La Fin de la récré de Luc Chomarat est une fenêtre dans le temps. Un transport nostalgique dans les années 1980 qui ont fait sortir le protagoniste de l’insouciance.

Le nouveau roman de Luc Chomarat – grand prix de littérature policière en 2016 – pourrait ressembler à un roman sur les années 1970, où l’on serait heureux de ne pas entendre parler d’internet, de smartphones, d’écrans tactiles, de réseaux sociaux, de voitures électriques, d’islamo-gauchisme ou de DZ Mafia. La haine ne serait pas de la haine mais plutôt une volonté de s’en sortir sans écrabouiller l’autre. Ça ferait un bien fou, et ça nous prouverait que c’était mieux avant, même si c’était tout simplement différent.
La nostalgie des années 80
Le narrateur vit à Saint-Etienne, il est fils de prof, retrouve ses potes au bistrot, a pour seule ambition de monter un groupe de rock, vient de passer le bac, puis le permis, achète une 404, se prend pour Robert de Niro dans Taxi Driver, est fasciné par la fin du film, où le sang gicle. Il découvre Last exit to Brooklyn, de Hubert Selby Jr., disserte sur la mort, se demande ce qu’il pourrait faire au moment où l’adolescence se fait la malle et que la vie d’adulte angoisse un peu. Il y a le mouvement punk qui vit ses derniers feux. C’était destroy et sans promesse. Ça va changer avec l’élection de François Mitterrand. Ça fout les jetons à son père qui craint que la France ne bascule dans le Bloc de l’Est. On va surtout entrer dans les années où il faut faire du blé, très vite, avec des moyens techniques venus des États-Unis. Les années 80 sifflent La Fin de la récré, titre du roman de Chomarat. La fraternité s’efface avec un pincement au cœur, la 404 file à la casse, le père a un cancer. Bref, la vie apparaît fragile et la nostalgie entre déjà en scène. Le narrateur, doux rêveur, qui a décidé de taper à la machine son premier roman, se souvient : « J’ai pensé au petit train qui passait à la télé, ma mère qui posait le jus d’orange devant moi, passait peut-être la main dans mes cheveux. La vie semblait si limpide, alors. »
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Coup de foudre
Le texte de Chomarat aurait pu être un énième roman sur le temps qui passe, inexorablement. Mais il n’en est rien. Son tour de force, c’est de nous raconter une histoire d’amour, vraie, pure, qui finit par vous bouleverser avec un dernier chapitre très maîtrisé. Elle se nomme Aurore. C’est la plus belle fille du coin, bien sûr. Elle a de superbe yeux bleu-gris, des lèvres qui ressemblent à « deux gros oreillers de neige dans lesquels je me suis enfoncé comme si je pénétrais dans une image pieuse », précise le narrateur. Il résume : « (…) il y avait quelque chose de nouveau chez elle, quelque chose de moins brusque, elle donnait l’impression que des domestiques suivaient en portant ses malles. » Elle semble débarquer du siècle dernier – qualité irrésistible. C’est le coup de foudre.
Et ça va durer, malgré les absences, les malentendus, le service militaire, la trahison de la mère d’Aurore, la vie à deux, le manque d’argent, l’indécision du garçon, le volontarisme de la fille, tous ces trucs criminels contre l’amour. La musique de l’auteur nous envoûte, on a envie que ça marche, qu’Aurore soit synonyme d’espoir comme dans la pièce de Giraudoux. Alors quand on découvre le titre du dernier chapitre, on s’inquiète. « La rupture » indique que ça finit mal. Comme toujours. Mais la rupture n’est pas celle qu’on croit. Et le nuage de mélancolie demeure.
Luc Chomarat, La Fin de la récré, La Manufacture de livres, 352 pages.





