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#Metoo: On y passera tous!

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D’Éric Brion à Patrick Poivre d’Arvor, voilà bientôt quatre ans que le mouvement #MeToo cherche à remplacer la justice – certes imparfaite – par des jugements sommaires sur les réseaux sociaux, amplifiés par les médias.
Phénomène nouveau, initié par le #MeTooGay, les mouvements misandres pratiquent à présent la chasse aux sorcières dans leur propre camp…


D’une parole inélégante au plus odieux des crimes, avec ou sans preuve et dans une grande confusion, tout allié est à présent soumis au crédo de la « cancel culture ». Que celui dont les péchés n’ont jamais été exposés sur les réseaux sociaux me jette la première pierre et qu’ainsi débutent nos entre-lapidations !

Les militants de gauche et les personnes LGBT ne sont donc plus épargnés et leur sacrifice permet, au contraire, aux eugénistes de la vertu, de purifier leurs rangs. À ce titre, la première victime du #MeTooGay semble idéalement choisie par son camp: Maxime Cochard, figure emblématique des jeunesses PCF, homosexuel et libertin assumé, siégeant aux côtés d’Hidalgo au Conseil de Paris.

On ne veut plus d’autres Guillaume Tran Thanh

Son affaire, que je m’apprête à commenter, est récente, sensible, et son dénouement tragique m’oblige à un préambule : je suis, comme tout être doté d’empathie, bouleversé par l’ultime geste de désespoir commis par l’accusateur dont il sera question. Et c’est précisément pour cette raison qu’il me semble y avoir urgence à élever la voix, avec la volonté ferme qu’il n’y ait pas d’autres Guillaume Tran Thanh.

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Le 21 janvier, cet étudiant âgé d’une vingtaine d’années accuse, sur Twitter, Maxime Cochard, de viol. Rien dans ses allégations ne permet légalement de caractériser les faits (il n’évoque ni violence, ni menace, ni contrainte, ni surprise). L’élu communiste et son conjoint auraient profité de la vulnérabilité de ce garçon, l’hébergeant tandis qu’il confessait les admirer puis s’arrogeant, sous ces deux motifs (matériel et affectif), les faveurs de son intimité.

Le ghosting n’a rien d’illégal

Deux jours plus tard, un article paru dans Le Parisien cède la parole à Maître Fanny Colin, l’avocat saisi par Maxime Cochard et qui aurait eu accès aux conversations privées entre les parties. Ces dernières révéleraient au moins dix rencontres, consenties, puis suivies de messages envoyés par Guillaume, tous restés sans réponse, pour souhaiter à l’élu un bon anniversaire, une bonne année, ou encore solliciter un stage à ses côtés. L’idée du viol (déjà curieuse pour des libertins peu avides de contraintes) s’étiole sérieusement et il semble plutôt question d’un amour déçu. Certes, le conseiller de Paris a pu profiter de son aura pour séduire l’étudiant ; certes, l’usage du ghosting (dont nous nous garderons de trouver un équivalent français) est d’une absolue grossièreté, mais rien ici n’apparaît juridiquement condamnable.

Qu’importe, pourtant, ces révélations arrivées deux jours trop tard. Le PCF et la Mairie du XIVème ont, sans délai, exigé de Maxime Cochard qu’il se mette en retrait de ses fonctions. Et que ce dernier dépose plainte pour diffamation n’y changera rien, Twitter a déjà rendu son verdict, où vingt mille appels à la haine ont déchiqueté sa carrière. Sa mise au ban n’est toutefois pas la conclusion de cette sordide affaire puisque, quelques semaines plus tard, Guillaume Tran Thanh est retrouvé pendu dans sa chambre de Nanterre. Le voilà, le cruel dénouement, qui, loin de calmer l’acharnement des masses envers un accusé – jusqu’ici innocent – en nourrit le flot trépidant.

Le prix trop élevé du quart d’heure de gloire warholien

Pour Guillaume, comme pour tout plaignant qui choisit de s’exposer à #MeToo, Twitter confère un instant le statut sacré de victime, démultiplie le nombre de followers et délivre quantité de messages d’amour anonymes. Le quart d’heure de gloire warholien exulte, mais le prix à payer peut s’avérer bien lourd une fois l’enthousiasme retombé. Et si personne ne peut pointer avec certitude les motifs du garçon – des séquelles d’un viol, subi en 2018, à la récente ampleur prise par l’affaire, sur les réseaux sociaux – il apparaît aujourd’hui indispensable que la question soit posée.

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À l’heure où le #MeTooGay vient de faire voler en éclats l’union sacrée entre les mouvements misandres et les milieux LGBT [tooltips content= »Les mouvements misandres et LGBT militent habituellement pour les mêmes causes et évitent de s’entre-déchirer. Ainsi se sont-ils façonné un ennemi commun: le mâle blanc hétéro cisgenre. Avec l’accusation de Maxime Cochard, cette union sacrée vole en éclats NDLR »](1)[/tooltips] ; à l’heure où s’y substitue l’alliance nouvelle des néo-puritains de gauche et des moralisateurs de droite ; à l’heure où un simple tweet peut coûter ses fonctions à un élu ; à l’heure, enfin, où de jeunes plaignants se brisent la nuque au cœur d’un campus universitaire, il ne me semble plus galvaudé d’imaginer que nous y passerons tous.

Les fameux trains du « progrès » nous conduisent vers un monde où nous devrons tous un jour nous voir accusés, haïs, honnis par les foules et ces machines infernales que sont les réseaux sociaux. Et chacun y perdra ce qu’il a de plus précieux, son métier, sa famille, puis peut-être même jusqu’à la vie. Des solutions existent pourtant qui permettraient de freiner leur course : la justice, dont découle la présomption d’innocence ; puis, au prochain aiguillage, une remise à jour de l’amour entre les êtres. Cette voie, je crains toutefois que nos adversaires ne l’empruntent pas, préférant réduire l’amour à ses orgasmes et le désir au consentement.

Le club des membres sans membres


Les « transabled » sont des personnes convaincues qu’elles devraient être invalides et qu’une partie de leur corps ne leur appartient pas. Analyse d’un nouveau phénomène.


Vous avez le sentiment que le corps dans lequel vous êtes né n’est pas celui que vous auriez dû avoir ? Ce phénomène constitue le fondement de ce qu’on appelle la dysphorie de genre, ce trouble qui incite adolescents et adultes à faire modifier radicalement leur anatomie par la chimie ou la chirurgie. Maintenant, après les transgenres, place aux « transabled » (comme on dit en anglais par analogie avec disabled, « handicapé »). Ces personnes souffrent de ce qu’on appelle le « trouble identitaire de l’intégrité corporelle », en anglais la « Body Integrity Dysphoria ». Elles sont convaincues qu’elles devraient être invalides et qu’une partie de leur corps ne leur appartient pas. Du Canada à l’Australie, de l’Écosse au Japon, le monde médical découvre de plus en plus de cas de ce trouble, probablement d’origine neurologique. D’ici un an, il fera son entrée dans la « Classification internationale des maladies » publiée par l’OMS. Les « transabled » ressentent un besoin insistant de devenir aveugles, manchots ou unijambistes. Ils ont recours à des prothèses et béquilles pour convaincre les autres et se convaincre eux-mêmes qu’ils sont handicapés. En 1997 et 1999, un chirurgien écossais a même vraiment amputé d’une jambe un Anglais, puis un Allemand. Depuis, les autorités hospitalières ont interdit de telles interventions. D’autres malades tentent de se mutiler pour obliger un chirurgien à intervenir. En 2009, l’Australien David Openshaw a trempé une de ses jambes dans de la neige carbonique : devenu septique, le membre a dû être amputé. Les « transabled » se comparent aux handicapés et aux transgenres, mais rencontrent une grande résistance de leur part. Aux yeux des handicapés, ils accaparent des ressources et idéalisent la dure réalité de la vie d’invalide. Les transgenres qui ne veulent pas être considérés comme des malades rejettent l’association avec cette nouvelle pathologie. Le vivre-ensemble entre minorités peut parfois se révéler dysphorique.

Kafka et Michaux au temps du « stop and go »


Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.


« Autrefois, quand la Terre était solide, je dansais, j’avais confiance. À présent comment serait-ce possible ? On détache un grain de sable et toute la plage s’effondre, tu sais bien », se désolait Henri Michaux dans Lointain intérieur en 1948, texte dans lequel il pousse le plus loin son angoisse devant une vie quotidienne devenue illisible. Cette impression d’un réel fuyant, ce sentiment d’évoluer dans une réalité parallèle rend assez exactement l’état d’esprit des Français confrontés à un monde remodelé par une pandémie qui fête son premier anniversaire et efface tous nos repères. Au point qu’on commence à s’inquiéter de l’état psychique de la population ballottée de confinements en déconfinements, de conférences de presse en couvre-feux. Ce constat était ainsi résumé, à la fin du mois de décembre dernier par Les Échos : « La crise sanitaire et le confinement au niveau mondial ont très fortement accentué les risques dépressifs. En France, la souffrance psychologique atteint des sommets parmi les populations les plus exposées. Un Français sur cinq a sérieusement envisagé de se suicider. »

En matière d’impossibilité à se projeter dans l’avenir, par exemple, on trouve des accents prophétiques dans l’œuvre de Kafka où nombre des personnages restent englués dans un présent perpétuel, comme le narrateur du Terrier, un texte posthume de 1931. Celui qui parle dans Le Terrier ne sait plus s’il est une bête ou un être humain et se sent traqué par un ennemi invisible. Finalement, c’est l’angoisse qui le pousse à exercer sa violence d’abord contre lui-même dans cet espace désespérément clos : « Je le sais fort bien, et même maintenant, à l’apogée de ma vie, je n’ai pas une minute de réelle tranquillité : à l’endroit où se trouve cette mousse sombre, je suis mortel, et je vois souvent dans mes rêves un museau qui ne cesse de renifler avidement alentour. » Avant d’ajouter : « C’est donc avec mon front que des milliers de fois, pendant des jours et des nuits, je me suis jeté contre la terre ; j’étais si heureux quand j’avais le front en sang, car c’était la preuve que la paroi commençait à être solide. » On recherche un abri contre un péril, mais cet abri se transforme en piège peut-être encore plus dangereux. Et cette « paroi » kafkaïenne qui blesse et protège à la fois devient la métaphore saisissante de ces écrans qui ont envahi nos vies et dont la philosophe Claire Marin, dans Le Monde, montre toute l’ambiguïté : « Ce que nous avons découvert, c’est que notre vie n’est pas un fond d’écran sur lequel nous pouvons ouvrir une multitude de fenêtres en même temps. Ce à quoi le virtuel nous laisse croire, l’expérience réelle l’a assez brutalement contredit. »

"Plume précédé de Lointain intérieur"

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Le Terrier

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« Grease » au banc des accusés!

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Quand l’idéologie woke continue ses ravages jusqu’au ridicule, Sophie Bachat défend bec et ongles la belle tradition cinématographique du teen-movie


2021 sera-t-elle l’année du triomphe définitif de l’idéologie woke ? En effet, après les Aristochats, L’odyssée, la réécriture des pièces de Molière en partenariat avec la Comédie Française, la purge continue avec le film culte Grease, accusé, je vous le donne en mille, de misogynie et de promotion de la fameuse culture du viol. Les antiennes désormais habituelles.

Quand la Carte du Tendre ado devient une apologie du viol…

Les pythies du nouvel ordre moral ont déversé des flopées de tweets plus ineptes les uns que les autres, comme à l’accoutumée. « La promotion de la culture du viol et de la soumission de la femme, puisque Sandy Olsson (Olivia Newton-John) devra changer son look et sa personnalité. »

Olivia Newton-John eut une réaction pleine de bon sens face à ses accusations, dans le podcast australien Life of Greatness : « C’est un film musical joyeux qui n’est pas censé être pris au sérieux. Je pense que tout le monde prend tout trop au sérieux, nous devrions nous détendre et profiter des choses pour ce qu’elles sont ». Mais le bon sens n’est plus de ce monde.

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Si ces néo-féministes  avaient un tant soit peu de culture, ou même une once de curiosité, elles se seraient aperçues que dans la fameuse danse/parade amoureuse de la fin, si Sandy/Olivia troque effectivement sa tenue de jeune fille sage contre une panoplie de pin-up, Danny-Travolta fait de même en sens inverse en arborant un gilet à la place de son blouson de cuir noir. Cela s’appelle de la séduction, mais il est vrai que selon la nouvelle Carte du Tendre, les femmes qui séduisent des hommes sont des complices du patriarcat, (des « collabites » comme elles disent sur les réseaux sociaux), et les hommes qui séduisent des femmes de potentiels violeurs.

Banalisation de comportements sexistes?

Cependant, la cerise sur l’indigeste gâteau woke se trouve dans le très mainstream media en ligne AuFéminin.com, destiné aux ménagères internautes de moins de cinquante ans, qui nous gratifie d’un article qui déconstruit ce film culte, le tout en écriture inclusive. Cela est digne des Inrocks : « A y regarder de plus près, Grease pourrait bien véhiculer des messages problématiques, allant jusqu’à banaliser des comportements sexistes sans jamais vraiment les remettre en question. En somme un sacré coup de vieux pour ce film de notre enfance reflet de toute une époque. »

Nous sommes définitivement entrés dans une nouvelle ère et nous ne sommes pas prêts d’en trouver la sortie.

Ces nouveaux censeurs gâchent et salissent tout. Les dessins animés de notre enfance, nos émois adolescents, nos éducations sentimentales et sexuelles, et même nos souvenirs de collégiens,  emprisonnés entre les pages des Petits Classiques Larousse. Nous reste comme consolation la machine à remonter le temps. En 1978, le film Grease de Randal Kleiser, adapté d’une comédie musicale qui fit un tabac à Broadway en 1972, a fait danser la planète entière. L’adolescence est une invention américaine de l’après guerre, symbolisée par James Dean, sa courte vie et sa légende. Elle prend dans les années cinquante en Amérique, toute sa dimension joyeuse et rebelle. Grease en est une célébration, un maître-étalon du teen movie (genre qui apparaîtra aux Etats-Unis dans les années cinquante) et qui obéit à des codes et des stéréotypes, comme dans toutes les histoires depuis la Grèce Antique.

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Le bad boy amoureux de la jolie fille un peu farouche, la nunuche, l’intello qui se fait harceler, la fille dessalée et un peu rebelle (formidable personnage de Rizzo), le tout dans le décorum du rêve américain d’après guerre : le drive in, le lycée où l’on n’étudie pas, le bal de promo, et en point culminant, l’inévitable course de bagnoles qui fait surgir la tension sexuelle. Cela tient du drame shakespearien, de la tragédie Antique et du music hall de Broadway. Roméo et Juliette n’est-il pas finalement le premier teen movie ? (West Side Story en est d’ailleurs une adaptation).

De La fureur de vivre à La Boum en passant par Diabolo-Menthe

En 1955 sort le film de Nicholas Ray, La fureur de vivre, qui immortalisa James Dean en t-shirt blanc et cuir noir et qui est alpha et l’omega du teen movie tragique et crépusculaire. James Dean, qui est en conflit avec le monde entier, ses parents, le lycée, et surtout le chef de bande qui fait régner la terreur, côtoie la mort de près (son meilleur ami, interprété par Sal Mineo, se fait tirer dessus par la police) et trouve la consolation dans les bras de Natalie Wood, à la fois douce et torturée. Certains critiques en ont même fait une lecture psychanalytique, car le passage à l’âge adulte se fait à travers la résolution du conflit œdipien entre le personnage de James Dean et celui de son père.

Les plus grands réalisateurs américains se sont tous essayés avec bonheur au teen movie, de Coppola en passant par George Lucas. Les années 80 en fut son âge d’or, notamment avec le film culte de toute une génération : Breakfast Club de John Hughes. En France, ce genre s’inscrit davantage dans la nostalgie et la chronique sociale avec Diabolo Menthe de Diane Kurys et bien sûr La Boum dont les gens de ma génération connaissent les répliques par coeur.

Finalement, les élucubrations des néo-féministes ont une utilité: celle de nous donner l’envie de nous replonger dans les livres, les films, les chansons d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…

Les souvenirs de viols se ramassent à la pelle

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Après Richard Berry, accusé par sa fille, voici PPDA, violeur d’une ex-groupie. Le Parisien, jamais en retard d’un récit libidineux, narre dans le détail l’accusation à laquelle l’ex-présentateur de TF1 doit répondre. Que son accusatrice ait elle aussi un livre sur le gaz n’a bien entendu aucun rapport avec le soulagement soudain de sa conscience.

Tout remonte à l’automne 2004. Une étudiante ambitieuse écrit une lettre à PPDA, dont elle admire les romans, ce qui témoigne d’un goût littéraire très sûr, et y joint des extraits de ses œuvres à venir. Le présentateur finit par lui répondre, l’appelle tard le soir, et lui demande (dit-elle) si elle a un copain, et combien de fois elle se masturbe par jour ou par semaine. Des questions bien innocentes posées à 11 heures du soir, et qui ne mettent pas du tout la puce à l’oreille — ni ailleurs. C’est donc en toute innocence, figurez-vous, qu’elle se rend au rendez-vous que lui fixe un homme connu pour sa séduction, et de fil en aiguille… « J’étais vierge », déclare-t-elle. Sans doute, comme toutes les pucelles, entendait-elle le rester, c’est même pour ça qu’elle était là. « Florence Porcel affirme n’être pas parvenue à s’enfuir sous l’effet de la surprise et de la sidération, mais soutient que sa panique était clairement perceptible et qu’elle a émis des cris de douleur », écrivent Jean-Michel Décugis et Jérémie Pham-Lê. Oui, il est assez rare que ça passe comme une lettre à la poste.

« A l’époque, l’étudiante n’aurait pas pris conscience qu’elle venait de subir un viol », continuent nos duettistes. L’idée ne lui en est venue que 16 ans plus tard. Entre-temps, elle retrouve notre Don Juan en 2009, et lui taille une pipe — « non, non », dit-elle, d’autant qu’il s’agit d’une « fellation non protégée ».

C’est curieux, cette appétence soudaine pour le goût latex…

Porter plainte ? Elle y pense, dit-elle, mais y renonce, en considération du statut de star du prédateur. Elle conserve néanmoins ses messages, afin d’alimenter le roman qui vient de sortir (Pandorini, chez Jean-Claude Lattès). Un roman à clef, forcément. « Cathartique », disent les rédacteurs du Parisien, qui ont fait des études.

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Tout tient désormais à un mot — non pas « viol », mais « emprise » — je souhaite bonne chance aux juristes chargés de donner du contenu à un mot qui n’existe pas dans le Code. « [Florence Porcel] décrit un mécanisme d’emprise psychologique dans lequel elle se serait alors enferrée, un système de déni né de l’admiration qu’elle avait pour cet homme célèbre, puissant et bien plus âgé et son désir de percer dans le monde littéraire. »

Admirez comme tous les mots sont bien en place. « Emprise » chapeaute la phrase, de sorte que « déni » passe pour une preuve à charge, et qu’« admiration » et « désir » sont évacués en fin de raisonnement. Il suffirait d’inverser l’ordre pour obtenir l’effet inverse, et montrer que l’accusation d’emprise naît du déni du désir.

Mais a posteriori, quelle délectation de ré-écrire l’histoire !

Il va falloir sérieusement réviser les concepts littéraires les mieux établis. Héloïse et Abélard ? Emprise d’un éducateur sur une élève — oh comme on a bien fait de lui couper les roubignoles ! Tristan et Yseult (la blonde, pas celle qui fait de la publicité pour l’obésité morbide) ? Emprise par l’intermédiaire d’un élixir « drogue du viol » du XIIe siècle ! Roméo et Juliette, Phèdre et Hippolyte, Paul et Virginie, même tonneau : emprise, vous dis-je !

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Autrefois, on appelait ça de l’amour. Oui, mais ça, c’était avant. #MeToo est passé par là, la parole des femmes est sacrée, aucune femme ne mentirait sur un sujet pareil.

Qu’un sentiment d’horreur, voire de haine, puisse se conjuguer assez souvent au désir ne trouble pas la conscience de nos modernes accusatrices. Que Psyché se rende chaque soir chez un « monstre », que la Belle tombe amoureuse de la Bête, que Blanche-Neige soit fort aise que le Prince lui ait roulé une pelle assez énergique pour déloger le petit bout de pomme empoisonnée resté dans un plombage, ou que la princesse Aurore se soit fait réveiller sans son consentement par ce même Prince (un serial niqueur, celui-là, il est présent dans tous les contes), peu chaut désormais au chœur des demi-vierges. Elles veulent des têtes — et, à défaut, des têtes de nœud.

Quant à la part de publicité calculée, comme dans d’autres récits de viol la part de règlements de comptes, ou la part de fantasme et de souvenirs implantés, il reste à la Justice à s’en démêler. En attendant, les réseaux sociaux, peuplés de gens qui ne se font faire de gâteries que sur Pornhub, se déchaînent, et affirment péremptoirement qu’Untel est coupable, et tel autre aussi : victime, voilà un statut moderne et fashionable. Facebook ou Twitter, c’est le règne de tous les Savonarole et de tous les Fouquier-Tinville d’occasion. Vite, l’adresse de PPDA (après tout, le Parisien a bien indiqué récemment où coincer Olivier Duhamel pendant qu’il sort son chien), afin que nos exécuteurs publics sachent où lyncher l’infâme — ce qui leur sera permis seulement après avoir acheté le dernier livre dénonciateur.

Sur la masse des prédateurs supposés, il y en a un certain nombre qui sont blancs comme neige. Mais subsistera quand même la satisfaction d’avoir sali quelqu’un, ce qui permet de se sentir bien propre. On vit décidément une époque formidable.

L’ubuesque «libre pensée» de Salim Laïbi

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Enquête sur le chirurgien-dentiste complotiste star de YouTube


Salim Laïbi est chirurgien-dentiste à Marseille. Entre deux détartrages, il lui arrive de se filmer en train de vilipender « les corrompus des lobbys de Big pharma » depuis son cabinet. Sa liberté d’expression se déploie aussi dans son magazine en ligne Le libre penseur. « Le terme n’a strictement rien à voir avec la libre pensée maçonnique du siècle dernier », tient à rassurer la présentation du site. En guerre contre « les élites corrompues et immorales », le magazine numérique est, crise sanitaire oblige, largement consacré à la pandemie du Covid-19. S’il milite contre les vaccins, le port du masque et a déjà appelé à « faire sécession de l’État » lors du premier confinement, il s’est précipité chez le professeur Raoult pour faire le plein de chloroquine au début de l’épidémie. Désormais, il suggère de se gaver de vitamine C pour soigner la Covid-19.

« Des pédocriminels dirigent la France ! »

Le 28 janvier, dans son émission L’info en questions accessible sur YouTube, Salim Laïbi dénonce des médias « menteurs, mythomanes pathologiques ». Raisons du courroux ? Un article de Valeurs Actuelles reprenant Le Point qui « rappelle qu’à ce jour, seul un Français a été reconnu comme appartenant officiellement au mouvement QAnon. Il s’agit de Salim Laïbi ». Pour rappel, QAnon est un vent conspirationniste qui souffle depuis les États-Unis, certains adeptes de ce mouvement voient en Donald Trump notre sauveur en croisade contre une élite satanique qui enlèverait nos enfants pour assouvir ses fantasmes les plus débridés. Se défendant d’en être un fidèle, Salim Laïbi dénonce un « article diffamatoire ». « J’ai déjà répondu sur cette affaire dans une vidéo, que souhaitez-vous savoir de plus  ? », nous a-t-il répondu par mail.

Gérald Darmanin a un dossier complet sur Laïbi et il ne fait rien. Son prédécesseur et tous les ministres de la Santé ou de la Justice étaient aussi aux abonnés absents. Cet homme est pourtant dix fois pire que Soral ou Dieudonné!

Salim Laïbi a une relation privilégiée avec le haut débit. L’usage de YouTube comme espace d’expression sans filtre fonctionne à merveille : la chaîne du réseau favori de l’activiste peut s’enorgueillir de compter près de 140 000 abonnés. Ce même 28 janvier, suite à quelques sarcasmes au sujet des médias sous les ricanements du vidéaste anti vaccin Jean-Jacques Crèvecœur, Salim Laïbi s’enflamme : « Il y a que des pédocriminels qui dirigent la France ! On peut commencer par les médias, la haute couture, les avocats, les journalistes ».

« Antisionisme » en roue libre

Une séquence qui pourrait prêter à sourire si l’on ne se penchait pas plus sur le personnage. Lauréat de la Quenelle d’or littéraire 2013, Salim Laïbi se porta candidat aux élections législatives de 2012 dans les quartiers Nord de Marseille, lors desquelles il réunit 0,8% des suffrages exprimés. Une brève parenthèse dans l’agora qu’il mit à profit pour glisser quelques quenelles lors d’un meeting avec Dieudonné et Alain Soral. « C’était juste pour mettre une quenelle, j’ai foutu mon petit chaos dans le milieu politique marseillais », plastronnera-t-il plus tard. Pourquoi tant de haine ? « Le discours de Salim Laïbi prône une « alliance des exclus » face aux « élites mondialisées et aux sionistes » qui voudraient les réduire à rien », a analysé Gilles Kepel auprès du journal Marsactu. Une stratégie qui n’est pas sans rappeler celle de Dieudonné ou d’Alain Soral.

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Suite à cette courte aventure politique, retour à YouTube. S’il a mis un peu d’eau dans son vin, Laïbi y a abondamment dérapé sur le supposé complot juif. Jadis, l’activiste nous prit à parti au regard de « 100 000 stupides décérébrés sionars qui veulent faire la guerre à tout le monde, qui pleurnichent à longueur de journée pour un truc qu’il y a eu il y a soixante ans ». Bien que d’autres sorties de la même teneur aient étrangement disparu de la toile, certaines subsistent. Encore récemment, en octobre 2019, il déplorait ce qu’il considère comme « un lobby sioniste extrêmement puissant et virulent, qui défend les intérêts de Tel-Aviv, qui veut diaboliser l’islam et les musulmans afin de continuer sa colonisation de l’autre côté ». En septembre dernier, il appelait à porter plainte contre la journaliste du Figaro Judith Waintraub par ces mots doux : « Il faut la faire condamner, c’est une racaille de la caste des journalistes sionistes, vous voyez son patronyme c’est une sioniste convaincue qui est là pour déstabiliser la France, ce sont des agents de subversions, des Sayanims point à la ligne ».

« Les patronymes sionistes ça n’existe pas, c’est un discours clairement antisémite », commente sobrement l’intéressée, par ailleurs victime de menaces de mort sur Twitter. « Deux des auteurs ont été retrouvés, l’un a été condamné à du TIG, l’autre passera en procès le 4 mars », prévient-elle.

Appels à la sécession 

Débarqué à Marseille depuis l’Algérie durant son adolescence, Salim Laïbi a opté pour la naturalisation française. Cependant, il suit toujours de près la politique de son pays d’origine. A l’automne 2019, en pleine grogne algérienne, Saïd Sadi, cofondateur du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), parti laïque d’opposition algérienne, est violemment apostrophé par Laïbi qui le poursuit dans les rues de la cité phocéenne. La scène a des airs de harcèlement. Motif ? Le septuagénaire serait tenté de récupérer le « hirak »[tooltips content= »Nom donné à une série de manifestations qui ont lieu depuis le février 2019 en Algérie déclenchée par la décision d’Abdelaziz Bouteflika à se présenter à un cinquième mandat présidentiel »](1)[/tooltips] -lors duquel moult drapeaux algériens ont fleuri. Saïd Sadi a longtemps milité pour la défense des droits de l’homme, la « berbèritude » et fut candidat aux élections présidentielles algériennes de 1995 et 2004. Il a porté plainte le jour même contre Salim Laïbi mais il n’a pas souhaité répondre à nos questions. Pour comprendre le positionnement de Salim Laïbi sur la politique algérienne, rappelons qu’ il y a quelques années il a déclaré que « le drapeau algérien est un drapeau maçonnique ». « Salim Laïbi vient d’une famille de la haute bourgeoisie algérienne, il est le neveu de Kasdi Merbah, qui a été le directeur de la sécurité militaire pendant plus de dix ans. Quand il vient nous faire croire qu’il est pour le hirak algérien alors que toute sa famille fait partie du système, ça me met hors de moi ! » tempête au bout du fil Gamal Abina, journaliste et militant associatif.

En mars 2019 Lors d’une émission de radio sur France Maghreb 2, ce dernier a eu un échange houleux avec le YouTubeur. Raison des tensions ? Un ouvrage auto-édité dénommé Ils aiment l’Islam, où le dentiste se réfère à des Occidentaux qui auraient loué la religion de Mahomet, parmi lesquels des personnages aussi divers que Voltaire, Lamartine, Diderot, Victor Hugo, Arthur Gobineau, Léon Degrelle ou un certain Adolf Hitler. « Salim Laïbi a sciemment cité des nazis et des néo-fascistes pour défendre l’islam. Et ça ne le gêne même pas », estime Gamal Abina. L’introduction du livre, elle, écorche notamment les « laïcistes athégristes (très souvent sionistes) »[tooltips content= »Salim Laïbi, Ils aiment l’Islam, page 30″](2)[/tooltips]. Guère rompu à la promotion de la laïcité, son auteur déplora jadis la déchristianisation : « C’est l’État, la Franc-maçonnerie, la Révolution, ils ont réussi, c’est Diderot, Ernest Renant, Montesquieu, Voltaire, toute cette racaille, toute cette enflure de Francs-maçons, tous ces dégénérés ont réussi à extirper Dieu du cœur des gens ».

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Depuis les débuts de son activisme, Salim Laïbi semble envoûté par la confrérie : « On peut dire, sans prendre le risque de trop se tromper, que toutes les grandes affaires et scandales qu’a connus la France sont d’inspiration maçonnique. À quand une dissolution de cette secte maléfique ? », écrivait-il il y a neuf ans dans les colonnes du Libre Penseur. Interrogé sur ce point par Causeur, il nous a confirmé dans une vidéo souhaiter toujours la dissolution de la franc-maçonnerie. Quelle peut être la motivation de Laïbi dans ce militantisme ? Pour Omar Djellil, ancien secrétaire général de la mosquée At-Taqwa et président de l’association Présence citoyenne à Marseille « Salim Laïbi incarne l’échec du gouvernement à lutter réellement contre le séparatisme et le radicalisme islamiste ». Une hypothèse plausible : à l’affût de toutes les chapelles, l’activiste est apparu au printemps dernier affublé d’un gilet jaune et une scie à la main, clamant « préparer les échafauds […] car des têtes vont tomber ».

Silence radio des autorités

Depuis plusieurs années, le chirurgien-dentiste « drague » à sa façon les musulmans qu’il n’estime pas assez séparatistes à son goût : « En France, si l’islam existait, ça se verrait tout de suite, mais alors là tout de suite ». Et il n’est pas avare de déclarations équivoques : « Déjà, je m’étonne de la survie d’un BHL. Il serait pas vivant BHL, il aurait été assassiné […] Par exemple, je dis ça mais c’est pas la solution hein, mais par exemple, Charlie Hebdo aurait brûlé avec Val à l’intérieur », lança-t-il lors d’une conférence qui a eu lieu avant même l’attentat meurtrier contre l’hebdomadaire satirique. Selon nos informations, le défenseur actuel de Salim Laïbi n’est pourtant autre qu’Hakim Chergui, avocat dans plusieurs dossiers du CCIF aujourd’hui dissous. Adepte de vidéos, le dentiste est aussi gourmand de tribunaux, un péché mignon favorisé par les dons de ses fidèles.

Quelques jours après l’attentat contre Charlie-Hebdo, son ancien comparse Alain Soral tapa sur sa page Facebook : «  On ne l’entend plus le dentiste obèse. Il n’appelle plus au djihad anti-gaulois. C’est pourtant sa ligne depuis des mois ». Une vanne qui n’a pas du tout fait rire l’intéressé, lequel se vengea en utilisant l’arme juridique. Il obtint gain de cause et fit condamner le cofondateur d’Égalité et Réconciliation à lui verser une amende de 2000 euros pour diffamation. Mais ça ne marche pas toujours. En 2017, lui-même a été condamné par le tribunal de grande instance de Paris pour avoir porté atteinte à la vie privée de la compagne de Dieudonné. Néanmoins, contrairement à ce dernier ou à Soral, tous deux condamnés pour incitation à la haine, le YouTubeur aux 140 000 abonnés n’a été condamné que pour des affaires de diffamation ou d’atteinte à la vie privée. « On ne judiciarise pas tout. Il est possible qu’on nous l’ait signalé avant que je prenne mes fonctions », commente Stéphane Nivet, délégué général de la LICRA.

Il ne s’agit pas d’exhumer un passé pour jeter l’opprobre sur un homme. Mais pendant que Gérald Darmanin martèle ses propositions pour juguler le séparatisme, Salim Laïbi abreuve quotidiennement ses groupies sur YouTube. « Je suis fatigué des beaux mots du ministre de l’Intérieur alors que Salim Laïbi fait ses discours depuis près de vingt ans sans jamais avoir été inquiété par l’État, Gérald Darmanin a un dossier complet sur Laïbi et il ne fait rien. Son prédécesseur et tous les ministres de la Santé ou de la Justice que j’ai contactés auparavant étaient aussi aux abonnés absents. Cet homme est pourtant dix fois pire que Soral ou Dieudonné », soupire Omar Djellil, qui alerte les autorités depuis dix ans. Sans être entendu à ce jour. « A l’heure de la loi sur le séparatisme, je me demande comment on peut encore laisser ce type d’individu cracher sa haine de cette façon, confie également Bruno Benjamin, Président du CRIF Marseille Provence. La France a combattu pour qu’on puisse instaurer une République respectueuse des us et coutumes de chacun. J’ai l’impression que le gouvernement actuel est en train de recadrer les principes républicains pour qu’il n’y ait plus ce genre de nervi qui puisse s’exprimer ainsi au nom de la liberté d’expression. Il y a urgence à mettre fin à ce type d’appels à la haine », poursuit-il.

Rappelons que suite à la décapitation de Samuel Paty, des mineurs ayant refusé la minute de silence ont été placés en garde à vue. Pourquoi une telle mansuétude envers le dentiste marseillais ? Face à l’incompréhension, la thèse d’une bienveillance de la part d’une personne haut-placée émerge, et pas du milieu complotiste. Qui protège Salim Laïbi, le « libre-penseur » d’extrême droite ?, titrait un article du Point en 2018. Après qu’il fut directeur de la sécurité militaire pendant seize ans, Kasdi Merbah, oncle défunt du prolifique YouTubeur, fut premier ministre du gouvernement algérien de 1988 à 1989. Il tenta notamment un rapprochement entre le pouvoir et les maquisards barbus du FIS. D’aucuns murmurent que cette filiation expliquerait ce qui ressemble à une clémence de la France à l’égard de Salim Laïbi. Quoi qu’elle vaille, cette théorie reste toujours plus crédible que les « complots judéo-maçonniques » dénoncés par Laïbi depuis plus de dix ans…

Suprémacistes blancs: «séparés mais égaux»


Depuis 2016, une nouvelle droite radicale, baptisée Alt right, se développe aux États-Unis et gagne du terrain en Europe. Si elle est née outre-Atlantique, c’est grâce à la très large liberté d’expression garantie par la Constitution américaine. Elle prône non pas la supériorité d’une race mais leur séparation, en invoquant la Déclaration d’indépendance de 1776.


Vous souvenez-vous des Proud Boys qui, en s’invitant dans la campagne électorale américaine, avaient créé le buzz dans les médias français[tooltips content= »Les Proud Boys, littéralement les « garçons fiers », est une organisation d’extrême-droite, exclusivement masculine, pas rétive aux actes de violence, qui prétend défendre les « valeurs occidentales » sans imposer de distinction de race ou de religion à ses membres. Elle a été lancée pendant la campagne présidentielle de 2016 et a appuyé la candidature de Donald Trump. »](1)[/tooltips]? Ils ont participé, parfois en armes, aux manifestations de soutien au « vrai président », comme les « patriotes » américains appelaient Donald Trump. En France les Proud Boys auraient été matraqués, leur organisation dissoute, bref ils auraient été poursuivis au sens littéral et figuré du mot, comme « nos » identitaires. Aux États-Unis, leur liberté de parole est presque totale, comme celle de tout ce mouvement de fond qui soulève et subvertit la vieille droite conservatrice américaine et blanche : l’alt-right – une droite alternative, jeune, agile, cyberbranchée, mais en prise sur les grands textes (français, italiens, allemands) de la philosophie réactionnaire et sur le futurisme, mussolinien, de la technologie. Elle ne pouvait se développer que dans un milieu obsédé à la fois par l’innovation et la communication d’une part, et la liberté d’expression d’autre part – dans l’« Empire de la Liberté », cet autre nom des États-Unis, qui est aussi l’empire de la libre parole, une« rhetorical democracy » : une démocratie de l’argument en roue libre. Le « suprémacisme » est l’enfant de cette liberté.

Le Grand Réveil identitaire

Aucune restriction à la liberté d’expression ? Inconcevable en France où passent les régimes, restent la censure des opinions et les condamnations en justice. On encense notre loi de 1881 sur la liberté de la presse, mais elle est un encadrement, pas une liberté. Aux États-Unis, la liberté de la presse est subordonnée à celle qui compte vraiment : la liberté de parler, « freedom of speech ». On peut tout dire, tout écrire, tout affirmer. La diffamation est difficile à poursuivre. Ainsi l’acteur Peter Fonda a pu tweeter, impunément, que le jeune fils de Trump devrait être enfermé dans une cage avec des pédophiles. Si vous n’aimez pas, n’écoutez pas. Ou allez en France.

La source ? Le premier amendement de la Constitution américaine, base de leur inamovible charte des droits :« Le Congrès ne prendra aucune loi qui officialise une religion ou qui interdise son culte ; ou qui restreigne la liberté de parole ; ou le droit du peuple à se réunir paisiblement et à pétitionner le gouvernement pour réparer des griefs.[tooltips content= »Traduction de l’auteur. »](2)[/tooltips] » Tout est là : de la prolifération rhétorique des télévangélistes, et la prégnance du discours religieux qui s’invite partout, du « God bless you » des politiciens en fin de discours, à l’absence de toute limitation de la parole publique (jusqu’à la logorrhée). Cette liberté de parole ne souffre aucun retranchement, aucun encadrement, aucune restriction, religieuse ou autre. Voilà pourquoi le suprémacisme a pu se développer aux États-Unis et devenir, avec l’alt-right en fer de lance, le ferment d’une nouvelle « internationale blanche ». En Europe, les lois interdisant la contradiction sur certains sujets, la main invisible des subventions à la presse, les poursuites tous azimuts pour « haine » corsètent la propagation rapide des idées et du militantisme « suprémacistes », au point que les identitaires européens récusent le terme, par prudence.

Philippe-Joseph Salazar. Philosophe et essayiste français, titulaire de la chaire de rhétorique à la faculté de droit de l’université du Cap, en Afrique du Sud. Dernier livre publié : Suprémacistes : l'enquête mondiale chez les gourous de la droite identitaire (Plon, 2020). © VILLARD/SIPA
Philippe-Joseph Salazar. Philosophe et essayiste français, titulaire de la chaire de rhétorique à la faculté de droit de l’université du Cap, en Afrique du Sud. Dernier livre publié: « Suprémacistes : l’enquête mondiale chez les gourous de la droite identitaire » (Plon, 2020). © VILLARD/SIPA

Impossible de comprendre le « Grand Réveil » identitaire ou suprémaciste sans évoquer les événements qui eurent lieu dans une petite ville universitaire américaine, en 2017 : Charlottesville. Ce fut l’acte de naissance public de l’alt-right et de la nouvelle internationale blanche.

Charlottesville: scène primitive blanche.

En août 2017, à l’initiative de divers groupuscules identitaires ralliés sous le slogan « Unite the Right »(« Unité à droite ! »), des centaines de jeunes et d’étudiants convergent vers la petite ville universitaire, snob, de Charlottesville en Virginie. Ils appartiennent à toute la gamme :tatoués du Ku Klux Klanet et étudiants BCBG. Certains sont violents, d’autres non. Leur but symbolique : empêcher le déboulonnage de la statue du général Lee, un héros sudiste qui, soit dit en passant, s’était vu offrir la tête des armées du Nord par Lincoln. Il y a des affrontements, de nombreux blessés et un mort – une jeune femme. Une photo de leur marche nocturne aux flambeaux fait le tour du monde dès le lendemain matin : le visage d’un jeune identitaire devient immédiatement l’icône du nationalisme blanc. Elle ressort régulièrement dans la presse anglo-saxonne.

Charlottesville propulsa les « white nationalists » sur la scène médiatique mondiale. De là date la présence médiatique des suprémacistes dans le débat public, et la nouvelle carrière de leurs opposants antifascistes, les « antifas ». Dans la foulée, le débat sur la « haine » est arrivé en France, comme toujours dans des wagons américains. La « haine », c’était par exemple les slogans de Charlottesville : « You will not replace us ».

Les identitaires américains ont tiré une leçon de Charlottesville : dans une rhetorical  democracy, la meilleure arme contre la liberté d’expression, c’est la liberté d’expression elle-même. En l’occurrence, une fois qu’on a réussi à affubler ses adversaires du tag « haine » ou « contenu haineux », peu importe que ce soit vrai ou faux, l’opération psychologique de dénigrement fonctionne. La nouvelle génération d’identitaires s’est donc regroupée depuis dans des cercles d’études et de réflexion métapolitiques, pour produire de la propagande argumentée à long terme, tout en se disséminant sur le web. Ils sont passés depuis 2017 d’une publicité fracassante et exubérante à une diffusion rapide et versatile de leurs argumentaires, quittant par exemple YouTube pour Gab, BitChute, Entropy ou Parler. Ils ont déplacé le jeu, laissant les hystériques des Proud Boys et Cie attirer l’attention loin d’eux. Ils sont entrés, comme ils le disent, en « dissidence ».

Alt-Right contre «Big Tech»

Mais l’alt-right s’est heurtée à une forme neuve de censure. Twitter, Facebook, Google et YouTube sont tous accusés de rejeter de leurs plates-formes les opinions qui déplaisent à leurs gérants, actionnaires ou annonceurs – un dossier sur le fils Biden a été supprimé des plates-formes dominantes, sans parler du cas de Donald Trump, expulsé de Twitter et de Facebook. La « Big Tech » se substitue-t-elle à un pouvoir de censure inadmissible (et illégale) aux États-Unis ?

Lors de l’audition de la juge Amy Coney Barrett, élue depuis à la Cour suprême, un sénateur a déclaré avec justesse qu’aux États-Unis, la liberté de parole n’est pas le résultat d’interdictions prises par le pouvoir législatif ou réglementaire, mais qu’elle précède l’organisation des pouvoirs. En conséquence, la liberté d’expression, de réunion et de pétition s’impose au législateur, a fortiori à l’administration, qui ne peut en aucun cas les restreindre. En France, depuis 1789, la liberté de la presse, la liberté d’opinion, la liberté de réunion sont « encadrées », comme on dit en langage managérial. Notre liberté d’expression est une liberté par soustraction : ce qu’on peut dire une fois qu’on nous a interdit de dire ceci ou cela.

Cependant, la censure du freedom of speech par la BigTech existe bien. L’analyse juridique est complexe, mais l’objet du litige est simple : les Big Tech s’appuient sur une interprétation du code américain (article 230) pour supprimer ce qui ne leur plaît pas, de surcroît, en invoquant « la vraie diversité du discours politique ». Bref le capitalisme mercantile digital a réussi, pour le moment, à faire ce que l’État fédéral ne peut pas faire : censurer le débat public, portant donc atteinte à la rhetorical democracy.

D’après l’alt-right, l’État et le Congrès laissent les Big Tech donner la parole aux antifas et censurer l’alt-right. Pour définir ce double-jeu, celle-ci a lancé l’expression « anarcho-tyrannie ». Inventée par l’écrivain Samuel T. Francis et adoptée par l’alt-right, elle désigne la manière dont un État démocratique tolère les violences de certains groupes en même temps qu’il réprime d’autres groupes. Il ignore (ou promeut) l’anarchie des uns (antifas, Black Lives Matter, « territoires perdus de la République ») et use de tyrannie envers les autres (Gilets jaunes, identitaires, messes catholiques). L’État démocratique est une anarcho-tyrannie.

Or, la révolution américaine de 1776 est précisément née du refus d’une démocratie tyrannique, la monarchie parlementaire anglaise. La Déclaration d’indépendance est claire :« Quand […] il devient nécessaire pour un peuple de défaire les liens politiques qui l’attachent à un autre […], le respect de soi-même et le respect dû à l’humanité́ lui imposent de déclarer les causes de cette séparation. » Les nationalistes blancs de l’alt-right l’interprètent ainsi : il faut nous séparer, au nom de notre « humanité » (notre race) et par « respect de soi-même » (vouloir rester blanc), et donc « défaire les liens » avec un État (multiculturel) qui impose sa tyrannie, à la fois par une violence sociétale soft (le « grand remplacement » cher à Renaud Camus) ou une brutalité juridique (règles européennes sur l’accueil des migrants), et par la tolérance de violences anarchiques (les banlieues qui brûlent, le communautarisme antifrançais).

Et c’est ici qu’apparaît le lien direct, mal compris hors d’Amérique, entre le premier et le deuxième amendement qui garantit le « droit de garder et porter des armes ». La défense du port d’arme n’est pas une fascination macho-facho pour les flingues : pour l’alt-right, et bien des Américains, y compris des groupes d’autodéfense de Noirs, pouvoir se défendre personnellement, en citoyen, va de pair avec le fait de pouvoir s’exprimer librement. Un citoyen libre ne peut pas faire confiance à un État anarcho-tyrannique.

Le militant d’extrême droite Richard B. Spencer, Gainesville (Floride), octobre 2017. 32 33 © Joe Raedle/Getty Images/AFP
Le militant d’extrême droite Richard B. Spencer,
Gainesville (Floride), octobre 2017. 32 33
© Joe Raedle/Getty Images/AFP

Vers la séparation

Alors qu’on voit surtout l’exportation du politiquement correct progressiste des campus américains vers nos universités, l’alt-right a au moins réussi à exporter une idée en Europe : la liberté d’expression n’a de sens que si l’individu, dans une démocratie, possède aussi le droit et le pouvoir de défendre cette liberté. L’internationale blanche invoque un droit reconnu par le préambule de la Déclaration universelle de 1948, mais laissé de côté par le droit international : le droit naturel des citoyens à la résistance contre l’oppression et la tyrannie, dont les lettres de noblesse se trouvent à la fois chez saint Thomas d’Aquin et chez les théologiens calvinistes de la Réforme. Dans cette conception, l’alt-right n’est pas « séditieuse » : elle est une juste résistance contre un État qui est lui-même séditieux, car il refuse de défendre le contrat naturel qui le lie au peuple « originel » dont il a la charge. L’État est l’ennemi et il faut lui résister pour, en recours final, se « séparer ».

Cet argumentaire gagne du terrain en Europe où, pourtant, le rapport État-nation est différent : en France, où l’État reste sacro-saint ; en Allemagne où la notion de Volk prime sur la notion, juridique, d’État ; au Royaume-Uni, où c’est le Parlement et non l’État qui est au centre de la politique. Mais le dénominateur commun entre les identitaires des différents pays est bien d’instrumentaliser la « séparation », selon différents scénarios : la « remigration » des populations allogènes, la dénationalisation, le séparatisme ethnopolitique de la Hongrie et de la Pologne.

Née sur le terreau d’une rhetorical democracy qui donne toute liberté à la parole et à la délibération publique, l’alt-right est en train d’inventer une idéologie postmoderne et transatlantique. Née aux États-Unis, elle gagne du terrain en Europe et pourrait bien s’avérer un puissant vecteur de mobilisation politique au milieu du XXIe siècle.

Suprémacistes

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[1]. Les Proud Boys, littéralement les « garçons fiers », estune organisation d’extrême-droite, exclusivement masculine, pas rétive aux actes de violence, qui prétend défendre les « valeurs occidentales » sans imposer de distinction de race ou de religion à ses membres. Elle a été lancée pendant la campagne présidentielle de 2016 et a appuyé la candidature de Donald Trump.

[2]. Traduction de l’auteur.

Les fronts de l’islamo-gauchisme

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«Moi je pense que l’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble, et que l’université n’est pas imperméable, l’université faisant partie de la société», a déclaré Frédérique Vidal sur CNews. En effet, les dérives militantes dénoncées par la ministre dans l’enseignement ou la recherche ne sont qu’un élément d’une stratégie plus globale inquiétante pour le modèle français. L’analyse de Renée Fregosi.


La ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche manifestait il y a peu sa prise de conscience d’un phénomène inquiétant. « L’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble et l’université n’est pas imperméable » disait-elle dans une interview télévisée. Depuis, la polémique enfle et la confusion s’accroît. 

La situation est complexe en effet et l’intervention de Madame Vidal, même si elle est bienvenue, ajoute un peu de difficulté à sa bonne compréhension.

 

Il s’agit d’abord de bien définir l’islamo-gauchisme dont certains de ses tenants dénient l’existence même. Ensuite, il convient de resituer ce phénomène politique dans son contexte idéologique plus vaste, où s’articulent divers discours et mouvements jouant sur différents registres convergents. Par ailleurs, il faut souligner le fait que l’Université et la Recherche ne constituent qu’un des champs d’action de ces groupes militants. Enfin, signalons que le niveau de pénétration de toutes ces idéologies dans le monde universitaire varie selon les disciplines et les établissements.

Une réalité

Le terme islamo-gauchisme est un néologisme formé à partir de deux mots : l’« islamisme » qui désigne une idéologie appartenant à plusieurs mouvements politico-religieux visant par des moyens divers (pacifiques et violents) à imposer un modèle de société de type totalitaire reposant sur une conception intégriste de l’islam ; et  le « gauchisme » qui, défini à l’origine par Lénine comme « la maladie infantile du communisme », désigne depuis différentes formes de dérives idéologiques de gauche minoritaires (avant-gardistes, spontanéistes, populistes…). 

Quelle que soit donc l’origine du mot, l’islamo-gauchisme est bien une réalité politique. Il s’agit d’une certaine gauche qui fait sciemment ou involontairement le jeu des islamistes dans leur combat contre tout ce qui en Occident contribue à l’émancipation des individus et notamment des femmes : l’humanisme, la libre pensée, la libre disposition de son corps, la laïcité, la démocratie.

A lire aussi: Madjid Messaoudene: un drôle de militant contre « l’islamophobie »

Cette alliance islamo-gauchiste, objective ou stratégique, qui n’est pas une première dans l’histoire, est soutenue aujourd’hui par la montée en puissance d’un courant idéologique polymorphe que l’on peut globalement désigner comme la « cancel culture » venue d’Amérique du Nord. Dans cette stratégie « du bâillon » visant à réduire au silence, l’ennemi est incarné par les blancs (sans majuscule) et plus précisément les mâles blancs, les occidentaux colonialistes, les chrétiens, les Juifs, les athées, les hétérosexuels dominants, les esclavagistes, les réactionnaires, les impérialistes…

Selon les groupes divers qu’on peut classer dans le mouvement islamo-gauchiste, la tactique commune consiste à inverser la charge de la preuve en se victimisant pour agresser les ennemis désignés, la violence verbale versant à l’occasion dans la violence physique pouvant atteindre le stade du lynchage et même de l’attentat terroriste (pour les islamistes).

Une stratégie très complète

La stratégie quant à elle s’organise sur trois fronts. D’une part, l’entrisme consiste à infiltrer les organisations de la société civile (syndicats, associations loi 1901, ONG et partis politiques) et les institutions (administrations, haute fonction publique, universités, magistrature voire forces armées), par une présence plus ou moins massive et surtout par la prise en main de postes de direction et de pouvoirs. D’autre part, l’hégémonie culturelle vise à gagner une influence dominante dans tous les domaines des arts et de la culture, de l’enseignement et de la communication. Enfin, la domination des esprits et des corps procède par la culpabilisation, l’intimidation, la pression, la menace et va jusqu’à la confrontation violente.

Vikash Dhorasoo et une vingtaine de militants antiracistes recouvrent d'un voile noir la statue du maréchal galliéni, héros de la Première Guerre mondiale et administrateur colonial français, Paris, 18 juin 2020. © J. Radcliffe/Getty Images/AFP
Vikash Dhorasoo et une vingtaine de militants antiracistes recouvrent d’un voile noir la statue du maréchal galliéni, héros de la Première Guerre mondiale et administrateur colonial français, Paris, 18 juin 2020.
© J. Radcliffe/Getty Images/AFP

On a vu ainsi se multiplier les réclamations et les actions contre des pratiques occidentales comme notamment la mixité des sexes dans les espaces publics, la liberté d’expression orale et écrite, la non-discrimination selon des critères racialistes ou religieux. On assiste de plus en plus à la remise en cause verbale ou violente de faits historiques (l’esclavage séculaire d’Africains, de Slaves et d’Européens par les empires arabes et ottoman), de statues (Colbert, Schœlcher) et de commémorations (Napoléon). Les réécritures et réinterprétations d’œuvres classiques comme l’opéra Carmen ou le ballet du Lac des cygnes sont à l’ordre du jour, ainsi que l’empêchement physique de représentations comme les Suppliantes d’Eschyle, mais aussi la réécriture d’ouvrages de littérature pour enfants comme Le club des cinq ou Martine.

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Le règne du politiquement correct devient vraiment problématique

C’est dans ce contexte qu’il convient donc de replacer les dérives militantes au sein des universités et des organismes de la recherche scientifique. Le milieu universitaire et de la recherche se trouve en effet trop souvent soumis à la domination de clans, et son niveau scientifique affaibli par les règlements de compte où se croisent combats idéologiques et rivalités de personnes. Ignorant la distinction subtile entre « le savant et le politique » que faisait Max Weber dont les disciples de Pierre Bourdieu se revendiquent pourtant, nombre d’entre ceux-ci ont désormais pris le pouvoir dans plusieurs disciplines de sciences sociales (sociologie, anthropologie, science politique) et sont devenus également très puissants en histoire et dans les sciences humaines et artistiques. Ils y font régner le politiquement correct anti-occidental et la novlangue intersectionnelle, et cooptent enseignants et chercheurs selon des critères tout autant sinon davantage idéologiques que scientifiques. 


Car ces groupes idéologisés dominent désormais la plupart des instances décisives: de nombreuses commissions du CNU (Conseil National des Universités) et la CPU (Conférences des Présidents d’Universités), ou encore la direction du CNRS et plusieurs de ses commissions, et jusqu’au HCERES (Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) qui pour être « indépendant » n’en est pas moins concerné lui aussi. Certes les sciences dites « dures » sont pour l’instant moins touchées par ce phénomène (même si en médecine et santé publique notamment, le complexe de l’homme blanc se fait de plus en plus sentir, traquant volontiers la dimension « coloniale » dans le secteur des maladies infectieuses émergentes, par ex « médecine tropicale »). C’est donc sans doute parce qu’elle vient du champ de la biochimie que la ministre Frédérique Vidal connaît mal le phénomène qu’elle dénonce maladroitement depuis peu. Au demeurant, ces dérives militantes au sein des milieux universitaires et culturels, et ces idéologies différencialistes, racialistes, néo-féministes victimaires, séparatistes et islamo-gauchistes constituent un véritable problème politique à traiter comme tel.

Il en va du niveau scientifique de notre enseignement et de notre recherche, ainsi que de notre avenir commun dans une république universaliste.

Français encore un effort... pour rester laïques !

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«Le cas du Dr Laurent»: quand le cinéma des années 50 faisait du féminisme intelligent

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Le Cas du Dr Laurent de Jean-Paul Le Chanois, cinéaste humaniste qui eut son heure de gloire dans les années 50, mérite le détour par une certaine audace dans le sujet.


Arte a la très bonne idée de programmer Le Cas du Dr Laurent de Jean-Paul Le Chanois (1957), l’un des cinéastes plutôt mal-aimés à l’époque par les critiques des Cahiers du cinéma, les futurs auteurs de la Nouvelle-Vague. Il est vrai que le sujet du film, œuvre à thèse sur l’accouchement sans douleur, avec Jean Gabin dans le rôle du docteur Laurent, Nicole Courcel dans celui de Francine, une jeune femme enceinte et Sylvia Monfort jouant Catherine Loubet, une épouse traumatisée par son accouchement difficile, ne me semblait pas très engageant a priori.

Mais dès les premières minutes montrant l’arrivée nocturne du docteur Laurent à Saint-Martin, petit village de montagne dans les Alpes-Maritimes, où il vient remplacer le vieux médecin Bastide, nous sommes séduits par la beauté des plans, la rigueur des cadres et la lumière contrastée magnifique orchestrée par l’immense chef opérateur Henri Alekan.

Un Gabin au sommet de sa forme

Jean Gabin est très crédible en médecin, ferme et doux, il gomme plusieurs aspects de son jeu, certains de ses tics et livre une belle performance d’acteur somme toute très moderne. Nicole Courcel, belle et lumineuse Francine, joue une jeune femme libre et droite. Abandonnée par son amant, elle est enceinte. Sylvia Monfort est excellente en mère souffrante et blessée. Le Docteur Laurent, conscient que la véritable vocation des médecins est de soigner les gens en faisant confiance à la responsabilité de ses patients et à la recherche médicale va proposer lors d’une conférence d’instruire tous les villageois qui le souhaitent à la pratique de l’accouchement sans douleur pour en finir avec la fatalité de la souffrance des femmes. Il va se heurter à bien des préjugés, orgueils et autres rivalités ainsi qu’au Conseil de l’Ordre.

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Pour faire passer cette thèse austère, Jean-Paul Le Chanois se révèle un virtuose attentif dans la description du village montagnard et de ses habitants. Il recrée avec précision la rudesse des lieux, leur beauté mais aussi l’atmosphère d’enfermement dans laquelle chaque individu observe l’autre avec son lot de cancans et de jalousies. Cependant, dans cette vision de la France paysanne des années cinquante, ce qui surprend le plus, c’est une certaine liberté de ton comme celle de Nicole Courcel qui rejette avec fermeté et bienveillance le père de son enfant, individu faible et falot et qui finit pas se faire accepter par tous les habitants du village.

Les femmes à l’honneur

Les femmes ont le beau rôle dans le film, tandis que plusieurs hommes dont les docteurs composants le Conseil de l’Ordre des Médecins – excepté  René Vanolle, le vieux médecin de la vallée voisine qui défend son collègue – sont figés, rigides. Elles font bloc, en refusant qu’on décide à leur place. Certes, si le film n’est pas exempt d’une certaine naïveté par moments, Jean-Paul Le Chanois signe une œuvre généreuse et humaniste tournée dans une France rurale, en même temps qu’une ode à la grandeur des femmes.

Les Cas du Dr Laurent de Jean-Paul Le Chanois – France – 1957 – 1h50
Le 22 février, à 22H30 sur arte.
Visible sur ARTE.TV en replay et en DVD chez Coin de Mire cinéma.

Le Cas du docteur Laurent

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Islamo-gauchisme: la ministre de l’Enseignement supérieur s’en est pris à plus fort qu’elle

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Le crime et la faute de Frédérique Vidal? Elle a osé s’attaquer à l’islamo-gauchisme qui gangrène nos universités! Tous les compagnons de route de cet inquiétant courant lui tombent dessus. En Une de Libération, la malheureuse ministre est accusée d’avoir « perdu ses facultés »


Quand on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend, on pense ce qu’on pense. Voyons donc. Les chaires d’études décoloniales se multiplient dans nos établissements d’enseignement supérieurs.

On y étudie le cas de l’homme blanc condamné sans appel et pour toujours pour esclavagisme, colonialisme et racisme. Les siècles ont passé mais peu importe. Le « privilège blanc » est assuré de son immortalité !

Dans ces chaires on peut passer un doctorat. Nous nous autorisons à imaginer l’intitulé de certaines thèses. Deux exemples. Comment expliquer pourquoi Sartre a dit « un Européen mort est un Européen libre » ? Il y a mieux plus près de nous. « Expliquer comment la mort d’Adama Traoré a contribué à conscientiser les populations racisées ».

Gilles Kepel réactionnaire?

Voyons encore. Pour pénétrer dans une université il faut montrer patte blanche (patte noire serait plus appropriée…). Sylviane Agacinski y est interdite parce qu’elle a émis des réserves sur la PMA et le décolonialisme. Rokhaya Diallo y est accueillie avec enthousiasme: les étudiants, blancs pour la plupart, raffolent qu’on leur dise qu’ils sont coupables des méfaits de leurs ancêtres.

Le voile de Maryam Pougetoux, responsable de l'UNEF ©STR / AFP
Maryam Pougetoux, responsable de l’UNEF © STR / AFP

Écoutons maintenant. Écoutons les appels de détresse d’un professeur de Nanterre qui a été insulté puis frappé pour avoir dénoncé le fait que des étudiants musulmans avaient transformé un local universitaire en salle de prière. Sa hiérarchie, c’est-à-dire la présidence de l’université, a refusé de le soutenir : elle ne voulait pas d’histoires. 

Écoutons aussi ce que m’a dit la fille d’une amie. Elle est étudiante à Paris Diderot. La question de l’Islam la passionne et elle se rend de temps en temps à Normale Sup’ pour y suivre les cours de Gilles Kepel. Ce dernier est sans conteste le meilleur de nos islamologues.

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Mais comme il ne s’est pas prosterné béatement devant le Coran, et qu’il ne croit pas que le voile soit un instrument de la libération de la femme, il a été estampillé « réac ». S’approcher de lui c’est donc prendre le risque d’être contaminé. C’est pourquoi l’étudiante se rend à Normale Sup’ en cachette, en catimini, en secret. Elle m’a expliqué pourquoi. « Si mes camarades apprenaient que je suis les cours de Kepel, je serai identifiée comme étant de droite. Et donc socialement morte. ».

Fredérique VIdal accusée de voir ce qu’elle voit!

Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, sait tout ça et encore plus. Elle voit ce qu’elle voit et entend ce qu’elle entend. Elle pense donc ce qu’elle pense et a demandé au CNRS de mener une enquête sur la pénétration de l’islamo-gauchisme dans les universités.

La malheureuse ! S’adresser au CNRS qui lui-même est acquis à l’islamo-gauchisme équivaut à lui demander d’enquêter sur lui-même. La réponse n’a pas tardé : le CNRS s’est drapé dans une posture d’indignation et a envoyé promener la ministre. Cet organisme a été aussitôt suivi par la Conférence des présidents d’universités. 

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Ceux-ci ont vigoureusement rejeté l’initiative de Frédérique Vidal. Ce qui ne veut pas dire qu’ils soient tous acquis à l’islamo-gauchisme. Mais par soumission, par sympathie parfois et pour éviter toute agitation ils s’en accommodent. Du temps du communisme on appelait ça les compagnons de route.

Une ministre dans la tourmente peu soutenue

Quatre-vingt-dix ans après nous voilà revenus au temps de La Trahison des Clercs de Julien Benda. Il dénonçait les intellectuels qui s’étaient jetés dans les bras du fascisme et du communisme. Aujourd’hui l’islamo-gauchisme a pris leur place. Selon un dicton bien connu le poisson pourrit toujours par la tête.

PS : Libération s’est joint à l’hallali contre Frédérique Vidal. Ayant constaté que la bête était quasiment morte, en tout cas à l’agonie, le journal a titré en Une : « Frédérique Vidal perd ses facultés ». Ni le président de la République, ni le Premier Ministre n’ont jugé bon de la soutenir. Eux non plus ne veulent pas d’histoires…

Et c’est le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, qui a planté le dernier clou dans le cercueil de la ministre de l’Enseignement supérieur avec cette déclaration : « le Président est avant tout attaché à l’indépendance des universités ». Tout est dit.

#Metoo: On y passera tous!

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Paris, février 2021 © Niels Williamson

D’Éric Brion à Patrick Poivre d’Arvor, voilà bientôt quatre ans que le mouvement #MeToo cherche à remplacer la justice – certes imparfaite – par des jugements sommaires sur les réseaux sociaux, amplifiés par les médias.
Phénomène nouveau, initié par le #MeTooGay, les mouvements misandres pratiquent à présent la chasse aux sorcières dans leur propre camp…


D’une parole inélégante au plus odieux des crimes, avec ou sans preuve et dans une grande confusion, tout allié est à présent soumis au crédo de la « cancel culture ». Que celui dont les péchés n’ont jamais été exposés sur les réseaux sociaux me jette la première pierre et qu’ainsi débutent nos entre-lapidations !

Les militants de gauche et les personnes LGBT ne sont donc plus épargnés et leur sacrifice permet, au contraire, aux eugénistes de la vertu, de purifier leurs rangs. À ce titre, la première victime du #MeTooGay semble idéalement choisie par son camp: Maxime Cochard, figure emblématique des jeunesses PCF, homosexuel et libertin assumé, siégeant aux côtés d’Hidalgo au Conseil de Paris.

On ne veut plus d’autres Guillaume Tran Thanh

Son affaire, que je m’apprête à commenter, est récente, sensible, et son dénouement tragique m’oblige à un préambule : je suis, comme tout être doté d’empathie, bouleversé par l’ultime geste de désespoir commis par l’accusateur dont il sera question. Et c’est précisément pour cette raison qu’il me semble y avoir urgence à élever la voix, avec la volonté ferme qu’il n’y ait pas d’autres Guillaume Tran Thanh.

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Le 21 janvier, cet étudiant âgé d’une vingtaine d’années accuse, sur Twitter, Maxime Cochard, de viol. Rien dans ses allégations ne permet légalement de caractériser les faits (il n’évoque ni violence, ni menace, ni contrainte, ni surprise). L’élu communiste et son conjoint auraient profité de la vulnérabilité de ce garçon, l’hébergeant tandis qu’il confessait les admirer puis s’arrogeant, sous ces deux motifs (matériel et affectif), les faveurs de son intimité.

Le ghosting n’a rien d’illégal

Deux jours plus tard, un article paru dans Le Parisien cède la parole à Maître Fanny Colin, l’avocat saisi par Maxime Cochard et qui aurait eu accès aux conversations privées entre les parties. Ces dernières révéleraient au moins dix rencontres, consenties, puis suivies de messages envoyés par Guillaume, tous restés sans réponse, pour souhaiter à l’élu un bon anniversaire, une bonne année, ou encore solliciter un stage à ses côtés. L’idée du viol (déjà curieuse pour des libertins peu avides de contraintes) s’étiole sérieusement et il semble plutôt question d’un amour déçu. Certes, le conseiller de Paris a pu profiter de son aura pour séduire l’étudiant ; certes, l’usage du ghosting (dont nous nous garderons de trouver un équivalent français) est d’une absolue grossièreté, mais rien ici n’apparaît juridiquement condamnable.

Qu’importe, pourtant, ces révélations arrivées deux jours trop tard. Le PCF et la Mairie du XIVème ont, sans délai, exigé de Maxime Cochard qu’il se mette en retrait de ses fonctions. Et que ce dernier dépose plainte pour diffamation n’y changera rien, Twitter a déjà rendu son verdict, où vingt mille appels à la haine ont déchiqueté sa carrière. Sa mise au ban n’est toutefois pas la conclusion de cette sordide affaire puisque, quelques semaines plus tard, Guillaume Tran Thanh est retrouvé pendu dans sa chambre de Nanterre. Le voilà, le cruel dénouement, qui, loin de calmer l’acharnement des masses envers un accusé – jusqu’ici innocent – en nourrit le flot trépidant.

Le prix trop élevé du quart d’heure de gloire warholien

Pour Guillaume, comme pour tout plaignant qui choisit de s’exposer à #MeToo, Twitter confère un instant le statut sacré de victime, démultiplie le nombre de followers et délivre quantité de messages d’amour anonymes. Le quart d’heure de gloire warholien exulte, mais le prix à payer peut s’avérer bien lourd une fois l’enthousiasme retombé. Et si personne ne peut pointer avec certitude les motifs du garçon – des séquelles d’un viol, subi en 2018, à la récente ampleur prise par l’affaire, sur les réseaux sociaux – il apparaît aujourd’hui indispensable que la question soit posée.

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À l’heure où le #MeTooGay vient de faire voler en éclats l’union sacrée entre les mouvements misandres et les milieux LGBT [tooltips content= »Les mouvements misandres et LGBT militent habituellement pour les mêmes causes et évitent de s’entre-déchirer. Ainsi se sont-ils façonné un ennemi commun: le mâle blanc hétéro cisgenre. Avec l’accusation de Maxime Cochard, cette union sacrée vole en éclats NDLR »](1)[/tooltips] ; à l’heure où s’y substitue l’alliance nouvelle des néo-puritains de gauche et des moralisateurs de droite ; à l’heure où un simple tweet peut coûter ses fonctions à un élu ; à l’heure, enfin, où de jeunes plaignants se brisent la nuque au cœur d’un campus universitaire, il ne me semble plus galvaudé d’imaginer que nous y passerons tous.

Les fameux trains du « progrès » nous conduisent vers un monde où nous devrons tous un jour nous voir accusés, haïs, honnis par les foules et ces machines infernales que sont les réseaux sociaux. Et chacun y perdra ce qu’il a de plus précieux, son métier, sa famille, puis peut-être même jusqu’à la vie. Des solutions existent pourtant qui permettraient de freiner leur course : la justice, dont découle la présomption d’innocence ; puis, au prochain aiguillage, une remise à jour de l’amour entre les êtres. Cette voie, je crains toutefois que nos adversaires ne l’empruntent pas, préférant réduire l’amour à ses orgasmes et le désir au consentement.

Le club des membres sans membres

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David Openshaw et sa femme Janine. Photo: D.R.

Les « transabled » sont des personnes convaincues qu’elles devraient être invalides et qu’une partie de leur corps ne leur appartient pas. Analyse d’un nouveau phénomène.


Vous avez le sentiment que le corps dans lequel vous êtes né n’est pas celui que vous auriez dû avoir ? Ce phénomène constitue le fondement de ce qu’on appelle la dysphorie de genre, ce trouble qui incite adolescents et adultes à faire modifier radicalement leur anatomie par la chimie ou la chirurgie. Maintenant, après les transgenres, place aux « transabled » (comme on dit en anglais par analogie avec disabled, « handicapé »). Ces personnes souffrent de ce qu’on appelle le « trouble identitaire de l’intégrité corporelle », en anglais la « Body Integrity Dysphoria ». Elles sont convaincues qu’elles devraient être invalides et qu’une partie de leur corps ne leur appartient pas. Du Canada à l’Australie, de l’Écosse au Japon, le monde médical découvre de plus en plus de cas de ce trouble, probablement d’origine neurologique. D’ici un an, il fera son entrée dans la « Classification internationale des maladies » publiée par l’OMS. Les « transabled » ressentent un besoin insistant de devenir aveugles, manchots ou unijambistes. Ils ont recours à des prothèses et béquilles pour convaincre les autres et se convaincre eux-mêmes qu’ils sont handicapés. En 1997 et 1999, un chirurgien écossais a même vraiment amputé d’une jambe un Anglais, puis un Allemand. Depuis, les autorités hospitalières ont interdit de telles interventions. D’autres malades tentent de se mutiler pour obliger un chirurgien à intervenir. En 2009, l’Australien David Openshaw a trempé une de ses jambes dans de la neige carbonique : devenu septique, le membre a dû être amputé. Les « transabled » se comparent aux handicapés et aux transgenres, mais rencontrent une grande résistance de leur part. Aux yeux des handicapés, ils accaparent des ressources et idéalisent la dure réalité de la vie d’invalide. Les transgenres qui ne veulent pas être considérés comme des malades rejettent l’association avec cette nouvelle pathologie. Le vivre-ensemble entre minorités peut parfois se révéler dysphorique.

Kafka et Michaux au temps du « stop and go »

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La philosophe Claire Marin © Photographe : Hannah Assouline

Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.


« Autrefois, quand la Terre était solide, je dansais, j’avais confiance. À présent comment serait-ce possible ? On détache un grain de sable et toute la plage s’effondre, tu sais bien », se désolait Henri Michaux dans Lointain intérieur en 1948, texte dans lequel il pousse le plus loin son angoisse devant une vie quotidienne devenue illisible. Cette impression d’un réel fuyant, ce sentiment d’évoluer dans une réalité parallèle rend assez exactement l’état d’esprit des Français confrontés à un monde remodelé par une pandémie qui fête son premier anniversaire et efface tous nos repères. Au point qu’on commence à s’inquiéter de l’état psychique de la population ballottée de confinements en déconfinements, de conférences de presse en couvre-feux. Ce constat était ainsi résumé, à la fin du mois de décembre dernier par Les Échos : « La crise sanitaire et le confinement au niveau mondial ont très fortement accentué les risques dépressifs. En France, la souffrance psychologique atteint des sommets parmi les populations les plus exposées. Un Français sur cinq a sérieusement envisagé de se suicider. »

En matière d’impossibilité à se projeter dans l’avenir, par exemple, on trouve des accents prophétiques dans l’œuvre de Kafka où nombre des personnages restent englués dans un présent perpétuel, comme le narrateur du Terrier, un texte posthume de 1931. Celui qui parle dans Le Terrier ne sait plus s’il est une bête ou un être humain et se sent traqué par un ennemi invisible. Finalement, c’est l’angoisse qui le pousse à exercer sa violence d’abord contre lui-même dans cet espace désespérément clos : « Je le sais fort bien, et même maintenant, à l’apogée de ma vie, je n’ai pas une minute de réelle tranquillité : à l’endroit où se trouve cette mousse sombre, je suis mortel, et je vois souvent dans mes rêves un museau qui ne cesse de renifler avidement alentour. » Avant d’ajouter : « C’est donc avec mon front que des milliers de fois, pendant des jours et des nuits, je me suis jeté contre la terre ; j’étais si heureux quand j’avais le front en sang, car c’était la preuve que la paroi commençait à être solide. » On recherche un abri contre un péril, mais cet abri se transforme en piège peut-être encore plus dangereux. Et cette « paroi » kafkaïenne qui blesse et protège à la fois devient la métaphore saisissante de ces écrans qui ont envahi nos vies et dont la philosophe Claire Marin, dans Le Monde, montre toute l’ambiguïté : « Ce que nous avons découvert, c’est que notre vie n’est pas un fond d’écran sur lequel nous pouvons ouvrir une multitude de fenêtres en même temps. Ce à quoi le virtuel nous laisse croire, l’expérience réelle l’a assez brutalement contredit. »

"Plume précédé de Lointain intérieur"

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« Grease » au banc des accusés!

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"Grease" (1978), film de Randal Kleiser © Cover Images/SIPA Numéro de reportage: SIPAUSA31478722_000010

Quand l’idéologie woke continue ses ravages jusqu’au ridicule, Sophie Bachat défend bec et ongles la belle tradition cinématographique du teen-movie


2021 sera-t-elle l’année du triomphe définitif de l’idéologie woke ? En effet, après les Aristochats, L’odyssée, la réécriture des pièces de Molière en partenariat avec la Comédie Française, la purge continue avec le film culte Grease, accusé, je vous le donne en mille, de misogynie et de promotion de la fameuse culture du viol. Les antiennes désormais habituelles.

Quand la Carte du Tendre ado devient une apologie du viol…

Les pythies du nouvel ordre moral ont déversé des flopées de tweets plus ineptes les uns que les autres, comme à l’accoutumée. « La promotion de la culture du viol et de la soumission de la femme, puisque Sandy Olsson (Olivia Newton-John) devra changer son look et sa personnalité. »

Olivia Newton-John eut une réaction pleine de bon sens face à ses accusations, dans le podcast australien Life of Greatness : « C’est un film musical joyeux qui n’est pas censé être pris au sérieux. Je pense que tout le monde prend tout trop au sérieux, nous devrions nous détendre et profiter des choses pour ce qu’elles sont ». Mais le bon sens n’est plus de ce monde.

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Si ces néo-féministes  avaient un tant soit peu de culture, ou même une once de curiosité, elles se seraient aperçues que dans la fameuse danse/parade amoureuse de la fin, si Sandy/Olivia troque effectivement sa tenue de jeune fille sage contre une panoplie de pin-up, Danny-Travolta fait de même en sens inverse en arborant un gilet à la place de son blouson de cuir noir. Cela s’appelle de la séduction, mais il est vrai que selon la nouvelle Carte du Tendre, les femmes qui séduisent des hommes sont des complices du patriarcat, (des « collabites » comme elles disent sur les réseaux sociaux), et les hommes qui séduisent des femmes de potentiels violeurs.

Banalisation de comportements sexistes?

Cependant, la cerise sur l’indigeste gâteau woke se trouve dans le très mainstream media en ligne AuFéminin.com, destiné aux ménagères internautes de moins de cinquante ans, qui nous gratifie d’un article qui déconstruit ce film culte, le tout en écriture inclusive. Cela est digne des Inrocks : « A y regarder de plus près, Grease pourrait bien véhiculer des messages problématiques, allant jusqu’à banaliser des comportements sexistes sans jamais vraiment les remettre en question. En somme un sacré coup de vieux pour ce film de notre enfance reflet de toute une époque. »

Nous sommes définitivement entrés dans une nouvelle ère et nous ne sommes pas prêts d’en trouver la sortie.

Ces nouveaux censeurs gâchent et salissent tout. Les dessins animés de notre enfance, nos émois adolescents, nos éducations sentimentales et sexuelles, et même nos souvenirs de collégiens,  emprisonnés entre les pages des Petits Classiques Larousse. Nous reste comme consolation la machine à remonter le temps. En 1978, le film Grease de Randal Kleiser, adapté d’une comédie musicale qui fit un tabac à Broadway en 1972, a fait danser la planète entière. L’adolescence est une invention américaine de l’après guerre, symbolisée par James Dean, sa courte vie et sa légende. Elle prend dans les années cinquante en Amérique, toute sa dimension joyeuse et rebelle. Grease en est une célébration, un maître-étalon du teen movie (genre qui apparaîtra aux Etats-Unis dans les années cinquante) et qui obéit à des codes et des stéréotypes, comme dans toutes les histoires depuis la Grèce Antique.

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Le bad boy amoureux de la jolie fille un peu farouche, la nunuche, l’intello qui se fait harceler, la fille dessalée et un peu rebelle (formidable personnage de Rizzo), le tout dans le décorum du rêve américain d’après guerre : le drive in, le lycée où l’on n’étudie pas, le bal de promo, et en point culminant, l’inévitable course de bagnoles qui fait surgir la tension sexuelle. Cela tient du drame shakespearien, de la tragédie Antique et du music hall de Broadway. Roméo et Juliette n’est-il pas finalement le premier teen movie ? (West Side Story en est d’ailleurs une adaptation).

De La fureur de vivre à La Boum en passant par Diabolo-Menthe

En 1955 sort le film de Nicholas Ray, La fureur de vivre, qui immortalisa James Dean en t-shirt blanc et cuir noir et qui est alpha et l’omega du teen movie tragique et crépusculaire. James Dean, qui est en conflit avec le monde entier, ses parents, le lycée, et surtout le chef de bande qui fait régner la terreur, côtoie la mort de près (son meilleur ami, interprété par Sal Mineo, se fait tirer dessus par la police) et trouve la consolation dans les bras de Natalie Wood, à la fois douce et torturée. Certains critiques en ont même fait une lecture psychanalytique, car le passage à l’âge adulte se fait à travers la résolution du conflit œdipien entre le personnage de James Dean et celui de son père.

Les plus grands réalisateurs américains se sont tous essayés avec bonheur au teen movie, de Coppola en passant par George Lucas. Les années 80 en fut son âge d’or, notamment avec le film culte de toute une génération : Breakfast Club de John Hughes. En France, ce genre s’inscrit davantage dans la nostalgie et la chronique sociale avec Diabolo Menthe de Diane Kurys et bien sûr La Boum dont les gens de ma génération connaissent les répliques par coeur.

Finalement, les élucubrations des néo-féministes ont une utilité: celle de nous donner l’envie de nous replonger dans les livres, les films, les chansons d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…

Les souvenirs de viols se ramassent à la pelle

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Florence Porcel © LCHAM/SIPA Numéro de reportage : 00672823_000017

Après Richard Berry, accusé par sa fille, voici PPDA, violeur d’une ex-groupie. Le Parisien, jamais en retard d’un récit libidineux, narre dans le détail l’accusation à laquelle l’ex-présentateur de TF1 doit répondre. Que son accusatrice ait elle aussi un livre sur le gaz n’a bien entendu aucun rapport avec le soulagement soudain de sa conscience.

Tout remonte à l’automne 2004. Une étudiante ambitieuse écrit une lettre à PPDA, dont elle admire les romans, ce qui témoigne d’un goût littéraire très sûr, et y joint des extraits de ses œuvres à venir. Le présentateur finit par lui répondre, l’appelle tard le soir, et lui demande (dit-elle) si elle a un copain, et combien de fois elle se masturbe par jour ou par semaine. Des questions bien innocentes posées à 11 heures du soir, et qui ne mettent pas du tout la puce à l’oreille — ni ailleurs. C’est donc en toute innocence, figurez-vous, qu’elle se rend au rendez-vous que lui fixe un homme connu pour sa séduction, et de fil en aiguille… « J’étais vierge », déclare-t-elle. Sans doute, comme toutes les pucelles, entendait-elle le rester, c’est même pour ça qu’elle était là. « Florence Porcel affirme n’être pas parvenue à s’enfuir sous l’effet de la surprise et de la sidération, mais soutient que sa panique était clairement perceptible et qu’elle a émis des cris de douleur », écrivent Jean-Michel Décugis et Jérémie Pham-Lê. Oui, il est assez rare que ça passe comme une lettre à la poste.

« A l’époque, l’étudiante n’aurait pas pris conscience qu’elle venait de subir un viol », continuent nos duettistes. L’idée ne lui en est venue que 16 ans plus tard. Entre-temps, elle retrouve notre Don Juan en 2009, et lui taille une pipe — « non, non », dit-elle, d’autant qu’il s’agit d’une « fellation non protégée ».

C’est curieux, cette appétence soudaine pour le goût latex…

Porter plainte ? Elle y pense, dit-elle, mais y renonce, en considération du statut de star du prédateur. Elle conserve néanmoins ses messages, afin d’alimenter le roman qui vient de sortir (Pandorini, chez Jean-Claude Lattès). Un roman à clef, forcément. « Cathartique », disent les rédacteurs du Parisien, qui ont fait des études.

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Tout tient désormais à un mot — non pas « viol », mais « emprise » — je souhaite bonne chance aux juristes chargés de donner du contenu à un mot qui n’existe pas dans le Code. « [Florence Porcel] décrit un mécanisme d’emprise psychologique dans lequel elle se serait alors enferrée, un système de déni né de l’admiration qu’elle avait pour cet homme célèbre, puissant et bien plus âgé et son désir de percer dans le monde littéraire. »

Admirez comme tous les mots sont bien en place. « Emprise » chapeaute la phrase, de sorte que « déni » passe pour une preuve à charge, et qu’« admiration » et « désir » sont évacués en fin de raisonnement. Il suffirait d’inverser l’ordre pour obtenir l’effet inverse, et montrer que l’accusation d’emprise naît du déni du désir.

Mais a posteriori, quelle délectation de ré-écrire l’histoire !

Il va falloir sérieusement réviser les concepts littéraires les mieux établis. Héloïse et Abélard ? Emprise d’un éducateur sur une élève — oh comme on a bien fait de lui couper les roubignoles ! Tristan et Yseult (la blonde, pas celle qui fait de la publicité pour l’obésité morbide) ? Emprise par l’intermédiaire d’un élixir « drogue du viol » du XIIe siècle ! Roméo et Juliette, Phèdre et Hippolyte, Paul et Virginie, même tonneau : emprise, vous dis-je !

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Autrefois, on appelait ça de l’amour. Oui, mais ça, c’était avant. #MeToo est passé par là, la parole des femmes est sacrée, aucune femme ne mentirait sur un sujet pareil.

Qu’un sentiment d’horreur, voire de haine, puisse se conjuguer assez souvent au désir ne trouble pas la conscience de nos modernes accusatrices. Que Psyché se rende chaque soir chez un « monstre », que la Belle tombe amoureuse de la Bête, que Blanche-Neige soit fort aise que le Prince lui ait roulé une pelle assez énergique pour déloger le petit bout de pomme empoisonnée resté dans un plombage, ou que la princesse Aurore se soit fait réveiller sans son consentement par ce même Prince (un serial niqueur, celui-là, il est présent dans tous les contes), peu chaut désormais au chœur des demi-vierges. Elles veulent des têtes — et, à défaut, des têtes de nœud.

Quant à la part de publicité calculée, comme dans d’autres récits de viol la part de règlements de comptes, ou la part de fantasme et de souvenirs implantés, il reste à la Justice à s’en démêler. En attendant, les réseaux sociaux, peuplés de gens qui ne se font faire de gâteries que sur Pornhub, se déchaînent, et affirment péremptoirement qu’Untel est coupable, et tel autre aussi : victime, voilà un statut moderne et fashionable. Facebook ou Twitter, c’est le règne de tous les Savonarole et de tous les Fouquier-Tinville d’occasion. Vite, l’adresse de PPDA (après tout, le Parisien a bien indiqué récemment où coincer Olivier Duhamel pendant qu’il sort son chien), afin que nos exécuteurs publics sachent où lyncher l’infâme — ce qui leur sera permis seulement après avoir acheté le dernier livre dénonciateur.

Sur la masse des prédateurs supposés, il y en a un certain nombre qui sont blancs comme neige. Mais subsistera quand même la satisfaction d’avoir sali quelqu’un, ce qui permet de se sentir bien propre. On vit décidément une époque formidable.

L’ubuesque «libre pensée» de Salim Laïbi

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Salim Laïbi est un dentiste français publiant des vidéos complotistes très suivies sur internet. Image: capture d'écran YouTube.

Enquête sur le chirurgien-dentiste complotiste star de YouTube


Salim Laïbi est chirurgien-dentiste à Marseille. Entre deux détartrages, il lui arrive de se filmer en train de vilipender « les corrompus des lobbys de Big pharma » depuis son cabinet. Sa liberté d’expression se déploie aussi dans son magazine en ligne Le libre penseur. « Le terme n’a strictement rien à voir avec la libre pensée maçonnique du siècle dernier », tient à rassurer la présentation du site. En guerre contre « les élites corrompues et immorales », le magazine numérique est, crise sanitaire oblige, largement consacré à la pandemie du Covid-19. S’il milite contre les vaccins, le port du masque et a déjà appelé à « faire sécession de l’État » lors du premier confinement, il s’est précipité chez le professeur Raoult pour faire le plein de chloroquine au début de l’épidémie. Désormais, il suggère de se gaver de vitamine C pour soigner la Covid-19.

« Des pédocriminels dirigent la France ! »

Le 28 janvier, dans son émission L’info en questions accessible sur YouTube, Salim Laïbi dénonce des médias « menteurs, mythomanes pathologiques ». Raisons du courroux ? Un article de Valeurs Actuelles reprenant Le Point qui « rappelle qu’à ce jour, seul un Français a été reconnu comme appartenant officiellement au mouvement QAnon. Il s’agit de Salim Laïbi ». Pour rappel, QAnon est un vent conspirationniste qui souffle depuis les États-Unis, certains adeptes de ce mouvement voient en Donald Trump notre sauveur en croisade contre une élite satanique qui enlèverait nos enfants pour assouvir ses fantasmes les plus débridés. Se défendant d’en être un fidèle, Salim Laïbi dénonce un « article diffamatoire ». « J’ai déjà répondu sur cette affaire dans une vidéo, que souhaitez-vous savoir de plus  ? », nous a-t-il répondu par mail.

Gérald Darmanin a un dossier complet sur Laïbi et il ne fait rien. Son prédécesseur et tous les ministres de la Santé ou de la Justice étaient aussi aux abonnés absents. Cet homme est pourtant dix fois pire que Soral ou Dieudonné!

Salim Laïbi a une relation privilégiée avec le haut débit. L’usage de YouTube comme espace d’expression sans filtre fonctionne à merveille : la chaîne du réseau favori de l’activiste peut s’enorgueillir de compter près de 140 000 abonnés. Ce même 28 janvier, suite à quelques sarcasmes au sujet des médias sous les ricanements du vidéaste anti vaccin Jean-Jacques Crèvecœur, Salim Laïbi s’enflamme : « Il y a que des pédocriminels qui dirigent la France ! On peut commencer par les médias, la haute couture, les avocats, les journalistes ».

« Antisionisme » en roue libre

Une séquence qui pourrait prêter à sourire si l’on ne se penchait pas plus sur le personnage. Lauréat de la Quenelle d’or littéraire 2013, Salim Laïbi se porta candidat aux élections législatives de 2012 dans les quartiers Nord de Marseille, lors desquelles il réunit 0,8% des suffrages exprimés. Une brève parenthèse dans l’agora qu’il mit à profit pour glisser quelques quenelles lors d’un meeting avec Dieudonné et Alain Soral. « C’était juste pour mettre une quenelle, j’ai foutu mon petit chaos dans le milieu politique marseillais », plastronnera-t-il plus tard. Pourquoi tant de haine ? « Le discours de Salim Laïbi prône une « alliance des exclus » face aux « élites mondialisées et aux sionistes » qui voudraient les réduire à rien », a analysé Gilles Kepel auprès du journal Marsactu. Une stratégie qui n’est pas sans rappeler celle de Dieudonné ou d’Alain Soral.

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Suite à cette courte aventure politique, retour à YouTube. S’il a mis un peu d’eau dans son vin, Laïbi y a abondamment dérapé sur le supposé complot juif. Jadis, l’activiste nous prit à parti au regard de « 100 000 stupides décérébrés sionars qui veulent faire la guerre à tout le monde, qui pleurnichent à longueur de journée pour un truc qu’il y a eu il y a soixante ans ». Bien que d’autres sorties de la même teneur aient étrangement disparu de la toile, certaines subsistent. Encore récemment, en octobre 2019, il déplorait ce qu’il considère comme « un lobby sioniste extrêmement puissant et virulent, qui défend les intérêts de Tel-Aviv, qui veut diaboliser l’islam et les musulmans afin de continuer sa colonisation de l’autre côté ». En septembre dernier, il appelait à porter plainte contre la journaliste du Figaro Judith Waintraub par ces mots doux : « Il faut la faire condamner, c’est une racaille de la caste des journalistes sionistes, vous voyez son patronyme c’est une sioniste convaincue qui est là pour déstabiliser la France, ce sont des agents de subversions, des Sayanims point à la ligne ».

« Les patronymes sionistes ça n’existe pas, c’est un discours clairement antisémite », commente sobrement l’intéressée, par ailleurs victime de menaces de mort sur Twitter. « Deux des auteurs ont été retrouvés, l’un a été condamné à du TIG, l’autre passera en procès le 4 mars », prévient-elle.

Appels à la sécession 

Débarqué à Marseille depuis l’Algérie durant son adolescence, Salim Laïbi a opté pour la naturalisation française. Cependant, il suit toujours de près la politique de son pays d’origine. A l’automne 2019, en pleine grogne algérienne, Saïd Sadi, cofondateur du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), parti laïque d’opposition algérienne, est violemment apostrophé par Laïbi qui le poursuit dans les rues de la cité phocéenne. La scène a des airs de harcèlement. Motif ? Le septuagénaire serait tenté de récupérer le « hirak »[tooltips content= »Nom donné à une série de manifestations qui ont lieu depuis le février 2019 en Algérie déclenchée par la décision d’Abdelaziz Bouteflika à se présenter à un cinquième mandat présidentiel »](1)[/tooltips] -lors duquel moult drapeaux algériens ont fleuri. Saïd Sadi a longtemps milité pour la défense des droits de l’homme, la « berbèritude » et fut candidat aux élections présidentielles algériennes de 1995 et 2004. Il a porté plainte le jour même contre Salim Laïbi mais il n’a pas souhaité répondre à nos questions. Pour comprendre le positionnement de Salim Laïbi sur la politique algérienne, rappelons qu’ il y a quelques années il a déclaré que « le drapeau algérien est un drapeau maçonnique ». « Salim Laïbi vient d’une famille de la haute bourgeoisie algérienne, il est le neveu de Kasdi Merbah, qui a été le directeur de la sécurité militaire pendant plus de dix ans. Quand il vient nous faire croire qu’il est pour le hirak algérien alors que toute sa famille fait partie du système, ça me met hors de moi ! » tempête au bout du fil Gamal Abina, journaliste et militant associatif.

En mars 2019 Lors d’une émission de radio sur France Maghreb 2, ce dernier a eu un échange houleux avec le YouTubeur. Raison des tensions ? Un ouvrage auto-édité dénommé Ils aiment l’Islam, où le dentiste se réfère à des Occidentaux qui auraient loué la religion de Mahomet, parmi lesquels des personnages aussi divers que Voltaire, Lamartine, Diderot, Victor Hugo, Arthur Gobineau, Léon Degrelle ou un certain Adolf Hitler. « Salim Laïbi a sciemment cité des nazis et des néo-fascistes pour défendre l’islam. Et ça ne le gêne même pas », estime Gamal Abina. L’introduction du livre, elle, écorche notamment les « laïcistes athégristes (très souvent sionistes) »[tooltips content= »Salim Laïbi, Ils aiment l’Islam, page 30″](2)[/tooltips]. Guère rompu à la promotion de la laïcité, son auteur déplora jadis la déchristianisation : « C’est l’État, la Franc-maçonnerie, la Révolution, ils ont réussi, c’est Diderot, Ernest Renant, Montesquieu, Voltaire, toute cette racaille, toute cette enflure de Francs-maçons, tous ces dégénérés ont réussi à extirper Dieu du cœur des gens ».

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Depuis les débuts de son activisme, Salim Laïbi semble envoûté par la confrérie : « On peut dire, sans prendre le risque de trop se tromper, que toutes les grandes affaires et scandales qu’a connus la France sont d’inspiration maçonnique. À quand une dissolution de cette secte maléfique ? », écrivait-il il y a neuf ans dans les colonnes du Libre Penseur. Interrogé sur ce point par Causeur, il nous a confirmé dans une vidéo souhaiter toujours la dissolution de la franc-maçonnerie. Quelle peut être la motivation de Laïbi dans ce militantisme ? Pour Omar Djellil, ancien secrétaire général de la mosquée At-Taqwa et président de l’association Présence citoyenne à Marseille « Salim Laïbi incarne l’échec du gouvernement à lutter réellement contre le séparatisme et le radicalisme islamiste ». Une hypothèse plausible : à l’affût de toutes les chapelles, l’activiste est apparu au printemps dernier affublé d’un gilet jaune et une scie à la main, clamant « préparer les échafauds […] car des têtes vont tomber ».

Silence radio des autorités

Depuis plusieurs années, le chirurgien-dentiste « drague » à sa façon les musulmans qu’il n’estime pas assez séparatistes à son goût : « En France, si l’islam existait, ça se verrait tout de suite, mais alors là tout de suite ». Et il n’est pas avare de déclarations équivoques : « Déjà, je m’étonne de la survie d’un BHL. Il serait pas vivant BHL, il aurait été assassiné […] Par exemple, je dis ça mais c’est pas la solution hein, mais par exemple, Charlie Hebdo aurait brûlé avec Val à l’intérieur », lança-t-il lors d’une conférence qui a eu lieu avant même l’attentat meurtrier contre l’hebdomadaire satirique. Selon nos informations, le défenseur actuel de Salim Laïbi n’est pourtant autre qu’Hakim Chergui, avocat dans plusieurs dossiers du CCIF aujourd’hui dissous. Adepte de vidéos, le dentiste est aussi gourmand de tribunaux, un péché mignon favorisé par les dons de ses fidèles.

Quelques jours après l’attentat contre Charlie-Hebdo, son ancien comparse Alain Soral tapa sur sa page Facebook : «  On ne l’entend plus le dentiste obèse. Il n’appelle plus au djihad anti-gaulois. C’est pourtant sa ligne depuis des mois ». Une vanne qui n’a pas du tout fait rire l’intéressé, lequel se vengea en utilisant l’arme juridique. Il obtint gain de cause et fit condamner le cofondateur d’Égalité et Réconciliation à lui verser une amende de 2000 euros pour diffamation. Mais ça ne marche pas toujours. En 2017, lui-même a été condamné par le tribunal de grande instance de Paris pour avoir porté atteinte à la vie privée de la compagne de Dieudonné. Néanmoins, contrairement à ce dernier ou à Soral, tous deux condamnés pour incitation à la haine, le YouTubeur aux 140 000 abonnés n’a été condamné que pour des affaires de diffamation ou d’atteinte à la vie privée. « On ne judiciarise pas tout. Il est possible qu’on nous l’ait signalé avant que je prenne mes fonctions », commente Stéphane Nivet, délégué général de la LICRA.

Il ne s’agit pas d’exhumer un passé pour jeter l’opprobre sur un homme. Mais pendant que Gérald Darmanin martèle ses propositions pour juguler le séparatisme, Salim Laïbi abreuve quotidiennement ses groupies sur YouTube. « Je suis fatigué des beaux mots du ministre de l’Intérieur alors que Salim Laïbi fait ses discours depuis près de vingt ans sans jamais avoir été inquiété par l’État, Gérald Darmanin a un dossier complet sur Laïbi et il ne fait rien. Son prédécesseur et tous les ministres de la Santé ou de la Justice que j’ai contactés auparavant étaient aussi aux abonnés absents. Cet homme est pourtant dix fois pire que Soral ou Dieudonné », soupire Omar Djellil, qui alerte les autorités depuis dix ans. Sans être entendu à ce jour. « A l’heure de la loi sur le séparatisme, je me demande comment on peut encore laisser ce type d’individu cracher sa haine de cette façon, confie également Bruno Benjamin, Président du CRIF Marseille Provence. La France a combattu pour qu’on puisse instaurer une République respectueuse des us et coutumes de chacun. J’ai l’impression que le gouvernement actuel est en train de recadrer les principes républicains pour qu’il n’y ait plus ce genre de nervi qui puisse s’exprimer ainsi au nom de la liberté d’expression. Il y a urgence à mettre fin à ce type d’appels à la haine », poursuit-il.

Rappelons que suite à la décapitation de Samuel Paty, des mineurs ayant refusé la minute de silence ont été placés en garde à vue. Pourquoi une telle mansuétude envers le dentiste marseillais ? Face à l’incompréhension, la thèse d’une bienveillance de la part d’une personne haut-placée émerge, et pas du milieu complotiste. Qui protège Salim Laïbi, le « libre-penseur » d’extrême droite ?, titrait un article du Point en 2018. Après qu’il fut directeur de la sécurité militaire pendant seize ans, Kasdi Merbah, oncle défunt du prolifique YouTubeur, fut premier ministre du gouvernement algérien de 1988 à 1989. Il tenta notamment un rapprochement entre le pouvoir et les maquisards barbus du FIS. D’aucuns murmurent que cette filiation expliquerait ce qui ressemble à une clémence de la France à l’égard de Salim Laïbi. Quoi qu’elle vaille, cette théorie reste toujours plus crédible que les « complots judéo-maçonniques » dénoncés par Laïbi depuis plus de dix ans…

Suprémacistes blancs: «séparés mais égaux»

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Manifestation « Unite the Right » à Charlottesville, 11 août 2017, acte de naissance public de l’alt-right et de la nouvelle « internationale blanche ». © Samuel Corum / Anadolu Agency / AFP

Depuis 2016, une nouvelle droite radicale, baptisée Alt right, se développe aux États-Unis et gagne du terrain en Europe. Si elle est née outre-Atlantique, c’est grâce à la très large liberté d’expression garantie par la Constitution américaine. Elle prône non pas la supériorité d’une race mais leur séparation, en invoquant la Déclaration d’indépendance de 1776.


Vous souvenez-vous des Proud Boys qui, en s’invitant dans la campagne électorale américaine, avaient créé le buzz dans les médias français[tooltips content= »Les Proud Boys, littéralement les « garçons fiers », est une organisation d’extrême-droite, exclusivement masculine, pas rétive aux actes de violence, qui prétend défendre les « valeurs occidentales » sans imposer de distinction de race ou de religion à ses membres. Elle a été lancée pendant la campagne présidentielle de 2016 et a appuyé la candidature de Donald Trump. »](1)[/tooltips]? Ils ont participé, parfois en armes, aux manifestations de soutien au « vrai président », comme les « patriotes » américains appelaient Donald Trump. En France les Proud Boys auraient été matraqués, leur organisation dissoute, bref ils auraient été poursuivis au sens littéral et figuré du mot, comme « nos » identitaires. Aux États-Unis, leur liberté de parole est presque totale, comme celle de tout ce mouvement de fond qui soulève et subvertit la vieille droite conservatrice américaine et blanche : l’alt-right – une droite alternative, jeune, agile, cyberbranchée, mais en prise sur les grands textes (français, italiens, allemands) de la philosophie réactionnaire et sur le futurisme, mussolinien, de la technologie. Elle ne pouvait se développer que dans un milieu obsédé à la fois par l’innovation et la communication d’une part, et la liberté d’expression d’autre part – dans l’« Empire de la Liberté », cet autre nom des États-Unis, qui est aussi l’empire de la libre parole, une« rhetorical democracy » : une démocratie de l’argument en roue libre. Le « suprémacisme » est l’enfant de cette liberté.

Le Grand Réveil identitaire

Aucune restriction à la liberté d’expression ? Inconcevable en France où passent les régimes, restent la censure des opinions et les condamnations en justice. On encense notre loi de 1881 sur la liberté de la presse, mais elle est un encadrement, pas une liberté. Aux États-Unis, la liberté de la presse est subordonnée à celle qui compte vraiment : la liberté de parler, « freedom of speech ». On peut tout dire, tout écrire, tout affirmer. La diffamation est difficile à poursuivre. Ainsi l’acteur Peter Fonda a pu tweeter, impunément, que le jeune fils de Trump devrait être enfermé dans une cage avec des pédophiles. Si vous n’aimez pas, n’écoutez pas. Ou allez en France.

La source ? Le premier amendement de la Constitution américaine, base de leur inamovible charte des droits :« Le Congrès ne prendra aucune loi qui officialise une religion ou qui interdise son culte ; ou qui restreigne la liberté de parole ; ou le droit du peuple à se réunir paisiblement et à pétitionner le gouvernement pour réparer des griefs.[tooltips content= »Traduction de l’auteur. »](2)[/tooltips] » Tout est là : de la prolifération rhétorique des télévangélistes, et la prégnance du discours religieux qui s’invite partout, du « God bless you » des politiciens en fin de discours, à l’absence de toute limitation de la parole publique (jusqu’à la logorrhée). Cette liberté de parole ne souffre aucun retranchement, aucun encadrement, aucune restriction, religieuse ou autre. Voilà pourquoi le suprémacisme a pu se développer aux États-Unis et devenir, avec l’alt-right en fer de lance, le ferment d’une nouvelle « internationale blanche ». En Europe, les lois interdisant la contradiction sur certains sujets, la main invisible des subventions à la presse, les poursuites tous azimuts pour « haine » corsètent la propagation rapide des idées et du militantisme « suprémacistes », au point que les identitaires européens récusent le terme, par prudence.

Philippe-Joseph Salazar. Philosophe et essayiste français, titulaire de la chaire de rhétorique à la faculté de droit de l’université du Cap, en Afrique du Sud. Dernier livre publié : Suprémacistes : l'enquête mondiale chez les gourous de la droite identitaire (Plon, 2020). © VILLARD/SIPA
Philippe-Joseph Salazar. Philosophe et essayiste français, titulaire de la chaire de rhétorique à la faculté de droit de l’université du Cap, en Afrique du Sud. Dernier livre publié: « Suprémacistes : l’enquête mondiale chez les gourous de la droite identitaire » (Plon, 2020). © VILLARD/SIPA

Impossible de comprendre le « Grand Réveil » identitaire ou suprémaciste sans évoquer les événements qui eurent lieu dans une petite ville universitaire américaine, en 2017 : Charlottesville. Ce fut l’acte de naissance public de l’alt-right et de la nouvelle internationale blanche.

Charlottesville: scène primitive blanche.

En août 2017, à l’initiative de divers groupuscules identitaires ralliés sous le slogan « Unite the Right »(« Unité à droite ! »), des centaines de jeunes et d’étudiants convergent vers la petite ville universitaire, snob, de Charlottesville en Virginie. Ils appartiennent à toute la gamme :tatoués du Ku Klux Klanet et étudiants BCBG. Certains sont violents, d’autres non. Leur but symbolique : empêcher le déboulonnage de la statue du général Lee, un héros sudiste qui, soit dit en passant, s’était vu offrir la tête des armées du Nord par Lincoln. Il y a des affrontements, de nombreux blessés et un mort – une jeune femme. Une photo de leur marche nocturne aux flambeaux fait le tour du monde dès le lendemain matin : le visage d’un jeune identitaire devient immédiatement l’icône du nationalisme blanc. Elle ressort régulièrement dans la presse anglo-saxonne.

Charlottesville propulsa les « white nationalists » sur la scène médiatique mondiale. De là date la présence médiatique des suprémacistes dans le débat public, et la nouvelle carrière de leurs opposants antifascistes, les « antifas ». Dans la foulée, le débat sur la « haine » est arrivé en France, comme toujours dans des wagons américains. La « haine », c’était par exemple les slogans de Charlottesville : « You will not replace us ».

Les identitaires américains ont tiré une leçon de Charlottesville : dans une rhetorical  democracy, la meilleure arme contre la liberté d’expression, c’est la liberté d’expression elle-même. En l’occurrence, une fois qu’on a réussi à affubler ses adversaires du tag « haine » ou « contenu haineux », peu importe que ce soit vrai ou faux, l’opération psychologique de dénigrement fonctionne. La nouvelle génération d’identitaires s’est donc regroupée depuis dans des cercles d’études et de réflexion métapolitiques, pour produire de la propagande argumentée à long terme, tout en se disséminant sur le web. Ils sont passés depuis 2017 d’une publicité fracassante et exubérante à une diffusion rapide et versatile de leurs argumentaires, quittant par exemple YouTube pour Gab, BitChute, Entropy ou Parler. Ils ont déplacé le jeu, laissant les hystériques des Proud Boys et Cie attirer l’attention loin d’eux. Ils sont entrés, comme ils le disent, en « dissidence ».

Alt-Right contre «Big Tech»

Mais l’alt-right s’est heurtée à une forme neuve de censure. Twitter, Facebook, Google et YouTube sont tous accusés de rejeter de leurs plates-formes les opinions qui déplaisent à leurs gérants, actionnaires ou annonceurs – un dossier sur le fils Biden a été supprimé des plates-formes dominantes, sans parler du cas de Donald Trump, expulsé de Twitter et de Facebook. La « Big Tech » se substitue-t-elle à un pouvoir de censure inadmissible (et illégale) aux États-Unis ?

Lors de l’audition de la juge Amy Coney Barrett, élue depuis à la Cour suprême, un sénateur a déclaré avec justesse qu’aux États-Unis, la liberté de parole n’est pas le résultat d’interdictions prises par le pouvoir législatif ou réglementaire, mais qu’elle précède l’organisation des pouvoirs. En conséquence, la liberté d’expression, de réunion et de pétition s’impose au législateur, a fortiori à l’administration, qui ne peut en aucun cas les restreindre. En France, depuis 1789, la liberté de la presse, la liberté d’opinion, la liberté de réunion sont « encadrées », comme on dit en langage managérial. Notre liberté d’expression est une liberté par soustraction : ce qu’on peut dire une fois qu’on nous a interdit de dire ceci ou cela.

Cependant, la censure du freedom of speech par la BigTech existe bien. L’analyse juridique est complexe, mais l’objet du litige est simple : les Big Tech s’appuient sur une interprétation du code américain (article 230) pour supprimer ce qui ne leur plaît pas, de surcroît, en invoquant « la vraie diversité du discours politique ». Bref le capitalisme mercantile digital a réussi, pour le moment, à faire ce que l’État fédéral ne peut pas faire : censurer le débat public, portant donc atteinte à la rhetorical democracy.

D’après l’alt-right, l’État et le Congrès laissent les Big Tech donner la parole aux antifas et censurer l’alt-right. Pour définir ce double-jeu, celle-ci a lancé l’expression « anarcho-tyrannie ». Inventée par l’écrivain Samuel T. Francis et adoptée par l’alt-right, elle désigne la manière dont un État démocratique tolère les violences de certains groupes en même temps qu’il réprime d’autres groupes. Il ignore (ou promeut) l’anarchie des uns (antifas, Black Lives Matter, « territoires perdus de la République ») et use de tyrannie envers les autres (Gilets jaunes, identitaires, messes catholiques). L’État démocratique est une anarcho-tyrannie.

Or, la révolution américaine de 1776 est précisément née du refus d’une démocratie tyrannique, la monarchie parlementaire anglaise. La Déclaration d’indépendance est claire :« Quand […] il devient nécessaire pour un peuple de défaire les liens politiques qui l’attachent à un autre […], le respect de soi-même et le respect dû à l’humanité́ lui imposent de déclarer les causes de cette séparation. » Les nationalistes blancs de l’alt-right l’interprètent ainsi : il faut nous séparer, au nom de notre « humanité » (notre race) et par « respect de soi-même » (vouloir rester blanc), et donc « défaire les liens » avec un État (multiculturel) qui impose sa tyrannie, à la fois par une violence sociétale soft (le « grand remplacement » cher à Renaud Camus) ou une brutalité juridique (règles européennes sur l’accueil des migrants), et par la tolérance de violences anarchiques (les banlieues qui brûlent, le communautarisme antifrançais).

Et c’est ici qu’apparaît le lien direct, mal compris hors d’Amérique, entre le premier et le deuxième amendement qui garantit le « droit de garder et porter des armes ». La défense du port d’arme n’est pas une fascination macho-facho pour les flingues : pour l’alt-right, et bien des Américains, y compris des groupes d’autodéfense de Noirs, pouvoir se défendre personnellement, en citoyen, va de pair avec le fait de pouvoir s’exprimer librement. Un citoyen libre ne peut pas faire confiance à un État anarcho-tyrannique.

Le militant d’extrême droite Richard B. Spencer, Gainesville (Floride), octobre 2017. 32 33 © Joe Raedle/Getty Images/AFP
Le militant d’extrême droite Richard B. Spencer,
Gainesville (Floride), octobre 2017. 32 33
© Joe Raedle/Getty Images/AFP

Vers la séparation

Alors qu’on voit surtout l’exportation du politiquement correct progressiste des campus américains vers nos universités, l’alt-right a au moins réussi à exporter une idée en Europe : la liberté d’expression n’a de sens que si l’individu, dans une démocratie, possède aussi le droit et le pouvoir de défendre cette liberté. L’internationale blanche invoque un droit reconnu par le préambule de la Déclaration universelle de 1948, mais laissé de côté par le droit international : le droit naturel des citoyens à la résistance contre l’oppression et la tyrannie, dont les lettres de noblesse se trouvent à la fois chez saint Thomas d’Aquin et chez les théologiens calvinistes de la Réforme. Dans cette conception, l’alt-right n’est pas « séditieuse » : elle est une juste résistance contre un État qui est lui-même séditieux, car il refuse de défendre le contrat naturel qui le lie au peuple « originel » dont il a la charge. L’État est l’ennemi et il faut lui résister pour, en recours final, se « séparer ».

Cet argumentaire gagne du terrain en Europe où, pourtant, le rapport État-nation est différent : en France, où l’État reste sacro-saint ; en Allemagne où la notion de Volk prime sur la notion, juridique, d’État ; au Royaume-Uni, où c’est le Parlement et non l’État qui est au centre de la politique. Mais le dénominateur commun entre les identitaires des différents pays est bien d’instrumentaliser la « séparation », selon différents scénarios : la « remigration » des populations allogènes, la dénationalisation, le séparatisme ethnopolitique de la Hongrie et de la Pologne.

Née sur le terreau d’une rhetorical democracy qui donne toute liberté à la parole et à la délibération publique, l’alt-right est en train d’inventer une idéologie postmoderne et transatlantique. Née aux États-Unis, elle gagne du terrain en Europe et pourrait bien s’avérer un puissant vecteur de mobilisation politique au milieu du XXIe siècle.

Suprémacistes

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[1]. Les Proud Boys, littéralement les « garçons fiers », estune organisation d’extrême-droite, exclusivement masculine, pas rétive aux actes de violence, qui prétend défendre les « valeurs occidentales » sans imposer de distinction de race ou de religion à ses membres. Elle a été lancée pendant la campagne présidentielle de 2016 et a appuyé la candidature de Donald Trump.

[2]. Traduction de l’auteur.

Les fronts de l’islamo-gauchisme

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La ministre Frédérique Vidal a eu le courage de parler de l'islamo-gauchisme qui gangrène l'université française. Elle est depuis la cible des attaques de la gauche radicale et d'une partie de la presse française © MAXIME BIHOREAU/SIPA Numéro de reportage: 00944089_000018

«Moi je pense que l’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble, et que l’université n’est pas imperméable, l’université faisant partie de la société», a déclaré Frédérique Vidal sur CNews. En effet, les dérives militantes dénoncées par la ministre dans l’enseignement ou la recherche ne sont qu’un élément d’une stratégie plus globale inquiétante pour le modèle français. L’analyse de Renée Fregosi.


La ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche manifestait il y a peu sa prise de conscience d’un phénomène inquiétant. « L’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble et l’université n’est pas imperméable » disait-elle dans une interview télévisée. Depuis, la polémique enfle et la confusion s’accroît. 

La situation est complexe en effet et l’intervention de Madame Vidal, même si elle est bienvenue, ajoute un peu de difficulté à sa bonne compréhension.

 

Il s’agit d’abord de bien définir l’islamo-gauchisme dont certains de ses tenants dénient l’existence même. Ensuite, il convient de resituer ce phénomène politique dans son contexte idéologique plus vaste, où s’articulent divers discours et mouvements jouant sur différents registres convergents. Par ailleurs, il faut souligner le fait que l’Université et la Recherche ne constituent qu’un des champs d’action de ces groupes militants. Enfin, signalons que le niveau de pénétration de toutes ces idéologies dans le monde universitaire varie selon les disciplines et les établissements.

Une réalité

Le terme islamo-gauchisme est un néologisme formé à partir de deux mots : l’« islamisme » qui désigne une idéologie appartenant à plusieurs mouvements politico-religieux visant par des moyens divers (pacifiques et violents) à imposer un modèle de société de type totalitaire reposant sur une conception intégriste de l’islam ; et  le « gauchisme » qui, défini à l’origine par Lénine comme « la maladie infantile du communisme », désigne depuis différentes formes de dérives idéologiques de gauche minoritaires (avant-gardistes, spontanéistes, populistes…). 

Quelle que soit donc l’origine du mot, l’islamo-gauchisme est bien une réalité politique. Il s’agit d’une certaine gauche qui fait sciemment ou involontairement le jeu des islamistes dans leur combat contre tout ce qui en Occident contribue à l’émancipation des individus et notamment des femmes : l’humanisme, la libre pensée, la libre disposition de son corps, la laïcité, la démocratie.

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Cette alliance islamo-gauchiste, objective ou stratégique, qui n’est pas une première dans l’histoire, est soutenue aujourd’hui par la montée en puissance d’un courant idéologique polymorphe que l’on peut globalement désigner comme la « cancel culture » venue d’Amérique du Nord. Dans cette stratégie « du bâillon » visant à réduire au silence, l’ennemi est incarné par les blancs (sans majuscule) et plus précisément les mâles blancs, les occidentaux colonialistes, les chrétiens, les Juifs, les athées, les hétérosexuels dominants, les esclavagistes, les réactionnaires, les impérialistes…

Selon les groupes divers qu’on peut classer dans le mouvement islamo-gauchiste, la tactique commune consiste à inverser la charge de la preuve en se victimisant pour agresser les ennemis désignés, la violence verbale versant à l’occasion dans la violence physique pouvant atteindre le stade du lynchage et même de l’attentat terroriste (pour les islamistes).

Une stratégie très complète

La stratégie quant à elle s’organise sur trois fronts. D’une part, l’entrisme consiste à infiltrer les organisations de la société civile (syndicats, associations loi 1901, ONG et partis politiques) et les institutions (administrations, haute fonction publique, universités, magistrature voire forces armées), par une présence plus ou moins massive et surtout par la prise en main de postes de direction et de pouvoirs. D’autre part, l’hégémonie culturelle vise à gagner une influence dominante dans tous les domaines des arts et de la culture, de l’enseignement et de la communication. Enfin, la domination des esprits et des corps procède par la culpabilisation, l’intimidation, la pression, la menace et va jusqu’à la confrontation violente.

Vikash Dhorasoo et une vingtaine de militants antiracistes recouvrent d'un voile noir la statue du maréchal galliéni, héros de la Première Guerre mondiale et administrateur colonial français, Paris, 18 juin 2020. © J. Radcliffe/Getty Images/AFP
Vikash Dhorasoo et une vingtaine de militants antiracistes recouvrent d’un voile noir la statue du maréchal galliéni, héros de la Première Guerre mondiale et administrateur colonial français, Paris, 18 juin 2020.
© J. Radcliffe/Getty Images/AFP

On a vu ainsi se multiplier les réclamations et les actions contre des pratiques occidentales comme notamment la mixité des sexes dans les espaces publics, la liberté d’expression orale et écrite, la non-discrimination selon des critères racialistes ou religieux. On assiste de plus en plus à la remise en cause verbale ou violente de faits historiques (l’esclavage séculaire d’Africains, de Slaves et d’Européens par les empires arabes et ottoman), de statues (Colbert, Schœlcher) et de commémorations (Napoléon). Les réécritures et réinterprétations d’œuvres classiques comme l’opéra Carmen ou le ballet du Lac des cygnes sont à l’ordre du jour, ainsi que l’empêchement physique de représentations comme les Suppliantes d’Eschyle, mais aussi la réécriture d’ouvrages de littérature pour enfants comme Le club des cinq ou Martine.

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Le règne du politiquement correct devient vraiment problématique

C’est dans ce contexte qu’il convient donc de replacer les dérives militantes au sein des universités et des organismes de la recherche scientifique. Le milieu universitaire et de la recherche se trouve en effet trop souvent soumis à la domination de clans, et son niveau scientifique affaibli par les règlements de compte où se croisent combats idéologiques et rivalités de personnes. Ignorant la distinction subtile entre « le savant et le politique » que faisait Max Weber dont les disciples de Pierre Bourdieu se revendiquent pourtant, nombre d’entre ceux-ci ont désormais pris le pouvoir dans plusieurs disciplines de sciences sociales (sociologie, anthropologie, science politique) et sont devenus également très puissants en histoire et dans les sciences humaines et artistiques. Ils y font régner le politiquement correct anti-occidental et la novlangue intersectionnelle, et cooptent enseignants et chercheurs selon des critères tout autant sinon davantage idéologiques que scientifiques. 


Car ces groupes idéologisés dominent désormais la plupart des instances décisives: de nombreuses commissions du CNU (Conseil National des Universités) et la CPU (Conférences des Présidents d’Universités), ou encore la direction du CNRS et plusieurs de ses commissions, et jusqu’au HCERES (Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) qui pour être « indépendant » n’en est pas moins concerné lui aussi. Certes les sciences dites « dures » sont pour l’instant moins touchées par ce phénomène (même si en médecine et santé publique notamment, le complexe de l’homme blanc se fait de plus en plus sentir, traquant volontiers la dimension « coloniale » dans le secteur des maladies infectieuses émergentes, par ex « médecine tropicale »). C’est donc sans doute parce qu’elle vient du champ de la biochimie que la ministre Frédérique Vidal connaît mal le phénomène qu’elle dénonce maladroitement depuis peu. Au demeurant, ces dérives militantes au sein des milieux universitaires et culturels, et ces idéologies différencialistes, racialistes, néo-féministes victimaires, séparatistes et islamo-gauchistes constituent un véritable problème politique à traiter comme tel.

Il en va du niveau scientifique de notre enseignement et de notre recherche, ainsi que de notre avenir commun dans une république universaliste.

Les Nouveaux Autoritaires

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Français encore un effort... pour rester laïques !

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«Le cas du Dr Laurent»: quand le cinéma des années 50 faisait du féminisme intelligent

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Le Cas du docteur Laurent (1957) Image: capture d'écran YouTube.

Le Cas du Dr Laurent de Jean-Paul Le Chanois, cinéaste humaniste qui eut son heure de gloire dans les années 50, mérite le détour par une certaine audace dans le sujet.


Arte a la très bonne idée de programmer Le Cas du Dr Laurent de Jean-Paul Le Chanois (1957), l’un des cinéastes plutôt mal-aimés à l’époque par les critiques des Cahiers du cinéma, les futurs auteurs de la Nouvelle-Vague. Il est vrai que le sujet du film, œuvre à thèse sur l’accouchement sans douleur, avec Jean Gabin dans le rôle du docteur Laurent, Nicole Courcel dans celui de Francine, une jeune femme enceinte et Sylvia Monfort jouant Catherine Loubet, une épouse traumatisée par son accouchement difficile, ne me semblait pas très engageant a priori.

Mais dès les premières minutes montrant l’arrivée nocturne du docteur Laurent à Saint-Martin, petit village de montagne dans les Alpes-Maritimes, où il vient remplacer le vieux médecin Bastide, nous sommes séduits par la beauté des plans, la rigueur des cadres et la lumière contrastée magnifique orchestrée par l’immense chef opérateur Henri Alekan.

Un Gabin au sommet de sa forme

Jean Gabin est très crédible en médecin, ferme et doux, il gomme plusieurs aspects de son jeu, certains de ses tics et livre une belle performance d’acteur somme toute très moderne. Nicole Courcel, belle et lumineuse Francine, joue une jeune femme libre et droite. Abandonnée par son amant, elle est enceinte. Sylvia Monfort est excellente en mère souffrante et blessée. Le Docteur Laurent, conscient que la véritable vocation des médecins est de soigner les gens en faisant confiance à la responsabilité de ses patients et à la recherche médicale va proposer lors d’une conférence d’instruire tous les villageois qui le souhaitent à la pratique de l’accouchement sans douleur pour en finir avec la fatalité de la souffrance des femmes. Il va se heurter à bien des préjugés, orgueils et autres rivalités ainsi qu’au Conseil de l’Ordre.

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Pour faire passer cette thèse austère, Jean-Paul Le Chanois se révèle un virtuose attentif dans la description du village montagnard et de ses habitants. Il recrée avec précision la rudesse des lieux, leur beauté mais aussi l’atmosphère d’enfermement dans laquelle chaque individu observe l’autre avec son lot de cancans et de jalousies. Cependant, dans cette vision de la France paysanne des années cinquante, ce qui surprend le plus, c’est une certaine liberté de ton comme celle de Nicole Courcel qui rejette avec fermeté et bienveillance le père de son enfant, individu faible et falot et qui finit pas se faire accepter par tous les habitants du village.

Les femmes à l’honneur

Les femmes ont le beau rôle dans le film, tandis que plusieurs hommes dont les docteurs composants le Conseil de l’Ordre des Médecins – excepté  René Vanolle, le vieux médecin de la vallée voisine qui défend son collègue – sont figés, rigides. Elles font bloc, en refusant qu’on décide à leur place. Certes, si le film n’est pas exempt d’une certaine naïveté par moments, Jean-Paul Le Chanois signe une œuvre généreuse et humaniste tournée dans une France rurale, en même temps qu’une ode à la grandeur des femmes.

Les Cas du Dr Laurent de Jean-Paul Le Chanois – France – 1957 – 1h50
Le 22 février, à 22H30 sur arte.
Visible sur ARTE.TV en replay et en DVD chez Coin de Mire cinéma.

Le Cas du docteur Laurent

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Islamo-gauchisme: la ministre de l’Enseignement supérieur s’en est pris à plus fort qu’elle

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Frédérique Vidal, une ministre dans la tourmente © Jeanne Accorsini/SIPA Numéro de reportage : 01003731_000024

Le crime et la faute de Frédérique Vidal? Elle a osé s’attaquer à l’islamo-gauchisme qui gangrène nos universités! Tous les compagnons de route de cet inquiétant courant lui tombent dessus. En Une de Libération, la malheureuse ministre est accusée d’avoir « perdu ses facultés »


Quand on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend, on pense ce qu’on pense. Voyons donc. Les chaires d’études décoloniales se multiplient dans nos établissements d’enseignement supérieurs.

On y étudie le cas de l’homme blanc condamné sans appel et pour toujours pour esclavagisme, colonialisme et racisme. Les siècles ont passé mais peu importe. Le « privilège blanc » est assuré de son immortalité !

Dans ces chaires on peut passer un doctorat. Nous nous autorisons à imaginer l’intitulé de certaines thèses. Deux exemples. Comment expliquer pourquoi Sartre a dit « un Européen mort est un Européen libre » ? Il y a mieux plus près de nous. « Expliquer comment la mort d’Adama Traoré a contribué à conscientiser les populations racisées ».

Gilles Kepel réactionnaire?

Voyons encore. Pour pénétrer dans une université il faut montrer patte blanche (patte noire serait plus appropriée…). Sylviane Agacinski y est interdite parce qu’elle a émis des réserves sur la PMA et le décolonialisme. Rokhaya Diallo y est accueillie avec enthousiasme: les étudiants, blancs pour la plupart, raffolent qu’on leur dise qu’ils sont coupables des méfaits de leurs ancêtres.

Le voile de Maryam Pougetoux, responsable de l'UNEF ©STR / AFP
Maryam Pougetoux, responsable de l’UNEF © STR / AFP

Écoutons maintenant. Écoutons les appels de détresse d’un professeur de Nanterre qui a été insulté puis frappé pour avoir dénoncé le fait que des étudiants musulmans avaient transformé un local universitaire en salle de prière. Sa hiérarchie, c’est-à-dire la présidence de l’université, a refusé de le soutenir : elle ne voulait pas d’histoires. 

Écoutons aussi ce que m’a dit la fille d’une amie. Elle est étudiante à Paris Diderot. La question de l’Islam la passionne et elle se rend de temps en temps à Normale Sup’ pour y suivre les cours de Gilles Kepel. Ce dernier est sans conteste le meilleur de nos islamologues.

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Mais comme il ne s’est pas prosterné béatement devant le Coran, et qu’il ne croit pas que le voile soit un instrument de la libération de la femme, il a été estampillé « réac ». S’approcher de lui c’est donc prendre le risque d’être contaminé. C’est pourquoi l’étudiante se rend à Normale Sup’ en cachette, en catimini, en secret. Elle m’a expliqué pourquoi. « Si mes camarades apprenaient que je suis les cours de Kepel, je serai identifiée comme étant de droite. Et donc socialement morte. ».

Fredérique VIdal accusée de voir ce qu’elle voit!

Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, sait tout ça et encore plus. Elle voit ce qu’elle voit et entend ce qu’elle entend. Elle pense donc ce qu’elle pense et a demandé au CNRS de mener une enquête sur la pénétration de l’islamo-gauchisme dans les universités.

La malheureuse ! S’adresser au CNRS qui lui-même est acquis à l’islamo-gauchisme équivaut à lui demander d’enquêter sur lui-même. La réponse n’a pas tardé : le CNRS s’est drapé dans une posture d’indignation et a envoyé promener la ministre. Cet organisme a été aussitôt suivi par la Conférence des présidents d’universités. 

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Ceux-ci ont vigoureusement rejeté l’initiative de Frédérique Vidal. Ce qui ne veut pas dire qu’ils soient tous acquis à l’islamo-gauchisme. Mais par soumission, par sympathie parfois et pour éviter toute agitation ils s’en accommodent. Du temps du communisme on appelait ça les compagnons de route.

Une ministre dans la tourmente peu soutenue

Quatre-vingt-dix ans après nous voilà revenus au temps de La Trahison des Clercs de Julien Benda. Il dénonçait les intellectuels qui s’étaient jetés dans les bras du fascisme et du communisme. Aujourd’hui l’islamo-gauchisme a pris leur place. Selon un dicton bien connu le poisson pourrit toujours par la tête.

PS : Libération s’est joint à l’hallali contre Frédérique Vidal. Ayant constaté que la bête était quasiment morte, en tout cas à l’agonie, le journal a titré en Une : « Frédérique Vidal perd ses facultés ». Ni le président de la République, ni le Premier Ministre n’ont jugé bon de la soutenir. Eux non plus ne veulent pas d’histoires…

Et c’est le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, qui a planté le dernier clou dans le cercueil de la ministre de l’Enseignement supérieur avec cette déclaration : « le Président est avant tout attaché à l’indépendance des universités ». Tout est dit.