On dénombre environ 23 jours d’arrêt maladie par salarié et par an en France. Un chiffre effarant, et toujours en augmentation. L’idée gouvernementale d’un « bouton d’alerte » pour les chefs d’entreprise en cas de soupçon de fraude est bonne mais insuffisante. Par ailleurs, les médecins n’ont pas à remplacer les managers, s’agace Sophie de Menthon.
La dissuasion à travailler prend inconsciemment de l’ampleur. Sous prétexte de l’accroissement des arrêts maladie, les médecins vont bientôt avoir le droit de gérer le mode de travail des salariés. Ainsi, face à un patient qui demande un arrêt maladie, alors que le médecin devrait davantage hésiter à le prescrire, que va-t-on faire ? Mais c’est bien sûr ! On va inciter le patient à travailler tranquillement de chez lui, avec l’accord de son supérieur, qui pourra difficilement refuser…
Salariat, santé et « vivre-ensemble »
La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a ainsi confirmé devant l’Assemblée que « l’exécutif » s’apprête à annoncer des mesures pour « contenir » la hausse des arrêts maladie. Ainsi, le salarié fatigué, un peu las, manquant de motivation, souffrant d’une petite douleur au dos ou d’une allergie printanière, n’aurait plus besoin de se rendre dans son entreprise et, depuis chez lui, exécuterait les tâches qui lui incombent. Cela peut paraître inoffensif et salutaire ; c’est au contraire grave. C’est, encore une fois, s’immiscer dans le dialogue patrons/salariés à un moment où de nombreux chefs d’entreprise alertent sur les dangers du télétravail, du manque de cohésion d’équipe et de l’efficacité du travail effectué. L’attachement à l’entreprise est aussi inhérent à ce lieu de regroupement qu’est l’entreprise : un terreau pour l’imagination collective, un état d’esprit, une attention à l’autre — le fameux « vivre ensemble » que l’on nous vante toute la journée.
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Si le patient est suffisamment en forme pour exécuter le travail qui lui est confié, ce n’est pas au médecin de décider d’où il doit l’effectuer. Quant à l’éternelle question du transport — qui, il y a moins d’une semaine, générait une injonction politique de rester chez soi pour ne pas gaspiller l’essence — voilà aujourd’hui qu’elle justifie une ordonnance de télétravail ! Parlez-en aux agriculteurs, aux infirmières, aux commerçants, aux jardiniers, aux manutentionnaires, aux chauffeurs de taxi, aux livreurs, etc.
Le dialogue sur le mode de travail doit être strictement un dialogue entre l’entrepreneur et son salarié. En toute circonstance, à chacun de faire valoir ses arguments. Grâce au ciel, la médecine du travail n’a pas encore été mêlée à cela. Il faut dire que, bien que l’entreprise paie une visite médicale annuelle pour chaque salarié, celui-ci n’a droit qu’à une visite tous les trois ans. Je vous assure que c’est vrai !
Les initiatives se multiplient contre les entrepreneurs
Quand le monde politique comprendra-t-il enfin que les entrepreneurs et leurs équipes sont mieux placés que lui pour tout ce qui relève du concret, de la vie quotidienne du travail et des relations humaines ? Les entrepreneurs sont de plus en plus révoltés et inquiets, car rien ne change pour simplifier les choses, tandis que les initiatives malencontreuses se multiplient.
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Inutile d’accuser une génération de ne plus vouloir travailler ; accusons plutôt ceux qui les biberonnent au chômage dès la sortie d’une alternance, qui font tout pour accumuler les jours fériés, qui leur expliquent qu’on peut aussi bien travailler de chez soi (première chose que certains demandent lorsqu’ils sont recrutés !) et qui accusent les chefs d’entreprise de ne pas les payer assez. Cela donne une génération abusée et désabusée, qui pense à sa retraite au lieu de manifester pour que leurs aînés travaillent plus longtemps afin qu’eux-mêmes aient droit à une retraite… ! Et qui peut imaginer qu’en les préservant du travail, ils vont gagner plus ?
Le gouvernement va vraiment finir par mettre la France entière psychologiquement en arrêt de travail ! C’est pourquoi il faut absolument rapprocher les élus du monde du travail. Il est indispensable que ceux-ci soient astreints, chaque année, à deux jours d’immersion en entreprise. L’Assemblée les éloigne aussi de la réalité !
Réussir, c'est possible !: 42 parcours de patrons "Made in France"
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