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Chauffage: scoop, il fait plus froid en hiver

L’Anses contre le chauffage au bois


Chauffage: scoop, il fait plus froid en hiver
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L’Anses est une pépinière de nobélisables !


1 400 agents, dont des centaines d’ingénieurs (Ponts, Eaux et Forêts, Agriculture et Environnement, docteurs en Environnement, biologistes), 170 millions d’euros de budget financé par cinq ministères (Agriculture, Écologie, Santé, Travail, Consommation). En fouillant bien, on doit sûrement y trouver même quelques énarques. Bigre! On y a mis les moyens. L’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire — l’Anses, pour les initiés – constitue un des fleurons de notre République. Soyons-en fiers. Pour une fois, il serait inconvenant de se livrer à notre sport national : le dénigrement. Un tel aréopage impressionne. Eux-mêmes le disent, sans fausse modestie:  « Plusieurs centaines de scientifiques d’horizons divers et reconnus dans leurs disciplines respectives interviennent chaque année au sein de collectifs d’experts indépendants. Coordonnés par l’Anses, les travaux des collectifs répondent à un cadre structuré et des principes déontologiques exigeants. » Et le résultat est là : on ne peut qu’être confondus par la puissance de leurs travaux, l’acuité de leurs analyses et leur vision stratégique des sujets les plus complexes, des notions les plus absconses. En effet, le résultat est réellement à la hauteur des ambitions. Prenons pour illustrer cette analyse le dernier rapport de 654 pages remis par l’Anses le 9 avril dernier : Pollution par le chauffage au bois. On y découvre des pépites. On y apprend notamment que « La contribution du chauffage au bois à la pollution atmosphérique est plus importante en hiver et dans les zones densément peuplées. » Combien de réunions de travail a-t-il fallu à ces grosses têtes pour mettre en lumière ces vérités que personne ne pouvait évidemment soupçonner ? Mieux, le rapport est encore plus précis: « Elle est plus importante dans les régions du Sud et de l’Est et, plus généralement, dans les zones les plus froides de l’Hexagone. »

Puissantes analyses

Tahiti n’est cependant pas mentionné. Sans nul doute cette regrettable erreur, discriminante pour nos compatriotes ultramarins sera très probablement corrigée: n’oublions pas les quantités impressionnantes de Cocos nucifera (le cocotier) nécessaires à chauffer à blanc les pierres de laves nécessaires au lovo, la cuisson à l’étouffée mélanésienne traditionnelle. Soyons indulgents pour cet oubli : même les plus brillants peuvent commettre de menues erreurs et une mission complémentaire peut être envoyée d’urgence pour corriger cette regrettable lacune.

Pour suivons : « [La contribution du chauffage au bois à la pollution atmosphérique] est aussi plus importante dans les agglomérations avec une forte densité de population, comme en Île-de-France ». Tautologie des plus remarquables, puisque l’étymologie de « foyer » n’est autre que « focus » en latin, qui signifie très exactement le feu. Affirmer que les foyers polluent par la combustion du bois relève donc d’un vrai tour de force, vous en conviendrez. C’est donc à peine croyable : plus il fait froid, plus on chauffe, et plus il y a de foyers, plus il y a de cheminées !

Au vu de la puissance de ces analyses, tout porte à croire que les préconisations seront à la hauteur de celle-ci. N’autoriser le chauffage au bois qu’en été, par exemple? Ou bien exclure les zones peuplées pour ne l’autoriser qu’aux Iles Kerguelen? Là, les particules fines se disperseront librement dans les vents subantarctiques, loin de tout être vivant à l’exception de quelques 150 000 manchots royaux, surnommés « Alfred » par les hivernants de la base. Il faudra cependant diligenter préalablement une étude d’impact sur les effets épidémiologiques des PM2,5[1] sur les voies respiratoires des sphéniscidés.

Alors qu’en conclure ?

Évidemment, on peut en rire. Avouons que les occasions sont rares et que, tout compte fait, 170 millions d’euros, ce n’est pas cher payé pour une bonne tranche de rigolade. Une usine à gaz comme l’Anses ne représente après tout qu’une infime partie de la gabegie des différentes agences, Hauts-Comités, Hautes Autorités, bref des comités Théodule qui permettent de mettre les copains au chaud au frais des contribuables. Cependant, en rire serait une grave erreur car les inepties apparentes de l’Anses cachent une volonté réelle de tuer le chauffage au bois. Notre Premier ministre a récemment expliqué que l’avenir était au tout électrique.

Il ne fait que suivre en cela les recommandations de la Stratégie Nationale Bas Carbone (Décret du 21 avril 2020) dont personne n’a jamais vraiment entendu parler. Cette feuille de route de l’État n’a jamais fait l’objet d’une consultation des élus ni d’aucune instance démocratique. C’est pourtant la feuille de route de nos gouvernants pour nous diriger tout droit vers « l’enfer vert ». Les Gaulois réfractaires qui se chauffent encore au bois, comme leurs illustres ancêtres, posent en effet un sérieux problème : ils jouissent d’une fâcheuse autonomie… Problème que le tout-électrique résoudra fort opportunément. Le seul bon vouloir de l’État lui permet en effet de rationner à distance la consommation des ménages via les compteurs Linky — dont Enedis a lui-même reconnu qu’il pouvait réduire la puissance de chaque foyer sans préavis ni déplacement de technicien, pour peu que le réseau soit en tension. La possibilité existe. L’usage viendra inéluctablement. Pire, les attardés utilisant une cheminée NE SONT PAS FISCALISÉS! Aucun moyen de racketter Maurice qui va couper chaque année ses vingt stères de bois dans l’affouage communal. Pas davantage que Mātahiti qui chauffe sa pirogue aux coques de cocotier aux Marquises. Véritable abomination pour nos gouvernants : une énergie non taxable!

Vous comprenez désormais mieux à quel jeu joue l’Anses. Peu importe que le bois soit une énergie renouvelable. Peu importe qu’il soit produit et consommé localement. Peu importe même que les nouvelles générations de chaudière à bois produisent moins de particules fines que les chaudières à gaz. Tout ça n’est que secondaire. L’important est de « tuer » le seul moyen de chauffage économique pour les foyers les plus modestes. On compensera en leur allouant un « chèque énergie », ce qui renforcera encore le rôle de l’État-providence et alourdira un peu plus la mécanique redistributive de notre pays. Décidément, celui-ci prend définitivement le chemin d’un communisme intégral cachant bien son nom et que Tocqueville, avec deux siècles d’avance, avait baptisé « despotisme doux ». Mais rassurons-nous: tout cela été réalisé « dans un cadre déontologique exigeant »…

LA DICTATURE DU CARBONE

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[1] Les PM2,5 (Particulate Matter 2,5) sont des particules fines en suspension dans l’air dont le diamètre aérodynamique est inférieur ou égal à 2,5 microns. Non retenues par les muqueuses nasales, elles sont reconnues comme à l’origine de nombreuses pathologies.



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