droite extrême. Ils devront faire avec, c’est-à-dire effectuer la traversée de l’océan ensemble. Les nouvelles de la terre sont peu nombreuses. Ils apprennent les attentats de Charlie Hebdo ; ceux-ci nourrissent un peu plus le conflit entre les deux passagers. Le Suisse se montre aussi intraitable à l’endroit des migrants qui dérivent sur les embarcations de fortune. Jacques n’en croit pas ses oreilles.

Au fil des jours, Benjamin devient de plus en plus mystérieux. Il lui confie qu’il aurait tué sa femme accidentellement en reculant au volant de sa voiture. L’écrivain en vient à se demander si l’informaticien ne serait pas mythomane… Il est sûr, en tout cas, qu’il dissimule de nombreux secrets. La dernière partie du roman, magnifiquement amenée, montrera qu’il était bien loin du compte…

Au creux de la vague, Alain Bron ; in octavo éditions, 299 p.

Au creux de la vague

Price: ---

0 used & new available from

Bécassine, la Joconde et les Playmobil

0
DR

Du 25 septembre 2025 au 18 janvier 2026, les anciens chais de Bercy accueillent une exposition dont le but est de nous proposer une « imagerie pop et décalée » de tableaux célèbres. Il y eut la ré-écriture des œuvres littéraires, voici venu le temps de la re-peinture !


« L’art n’est pas toujours très sérieux… Même lorsque l’on parle des grands tableaux qui ont marqué l’Histoire ! D’ailleurs, le peintre français Pierre-Adrien Sollier aime rendre cet art accessible à tous, en détournant des peintures célèbres… »

La régression prend le pouvoir…

Continuons le commentaire qui accompagne ce prodige : « L’artiste présente son travail à travers une exposition ludique et gratuite, sur les murs de Bercy Village. Cette exposition intitulée Le musée détourné, compte 33 œuvres qui reproduisent des tableaux célèbres, légèrement modifiés… Tous les personnages de ces œuvres ont été remplacés par des figurines Playmobil ! Imaginez donc : la Laitière représentée par un jouet Playmobil, la Liberté guidant le peuple entourée de ces petits jouets, la Naissance de Vénus ou le portrait officiel de Louis XIV transformés par ces figurines iconiques de notre enfance… Pas besoin d’imaginer, c’est ce que l’on peut admirer à Bercy Village ! »

A lire aussi, Patrick Eudeline: C’est dommage, j’aime le Bon Marché

Bécassine, qui n’allait pas du tout là-bas pour ça, a vu et n’en est pas revenue, ou plutôt si, mais dans une colère magistrale. L’effet de platitude est total, l’absence de lumière et de profondeur radicale, le résultat désastreux. Car que va-t-il se passer avec ce musée détourné qui est un détournement de mineurs ? L’exact contraire de ce qui est annoncé. Ce qui est annoncé ? «  L’artiste souhaite initier les enfants au monde de l’art. » Ce qui arrivera ? Lorsque les gosses verront en vrai, ou ne serait-ce qu’en reproduction, les vrais tableaux, ils s’écrieront : «  Oh, c’est comme les tableaux de Playmobil, le monsieur il a copié ! » Autrement dit, la prétention absurde de ce détournement à initier qui que ce soit à la peinture se retournera comme un gant pour ramener la vraie Joconde… aux Playmobil. Régression garantie, à l’image de cette petite voisine venue pour un anniversaire et qui, entendant Vivaldi que Bécassine avait posé sur le tourne-disque pour calmer la marmaille, s’était écriée : «  Oh, c’est la publicité pour la lessive ! » De même, Vermeer, Delacroix, Vinci et les autres feront penser aux petits jouets en plastique ! La petite voisine, elle, fut privée de gâteau au chocolat car associer Vivaldi à de la lessive n’était pas passé ; elle avait qu’à pas…

Grande foutaise

Et bien sûr, dans le prospectus qui accompagne ce carnage, les deux mamelles de la grande foutaise sont convoquées : ludisme et pédagogisme. Et pas seulement pour les enfants, non ! Pour les adultes aussi, appelés à régresser dans l’infantilisme le plus complet. Ainsi, « ces tableaux que tout le monde connaît (là, c’est pour les grands) prennent une dimension plus enfantine, mais aussi plus accessible. » Des fois que devant les vrais tableaux nous soyons par trop dépassés, on nous propose de nous renvoyer à du familier, à l’Éden perdu qui ne peut se concevoir qu’en Playmobil. Ainsi, rassérénés par nos petites figurines chéries et retrouvées, nous pourrons définitivement imaginer le Christ, Vénus et la Laitière avec la même tête couronnée de son casque en plastique… L’époque a ses couronnes d’épines qu’elle peut.

A lire aussi: Jeunes hommes: tous tueurs nés, vraiment?

Enfin, est-ce par hasard que cette exposition se trouve à côté d’un grand magasin de jouets ?  La réponse évidemment est non, tant la marchandisation de l’art ici est criante. Et l’on imagine aisément que l’enfant, et l’adulte appelé à le rejoindre, s’y précipiteront illico presto après avoir vu le vilain Radeau de la Méduse qui n’a jamais aussi bien porté son nom pour acheter des tas de petits bonhommes qu’ils emporteront à la maison… N’a-t-on pas là le mobile du crime ? Lequel, pour le coup, n’est pas fair-play.

Immigration: bienvenue en France-Afrique

0
Salle de maternité dans un hôpital français © Facelly/SIPA

La France est le pays européen qui accueille le plus d’immigrés africains. Le taux de fécondité élevé de ces populations dessine un bouleversement démographique rapide. Et les nombreux défis d’intégration imposés par cette situation ne se résolvent pas d’une génération à l’autre.


Disons-le tout net : il est désormais exagéré d’affirmer qu’on « ne peut pas parler de l’immigration » en France. La marée montante du réel a fini par rendre intenable le réflexe d’enfouissement qui avait prévalu sans conteste, durant trois décennies au moins, lorsqu’il s’agissait d’aborder cette question dans la majeure partie du champ médiatique ou politique. Depuis plusieurs années, le débat public cesse progressivement d’esquiver un certain nombre de questions centrales sur ce thème – à commencer par celle des nouveaux flux migratoires accueillis dans notre pays.

Augmentation spectaculaire des naissances issues d’au moins un parent né hors UE

En cette matière, le constat global du quart de siècle écoulé pourrait être résumé sous la forme d’un « triplement général ». Le nombre de premiers titres de séjour accordés chaque année à des ressortissants extra-européens a été multiplié par trois depuis la fin des années 1990. Le nombre de bénéficiaires de l’aide médicale d’État (qui sert à approcher la dynamique de l’immigration clandestine) a été multiplié par trois depuis le début des années 2000. Le nombre de bénéficiaires du droit d’asile en France a été multiplié par trois en dix ans.

Cependant, le sujet demeure aujourd’hui peu traité sous l’angle des transformations « endogènes » induites par l’immigration au sein de la population de la France. Il faut entendre par ce terme : non seulement l’impact direct des flux migratoires, mais aussi leurs effets démographiques à retardement.

La France connaît, depuis le tournant des années 2010, une rétractation rapide de son « solde naturel », c’est-à-dire de la différence entre les naissances et les décès enregistrés sur son territoire. La diminution du nombre global de nouveau-nés (qui a baissé de 20 % en quinze ans) a fait basculer ce solde dans le rouge : en 2024 et durant les premiers mois de l’année 2025, la France métropolitaine a enregistré plus de décès que de naissances. La hausse de la population générale, qui se poursuit en France malgré ce déficit, est désormais essentiellement portée par l’immigration.

A lire aussi: Alain Minc: « Il n’y a toujours pas d’alternative »

Ce portage se fait de deux façons : d’une part, par l’accélération rapide des flux entrants que nous avons décrite ; d’autre part, par l’augmentation spectaculaire de la part des naissances issues de l’immigration – spécialement extra-européenne.

Pour la première fois, en 2023, plus de 30 % des naissances enregistrées en France ont été issues d’au moins un parent né hors de l’Union européenne. Depuis l’an 2000, le nombre annuel d’enfants nés sur le territoire et issus de deux parents eux-mêmes nés en France a diminué de 28 % ; mais dans le même temps, les naissances issues d’au moins un parent né hors UE ont augmenté de 36 % et celles issues de deux parents nés hors UE ont augmenté de 73 %.

Du fait de la diffusion géographique toujours plus large des réalités migratoires, cette part significative de l’immigration dans les naissances est désormais une réalité visible sur l’ensemble du territoire – avec des écarts qui persistent néanmoins. En 2023, 67 % des naissances en Seine-Saint-Denis ont été issues d’au moins un parent né à l’étranger, tout comme 57 % dans le Val-d’Oise et 54 % en Essonne, contre 11 % en Vendée, 10 % en Haute-Loire ou 9 % dans le Pas-de-Calais. Parmi ces naissances dont un ou deux parents sont nés à l’étranger, neuf sur dix concernent un parent né hors UE.

Surfécondité des femmes immigrées

L’accroissement rapide de cette proportion a évidemment partie liée avec celui de la population immigrée. Mais un autre facteur entre aussi en ligne de compte, souvent considéré comme un tabou : il s’agit de ce qu’on pourrait appeler la fécondité différenciée des populations immigrées. L’analyse des chiffres de l’Insee démontre que l’indice de fécondité (exprimé en nombre moyen d’enfants) des femmes nées à l’étranger est significativement plus élevé que celui des femmes nées en France : en 2021 – dernière année pour laquelle ces données sont disponibles –, il était de 2,3 enfants par femme en moyenne pour les premières, contre 1,7 enfant parmi les secondes. En particulier, il est plus élevé de moitié chez les femmes nées au Maghreb (2,5 enfants par femme) et deux fois supérieur parmi les femmes nées en Afrique hors Maghreb (3,3 enfants) par rapport aux « natives ».

D’où vient donc cette surfécondité des femmes immigrées ? Pour une large part : des mœurs et habitudes issues de leurs pays d’origine. La France présente en effet la particularité d’accueillir, de loin, l’immigration la plus « africaine » de l’ensemble du continent européen. La part des immigrés originaires d’Afrique parmi l’ensemble de la population immigrée est, dans notre pays, trois fois supérieure à la moyenne de l’Union européenne. Parmi ces immigrés africains, six sur dix sont originaires du Maghreb, mais la plus forte poussée récente concerne la zone subsaharienne : le nombre d’immigrés venus d’Afrique sahélienne, guinéenne ou centrale a doublé en France depuis 2006.

Or, l’Afrique est aujourd’hui le continent le plus fécond du monde – avec un indice moyen de fécondité qui s’élève à quatre enfants par femme. Cinq des six pays du monde qui ont le plus grand nombre d’enfants par femme sont des États africains francophones. Résultat de cette structure géographique particulière de notre immigration : l’indice de fécondité des femmes nées hors de l’Union européenne est, en France, le plus élevé de toute l’Europe occidentale. Il s’élevait à 3,27 enfants par femme en 2019, soit le double des natives cette année-là.

Les études démographiques indiquent que les niveaux de fécondité des personnes d’origine immigrée ont tendance à diminuer à la génération suivante et à converger – progressivement – vers la moyenne des natifs. Toutefois, cette convergence n’est pas immédiate et ses effets sont fortement mitigés par l’accélération des nouveaux flux entrants. Cela est d’autant plus vrai que la migration en France produit des effets l’apparentant à un véritable « déclencheur de naissances ».

A lire aussi, Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques: Le grand choir

L’analyse des données recueillies par le ministère de l’Intérieur sur « la fécondité des femmes primo-arrivantes », c’est-à-dire installées récemment sur le sol français, est particulièrement frappante : le pic des naissances issues des femmes immigrées se situe dès la première année après leur arrivée sur le territoire. La part de ces naissances qui ont lieu un an après leur installation est trois fois plus élevée que celle enregistrée un an avant la migration. Cet effet est particulièrement notable pour certaines origines migratoires : toutes choses égales par ailleurs, les primo-arrivantes maghrébines ont entre 20 % et 50 % plus de chances de faire un enfant dans les quatre années après leur installation que les autres primo-arrivantes – et cela vaut pour les femmes originaires de Tunisie, où l’indice local de fécondité est pourtant descendu sous les 2 enfants par femme.

D’ores et déjà, la population de la France compte plus de descendants d’immigrés de « deuxième génération » que d’immigrés au sens strict (nés étrangers à l’étranger) – lesquels sont pourtant plus nombreux que jamais, tant en volume absolu qu’en pourcentage. Huit millions de personnes qui vivent aujourd’hui en France y sont nées d’un ou deux parents immigrés, majoritairement originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, de Turquie ou du Moyen-Orient. Leur structure d’âge est beaucoup plus jeune que le reste de la population : 37 % d’entre eux ont moins de 18 ans, contre 21 % pour la population sans ascendance migratoire (selon les plus récentes données Insee pour l’année 2020, qui tendent à sous-estimer ce que peut être la situation cinq ans plus tard). En particulier, 72 % des descendants d’immigrés d’Afrique guinéenne ou centrale ont moins de 18 ans, tout comme 50 % des individus nés de parents immigrés marocains ou tunisiens.

Cette situation emporte évidemment des implications extrêmement fortes pour l’avenir démographique du pays. Celles-ci sont d’autant plus importantes que les défis de l’intégration ne se résolvent pas spontanément d’une génération à l’autre. La part des jeunes nés de parents immigrés qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation est, en France, la deuxième plus élevée du monde occidental – « dépassée » par la seule Belgique.

Intégration économique désastreuse et archipellisation

Sur certains indicateurs d’intégration économique et sociale, la deuxième génération issue de certaines immigrations rencontre même des difficultés plus marquées que la première. 57 % des immigrés d’Afrique sahélienne vivent en logement social ; c’est le cas de 63 % de leurs descendants. Le taux de chômage des descendants d’immigrés algériens est plus élevé que celui des immigrés eux-mêmes, tout comme dans les populations originaires d’Afrique subsaharienne. L’effet du plus jeune âge des descendants est un facteur explicatif à prendre en compte, mais qui ne se suffit pas à lui seul. Comme l’a résumé le ministère de l’Intérieur dans sa récente réponse à une question parlementaire : « pour les descendants d’immigrés, la moitié de l’écart de chômage reste inexpliquée, et plus des deux tiers pour les immigrés originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne ou de Turquie ».

De tels constats dessinent un bouleversement démographique rapide et déjà très engagé, qu’une simple réduction (même drastique) de l’immigration nouvelle ne saurait effacer. Cependant, et à rebours d’un certain fatalisme qui règne parfois dans le débat public : les politiques mises en œuvre aujourd’hui et dans les années à venir auront un impact décisif sur le paysage de la population française à la fin de ce siècle. Leur pilotage raisonné commande une reprise en main politique des flux migratoires, à laquelle l’opinion publique aspire désormais de façon très majoritaire ; mais aussi la mise en œuvre d’une politique familiale renouvelée et intelligente, en mesure de rétablir les équilibres démographiques nécessaires à la cohésion de notre société – à rebours de l’archipélisation en cours.

Pourquoi le peuple leur fait-il si peur?

0
Le président Macron a invité les dirigeants et les chefs de groupes parlementaires au palais de l’Élysée le 10 octobre, à l’exception du Rassemblement National et de La France Insoumise, Paris © J.E.E/SIPA

Régime des partis. Quand tout le monde veut sauver sa place plutôt que la France, la démocratie devient un sport d’endurance plus qu’un idéal, déplore notre chroniqueur.


Rares sont les moments où, dans une démocratie, les extrémismes ont raison.

La France Insoumise et le Rassemblement national ne réclament que la dissolution et, dans un registre différent, le départ anticipé du président de la République.

Des personnalités politiques plus modérées, notamment Jean-François Copé et Édouard Philippe, sont sur cette dernière ligne, laquelle serait programmée par le président lui-même.

Sans solution

Le président, uniquement préoccupé par la fin de son quinquennat et ne parvenant plus à maîtriser les orages qu’il a engendrés et libérés, s’obstine à refuser au peuple le droit de trancher une crise inextricable qui, sans le recours à celui-ci, pourtant, demeurera sans solution.

Ce qui est amusant, si j’ose dire, c’est la manière dont chacun recouvre d’un voile noble des intérêts et des lâchetés tout ce qu’il y a de plus ordinaires.

A lire aussi, Gilles-William Goldnadel: Odieux visuel de sévices publics: ma guerre est déclarée

Les députés Les Républicains désirent participer au gouvernement en voie de composition – pour la seconde fois – par le Premier ministre qui, bouclier d’Emmanuel Macron une fois encore, commence sans doute à se lasser de n’être plus qu’un homme de devoir. Et ils refusent la dissolution : ils sont tellement angoissés à l’idée de ne pas retrouver leur siège !

Dominique de Villepin continue à dénoncer, à fulminer, à enjoindre avec flamme et talent, mais il ne nous donne jamais le mode d’emploi; pour un responsable politique, c’est toujours le plus difficile.

Chimérique union des droites

On parle beaucoup de l’union des droites. Même si un récent propos de Jordan Bardella a fait apparaître une main tendue aux Républicains, sur le plan parlementaire, au cas où le RN n’aurait pas la majorité absolue aux prochaines élections législatives, cette perspective peut séduire, mais elle est loin de pouvoir être réalisée – et je ne m’en réjouis pas. Il nous manque un François Mitterrand de droite, un génie politique, pour l’imposer. Il nous manque un Bruno Retailleau audacieux qui, malgré une déconvenue récente que ses ennemis exploiteront, devrait être davantage persuadé qu’il est le chef de la droite, que sa victoire éclatante à la présidence lui a donné une totale légitimité, et que, faute d’un parti fort, l’union des droites ne favoriserait que le RN dominant.

Il manque à la droite extrême – Marine Le Pen et Éric Ciotti -, plutôt que de pourfendre la famille conservatrice classique, la volonté de faire des efforts et de tenter de favoriser des similitudes sur l’essentiel. Toutes les différences ne sont pas graves, mais il ne faut pas en abuser !

Il manque à la droite républicaine le courage de se libérer de l’emprise de la gauche. Celle-ci, qui n’a aucune leçon à donner, se croit autorisée à en dispenser parce que le camp adverse l’écoute et lui obéit tout en feignant de ruer dans les brancards…

Et si, face à ces péripéties extraordinaires, au lieu de prétendre leur appliquer des remèdes ordinaires, on tentait l’inouï : solliciter les citoyens, assumer la démocratie, ne pas avoir peur de ses risques et périls, mais considérer qu’elle est toujours la solution ?

Demain, celui qui sera exemplaire et peu anxieux de perdre son pouvoir en amplifiant celui du peuple, sera en bonne voie d’être élu.