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Raphaël Enthoven, un curieux mea culpa

Les foudres se sont abattues sur le philosophe, quand il a déclaré qu’en cas de second tour entre les deux extrêmes, il préférait Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon. Il a depuis précisé ses propos et fait marche arrière. En cas d’un tel duel, il préférera finalement ne pas choisir. Aurélien Marq lui écrit et lui explique en quoi il a selon lui tort.


Cher Raphaël Enthoven,

Bien que ne militant pas pour le RN, je saisis la perche que vous tendez à la fin de votre texte publié dans L’Express pour prolonger ici nos échanges entamés sur Twitter – cette fois, il me semble qu’un texte long s’y prête mieux que les brefs messages de l’oiseau bleu.

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Vous l’aurez compris, je ne partage pas vos conclusions. Je reste persuadé que le RN, même s’il n’est pas mon premier choix, vaut mieux que LFI, et que si l’alternative est entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, mieux vaut s’abstenir que voter Jean-Luc Mélenchon, mais mieux vaut voter Marine Le Pen que s’abstenir.

Je regrette que vous considériez maintenant comme une faute de votre part d’avoir joué le jeu du dilemme électoral : ce n’était pas un « faux choix » ni un simple jeu de l’esprit, mais l’étude d’un cas limite qui nous oblige à aller au bout de nos raisonnements et de nos convictions pour les tester. Une forme de maïeutique. Beaucoup esquivent ces questions, pour de multiples raisons dont toutes ne sont pas honorables, vous avez eu l’honnêteté et le courage de vous y frotter. Que votre « camp » vous en ait voulu en dit long : j’attendais mieux de leur part, surtout envers vous.

J’ai ri à la fin de votre tribune dans L’Express : bien joué ! Mais que l’on salue votre raisonnement pour son exigence de vérité ne veut pas dire que l’on en partage tous les points ni les prémisses – et vous le savez. Ceci dit, il y a une raison pour que je ne milite pas pour le RN mais pour l’union des droites : vous avez forcé le trait, mais vous n’avez pas totalement tort. Je vois le RN et Marine Le Pen comme une prise de risque, acceptable face à l’alternative d’une catastrophe certaine, mais je préférerais qu’ils n’arrivent au pouvoir qu’au sein d’une alliance où leurs défauts seront largement tempérés. Je préférerais d’ailleurs que certains autres arrivent au pouvoir, mais je crains que ceux-là n’aient pas la base électorale suffisante pour y parvenir sans une alliance avec le RN. Je suis comme Isocrate : je préfère la démocratie athénienne à la monarchie macédonienne, mais je préfère l’union de la Grèce sous l’autorité de Philippe plutôt que l’invasion par la Perse. Bref.

Certains ont une indulgence coupable avec l’extrême gauche

Non, le vote LFI et le vote RN ne sont pas équivalents, ils ne sont pas de même valeur. Parce que leurs conséquences prévisibles ne sont pas du tout de même valeur.

Les totalitarismes d’extrême droite sont à peu près universellement condamnés, et c’est tant mieux. Mais les totalitarismes d’extrême gauche bénéficient, en France, d’une indulgence coupable. Avoir soutenu Staline, Mao, Castro voire Pol Pot n’est pas synonyme de disqualification, ni dans le monde politique, ni dans les médias, ni à l’université. Au contraire, même. Dès lors, je considère qu’un totalitarisme d’extrême-gauche rencontrerait bien moins de résistance qu’un totalitarisme d’extrême-droite, et par conséquent qu’il représente un danger plus grand. Quand la violoniste Zhang Zhang nous dit qu’elle reconnaît dans la cancel culture triomphante les caractéristiques des Gardes Rouges, nous avons le devoir de l’écouter. Quand Boualem Sansal nous dit qu’il retrouve en France les signes avant-coureurs de la guerre civile algérienne des années 90, nous avons l’obligation de l’entendre. Pour reprendre votre expression, même dans le pire des scénarios il ne s’agit pas de choisir entre la peste et la peste, mais entre une peste à laquelle on se sait hautement vulnérable et une peste contre laquelle on sait avoir développé de nombreux anticorps.

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J’observe en outre que le danger principal qui pèse à la fois sur notre civilisation et sur tout ce qu’il y a d’universel dans nos valeurs est l’islamisme, c’est-à-dire la volonté de faire de l’islam la norme collective, au double sens de normal et de normatif. Le RN n’a pas pour projet de mettre fin à la liberté de conscience, ni à la liberté d’expression, ni à la souveraineté du peuple, ni à l’égalité des droits civiques entre femmes et hommes, ni d’autoriser le mariage des fillettes prépubères. Les alliés islamistes de LFI et d’EELV, eux, si. On ne risque pas sa vie en quittant le RN, alors qu’on risque sa vie en apostasiant l’islam. Ce n’est pas au nom des idées du RN qu’une jeune femme a reçu plus de 100 000 menaces de viol et de mort. Ce n’est pas dans les rangs du RN que nos concitoyens homosexuels sont en danger. Ce n’est pas au nom des idées du RN que des foules haineuses défilaient il y a quelques jours dans plusieurs capitales d’Europe en hurlant « mort aux Juifs ». Ce n’est pas au nom des idées du RN qu’un néo-sultan a déclaré qu’aucun occidental ne devait pouvoir marcher en sécurité dans la rue, qu’un prédicateur a appelé à employer l’arme nucléaire contre nous, que des attentats sont commis chaque jour dans le monde, que les droits humains les plus élémentaires sont bafoués dans des dizaines de pays.

Le RN n’est pas aujourd’hui un parti raciste

J’ajoute, enfin, que le RN n’est pas aujourd’hui un parti raciste, et que les racistes qui demeurent en son sein sont ostracisés dès qu’ils sont dénoncés. À l’extrême gauche en revanche, ils sont applaudis et on les laisse usurper le titre « d’antiracistes », comme Maboula Soumahoro qui a affirmé qu’un homme blanc ne pouvait pas, ontologiquement, avoir raison contre une femme noire. Il n’est pas possible de mettre sur le même plan une extrême droite qui défend une identité culturelle et une extrême gauche qui exalte des identités raciales. Revoici Isocrate, et son panégyrique d’Athènes : « Notre cité (….) a fait employer le nom de Grecs non plus comme celui de la race, mais comme celui de la culture, et on appelle Grecs plutôt les gens qui participent à notre éducation que ceux qui ont la même origine que nous. » Européens, nous sommes les élèves de la cité d’Athéna, ou nous ne sommes rien.

Raphaël Enthoven lors de son discours à la Convention de la droite, Paris, 28 septembre 2019 © Michel Euler/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22382970_000022

Entre le RN d’une part, et d’autre part les alliés des islamistes et des décoloniaux, il n’y a donc pas d’équivalence. Et puisque LREM se montre d’une complaisance coupable envers les alliés des monstres, puisqu’un ministre de l’Intérieur voulait s’agenouiller devant le gang Traoré et qu’une ministre de la Justice a eu pour premier réflexe de condamner Mila, je ne range pas non plus le parti au pouvoir du bon côté de la barrière. Son projet de dissolution de tout ce qui nous définit – y compris la laïcité, y compris la primauté donnée à la culture sur la « race » – dans le multiculturalisme relativiste et le « tout économique » le rend infiniment plus dangereux qu’une alliance entre la droite des valeurs et le RN.

Nous avons un autre désaccord

Vous avez écrit : « dans un monde mondialisé, la question de savoir s’il faut être de droite ou de gauche a disparu sous la question de savoir s’il faut s’ouvrir aux autres ou se refermer sur son pré carré. Et c’est à cette nouvelle alternative qu’il faut répondre. »

Non, cher Raphaël : dans ce monde mondialisé, la question est de savoir s’il faut s’ouvrir à tous vents, ou si l’on peut encore choisir à qui et à quoi on s’ouvre, et à qui et à quoi on ne s’ouvre pas.

Faut-il s’ouvrir à ceux qui ont manifesté pour exiger la mise à mort d’Asia Bibi, ou pour se réjouir du meurtre de Samuel Paty ? Faut-il s’ouvrir à ceux qui considèrent que Mila « l’a bien cherché », quand ils ne vont pas jusqu’à applaudir ses harceleurs ? Faut-il s’ouvrir aux Frères Musulmans et aux Loups Gris ? Faut-il s’ouvrir à ceux pour qui Mohammed Merah est un héros ?

Mais : faut-il s’ouvrir à ces Chinois de Hong Kong qui manifestaient pour la liberté en chantant « Alléluia » ? Aux Yézidis qui n’ont pas cédé malgré les atrocités de l’État Islamique ? Aux Iraniennes qui arrachent leurs voiles et défient les Mollahs ? À nos anciens auxiliaires afghans, menacés par les Talibans ?

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Faut-il s’ouvrir à ceux qui, quelles que soient leurs origines, sont amoureux de notre culture et veulent s’assimiler à notre pays et à notre peuple, et dont une proportion croissante vote pour une droite fière de notre civilisation, et faut-il s’ouvrir à ceux qui les traitent d’« arabes de service », de « nègres de maison », de « native informants » avec la bénédiction de l’extrême gauche et la passivité complaisante de l’extrême centre ?

Si l’on s’ouvre aux uns (et dans quelles proportions ?) n’est-ce pas les trahir que de s’ouvrir aussi aux autres qui les persécutent ?

Vous devinez mes réponses. Je n’ai pas honte de refuser que notre pays s’ouvre à la barbarie. Je n’ai pas honte de refuser la « créolisation » avec des gens qui s’accrochent à des cultures tribales, racistes ou misogynes, et de préférer préserver et transmettre la civilisation qui a aboli l’esclavage et inventé la démocratie. Je n’ai pas honte de préférer m’ouvrir aux disciples de Confucius plutôt qu’à ceux d’Ibn Taymiyya. Et je n’ai pas honte de préférer être traité de facho par certains plutôt que me draper de vertu et de grands principes en laissant la France s’ouvrir à ceux pour qui « mort aux Juifs » est un cri de ralliement. Discutons-en.

L'Ecole des Dames

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La disparition

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L’heure est à la disparition : des cafés, des restaus, des concerts, des spectacles. Pour moi aussi, mais plus encore celle du paysage, de la mer, du ciel, de la lumière…


26 janvier 2021. Je me suis assise sur  un mini escabeau dans la très jolie librairie L’Odeur du temps à Marseille pour retrouver mon souffle, ma dilatation des bronches ne me laissant pas de répit. J’ai tendu la main vers le seul  livre que je pouvais atteindre sans me lever. Un tout petit livre blanc, la couverture mythique des Editions de Minuit : La disparition du paysage, Jean-Philippe Toussaint. J’ai dit tout haut : C’est dingue ça ! Et j’ai lu la 4ème de couverture : 

Je passe ma convalescence à Ostende, immobilisé dans un fauteuil roulant après avoir été victime d’un attentat. Les travaux qui ont commencé sur le toit du casino bouchent progressivement ma fenêtre. Le jour n’entre quasiment plus dans l’appartement, mon horizon se scelle, le paysage disparaît irrémédiablement. 

J’ai  réglé les 6,90 euros et pris le tram sans ouvrir le livre pour faire durer le plaisir de l’attente. Chez moi je me jette sur un fauteuil et sur les 47 pages que je dévore en moins d’une demi-heure. Outre le fait qu’il s’agit d’un beau monologue, créé au Théâtre des Bouffes du Nord avec Denis Podalydès le 12 janvier 2021, et que j’aime énormément l’auteur, ma rencontre avec ce livre a quelque chose de fou, le fruit d’un hasard rigolard, le génie d’un dieu malin, très, mais alors vraiment très, en forme. Je vous explique. 

J’ai loué un appartement voilà un an au nord de Marseille dans une zone en plein bouleversement : un projet gigantesque de  recomposition urbaine baptisé Euroméditerranée,  lancé il y a 25 ans et piloté par l’État.

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C’est sans doute une bonne idée de créer une nouvelle centralité pour désenclaver la ville et réhabiliter des quartiers d’une grande pauvreté, je n’en sais rien. Ce que je sais c’est que je subis les conséquences d’une urbanisation qui en ce qui me concerne est sauvage. Résumons. Je suis entrée dans un appartement qui, tout de suite, m’a profondément séduite. Après des mois de galère boulevard Baille (un coin très prisé de Giono devenu une artère sale et pétaradante), dans un deux pièces certes très « marseillais » (les trois fenêtres, l’escalier en colimaçon) mais se barrant en sucettes si je puis me permettre (le plafond de ma cuisine s’est effondré la même semaine que la malheureuse rue d’Aubagne), j’ai un coup ce foudre pour mon nouvel home, sa clarté, la simplicité de son agencement, la superbe idée de situer l’entrée uniquement par une vaste loggia – comme si je passais par mon jardin pour rentrer chez moi ; j’ai aimé la grande salle, cuisine intégrée, s’étendant entre la lumière de la loggia et celle d’une des deux fenêtres à l’autre bout de la pièce. Je traversais l’espace à belles enjambées juste pour le plaisir. Pas d’obstacle hormis mes cartons, pas de tournicotage dans des couloirs, pas de rideau, juste de la lumière et du ciel.

J’ai une bordée d’injures aux lèvres chaque fois que je lève les yeux sur la fenêtre de salle à manger ou de chambre. Je me sens enfermée, étouffée. Cernée. On me prend la lumière, les ciels, le soleil, la vie changeante, (é)mouvante…

Au moment où je prends possession des lieux, heureuse, cela fait des mois que j’attends, je suis abasourdie par un bruit infernal dû à des travaux devant la fenêtre du fond de la salle et celle de ma chambre. À la signature l’immeuble n’étant pas fini, j’avais visité un appartement témoin au rez-de-chaussée. J’avais bien vu quelques fondations tout près et j’avais reçu une réponse assez évasive à ma question, sans insister plus, et cela, j’en conviens, c’est de ma faute, ma très grande faute…

Appel du large

Donc à l’état des lieux, je découvre deux immeubles en construction de un ou deux étages maximum, je ne sais plus, qui ne vont pas s’en tenir là, on me l’accorde, mais tétanisée par le vacarme, je ne pose pas la question sur la hauteur exacte prévue. On me fait visiter dans l’heure, situé à Longchamp, quartier plutôt rupin, un autre appartement très calme. Et tristounet. Non c’est celui-là, dont j’ai beaucoup rêvé, qui me plait – je prends. Le boucan, je vais m’en arranger : le chantier s’arrête le week-end et finit le soir vers 16 heures. Et je me régale de la vue : depuis la loggia, en fin de soirée ou la nuit, sur une écharpe de mer, avec de temps en temps un ferry qui mugit – je me prends pour Marius et son envie obsédante de départ, j’entends la voix de son formidable interprète Pierre Fresnay, je récite un vers de Louis Brauquier, poète qui inspira Pagnol « Et puissance enfin sur mon âme/Des grands mâts et de la mer/que j’ai tant de fois chantés » ; depuis  la salle dans l’encadrement de la 2ème fenêtre,  je m’extasie sur les couchants éblouissants se fondant dans une mer sur laquelle vient mourir une très belle tour, la tour de Zaha Hadid (que j’appelle la tour Redingote, car elle m’évoque cet habit ample et long dont les basques se rejoignent par-devant). Le matin je tire l’unique rideau de l’appartement, celui de ma chambre, et j’ai pour moi le ciel souvent bleu comme vous savez et à l’horizon les collines de l’Estaque ocre d’or, rouille, brun foncé. Cependant au fil des jours et des semaines, les étages des deux immeubles s’élèvent et un troisième, derrière les deux premiers, sort de terre. 

Un matin fin de l’éblouissement (et du déni), je suis obligée de refermer les rideaux pour m’habiller. Ces constructions sont très proches et je commence à voir les balcons d’où je verrai un jour les futurs voisins prendre leur petit déj, et même saurai s’ils sont thé ou café. Ce jour-là je vais devant le chantier pour héler un ouvrier qui m’apprend l’ampleur du désastre : 9 et 10 étages, 19 pour le troisième, fin prévue dans un an. 

Seconde prise de conscience : c’est dans la nuit et ses lumières, sur le rebord de la fenêtre de la salle, que je faisais mes pompes pour muscler mes p’tits bras et fortifier mes poumons. Désormais c’est dans le béton. Pour tout dire, tout ça commence à m’oppresser. C’est ballot pour quelqu’un qui souffre de gros problèmes de souffle – ce qui explique en partie mon emballement pour l’appartement qui « respirait » si bien. 

Enfin un jour, assise sur mon divan pour procéder à ma kiné respiratoire quotidienne, je constate que  je ne vois plus le ciel mais l’échafaudage rouge du prochain étage. Si je me tiens debout, le ciel est encore là, portion congrue et pour combien de temps ?

Bref, les immeubles s’érigent, se hissent et me hérissent de plus en plus. La disparition du paysage est annoncée. Bonjour Philippe Toussaint. J’ai plein de questions à vous poser. Oui, on sait que les lecteurs s’identifient facilement et que c’est même la preuve d’un livre réussi, oui, mais quand même. À la 3ème page, j’apprends que l’histoire se passe au 6ème étage. J’habite au 6ème étage. Trois lignes plus loin, je lis : « De la fenêtre, on aperçoit la mer par dessus le toit du casino. » Je réitère mon interjection : Quand même ! Ce que voit l’homme en fauteuil roulant  dans l’encadrement de sa fenêtre, « ce grand tableau immobile »  – et il ne peut voir que ça lui donne la sensation d’être dans un musée. Je n’ai pas été victime d’un attentat, je ne suis pas sans relations sociales, je ne reste pas du matin au soir devant ma fenêtre. Pourtant, bien que sur mes deux jambes, entre mon essoufflement chronique et le confinement  pandémique, je peux là encore m’identifier car chaque sortie est pour moi un challenge. Analogie encore, le personnage parvient de temps en temps à s’envoler sur son imaginaire vers des paysages asiatiques et un soir, à la tombée du jour, dans le ciel d’Ostende, Tokyo lui apparaît soudain au loin. J’ai souvent éprouvé une illusion semblable l’été 2020 sur la loggia où la vue n’était pas encore confisquée. J’adorais ces « (…) miroitements de pierreries et bracelets de lumière piquetée, guirlandes et lignes brisées de points lumineux dorés, souvent minuscules, stables ou scintillants, proches et lointains (…) » Hallucination se demande-t-il ou « simples réminiscences de mes livres et plus particulièrement ce roman qui se passe à Tokyo que j’ai écrit il y a quelques années ici même. »

Ne divulgâchons rien

Je ne vais pas tout dire, ne vous inquiétez pas cher Jean-Philippe Toussaint, car ce texte mérite, nonobstant mes élucubrations, une entière lecture. J’en viens donc au nœud de l’histoire. Un beau matin il y a du monde sur le toit du casino habituellement désert : des hommes bien habillés avec des casques de chantiers sur la tête. Mes ouvriers à moi ont aussi des casques. Les uns et les autres nous révèlent que le casino pour lui et les immeubles pour moi sont bien plus proches que nous le pensions de nos appartements, 30 mètres pour lui, je dirais 15 ou 20 pour moi. 

L’analogie se renforce : des travaux commencent sur le toit du casino tandis qu’ils se précisent dans les immeubles qui me font face. Tous les deux nous voyons « des grues de levage, dont les flèches tournent lentement vers le ciel pour aller déposer leurs charges au terme de trajectoires millimétrées. On livre des plaques d’acier emballées sous film plastique, des palettes de brique sont entreposées sur des caillebotis métalliques. »  OUI oui ! c’est exactement ça ! Notre narrateur met un certain temps à comprendre ce qu’il se passe : On est en train d’ajouter un étage au casino d’Ostende. Il constate que le niveau du bâtiment montant inexorablement, sa vue se bouche de plus en plus, c’est une marée de béton qui monte à la verticale le long de sa fenêtre. J’en suis à cette étape – ça monte ! inexorablement le fait est. J’ai une bordée d’injures aux lèvres chaque fois que je lève les yeux sur la fenêtre de salle à manger ou de chambre. Je me sens enfermée, étouffée. Cernée. On me prend la lumière, les ciels, le soleil, la vie changeante, (é)mouvante. De plus  les ouvriers, fort discrets au demeurant mais d’une efficacité redoutable, sont désormais à ma hauteur, au 6ème, Ok je cède : j’accroche un rideau orange à la fenêtre. 

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D’autres surprises m’attendent. La deuxième fenêtre de la salle que je pensais épargnée est également attaquée ! La tour Jean Nouvel, dite La Marseillaise, n’est pas touchée, je garde une échappée maritime, mais la  Redingote est rongée sur sa droite ce qui invalide son élégance, sans compter un grand pan de ciel et de collines qui disparaissent. Rien que de l’écrire ma colère enfle. Je la neutralise en délirant sur ce que je pourrais imaginer pour tout stopper et faire réapparaître le paysage : découverte de vestiges historiques, crash d’un avion ou krach financier, effondrement sans raison apparentes, mini-tremblement de terre, violation du permis de construire… Sujet de nouvelle, me dis-je, ou même d’un roman ! Et l’actualité en cette mi-avril sur la Villa Valmer, joyau patrimonial de Marseille mis en danger par un promoteur imprudent, m’encourage : « Je pense que c’est bien parti pour un arrêt du chantier » a lancé le Maire… Sort au même moment un film « La bataille de La Plaine » (2016-2019) qui raconte la fin d’un espace cher aux habitants dans un objectif de gentrification disent ces derniers, de réhabilitation selon la mairie. Sans oublier, entre autres, en 2017, l’affaire de la carrière de La Corderie du VIème siècle, dans le 7ème arrondissement, sur le terrain où le groupe Vinci construisait 109 logements et 3 parkings… Je crois changer de sujet en écoutant Laurent Tillon sur 28 minutes qui raconte s’être lié d’amitié depuis très longtemps avec un chêne de 32 mètres (Etre un chêne, Actes Sud).  Las ! il précise : « soit un immeuble de 10 étages ». Très bientôt, j’aurai donc l’équivalent d’un chêne de béton devant moi, alléluia.

18 mars 2021. Encore un minuscule bout des collines de l’Estaque. Va-t-il disparaître ? Oui…

5 avril 2021. Quand je passe à pied à côté des trois immeubles –  celui de 9 et celui de 10 arrivent à leur fin, le 3ème en est aussi à 10, mais il continue son ascension –  je vois trois mastodontes, gigantesques mammifères menaçants, trois monstres ! On se calme.

12 avril 2021. Je tire le rideau de la fenêtre de ma chambre. Un nuage d’un rose tendre, guilleret, sur un ciel bleu layette. La dernière trouée dans le béton. Eux aussi, les merveilleux nuages vont disparaître. « Le paysage s’est éteint à jamais devant moi, je ne peux plus compter sur le secours éphémère de la contemplation passive du ciel ou de la mer. »  Non, je ne parle pas de moi ! rassurez-vous, c’est le personnage  qui s’exprime… L’identification s’arrête ici.

L’ONU, le ridicule tue

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Quand une résolution du Conseil des droits de l’homme de l’ONU est saluée par un groupe terroriste et considérée comme « honteuse » par un pays démocratique, la question sur la pertinence du travail de l’institution dont la mission principale est d’assurer la paix dans le monde se pose en toute légitimité… 


Encore plus quand le fonctionnement de celle-ci est continuellement critiqué par les présidents successifs du pays qui participe à plus grande échelle à son financement. Avec l’ouverture la semaine dernière d’une enquête internationale sur les frappes de l’armée israélienne lors du récent conflit qui l’a opposée au Hamas, pour étudier si ces frappes pouvaient constituer des crimes de guerre, l’ONU n’a pas cherché, hélas, à se défaire de sa réputation. Celle de l’organisation qui depuis de longues années ne parvient pas ni à prévenir les conflits régionaux, ni à agir vite et efficacement quand ceux-ci éclatent.

Même les présidents américains ne l’apprécient pas

On connaissait le dédain pour le rôle des Nations Unies de Donald Trump. Qui a notamment reproché à l’institution lors de son discours à l’Assemble générale en septembre 2017 de « ne pas se focaliser sur le résultat, mais sur le process et la bureaucratie ». On a découvert également que son prédécesseur, Barack Obama, pourtant adulé par les diplomates du monde entier n’a pas ménagé l’apport de la plus importante organisation internationale. Dans ses mémoires Une terre promise sorties il y a quelques mois on peut ainsi lire : «… Même après la guerre froide ses états membres (i.e. de l’ONU) ont manqué soit les moyens, soit la volonté collective de reconstruire les pays en faillite comme la Somalie ou empêcher les massacres ethniques dans des pays comme le Sri Lanka ».

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Pour rappel, l’ancien président américain fait référence à la tuerie de dizaines de milliers des civils tamouls (une ethnie minoritaire au Sri Lanka) par les forces armées du gouvernement du pays lors de leur offensive contre les rebelles, les Tigres tamouls en 2009. Obama a sans doute des remords bien personnels au regard de ce drame, car cette année-là il a reçu le prix Nobel de la Paix.

Un maintien de la paix inefficace

Le CV de l’ONU en matière du maintien de la paix depuis quatre décennies est en effet « impressionnant » : Cambodge, Afghanistan, Yougoslavie, Haut-Karabagh, Rwanda, Tchétchénie, Congo, Irak, Libye, Syrie, Birmanie, Nigeria, Ukraine, Soudan, Yémen, Mali pour ne citer que les conflits ayant souvent tourné au massacre des civils voire au génocide et dont nous avons été tous les témoins désespérés. Des millions de vies humaines emportées, des ravages économiques, sociaux, sanitaires, culturels, psychiques qui laissent les séquelles chez les peuples entiers pour de nombreuses années à venir. Qui provoquent la migration des populations fuyant l’horreur, arrivant sur le sol des pays européens ou tout est différent et étranger – les mœurs, les paysages, les couleurs, les odeurs… Ces migrants qui se sentent mal à l’aise dans cet exil, qui se mettent souvent à la marge de la société qui leur a offert un refuge. Sans parler de ceux qui craquent, qui se radicalisent et rajoutent du malheur au tas de problèmes que les pays même les plus développés traversent ces deniers décennies.

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À une époque où la conscience collective de nos sociétés porte tellement sur le bien-être des minorités de tous bords, de l’environnement ou encore des animaux, aucun pouvoir ne semble être réellement préoccupé par la nécessité d’avoir un régulateur international, un tiers de confiance qui s’occuperait avec volonté et autorité de l’accompagnement des pays en difficulté politique, économique ou encore climatique. Il y a l’ONU, et l’ONU sait bien montrer au monde entier toute son importance…

Israël, le bouc-émissaire de l’ONU

Depuis la création du Conseil des droits de l’homme en 2006, Israël a été le seul pays à l’ordre de jour de chaque session ! Les sept premières années de son existence, le Conseil a émis 45 résolutions condamnant Israël, soit plus que pour tous les autres pays du monde consolidés. En 2020, l’année de la pandémie qui a anéanti le fonctionnement économique et social de l’humanité comme jamais dans son histoire, mais l’année aussi des accords historiques d’Abraham au Proche-Orient l’Assemblée générale a rédigé 17 (!) résolutions contre Israël, bien évidemment plus que pour tous les autres pays réunis.

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Cet acharnement de l’ONU sur Israël qui cherche à représenter ce pays comme le principal danger pour le monde est en réalité un moyen très habile et très ancien pour cacher sa propre impuissance, son bilan désastreux dans la gestion des crises géopolitiques et les conséquences que le monde entier subit de mille manières différentes. Le temps n’est-il pas venu de stopper cette hémorragie et de tourner la page d’une institution qui a failli ? Qui a laissé couler trop de sang dans les zones des conflits, mais également, de plus en plus dans les pays qui ont tendu la main à ceux qui fuient les guerres et la misère.

Frédéric Durand: « Je ne confonds pas la défense des classes populaires et la défense des minorités »

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L’inspiration politique, c’est 130 pages consacrées aux idées et aux initiatives dans nos provinces. Le premier numéro propose un vaste dossier sur les Lumières – à rebâtir – , 25 pages d’actions politiques locales innovantes et méconnues, et un dossier consacré au bio et au localisme alimentaire. Au sommaire également de ce magazine réussi: Renaud Muselier, la philosophe Corine Pelluchon, le physicien Etienne Klein, Jacques Attali ou encore un reportage étonnant à Medellín, la ville la plus dangereuse d’Amérique du Sud.


Entretien avec un directeur de publication qui regrette la tournure que prend souvent le débat en France. 

Causeur. Quelle est la genèse de L’Inspiration politique

Frédéric Durand. Ancien journaliste politique à l’Humanité, j’ai été ensuite rédacteur en chef d’un magazine qui s’appelait L’élu d’aujourd’hui, puis directeur du quotidien régional La Marseillaise. La presse quotidienne nous soumet naturellement au diktat de l’actualité et je ressentais le besoin de prendre un peu de recul et j’avais envie de me consacrer davantage aux débats de société, et surtout de m’intéresser à l’innovation dans les territoires. Avec cette nouvelle revue trimestrielle, on se donne le temps d’aller voir ce qui se fait d’intelligent et d’innovant, pour essayer d’inspirer l’action politique. Des collectivités locales de toute obédience politique et des partenaires que je connaissais, notamment institutionnels, ont trouvé le projet intéressant et nous ont soutenus. L’idée de voir valoriser l’immense travail fourni par des élus sur le terrain, alors qu’on ne parle souvent que de l’infime minorité d’élus qui sont mouillés dans des affaires, les a séduits.

Ce qui m’inquiète c’est que les positions ont tendance à se figer

Comment est construite cette revue ?

Elle est structurée sur deux grands axes, une partie de grands débats et une autre sur les actions innovantes dans les territoires. Dans ce premier numéro par exemple on a mis en avant des articles sur l’initiative d’une mutuelle communale pour les habitants à Montreuil, un autre sur les projets de création de forêts importés de modèles japonais à Nantes, ou des analyses sur la question de la gestion du temps en ville, notamment à Rennes. Comment avoir une gestion intelligente de la nuit et comment fluidifier la mobilité urbaine ? Toutes ces initiatives sont intéressantes à explorer et à partager. Si une autre ville veut s’en inspirer, il est intéressant pour elle de connaître les pièges dans lesquels ont pu tomber les villes pionnières dans ces initiatives, par exemple.

L’inspiration politique, couverture du premier numéro.

Dans votre éditorial, vous écrivez avoir pour ambition de “conjurer un grand naufrage civilisationnel” qui nous menacerait. De quoi parlez-vous ?

Si mes souvenirs sont bons, je termine par « nous y contribuerons ». La revue n’a pas la prétention à elle seule de nous sauver d’un éventuel naufrage ! Mais oui je pense qu’en éclairant le lecteur, nous essayons de replacer les débats sur le terrain de la raison plutôt que de la passion. Je reviens en fait sur deux théories contradictoires : d’une part, celle de Francis Fukuyama sur la fin de l’histoire qui dit que le capitalisme libéral aurait gagné la partie après la chute du bloc de l’Est, que nous serions dans la mondialisation heureuse et que le débat serait clos ; et d’autre part la théorie de Samuel Huntington qui estime que le débat n’est justement pas clos, et que nous allons connaître de nouveaux modes de conflictualité qui ne seront plus basés sur des questions d’ordre économique ou social mais plutôt culturel. À l’évidence, ce n’est pas la fin de l’histoire et dans cette nouvelle donne, on voit effectivement surgir des conflits civilisationnels qui pourraient à terme nous menacer. Ma conviction est que si nous rencontrons – notamment en France – des divisions qui sont indéniables, tout doit être fait pour nous concentrer sur ce qui peut nous rassembler, pour retrouver un projet universaliste qui dépasse les clivages. Éric Zemmour, par exemple, nous prédit la guerre civile. Moi, je pense qu’on ne peut se contenter d’un tel constat et qu’il nous faut travailler dur et tout faire pour éviter d’éventuelles confrontations violentes. 

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Dans le grand entretien qu’elle vous a accordé, la philosophe Corine Pelluchon estime que des anti-Lumières et des complotistes font “planer le risque d’États fascisants”. Pour répliquer, la gauche doit selon elle basculer dans un nouvel âge qui est l’âge du vivant. Elle semble vous avoir convaincu, pouvez-vous nous expliquer ?

Elle ne dit pas « la gauche », ça c’est vous qui le dites ! Corine Pelluchon ne se situe pas sur le plan partidaire ou politique, mais sur un plan de la recherche scientifique et des concepts philosophiques. Selon elle, le schème actuel de notre société c’est celui de la domination, et elle nous prévient que si on ne bascule pas du schème de la domination à celui de la considération, on n’y arrivera pas. Elle désigne les Lumières du XVIIIe siècle comme anthropocentrées. La seule chose qui comptait c’était l’homme, et le vivant autour devait impérativement être domestiqué et dominé. À l’époque, dit-elle, la nature était une géante et l’homme le prolétaire de la création. Aujourd’hui, la maîtrise et la domination de notre environnement sont telles que cela nous met nous-mêmes en danger. Selon Corine Pelluchon, il faut donc sortir de ce paradigme, pour entrer dans un paradigme de la coopération, de la considération plutôt que de la domination à tout prix. Certains vous disent qu’il faut être un guerrier parce que les autres le sont et que l’homme est un loup pour l’homme. D’autres, à l’instar de Corine Pelluchon, ont une autre façon de voir le monde et pensent que l’on peut basculer, si on comprend que notre survie sur la planète en dépend, d’un schème à l’autre, et supplanter la domination par la considération. 

Pour le physicien Étienne Klein, le progrès, c’était mieux avant ! Dans vos colonnes, il dit que nous devrions investir dans une certaine représentation du futur. Mais comment nos responsables politiques y parviendraient-ils, alors que la fin du monde avec le changement climatique est le seul horizon qu’ils nous proposent ?

Ce qu’explique Étienne Klein, c’est que lorsqu’il était jeune l’an 2000 était « configuré » c’est-à-dire qu’on était capable de l’imaginer, de se projeter, aujourd’hui qui est capable d’avoir la moindre idée de ce que seront les années 2050 ou 2100 ? Par conséquent nous vivons un moment anxiogène. On dit que gouverner, c’est anticiper. Donc construire une démarche politique qui nous permette de nous projeter, il apparaît que plus personne ne le fait. 

La notion de progrès n’a pas bonne presse actuellement cependant je pense qu’il faut continuer de la défendre. Quand je vais sur les plateaux télé et que je dis que je suis un progressiste, on me tombe tout de suite dessus parce que le progressisme est aujourd’hui associé à la mondialisation. Le progressisme n’est vu que sous l’angle ultralibéral et mondialisé, mais ce n’est pas du tout ce que je défends. Qu’on le veuille ou non, ce qui donne du sens à l’histoire de l’humanité c’est cet espoir dans le progrès. Mais un progrès soumis aux exigences de l’être humain, pas de l’argent ou de la technique.

C’est dur d’expliquer ça dans les médias car on n’y existe pratiquement plus que par l’outrance et la démesure du propos. La punchline plutôt que la raison. Étienne Klein a bien raison de dire qu’il faut que les gens modérés s’engagent immodérément. Lui-même formule dans la revue la proposition d’instruire les élèves et étudiants sur “l’histoire des sciences”. Proposition attrayante et qui pourrait facilement être reprise dans un programme politique. Il pense qu’on pourrait mieux éduquer à la science en retraçant l’histoire des découvertes. Une des manières de réhabiliter la science et la raison au sens large, c’est de faire comprendre comment on est arrivé à connaître ce que l’on connaît. Bachelard disait qu’en science, il fallait penser contre son cerveau. On est dans une époque des évidences faciles, on ne fait plus trop d’efforts de penser contre son cerveau. La société tout entière, dans son immédiateté, nous pousse à des formes d’investissements cognitifs extrêmement faibles. Étienne Klein présente à ce titre la Covid comme une occasion ratée de faire de la pédagogie scientifique à grande échelle. Pour lui, on ne vit pas une crise de la science, mais une crise de la patience, car on veut tout savoir tout de suite. 

Votre revue est donc riche d’exemples de réussites concrètes ou d’innovations au niveau local, dans ce qu’on appelle désormais “les territoires”. L’inspiration politique se veut-elle la revue de gauche ancrée dans le réel, là où d’autres titres comme l’Obs, Télérama ou le magazine du Monde ne versent plus que dans les thèses woke, féministes ou racialistes à la mode ?

Vous ne les trouverez pas dans la revue, pour une raison simple : notre ligne éditoriale ne partage pas du tout cette vision. J’assume parfaitement d’être de gauche, d’être une revue progressiste, mais je ne confonds pas la défense des classes populaires et la défense des minorités. Une partie de la gauche a fait, selon moi, l’erreur grossière de basculer de la défense des classes populaires à la défense des minorités. Bien sûr qu’il y a des minorités dans les classes populaires, mais on les défend du fait qu’elles appartiennent à la classe populaire et non parce qu’elles sont de telle couleur de peau, telle religion, tel sexe, etc.

Il y a plus de 10 ans déjà, dans La Diversité contre l’égalité, Walter Benn Michaels s’inquiétait qu’en France nous étions en train de faire comme aux États-Unis, en estimant que la question des discriminations était plus importante que celle de l’égalité sociale. Je ne me situe pas dans une gauche woke, parce que je pense qu’il ne faut se laisser dominer ni par les dominants ni par les dominés. La gauche que je défends est laïque et républicaine. C’est très important par rapport aux Lumières et à tout ce que nous évoquions, je ne suis pas contre le droit à la différence, mais si à un moment donné la différence implique l’impossibilité de l’universalisme, du moindre projet collectif, alors cela pose un gros problème. Le but des Lumières était une émancipation, une autonomie de l’individu, c’est-à-dire une capacité à penser par lui-même. Il faut retrouver cette ambition féconde d’une libération par la culture et la connaissance.

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Depuis la gifle reçue par le chef de l’État dans la Drôme, tous les bons éditorialistes bien-pensants nous prédisent la fin de la démocratie libérale ou du moins la fin d’une certaine culture démocratique. Partagez-vous cette inquiétude ?

Je constate la difficulté du débat aujourd’hui. Dans l’émergence du populisme, il y a la construction d’un « eux » et d’un « nous » en permanence, puisque le postulat du populisme est de construire cette dichotomie au risque de rendre les frontières infranchissables. C’est totalement anti-universaliste pour le coup. Dans cette construction chacun finit par se confiner dans des espaces affinitaires clos qui empêchent le débat d’avoir lieu. Ce qui m’inquiète le plus aujourd’hui c’est le fait que les positions ont tendance à se figer. Débattre, c’est le contraire de se battre, c’est dé-battre, c’est se donner les moyens de ne pas se battre. 

Alors, oui je pense qu’il y a une crise profonde de la démocratie. Mais le plus fort signe de cette crise n’est pas la gifle donnée à Macron ou la farine déversée sur la tête de Mélenchon, bien que ces actes soient pitoyables et à mille lieues de la politique telle que je la conçois, la vraie manifestation de la crise démocratique c’est l’abstention massive à laquelle on a fini par s’habituer. On a eu 16% de participation aux dernières élections législatives partielles. La démocratie, c’est la représentation, mais s’il n’y a plus de représentativité, où trouvera-t-on la légitimité politique ? 

Selon moi l’une des causes de cette désaffiliation massive des citoyens est le fait qu’on ait eu tour à tour au pouvoir la droite (Sarkozy), puis la gauche (Hollande) et enfin la droite et la gauche (Macron)  sans que rien ne change fondamentalement pour le peuple ! Pour beaucoup la seule option restante serait alors l’extrême droite et le Rassemblement National, une droite radicale et populiste. 

Je suis en total désaccord avec le RN, mais je ne fais pas partie de ceux qui le diabolisent, parce que je pense que c’est inutile et qu’au fond ils ne sont que les représentants d’idées qui ont gagné des pans entiers de l’électorat de notre pays. Je partage ce que dit la philosophe Cynthia Fleury : on vit une époque du ressentiment, et c’est quelque chose de profond et de sans doute dangereux car le ressentiment n’est pas un sentiment qui génère des actions positives. La mission que nous nous assignons à L’inspiration politique, c’est de montrer qu’il se fait aussi des choses en politique qui valent le coup d’être regardées, et que, même si nationalement on peut être insatisfait, il y a dans les territoires des milliers d’actions utiles et positives. C’est peut-être d’ailleurs des territoires que les solutions essentielles surgiront. 

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La diversité contre l'égalité

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Biden-Poutine : Cowboy Joe rencontre le Tueur

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Lors du sommet de Genève entre Joe Biden et Vladimir Poutine, aucun des dirigeants ne cherchait à trouver une entente cordiale entre les deux puissances, mais plutôt à définir des repères stables et prévisibles pour encadrer leurs relations durablement conflictuelles. Ce manque d’ambition trouve son origine dans l’excès d’ambition du leader russe, un excès qui fait partie de l’histoire séculaire de son pays.


Lors de leur sommet hier à Genève, Joe Biden et Vladimir Poutine ont essayé de minimiser les attentes. L’enjeu principal a été de définir un nouveau cadre pour des relations jusqu’ici conflictuelles, des relations qu’aucun des deux hommes ne souhaite voir se transformer en une confrontation ouverte voire violente. Côté américain, les sujets qui fâchent sont nombreux, allant de l’accusation concernant l’ingérence russe dans les élections aux Etats-Unis à la guerre en Ukraine en passant par le sort d’Alexeï Navalni. Mais ces dossiers, aussi importants soient-ils – ainsi que le retour de la course à l’armement notamment nucléaire – ne font que cacher une divergence profonde et probablement irréconciliable entre la seule superpuissance et la troisième puissance militaire. Car ce que Poutine veut, Biden ne veut et ne peut lui donner.

Un géant aux pieds d’argile 

Depuis des siècles, la Russie s’avère être un géant aux pieds d’argile, même si à certaines époques elle arrive à masquer ses faiblesses. Elle a perdu la guerre de Crimée de 1853-1856. Elle a perdu la guerre russo-japonaise de 1904-1905, la première défaite d’un pays européen face à un pays asiatique à l’époque moderne. Elle a perdu la Première Guerre mondiale, ce qui a entraîné la chute du régime. Enfin, elle a perdu la guerre froide, une défaite qui a contribué à l’effondrement des successeurs des Romanov.

La Russie est toujours le plus grand pays du monde, mais l’étendue du territoire d’un pays importe moins que le dynamisme économique et le capital humain, domaines dans lesquels la Russie reste en retard

Pendant tout ce temps, le pays a été hanté par son retard par rapport à l’Europe, puis l’Occident, notamment dans les domaines technologique, militaire, industriel et économique. Cela a conduit à des périodes d’activité frénétique initiées et dirigées par le pouvoir, destinées à rattraper ce retard. Même la chute de l’URSS n’a pas mis fin à ce schéma de développement qui laisse peu de place au marché. Après la décennie Eltsine, Vladimir Poutine a continué l’approche traditionnelle en s’appuyant sur l’État pour combler le fossé entre la Russie et l’Occident.

Prise de vue aérienne près de Postdam, le 12 novembre 1989. Des Allemands passent de l’Est à l’Ouest alors qu’une ouverture a été effectuée dans le Mur © STEVENS FREDERIC/SIPA Numéro de reportage: 00178980_000001

Avec l’éclatement de l’Union soviétique en 1991, Moscou a perdu un territoire plus important que la surface de l’Union européenne. Elle a également perdu une part de l’Allemagne et ses autres satellites en Europe de l’Est, aujourd’hui membres de l’alliance militaire occidentale. Moscou ne contrôle pas non plus les États baltes ainsi que d’autres anciennes possessions, comme l’Azerbaïdjan, la Géorgie et l’Ukraine, Etats qui coopèrent plus ou moins étroitement avec l’Occident y compris sur des questions de défense et de sécurité.

La Russie est toujours le plus grand pays du monde, mais l’étendue du territoire d’un pays importe moins aujourd’hui pour le statut de grande puissance que le dynamisme économique et le capital humain, domaines dans lesquels la Russie reste, toujours, en retard, sans parler de sa faible dynamique démographique. Exprimé en dollars, le PIB russe s’est élevé en 2019 à 1,7 mille milliards, 15% moins que celui de l’Italie et moins que la moitié de celui de l’Allemagne. Certes, cet écart est moins important en termes de pouvoir d’achat, mais en termes comparatifs, l’économie russe ne représente que 1,5 % du PIB mondial et moins de 7% de l’économie américaine et, contrairement à cette dernière, son système économique est très dépendant de l’extraction de matières premières et d’hydrocarbures et par conséquent de leurs prix sur les marchés mondiaux. Quant au contexte géopolitique, il n’a cessé de se compliquer. Les Etats-Unis gardent une première place de superpuissance et la Chine est lancée à sa poursuite à grande vitesse.

La crainte de l’encerclement

Le facteur qui a façonné le rôle de la Russie dans le monde a été sa géographie unique: à l’exception de l’océan Pacifique et de l’océan Arctique, elle n’a pas de frontières naturelles. Tirée tout au long de son histoire par des évolutions, souvent turbulentes, en Asie, en Europe et au Moyen-Orient, la Russie se sent perpétuellement vulnérable et en proie à des tentatives d’encerclement. Quelles que soient les causes initiales de l’expansionnisme russe – souvent opportuniste – les élites militaires et politiques russes croient que seule une nouvelle expansion peut garantir les acquis territoriaux antérieurs. Traditionnellement, la sécurité de la Russie a donc été fondée en partie sur une expansion défensive au nom de la prévention d’attaques possibles.

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Aujourd’hui également, les petits pays situés aux frontières de la Russie sont considérés comme des têtes de pont potentielles pour les ennemis dont l’objectif est toujours d’encercler, d’étouffer et de soumettre la Russie. Ce sentiment a été renforcé à la suite de l’effondrement de l’URSS. Poutine considère tous les États frontaliers nominalement indépendants – y compris l’Ukraine – comme des plateformes au service des « puissances occidentales » – les Etats-Unis – désireuses de les utiliser contre la Russie.

Comme par le passé, la Russie appuie sa politique étrangère sur un État fort, considéré comme le seul garant de la sécurité, de ses intérêts vitaux et aussi de l’ordre intérieur. Sans surprise, les différents projets de construction d’États forts ont invariablement dégénéré en pouvoir personnel. Il est vrai qu’un mélange de patriotisme russe exacerbé et de ressentiment vis-à-vis de l’Occident semble être une caractéristique typiquement poutinienne ; un autre type de gouvernement russe, non dirigé par d’anciens du KGB, serait toujours confronté aux mêmes défis ancestraux : retard par rapport à l’Occident, géographie compliquée et un désir de jouer un rôle dans le monde. Comme le disait un auteur dont le nom m’échappe, la Russie n’a pas d’empire, la Russie, elle, est un empire… L’orientation de la politique étrangère russe est donc autant une réponse à des contraintes structurelles qu’un choix.

Un pays affaibli par son homme fort

L’euphorie suscitée par une politique rusée dans la guerre civile en Syrie ne doit pas masquer la gravité de la situation stratégique de la Russie. Un même mélange de faiblesse et de grandeur depuis plus d’une décennie a produit un leader qui tente un énorme bond en avant en concentrant le pouvoir entre ses propres mains, ce qui, à terme, pèse paradoxalement sur la capacité du pays à renforcer et à diversifier son économie et donc sur les autres dimensions de sa puissance. Rappelons également que les périodes de bonnes relations entre la Russie et les Etats-Unis sont rares. Ce n’est pas un hasard. Un fossé profond sépare les deux puissances qui ont des intérêts divergents mais une aussi des cultures politiques presque opposées (pensons au rôle de l’Etat, de l’individu, de l’entreprise et à la propriété privée). 

La Russie d’aujourd’hui, contrairement à l’URSS, ne menace pas de renverser l’ordre international. Moscou opère dans le cadre d’un jeu géopolitique classique de pouvoir et d’influence. Dans certains endroits et sur certaines questions, la Russie a la capacité de contrecarrer les intérêts américains, mais elle est loin de pouvoir lui poser une menace de la même manière que l’Union soviétique autrefois. Ce que veut la Russie aujourd’hui est que l’Occident reconnaît « une sphère d’influence » russe dans l’ancien espace soviétique. C’est le prix de Poutine et le point de friction qui a empêché une coopération durable. Et c’est exactement ce que, dans l’état actuel des rapports de force, Biden et ses successeurs dans un avenir proche lui refuseront.

La laïcité est un sport de combat

Jean-Michel Blanquer, après avoir lu le rapport accablant que lui a remis Jean-Pierre Obin sur les rapports souvent distants qu’entretiennent enseignants et laïcité, a donc décidé de lancer un grand programme de formation pour remettre les professeurs dans le droit chemin de la loi de 1905. Souhaitons-lui bon courage…


Jean-Pierre Obin est un vieux routier de la laïcité. En 2004, il avait déposé sur le bureau de François Fillon un rapport sur l’Ecole face à l’obscurantisme religieux, rapport que le ministre, qui n’a jamais brillé par son intelligence ou son courage, s’était empressé d’oublier dans le plus profond des tiroirs de la rue de Grenelle. Alain Seksig et quelques autres, dont votre serviteur, s’étaient dévoués pour publier cum commento ledit rapport, deux ans plus tard. Sans effet notable — sinon que Seksig est aujourd’hui chargé de la cellule Laïcité au Ministère : on peut accuser Blanquer de tous les péchés d’Egypte et d’Israël, il a de la laïcité une conscience rectiligne.

Jean-Pierre Obin, désormais à la retraite, a récidivé en publiant en 2020 Comment on a laissé l’islamisme pénétrer à l’école (éditions Hermann). Ces hauts faits lui ont valu d’être chargé, trois mois après l’assassinat de Samuel Paty, d’un rapport sur la formation à la laïcité des personnels de l’Education nationale, qu’il vient de rendre et dont les détails sont parfois croustillants.

Nous pensions, nous qui sommes nés sous la IIIe République, ou presque, que le mariage enseignants / laïcité était endogamique. Une même foi dans la transmission des savoirs, une même volonté de « détruire l’Infâme », comme disait Voltaire en conclusion de ses lettres, animaient instituteurs et professeurs…

Hommage à Poissy après l’assassinat de Samuel Paty © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage: 00986699_000007

Ce fut longtemps vrai. L’instituteur de la IIIe République avait l’habit noir et les habitudes austères des curés qu’il voulait remplacer. Avec les « hussards noirs de la république » (Péguy), l’apprentissage de la grammaire ou de l’accession au trône de Clovis tenaient du catéchisme, parce qu’ils avaient foi en ce qu’ils enseignaient.

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No more, comme on dit dans cette France moderne qui promeut le « Pass » sanitaire en oubliant qu’en français, le mot se clôt sur un e muet. Profs et laïcité est une union exogamique, où chacun arrive bardé de certitudes et d’habitus, aurait dit Bourdieu, opposés et parfois incompatibles. La loi Jospin (1989) n’a-t-elle pas décrété qu’il fallait « respecter » l’élève et surtout lui donner toutes les occasions de s’exprimer, quitte à ce qu’il profère de larges imbécillités ? Le pédagogisme qui s’est imposé dans les Instituts de formation des maîtres en arrive, nous dit Jean-Pierre Obin, à proposer « des cours ou des mémoires infligés aux étudiants sur la « déconstruction » du discours officiel sur la laïcité, prétendant mettre à jour le « racisme systémique » d’un Etat « postcolonial » et « islamophobe ». » Rien que ça.

Ajoutez à ces délires, qui bénéficient de l’attention des médias, l’idée implantée profondément chez nombre d’enseignants que la laïcité serait « coercitive », « conçue pour brider l’expression  des religions » — comprenez celle de l’islam. D’où la promotion, dans les INSPE où Blanquer — c’est le péché mortel de son ministère — ne s’est jamais décidé à faire le ménage, d’une « nouvelle laïcité concordataire », invitant à faire des compromis avec l’islam en invitant des « égéries de la mouvance décoloniale ». Le vrai danger de l’islamo-gauchisme est là — dans la formation des maîtres.

En 1793, on aurait exécuté, après un jugement rapide, les agents de l’ennemi coupables d’avoir tenu de tels propos. Blanquer, dès son entrée en fonction, aurait dû révoquer les éléments les plus radicaux qui sévissent, encore et toujours, dans les ex-IUFM / ex-ESPE / INSPE. Parce qu’il s’agit, au fond, d’affaiblir la République, et de la livrer à ses ennemis. Monsieur le Ministre, à chaque hésitation sur la question laïque, demandez-vous ce qu’en aurait pensé Samuel Paty. Ou Danton.

Deux points sont essentiels.

D’un côté, la laïcité ne souffre d’aucun ajout. Il y a la laïcité, pas la « laïcité aménagée », ni la « laïcité à géométrie variable ». C’est comme le « je t’aime » : tout ajout (« je t’aime bien, beaucoup, passionnément, moi non plus ») est une corruption de la déclaration originelle, la seule que nous attendons.

Et il n’y a pas de « Français musulmans » (ni de Français catholiques, juifs, etc.). Il y a des Français. Et même pas « de culture musulmane » : quelle est la culture d’un Beur de Corbeil-Essonnes dont les parents eux-mêmes sont nés à Drancy ou Saint-Denis ? Le malheureux se dit « algérien » parce que des salopards qui ont propre agenda et se prétendent enseignants l’ont encouragé à partir à la recherche de ses « racines » — quelles racines ?

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Au-delà même de sa francité, il est tout bonnement un être humain. Et c’est l’humanisme universel qu’il faut lui enseigner, et non des fantaisies intersectionnelles qui l’enferment dans telle ou telle case. Le racisme est une réinvention des pédagogues qui ont voulu faire remonter à la surface des catégories identitaires et communautaristes qu’ils avaient inventées eux–mêmes. La lutte contre les discriminations imaginaires a inventé des discriminations qui n’existaient pas.

Les enseignants, ajoute Jean-Pierre Obin, ont un « fonds de culpabilité masochiste » qui les incite à aborder la République par ses supposés manquements, plutôt que par ses idéaux. Il n’y a pas de compromis à passer avec l’islam parce que pour l’Ecole, il n’y a ni islam ni catholicisme. Il y a des élèves. La tolérance des discours de haine sous prétexte de libre expression est la fabrique de la haine. Les mots inventent les maux.

Ce sont ces faux enseignants qui ont inventé le communautarisme. Ils ont, par peur de leurs élèves, tendu aux plus radicaux le couteau dont ils se serviront contre eux.

Alors oui, la formation des maîtres doit être repensée. Je ne suis pas un grand enthousiaste de la nouvelle formule du concours de recrutement du Secondaire, le CAPES, qui a encore réduit la part des savoirs disciplinaires. Mais l’entretien qui désormais sera l’épreuve déterminante à l’oral doit permettre de détecter les enseignants mous du genou, ou qui sont potentiellement la cinquième colonne infiltrée des anticolonialistes auto-proclamés. Il faut trier au nom des savoirs et au nom de la République. Et se débarrasser de tous ceux qui alimentent les discours de haine sous prétexte des meilleures intentions.

Les syndicats s’y opposeront, m’avait prévenu l’un de mes interlocuteurs. Ah oui ? Eh bien la tentation me prend parfois de ressusciter la loi Le Chapelier de 1791 interdisant tout groupement de corporations, qui étaient autant de groupes de pression. Un enseignant enseigne l’intolérance religieuse et la segmentation de l’unité française ? Révoqué. Un syndicat le défend ? Dissous. Après quelques exemples bien médiatisés, vous verrez que les professeurs, qui n’ont jamais trop brillé par leur courage, sauf exceptions (et je les salue), appliqueront la laïcité une et indivisible — comme la République.

Stéphane Ravier: « À Marseille, il faut aussi craindre l’islamo-droitisme! »

À quelques jours du premier tour des élections régionales, rencontre à Marseille avec le seul sénateur du RN. Entretien.


Causeur. Vous soutenez la candidature de Thierry Mariani aux élections régionales de PACA des 20 et 27 juin prochains. Quels sont les axes phares du programme RN dans le sud ?

Stéphane Ravier. Il faudrait demander à l’intéressé ! (rires) J’observe la campagne de Thierry Mariani, mais n’y participe que par petites touches. Je le soutiens évidemment. Mais je ne suis pas candidat moi-même si ce n’est aux élections départementales en tant que simple suppléant. Sans détailler le programme de Thierry Mariani, je sais qu’il est l’homme dont la région a besoin. Tout d’abord il mène campagne sur la sécurité. Ce n’est pas une prérogative fondamentale de la région, mais celle-ci peut quand même agir dans les domaines dont elle est responsable, à savoir nos lycées et les transports.

J’ai rencontré il y a quelques jours la sécurité ferroviaire. Elle ne s’appelle même plus la “police ferroviaire”. Les agents que j’ai rencontrés s’en plaignaient, parce que quand les crapules voient « police », ils font encore un peu attention, alors que quand ils voient « sécurité », ils se permettent tout sans aucune retenue. La violence est de plus en plus forte, les forces de sécurité ne sont plus assez nombreuses pour l’endiguer. La sécurité ferroviaire est obligée d’escorter les contrôleurs dans leur travail. Quant aux lycées – à Marseille en particulier, mais pas seulement – ils sont devenus le lieu de tous les trafics. Le deal s’accompagne du racket, de la violence. Donc un gros effort sera entrepris pour investir humainement dans ces actions de sécurisation des transports et des lycées.

Par ailleurs, Thierry Mariani, s’il ne vient pas de notre famille politique, a un très beau CV au RPR et à l’UMP, il a été ministre de Nicolas Sarkozy. Ainsi, le monde économique de PACA s’intéresse à notre liste avec bienveillance.

Mais le candidat sortant Renaud Muselier a un bon bilan économique ! Depuis 2017, sa gestion a permis de réduire la dette. Ancien médecin urgentiste, n’est-il pas le profil idéal à la tête de votre région face à la crise du coronavirus ? Il a notamment commandé près de quatre millions de masques directement en Chine quand l’État traînait, il connaît bien Didier Raoult et a pris des initiatives pendant la crise.

Il a un diplôme de médecin, c’est un médecin urgentiste potentiel et il a le droit d’exercer : la belle affaire ! Je ne crois pas d’ailleurs qu’il ait beaucoup exercé. Pour ma part, je ne me sens pas moins proche de Didier Raoult que lui. Ce que je sais, c’est que M. Muselier n’en a pas franchement fait la promotion en réalité. Il n’a pas assuré sa défense lorsque les chiens ont été lâchés contre Didier Raoult.

Est-il bon gestionnaire ? J’ai été l’un des rares à regarder le débat l’autre soir, où M. Muselier a jonglé avec les millions. On a mis 100 millions là, 200 millions là, et 500 millions ici et encore 600 millions là. Il était peu convaincant. Et comment se fait-il que le magazine Capital classe la gestion de cette région comme étant l’avant-dernière de la France métropolitaine ? Juste avant celle de Xavier Bertrand, les deux qu’on nous présente comme les super cadors de la droite (rires). Nos super héros de la gestion, eh bien ils ont été classés par Capital et par Le Figaro comme étant les deux plus nuls, voilà la réalité. Muselier a fait partie de ces politiques décideurs de la désindustrialisation de notre pays. Or, gouverner c’est prévoir, et acheter 4 millions de masques pour faire tourner la machine économique chinoise après avoir détruit la machine économique française, ce n’est pas si brillant. En politique depuis longtemps, Renaud Muselier est aussi l’un des artisans de la désindustrialisation et de l’abandon de l’hôpital public. Venez voir dans quel état est l’AP-HM, l’Assistance publique des Hôpitaux de Marseille : 1 milliard d’euros de dettes, 900 millions d’euros de déficit ! Adjoint au maire de la ville pendant 13 ans, il nous dit que « personne ne conteste son bilan ». Si, si, nous, nous le contestons ! Et ce n’est pas la gauche qui est inaudible qui va pouvoir dire son mot ou être entendue, c’est nous. Son bilan est en réalité calamiteux. Un habitant des Bouches-du-Rhône reçoit par exemple 100 euros de moins de la région en moyenne qu’un habitant des Alpes-Maritimes. M. Estrosi s’est servi de la région pour gaver Nice ou les Alpes-Maritimes. Naïvement, on aurait pu croire qu’un Marseillais lui succédant, sans forcément faire la bascule de 100 de plus pour les Bucco-rhodaniens au détriment des Alpins aurait pu rétablir l’équité. Mais non : Muselier n’est pas un président libre, il est à la botte de M. Estrosi.

Que vous a inspiré le psychodrame entre LR et LREM, suite à la tentative de rapprochement puis au retrait de Sophie Cluzel dans la liste ?

Oh mais ce n’est pas une tentative de rapprochement, c’est une réussite ! Depuis Paris, en bonne et due forme, le Premier ministre Jean Castex a annoncé ce mariage forcé entre LREM et LR pour les électeurs, pour les militants. Nous nous amusons maintenant à donner à leur liste le nom des « Républicains en Marche ». Mais en Marche n’a en réalité pas d’implantation locale. Depuis les élections législatives, les députés ont disparu sur le terrain. Aux élections municipales, à Marseille, aucun élu LREM, donc aucune implantation locale. Mais voilà que M. Muselier vient leur offrir sur un plateau d’argent une existence, une renaissance. La République en Marche n’en attendait sûrement pas tant, mais, tout ça, c’est sans doute pour faire plaisir à Emmanuel Macron, en attendant, qui sait, un maroquin pour Estrosi, Muselier ou Falco s’il est réélu en 2022 ?

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M. Muselier n’est jamais en retard d’une connerie (rires), jamais en retard d’un truc assez ahurissant, et la commission d’investiture des Républicains s’est quand même retrouvée un petit peu embêtée. D’habitude, ils ne font pas ce type de manœuvres avant le premier tour.

Chez LR, tout le monde n’était pas d’accord, on a parlé de « trahison ».

Éric Ciotti, Nadine Morano, le sénateur Leroy je crois ou Bruno Retailleau qui n’est pourtant pas franchement le plus droitier se sont indignés. À un moment donné, l’éléphant dans le couloir, il finit par se voir. L’éléphant de la trahison, l’éléphant du rapprochement avec Emmanuel Macron ! Il en reste encore quelques-uns chez les LR qui écoutent la base, et ils ont bien mal aux tympans. Certains demeurent aussi sincèrement convaincus qu’il faut continuer à combattre Emmanuel Macron au vu des résultats de sa politique et de l’attitude de mépris qu’il a envers les Français. Les électeurs LR ne comprennent pas un tel rapprochement qui est en réalité une fusion : il y a 37 colistiers LREM dont 35 qui sont en position éligible. Thierry Mariani est donné vainqueur par trois sondages, même en duel, parce que trop, c’est trop.

Les colonnes des journaux sont remplies depuis quelques mois du terme « islamo-gauchisme ». Encore la semaine dernière, Jean-Luc Mélenchon a subi des accusations après ses propos polémiques sur Merah. De votre côté, vous parlez d’islamo-droitisme à Marseille. Qu’entendez-vous par cela ?

Je dénonce la même attitude à droite que ce qui s’observe à gauche, cette drague de l’électorat communautaire qui peut aller jusqu’à s’accoquiner avec des représentants de l’islam radical. Au Sénat, Valérie Boyer peut sembler être quelqu’un de déterminé face à l’islamisme.

Et pourtant, dans le secteur dont elle a été le maire, les 11ème et 12ème arrondissements, elle a participé activement à l’installation d’une mosquée islamiste dans le quartier dit « des Caillols ». Elle les a bichonnés, cocoonés, preuve en est les chiffres, qui ne mentent pas. Aux élections présidentielles de 2017, François Fillon fait seulement 11% dans le bureau de vote de cette cité, le quartier où est implantée la mosquée. Mais un mois plus tard, Valérie Boyer fait 51% dès le premier tour ! C’est peut-être le hasard, on n’en sait rien, ou alors toute la famille Boyer habite le secteur…

À droite aussi, la priorité de certains élus est d’être réélus, quitte à aller jusqu’à offrir des locaux à des individus qui ne cachent pas leurs tendances islamistes radicales.

Valérie Boyer draguerait les quartiers islamisés pour gagner des voix, selon vous ?

Je ne pense pas qu’elle se soit encore convertie (rires).

Mais politiquement en tout cas, elle s’est convertie à certaines pratiques. En plus de l’affaire des procurations dans les EHPAD, cela commence à faire beaucoup. Le nom de Mme Boyer n’est pas cité dans cette dernière affaire mais celui de son proche collaborateur Julien Ravier – aucun lien de parenté avec moi – oui. D’ailleurs en mars dernier, les LR ont conservé la mairie de secteur des 11ème et 12ème arrondissements de près de 300 voix. L’affaire n’est pas terminée. Le rapporteur public a reconnu qu’il y a eu des fraudes, peut-être 200 voix suspectes d’irrégularités. Mais comme ils ont eu 340 voix d’avance, ce n’est pas assez pour annuler l’élection.

Pour revenir à l’islamo-droitisme, vous avez aussi Mme Nora Preziosi qui était conseillère régionale et adjointe au maire de Marseille. C’est elle qui a été envoyée par Renaud Muselier à la réunion annuelle des musulmans du Sud organisée par les Frères Musulmans au parc Chanot. Muselier a ensuite démenti en disant : « ce n’est pas moi, c’est mon cabinet, c’était une erreur ». Il y a lors de cette réunion des déclarations extrêmement violentes à l’encontre des juifs, des apostats et des homosexuels. Mais le préfet m’a répondu : « je ne peux rien faire parce que c’est privé » !

L’année dernière, Nora Preziosi, et sa cousine éloignée Samia Ghali sont intervenues là-bas en terminant leurs allocutions respectives par « Incha’Allah ». La langue de Molière revue et corrigée par ces deux élues de la République. Et personne ne bronche. Un autre scandale : cette année, pour la fête de l’Aïd, dont la date coïncidait avec l’Ascension, le candidat LR aux élections départementales Jean-Maurice Saal a participé à une prière de rue organisée par la Mosquée des Cèdres. Cette mosquée est pourtant connue pour son radicalisme : en 2019, elle avait invité un prédicateur islamiste fiché S, Eric Younous. À Marseille, il faut donc aussi craindre l’islamo-droitisme !

Emmanuel Macron s’est fait gifler le 8 juin. Est-ce que le climat social en France vous inquiète ?

Le chef de l’État, c’est le chef de l’État. On peut – comme c’est mon cas – ne pas apprécier du tout sa politique, nous sommes nombreux à dénoncer ses positions, ses déclarations sur les Français « Gaulois réfractaires », « fainéants ». On peut également ne pas soutenir sa volonté de déconstruire l’histoire de France, de la salir, de la tronquer, de la revisiter. Mais, qu’on le veuille ou non, jusqu’en 2022, il reste le chef de l’État. Et s’il y a une gifle qu’on peut lui mettre, plus sévère cette fois, une fessée même, c’est la fessée électorale, c’est le bulletin de vote. La fonction doit être respectée. C’est vrai que lui ne respecte pas les Français, mais ce n’est pas une raison pour s’abaisser à son niveau.

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Donc non, pas de violence, bien sûr. Nous en avons été victimes si souvent et nous le sommes encore. Combien de permanences, de nos amis, de nos militants sont attaqués sans que cela ne fasse une ligne dans les journaux ? Combien de nos militants, par le passé ont subi la violence sociale d’être licenciés parce que l’on a su qu’ils étaient militants du Front national ? La violence politique on la connaît, on la subit, et il n’y a pas de raison que nous disions « c’est votre tour, maintenant, bien fait pour vous ».


Contactée par Causeur, la sénatrice Valérie Boyer a donné la réponse suivante

Alors que je n’étais pas Maire des 11e et 12e arrondissements de Marseille, un bail emphytéotique a été signé en 1999 entre la Ville de Marseille et l’association culturelle « Jeunesse 11/12 ».
Malheureusement le bail a été détourné de son objet initial. En effet en 2014 cette association culturelle a passé une convention d’occupation des locaux avec l’association cultuelle « les Jardins de la Paix ».
Ayant hérité de cette situation j’ai décidé trois mois après mon élection comme Maire de Secteur et suite aux nombreuses inquiétudes des habitants des Caillols, d’alerter régulièrement l’autorité préfectorale et le Maire de Marseille tout en respectant leur volonté de discrétion.

À aucun moment ni comme Maire des 11e et 12e arrondissements, ni comme Députée, je n’ai été associée ou informée par les services préfectoraux des dérives salafistes dans le secteur et ce malgré mes interrogations.
Je veux rappeler qu’à l’occasion des conseils d’arrondissements et municipaux je me suis à plusieurs reprises exprimée publiquement sur ce sujet.
Depuis de nombreuses années je mène un combat sans relâche contre l’extrémisme religieux, notamment l’islam radical, et ce malgré les menaces des islamistes radicaux d’un côté et de l’autre, les attaques du Rassemblement national de l’autre, qui peine à exister dans les 11e et 12e arrondissements de Marseille.

Enfin, le 4 mai 2018, le 21 novembre 2018, le 28 janvier 2019 et enfin le 19 février 2019 j’ai adressé un courrier au Préfet de Police (Olivier de Mazières à l’époque). En effet, aujourd’hui nous ne connaissons ni le nombre de mosquées salafistes, ni leurs moyens de financements.
En réponse à ce courrier, il avait été précisé qu’à « ce jour il n’a pas été rapporté d’éléments ou d’informations démontrant que ce lieu de culte se trouve en rupture avec les valeurs de la République, à tout le moins lors des discours des prêches du vendredi. Il demeure toutefois que ce lieu est fréquenté majoritairement par des fidèles relevant de la pratique la plus fondamentaliste de l’islam ».

J’ai interpellé par la suite le Ministre de l’Intérieur en lui adressant un courrier le 25 février 2021. 
Depuis, un arrêté municipal de fermeture a été pris.

Je reste convaincue que nous devons nous attaquer à la racine du Mal avec la dissolution immédiate de tous les mouvements se réclamant du salafisme ou des Frères musulmans.

L’équipe de France, championne du conformisme

Les Bleus sont connus pour défendre les idéologies et les nobles causes en vogue. Il était prévu qu’ils posent un genou en terre avant le lancement du match France-Allemagne pour soutenir Black Lives Matter. L’analyse de Philippe Bilger.


Qu’on m’entende bien: je vais regarder avec passion le match Allemagne-France et j’espère que les Bleus l’emporteront. Mais est-il nécessaire qu’ils se couvrent de ridicule juste avant le coup d’envoi en mettant un genou à terre pour montrer leur détestation du racisme et soutenir le mouvement « Black Lives Matter » ? Le pire est qu’ils vont renouveler ce geste à chaque début de match. C’est leur capitaine, le remarquable et en général lucide Hugo Lloris, qui nous l’a annoncé. À vrai dire, je ne nourrissais pas trop d’illusions à cause de certaines prémices ponctuelles, de tel ou tel choix validé par la LFP (ligue de football professionnel) qui a une incoercible propension à l’erreur sur beaucoup de plans, récemment avec sa complaisance financière à l’égard d’Amazon et cette étrange sélection au détriment de Canal Plus.

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Les joueurs Kylian Mbappé et Antoine Griezmann qui ont sans s’informer, contre la police, soutenu la cause de Michel Zecler et qui n’ont jamais révisé leur position malgré des précisions qui auraient dû les conduire à le faire. Le premier, à l’évidence, mène des combats qu’il veut humanistes mais qui sont clairement unilatéraux. Youssoupha, personnalité plus que contestable pourtant distinguée pour composer un hymne au demeurant médiocre. Péripétie tellement pitoyable que personne n’a voulu en assumer la responsabilité. Malgré ces signes précurseurs je n’étais pas sûr du pire. Les joueurs avaient le droit d’être citoyens en dehors du match ou après mais ils se sont abandonnés à une démagogie constituant leur humanisme, à cause du lieu et du moment, comme un humanisme « de bazar ». On pourrait tellement objecter à cette posture qui trouve le moyen de discréditer une belle cause dans son principe que je ne sais par où commencer.

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Tout est cul par-dessus tête

Pourquoi seulement « Black Lives Matter » ? Les vies blanches n’ont aucune importance ? Cette discrimination n’est-elle pas un racisme à rebours ? Pourquoi cette mobilisation pour George Floyd qui a été victime d’un étouffement criminel dont son auteur sera lourdement condamné ? Parce qu’il est noir et qu’il a été victime d’un meurtre… Mais par honnêteté, les médias n’auraient-ils pas pu éviter d’en faire une sorte de saint avant, comme si l’atrocité d’après devait tout purifier ? Si les footballeurs sont prêts à affronter, à chaque match, l’incongruité plus grotesque qu’émouvante de ce genou à terre, qu’ils n’hésitent pas à me consulter comme beaucoup de ceux qui me suivent. S’ils tiennent à tout prix à apparaître pour des sportifs citoyens même quand la séquence est inappropriée, nous pourrions mettre à leur disposition, au nom de l’universel et d’une impartialité irréprochable, une multitude d’objectifs, de soutiens et de luttes.

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Par exemple, un jour, ils pourraient s’agenouiller pour les policiers massacrés, pour Samuel Paty égorgé, en s’engageant pour Mila et la liberté d’expression, pour condamner l’islamisme meurtrier, pour tant de victimes de toutes couleurs, au nom d’une conception d’équité et de vérité. S’ils étaient animés, ainsi que ceux qui les inspirent, par une authentique morale et non pas une éthique fluctuant selon le goût du jour, ils n’auraient que l’embarras du choix. Mais, si j’ai le droit de rêver, je ne suis pas obtus au point d’imaginer que ce miracle se produira. Cette équipe de France pousse au paroxysme le vice fondamental de notre société dont la dénonciation mériterait de longs développements. Plus personne ne reste à sa place et n’exerce sa fonction, seulement sa fonction, mais le mieux possible. On n’a plus qu’une envie : bouleverser la nature, la culture, la normalité légitimée par le bon sens et les siècles.

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Le monde à l’envers

Le président ne préside pas seulement mais se fait prendre en photo quand on ne le gifle pas, les ministres sont aussi candidats aux régionales, pour être garde des Sceaux il faut avoir détesté la magistrature, les coupables sont compris mais les victimes laissées pour compte, l’Histoire est un réquisitoire contre la France, le peuple a évidemment tort puisqu’il est populiste, les oppositions se désarment, les journalistes n’informent plus mais dénoncent, ne questionnent pas ou alors par réponses interposées, les experts n’en sont plus, chacun se présente tel l’expert de soi-même, la vie n’est plus un bonheur mais le prétexte à coaching, les professeurs n’enseignent plus mais assurent la discipline tant bien que mal ou parlent de laïcité, toucher est forcément agresser, imaginer est raconter sa vie ou parler de ses géniteurs, la dérision se pousse du col et se prend pour de l’intelligence, les humoristes ne font plus rire mais assènent des leçons, les acteurs signent des pétitions, les intellectuels ont oublié de penser pour nous abreuver du contraire : leurs certitudes et préjugés, la liberté d’expression doit être décente et convenue pour être acceptée, la judiciarisation plus que la liberté de l’esprit, certains magistrats font de la politique, policiers et gendarmes qui doivent nous protéger sont à protéger, des citoyens, plutôt que de voter, défilent, protestent et préfèrent la violence à la tranquillité démocratique, la haine, parce que le langage est devenu trop pauvre, a pris la place du débat, la pathologie et l’hystérie la place de la contradiction, tout est cul par-dessus tête.

Alors, pourquoi pas un genou à terre avant France-Allemagne ? On n’est plus à une absurdité près.

NB: Il y a des miracles.

Le 15 au soir, les Bleus ne se sont pas agenouillés.

Le pire n’est pas toujours sûr. Leur capitaine a expliqué qu’à la suite d’une décision collective, ils s’étaient abstenus, leur motivation essentielle étant que faute d’être adoptée par toutes les équipes dans ce championnat d’Europe, leur démarche n’aurait pas eu grand sens. On sait en effet que certaines l’ont refusée. J’aurais préféré une explication plus positive consistant par exemple à avoir recouvré le sens du ridicule.

Mais il ne faut pas trop en demander •

Justice partout, police nulle part

La police pourrait faire régner l’ordre dans les « quartiers » si elle en avait encore le droit. Législateurs, médias et surtout magistrats l’ont progressivement dépouillée de ses moyens et de sa capacité d’intervention. Il est temps d’entendre son cri d’alarme et de dégoût.


Un policier fonctionne en marge de la société, comme le chien de berger est en marge du troupeau. Et si celui-ci peut oublier sa condition de proie, c’est parce que celui-là ne dort jamais. Policier n’est pas un métier : c’est une vie. Le chien n’a pas à être aimé du troupeau, il n’a besoin que de pouvoir combattre librement le loup. Et pour cela, on ne doit pas le museler, ni lui lier les pattes, ni lui demander de soigner le troupeau. Le berger ne doit pas se mêler non plus de trouver des excuses au loup, et ce n’est pas parce qu’on lui promet d’augmenter sa ration que le chien acceptera qu’on le livre au loup.

Subversion politico-médiatique

La police n’a jamais été aimée – la gendarmerie, historiquement implantée dans des zones à dominante rurale dont les habitants ont des valeurs plus saines, bénéficie d’un a priori plus favorable. Dans les sociétés latines, vouloir changer cela est peine perdue, raison pour laquelle les comparaisons oiseuses avec des polices anglo-saxonnes ou nordiques sont d’une stupidité abyssale. Dans un pays comme la France où chacun conteste tout, où les règles les plus absolues ne sont plus vues que comme simples bases de négociation, la police doit tout simplement être respectée, voire crainte, car c’est le seul moyen de stopper les protestations et récriminations autrement perpétuelles. Et pour cela, elle dispose de deux moyens : la force dont elle est capable de faire preuve et l’assurance pour ceux qui veulent s’y opposer de subir les foudres de la justice.

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Évacuons d’abord rapidement la question des moyens : s’ils font partie du problème, ils n’en sont pas le cœur. Pour donner un seul exemple qui suffit à résumer la misère matérielle dans laquelle la police travaille depuis toujours : dans les années 1980, le ministère de l’Intérieur était incapable de doter ses policiers d’un armement décent, au point que ces derniers avaient été autorisés, sur leurs deniers personnels, à acheter et à porter en service les armes de poing de leur choix. Cela n’empêchait pas qu’à l’époque, les auteurs de crimes et délits étaient recherchés, identifiés, interpellés et déférés devant la justice, puis condamnés et incarcérés. Et lorsqu’ils ressortaient de prison, ils craignaient encore davantage l’action des forces de l’ordre qu’avant d’y entrer.

Cérémonie d’hommage à Éric Masson, policier de 37 ans tué par balles lors d’un contrôle sur un point de deal, Avignon, 9 mai 2021 © AP Photo/Daniel Cole

Contrairement à ce que certains catastrophistes racontent, les forces de première et deuxième catégories suffiraient à reprendre en main le pays, si celui-ci acceptait les conditions de la reconquête. Et la première d’entre elles, pour les fonctionnaires et militaires concernés, serait de ne plus avoir à combattre leur peur. C’est bien moins celle d’être blessé, car tout membre des forces de l’ordre sait que ce métier est aussi un combat, que celle d’être crucifié à la moindre erreur, et même au moindre soupçon, par des politiques et des mass media haineux, suivis par la cohorte des dizaines de millions de charognards qui s’imaginent que leur appétit de violence virtuelle et d’histoires policières hollywoodiennes les a transformés en spécialistes du sujet, alors même que la quasi-totalité s’évanouirait à la vue d’une goutte de leur propre sang et brûle des bougies en sanglotant au moindre accident de la route. Et les policiers savent que le même public qui, actuellement, affirme soutenir inconditionnellement la police recommencera à lui cracher dessus aussitôt qu’une vidéo tronquée et retravaillée par la subversion politico-médiatique mettra à nouveau en cause une action policière.

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Comme l’a dit un ancien ministre de l’Intérieur, les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Les policiers ne croient plus rien. Ils n’ont d’ailleurs même plus envie qu’on leur parle. Ni l’État ni le public et surtout pas les médias. Ils ne veulent pas d’adaptations du système, de nouveaux sparadraps, une nouvelle couche réglementaire ou légale, l’aumône de quelques dizaines d’euros supplémentaires par mois. Ils veulent un changement de paradigme. Ils veulent que chacun retrouve la place qui est la sienne dans une société normale, c’est-à-dire que les policiers soient vus pour ce qu’ils sont – des combattants aux frontières internes au pays, celles qui séparent la civilisation de la barbarie, l’ordre du chaos – et qu’on arrête de s’imaginer qu’on peut traiter les barbares comme des gens civilisés. Et que si l’on doit toujours appliquer les lois voulues par les gens civilisés, elles doivent l’être sans pitié, et même férocement, afin que les barbares en craignent à nouveau les conséquences.

Un système judiciaire en faillite

Le principal ennemi de ce changement de paradigme est bien évidemment, comme affirmé le 19 mai dernier par le responsable du plus important syndicat de policiers, le système judiciaire. Car la justice n’en a plus que le nom. Sous l’influence de l’irénisme, de l’excusisme et même de la haine subversive d’une certaine gauche, contre lesquels la droite n’a rien fait, la procédure inquisitoire propre au droit pénal français, au sein de laquelle policiers et magistrats enquêtent à charge et à décharge, a été dénaturée par l’apport d’éléments accusatoires issus du droit anglo-saxon, qui déséquilibrent la procédure en faveur des délinquants, multiplient les risques d’erreurs formelles et donnent à manger aux avocats en les faisant intervenir là où ils ne servent à rien en droit français. Et contrairement aux affirmations partisanes, cela n’augmente en rien les droits du mis en cause à être traité de manière équitable : cela ne fait que multiplier les occasions de vices de forme, avec libération du délinquant sur ces seules bases sans jugement sur le fond. Et ces risques sont présents non seulement au niveau policier, mais à tous les stades du procès pénal, puisque parquetiers et juges d’instruction ont eux aussi à avancer dans cette jungle sans cesse plus épaisse et mouvante.

Être policier, c’est aussi avoir entendu toutes les excuses possibles pour justifier des méfaits les plus monstrueux. Un policier préfère considérer les faits.

Dans le même temps, au fil des décennies, à bas bruit, le législateur a également supprimé des dispositions de bon sens, telles que la présomption de légitime défense de tout citoyen réagissant à une intrusion de nuit à l’intérieur de son domicile ou les peines minimales, permettant à un magistrat de s’affranchir de la volonté du peuple de voir réprimer les crimes et délits, tout cela sous la même influence du lobby juridico-associatif pro-voyous, qui, à force de propagande, a réussi à faire admettre, contre l’évidence, que le système pénal était fait pour réinsérer et rééduquer, alors que son seul but a toujours été la protection de la société, réinsertion et rééducation n’en étant que deux des moyens annexes, dont le principal est la répression.

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Cette faillite d’un système judiciaire qui, il y a quarante ans, permettait encore de réguler la délinquance, a donc été voulue, en premier lieu par les magistrats, sur de seules bases idéologiques. Il est donc bien normal qu’on les accuse de laxisme, et bien anormal qu’ils ne puissent en être tenus individuellement pour responsables. Quant à leurs pauvres justifications, le manque de places de prison, les problèmes matériels ou leurs hypocrites affirmations sur la systématicité de la réponse pénale, les policiers s’en moquent. Être policier, c’est aussi avoir entendu toutes les excuses possibles pour justifier des méfaits les plus monstrueux. Un policier préfère considérer les faits.

La sacro-sainte indépendance des magistrats

Or, aucune organisation professionnelle de magistrats n’a jamais protesté contre l’impossibilité de la bonne application du Code pénal. Aucun juge ne s’est ému de la disparition des peines minimales, quand ils protestent tous ou presque contre leur retour. Et inutile d’évoquer une hypothétique « majorité silencieuse » de magistrats qui voudrait le retour du bon sens en matière judiciaire : le Syndicat de la magistrature ne s’étant jamais gêné pour prendre des positions allant du grotesque au scandaleux, les magistrats ne se sentent donc pas tenus par un quelconque devoir de réserve. Aujourd’hui, alors que militaires, policiers et gendarmes ont tous pris la parole malgré les risques disciplinaires, si les juges avaient voulu prendre publiquement position pour défendre le pays, ils l’auraient déjà fait.

La réalité, c’est que par pure idéologie donc, et malgré la faillite du système pénal, les magistrats se satisfont de continuer à mettre en œuvre des mesures alternatives totalement inefficaces, et à l’instar des tenants du pédagogisme dans l’Éducation nationale, affirment qu’il faut encore plus de moyens, et s’enfoncer toujours davantage dans ces politiques afin qu’elles deviennent efficaces, alors que cela fait déjà trente ans qu’elles échouent. Et pour dissimuler cette incurie, afin de faire passer ces gadgets et emplâtres sur jambes de bois pour une répression des crimes et délits dont souffrent les Français, ils les nomment « réponse pénale ».

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Les magistrats ne sont au fond soucieux que d’une chose : leur sacro-sainte indépendance. Au point que toute demande qui leur est adressée, par exemple de se sentir comptables de l’état du pays, est vue comme une tentative de faire pression sur eux ; au point qu’ils s’imaginent gardiens du droit, alors qu’ils n’en sont que les praticiens ; au point qu’ils se croient créateurs du droit par la jurisprudence, alors que c’est fondamentalement à la représentation nationale de décider de la loi, et qu’ils prétendent exprimer leur avis sur ce qu’elle vote au mépris du principe de la séparation des pouvoirs dont pourtant ils se revendiquent en permanence, bien qu’ils ne soient pas un pouvoir mais une simple autorité.

Finalement, ils en sont venus à s’imaginer qu’ils sont aussi indépendants de la volonté du peuple, au nom duquel ils prétendent pourtant rendre la justice, et ils se moquent éperdument des aspirations du pays, car ils sont égarés dans une vision désincarnée du monde, qui n’est en phase qu’avec leurs obsessions idéologiques.

Baudelaire, Véran et Darmanin: haschisch ou Lexomil?

Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.


« Il est vraiment superflu, après toutes ces considérations, d’insister sur le caractère immoral du haschisch. Que je le compare au suicide, à un suicide lent, à une arme toujours sanglante et toujours aiguisée, aucun esprit raisonnable n’y trouvera à redire. » Non, il ne s’agit pas d’une déclaration de Gérald Darmanin s’opposant à l’intention de certains députés, y compris de la majorité, de légaliser le cannabis. C’est Charles Baudelaire qui s’exprime avec une telle sévérité. L’image fausse que l’on a du poète d’Enivrez-vous en a fait un amateur de tout ce qui pouvait chasser son spleen. Baudelaire, dans Les Paradis artificiels se livre, au contraire, à un réquisitoire contre une substance qui finit par casser la volonté sans pour autant calmer la souffrance. Le diagnostic sera d’ailleurs partagé par le poète Henri Michaux qui consacrera à la drogue un recueil intitulé Misérable miracle.

Le 26 mars 2021, Olivier Véran, pourtant, annonçait : « C’était un de mes engagements de médecin, je l’ai porté à l’Assemblée nationale en tant que député, et je suis fier de l’annoncer en tant que ministre : la France expérimente l’usage médical du cannabis. » Baudelaire aurait, là, applaudi des deux mains. Sa biographie révèle que ses premières prises de cannabis étaient liées à des névralgies violentes, comme il l’écrit dans une lettre à Sainte-Beuve : « Il y a bien longtemps que j’aurais dû vous répondre ; mais j’ai été saisi par une névralgie à la tête qui dure depuis plus de quinze jours ; vous savez que cela rend bête et fou. » Le problème est que les médecins à l’époque de Baudelaire n’avaient pas mis au point ce fameux cannabis thérapeutique.

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Gérald Darmanin, lui, depuis son fameux « Je ne légaliserai pas cette merde », a provoqué la colère d’Éric Correia, élu de la Creuse, département pilote dans la culture du cannabis médical : « Je regrette qu’il mène ce combat contre le cannabis en mélangeant son utilisation thérapeutique et récréative. » D’autant plus que la France est une championne de la consommation de drogues légales comme les anxiolytiques, ce qui n’est pas sans rappeler Le Meilleur des mondes. Huxley montre comment sa société dystopique tient grâce au soma : « Il y a toujours le soma pour calmer votre colère, pour vous réconcilier avec vos ennemis, pour vous rendre patient et vous aider à supporter les ennuis. On avale deux ou trois comprimés d’un demi-gramme, et voilà. Tout le monde peut être vertueux, à présent. On peut porter sur soi, en flacon, au moins la moitié de sa moralité. »

Autant dire qu’il demeure une certaine hypocrisie sur la question et qu’on peut préférer que les futurs Baudelaire soient calmés par le cannabis thérapeutique plutôt qu’assommés par le soma-Lexomil.

Raphaël Enthoven, un curieux mea culpa

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Marine Le Pen à Toulon, pour soutenir la campagne de Thierry Mariani, le 17 juin 2021 © Daniel Cole/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22577461_000016

Les foudres se sont abattues sur le philosophe, quand il a déclaré qu’en cas de second tour entre les deux extrêmes, il préférait Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon. Il a depuis précisé ses propos et fait marche arrière. En cas d’un tel duel, il préférera finalement ne pas choisir. Aurélien Marq lui écrit et lui explique en quoi il a selon lui tort.


Cher Raphaël Enthoven,

Bien que ne militant pas pour le RN, je saisis la perche que vous tendez à la fin de votre texte publié dans L’Express pour prolonger ici nos échanges entamés sur Twitter – cette fois, il me semble qu’un texte long s’y prête mieux que les brefs messages de l’oiseau bleu.

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Vous l’aurez compris, je ne partage pas vos conclusions. Je reste persuadé que le RN, même s’il n’est pas mon premier choix, vaut mieux que LFI, et que si l’alternative est entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, mieux vaut s’abstenir que voter Jean-Luc Mélenchon, mais mieux vaut voter Marine Le Pen que s’abstenir.

Je regrette que vous considériez maintenant comme une faute de votre part d’avoir joué le jeu du dilemme électoral : ce n’était pas un « faux choix » ni un simple jeu de l’esprit, mais l’étude d’un cas limite qui nous oblige à aller au bout de nos raisonnements et de nos convictions pour les tester. Une forme de maïeutique. Beaucoup esquivent ces questions, pour de multiples raisons dont toutes ne sont pas honorables, vous avez eu l’honnêteté et le courage de vous y frotter. Que votre « camp » vous en ait voulu en dit long : j’attendais mieux de leur part, surtout envers vous.

J’ai ri à la fin de votre tribune dans L’Express : bien joué ! Mais que l’on salue votre raisonnement pour son exigence de vérité ne veut pas dire que l’on en partage tous les points ni les prémisses – et vous le savez. Ceci dit, il y a une raison pour que je ne milite pas pour le RN mais pour l’union des droites : vous avez forcé le trait, mais vous n’avez pas totalement tort. Je vois le RN et Marine Le Pen comme une prise de risque, acceptable face à l’alternative d’une catastrophe certaine, mais je préférerais qu’ils n’arrivent au pouvoir qu’au sein d’une alliance où leurs défauts seront largement tempérés. Je préférerais d’ailleurs que certains autres arrivent au pouvoir, mais je crains que ceux-là n’aient pas la base électorale suffisante pour y parvenir sans une alliance avec le RN. Je suis comme Isocrate : je préfère la démocratie athénienne à la monarchie macédonienne, mais je préfère l’union de la Grèce sous l’autorité de Philippe plutôt que l’invasion par la Perse. Bref.

Certains ont une indulgence coupable avec l’extrême gauche

Non, le vote LFI et le vote RN ne sont pas équivalents, ils ne sont pas de même valeur. Parce que leurs conséquences prévisibles ne sont pas du tout de même valeur.

Les totalitarismes d’extrême droite sont à peu près universellement condamnés, et c’est tant mieux. Mais les totalitarismes d’extrême gauche bénéficient, en France, d’une indulgence coupable. Avoir soutenu Staline, Mao, Castro voire Pol Pot n’est pas synonyme de disqualification, ni dans le monde politique, ni dans les médias, ni à l’université. Au contraire, même. Dès lors, je considère qu’un totalitarisme d’extrême-gauche rencontrerait bien moins de résistance qu’un totalitarisme d’extrême-droite, et par conséquent qu’il représente un danger plus grand. Quand la violoniste Zhang Zhang nous dit qu’elle reconnaît dans la cancel culture triomphante les caractéristiques des Gardes Rouges, nous avons le devoir de l’écouter. Quand Boualem Sansal nous dit qu’il retrouve en France les signes avant-coureurs de la guerre civile algérienne des années 90, nous avons l’obligation de l’entendre. Pour reprendre votre expression, même dans le pire des scénarios il ne s’agit pas de choisir entre la peste et la peste, mais entre une peste à laquelle on se sait hautement vulnérable et une peste contre laquelle on sait avoir développé de nombreux anticorps.

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J’observe en outre que le danger principal qui pèse à la fois sur notre civilisation et sur tout ce qu’il y a d’universel dans nos valeurs est l’islamisme, c’est-à-dire la volonté de faire de l’islam la norme collective, au double sens de normal et de normatif. Le RN n’a pas pour projet de mettre fin à la liberté de conscience, ni à la liberté d’expression, ni à la souveraineté du peuple, ni à l’égalité des droits civiques entre femmes et hommes, ni d’autoriser le mariage des fillettes prépubères. Les alliés islamistes de LFI et d’EELV, eux, si. On ne risque pas sa vie en quittant le RN, alors qu’on risque sa vie en apostasiant l’islam. Ce n’est pas au nom des idées du RN qu’une jeune femme a reçu plus de 100 000 menaces de viol et de mort. Ce n’est pas dans les rangs du RN que nos concitoyens homosexuels sont en danger. Ce n’est pas au nom des idées du RN que des foules haineuses défilaient il y a quelques jours dans plusieurs capitales d’Europe en hurlant « mort aux Juifs ». Ce n’est pas au nom des idées du RN qu’un néo-sultan a déclaré qu’aucun occidental ne devait pouvoir marcher en sécurité dans la rue, qu’un prédicateur a appelé à employer l’arme nucléaire contre nous, que des attentats sont commis chaque jour dans le monde, que les droits humains les plus élémentaires sont bafoués dans des dizaines de pays.

Le RN n’est pas aujourd’hui un parti raciste

J’ajoute, enfin, que le RN n’est pas aujourd’hui un parti raciste, et que les racistes qui demeurent en son sein sont ostracisés dès qu’ils sont dénoncés. À l’extrême gauche en revanche, ils sont applaudis et on les laisse usurper le titre « d’antiracistes », comme Maboula Soumahoro qui a affirmé qu’un homme blanc ne pouvait pas, ontologiquement, avoir raison contre une femme noire. Il n’est pas possible de mettre sur le même plan une extrême droite qui défend une identité culturelle et une extrême gauche qui exalte des identités raciales. Revoici Isocrate, et son panégyrique d’Athènes : « Notre cité (….) a fait employer le nom de Grecs non plus comme celui de la race, mais comme celui de la culture, et on appelle Grecs plutôt les gens qui participent à notre éducation que ceux qui ont la même origine que nous. » Européens, nous sommes les élèves de la cité d’Athéna, ou nous ne sommes rien.

Raphaël Enthoven lors de son discours à la Convention de la droite, Paris, 28 septembre 2019 © Michel Euler/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22382970_000022

Entre le RN d’une part, et d’autre part les alliés des islamistes et des décoloniaux, il n’y a donc pas d’équivalence. Et puisque LREM se montre d’une complaisance coupable envers les alliés des monstres, puisqu’un ministre de l’Intérieur voulait s’agenouiller devant le gang Traoré et qu’une ministre de la Justice a eu pour premier réflexe de condamner Mila, je ne range pas non plus le parti au pouvoir du bon côté de la barrière. Son projet de dissolution de tout ce qui nous définit – y compris la laïcité, y compris la primauté donnée à la culture sur la « race » – dans le multiculturalisme relativiste et le « tout économique » le rend infiniment plus dangereux qu’une alliance entre la droite des valeurs et le RN.

Nous avons un autre désaccord

Vous avez écrit : « dans un monde mondialisé, la question de savoir s’il faut être de droite ou de gauche a disparu sous la question de savoir s’il faut s’ouvrir aux autres ou se refermer sur son pré carré. Et c’est à cette nouvelle alternative qu’il faut répondre. »

Non, cher Raphaël : dans ce monde mondialisé, la question est de savoir s’il faut s’ouvrir à tous vents, ou si l’on peut encore choisir à qui et à quoi on s’ouvre, et à qui et à quoi on ne s’ouvre pas.

Faut-il s’ouvrir à ceux qui ont manifesté pour exiger la mise à mort d’Asia Bibi, ou pour se réjouir du meurtre de Samuel Paty ? Faut-il s’ouvrir à ceux qui considèrent que Mila « l’a bien cherché », quand ils ne vont pas jusqu’à applaudir ses harceleurs ? Faut-il s’ouvrir aux Frères Musulmans et aux Loups Gris ? Faut-il s’ouvrir à ceux pour qui Mohammed Merah est un héros ?

Mais : faut-il s’ouvrir à ces Chinois de Hong Kong qui manifestaient pour la liberté en chantant « Alléluia » ? Aux Yézidis qui n’ont pas cédé malgré les atrocités de l’État Islamique ? Aux Iraniennes qui arrachent leurs voiles et défient les Mollahs ? À nos anciens auxiliaires afghans, menacés par les Talibans ?

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Faut-il s’ouvrir à ceux qui, quelles que soient leurs origines, sont amoureux de notre culture et veulent s’assimiler à notre pays et à notre peuple, et dont une proportion croissante vote pour une droite fière de notre civilisation, et faut-il s’ouvrir à ceux qui les traitent d’« arabes de service », de « nègres de maison », de « native informants » avec la bénédiction de l’extrême gauche et la passivité complaisante de l’extrême centre ?

Si l’on s’ouvre aux uns (et dans quelles proportions ?) n’est-ce pas les trahir que de s’ouvrir aussi aux autres qui les persécutent ?

Vous devinez mes réponses. Je n’ai pas honte de refuser que notre pays s’ouvre à la barbarie. Je n’ai pas honte de refuser la « créolisation » avec des gens qui s’accrochent à des cultures tribales, racistes ou misogynes, et de préférer préserver et transmettre la civilisation qui a aboli l’esclavage et inventé la démocratie. Je n’ai pas honte de préférer m’ouvrir aux disciples de Confucius plutôt qu’à ceux d’Ibn Taymiyya. Et je n’ai pas honte de préférer être traité de facho par certains plutôt que me draper de vertu et de grands principes en laissant la France s’ouvrir à ceux pour qui « mort aux Juifs » est un cri de ralliement. Discutons-en.

L'Ecole des Dames

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La disparition

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Marseille. Image d'illustration Pixabay

L’heure est à la disparition : des cafés, des restaus, des concerts, des spectacles. Pour moi aussi, mais plus encore celle du paysage, de la mer, du ciel, de la lumière…


26 janvier 2021. Je me suis assise sur  un mini escabeau dans la très jolie librairie L’Odeur du temps à Marseille pour retrouver mon souffle, ma dilatation des bronches ne me laissant pas de répit. J’ai tendu la main vers le seul  livre que je pouvais atteindre sans me lever. Un tout petit livre blanc, la couverture mythique des Editions de Minuit : La disparition du paysage, Jean-Philippe Toussaint. J’ai dit tout haut : C’est dingue ça ! Et j’ai lu la 4ème de couverture : 

Je passe ma convalescence à Ostende, immobilisé dans un fauteuil roulant après avoir été victime d’un attentat. Les travaux qui ont commencé sur le toit du casino bouchent progressivement ma fenêtre. Le jour n’entre quasiment plus dans l’appartement, mon horizon se scelle, le paysage disparaît irrémédiablement. 

J’ai  réglé les 6,90 euros et pris le tram sans ouvrir le livre pour faire durer le plaisir de l’attente. Chez moi je me jette sur un fauteuil et sur les 47 pages que je dévore en moins d’une demi-heure. Outre le fait qu’il s’agit d’un beau monologue, créé au Théâtre des Bouffes du Nord avec Denis Podalydès le 12 janvier 2021, et que j’aime énormément l’auteur, ma rencontre avec ce livre a quelque chose de fou, le fruit d’un hasard rigolard, le génie d’un dieu malin, très, mais alors vraiment très, en forme. Je vous explique. 

J’ai loué un appartement voilà un an au nord de Marseille dans une zone en plein bouleversement : un projet gigantesque de  recomposition urbaine baptisé Euroméditerranée,  lancé il y a 25 ans et piloté par l’État.

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C’est sans doute une bonne idée de créer une nouvelle centralité pour désenclaver la ville et réhabiliter des quartiers d’une grande pauvreté, je n’en sais rien. Ce que je sais c’est que je subis les conséquences d’une urbanisation qui en ce qui me concerne est sauvage. Résumons. Je suis entrée dans un appartement qui, tout de suite, m’a profondément séduite. Après des mois de galère boulevard Baille (un coin très prisé de Giono devenu une artère sale et pétaradante), dans un deux pièces certes très « marseillais » (les trois fenêtres, l’escalier en colimaçon) mais se barrant en sucettes si je puis me permettre (le plafond de ma cuisine s’est effondré la même semaine que la malheureuse rue d’Aubagne), j’ai un coup ce foudre pour mon nouvel home, sa clarté, la simplicité de son agencement, la superbe idée de situer l’entrée uniquement par une vaste loggia – comme si je passais par mon jardin pour rentrer chez moi ; j’ai aimé la grande salle, cuisine intégrée, s’étendant entre la lumière de la loggia et celle d’une des deux fenêtres à l’autre bout de la pièce. Je traversais l’espace à belles enjambées juste pour le plaisir. Pas d’obstacle hormis mes cartons, pas de tournicotage dans des couloirs, pas de rideau, juste de la lumière et du ciel.

J’ai une bordée d’injures aux lèvres chaque fois que je lève les yeux sur la fenêtre de salle à manger ou de chambre. Je me sens enfermée, étouffée. Cernée. On me prend la lumière, les ciels, le soleil, la vie changeante, (é)mouvante…

Au moment où je prends possession des lieux, heureuse, cela fait des mois que j’attends, je suis abasourdie par un bruit infernal dû à des travaux devant la fenêtre du fond de la salle et celle de ma chambre. À la signature l’immeuble n’étant pas fini, j’avais visité un appartement témoin au rez-de-chaussée. J’avais bien vu quelques fondations tout près et j’avais reçu une réponse assez évasive à ma question, sans insister plus, et cela, j’en conviens, c’est de ma faute, ma très grande faute…

Appel du large

Donc à l’état des lieux, je découvre deux immeubles en construction de un ou deux étages maximum, je ne sais plus, qui ne vont pas s’en tenir là, on me l’accorde, mais tétanisée par le vacarme, je ne pose pas la question sur la hauteur exacte prévue. On me fait visiter dans l’heure, situé à Longchamp, quartier plutôt rupin, un autre appartement très calme. Et tristounet. Non c’est celui-là, dont j’ai beaucoup rêvé, qui me plait – je prends. Le boucan, je vais m’en arranger : le chantier s’arrête le week-end et finit le soir vers 16 heures. Et je me régale de la vue : depuis la loggia, en fin de soirée ou la nuit, sur une écharpe de mer, avec de temps en temps un ferry qui mugit – je me prends pour Marius et son envie obsédante de départ, j’entends la voix de son formidable interprète Pierre Fresnay, je récite un vers de Louis Brauquier, poète qui inspira Pagnol « Et puissance enfin sur mon âme/Des grands mâts et de la mer/que j’ai tant de fois chantés » ; depuis  la salle dans l’encadrement de la 2ème fenêtre,  je m’extasie sur les couchants éblouissants se fondant dans une mer sur laquelle vient mourir une très belle tour, la tour de Zaha Hadid (que j’appelle la tour Redingote, car elle m’évoque cet habit ample et long dont les basques se rejoignent par-devant). Le matin je tire l’unique rideau de l’appartement, celui de ma chambre, et j’ai pour moi le ciel souvent bleu comme vous savez et à l’horizon les collines de l’Estaque ocre d’or, rouille, brun foncé. Cependant au fil des jours et des semaines, les étages des deux immeubles s’élèvent et un troisième, derrière les deux premiers, sort de terre. 

Un matin fin de l’éblouissement (et du déni), je suis obligée de refermer les rideaux pour m’habiller. Ces constructions sont très proches et je commence à voir les balcons d’où je verrai un jour les futurs voisins prendre leur petit déj, et même saurai s’ils sont thé ou café. Ce jour-là je vais devant le chantier pour héler un ouvrier qui m’apprend l’ampleur du désastre : 9 et 10 étages, 19 pour le troisième, fin prévue dans un an. 

Seconde prise de conscience : c’est dans la nuit et ses lumières, sur le rebord de la fenêtre de la salle, que je faisais mes pompes pour muscler mes p’tits bras et fortifier mes poumons. Désormais c’est dans le béton. Pour tout dire, tout ça commence à m’oppresser. C’est ballot pour quelqu’un qui souffre de gros problèmes de souffle – ce qui explique en partie mon emballement pour l’appartement qui « respirait » si bien. 

Enfin un jour, assise sur mon divan pour procéder à ma kiné respiratoire quotidienne, je constate que  je ne vois plus le ciel mais l’échafaudage rouge du prochain étage. Si je me tiens debout, le ciel est encore là, portion congrue et pour combien de temps ?

Bref, les immeubles s’érigent, se hissent et me hérissent de plus en plus. La disparition du paysage est annoncée. Bonjour Philippe Toussaint. J’ai plein de questions à vous poser. Oui, on sait que les lecteurs s’identifient facilement et que c’est même la preuve d’un livre réussi, oui, mais quand même. À la 3ème page, j’apprends que l’histoire se passe au 6ème étage. J’habite au 6ème étage. Trois lignes plus loin, je lis : « De la fenêtre, on aperçoit la mer par dessus le toit du casino. » Je réitère mon interjection : Quand même ! Ce que voit l’homme en fauteuil roulant  dans l’encadrement de sa fenêtre, « ce grand tableau immobile »  – et il ne peut voir que ça lui donne la sensation d’être dans un musée. Je n’ai pas été victime d’un attentat, je ne suis pas sans relations sociales, je ne reste pas du matin au soir devant ma fenêtre. Pourtant, bien que sur mes deux jambes, entre mon essoufflement chronique et le confinement  pandémique, je peux là encore m’identifier car chaque sortie est pour moi un challenge. Analogie encore, le personnage parvient de temps en temps à s’envoler sur son imaginaire vers des paysages asiatiques et un soir, à la tombée du jour, dans le ciel d’Ostende, Tokyo lui apparaît soudain au loin. J’ai souvent éprouvé une illusion semblable l’été 2020 sur la loggia où la vue n’était pas encore confisquée. J’adorais ces « (…) miroitements de pierreries et bracelets de lumière piquetée, guirlandes et lignes brisées de points lumineux dorés, souvent minuscules, stables ou scintillants, proches et lointains (…) » Hallucination se demande-t-il ou « simples réminiscences de mes livres et plus particulièrement ce roman qui se passe à Tokyo que j’ai écrit il y a quelques années ici même. »

Ne divulgâchons rien

Je ne vais pas tout dire, ne vous inquiétez pas cher Jean-Philippe Toussaint, car ce texte mérite, nonobstant mes élucubrations, une entière lecture. J’en viens donc au nœud de l’histoire. Un beau matin il y a du monde sur le toit du casino habituellement désert : des hommes bien habillés avec des casques de chantiers sur la tête. Mes ouvriers à moi ont aussi des casques. Les uns et les autres nous révèlent que le casino pour lui et les immeubles pour moi sont bien plus proches que nous le pensions de nos appartements, 30 mètres pour lui, je dirais 15 ou 20 pour moi. 

L’analogie se renforce : des travaux commencent sur le toit du casino tandis qu’ils se précisent dans les immeubles qui me font face. Tous les deux nous voyons « des grues de levage, dont les flèches tournent lentement vers le ciel pour aller déposer leurs charges au terme de trajectoires millimétrées. On livre des plaques d’acier emballées sous film plastique, des palettes de brique sont entreposées sur des caillebotis métalliques. »  OUI oui ! c’est exactement ça ! Notre narrateur met un certain temps à comprendre ce qu’il se passe : On est en train d’ajouter un étage au casino d’Ostende. Il constate que le niveau du bâtiment montant inexorablement, sa vue se bouche de plus en plus, c’est une marée de béton qui monte à la verticale le long de sa fenêtre. J’en suis à cette étape – ça monte ! inexorablement le fait est. J’ai une bordée d’injures aux lèvres chaque fois que je lève les yeux sur la fenêtre de salle à manger ou de chambre. Je me sens enfermée, étouffée. Cernée. On me prend la lumière, les ciels, le soleil, la vie changeante, (é)mouvante. De plus  les ouvriers, fort discrets au demeurant mais d’une efficacité redoutable, sont désormais à ma hauteur, au 6ème, Ok je cède : j’accroche un rideau orange à la fenêtre. 

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D’autres surprises m’attendent. La deuxième fenêtre de la salle que je pensais épargnée est également attaquée ! La tour Jean Nouvel, dite La Marseillaise, n’est pas touchée, je garde une échappée maritime, mais la  Redingote est rongée sur sa droite ce qui invalide son élégance, sans compter un grand pan de ciel et de collines qui disparaissent. Rien que de l’écrire ma colère enfle. Je la neutralise en délirant sur ce que je pourrais imaginer pour tout stopper et faire réapparaître le paysage : découverte de vestiges historiques, crash d’un avion ou krach financier, effondrement sans raison apparentes, mini-tremblement de terre, violation du permis de construire… Sujet de nouvelle, me dis-je, ou même d’un roman ! Et l’actualité en cette mi-avril sur la Villa Valmer, joyau patrimonial de Marseille mis en danger par un promoteur imprudent, m’encourage : « Je pense que c’est bien parti pour un arrêt du chantier » a lancé le Maire… Sort au même moment un film « La bataille de La Plaine » (2016-2019) qui raconte la fin d’un espace cher aux habitants dans un objectif de gentrification disent ces derniers, de réhabilitation selon la mairie. Sans oublier, entre autres, en 2017, l’affaire de la carrière de La Corderie du VIème siècle, dans le 7ème arrondissement, sur le terrain où le groupe Vinci construisait 109 logements et 3 parkings… Je crois changer de sujet en écoutant Laurent Tillon sur 28 minutes qui raconte s’être lié d’amitié depuis très longtemps avec un chêne de 32 mètres (Etre un chêne, Actes Sud).  Las ! il précise : « soit un immeuble de 10 étages ». Très bientôt, j’aurai donc l’équivalent d’un chêne de béton devant moi, alléluia.

18 mars 2021. Encore un minuscule bout des collines de l’Estaque. Va-t-il disparaître ? Oui…

5 avril 2021. Quand je passe à pied à côté des trois immeubles –  celui de 9 et celui de 10 arrivent à leur fin, le 3ème en est aussi à 10, mais il continue son ascension –  je vois trois mastodontes, gigantesques mammifères menaçants, trois monstres ! On se calme.

12 avril 2021. Je tire le rideau de la fenêtre de ma chambre. Un nuage d’un rose tendre, guilleret, sur un ciel bleu layette. La dernière trouée dans le béton. Eux aussi, les merveilleux nuages vont disparaître. « Le paysage s’est éteint à jamais devant moi, je ne peux plus compter sur le secours éphémère de la contemplation passive du ciel ou de la mer. »  Non, je ne parle pas de moi ! rassurez-vous, c’est le personnage  qui s’exprime… L’identification s’arrête ici.

Être un chêne: sous l'écorce de Quercus

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L’ONU, le ridicule tue

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Drapeau de l'ONU. Image d'ilustration Pixabay

Quand une résolution du Conseil des droits de l’homme de l’ONU est saluée par un groupe terroriste et considérée comme « honteuse » par un pays démocratique, la question sur la pertinence du travail de l’institution dont la mission principale est d’assurer la paix dans le monde se pose en toute légitimité… 


Encore plus quand le fonctionnement de celle-ci est continuellement critiqué par les présidents successifs du pays qui participe à plus grande échelle à son financement. Avec l’ouverture la semaine dernière d’une enquête internationale sur les frappes de l’armée israélienne lors du récent conflit qui l’a opposée au Hamas, pour étudier si ces frappes pouvaient constituer des crimes de guerre, l’ONU n’a pas cherché, hélas, à se défaire de sa réputation. Celle de l’organisation qui depuis de longues années ne parvient pas ni à prévenir les conflits régionaux, ni à agir vite et efficacement quand ceux-ci éclatent.

Même les présidents américains ne l’apprécient pas

On connaissait le dédain pour le rôle des Nations Unies de Donald Trump. Qui a notamment reproché à l’institution lors de son discours à l’Assemble générale en septembre 2017 de « ne pas se focaliser sur le résultat, mais sur le process et la bureaucratie ». On a découvert également que son prédécesseur, Barack Obama, pourtant adulé par les diplomates du monde entier n’a pas ménagé l’apport de la plus importante organisation internationale. Dans ses mémoires Une terre promise sorties il y a quelques mois on peut ainsi lire : «… Même après la guerre froide ses états membres (i.e. de l’ONU) ont manqué soit les moyens, soit la volonté collective de reconstruire les pays en faillite comme la Somalie ou empêcher les massacres ethniques dans des pays comme le Sri Lanka ».

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Pour rappel, l’ancien président américain fait référence à la tuerie de dizaines de milliers des civils tamouls (une ethnie minoritaire au Sri Lanka) par les forces armées du gouvernement du pays lors de leur offensive contre les rebelles, les Tigres tamouls en 2009. Obama a sans doute des remords bien personnels au regard de ce drame, car cette année-là il a reçu le prix Nobel de la Paix.

Un maintien de la paix inefficace

Le CV de l’ONU en matière du maintien de la paix depuis quatre décennies est en effet « impressionnant » : Cambodge, Afghanistan, Yougoslavie, Haut-Karabagh, Rwanda, Tchétchénie, Congo, Irak, Libye, Syrie, Birmanie, Nigeria, Ukraine, Soudan, Yémen, Mali pour ne citer que les conflits ayant souvent tourné au massacre des civils voire au génocide et dont nous avons été tous les témoins désespérés. Des millions de vies humaines emportées, des ravages économiques, sociaux, sanitaires, culturels, psychiques qui laissent les séquelles chez les peuples entiers pour de nombreuses années à venir. Qui provoquent la migration des populations fuyant l’horreur, arrivant sur le sol des pays européens ou tout est différent et étranger – les mœurs, les paysages, les couleurs, les odeurs… Ces migrants qui se sentent mal à l’aise dans cet exil, qui se mettent souvent à la marge de la société qui leur a offert un refuge. Sans parler de ceux qui craquent, qui se radicalisent et rajoutent du malheur au tas de problèmes que les pays même les plus développés traversent ces deniers décennies.

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À une époque où la conscience collective de nos sociétés porte tellement sur le bien-être des minorités de tous bords, de l’environnement ou encore des animaux, aucun pouvoir ne semble être réellement préoccupé par la nécessité d’avoir un régulateur international, un tiers de confiance qui s’occuperait avec volonté et autorité de l’accompagnement des pays en difficulté politique, économique ou encore climatique. Il y a l’ONU, et l’ONU sait bien montrer au monde entier toute son importance…

Israël, le bouc-émissaire de l’ONU

Depuis la création du Conseil des droits de l’homme en 2006, Israël a été le seul pays à l’ordre de jour de chaque session ! Les sept premières années de son existence, le Conseil a émis 45 résolutions condamnant Israël, soit plus que pour tous les autres pays du monde consolidés. En 2020, l’année de la pandémie qui a anéanti le fonctionnement économique et social de l’humanité comme jamais dans son histoire, mais l’année aussi des accords historiques d’Abraham au Proche-Orient l’Assemblée générale a rédigé 17 (!) résolutions contre Israël, bien évidemment plus que pour tous les autres pays réunis.

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Cet acharnement de l’ONU sur Israël qui cherche à représenter ce pays comme le principal danger pour le monde est en réalité un moyen très habile et très ancien pour cacher sa propre impuissance, son bilan désastreux dans la gestion des crises géopolitiques et les conséquences que le monde entier subit de mille manières différentes. Le temps n’est-il pas venu de stopper cette hémorragie et de tourner la page d’une institution qui a failli ? Qui a laissé couler trop de sang dans les zones des conflits, mais également, de plus en plus dans les pays qui ont tendu la main à ceux qui fuient les guerres et la misère.

Frédéric Durand: « Je ne confonds pas la défense des classes populaires et la défense des minorités »

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Frédéric Durand Image: capture d'écran CNews.

L’inspiration politique, c’est 130 pages consacrées aux idées et aux initiatives dans nos provinces. Le premier numéro propose un vaste dossier sur les Lumières – à rebâtir – , 25 pages d’actions politiques locales innovantes et méconnues, et un dossier consacré au bio et au localisme alimentaire. Au sommaire également de ce magazine réussi: Renaud Muselier, la philosophe Corine Pelluchon, le physicien Etienne Klein, Jacques Attali ou encore un reportage étonnant à Medellín, la ville la plus dangereuse d’Amérique du Sud.


Entretien avec un directeur de publication qui regrette la tournure que prend souvent le débat en France. 

Causeur. Quelle est la genèse de L’Inspiration politique

Frédéric Durand. Ancien journaliste politique à l’Humanité, j’ai été ensuite rédacteur en chef d’un magazine qui s’appelait L’élu d’aujourd’hui, puis directeur du quotidien régional La Marseillaise. La presse quotidienne nous soumet naturellement au diktat de l’actualité et je ressentais le besoin de prendre un peu de recul et j’avais envie de me consacrer davantage aux débats de société, et surtout de m’intéresser à l’innovation dans les territoires. Avec cette nouvelle revue trimestrielle, on se donne le temps d’aller voir ce qui se fait d’intelligent et d’innovant, pour essayer d’inspirer l’action politique. Des collectivités locales de toute obédience politique et des partenaires que je connaissais, notamment institutionnels, ont trouvé le projet intéressant et nous ont soutenus. L’idée de voir valoriser l’immense travail fourni par des élus sur le terrain, alors qu’on ne parle souvent que de l’infime minorité d’élus qui sont mouillés dans des affaires, les a séduits.

Ce qui m’inquiète c’est que les positions ont tendance à se figer

Comment est construite cette revue ?

Elle est structurée sur deux grands axes, une partie de grands débats et une autre sur les actions innovantes dans les territoires. Dans ce premier numéro par exemple on a mis en avant des articles sur l’initiative d’une mutuelle communale pour les habitants à Montreuil, un autre sur les projets de création de forêts importés de modèles japonais à Nantes, ou des analyses sur la question de la gestion du temps en ville, notamment à Rennes. Comment avoir une gestion intelligente de la nuit et comment fluidifier la mobilité urbaine ? Toutes ces initiatives sont intéressantes à explorer et à partager. Si une autre ville veut s’en inspirer, il est intéressant pour elle de connaître les pièges dans lesquels ont pu tomber les villes pionnières dans ces initiatives, par exemple.

L’inspiration politique, couverture du premier numéro.

Dans votre éditorial, vous écrivez avoir pour ambition de “conjurer un grand naufrage civilisationnel” qui nous menacerait. De quoi parlez-vous ?

Si mes souvenirs sont bons, je termine par « nous y contribuerons ». La revue n’a pas la prétention à elle seule de nous sauver d’un éventuel naufrage ! Mais oui je pense qu’en éclairant le lecteur, nous essayons de replacer les débats sur le terrain de la raison plutôt que de la passion. Je reviens en fait sur deux théories contradictoires : d’une part, celle de Francis Fukuyama sur la fin de l’histoire qui dit que le capitalisme libéral aurait gagné la partie après la chute du bloc de l’Est, que nous serions dans la mondialisation heureuse et que le débat serait clos ; et d’autre part la théorie de Samuel Huntington qui estime que le débat n’est justement pas clos, et que nous allons connaître de nouveaux modes de conflictualité qui ne seront plus basés sur des questions d’ordre économique ou social mais plutôt culturel. À l’évidence, ce n’est pas la fin de l’histoire et dans cette nouvelle donne, on voit effectivement surgir des conflits civilisationnels qui pourraient à terme nous menacer. Ma conviction est que si nous rencontrons – notamment en France – des divisions qui sont indéniables, tout doit être fait pour nous concentrer sur ce qui peut nous rassembler, pour retrouver un projet universaliste qui dépasse les clivages. Éric Zemmour, par exemple, nous prédit la guerre civile. Moi, je pense qu’on ne peut se contenter d’un tel constat et qu’il nous faut travailler dur et tout faire pour éviter d’éventuelles confrontations violentes. 

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Dans le grand entretien qu’elle vous a accordé, la philosophe Corine Pelluchon estime que des anti-Lumières et des complotistes font “planer le risque d’États fascisants”. Pour répliquer, la gauche doit selon elle basculer dans un nouvel âge qui est l’âge du vivant. Elle semble vous avoir convaincu, pouvez-vous nous expliquer ?

Elle ne dit pas « la gauche », ça c’est vous qui le dites ! Corine Pelluchon ne se situe pas sur le plan partidaire ou politique, mais sur un plan de la recherche scientifique et des concepts philosophiques. Selon elle, le schème actuel de notre société c’est celui de la domination, et elle nous prévient que si on ne bascule pas du schème de la domination à celui de la considération, on n’y arrivera pas. Elle désigne les Lumières du XVIIIe siècle comme anthropocentrées. La seule chose qui comptait c’était l’homme, et le vivant autour devait impérativement être domestiqué et dominé. À l’époque, dit-elle, la nature était une géante et l’homme le prolétaire de la création. Aujourd’hui, la maîtrise et la domination de notre environnement sont telles que cela nous met nous-mêmes en danger. Selon Corine Pelluchon, il faut donc sortir de ce paradigme, pour entrer dans un paradigme de la coopération, de la considération plutôt que de la domination à tout prix. Certains vous disent qu’il faut être un guerrier parce que les autres le sont et que l’homme est un loup pour l’homme. D’autres, à l’instar de Corine Pelluchon, ont une autre façon de voir le monde et pensent que l’on peut basculer, si on comprend que notre survie sur la planète en dépend, d’un schème à l’autre, et supplanter la domination par la considération. 

Pour le physicien Étienne Klein, le progrès, c’était mieux avant ! Dans vos colonnes, il dit que nous devrions investir dans une certaine représentation du futur. Mais comment nos responsables politiques y parviendraient-ils, alors que la fin du monde avec le changement climatique est le seul horizon qu’ils nous proposent ?

Ce qu’explique Étienne Klein, c’est que lorsqu’il était jeune l’an 2000 était « configuré » c’est-à-dire qu’on était capable de l’imaginer, de se projeter, aujourd’hui qui est capable d’avoir la moindre idée de ce que seront les années 2050 ou 2100 ? Par conséquent nous vivons un moment anxiogène. On dit que gouverner, c’est anticiper. Donc construire une démarche politique qui nous permette de nous projeter, il apparaît que plus personne ne le fait. 

La notion de progrès n’a pas bonne presse actuellement cependant je pense qu’il faut continuer de la défendre. Quand je vais sur les plateaux télé et que je dis que je suis un progressiste, on me tombe tout de suite dessus parce que le progressisme est aujourd’hui associé à la mondialisation. Le progressisme n’est vu que sous l’angle ultralibéral et mondialisé, mais ce n’est pas du tout ce que je défends. Qu’on le veuille ou non, ce qui donne du sens à l’histoire de l’humanité c’est cet espoir dans le progrès. Mais un progrès soumis aux exigences de l’être humain, pas de l’argent ou de la technique.

C’est dur d’expliquer ça dans les médias car on n’y existe pratiquement plus que par l’outrance et la démesure du propos. La punchline plutôt que la raison. Étienne Klein a bien raison de dire qu’il faut que les gens modérés s’engagent immodérément. Lui-même formule dans la revue la proposition d’instruire les élèves et étudiants sur “l’histoire des sciences”. Proposition attrayante et qui pourrait facilement être reprise dans un programme politique. Il pense qu’on pourrait mieux éduquer à la science en retraçant l’histoire des découvertes. Une des manières de réhabiliter la science et la raison au sens large, c’est de faire comprendre comment on est arrivé à connaître ce que l’on connaît. Bachelard disait qu’en science, il fallait penser contre son cerveau. On est dans une époque des évidences faciles, on ne fait plus trop d’efforts de penser contre son cerveau. La société tout entière, dans son immédiateté, nous pousse à des formes d’investissements cognitifs extrêmement faibles. Étienne Klein présente à ce titre la Covid comme une occasion ratée de faire de la pédagogie scientifique à grande échelle. Pour lui, on ne vit pas une crise de la science, mais une crise de la patience, car on veut tout savoir tout de suite. 

Votre revue est donc riche d’exemples de réussites concrètes ou d’innovations au niveau local, dans ce qu’on appelle désormais “les territoires”. L’inspiration politique se veut-elle la revue de gauche ancrée dans le réel, là où d’autres titres comme l’Obs, Télérama ou le magazine du Monde ne versent plus que dans les thèses woke, féministes ou racialistes à la mode ?

Vous ne les trouverez pas dans la revue, pour une raison simple : notre ligne éditoriale ne partage pas du tout cette vision. J’assume parfaitement d’être de gauche, d’être une revue progressiste, mais je ne confonds pas la défense des classes populaires et la défense des minorités. Une partie de la gauche a fait, selon moi, l’erreur grossière de basculer de la défense des classes populaires à la défense des minorités. Bien sûr qu’il y a des minorités dans les classes populaires, mais on les défend du fait qu’elles appartiennent à la classe populaire et non parce qu’elles sont de telle couleur de peau, telle religion, tel sexe, etc.

Il y a plus de 10 ans déjà, dans La Diversité contre l’égalité, Walter Benn Michaels s’inquiétait qu’en France nous étions en train de faire comme aux États-Unis, en estimant que la question des discriminations était plus importante que celle de l’égalité sociale. Je ne me situe pas dans une gauche woke, parce que je pense qu’il ne faut se laisser dominer ni par les dominants ni par les dominés. La gauche que je défends est laïque et républicaine. C’est très important par rapport aux Lumières et à tout ce que nous évoquions, je ne suis pas contre le droit à la différence, mais si à un moment donné la différence implique l’impossibilité de l’universalisme, du moindre projet collectif, alors cela pose un gros problème. Le but des Lumières était une émancipation, une autonomie de l’individu, c’est-à-dire une capacité à penser par lui-même. Il faut retrouver cette ambition féconde d’une libération par la culture et la connaissance.

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Depuis la gifle reçue par le chef de l’État dans la Drôme, tous les bons éditorialistes bien-pensants nous prédisent la fin de la démocratie libérale ou du moins la fin d’une certaine culture démocratique. Partagez-vous cette inquiétude ?

Je constate la difficulté du débat aujourd’hui. Dans l’émergence du populisme, il y a la construction d’un « eux » et d’un « nous » en permanence, puisque le postulat du populisme est de construire cette dichotomie au risque de rendre les frontières infranchissables. C’est totalement anti-universaliste pour le coup. Dans cette construction chacun finit par se confiner dans des espaces affinitaires clos qui empêchent le débat d’avoir lieu. Ce qui m’inquiète le plus aujourd’hui c’est le fait que les positions ont tendance à se figer. Débattre, c’est le contraire de se battre, c’est dé-battre, c’est se donner les moyens de ne pas se battre. 

Alors, oui je pense qu’il y a une crise profonde de la démocratie. Mais le plus fort signe de cette crise n’est pas la gifle donnée à Macron ou la farine déversée sur la tête de Mélenchon, bien que ces actes soient pitoyables et à mille lieues de la politique telle que je la conçois, la vraie manifestation de la crise démocratique c’est l’abstention massive à laquelle on a fini par s’habituer. On a eu 16% de participation aux dernières élections législatives partielles. La démocratie, c’est la représentation, mais s’il n’y a plus de représentativité, où trouvera-t-on la légitimité politique ? 

Selon moi l’une des causes de cette désaffiliation massive des citoyens est le fait qu’on ait eu tour à tour au pouvoir la droite (Sarkozy), puis la gauche (Hollande) et enfin la droite et la gauche (Macron)  sans que rien ne change fondamentalement pour le peuple ! Pour beaucoup la seule option restante serait alors l’extrême droite et le Rassemblement National, une droite radicale et populiste. 

Je suis en total désaccord avec le RN, mais je ne fais pas partie de ceux qui le diabolisent, parce que je pense que c’est inutile et qu’au fond ils ne sont que les représentants d’idées qui ont gagné des pans entiers de l’électorat de notre pays. Je partage ce que dit la philosophe Cynthia Fleury : on vit une époque du ressentiment, et c’est quelque chose de profond et de sans doute dangereux car le ressentiment n’est pas un sentiment qui génère des actions positives. La mission que nous nous assignons à L’inspiration politique, c’est de montrer qu’il se fait aussi des choses en politique qui valent le coup d’être regardées, et que, même si nationalement on peut être insatisfait, il y a dans les territoires des milliers d’actions utiles et positives. C’est peut-être d’ailleurs des territoires que les solutions essentielles surgiront. 

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Biden-Poutine : Cowboy Joe rencontre le Tueur

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Joe Biden et Vladimir Poutine à la 'Villa la Grange', mercredi, 16 juin 2021, à Genève Patrick Semansky/ AP/SIPA AP22577152_000141

Lors du sommet de Genève entre Joe Biden et Vladimir Poutine, aucun des dirigeants ne cherchait à trouver une entente cordiale entre les deux puissances, mais plutôt à définir des repères stables et prévisibles pour encadrer leurs relations durablement conflictuelles. Ce manque d’ambition trouve son origine dans l’excès d’ambition du leader russe, un excès qui fait partie de l’histoire séculaire de son pays.


Lors de leur sommet hier à Genève, Joe Biden et Vladimir Poutine ont essayé de minimiser les attentes. L’enjeu principal a été de définir un nouveau cadre pour des relations jusqu’ici conflictuelles, des relations qu’aucun des deux hommes ne souhaite voir se transformer en une confrontation ouverte voire violente. Côté américain, les sujets qui fâchent sont nombreux, allant de l’accusation concernant l’ingérence russe dans les élections aux Etats-Unis à la guerre en Ukraine en passant par le sort d’Alexeï Navalni. Mais ces dossiers, aussi importants soient-ils – ainsi que le retour de la course à l’armement notamment nucléaire – ne font que cacher une divergence profonde et probablement irréconciliable entre la seule superpuissance et la troisième puissance militaire. Car ce que Poutine veut, Biden ne veut et ne peut lui donner.

Un géant aux pieds d’argile 

Depuis des siècles, la Russie s’avère être un géant aux pieds d’argile, même si à certaines époques elle arrive à masquer ses faiblesses. Elle a perdu la guerre de Crimée de 1853-1856. Elle a perdu la guerre russo-japonaise de 1904-1905, la première défaite d’un pays européen face à un pays asiatique à l’époque moderne. Elle a perdu la Première Guerre mondiale, ce qui a entraîné la chute du régime. Enfin, elle a perdu la guerre froide, une défaite qui a contribué à l’effondrement des successeurs des Romanov.

La Russie est toujours le plus grand pays du monde, mais l’étendue du territoire d’un pays importe moins que le dynamisme économique et le capital humain, domaines dans lesquels la Russie reste en retard

Pendant tout ce temps, le pays a été hanté par son retard par rapport à l’Europe, puis l’Occident, notamment dans les domaines technologique, militaire, industriel et économique. Cela a conduit à des périodes d’activité frénétique initiées et dirigées par le pouvoir, destinées à rattraper ce retard. Même la chute de l’URSS n’a pas mis fin à ce schéma de développement qui laisse peu de place au marché. Après la décennie Eltsine, Vladimir Poutine a continué l’approche traditionnelle en s’appuyant sur l’État pour combler le fossé entre la Russie et l’Occident.

Prise de vue aérienne près de Postdam, le 12 novembre 1989. Des Allemands passent de l’Est à l’Ouest alors qu’une ouverture a été effectuée dans le Mur © STEVENS FREDERIC/SIPA Numéro de reportage: 00178980_000001

Avec l’éclatement de l’Union soviétique en 1991, Moscou a perdu un territoire plus important que la surface de l’Union européenne. Elle a également perdu une part de l’Allemagne et ses autres satellites en Europe de l’Est, aujourd’hui membres de l’alliance militaire occidentale. Moscou ne contrôle pas non plus les États baltes ainsi que d’autres anciennes possessions, comme l’Azerbaïdjan, la Géorgie et l’Ukraine, Etats qui coopèrent plus ou moins étroitement avec l’Occident y compris sur des questions de défense et de sécurité.

La Russie est toujours le plus grand pays du monde, mais l’étendue du territoire d’un pays importe moins aujourd’hui pour le statut de grande puissance que le dynamisme économique et le capital humain, domaines dans lesquels la Russie reste, toujours, en retard, sans parler de sa faible dynamique démographique. Exprimé en dollars, le PIB russe s’est élevé en 2019 à 1,7 mille milliards, 15% moins que celui de l’Italie et moins que la moitié de celui de l’Allemagne. Certes, cet écart est moins important en termes de pouvoir d’achat, mais en termes comparatifs, l’économie russe ne représente que 1,5 % du PIB mondial et moins de 7% de l’économie américaine et, contrairement à cette dernière, son système économique est très dépendant de l’extraction de matières premières et d’hydrocarbures et par conséquent de leurs prix sur les marchés mondiaux. Quant au contexte géopolitique, il n’a cessé de se compliquer. Les Etats-Unis gardent une première place de superpuissance et la Chine est lancée à sa poursuite à grande vitesse.

La crainte de l’encerclement

Le facteur qui a façonné le rôle de la Russie dans le monde a été sa géographie unique: à l’exception de l’océan Pacifique et de l’océan Arctique, elle n’a pas de frontières naturelles. Tirée tout au long de son histoire par des évolutions, souvent turbulentes, en Asie, en Europe et au Moyen-Orient, la Russie se sent perpétuellement vulnérable et en proie à des tentatives d’encerclement. Quelles que soient les causes initiales de l’expansionnisme russe – souvent opportuniste – les élites militaires et politiques russes croient que seule une nouvelle expansion peut garantir les acquis territoriaux antérieurs. Traditionnellement, la sécurité de la Russie a donc été fondée en partie sur une expansion défensive au nom de la prévention d’attaques possibles.

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Aujourd’hui également, les petits pays situés aux frontières de la Russie sont considérés comme des têtes de pont potentielles pour les ennemis dont l’objectif est toujours d’encercler, d’étouffer et de soumettre la Russie. Ce sentiment a été renforcé à la suite de l’effondrement de l’URSS. Poutine considère tous les États frontaliers nominalement indépendants – y compris l’Ukraine – comme des plateformes au service des « puissances occidentales » – les Etats-Unis – désireuses de les utiliser contre la Russie.

Comme par le passé, la Russie appuie sa politique étrangère sur un État fort, considéré comme le seul garant de la sécurité, de ses intérêts vitaux et aussi de l’ordre intérieur. Sans surprise, les différents projets de construction d’États forts ont invariablement dégénéré en pouvoir personnel. Il est vrai qu’un mélange de patriotisme russe exacerbé et de ressentiment vis-à-vis de l’Occident semble être une caractéristique typiquement poutinienne ; un autre type de gouvernement russe, non dirigé par d’anciens du KGB, serait toujours confronté aux mêmes défis ancestraux : retard par rapport à l’Occident, géographie compliquée et un désir de jouer un rôle dans le monde. Comme le disait un auteur dont le nom m’échappe, la Russie n’a pas d’empire, la Russie, elle, est un empire… L’orientation de la politique étrangère russe est donc autant une réponse à des contraintes structurelles qu’un choix.

Un pays affaibli par son homme fort

L’euphorie suscitée par une politique rusée dans la guerre civile en Syrie ne doit pas masquer la gravité de la situation stratégique de la Russie. Un même mélange de faiblesse et de grandeur depuis plus d’une décennie a produit un leader qui tente un énorme bond en avant en concentrant le pouvoir entre ses propres mains, ce qui, à terme, pèse paradoxalement sur la capacité du pays à renforcer et à diversifier son économie et donc sur les autres dimensions de sa puissance. Rappelons également que les périodes de bonnes relations entre la Russie et les Etats-Unis sont rares. Ce n’est pas un hasard. Un fossé profond sépare les deux puissances qui ont des intérêts divergents mais une aussi des cultures politiques presque opposées (pensons au rôle de l’Etat, de l’individu, de l’entreprise et à la propriété privée). 

La Russie d’aujourd’hui, contrairement à l’URSS, ne menace pas de renverser l’ordre international. Moscou opère dans le cadre d’un jeu géopolitique classique de pouvoir et d’influence. Dans certains endroits et sur certaines questions, la Russie a la capacité de contrecarrer les intérêts américains, mais elle est loin de pouvoir lui poser une menace de la même manière que l’Union soviétique autrefois. Ce que veut la Russie aujourd’hui est que l’Occident reconnaît « une sphère d’influence » russe dans l’ancien espace soviétique. C’est le prix de Poutine et le point de friction qui a empêché une coopération durable. Et c’est exactement ce que, dans l’état actuel des rapports de force, Biden et ses successeurs dans un avenir proche lui refuseront.

La laïcité est un sport de combat

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Le ministre Jean-Michel Blanquer en déplacement à Dijon, le 17 mai 2021 © JC Tardivon/SIPA Numéro de reportage : 01019703_000055

Jean-Michel Blanquer, après avoir lu le rapport accablant que lui a remis Jean-Pierre Obin sur les rapports souvent distants qu’entretiennent enseignants et laïcité, a donc décidé de lancer un grand programme de formation pour remettre les professeurs dans le droit chemin de la loi de 1905. Souhaitons-lui bon courage…


Jean-Pierre Obin est un vieux routier de la laïcité. En 2004, il avait déposé sur le bureau de François Fillon un rapport sur l’Ecole face à l’obscurantisme religieux, rapport que le ministre, qui n’a jamais brillé par son intelligence ou son courage, s’était empressé d’oublier dans le plus profond des tiroirs de la rue de Grenelle. Alain Seksig et quelques autres, dont votre serviteur, s’étaient dévoués pour publier cum commento ledit rapport, deux ans plus tard. Sans effet notable — sinon que Seksig est aujourd’hui chargé de la cellule Laïcité au Ministère : on peut accuser Blanquer de tous les péchés d’Egypte et d’Israël, il a de la laïcité une conscience rectiligne.

Jean-Pierre Obin, désormais à la retraite, a récidivé en publiant en 2020 Comment on a laissé l’islamisme pénétrer à l’école (éditions Hermann). Ces hauts faits lui ont valu d’être chargé, trois mois après l’assassinat de Samuel Paty, d’un rapport sur la formation à la laïcité des personnels de l’Education nationale, qu’il vient de rendre et dont les détails sont parfois croustillants.

Nous pensions, nous qui sommes nés sous la IIIe République, ou presque, que le mariage enseignants / laïcité était endogamique. Une même foi dans la transmission des savoirs, une même volonté de « détruire l’Infâme », comme disait Voltaire en conclusion de ses lettres, animaient instituteurs et professeurs…

Hommage à Poissy après l’assassinat de Samuel Paty © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage: 00986699_000007

Ce fut longtemps vrai. L’instituteur de la IIIe République avait l’habit noir et les habitudes austères des curés qu’il voulait remplacer. Avec les « hussards noirs de la république » (Péguy), l’apprentissage de la grammaire ou de l’accession au trône de Clovis tenaient du catéchisme, parce qu’ils avaient foi en ce qu’ils enseignaient.

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No more, comme on dit dans cette France moderne qui promeut le « Pass » sanitaire en oubliant qu’en français, le mot se clôt sur un e muet. Profs et laïcité est une union exogamique, où chacun arrive bardé de certitudes et d’habitus, aurait dit Bourdieu, opposés et parfois incompatibles. La loi Jospin (1989) n’a-t-elle pas décrété qu’il fallait « respecter » l’élève et surtout lui donner toutes les occasions de s’exprimer, quitte à ce qu’il profère de larges imbécillités ? Le pédagogisme qui s’est imposé dans les Instituts de formation des maîtres en arrive, nous dit Jean-Pierre Obin, à proposer « des cours ou des mémoires infligés aux étudiants sur la « déconstruction » du discours officiel sur la laïcité, prétendant mettre à jour le « racisme systémique » d’un Etat « postcolonial » et « islamophobe ». » Rien que ça.

Ajoutez à ces délires, qui bénéficient de l’attention des médias, l’idée implantée profondément chez nombre d’enseignants que la laïcité serait « coercitive », « conçue pour brider l’expression  des religions » — comprenez celle de l’islam. D’où la promotion, dans les INSPE où Blanquer — c’est le péché mortel de son ministère — ne s’est jamais décidé à faire le ménage, d’une « nouvelle laïcité concordataire », invitant à faire des compromis avec l’islam en invitant des « égéries de la mouvance décoloniale ». Le vrai danger de l’islamo-gauchisme est là — dans la formation des maîtres.

En 1793, on aurait exécuté, après un jugement rapide, les agents de l’ennemi coupables d’avoir tenu de tels propos. Blanquer, dès son entrée en fonction, aurait dû révoquer les éléments les plus radicaux qui sévissent, encore et toujours, dans les ex-IUFM / ex-ESPE / INSPE. Parce qu’il s’agit, au fond, d’affaiblir la République, et de la livrer à ses ennemis. Monsieur le Ministre, à chaque hésitation sur la question laïque, demandez-vous ce qu’en aurait pensé Samuel Paty. Ou Danton.

Deux points sont essentiels.

D’un côté, la laïcité ne souffre d’aucun ajout. Il y a la laïcité, pas la « laïcité aménagée », ni la « laïcité à géométrie variable ». C’est comme le « je t’aime » : tout ajout (« je t’aime bien, beaucoup, passionnément, moi non plus ») est une corruption de la déclaration originelle, la seule que nous attendons.

Et il n’y a pas de « Français musulmans » (ni de Français catholiques, juifs, etc.). Il y a des Français. Et même pas « de culture musulmane » : quelle est la culture d’un Beur de Corbeil-Essonnes dont les parents eux-mêmes sont nés à Drancy ou Saint-Denis ? Le malheureux se dit « algérien » parce que des salopards qui ont propre agenda et se prétendent enseignants l’ont encouragé à partir à la recherche de ses « racines » — quelles racines ?

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Au-delà même de sa francité, il est tout bonnement un être humain. Et c’est l’humanisme universel qu’il faut lui enseigner, et non des fantaisies intersectionnelles qui l’enferment dans telle ou telle case. Le racisme est une réinvention des pédagogues qui ont voulu faire remonter à la surface des catégories identitaires et communautaristes qu’ils avaient inventées eux–mêmes. La lutte contre les discriminations imaginaires a inventé des discriminations qui n’existaient pas.

Les enseignants, ajoute Jean-Pierre Obin, ont un « fonds de culpabilité masochiste » qui les incite à aborder la République par ses supposés manquements, plutôt que par ses idéaux. Il n’y a pas de compromis à passer avec l’islam parce que pour l’Ecole, il n’y a ni islam ni catholicisme. Il y a des élèves. La tolérance des discours de haine sous prétexte de libre expression est la fabrique de la haine. Les mots inventent les maux.

Ce sont ces faux enseignants qui ont inventé le communautarisme. Ils ont, par peur de leurs élèves, tendu aux plus radicaux le couteau dont ils se serviront contre eux.

Alors oui, la formation des maîtres doit être repensée. Je ne suis pas un grand enthousiaste de la nouvelle formule du concours de recrutement du Secondaire, le CAPES, qui a encore réduit la part des savoirs disciplinaires. Mais l’entretien qui désormais sera l’épreuve déterminante à l’oral doit permettre de détecter les enseignants mous du genou, ou qui sont potentiellement la cinquième colonne infiltrée des anticolonialistes auto-proclamés. Il faut trier au nom des savoirs et au nom de la République. Et se débarrasser de tous ceux qui alimentent les discours de haine sous prétexte des meilleures intentions.

Les syndicats s’y opposeront, m’avait prévenu l’un de mes interlocuteurs. Ah oui ? Eh bien la tentation me prend parfois de ressusciter la loi Le Chapelier de 1791 interdisant tout groupement de corporations, qui étaient autant de groupes de pression. Un enseignant enseigne l’intolérance religieuse et la segmentation de l’unité française ? Révoqué. Un syndicat le défend ? Dissous. Après quelques exemples bien médiatisés, vous verrez que les professeurs, qui n’ont jamais trop brillé par leur courage, sauf exceptions (et je les salue), appliqueront la laïcité une et indivisible — comme la République.

Stéphane Ravier: « À Marseille, il faut aussi craindre l’islamo-droitisme! »

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Le sénateur Stéphane Ravier à la permanence parlementaire de Marseille © Causeur

À quelques jours du premier tour des élections régionales, rencontre à Marseille avec le seul sénateur du RN. Entretien.


Causeur. Vous soutenez la candidature de Thierry Mariani aux élections régionales de PACA des 20 et 27 juin prochains. Quels sont les axes phares du programme RN dans le sud ?

Stéphane Ravier. Il faudrait demander à l’intéressé ! (rires) J’observe la campagne de Thierry Mariani, mais n’y participe que par petites touches. Je le soutiens évidemment. Mais je ne suis pas candidat moi-même si ce n’est aux élections départementales en tant que simple suppléant. Sans détailler le programme de Thierry Mariani, je sais qu’il est l’homme dont la région a besoin. Tout d’abord il mène campagne sur la sécurité. Ce n’est pas une prérogative fondamentale de la région, mais celle-ci peut quand même agir dans les domaines dont elle est responsable, à savoir nos lycées et les transports.

J’ai rencontré il y a quelques jours la sécurité ferroviaire. Elle ne s’appelle même plus la “police ferroviaire”. Les agents que j’ai rencontrés s’en plaignaient, parce que quand les crapules voient « police », ils font encore un peu attention, alors que quand ils voient « sécurité », ils se permettent tout sans aucune retenue. La violence est de plus en plus forte, les forces de sécurité ne sont plus assez nombreuses pour l’endiguer. La sécurité ferroviaire est obligée d’escorter les contrôleurs dans leur travail. Quant aux lycées – à Marseille en particulier, mais pas seulement – ils sont devenus le lieu de tous les trafics. Le deal s’accompagne du racket, de la violence. Donc un gros effort sera entrepris pour investir humainement dans ces actions de sécurisation des transports et des lycées.

Par ailleurs, Thierry Mariani, s’il ne vient pas de notre famille politique, a un très beau CV au RPR et à l’UMP, il a été ministre de Nicolas Sarkozy. Ainsi, le monde économique de PACA s’intéresse à notre liste avec bienveillance.

Mais le candidat sortant Renaud Muselier a un bon bilan économique ! Depuis 2017, sa gestion a permis de réduire la dette. Ancien médecin urgentiste, n’est-il pas le profil idéal à la tête de votre région face à la crise du coronavirus ? Il a notamment commandé près de quatre millions de masques directement en Chine quand l’État traînait, il connaît bien Didier Raoult et a pris des initiatives pendant la crise.

Il a un diplôme de médecin, c’est un médecin urgentiste potentiel et il a le droit d’exercer : la belle affaire ! Je ne crois pas d’ailleurs qu’il ait beaucoup exercé. Pour ma part, je ne me sens pas moins proche de Didier Raoult que lui. Ce que je sais, c’est que M. Muselier n’en a pas franchement fait la promotion en réalité. Il n’a pas assuré sa défense lorsque les chiens ont été lâchés contre Didier Raoult.

Est-il bon gestionnaire ? J’ai été l’un des rares à regarder le débat l’autre soir, où M. Muselier a jonglé avec les millions. On a mis 100 millions là, 200 millions là, et 500 millions ici et encore 600 millions là. Il était peu convaincant. Et comment se fait-il que le magazine Capital classe la gestion de cette région comme étant l’avant-dernière de la France métropolitaine ? Juste avant celle de Xavier Bertrand, les deux qu’on nous présente comme les super cadors de la droite (rires). Nos super héros de la gestion, eh bien ils ont été classés par Capital et par Le Figaro comme étant les deux plus nuls, voilà la réalité. Muselier a fait partie de ces politiques décideurs de la désindustrialisation de notre pays. Or, gouverner c’est prévoir, et acheter 4 millions de masques pour faire tourner la machine économique chinoise après avoir détruit la machine économique française, ce n’est pas si brillant. En politique depuis longtemps, Renaud Muselier est aussi l’un des artisans de la désindustrialisation et de l’abandon de l’hôpital public. Venez voir dans quel état est l’AP-HM, l’Assistance publique des Hôpitaux de Marseille : 1 milliard d’euros de dettes, 900 millions d’euros de déficit ! Adjoint au maire de la ville pendant 13 ans, il nous dit que « personne ne conteste son bilan ». Si, si, nous, nous le contestons ! Et ce n’est pas la gauche qui est inaudible qui va pouvoir dire son mot ou être entendue, c’est nous. Son bilan est en réalité calamiteux. Un habitant des Bouches-du-Rhône reçoit par exemple 100 euros de moins de la région en moyenne qu’un habitant des Alpes-Maritimes. M. Estrosi s’est servi de la région pour gaver Nice ou les Alpes-Maritimes. Naïvement, on aurait pu croire qu’un Marseillais lui succédant, sans forcément faire la bascule de 100 de plus pour les Bucco-rhodaniens au détriment des Alpins aurait pu rétablir l’équité. Mais non : Muselier n’est pas un président libre, il est à la botte de M. Estrosi.

Que vous a inspiré le psychodrame entre LR et LREM, suite à la tentative de rapprochement puis au retrait de Sophie Cluzel dans la liste ?

Oh mais ce n’est pas une tentative de rapprochement, c’est une réussite ! Depuis Paris, en bonne et due forme, le Premier ministre Jean Castex a annoncé ce mariage forcé entre LREM et LR pour les électeurs, pour les militants. Nous nous amusons maintenant à donner à leur liste le nom des « Républicains en Marche ». Mais en Marche n’a en réalité pas d’implantation locale. Depuis les élections législatives, les députés ont disparu sur le terrain. Aux élections municipales, à Marseille, aucun élu LREM, donc aucune implantation locale. Mais voilà que M. Muselier vient leur offrir sur un plateau d’argent une existence, une renaissance. La République en Marche n’en attendait sûrement pas tant, mais, tout ça, c’est sans doute pour faire plaisir à Emmanuel Macron, en attendant, qui sait, un maroquin pour Estrosi, Muselier ou Falco s’il est réélu en 2022 ?

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M. Muselier n’est jamais en retard d’une connerie (rires), jamais en retard d’un truc assez ahurissant, et la commission d’investiture des Républicains s’est quand même retrouvée un petit peu embêtée. D’habitude, ils ne font pas ce type de manœuvres avant le premier tour.

Chez LR, tout le monde n’était pas d’accord, on a parlé de « trahison ».

Éric Ciotti, Nadine Morano, le sénateur Leroy je crois ou Bruno Retailleau qui n’est pourtant pas franchement le plus droitier se sont indignés. À un moment donné, l’éléphant dans le couloir, il finit par se voir. L’éléphant de la trahison, l’éléphant du rapprochement avec Emmanuel Macron ! Il en reste encore quelques-uns chez les LR qui écoutent la base, et ils ont bien mal aux tympans. Certains demeurent aussi sincèrement convaincus qu’il faut continuer à combattre Emmanuel Macron au vu des résultats de sa politique et de l’attitude de mépris qu’il a envers les Français. Les électeurs LR ne comprennent pas un tel rapprochement qui est en réalité une fusion : il y a 37 colistiers LREM dont 35 qui sont en position éligible. Thierry Mariani est donné vainqueur par trois sondages, même en duel, parce que trop, c’est trop.

Les colonnes des journaux sont remplies depuis quelques mois du terme « islamo-gauchisme ». Encore la semaine dernière, Jean-Luc Mélenchon a subi des accusations après ses propos polémiques sur Merah. De votre côté, vous parlez d’islamo-droitisme à Marseille. Qu’entendez-vous par cela ?

Je dénonce la même attitude à droite que ce qui s’observe à gauche, cette drague de l’électorat communautaire qui peut aller jusqu’à s’accoquiner avec des représentants de l’islam radical. Au Sénat, Valérie Boyer peut sembler être quelqu’un de déterminé face à l’islamisme.

Et pourtant, dans le secteur dont elle a été le maire, les 11ème et 12ème arrondissements, elle a participé activement à l’installation d’une mosquée islamiste dans le quartier dit « des Caillols ». Elle les a bichonnés, cocoonés, preuve en est les chiffres, qui ne mentent pas. Aux élections présidentielles de 2017, François Fillon fait seulement 11% dans le bureau de vote de cette cité, le quartier où est implantée la mosquée. Mais un mois plus tard, Valérie Boyer fait 51% dès le premier tour ! C’est peut-être le hasard, on n’en sait rien, ou alors toute la famille Boyer habite le secteur…

À droite aussi, la priorité de certains élus est d’être réélus, quitte à aller jusqu’à offrir des locaux à des individus qui ne cachent pas leurs tendances islamistes radicales.

Valérie Boyer draguerait les quartiers islamisés pour gagner des voix, selon vous ?

Je ne pense pas qu’elle se soit encore convertie (rires).

Mais politiquement en tout cas, elle s’est convertie à certaines pratiques. En plus de l’affaire des procurations dans les EHPAD, cela commence à faire beaucoup. Le nom de Mme Boyer n’est pas cité dans cette dernière affaire mais celui de son proche collaborateur Julien Ravier – aucun lien de parenté avec moi – oui. D’ailleurs en mars dernier, les LR ont conservé la mairie de secteur des 11ème et 12ème arrondissements de près de 300 voix. L’affaire n’est pas terminée. Le rapporteur public a reconnu qu’il y a eu des fraudes, peut-être 200 voix suspectes d’irrégularités. Mais comme ils ont eu 340 voix d’avance, ce n’est pas assez pour annuler l’élection.

Pour revenir à l’islamo-droitisme, vous avez aussi Mme Nora Preziosi qui était conseillère régionale et adjointe au maire de Marseille. C’est elle qui a été envoyée par Renaud Muselier à la réunion annuelle des musulmans du Sud organisée par les Frères Musulmans au parc Chanot. Muselier a ensuite démenti en disant : « ce n’est pas moi, c’est mon cabinet, c’était une erreur ». Il y a lors de cette réunion des déclarations extrêmement violentes à l’encontre des juifs, des apostats et des homosexuels. Mais le préfet m’a répondu : « je ne peux rien faire parce que c’est privé » !

L’année dernière, Nora Preziosi, et sa cousine éloignée Samia Ghali sont intervenues là-bas en terminant leurs allocutions respectives par « Incha’Allah ». La langue de Molière revue et corrigée par ces deux élues de la République. Et personne ne bronche. Un autre scandale : cette année, pour la fête de l’Aïd, dont la date coïncidait avec l’Ascension, le candidat LR aux élections départementales Jean-Maurice Saal a participé à une prière de rue organisée par la Mosquée des Cèdres. Cette mosquée est pourtant connue pour son radicalisme : en 2019, elle avait invité un prédicateur islamiste fiché S, Eric Younous. À Marseille, il faut donc aussi craindre l’islamo-droitisme !

Emmanuel Macron s’est fait gifler le 8 juin. Est-ce que le climat social en France vous inquiète ?

Le chef de l’État, c’est le chef de l’État. On peut – comme c’est mon cas – ne pas apprécier du tout sa politique, nous sommes nombreux à dénoncer ses positions, ses déclarations sur les Français « Gaulois réfractaires », « fainéants ». On peut également ne pas soutenir sa volonté de déconstruire l’histoire de France, de la salir, de la tronquer, de la revisiter. Mais, qu’on le veuille ou non, jusqu’en 2022, il reste le chef de l’État. Et s’il y a une gifle qu’on peut lui mettre, plus sévère cette fois, une fessée même, c’est la fessée électorale, c’est le bulletin de vote. La fonction doit être respectée. C’est vrai que lui ne respecte pas les Français, mais ce n’est pas une raison pour s’abaisser à son niveau.

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Donc non, pas de violence, bien sûr. Nous en avons été victimes si souvent et nous le sommes encore. Combien de permanences, de nos amis, de nos militants sont attaqués sans que cela ne fasse une ligne dans les journaux ? Combien de nos militants, par le passé ont subi la violence sociale d’être licenciés parce que l’on a su qu’ils étaient militants du Front national ? La violence politique on la connaît, on la subit, et il n’y a pas de raison que nous disions « c’est votre tour, maintenant, bien fait pour vous ».


Contactée par Causeur, la sénatrice Valérie Boyer a donné la réponse suivante

Alors que je n’étais pas Maire des 11e et 12e arrondissements de Marseille, un bail emphytéotique a été signé en 1999 entre la Ville de Marseille et l’association culturelle « Jeunesse 11/12 ».
Malheureusement le bail a été détourné de son objet initial. En effet en 2014 cette association culturelle a passé une convention d’occupation des locaux avec l’association cultuelle « les Jardins de la Paix ».
Ayant hérité de cette situation j’ai décidé trois mois après mon élection comme Maire de Secteur et suite aux nombreuses inquiétudes des habitants des Caillols, d’alerter régulièrement l’autorité préfectorale et le Maire de Marseille tout en respectant leur volonté de discrétion.

À aucun moment ni comme Maire des 11e et 12e arrondissements, ni comme Députée, je n’ai été associée ou informée par les services préfectoraux des dérives salafistes dans le secteur et ce malgré mes interrogations.
Je veux rappeler qu’à l’occasion des conseils d’arrondissements et municipaux je me suis à plusieurs reprises exprimée publiquement sur ce sujet.
Depuis de nombreuses années je mène un combat sans relâche contre l’extrémisme religieux, notamment l’islam radical, et ce malgré les menaces des islamistes radicaux d’un côté et de l’autre, les attaques du Rassemblement national de l’autre, qui peine à exister dans les 11e et 12e arrondissements de Marseille.

Enfin, le 4 mai 2018, le 21 novembre 2018, le 28 janvier 2019 et enfin le 19 février 2019 j’ai adressé un courrier au Préfet de Police (Olivier de Mazières à l’époque). En effet, aujourd’hui nous ne connaissons ni le nombre de mosquées salafistes, ni leurs moyens de financements.
En réponse à ce courrier, il avait été précisé qu’à « ce jour il n’a pas été rapporté d’éléments ou d’informations démontrant que ce lieu de culte se trouve en rupture avec les valeurs de la République, à tout le moins lors des discours des prêches du vendredi. Il demeure toutefois que ce lieu est fréquenté majoritairement par des fidèles relevant de la pratique la plus fondamentaliste de l’islam ».

J’ai interpellé par la suite le Ministre de l’Intérieur en lui adressant un courrier le 25 février 2021. 
Depuis, un arrêté municipal de fermeture a été pris.

Je reste convaincue que nous devons nous attaquer à la racine du Mal avec la dissolution immédiate de tous les mouvements se réclamant du salafisme ou des Frères musulmans.

L’équipe de France, championne du conformisme

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Les Bleus sont connus pour défendre les idéologies et les nobles causes en vogue. Il était prévu qu’ils posent un genou en terre avant le lancement du match France-Allemagne pour soutenir Black Lives Matter. L’analyse de Philippe Bilger.


Qu’on m’entende bien: je vais regarder avec passion le match Allemagne-France et j’espère que les Bleus l’emporteront. Mais est-il nécessaire qu’ils se couvrent de ridicule juste avant le coup d’envoi en mettant un genou à terre pour montrer leur détestation du racisme et soutenir le mouvement « Black Lives Matter » ? Le pire est qu’ils vont renouveler ce geste à chaque début de match. C’est leur capitaine, le remarquable et en général lucide Hugo Lloris, qui nous l’a annoncé. À vrai dire, je ne nourrissais pas trop d’illusions à cause de certaines prémices ponctuelles, de tel ou tel choix validé par la LFP (ligue de football professionnel) qui a une incoercible propension à l’erreur sur beaucoup de plans, récemment avec sa complaisance financière à l’égard d’Amazon et cette étrange sélection au détriment de Canal Plus.

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Les joueurs Kylian Mbappé et Antoine Griezmann qui ont sans s’informer, contre la police, soutenu la cause de Michel Zecler et qui n’ont jamais révisé leur position malgré des précisions qui auraient dû les conduire à le faire. Le premier, à l’évidence, mène des combats qu’il veut humanistes mais qui sont clairement unilatéraux. Youssoupha, personnalité plus que contestable pourtant distinguée pour composer un hymne au demeurant médiocre. Péripétie tellement pitoyable que personne n’a voulu en assumer la responsabilité. Malgré ces signes précurseurs je n’étais pas sûr du pire. Les joueurs avaient le droit d’être citoyens en dehors du match ou après mais ils se sont abandonnés à une démagogie constituant leur humanisme, à cause du lieu et du moment, comme un humanisme « de bazar ». On pourrait tellement objecter à cette posture qui trouve le moyen de discréditer une belle cause dans son principe que je ne sais par où commencer.

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Tout est cul par-dessus tête

Pourquoi seulement « Black Lives Matter » ? Les vies blanches n’ont aucune importance ? Cette discrimination n’est-elle pas un racisme à rebours ? Pourquoi cette mobilisation pour George Floyd qui a été victime d’un étouffement criminel dont son auteur sera lourdement condamné ? Parce qu’il est noir et qu’il a été victime d’un meurtre… Mais par honnêteté, les médias n’auraient-ils pas pu éviter d’en faire une sorte de saint avant, comme si l’atrocité d’après devait tout purifier ? Si les footballeurs sont prêts à affronter, à chaque match, l’incongruité plus grotesque qu’émouvante de ce genou à terre, qu’ils n’hésitent pas à me consulter comme beaucoup de ceux qui me suivent. S’ils tiennent à tout prix à apparaître pour des sportifs citoyens même quand la séquence est inappropriée, nous pourrions mettre à leur disposition, au nom de l’universel et d’une impartialité irréprochable, une multitude d’objectifs, de soutiens et de luttes.

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Par exemple, un jour, ils pourraient s’agenouiller pour les policiers massacrés, pour Samuel Paty égorgé, en s’engageant pour Mila et la liberté d’expression, pour condamner l’islamisme meurtrier, pour tant de victimes de toutes couleurs, au nom d’une conception d’équité et de vérité. S’ils étaient animés, ainsi que ceux qui les inspirent, par une authentique morale et non pas une éthique fluctuant selon le goût du jour, ils n’auraient que l’embarras du choix. Mais, si j’ai le droit de rêver, je ne suis pas obtus au point d’imaginer que ce miracle se produira. Cette équipe de France pousse au paroxysme le vice fondamental de notre société dont la dénonciation mériterait de longs développements. Plus personne ne reste à sa place et n’exerce sa fonction, seulement sa fonction, mais le mieux possible. On n’a plus qu’une envie : bouleverser la nature, la culture, la normalité légitimée par le bon sens et les siècles.

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Le monde à l’envers

Le président ne préside pas seulement mais se fait prendre en photo quand on ne le gifle pas, les ministres sont aussi candidats aux régionales, pour être garde des Sceaux il faut avoir détesté la magistrature, les coupables sont compris mais les victimes laissées pour compte, l’Histoire est un réquisitoire contre la France, le peuple a évidemment tort puisqu’il est populiste, les oppositions se désarment, les journalistes n’informent plus mais dénoncent, ne questionnent pas ou alors par réponses interposées, les experts n’en sont plus, chacun se présente tel l’expert de soi-même, la vie n’est plus un bonheur mais le prétexte à coaching, les professeurs n’enseignent plus mais assurent la discipline tant bien que mal ou parlent de laïcité, toucher est forcément agresser, imaginer est raconter sa vie ou parler de ses géniteurs, la dérision se pousse du col et se prend pour de l’intelligence, les humoristes ne font plus rire mais assènent des leçons, les acteurs signent des pétitions, les intellectuels ont oublié de penser pour nous abreuver du contraire : leurs certitudes et préjugés, la liberté d’expression doit être décente et convenue pour être acceptée, la judiciarisation plus que la liberté de l’esprit, certains magistrats font de la politique, policiers et gendarmes qui doivent nous protéger sont à protéger, des citoyens, plutôt que de voter, défilent, protestent et préfèrent la violence à la tranquillité démocratique, la haine, parce que le langage est devenu trop pauvre, a pris la place du débat, la pathologie et l’hystérie la place de la contradiction, tout est cul par-dessus tête.

Alors, pourquoi pas un genou à terre avant France-Allemagne ? On n’est plus à une absurdité près.

NB: Il y a des miracles.

Le 15 au soir, les Bleus ne se sont pas agenouillés.

Le pire n’est pas toujours sûr. Leur capitaine a expliqué qu’à la suite d’une décision collective, ils s’étaient abstenus, leur motivation essentielle étant que faute d’être adoptée par toutes les équipes dans ce championnat d’Europe, leur démarche n’aurait pas eu grand sens. On sait en effet que certaines l’ont refusée. J’aurais préféré une explication plus positive consistant par exemple à avoir recouvré le sens du ridicule.

Mais il ne faut pas trop en demander •

Justice partout, police nulle part

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Des policiers lillois rendent hommage à Stéphanie Monfermé, la fonctionnaire de police assassinée par un terroriste islamiste à Rambouillet, 30 avril 2021 © Denis Charlet / AFP

La police pourrait faire régner l’ordre dans les « quartiers » si elle en avait encore le droit. Législateurs, médias et surtout magistrats l’ont progressivement dépouillée de ses moyens et de sa capacité d’intervention. Il est temps d’entendre son cri d’alarme et de dégoût.


Un policier fonctionne en marge de la société, comme le chien de berger est en marge du troupeau. Et si celui-ci peut oublier sa condition de proie, c’est parce que celui-là ne dort jamais. Policier n’est pas un métier : c’est une vie. Le chien n’a pas à être aimé du troupeau, il n’a besoin que de pouvoir combattre librement le loup. Et pour cela, on ne doit pas le museler, ni lui lier les pattes, ni lui demander de soigner le troupeau. Le berger ne doit pas se mêler non plus de trouver des excuses au loup, et ce n’est pas parce qu’on lui promet d’augmenter sa ration que le chien acceptera qu’on le livre au loup.

Subversion politico-médiatique

La police n’a jamais été aimée – la gendarmerie, historiquement implantée dans des zones à dominante rurale dont les habitants ont des valeurs plus saines, bénéficie d’un a priori plus favorable. Dans les sociétés latines, vouloir changer cela est peine perdue, raison pour laquelle les comparaisons oiseuses avec des polices anglo-saxonnes ou nordiques sont d’une stupidité abyssale. Dans un pays comme la France où chacun conteste tout, où les règles les plus absolues ne sont plus vues que comme simples bases de négociation, la police doit tout simplement être respectée, voire crainte, car c’est le seul moyen de stopper les protestations et récriminations autrement perpétuelles. Et pour cela, elle dispose de deux moyens : la force dont elle est capable de faire preuve et l’assurance pour ceux qui veulent s’y opposer de subir les foudres de la justice.

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Évacuons d’abord rapidement la question des moyens : s’ils font partie du problème, ils n’en sont pas le cœur. Pour donner un seul exemple qui suffit à résumer la misère matérielle dans laquelle la police travaille depuis toujours : dans les années 1980, le ministère de l’Intérieur était incapable de doter ses policiers d’un armement décent, au point que ces derniers avaient été autorisés, sur leurs deniers personnels, à acheter et à porter en service les armes de poing de leur choix. Cela n’empêchait pas qu’à l’époque, les auteurs de crimes et délits étaient recherchés, identifiés, interpellés et déférés devant la justice, puis condamnés et incarcérés. Et lorsqu’ils ressortaient de prison, ils craignaient encore davantage l’action des forces de l’ordre qu’avant d’y entrer.

Cérémonie d’hommage à Éric Masson, policier de 37 ans tué par balles lors d’un contrôle sur un point de deal, Avignon, 9 mai 2021 © AP Photo/Daniel Cole

Contrairement à ce que certains catastrophistes racontent, les forces de première et deuxième catégories suffiraient à reprendre en main le pays, si celui-ci acceptait les conditions de la reconquête. Et la première d’entre elles, pour les fonctionnaires et militaires concernés, serait de ne plus avoir à combattre leur peur. C’est bien moins celle d’être blessé, car tout membre des forces de l’ordre sait que ce métier est aussi un combat, que celle d’être crucifié à la moindre erreur, et même au moindre soupçon, par des politiques et des mass media haineux, suivis par la cohorte des dizaines de millions de charognards qui s’imaginent que leur appétit de violence virtuelle et d’histoires policières hollywoodiennes les a transformés en spécialistes du sujet, alors même que la quasi-totalité s’évanouirait à la vue d’une goutte de leur propre sang et brûle des bougies en sanglotant au moindre accident de la route. Et les policiers savent que le même public qui, actuellement, affirme soutenir inconditionnellement la police recommencera à lui cracher dessus aussitôt qu’une vidéo tronquée et retravaillée par la subversion politico-médiatique mettra à nouveau en cause une action policière.

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Comme l’a dit un ancien ministre de l’Intérieur, les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Les policiers ne croient plus rien. Ils n’ont d’ailleurs même plus envie qu’on leur parle. Ni l’État ni le public et surtout pas les médias. Ils ne veulent pas d’adaptations du système, de nouveaux sparadraps, une nouvelle couche réglementaire ou légale, l’aumône de quelques dizaines d’euros supplémentaires par mois. Ils veulent un changement de paradigme. Ils veulent que chacun retrouve la place qui est la sienne dans une société normale, c’est-à-dire que les policiers soient vus pour ce qu’ils sont – des combattants aux frontières internes au pays, celles qui séparent la civilisation de la barbarie, l’ordre du chaos – et qu’on arrête de s’imaginer qu’on peut traiter les barbares comme des gens civilisés. Et que si l’on doit toujours appliquer les lois voulues par les gens civilisés, elles doivent l’être sans pitié, et même férocement, afin que les barbares en craignent à nouveau les conséquences.

Un système judiciaire en faillite

Le principal ennemi de ce changement de paradigme est bien évidemment, comme affirmé le 19 mai dernier par le responsable du plus important syndicat de policiers, le système judiciaire. Car la justice n’en a plus que le nom. Sous l’influence de l’irénisme, de l’excusisme et même de la haine subversive d’une certaine gauche, contre lesquels la droite n’a rien fait, la procédure inquisitoire propre au droit pénal français, au sein de laquelle policiers et magistrats enquêtent à charge et à décharge, a été dénaturée par l’apport d’éléments accusatoires issus du droit anglo-saxon, qui déséquilibrent la procédure en faveur des délinquants, multiplient les risques d’erreurs formelles et donnent à manger aux avocats en les faisant intervenir là où ils ne servent à rien en droit français. Et contrairement aux affirmations partisanes, cela n’augmente en rien les droits du mis en cause à être traité de manière équitable : cela ne fait que multiplier les occasions de vices de forme, avec libération du délinquant sur ces seules bases sans jugement sur le fond. Et ces risques sont présents non seulement au niveau policier, mais à tous les stades du procès pénal, puisque parquetiers et juges d’instruction ont eux aussi à avancer dans cette jungle sans cesse plus épaisse et mouvante.

Être policier, c’est aussi avoir entendu toutes les excuses possibles pour justifier des méfaits les plus monstrueux. Un policier préfère considérer les faits.

Dans le même temps, au fil des décennies, à bas bruit, le législateur a également supprimé des dispositions de bon sens, telles que la présomption de légitime défense de tout citoyen réagissant à une intrusion de nuit à l’intérieur de son domicile ou les peines minimales, permettant à un magistrat de s’affranchir de la volonté du peuple de voir réprimer les crimes et délits, tout cela sous la même influence du lobby juridico-associatif pro-voyous, qui, à force de propagande, a réussi à faire admettre, contre l’évidence, que le système pénal était fait pour réinsérer et rééduquer, alors que son seul but a toujours été la protection de la société, réinsertion et rééducation n’en étant que deux des moyens annexes, dont le principal est la répression.

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Cette faillite d’un système judiciaire qui, il y a quarante ans, permettait encore de réguler la délinquance, a donc été voulue, en premier lieu par les magistrats, sur de seules bases idéologiques. Il est donc bien normal qu’on les accuse de laxisme, et bien anormal qu’ils ne puissent en être tenus individuellement pour responsables. Quant à leurs pauvres justifications, le manque de places de prison, les problèmes matériels ou leurs hypocrites affirmations sur la systématicité de la réponse pénale, les policiers s’en moquent. Être policier, c’est aussi avoir entendu toutes les excuses possibles pour justifier des méfaits les plus monstrueux. Un policier préfère considérer les faits.

La sacro-sainte indépendance des magistrats

Or, aucune organisation professionnelle de magistrats n’a jamais protesté contre l’impossibilité de la bonne application du Code pénal. Aucun juge ne s’est ému de la disparition des peines minimales, quand ils protestent tous ou presque contre leur retour. Et inutile d’évoquer une hypothétique « majorité silencieuse » de magistrats qui voudrait le retour du bon sens en matière judiciaire : le Syndicat de la magistrature ne s’étant jamais gêné pour prendre des positions allant du grotesque au scandaleux, les magistrats ne se sentent donc pas tenus par un quelconque devoir de réserve. Aujourd’hui, alors que militaires, policiers et gendarmes ont tous pris la parole malgré les risques disciplinaires, si les juges avaient voulu prendre publiquement position pour défendre le pays, ils l’auraient déjà fait.

La réalité, c’est que par pure idéologie donc, et malgré la faillite du système pénal, les magistrats se satisfont de continuer à mettre en œuvre des mesures alternatives totalement inefficaces, et à l’instar des tenants du pédagogisme dans l’Éducation nationale, affirment qu’il faut encore plus de moyens, et s’enfoncer toujours davantage dans ces politiques afin qu’elles deviennent efficaces, alors que cela fait déjà trente ans qu’elles échouent. Et pour dissimuler cette incurie, afin de faire passer ces gadgets et emplâtres sur jambes de bois pour une répression des crimes et délits dont souffrent les Français, ils les nomment « réponse pénale ».

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Les magistrats ne sont au fond soucieux que d’une chose : leur sacro-sainte indépendance. Au point que toute demande qui leur est adressée, par exemple de se sentir comptables de l’état du pays, est vue comme une tentative de faire pression sur eux ; au point qu’ils s’imaginent gardiens du droit, alors qu’ils n’en sont que les praticiens ; au point qu’ils se croient créateurs du droit par la jurisprudence, alors que c’est fondamentalement à la représentation nationale de décider de la loi, et qu’ils prétendent exprimer leur avis sur ce qu’elle vote au mépris du principe de la séparation des pouvoirs dont pourtant ils se revendiquent en permanence, bien qu’ils ne soient pas un pouvoir mais une simple autorité.

Finalement, ils en sont venus à s’imaginer qu’ils sont aussi indépendants de la volonté du peuple, au nom duquel ils prétendent pourtant rendre la justice, et ils se moquent éperdument des aspirations du pays, car ils sont égarés dans une vision désincarnée du monde, qui n’est en phase qu’avec leurs obsessions idéologiques.

Baudelaire, Véran et Darmanin: haschisch ou Lexomil?

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Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.


« Il est vraiment superflu, après toutes ces considérations, d’insister sur le caractère immoral du haschisch. Que je le compare au suicide, à un suicide lent, à une arme toujours sanglante et toujours aiguisée, aucun esprit raisonnable n’y trouvera à redire. » Non, il ne s’agit pas d’une déclaration de Gérald Darmanin s’opposant à l’intention de certains députés, y compris de la majorité, de légaliser le cannabis. C’est Charles Baudelaire qui s’exprime avec une telle sévérité. L’image fausse que l’on a du poète d’Enivrez-vous en a fait un amateur de tout ce qui pouvait chasser son spleen. Baudelaire, dans Les Paradis artificiels se livre, au contraire, à un réquisitoire contre une substance qui finit par casser la volonté sans pour autant calmer la souffrance. Le diagnostic sera d’ailleurs partagé par le poète Henri Michaux qui consacrera à la drogue un recueil intitulé Misérable miracle.

Le 26 mars 2021, Olivier Véran, pourtant, annonçait : « C’était un de mes engagements de médecin, je l’ai porté à l’Assemblée nationale en tant que député, et je suis fier de l’annoncer en tant que ministre : la France expérimente l’usage médical du cannabis. » Baudelaire aurait, là, applaudi des deux mains. Sa biographie révèle que ses premières prises de cannabis étaient liées à des névralgies violentes, comme il l’écrit dans une lettre à Sainte-Beuve : « Il y a bien longtemps que j’aurais dû vous répondre ; mais j’ai été saisi par une névralgie à la tête qui dure depuis plus de quinze jours ; vous savez que cela rend bête et fou. » Le problème est que les médecins à l’époque de Baudelaire n’avaient pas mis au point ce fameux cannabis thérapeutique.

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Gérald Darmanin, lui, depuis son fameux « Je ne légaliserai pas cette merde », a provoqué la colère d’Éric Correia, élu de la Creuse, département pilote dans la culture du cannabis médical : « Je regrette qu’il mène ce combat contre le cannabis en mélangeant son utilisation thérapeutique et récréative. » D’autant plus que la France est une championne de la consommation de drogues légales comme les anxiolytiques, ce qui n’est pas sans rappeler Le Meilleur des mondes. Huxley montre comment sa société dystopique tient grâce au soma : « Il y a toujours le soma pour calmer votre colère, pour vous réconcilier avec vos ennemis, pour vous rendre patient et vous aider à supporter les ennuis. On avale deux ou trois comprimés d’un demi-gramme, et voilà. Tout le monde peut être vertueux, à présent. On peut porter sur soi, en flacon, au moins la moitié de sa moralité. »

Autant dire qu’il demeure une certaine hypocrisie sur la question et qu’on peut préférer que les futurs Baudelaire soient calmés par le cannabis thérapeutique plutôt qu’assommés par le soma-Lexomil.