Est-on crédible pour briguer la fonction suprême, quand l’électorat ne voit plus en vous qu’une victime d’agression sexuelle?


Restés longtemps orphelins d’une voix courageuse, de nombreux électeurs ne manqueront pas de lui exprimer toute leur reconnaissance. Sandrine Rousseau, l’ancienne numéro deux d’Europe Écologie Les Verts (EELV) est de retour. À 48 ans, l’ex porte-parole est candidate à la primaire pour la présidentielle 2022. Aux côtés du député européen Yannick Jadot et du brillant maire de Grenoble Éric Piolle, il fallait au moins une femme. Pour un parti à la pointe du féminisme contemporain(1), c’est le sens de la grande Histoire.

Sandrine Rousseau est essentiellement connue pour ses déboires sexuels avec Denis Baupin, le mari d’Emmanuelle Cosse, mais l’intéressée affirme être certaine de gagner.

Les dubitatifs et les “virilistes” priés de se taire

M le Magazine de Monde lui demande – on ne sait jamais – si elle pourrait se présenter en solo à la présidentielle en cas d’échec en interne. Elle jette un regard à notre confrère Laurent Telo qu’il qualifie de “glacial” et lui répond crânement: “Je serai investie”

denis baupin harcelement sexuel
Denis Baupin et Emmanuelle Cosse. Sipa. Numéro de reportage : 00670591_000066.

Certains estiment que Sandrine Rousseau n’aurait pas les épaules pour occuper la fonction suprême. La candidate ne tolère plus leurs critiques: “Ceux qui disent ça n’ont pas vécu le quart de ce que j’ai vécu dans ma vie. Qu’on ne me donne plus de leçons de force ou de courage!” Le roc Sandrine Rousseau n’aurait pas la poigne pour diriger la France, selon tous ces calomniateurs? L’écoféministe s’enflamme: “Poutine ? Mais qu’il vienne: je suis prête à affronter le dirigeant le plus viriliste de la planète!”

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Selon Coralie Miller, l’autrice / documentariste / metteuse en scène qui a pris la tête de la campagne de Sandrine Rousseau, l’ancienne élue régionale du Nord Pas-de-Calais n’est pas une femme politique comme les autres: “Sandrine n’est pas une candidate traditionnelle, car elle n’engage pas que sa parole ou ses convictions, mais, après ce qu’elle a vécu, sa propre personne.” Rousseau confirme auprès du Monde cette singularité: elle a libéré sa parole avant toutes les autres, avant Balancetonporc, #Metoo et compagnie. “On peut dire que j’ai un peu de clairvoyance politique, non?” affirme-t-elle amusée.

Une figure politique surtout connue pour son affaire d’agression

Petit retour quelques années en arrière. 

Le grand public connait Sandrine Rousseau pour son mémorable clash télévisuel chez Laurent Ruquier en septembre 2017. Alors qu’elle y présentait un livre(2) dans lequel elle s’attaque aux violences sexuelles et raconte que Denis Baupin l’a forcée à l’embrasser dans un couloir, Christine Angot n’avait fait rien que de la malmener: “On ne fait pas dans un parti politique la question des agressions sexuelles! On se débrouille!” Rousseau avait fondu en larmes. 

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Chez EELV, on lui fait alors comprendre qu’elle est devenue ingérable. Partie, elle crée une association d’entraide entre victimes, qui compte plusieurs antennes. On le voit, celle qui pense que la libération de la parole peut être douloureuse au début mais permet d’être plus forte ensuite, revient de très loin… Désormais, Sandrine Rousseau ne se teint plus les cheveux qu’elle porte gris. Elle doit toute la vérité aux électeurs. Plus de faux semblants, y compris capillaires !


C’est la présence de Gérald Darmanin au ministère de l’Intérieur qui l’aurait convaincue de revenir. “Insupportable. La ligne rouge a été franchie” lâche-t-elle, sentencieuse. Mais la femme de gauche ne va pas faire campagne uniquement sur ce féminisme à la mode, soyons rassurés. Elle dit au Monde ne pas vouloir “porter exclusivement le combat contre les violences sexistes et sexuelles” mais porter un “projet de renversement de la domination au sens large”, lequel s’étend de l’urgence climatique à une refonte de la Ve République.

La partie est cependant loin d’être gagnée. Non seulement Sandrine Rousseau est éloignée des écolos depuis surement trop longtemps, mais sa candidature de niche n’inspire que de la pitié chez d’anciens camarades qui la voient désormais comme une “victime”. Enfin, la presse qui pourrait lui être favorable ne l’aide pas. Quand on a fait du néoféminisme victimaire son principal cheval de bataille, plutôt que d’apparaitre dans les pages politiques d’un grand quotidien de gauche, on se retrouve relégué dans le magazine sociétal du weekend

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