Acquises à l’idéologie féministe, décoloniale et intersectionnelle, certaines de nos universités deviennent des foyers d’endoctrinement. Au mépris de toute vocation scientifique, enseignants et responsables administratifs y encouragent les pulsions épuratrices de leurs étudiants.


« Race, Racismes, Racialisation » : c’est le titre d’un colloque qui se tiendra fin 2020 à l’université Côte-d’Azur dans le but de « repenser les questionnements empiriques, conceptuels et méthodologiques liés aux processus de construction des catégories ethnoraciales, de discrimination et de racialisation, au prisme des rapports d’inégalité et de pouvoir ». Des réunions du même tonneau sont organisées dans les universités partout en France. Des professeurs de Paul-Valéry (Montpellier) et Jean-Jaurès (Toulouse) ont lancé un appel à communications pour un colloque intitulé « Pour une histoire féministe et décoloniale de la philosophie », qui devrait se tenir en deux temps fin 2020. L’objectif affiché est la « (ré)interprétation des textes/concepts philosophiques à la lumière des questions de la race, du racisme, du colonialisme », grâce à la relecture des « textes canoniques de l’histoire de la philosophie sous le prisme des questions relatives à la domination masculine, à la différence sexuelle, au sexe et au genre, à la sexualité ».

Côté étudiants, une multitude de travaux universitaires explore les thèmes indigénistes, comme cette étude en science du langage intitulée « Whitiser, c’est parler comme un Blanc » ou la thèse « Langage, subjectivité et postcolonialité chez des militants afrodescendants d’origine camerounaise à Paris », soutenue à l’université Paris-Descartes en octobre 2019. La prestigieuse université Paris 1 Panthéon-Sorbonne n’est pas en reste, puisqu’une thèse de philosophie soutenue en ses murs interroge « La fabrique de l’étranger intérieur : généalogie d’une gouvernementalité coloniale ».

Dans des facultés françaises, des professeurs et étudiants s’emploient à démontrer que le vieux fond colonialiste de l’Occident, dont la France serait le parangon, reste immuable, des grandes découvertes modernes au « racisme institutionnel » contemporain. Les travaux cités plus haut aspirent à démasquer ces mécanismes de domination afin de faire enfin régner l’égalité, la paix et la fraternité. La rhétorique marxiste de la lutte des classes prend ainsi des oripeaux ethniques.

À lire aussi: Dossier, Cauchemar américain dans nos facs !

Le vocabulaire décolonialiste a de quoi surprendre les non-initiés. Importées des États-Unis, les postcolonial studies (« études postcoloniales ») se sont développées dans les années 1980 après la publication de l’essai fondateur d’Edward Saïd, L’Orientalisme. Ce mouvement est arrivé en France au milieu des années 2000. La maison d’édition Amsterdam, spécialisée dans les sciences sociales, commence alors à traduire massivement les principaux ouvrages d’études postcoloniales américains et publie un « Appel pour les assises de l’anticolonialisme postcolonial », Nous sommes les indigènes de la République. Cet événement éditorial transforme une nébuleuse idéologique en un mouvement politique qui donnera naissance en 2008 au Parti des indigènes de la République.

L’intersectionnalité, un renouveau identitaire

En même temps que les études postcoloniales revisitent la notion d’identité, un nouveau courant émerge : l’intersectionnalité. Ce concept désigne la combinaison simultanée, chez une personne, de plusieurs facteurs, qui aggrave la domination ou la discrimination qu’elle va subir. Dans cette logique, une femme noire et homosexuelle sera davantage discriminée qu’une noire hétérosexuelle. Rapidement, le piège se renferme sur ce courant : en enfermant les individus dans une conception ethnoraciale impossible à définir (Un Noir peut-il avoir un aïeul blanc ? Comment prouver son appartenance raciale ?), il ouvre des revendications identitaires infinies.

Pour alimenter ces nouveaux besoins identitaires, des mots et des concepts se créent. Ainsi apparaît le terme « racisé » pour qualifier une « personne non blanche » (adieu l’éloge du métissage !) ou de « privilège blanc » pour dénoncer l’avantage inné et indu dont jouissent les Blancs.

Dans la même perspective, on a assisté ces dernières années au déploiement des identités sexuelles et, dans la foulée, à la création d’un champ de recherche pluridisciplinaire, où le genre et le sexe sont considérés comme des constructions sociales que l’individu peut contester à sa guise. Des hommes peuvent donc se revendiquer femmes et exiger le même traitement que les femmes, notamment pour l’accès aux vestiaires et aux toilette

Article réservé aux abonnés

60 % de l’article reste à lire…

Pour poursuivre la lecture de cet article Abonnez-vous dès maintenant.

ABONNEMENT 100% NUMERIQUE
  • Tout Causeur.fr en illimité
  • Le magazine disponible la veille de la sortie kiosque
  • Tous les anciens numéros
3 €80par mois
Mars 2020 - Causeur #77

Article extrait du Magazine Causeur

Lire la suite