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Baudelaire, Véran et Darmanin: haschisch ou Lexomil?

Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.


« Il est vraiment superflu, après toutes ces considérations, d’insister sur le caractère immoral du haschisch. Que je le compare au suicide, à un suicide lent, à une arme toujours sanglante et toujours aiguisée, aucun esprit raisonnable n’y trouvera à redire. » Non, il ne s’agit pas d’une déclaration de Gérald Darmanin s’opposant à l’intention de certains députés, y compris de la majorité, de légaliser le cannabis. C’est Charles Baudelaire qui s’exprime avec une telle sévérité. L’image fausse que l’on a du poète d’Enivrez-vous en a fait un amateur de tout ce qui pouvait chasser son spleen. Baudelaire, dans Les Paradis artificiels se livre, au contraire, à un réquisitoire contre une substance qui finit par casser la volonté sans pour autant calmer la souffrance. Le diagnostic sera d’ailleurs partagé par le poète Henri Michaux qui consacrera à la drogue un recueil intitulé Misérable miracle.

Le 26 mars 2021, Olivier Véran, pourtant, annonçait : « C’était un de mes engagements de médecin, je l’ai porté à l’Assemblée nationale en tant que député, et je suis fier de l’annoncer en tant que ministre : la France expérimente l’usage médical du cannabis. » Baudelaire aurait, là, applaudi des deux mains. Sa biographie révèle que ses premières prises de cannabis étaient liées à des névralgies violentes, comme il l’écrit dans une lettre à Sainte-Beuve : « Il y a bien longtemps que j’aurais dû vous répondre ; mais j’ai été saisi par une névralgie à la tête qui dure depuis plus de quinze jours ; vous savez que cela rend bête et fou. » Le problème est que les médecins à l’époque de Baudelaire n’avaient pas mis au point ce fameux cannabis thérapeutique.

À lire aussi, Stéphane Germain : Cannabis: prohibition, piège à cons

Gérald Darmanin, lui, depuis son fameux « Je ne légaliserai pas cette merde », a provoqué la colère d’Éric Correia, élu de la Creuse, département pilote dans la culture du cannabis médical : « Je regrette qu’il mène ce combat contre le cannabis en mélangeant son utilisation thérapeutique et récréative. » D’autant plus que la France est une championne de la consommation de drogues légales comme les anxiolytiques, ce qui n’est pas sans rappeler Le Meilleur des mondes. Huxley montre comment sa société dystopique tient grâce au soma : « Il y a toujours le soma pour calmer votre colère, pour vous réconcilier avec vos ennemis, pour vous rendre patient et vous aider à supporter les ennuis. On avale deux ou trois comprimés d’un demi-gramme, et voilà. Tout le monde peut être vertueux, à présent. On peut porter sur soi, en flacon, au moins la moitié de sa moralité. »

Autant dire qu’il demeure une certaine hypocrisie sur la question et qu’on peut préférer que les futurs Baudelaire soient calmés par le cannabis thérapeutique plutôt qu’assommés par le soma-Lexomil.

Les Paradis artificiels

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LE MEILLEUR DES MONDES

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Les quatre dangers de la loi de bioéthique


Loin de rejeter en bloc la loi de bioéthique, je m’élève contre un gouvernement qui oublie qu’une loi concerne tous les citoyens sans exception.

La convention internationale des Droits de l’enfant (1989) considère dans son préambule que « l’enfant, en raison de son manque de maturité physique et intellectuelle, a besoin d’une protection spéciale et de soins spéciaux, notamment d’une protection appropriée, avant comme après la naissance ». Pourtant, cette loi ne semble pas prendre en compte l’enfant en tant que sujet. Seuls le droit au bonheur et le droit à l’enfant paraissent avoir présidé à l’élaboration de ce texte.

Quatre menaces existent :

La violence

La violence faite aux enfants nés par PMA et par GPA. La GPA est la suite logique de la PMA pour toutes les femmes (célibataires et homosexuelles), car il n’est pas possible d’empêcher longtemps les hommes dans la même situation, de bénéficier de tels droits.

Les donneurs de gamètes ne seront plus anonymes pour la plupart des enfants nés par PMA. Cependant, pour ceux qui sont nés avec des donneurs anonymes et pour ceux à qui on apprendra tardivement leur conception la violence sera toujours présente. Violence d’un secret enfin révélé. Etaient-ils si peu de chose pour que l’on ait omis de les informer et de les laisser ignorants de cette moitié d’eux-mêmes ? C’est une atteinte à leur dignité.

Violence du secret lui-même. Les enfants découvrent que ce constitue une grande part de leur patrimoine génétique et de leur personnalité n’est pas ce qu’ils croyaient. Ils se sentent vides ou amputés selon leur expression. Le succès des recherches généalogiques, l’engouement pour les méthodes de développement personnel prouvent combien nos concitoyens sont à la recherche de ce qui peut les aider à se situer dans leur environnement relationnel. Savoir d’où l’on vient, qui on est, où l’on va. Connaître ses racines, c’est aussi se mettre en lien en correspondance avec une communauté humaine plus large. Le roman familial est un fantasme nécessaire à chaque être humain. N’est-il pas dangereux de laisser les futurs parents d’enfants nés de PMA et GPA libres de toute responsabilité dans ce domaine ?

Le triomphe de l’hédonisme

Il est à l’œuvre dans la société de consommation. La recherche du plaisir immédiat, le désir satisfait à tout prix, l’émotion plutôt que la réflexion ou le narcissisme qui animent dans un sentiment de toute puissance les futurs parents, encouragés par les médias et accompagnés par les moyens techniques que fournit la science médicale, ne sont pas des fondements raisonnables à l’éducation des « bénéficiaires » de la PMA.

A lire aussi, Agnès Thill: Les Français ne se sont pas assez chamaillés sur la loi bioéthique

Comment allons-nous faire grandir ces enfants dans la conscience d’autrui et de la société ?

L’eugénisme

Tant décrié pour ce qu’il a représenté au XXe siècle… et pourtant parfaitement présent dans les conséquences de ce texte de loi. Il y aura demain des bébés sur catalogue (c’est déjà le cas aux Etats-Unis ou dans certains pays européens). Dans un premier temps, cela sera réservé aux parents les plus fortunés : pourquoi ne pas avoir un bébé de premier choix, quand on peut se le payer ?! Puis, comme pour tous les produits de consommation, cela deviendra accessible à tous.

L’amour des animaux réglemente aujourd’hui la destruction des poussins avant l’éclosion de l’œuf et bientôt avant que leur cœur batte (embryon de quatre jours) mais on n’interdit pas les IMG -interruption médicale de grossesse- jusqu’au 9e mois (n’oublions pas que les premiers battements de cœur de l’embryon humain surviennent dès la sixième semaine).

Les bébés médicaments et les chimères ne rentrent pas encore dans l’arsenal scientifique, mais ces expériences déjà réalisées en Chine et au Japon le seront probablement en France dans l’avenir. Les futurs parents sont-ils conscients de la vie qu’ils veulent donner et de celle qu’ils ont choisi d’ignorer ?

La science et ses limites

Avons-nous toute la connaissance scientifique pour dire que tel type de procréation présente plus ou moins de dangers qu’un autre pour ces futurs embryons ?

La GPA est présentée comme un magnifique acte d’amour (généralement bien rétribué) d’une personne pour des couples ne pouvant pas procréer. Acte sans conséquence sur l’enfant, puisque toutes les gamètes mâles et femelles proviennent de donneurs et donneuses externes. Pourtant, nous en découvrons peu à peu beaucoup sur la vie intra-utérine (sensations, perceptions, émotions, échanges entre le sang fœtal et le sang de la mère porteuse). Nous savons aussi que l’accouchement par césarienne peut interférer avec la composition macrobiotique de l’intestin du nouveau-né et influer sur sa fonction immunologique. Combien de futurs parents sont avertis de ce type de « dommages collatéraux » ?

La loi de bioéthique ne prendrait de sens que dans un schéma de responsabilité générale, où des minorités ne pourraient jouir de nouveaux droits qu’en s’inscrivant dans un parcours pédagogique les amenant à un meilleur respect d’autrui et de la société qui leur permet de satisfaire leur désir personnel. Un meilleur accès aux informations médicales doit également être repensé.

Une rencontre avec l’auteur de cet article le 24 juin à Paris.
PMA ? GPA ? euthanasie ? eugénisme ? Le droit de connaître son géniteur ? La solidarité entre les générations ?  La prolongation de l’IVG jusqu’au terme de la grossesse ? La Balustrade de Guilaine Depis et Joaquin Scalbert vous invitent à venir débattre autour d’un verre de vin de Bourgogne des questions de bioéthique qui sont au cœur de l’actualité politique immédiate le jeudi 24 juin 2021 de 17h à 21h, à l’Atelier Galerie Taylor 7 rue Taylor, 75 010 Paris. RSVP par SMS 06 84 36 31 85 •

Nouvelles du temps présent: Archives du lendemain

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Des femmes et des adieux

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Ma première corrida

La corrida est un univers, avec ses astres, ses étoiles et ses comètes. Un monde à part où se côtoient palpitations animales et esthétique exacerbée, peurs et passions, fantasmes et adrénaline. Mais cet art, qui se joue dans la lumière et dans le sang est devenu une cruauté inacceptable pour la modernité.


Voilà plusieurs semaines que la folie nommée corrida m’obsédait. Tout a commencé par deux dessins dans l’Album Montherlant de « La Pléiade », l’un de l’auteur représentant l’illustre matador Belmonte toréant nu à l’entraînement, l’autre de Jacques Birr représentant un taureau chargeant dans la muleta (morceau de tissu agité pour provoquer la charge de l’animal) du torero. L’apparente fragilité et le raffinement du torero face à la force brute et massive de la bête m’avaient saisi. S’ensuivirent de longues lectures tauromachiques : Les Oreilles et la Queue de Jean Cau, Les Bestiaires de Montherlant, Philosophie de la corrida de Francis Wolf, La Corrida du 1er mai de Cocteau. Après deux semaines immergé dans ces pages taurines, le taureau me hantait, ainsi que les toreros, leur muleta, leur habit de lumière, l’arène, le sable, les cornes, le sang. Le torero bravant la peur, maîtrisant le taureau, je voulais le voir de mes yeux. L’odeur de la bête, je la voulais pénétrant mes narines. Lorsqu’on met un pied dans cette folie, il faut que le reste y passe. L’esthétique me fascinait, la mise en scène, le décorum, la cérémonie.

Cependant, une question me tourmentait. Pourquoi faire tout cela ? Est-ce bien la peine de tuer une bête pour… pourquoi d’ailleurs au juste ? Un sport ? Un spectacle ? Un sacrifice rituel ? Un art peut-être ? Bien qu’ayant en horreur les voyages, il me fallait me rendre en terre taurine. Je pris alors la direction de Béziers pour assister à la corrida du 15 août. Arrivé au pied des arènes, l’afición de la foule bouillonnait. On y parlait de taureaux et de toreros. Les souvenirs d’El Cordobés ou de Dominguin y jaillissaient des bouches aux accents méridionaux. Je m’installai dans les arènes quarante-cinq minutes avant le début de la corrida pour voir le temple vide se remplir de ses fidèles. On ratissait la piste, on lissait le sable. Les arènes, peu à peu, se mirent à transpirer la fête et la peur. Les spectateurs riaient, buvaient, se plaçaient par grappes d’amis, verres à la main et sourires aux lèvres, car c’est la feria ! Mais tout le monde savait qu’en coulisses, les toreros s’apprêtaient à jouer la vie, leurs vies, à défier la mort. Et tout le monde savait que si tout se passait pour le mieux, aucun ne serait tué, mais que la mort serait tout même au rendez-vous, car six bêtes seraient tuées sous nos yeux, six cadavres musculeux couverts de poils emportés par un attelage funèbre, traînant sur le sable et répandant le sang. La fête, la peur et la mort : étrange bouquet.

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Je ne vous raconterai pas la corrida que j’ai vue. Nombre de grands écrivains l’ont fait bien mieux que je ne pourrais le faire. Mais je veux dire l’amour tout frais bâti que je porte aujourd’hui à cet art, cet art que je me ronge d’avoir découvert trop tard car ses jours sont probablement comptés, son destin tragique, sa mort inscrite. Cet art dans lequel on entre comme en religion. Il faut en être fanatique pour en voir la beauté. J’ai vu dans l’arène des hommes s’offrir tout entier à leur art, des hommes approcher la corne, le danger, la mort, balayer le raisonnable et la sécurité pour quoi ? Pour un moment de grâce !

Jean Cau, La Folie corrida
« Mais le Seigneur miséricordieux a eu pitié de notre misère et, au-dessus de la corrida, alors que gronde vers nous le bulldozer de l’an 2000, il a étendu sa main divine. Une plaza, un homme, une bête, et tout ce qui est dé-naturé se re-nature. La fête est originelle, le combat éternel, la grâce virile, le danger pur, la beauté bonne (et non la bonté belle, ce que l’humanitarisme nous martèle sur le crâne), la mort présente. L’arène ronde. (l’angle, le cube, c’est New-York, la Défense et la nature haïe »

J’ai vu des hommes, en courage, exemplaires. Un monstre de puissance, armé de deux couteaux postés sur le front, fonce vers l’homme, et l’homme au corps fragile ne bouge pas, maîtrise sa peur et tente de faire dévier la charge du taureau grâce à un simple morceau de tissu. Le torero est maître de ses émotions et devient maître de la bête sauvage. Le taureau devrait mille fois gagner le combat mais l’homme, grâce à son intelligence, à sa ruse, emporte la victoire. L’intelligence triomphe sur la force brute, sur la bestialité. L’homme parvient à dominer la bête, à se réapproprier le terrain que l’animal avait fait sien et avait ensauvagé, pour le pacifier, le civiliser. Et tout cela, le torero le fait loyalement. Il pourrait avoir un pistolet et une armure étant l’organisateur de ce jeu et le créateur de ses règles. Non, c’est à découvert que ça se joue, armé d’un bout de tissu et d’une épée qu’il ne pourra planter dans le garrot du taureau qu’en étant face à lui et en se jetant entre ses cornes. Il ne peut tuer la bête qu’en mettant sa propre vie en jeu. Cocteau, passionné de corrida, appelait les taureaux « les ambassadeurs de la mort ». Il est certain que le taureau donne l’impression d’avoir été choisi par elle pour accomplir son geste. Lorsque le torero se confronte au taureau, c’est aussi à la mort qu’il fait face. Bien qu’il l’admire et le respecte, il sait que le taureau est une machine à tuer, qu’à peine un coup de corne envoyé il charge de nouveau, sans relâche, encore et encore, qu’il n’arrêtera que mort ou après avoir tué. Il est assez rare qu’un torero meure dans l’arène (on dénombre 466 hommes ayant péri par les cornes depuis le xviiie siècle), mais fréquent qu’il se fasse attraper par le taureau, parfois très gravement. José Tomas, légende vivante de la tauromachie, exige dans son contrat une « équipe médicale obligatoire en sus de celle habituelle des arènes : un chirurgien thoracique, un chirurgien vasculaire et quatre poches de sang A négatif… ».

Miguel Ángel Perera dans les arènes de Nîmes, 20 septembre 2020 © Yanis Ezziadi

Dans la carrière d’un torero, on attend d’ailleurs le moment où il se fera encorner pour savoir si, une fois cette épreuve passée, il retournera dans les arènes, au mépris de la peur et de la souffrance physique, et s’il mérite donc d’être appelé torero. Dans Recouvre-le de lumière, Alain Montcouquiol rapporte les paroles de son frère Christian, premier torero français internationalement reconnu, dévoré par la peur lors des corridas qui suivirent un grave coup de corne qu’il avait reçu dans la cuisse : « Tu ne peux pas savoir comme c’était dur. J’avais peur tout le temps.[…] Parfois, devant le toro, je sentais une odeur d’infirmerie. Je n’avais qu’une idée en tête, ne pas fuir. Je regardais les cornes et je pensais : Elles vont me transpercer… c’était horrible. » Dans la corrida, la peur est centrale, le torero partage sa vie avec elle. Il doit dominer la bête, mais c’est aussi, et avant tout, sa propre peur qu’il doit dominer. Oui, il y a de l’ornement, du cabotinage parfois. Mais quoiqu’il arrive, le torero risque la mort à chaque instant dans un spectacle où il donne la réplique à un partenaire incertain et dangereux.

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L’histoire est écrite a priori et la mort du taureau de la main du torero en est le dernier acte. Mais en quelques secondes le taureau peut ajouter un acte à la pièce : celui de la mort du torero. Le torero le sait, mais il est torero, c’est un état, et c’est son destin. Dans les arènes de Béziers, j’ai vu toréer Miguel Angel Perera qui ne cessait de défier la mort. Les passes qu’il faisait avec la bête étaient de plus en plus belles, de plus en plus dangereuses. Il aurait pu arrêter cette escalade, car le public lui offrait déjà ses « bravo torero ! » et ses applaudissements, mais il lui fallait aller toujours plus près de l’ambassadeur et de sa corne. Il semblait ne plus pouvoir s’arrêter face à cette attirance tragique vers la mort et la bête qui l’incarne. Il était en transe, en extase, en état de grâce. Plus rien ne semblait pouvoir l’arrêter, plus rien ne semblait exister autour d’eux. Cela dura une minute peut-être. Mais une minute au-dessus de tout, libérée de tout. J’ai vu de nouveau Perera toréer à Nîmes le 20 septembre et j’ai été marqué par une image glaçante. J’eus la chance d’assister à cette corrida depuis le callejón, le couloir circulaire de l’arène séparant la barrière des gradins, les coulisses à découvert où se trouvent les matadors, les banderilleros et leurs agents. Après avoir tué son premier taureau, Perera revient en callejón alors que l’autre matador du jour, Sébastien Castella, entre sur la piste pour toréer à son tour. Perera se poste juste devant moi pour regarder faire Castella en attendant d’aller affronter son prochain taureau. Son corps était couvert de mouches, elles grouillaient sur son costume rouge et or. Je regardais les quelques personnes proches de lui, aucune mouche sur eux. Elles étaient sur lui comme sur un cadavre. Il n’était pas mort, mais il était couvert de mort. Couvert ou plutôt moucheté du sang du taureau qu’il venait d’affronter et de tuer. Encore le signe que la mort rôde autour du torero. La mort, toujours la mort.

Dans la tauromachie, l’animal est entièrement respecté pour ce qu’il est, pour sa nature. Il a besoin de grands espaces, de liberté

Je dois témoigner aussi de l’absence de haine. Ce n’est pas de haine que le torero tue la bête, c’est d’amour. Pour avoir communié avec elle pendant un quart d’heure, la seule issue possible à cette étreinte est la mort. Après avoir fait œuvre commune avec la bête, le torero la tue pour qu’elle ne tue pas. La vie de l’homme est sacrée, pas celle de l’animal. L’acte de mise à mort conclut l’acte d’amour. Je pensais que la sexualité entre le taureau et le torero décrite par les écrivains n’était que littérature. Il faut aller dans les arènes pour se rendre compte qu’il y a bien quelque chose de cet ordre-là. Sur la piste, les deux protagonistes paradent, se défient du regard, se heurtent violemment, puis se frôlent sensuellement, transpirent, gémissent, reprennent leur souffle, la bête bave et parfois couvre l’homme de sa salive et de son sang. Le torero éprouve une réelle passion pour le taureau, le taureau ne peut la lui rendre car il n’est qu’un animal. Peut-être est-ce également une des raisons pour laquelle il le tue. En dehors même de la passion qu’un homme peut avoir pour cette bête, le taureau dégage une sexualité virile absolument troublante. Qui n’est jamais allé dans les arènes ne peut comprendre le coupable désir de Pasiphaé. D’aucuns diront que je délire, les toreros les premiers. Mais c’est aussi cela la corrida, une machine à créer des fantasmes. Un mystérieux écran sur lequel chacun projette ses propres rêves et ses propres cauchemars. J’ai demandé au jeune torero Carlos Olsina s’il regardait la bête dans les yeux lorsqu’il toréait. « Tout le temps », m’a-t-il répondu. Et sentait-il dans le regard de la bête qu’il se passait quelque chose entre lui et elle ? « Lorsque la bête est bien toréée, elle devient complice du torero, et c’est à ce moment-là qu’on peut assister à un moment magique. » En dehors de l’adversité, il y a donc parfois (et c’est en partie pour cela que l’on se rend dans les arènes) une relation particulière entre eux.

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Dans la tauromachie, la race du taureau brave est respectée, adorée, vénérée par le public, les toreros et les éleveurs. J’ai toujours entendu dire : « La corrida c’est horrible ! Des gens viennent s’amuser de la souffrance d’un animal. » En assistant à ce spectacle, j’ai pu comprendre que c’est justement parce que ce que le taureau laisse paraître ne ressemble pas à de la souffrance que ce spectacle est accepté par son public. Le taureau montre de la rage et parfois de l’agacement, mais certainement pas de la souffrance. Peut-être, comme le boxeur, ne ressent-il pas entièrement la douleur pendant le combat. Et, l’on ne peut pas dire non plus que le public vienne « s’amuser ». Il vient assister à un spectacle grave, à une tragédie, et l’arène est envahie du poids de cette gravité, surtout au moment de la mise à mort où le silence qui précède le fatal coup d’épée est écrasant. Le don de la mort n’est pas léger et anodin, il est accompli et regardé dans la communion et la solennité. Le spectateur vient s’y divertir, oui, mais pas s’amuser. Le spectacle qui se joue sous ses yeux est tellement grand que, durant deux heures, ses pensées se détournent de ses petits problèmes bourgeois, de l’ennui de sa petite existence, du non-sens de sa vie et de sa condition mortelle. Et cela par la mise en scène de la mort, une mort réelle qui a une utilité et un sens puisqu’elle permet à des êtres de sublimer la leur, et peut-être de s’en consoler.

La ganaderia de Robert Margé à Fleury d’Aude, octobre 2020 © Yanis Ezziadi

Mais revenons-en au taureau. Je me suis rendu chez Robert Margé, grand éleveur de toros bravos. J’ai visité avec lui son élevage, sa ganaderia. Elle se trouve à Fleury d’Aude, près de Béziers. Environ 700 bêtes, sur 1 500 hectares. Un monde secret, éloigné de tout et hors du temps où règnent la beauté et le silence. Le maître de ces terres n’est pas l’éleveur, ce sont les taureaux. Il faut voir Margé, homme au tempérament pourtant bien trempé, se promenant dans son élevage à bord de son 4×4, semblant à peine chez lui, juste toléré, tant il fait son possible pour se faire discret, l’entendre doux dans sa voix et le voir délicat dans ses moindres gestes, afin de ne pas déranger les taureaux rois sur ces vastes lieux sauvages préservés pour eux, et donc, grâce à eux.

Henry de Montherlant, Les Bestiaires
« Maintenant, pour ramener plus vite la brute, sitôt qu’elle avait passé la cape il se jetait et la heurtait avidement de ses poings, de son coude, au flanc ou à la croupe, (satisfaisant là, aussi, son besoin de la toucher), de sorte qu’elle se retournait tout de suite et qu’il n’y avait plus une succession de passes mais une seule passe, il n’y avait plus qu’une seule bousculade tragique des deux êtres fondus en un seul être, il n’y avait plus qu’une seule caresse brutale et continue où le garçon, rétrécissant à mesure la cape, serrait toujours plus le monstre contre lui, le rapprochait toujours plus de lui, comme on rapproche une femme qu’on va faire entrer dans sa chair, l’enroulait tout autour de lui en même temps que sa cape. […] Et cet homme qui répond à chaque mouvement de la bête par un mouvement accordé, cet
homme et cette bête qui s’emboîtent chacun tour à tour dans les vides que crée l’autre en se déplaçant […] c’est le dieu et son prêtre qui édifient leur communion prochaine et la murent dans une danse nuptiale. »

En Europe, on compte environ 400 000 hectares de nature intacte consacrée à l’élevage du taureau brave. Cet animal doit rester le plus vierge possible du contact avec l’homme jusqu’à son entrée dans l’arène. Dans la tauromachie, l’animal est entièrement respecté pour ce qu’il est, pour sa nature. Il a besoin de grands espaces, de liberté. Et naturellement, le taureau se bat, y compris avec ses congénères, jusqu’à la mort. Il n’est pas rare pour les éleveurs de retrouver au matin un cadavre dans le campo, tripes au vent. Le combat avec le torero n’est donc pas un acte contrenature pour le taureau, cela fait partie de lui, il a cela dans le sang. Sa race est préservée pour cela, pour la corrida. Si l’on met à mort la corrida, la race du toro bravo partagera son caveau. Pierre Mailhan, jeune éleveur chez qui je me suis également rendu, élève, parallèlement aux taureaux de combat, des bêtes pour la viande. Il m’a raconté sa souffrance de voir ses animaux partir passivement à l’abattoir. Il préfère les voir partir pour les arènes, mourir en combattants comme c’est inscrit dans leur race, comme elles meurent dans le campo parfois, en s’étripant entre elles. Mais les envoyer à l’abattoir, ce n’est pas accomplir leur destin naturel, ce n’est pas totalement les respecter dans leur animalité, en tout cas beaucoup moins qu’à la corrida. Au campo, que ce soit chez Robert Margé ou Pagès-Mailhan, c’est le paradis doux et infini que j’ai pu voir. Si je devais me réincarner en animal et que j’avais le choix entre un husky dans un appartement, une vache à lait, une perruche en cage, un pauvre toutou à sa mémère traîné de force trois fois par semaine chez le toiletteur pour finir par se faire mettre des chouchous sur la tête et des gilets ridicules sur le dos, et un taureau sur les terres de Robert Margé, se promenant à son gré, sauvage et rebelle, mourant au combat couvert de gloire, je n’aurais aucune hésitation.

J’en viens au plus bouleversant. J’ai vu dans ces toreros les derniers grands artistes dignes de ce nom. C’est-à-dire des hommes consacrant et sacrifiant tout à leur art, jusqu’à leur vie. Les acteurs, les chanteurs, les danseurs aujourd’hui sont massivement devenus des petits-bourgeois pensant avant tout à leur famille, à leur avenir, à leur réputation, à leur sécurité. Je le constate chaque jour et le déplore. L’excommunication est bien loin, et l’intermittence bien enracinée. Les toreros eux ne bénéficient pas de l’intermittence du spectacle et vivent dans un monde hostile à leur art : pour eux l’excommunication n’est pas si lointaine. Andy Younes, jeune torero arlésien âgé de 24 ans m’a confié qu’il ne pensait pas à l’avenir, que cela n’était pas compatible avec sa passion. La fréquentation de la grande faucheuse rend le futur trop incertain et mieux vaut pour lui vivre pleinement le moment présent. À ce sujet, le jeune Carlos Olsina m’a livré les mêmes réponses. Ces jeunes toreros ne pensent qu’à pratiquer leur art au plus haut niveau et de la manière la plus pure, la plus pleine. À des âges où les garçons sont souvent encore insouciants, où ils jouent à la vie sans penser à la mort, eux l’ont déjà frôlée plusieurs fois, ils y retourneront encore et encore, la regarderont dans les yeux, cachée sous son masque de taureau. Les toreros dans l’arène paraissent défier la mort en lui disant : « Regarde-moi, tu ne me fais pas peur. Je ne veux pas mourir, mais pour l’amour, pour la passion, pour la beauté, je suis prêt à m’approcher de toi, à ne te craindre pas, à te provoquer même, car un grand moment de grâce ne doit pas être sacrifié à la peur de te rencontrer. Je vais m’approcher le plus près possible de toi pour prouver au monde que cette beauté, cette grâce valent vraiment la peine d’être créées. » Oui, un grand torero est un artiste qui bâtit une œuvre. Une œuvre éphémère et fragile, car elle peut être anéantie d’un moment à l’autre par un furtif coup de corne. La beauté de cette œuvre jaillit de la fusion du taureau et du torero. Elle jaillit de l’harmonie entre une bête et un homme se combattant à mort. Les deux êtres qui semblaient hostiles l’un à l’autre quelques minutes auparavant, semblent maintenant ne faire plus qu’un, fondus l’un dans l’autre le temps d’une danse harmonieuse et étrangement douce. Le torero avait face à lui une tempête de rage, un ouragan de sauvagerie déchaîné, motivé par l’instinct de l’encorner, et voilà que par sa science, son stoïcisme et la domination qu’il parvient à exercer sur la bête, il atteint enfin l’harmonie, la volupté. Sur le sable, l’artiste modèle maintenant la nature, la fait danser à sa manière, à son rythme, lui impose les figures les plus belles qu’il a imaginées pour elle. Voici ce qu’a forgé le torero.

Mais voilà, la tauromachie est devenue une sale et méchante bête à abattre. Il y a dans cet art un certain degré de cruauté que le monde moderne juge inacceptable et qu’il veut à tout prix éradiquer. Mais quel artiste n’est pas en quelque point cruel ? Nombre d’écrivains ont construit leur œuvre sur certaines cruautés commises dans leurs vies. Nombre d’acteurs par leur égoïsme, leur folie, ont brisé leur famille, détruit leurs enfants. C’est parfois, souvent même, le prix à payer pour la création. Lorsque sur un artiste le« scandale » éclate, le monde moderne détruit l’artiste et parfois même son œuvre. Le monde de la culture se vante de sa belle âme, de vouloir abolir la cruauté, la violence et la méchanceté, et en réalité l’encourage en ordonnant aux « artistes » de déchiqueter à belles dents, à dénoncer, à lyncher celui d’entre eux qui n’aura pas respecté le nouvel ordre moral. Mais il faut encore que « l’affaire » soit découverte, que l’acte cruel ou jugé immoral soit mis au grand jour pour que le lynchage soit ordonné. Dans la corrida, l’acte jugé immoral n’est pas caché, il est exposé, mis en scène, il fait partie du spectacle. Le prix de cette beauté, de cette grâce est la mise à mort d’une bête. La corrida ne cache pas ce prix, elle le sublime en un acte réglé, sophistiqué. Elle nous offre un grand spectacle tragique et cruel, violent et raffiné, à l’image de la vie. La corrida nous montre la vie. On nous dit« la pauvre bête n’a rien demandé à personne et on la met dans une arène pour se battre à mort ». Mais quel être humain a demandé à être sur cette terre ? À vivre toutes les épreuves douloureuses en ayant la certitude que quoiqu’il arrive, il sera mis à mort à la fin de la partie ? Tauromachie : abomination immorale, souffrance animale, torture, sadisme ? Ce n’est pas ce que j’y ai trouvé. Je peux même le confesser : la tauromachie a fait de moi un homme meilleur. Parce qu’elle expose des possibilités humaines de courage, de stoïcisme, de contrôle de soi qui sont devenus pour moi des exemples à suivre dans ma vie quotidienne. Mais surtout parce qu’elle m’a sensibilisé au respect de la nature et au bien-être animal. Lorsque je ne connaissais pas cet art, la souffrance infligée à la bête me rebutait. J’ai découvert que je me trompais et surtout, que je n’étais pas, jusque-là, réellement sensible au bien-être des animaux car peu m’importait de contrarier leurs natures. Aujourd’hui, je tolèrerais difficilement d’imposer à un animal un mode de vie ou des actes qui viendraient la contrarier, cette nature profonde. Utiliser un animal pour produire de la viande ou de la beauté, oui. Mais à une condition : l’utiliser pour ce qu’il est profondément, tirer profit de ce qu’il donne sans contrainte. Et c’est ainsi que le taureau donne sa charge : sans contrainte, et jusqu’à la mort.

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Je  me demande souvent où sont aujourd’hui les grands tragédiens. Désormais, je connais la réponse : dans les arènes ! Le théâtre a craché sur ses Dieux, flanqué à la rue ses tragédiens, fichu à la porte de la Comédie-Française la plus grande tragédienne de ce pays : Martine Chevallier. Le théâtre a foutu un grand coup de pied au cul de ses traditions, démoli sa dimension mystérieuse, fantastique et sacrée pour échouer dans le quotidien, le banal et la « normalité » la plus sinistre. De tragédiens immortellement vêtus d’or, de héros sculptés sur un socle de sable, la tauromachie en regorge aujourd’hui encore. Les jeunes toreros que j’ai rencontrés savent que, pour attirer le public, rien ne sert de moderniser, de banaliser, de « démocratiser », qu’au contraire on y perdrait et le sens de l’art, et une grande partie du public. Eux décident de continuer d’offrir du rêve et de la grandeur, cette grandeur devenue si suspecte au royaume de l’égalitarisme totalitaire.

Pas de place au mystère de l’art dans notre nouveau monde ! Il n’y en a que pour l’argent et l’hypocrisie des bons sentiments. Du fric, de la gentillesse et de la bienveillance, voilà ce qu’on entend réclamer à longueur de journée. Et moi, tout cruel que je suis, je trouve plus noble de sacrifier une bête pour la beauté, pour l’art, que pour rassasier en viande de médiocre qualité des beaufs ou des petits-bourgeois scotchés à leur téléviseur. Dans cette époque sage et raisonnable, la tauromachie est un violent rayon de lumière perçant la brume de notre quotidien grisâtre. Elle donne une grande leçon d’art et de courage à tous les artistes qui n’en sont plus. Le destin de la corrida sera probablement aussi tragique que la tragédie qu’elle met en scène. Mais si elle en vient à mourir, ce sera debout, sans avoir cédé à l’air du temps et au camp du bien, ce sera dignement, droite comme les valeurs qu’elle porte, drapée dans sa désuète cape rose, en véritable tragédienne.

La Corrida du 1er mai

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La corrida n’est ni de gauche ni de droite

Les amateurs de corridas et de spectacles taurins seraient-ils les nouveaux damnés de la terre ? Du Pays basque jusqu’à Arles, une cinquantaine d’arènes reçoivent quelques millions d’aficionados chaque année.

L’objet ici n’est pas de défendre les amis de cette pratique, mais de se demander pourquoi leur passion trempée dans le libre arbitre appelle aujourd’hui des flots de haine et d’insultes.

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Que ce soit clair, la corrida n’est ni de gauche ni de droite. On peut être libertaire, aimer les traditions et refuser le discours de rupture des modernes. Est-ce réactionnaire où seulement être réactif à l’air du temps que de considérer comme barbare ce spectacle métaphysique où la mort est mise en scène ? Barbare pour les uns, savant pour les autres ! Est-ce un déterminisme social à éradiquer quand en Espagne, Portugal, Colombie, Équateur, Mexique, Pérou, Uruguay, Venezuela, et même encore à une époque, en Algérie et au Maroc, une centaine de millions de passionnés restent fidèles à cette tradition de plus de trois cents ans (la première corrida date de 1680) ?

Cette réalité par le chiffre pose la question de l’éducation à la liberté des autres.

Cette culture latine refuse qu’on lui impose la bien-pensance et le puritanisme de la culture américaine sous influence de ses universités. Est-ce encore un privilège racialiste de l’homme blanc que d’acter sa propre décadence en refusant l’universalisme du monde taurin ? Le public de la corrida serait-il trop basané ?

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Le même aveuglement existe face aux croyances religieuses, mais le public taurin reste fidèle à ses propres croyances. Après plus de deux siècles, l’amateur de corrida ne veut toujours pas se résoudre à ce qu’Elon Musk soit le prototype blanc du futur de l’homme. Il a plutôt assimilé que se joue là un affrontement complémentaire du choc des civilisations en cours d’expansion.
J’étais un jour par hasard dans les arènes d’Arles, citée communiste bien-aimée, où j’ai entendu 13 000 personnes chanter La Marseillaise. J’ai cru qu’il s’agissait d’une ironie voltairienne. J’avais tort. J’ai immédiatement pensé à cette remarque d’Himmler, sensible théoricien des camps d’extermination juifs, confiant à Franco qu’il avait vomi au spectacle d’une corrida.

En Espagne aujourd’hui, pour avoir trahi le peuple en interdisant les corridas, Podemos perd les élections. Que comprendre à tout cela ? Au minimum, que la culture latine subissant discrimination, domination pour cette passion, réagit mal à son procès !

Comment l’Amérique se suicide

5

Michèle Tribalat revient sur les travaux de Keri D. Ingraham. Cette dernière est fellow au Discovery Institute et Directrice du Institute’s American Center for Transforming Education. Dans un dossier intitulé “Education gone Wild”, The American Spectator vient de publier trois de ses textes sur l’implantation rapide des idéologies radicales du moment sur le genre, l’histoire et la race, à l’école, du primaire au lycée, parfois avant. Cette radicalisation touche les politiques scolaires, les méthodes et les programmes. Elle met en péril l’éducation des enfants et, au delà, la fabrique de la nation américaine.


Le genre

Nombre d’écoles américaines ont adhéré à – et même promu pour certaines d’entre elles – l’idée que les enfants pouvaient, dès leur plus jeune âge, s’interroger sur leur genre.

Le test de la licorne

Des outils pédagogiques tels que Gender Unicorn, dont on trouve une version française sur le site https://unicorn.mrtino.eu/, interrogent les enfants et les aident à déterminer leur genre. Son usage est très répandu au Canada et il figure dans les outils éducatifs recommandés par l’Association for Supervision and Curriculum Development (ASCD) aux États-Unis.

Dans la version française « Fais ta licorne », les enfants sont invités à déplacer un curseur sur leur « identité de genre » (femme/fille, homme/garçon, autre genre(s) (sic)), leur « expression de genre » (féminine, masculine, autre), leur « sexe assigné à la naissance » (femelle, mâle, autre/intersexe), leur attirance sexuelle, proposée évidemment en écriture inclusive (physiquement attiré.e par des femmes, des hommes ou d’autre genre(s) (sic)) et enfin leur attraction émotionnelle (mêmes items). Des enfants sont donc, parfois dès la maternelle, incités à se poser des questions qui ne sont guère de leur âge, sans que leurs parents en soient correctement informés. Dans l’Oregon, une mère, inquiète d’apprendre que son enfant en deuxième année de primaire ait dû subir un test de ce type, s’est vue répondre par le directeur de l’école que la société américaine avait failli historiquement sur la question du genre, que l’enseigner aux enfants était un progrès et que ce serait le cas tout au long de leur scolarité et dans toutes les matières.

La question des toilettes et des vestiaires

Les écoliers et étudiants de tous âges sont encouragés à choisir les toilettes de leur choix et de plus en plus de districts interdisent aux enseignants et autres employés d’y entrer pour prévenir des comportements qu’ils jugeraient inacceptables. Un garçon peut ainsi entrer dans les toilettes des filles, y rester le temps qui lui plaît et faire ce qui lui plaît sans craindre de voir débouler un adulte. Idem pour les vestiaires dans lesquels les écoliers et étudiants peuvent entrer sans tenir compte de leur sexe.

Les disciplines sportives

Les garçons qui se déclarent transgenres peuvent de plus en plus souvent jouer dans les équipes féminines, ce qui enlève aux filles toute chance de l’emporter dans la plupart des sports. Aux États-Unis, seuls douze États s’y sont opposés, neuf n’ont aucune politique sur le sujet, dix l’autorisent à condition que l’athlète ait subi un traitement médical. Mais dix-neuf États l’autorisent sans aucun contrôle sur le niveau de testostérone. Le journaliste de CNN, Devan Cole est allé jusqu’à déclarer qu’il est impossible de connaître l’identité de genre à la naissance et qu’aucun consensus n’existait sur le critère permettant d’assigner un sexe à la naissance. Déclaration qui contraignit CNN à faire marche arrière. Si l’Equity Act est voté, toutes les écoles seront obligées d’exécuter les désirs de ceux qui se déclareront transgenres. Ces derniers se verront ainsi attribuer des privilèges quasi-absolus. Les parents n’auront pas leur mot à dire.

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Consentement des parents et dissimulation des écoles

Il n’est pas rare que des écoles camouflent aux parents leurs innovations en matière de genre. Un guide en la matière – Schools in Transition : A Guide for supporting Transgender Students in K-12 Schools – a été établi avec le concours de l’American Civil Liberties Union (ACLU), la Human Rights CampaignGender Spectrum, le National Center for Lesbian Rights, et la National Education Association (NEA). Il demande à ce que tout garçon qui se déclare une fille soit traité comme tel, sans considération de son âge et de sa maturité. On a donc quatre groupes d’activistes qui se sont accoquinés avec le plus important syndicat d’enseignants pour que ces enseignants incorporent leur idéologie dans leurs pratiques. Le guide leur demande de tenir à l’écart les familles qui y sont hostiles et de dissimuler la transition dans laquelle leur enfant est engagé en veillant à ne rien laisser transparaître dans les interactions avec les parents. Ce qui est contraire au 14eme amendement sur l’égale protection et aux droits des familles garantis par le Family Educational Rights and Privacy Act. Une résistance a commencé d’apparaître qui s’est concrétisée par des procès. D’autres sont à venir. 

Dysphorie de genre

La journaliste Abigail Shrier s’est demandé pourquoi le nombre de transgenres avait tellement augmenté ses derniers temps (2% des lycéens aujourd’hui, majoritairement des filles contre 0,01% avant 2012, généralement des garçons). Lisa Littman, chercheur à Brown University sur la santé s’y est intéressée et a découvert que l’influence des pairs et des médias sociaux avaient joué un rôle majeur dans cette évolution. Dans certains États un adolescent mineur peut obtenir une prescription de bloqueurs de puberté ou de substitution hormonale, sans l’autorisation des parents. La Suède a été le 1er pays à interdire ce type de prescriptions aux enfants de moins de 16 ans.

La question des pronoms

Si l’on en croit le site Trans Student Educational Ressources (TSER), les pronoms ne seraient d’aucun genre et pourraient être utilisés comme chacun le désire. Mais les élèves sont incités à utiliser les pronoms du pluriel (they/them/theirs) ou des pronoms inventés tels que ze/zir/zirs. TSER ajoute qu’il existe un nombre infini de pronoms à inventer !

Comme l’écrit Keri D. Ingraham, compromettre le droit de la plupart des enfants qui sont à l’aise dans leur sexe de naissance pour créer la confusion sur l’identité de genre des autres, sans rien dire aux parents, n’est pas seulement inconstitutionnel. C’est une forme de maltraitance.


Le désastre dans l’éducation civique et l’enseignement de l’histoire

Six anciens ministres de l’éducation, ayant servi sous des présidents démocrates ou républicains ont écrit un tribune dans le Wall Street Journal du 1er mars 2021 [1] pour dire leur inquiétude sur ce qu’est devenu l’instruction civique et l’enseignement de l’histoire. Ils y voyaient la source de la polarisation politique qui s’est concrétisée ces derniers mois par des émeutes et l’intrusion au Capitole.

La disparition de l’instruction civique

La plupart des écoles américaines ne dispensent plus de cours d’instruction civique aujourd’hui et, dans 42 états sur 50, cette discipline n’est plus nécessaire à l’obtention d’un diplôme. Beaucoup d’Américains sont devenus ignorants sur la manière dont devrait fonctionner une démocratie et, l’an dernier, c’est la loi de la rue qui l’a emporté dans les plus grandes villes américaines. L’école n’a pas préparé les futurs citoyens à se faire une idée par eux-mêmes fondée sur une analyse des faits. Si la vie des Noirs compte évidemment, Black Lives Matter n’en est pas moins un mouvement d’inspiration marxiste, de l’aveu même de Patrisse Cullors, la co-fondatrice du mouvement. L’absence d’instruction civique rend les citoyens plus vulnérables aux philosophies et projets politiques radicaux et ainsi plus malléables politiquement.

Le projet 1619 [2]

Le projet de Nikole Hannah-Jones publié dans le magazine du New York Times en août 2019 vise à refaire l’histoire de l’Amérique autour des conséquences de l’esclavage et de la contribution des Noirs. D’après l’historien de Princeton Sean Wilentz, c’est un tissu de mensonges, de distorsions et d’omissions de taille. Le site du projet 1619 encourage les enseignants à s’emparer de son contenu en classe et met à disposition gratuitement des outils pédagogiques. Les écoles publiques de Chicago l’ont rapidement adopté officiellement dans leur programme. Trois États projettent de l’interdire (Arkansas, Iowa et Mississippi) mais l’administration Biden y est très favorable et a déclaré en faire une priorité. Cet abandon des faits pour l’endoctrinement a suscité un mouvement en faveur d’un projet dénommé 1776 Unites [3]. Ce projet ne nie pas l’existence de discriminations et la nécessité de les éliminer, mais autrement qu’en diabolisant et démoralisant le pays et en montant les Américains les uns contre les autres par une histoire falsifiée et des politiques identitaires.

À lire aussi: L’Histoire gréco-romaine et les Lettres classiques au banc des accusés

Les syndicats d’enseignants

Les syndicats jouent un rôle important dans l’endoctrinement des écoles et notamment dans l’application du projet 1619. Ce fut aussi le cas lorsqu’il fut question de rouvrir les écoles pendant la pandémie. Ainsi, en juillet dernier, le Los Angeles Unified School District’s Teachers Union, fort de ses 35 000 membres, n’acceptait la réouverture des écoles qu’à la condition que les revendications suivantes soient satisfaites : moratoire sur les Charter schools, arrêt des financements à la police, accroissement des impôts pour les riches, application de Medicare-for-All et approbation par le Sénat et Donald Trump du HEROES-Act présenté par les Démocrates afin d’augmenter de 116 milliards de dollars les fonds que les États consacrent à l’éducation. Par ailleurs, l’American Fondation of Teachers (AFT), qui compte 1,7 million d’enseignants, a apporté son soutien au Green New Deal, y compris ses aspects les plus radicaux, laissant croire ainsi aux enfants que la vie sur terre court un danger immédiat.


Les woke et la race

La loi et les institutions américaines seraient intrinsèquement racistes et leur seul but serait de maintenir le « privilège blanc ». Cette idéologie toxique s’est propagée dans les services fédéraux, jusqu’au FBI. Pour y mettre un terme, Donald Trump avait signé le 22 septembre 2020 un décret interdisant aux formations dispensées aux employés de l’État fédéral de recourir à des concepts semant la discorde (divisive concepts) sur la race et le sexe. Il fut complété par une lettre du Directeur de l’Office of Management and Budget de la Maison Blanche interdisant tout financement fédéral de formations recourant à la théorie critique de la race, au privilège blanc et à toute propagande antiaméricaine. Tout ceci fut balayé dès le premier jour de la présidence Biden.

La théorie critique de la race dans la formation des enseignants

Ce sont les formations d’enseignants qui ont introduit la théorie critique de la race et l’éducation « woke » dans les salles de classe. Les blancs, professeurs ou élèves, sont supposés être racistes et on attend d’eux qu’ils confessent leur suprématie blanche. En août 2020, le district de Fairfax en Virginie organisa des formations promouvant la théorie critique de la race avec, notamment, l’intervention d’une heure du militant Ibram Kendi grassement payé (20 000 $). Le district en profita pour acheter ses livres pour 24 000 $. Kendi prétend que toute discrimination n’est pas fondamentalement raciste, sauf celle exercée par des blancs à l’égard des noirs. Il propose d’introduire un amendement constitutionnel qui interdirait toute disparité raciale sous la supervision d’un ministère de l’antiracisme. Le Senate Bill 5044 de l’État de Washington qui a été voté par le Sénat et la Chambre des représentants devrait rendre obligatoire la théorie critique de la race dans la formation des enseignants.

Inspiré par un “racism of low expectation” selon la formule d’Ayaan Hirsi Ali, cet endoctrinement des écoles, qui apprend aux enfants noirs qu’ils sont les victimes du racisme consubstantiel des blancs et qu’ils n’ont guère de prise sur leur propre destin revient, en réalité, à une discrimination à leur encontre. Si la grande majorité des États a plutôt tendance à consentir à l’introduction de la théorie critique de la race dans les formations d’enseignants, certains États ont réagi. C’est le cas de l’Idaho dont le gouverneur adjoint, Janice McGeachin, a annoncé la création d’une équipe spéciale chargée de repérer les lieux d’endoctrinement dans l’école publique et d’y remédier. C’est aussi le cas de la Floride dont le gouverneur, Ron DeSantis, a interdit la théorie critique de la race dans l’enseignement public. Sept autres États proposent de faire de même : le Tennessee, le Texas, la Géorgie, l’Arkansas, le Dakota du Sud, l’Arizona et la Caroline du Nord.

L’endoctrinement des élèves au détriment de leur scolarité

Les enseignants “woke” n’hésitent pas à s’écarter des programmes officiels. Ce fut le cas en janvier des écoles publiques de Seattle. Les enseignants ont reçu par mail des documents justifiant les émeutes qui blessèrent 60 policiers en un seul week-end de juillet 2020 et visant à obtenir le soutien des élèves au mouvement “abolish the police”. Mia Cathell, étudiante en journalisme à Boston, raconte qu’en 2020, dans une école publique de Philadelphie, des élèves de niveau CM2 ont été invités à célébrer le « communisme noir » et enrôlés dans la simulation d’une manifestation demandant la libération d’Angela Davis (arrêtée en 1970 car accusée d’avoir participé à une prise d’otages qui se termina notamment par le meurtre d’un juge). Les enfants portaient des pancartes où l’on pouvait lire “Black Power”, « Trump en prison », « libérez Angela » [4]. Ce militantisme laisse peu de place aux apprentissages. D’après le ministère de l’éducation de New York, dans les écoles publiques du district de Buffalo, où sévit un militantisme radical, les enfants de CM2 maîtrisent très mal l’anglais et les maths.

Shakespeare, Hemingway et Dickens censés promouvoir le « privilège blanc » sont remplacés par des “Latinx books” [5], “black books”, “LGBTQ+ books”, par exemple The Hate U Give inspiré du mouvement Black Lives Matter.

La rébellion plus ou moins feutrée de parents et d’enseignants

Certains enseignants et parents se plaignent sous couvert d’anonymat. Ainsi, face à l’évolution de l’enseignement délivré dans la prestigieuse mais onéreuse école Dalton dans l’ Upper East Side de New York, un groupe de parents a écrit une lettre ouverte anonyme dénonçant l’obsession de la race, de la suprématie blanche et de l’identité dans les cours, dont ils ont pris conscience pendant le confinement [6]. Le manifeste antiraciste de l’école diffusé en décembre 2020 n’avait rien fait pour rassurer des parents inquiets. Y étaient recommandés par exemple le recrutement de 12 responsables de la diversité, une refonte des programmes mettant l’accent sur la justice sociale et l’élimination, en 2023, des cours de haut niveau si les résultats des élèves noirs n’atteignaient pas alors ceux des élèves blancs [7]. Nicole Niely, elle ne se cache pas. Elle a fondé une association – Parents Defending Education – dont la mission est de révéler les situations d’endoctrinement et d’aider les parents à s’engager pour y faire face [8].

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L’enseignement des mathématiques est lui aussi touché

Les fondements des maths ne sortent pas indemnes de cet assaut militant sur l’école. On trouve aussi des « woke » chez les professeurs de maths. C’est le cas de Laurie Rubel du Brooklyn College qui trouve que 2+2=4 « pue le suprématisme blanc ». Le département de l’éducation de l’Oregon a commencé de former les enseignants aux « ethno-mathématiques » à partir d’un manuel prônant la « déconstruction du racisme en mathématiques » et « le démantèlement de la suprématie blanche ». Celle-ci s’exprimerait en classe lorsque le but des exercices est de trouver la bonne réponse et lorsque le professeur exige des élèves qu’ils lui montrent leur travail. Tout ça pour pénaliser les élèves de couleur.

La journaliste Denyse O’Leary y voit un abandon des enfants les plus désavantagés qui dépendent de l’école publique pour maîtriser la langue et apprendre à compter. La théorie critique de la race, en relativisant le savoir, sape la valeur accordée par la société à l’acquisition de compétences. Elle ruine ainsi l’avenir des enfants les plus démunis mais compromet aussi la société américaine et son avenir scientifique et technique.

En effet, comme l’écrit Keri D. Ingraham qu’adviendrait-il des avions et des ponts s’ils étaient construits en utilisant des maths dont les réponses aux questions seraient subjectives ? Elle incite vivement ses concitoyens à faire preuve de courage et à s’organiser pour renverser la tendance « woke » et à riposter vigoureusement [9]. Elle propose que le financement de l’éducation vise les élèves plutôt que les écoles, donnant ainsi aux parents la possibilité de choisir l’éducation qu’ils veulent voir délivrer à leurs enfants.

>>> Cet article a initialement été publié sur le blog de la démographe Michèle Tribalat <<<


[1] https://www.wsj.com/articles/america-needs-history-and-civics-education-to-promote-unity-11614641530

[2] Année du débarquement des premiers Africains en Virginie.

[3] Reprend la date de la déclaration d’Indépendance.

[4] https://thepostmillennial.com/fifth-graders-in-philadelphia-forced-to-celebrate-black-communism-simulate-black-power-rally-to-free-angela-davis-from-prison.

[5] x est censé faire l’économie du choix entre le masculin (o) et le féminin (a).

[6] https://nypost.com/2021/01/30/dalton-school-parents-fight-anti-racism-agenda-in-open-letter/.

[7] https://nypost.com/2020/12/19/faculty-at-nycs-dalton-school-issues-8-page-anti-racism-manifesto/.

[8] Le slogan d’accueil sur le site est : Empower. Expose. Engage. https://defendinged.org.

[9] Ce qu’ont fait les parents du Douglas County dans le Colorado lorsqu’on a voulu leur imposer une politique de l’équité. https://www.frontpagemag.com/fpm/2021/06/how-unwoke-your-school-board-joy-overbeck/.

Et si la gauche radicale votait Le Pen pour sanctionner Macron?

Pour beaucoup de Français, Emmanuel Macron demeure le «président des riches». C’est pourquoi Marine Le Pen pourrait, en 2022, compter sur un sérieux coup de pouce d’une partie de la gauche.


C’est ce qui rend l’issue de la prochaine élection présidentielle incertaine : alors qu’en 2002 la gauche s’est massivement mobilisée pour battre Jean-Marie Le Pen – au second tour Jacques Chirac a recueilli plus de voix socialistes et communistes que de voix de droite –, beaucoup d’électeurs de gauche paraissent tentés de se mettre aux abonnés absents en 2022 si le second tour oppose Marine Le Pen à Emmanuel Macron.

Marine Le Pen dédiabolisée

Comment expliquer pareil retournement ? En 2002, la gauche a obéi à un réflexe forgé au long des combats du XXe siècle : le fascisme ne passera pas ! Vingt ans plus tard, elle paraît encline à renvoyer les deux favoris du scrutin dos à dos. Dans la gauche radicale, l’idée d’un vote sanction contre Macron fait même son chemin. Plutôt la fille du facho que le fils félon de Hollande ! En 2017 déjà, un contingent d’électeurs de gauche s’est abstenu au second tour, aiguillonné par Jean-Luc Mélenchon qui, déjà, n’avait pas donné de consigne de vote. En 2022, ce contingent pourrait être beaucoup plus fourni. Selon les sondages, certains pourraient aller plus loin et voter Le Pen.

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Il y a bien sûr des raisons objectives à ce basculement. La première, c’est que Marine Le Pen a réussi son opération dédiabolisation. Plus personne ne lui accole l’étiquette fasciste, sa popularité va au-delà des électeurs de son parti. Sans aller jusqu’à la souhaiter aujourd’hui, il n’est même plus sûr qu’une majorité de Français considérerait comme une catastrophe son accession à l’Élysée. La deuxième raison, c’est que la gauche a toujours su marier grands principes et opérations tactiques. La lutte contre le fascisme, bien sûr, mais sans négliger le règlement de certaines affaires de famille. Le Parti communiste allemand s’est ainsi dégoté un adversaire prioritaire au moment de l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933. Un de ses principaux dirigeants l’a exprimé ainsi : « L’arbre fasciste ne doit pas cacher la forêt sociale-démocrate. »

Jean-Luc Mélenchon, le nouveau Trotski

Devant l’agonie du PS, les plus radicaux se plaisent aujourd’hui à rêver d’une « gauche nouvelle » entièrement débarrassée de ses « sociaux-traîtres », en particulier d’un président issu de ses rangs et qui joue encore à ses heures au « et-et », et droite et gauche. Nourri de trotskysme, Jean-Luc Mélenchon croit être en passe de réaliser le rêve historique de tout bon bolchevik : en finir avec les mencheviks !

La troisième raison, sans doute la plus importante, tient à Emmanuel Macron lui-même : il n’a pas vu combien l’étiquette de « président des riches » qui lui a été accolée à l’orée de son quinquennat quand il a supprimé l’impôt sur la fortune allait le « couper des masses », pour reprendre une vieille formule de gauche. Sa relation complexe à la province, dont il est pourtant issu, a encore accru son rejet dans les classes populaires. Le mouvement des Gilets jaunes l’a montré : « en bas », il n’est pas considéré comme « le président de tous les Français » comme le voudrait l’esprit de la Constitution, mais comme le héraut d’une petite caste parisienne.

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Les membres de cette caste ? Les adeptes de la mondialisation libérale. Observons d’abord que cette analyse est juste : Emmanuel Macron s’est présenté en 2017 comme un libéral-social, c’est un président Terra Nova, ce think tank effectivement très parisien qui milite avec constance pour la conversion de la gauche à l’économie de marché. En soi, ce n’est pas aberrant, toute la gauche mondiale est en voie de conversion au libéralisme, y compris les derniers partis communistes, à commencer par le PC chinois qui a adopté comme mot d’ordre lors de son dernier congrès : « Le marché d’abord. » Mao, réveille-toi, ils sont devenus fous !

Un village résiste à l’envahisseur

Le problème vient de ce que, face à ce grand vent libéral, il existe un pays entré en résistance, un village gaulois décidé à combattre l’envahisseur : la France, qui s’est construite autour du colbertisme du temps de la royauté, reconverti au fil des siècles en économie mixte. L’État a joué un rôle prépondérant dans la construction de notre économie et beaucoup de Français ne sont pas prêts à en faire leur deuil.

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Avant Emmanuel Macron, un seul président s’est présenté avec l’étiquette libérale, Valéry Giscard d’Estaing, qui a eu l’habileté de se faire le chantre d’un « libéralisme à la française ». Cela n’a pas empêché Jacques Chirac, quelques années plus tard, dans le célèbre « appel de Cochin », de l’accuser d’être le représentant du « parti de l’étranger ». Voilà ce qui a échappé à Emmanuel Macron, dans son inculture historique et politique justement dénoncée avant de mourir par un de ses parrains, Michel Rocard : en profondeur, la France considère le libéralisme comme une idéologie anglo-saxonne, une idéologie de riches au service des riches qui contrevient à notre passion pour l’égalité.

Pour Zemmour, Marine Le Pen est « une femme de gauche »

Régis Debray l’a souligné à sa façon récemment en présentant la mondialisation libérale comme « la revanche de la Réforme ». La « fille aînée de l’Église » (catholique) n’aurait rien à gagner à s’aligner sur les pays parpaillots ! On pourrait avancer qu’il y a un brin de xénophobie dans ce rejet : le libéralisme ne serait pas français… Certains historiens assurent pourtant que des intellectuels hexagonaux ont été à l’origine de l’essor de la pensée libérale au XIXe siècle. Peu importe, pour de larges pans de l’opinion, le libéralisme menace aujourd’hui l’exception française.

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Voilà le ciment d’une possible majorité « mariniste » en 2022 : le libéralisme ne passera pas ! D’autant que, sur ce terrain, la patronne du Rassemblement national est en opposition avec le fondateur du Front national. Jean-Marie Le Pen était un vrai libéral, beaucoup plus libéral qu’un Jacques Chirac et même qu’un Nicolas Sarkozy. En partie pour séduire les couches populaires, Marine Le Pen a au contraire toujours émis sur le plan économique et social des idées plus proches de la CGT que du MEDEF. Au point de se voir régulièrement qualifier par Éric Zemmour de « femme de gauche ». 

Il est peu probable que les Français partagent un jugement aussi paradoxal. Mais pour une gauche en déshérence, en particulier pour les fonctionnaires qui craignent que le grand méchant libéralisme ne finisse par s’attaquer à leur statut, il n’y a guère de doute : le diable ne s’appelle plus Le Pen, il se nomme Macron.

Pour lutter contre l’extrême droite, « les blancs derrière »

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Des thèses antiracistes d’un nouveau genre gagnent du terrain, même en France. Ainsi, lors de la « Marche des libertés » le 12 juin, les blancs n’avaient pas leur place en tête de cortège. Aux États-Unis, la « blanchité » n’a pas la cote.


Les Gay Pride d’antan, festives et exubérantes, ne sont désormais qu’un lointain souvenir. Ce week-end, le Collectif Fiertés en Lutte s’était mobilisé à Lyon pour dénoncer les discriminations homophobes et transphobes, mais surtout pour lutter contre les « idées nauséabondes de l’extrême droite ». Or, pendant cette Marche des Fiertés, les personnes de couleur blanche ont été reléguées à l’arrière du cortège, dans une zone dite « en mixité ».

Dans une vidéo, on voit même un organisateur hurler dans un mégaphone : « Les blancs, allez derrière s’il vous plaît ». Sur Twitter, ce dernier se vante d’avoir « viré les aspirines. » Si pour une personne encore dotée de bon sens, le paradoxe de cette démarche éclate en pleine figure, de nombreux individus appartenant au bord progressiste n’y voient aucun inconvénient, voire la justifient. Mais d’où vient ce « traitement de faveur » accordé aux blancs ? Pourquoi ce racisme décomplexé qui peine à dire à son nom ? La réponse se trouve dans le concept de « blanchité » ou « blanchitude ».

Qu’est-ce que le concept de blanchité ?

Traduction française de whiteness, terme paru dans le sillage des études critiques de la race ou postcoloniales, ce néologisme inventé au début des années 2000 par Judith Ezekiel, chercheuse en études féministes, désigne l’hégémonie sociale, culturelle et politique blanche à laquelle seraientt confrontées les minorités ethno-raciales.

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Dans une tribune publiée chez Slate en 2019, Rokhaya Diallo expliquait ce concept : « Sur le plan biologique, il n’existe qu’une seule race mais notre histoire a construit des catégories raciales toujours opérantes aujourd’hui. » Et plus loin : « Nombreux sont les individus originaires d’Asie ou d’Afrique du Nord dont la couleur de peau est identique à celle d’individus d’origine européenne. Pour autant, ils ne sont pas considérés comme des Blancs. Car être blanc·he n’est pas une question de couleur objective mais d’expérience politique. C’est un héritage lié à l’ordonnancement des populations du monde selon une conception hiérarchique. »

Il est intéressant d’observer ce glissement sémantique ; le passage de la « blancheur » à la « blanchité » traduit un changement de paradigme, la « blancheur » correspond à une caractéristique biologique, tandis que « blanchité » renvoie à une construction socioculturelle, forcément hégémonique. Aussi, il devient plus aisé de la pointer d’un doigt accusateur sans craindre une quelconque accusation de racisme. De là à faire endosser à « l’homme blanc » tous les malheurs du monde, il n’y a qu’un pas.

Attendez-vous au pire, vous ne serez pas déçus

Le concept et son expression n’en sont qu’à leurs balbutiements en France, alors que de l’autre côté de l’Atlantique, ils ont pris racine et s’épanouissent de jour en jour.

Ilhan Omar, députée américaine d’origine somalienne, première femme voilée à siéger au Congrès, peu de temps après son élection, déclarait au sujet de la menace terroriste en 2018: « Je dirais que notre pays devrait craindre davantage les hommes blancs parce qu’ils sont à l’origine de la plupart des décès dans ce pays […] si la peur devait être le moteur des programmes politiques visant à assurer la sécurité des Américains, nous devrions donc surveiller et créer des politiques pour lutter contre la radicalisation des hommes blancs. » Sa relativisation du terrorisme islamique n’a d’égale que son essentialisation caricaturale, il n’est pas question de suprématiste ou de raciste xénophobe, mais d’homme blanc tout court. Celui-ci est rendu responsable et coupable de tous les maux passés, présents et à venir de l’humanité, et s’offre comme un objet/sujet sur lequel la détestation peut facilement se cristalliser.

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Fin mai 2021, Kate Slater, doyenne adjointe de l’université privée Brandeis située non loin de Boston, s’est exprimée sur Instagram, dénonçant avec véhémence la « blanchité ». Elle-même blanche, se définissant comme « spécialiste de la justice raciale », titulaire d’un doctorat en politique éducative de l’Université du New Hampshire, la doyenne adjointe avait affirmé que « tous les Blancs sont racistes » parce qu’ils ont été « conditionnés dans une société » où « la blancheur est la norme ». Face aux commentaires contestant la publication, la doyenne adjointe a continué en essayant de se justifier : « Je ne déteste pas les Blancs, je déteste la blancheur. » Entendez par là le concept hégémonique et oppressif de « blanchitude », cependant, la séparation avec « blanc » est un fil ténu, vaporeux, presque immatériel…

Ces idées s’infiltrent également dans la sphère professionnelle. Par exemple, en février 2021, dans le cadre d’une formation en ligne visant à « lutter contre le racisme », l’entreprise américaine Coca-Cola exhortait ses salariés à être « moins blancs ». La formation d’une cinquantaine de minutes abordait des thématiques telles que : « Comprendre ce que cela signifie d’être blanc, contester ce que cela signifie d’être raciste », ou encore des affirmations telles que : « Essayez d’être moins blanc », car cela rendrait « moins oppressif », « moins arrogant et sûr de soi », permettrait d’être « plus humble, à l’écoute », et enfin de « rompre avec la solidarité blanche. » La formation insistait sur la nécessité de rompre dès le plus jeune âge avec la « blanchité » : « Aux États-Unis et dans d’autres pays occidentaux, les Blancs sont socialisés à penser qu’ils sont intrinsèquement supérieurs parce qu’ils sont blancs. Les recherches montrent que dès l’âge de 3 ou 4 ans, les enfants comprennent qu’il est préférable d’être blanc. » On serait tenté de penser que cette démarche est isolée, mais le cours en question a fait fureur auprès de nombreuses universités et établissements scolaires.

Expie ton privilège!

Au rythme où l’on va, ne faudrait-il pas craindre un futur apocalyptique où tout ce qui aurait un rapport quelconque avec la « blanchité » se verrait envoyé dans des camps pour être « rééduqué » ? Pure question rhétorique.

En mai 2021, Christopher F. Rufo, journaliste américain indépendant, faisait une révélation explosive sur son blog : Lockheed Martin Corporation, la plus grande entreprise de défense des États-Unis, avait envoyé des cadres dans une formation de trois jours afin de déconstruire leur « culture d’homme blanc » et « d’expier leur privilège d’homme blanc. » Parmi les participants figuraient un ancien général trois étoiles et le vice-président de la production du programme d’avions de chasse F-35, doté de 1 700 milliards de dollars.

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Plusieurs activités étaient proposées comme celle de demander aux employés de Lockheed de dresser une liste des connotations du terme « hommes blancs ». Les formateurs avaient préalablement écrit : « vieux, raciste, privilégié, anti-femmes, en colère, Nation aryenne, KKK, pères fondateurs, armes, coupable. » Ladite formation était dirigée par le cabinet de conseil White Men As Full Diversity Partners qui considère que les « racines de la culture masculine blanche » comprennent des traits de caractère tels que « l’individualisme brutal, une attitude positive face à l’adversité, le travail acharné, la recherche du succès », traits jugés « dévastateurs pour les femmes et les minorités. » Si on s’amuse à lire entre les lignes, l’on comprend vite que ce qui est réellement reproché à la « blanchitude » c’est son existence même.

L'arnaque antiraciste expliquée à ma soeur

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Et Macron fit sangloter Yann Wehrling…

Depuis 2018, Yann Wehrling était ambassadeur à l’environnement. Mais comme il soutient Valérie Pecresse plutôt que Laurent Saint-Martin aux élections régionales en Ile-de-France, on a mis fin à ses fonctions le 9 juin.


Au XIXe siècle, les explorateurs européens débarquaient sur les côtes africaines avec des malles remplies de verroterie. Pour se faire bien voir et respecter, ils en distribuaient aux bons sauvages. Ces derniers, séduits par cette pacotille brillante et multicolore se prosternaient, éblouis, devant leurs futurs maîtres blancs. À l’époque moderne, cette touchante pratique n’a plus cours. La verroterie a été remplacée par des hochets et des breloques. Plus de bons sauvages mais des serviteurs loyaux et fidèles du président de la République. Et c’est Macron qui est le maître généreux de ces hochets.

Il y a deux ans, il en a octroyé un à Yann Wehrling en le nommant ambassadeur chargé de l’environnement. On ne sait pas à quoi ça sert mais à une époque où on a vu Ségolène Royal occuper la fonction d’ambassadrice auprès des pingouins de l’Arctique et de l’Antarctique, il ne faut s’étonner de rien. Yann Wehrling avait tout fait pour mériter ce poste. Il avait été secrétaire général des Verts, puis était allé faire un tour au MoDem. Puis, avait rallié la macronie. Ce qui lui avait donc valu de devenir ambassadeur chargé de l’environnement.

À lire aussi : Les pingouins bientôt délivrés de Ségolène Royal

Mais trop sûr de lui, il a pris quelques libertés avec son maître. Il a, le malheureux, annoncé son soutien à la candidature en Ile-de-France de Valérie Pécresse. Ensuite, de plus en plus inconscient, il a fondé un groupuscule du nom de Parti de la nature dans le but de titiller les climatosceptiques de LREM. Ça n’a pas traîné et son destin a été scellé rapidement. Il a été convoqué au Quai d’Orsay où on lui a sèchement signifié qu’on mettait fin à ses fonctions. Meurtri, Yann Wehrling a confié sa souffrance aux médias. Il s’est dit victime d’une « incorrection humaine ». Ça c’est bien vrai : Macron n’a pas trouvé le temps de l’appeler.

Dans le temps, on avait quand même plus de savoir-vivre. Quand un riche bourgeois voulait se débarrasser de sa bonne, il lui donnait ses « huit jours ». Le temps pour elle de plier ses tabliers et de ranger ses tenues de soubrette. Yann Wehrling n’a même pas eu ses huit jours. On reconnaît bien là l’immense goujaterie du président de la République…

Médecin de nuit, un film savoureux

Elie Wajeman signe un troisième film, son meilleur jusqu’à présent. « Médecin de nuit » sort en salle ce 16 juin. À ne pas manquer.


Un vieil adage prétend que le troisième film répare le ratage du second et amplifie la réussite du premier. Vérité absolue pour le cinéma d’Elie Wajeman qui était entré dans la carrière en 2012 avec le très pertinent Alyah pour s’embourber ensuite dans une reconstitution historico politique avec Les Anarchistes. Le retour se fait donc en très grande forme : Médecin de nuit, avec Vincent Macaigne dans le rôle-titre, joue superbement avec les codes du film nocturne et à suspense, sur fond de trafic de fausses ordonnances.

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Affiche du film « Médecin de nuit » © Partizan Films

C’est noir à souhait, stylisé comme il faut, sans jamais être glauque ou sombrer dans une tentation documentaire mortifère. Les impeccables Sara Giraudeau et Pio Marmaï renforcent la qualité de l’ensemble. C’est pour ce genre de film qu’on est heureux de retrouver enfin le chemin des salles de cinéma. Oui, c’est un film de grand écran dans le noir.

Footballeurs de tous les pays, prosternez-vous!

Il y a 21 ans, la France remportait l’Euro et les joueurs se levaient tous pour Danette. Aujourd’hui, ils se prosternent devant le conformisme ambiant. Mais un militant de Greenpeace a volé hier soir la vedette aux Bleus, qui ne se sont finalement pas agenouillés.


Le football est soumis à une obligation de neutralité. La règle 51 de la Charte olympique ou encore la Loi 4 de la FIFA excluent, en principe, toute forme d’expression politique ou religieuse sur les terrains de sport. Les joueurs de l’équipe de France étaient pourtant prêts à s’exécuter et à délivrer leur message genou à terre hier soir, un concours de circonstances les en a empêchés.

Un militant de Greenpeace en parachute, qui voulait de son côté faire passer un message anti-nucléaire, a heurté un câble juste avant le match gagné par l’Équipe de France, faisant deux blessés et manquant de s’écraser en tribune !

Un geste symbolique ET politique

Poser un genou à terre a une symbolique : la lutte contre le racisme. Il est une expression politique, celle du mouvement Black Lives Matter, mouvement qui surexploite un dramatique fait divers, la mort de George Floyd, utilisée comme instrument de propagande universelle de son idéologie inspirée des mouvances intersectionnelles, LGBT+, altermondialistes et néo-marxistes. Se mettre à genoux n’est pas qu’une expression d’indignation face au racisme, c’est une manifestation politique, l’acceptation de la soumission idéologique à une pensée culturellement et historiquement liée à l’Amérique.

Exécuté pour la première fois par le joueur de football américain Colin Kaepernick pour protester contre les violences policières et le traitement inégalitaire des minorités aux États-Unis, ce geste est la reproduction de l’agenouillement de Martin Luther King en 1965 lors d’une manifestation pour le droit de vote des Afro-américains. Mais à cette époque, en France, Gaston Monnerville était président du Sénat !

Le joueur de football américain et militant de la cause noire américaine Colin Kaepernick, invité au dîner annuel de l’ACLU, Beverly Hills, 3 décembre 2017 © Matt Winkelmeyer/Getty Images/AFP

La France sous influence

Que l’on soit contre le racisme est une chose, que l’on utilise cette cause en adoptant les codes exprimant une idéologie politique, a fortiori étrangère à la culture européenne, en est une autre.

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Dans le football, la lutte contre le racisme n’a pas besoin d’être instrumentalisée par une idéologie politique américaine. Depuis des années, la lutte contre le racisme est déjà le combat, pour ne pas dire l’obsession, du milieu du football. Quiconque fréquente les stades subit déjà depuis plusieurs années le même matraquage (les campagnes « carton rouge contre le racisme », « Equal game » ou « Respect » de l’UEFA, les messages lus avant les rencontres de la coupe du monde 2006, l’hymne « toi et moi on se ressemble parce qu’on est noir et blanc » joué avant chaque match de Ligue 1, les brassards « No to racism » portés par les différents capitaines, etc…).

Dans cette mise à genou, il y a une posture particulièrement gênante, celle de la mise en scène de sa propre indignation, consistant à faire passer pour courageux ce qui n’est rien d’autre que l’expression d’une forme de vanité et d’arrogance. Comment s’acheter une bonne conscience à peu de frais.

L’Equipe de France veut nous vendre le concept de racisme « systémique »

Que ce geste soit effectué aux États-Unis, pourquoi pas. Il correspond à une réalité sociale outre-Atlantique qui, rappelons-le, n’est pas la même que chez nous. Mais ce geste, en France, c’est celui du combat indigéniste, de la culture woke et de toutes ces mouvances qui aimeraient tant nous forcer à ne voir la lutte contre les discriminations uniquement sous le prisme d’un fantasmé racisme structurel et systémique émanant des Blancs.

A lire aussi: Mathieu Bock-Côté: l’invitation au combat anti-woke

Ce geste révèle une ligne de fracture entre l’Est et l’Ouest. Polonais, Russes, Croates ou encore Hongrois ne le pratiquent ni même ne le comprennent, car il n’est rien d’autre qu’une volonté de leur imposer une soumission à une histoire qui n’est pas la leur. Le chantre de la démocratie illibérale Viktor Orban a eu beau jeu de rappeler que la Hongrie n’avait rien à voir avec l’esclavage ou le colonialisme. Il a même crânement déclaré : « les Hongrois s’agenouillent uniquement devant Dieu, la mère Patrie et lorsqu’ils demandent en mariage leur dulcinée ! » Politique et sport mériteraient d’être davantage séparés.

Il y a quelque chose de navrant et de terriblement épuisant à supporter ou encourager ces gesticulations.


Élisabeth Lévy : « L’agenouillement, où qu’il se passe, est un signe de soumission »

Retrouvez le regard libre d’Élisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio, à 8h15.

Baudelaire, Véran et Darmanin: haschisch ou Lexomil?

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Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.


« Il est vraiment superflu, après toutes ces considérations, d’insister sur le caractère immoral du haschisch. Que je le compare au suicide, à un suicide lent, à une arme toujours sanglante et toujours aiguisée, aucun esprit raisonnable n’y trouvera à redire. » Non, il ne s’agit pas d’une déclaration de Gérald Darmanin s’opposant à l’intention de certains députés, y compris de la majorité, de légaliser le cannabis. C’est Charles Baudelaire qui s’exprime avec une telle sévérité. L’image fausse que l’on a du poète d’Enivrez-vous en a fait un amateur de tout ce qui pouvait chasser son spleen. Baudelaire, dans Les Paradis artificiels se livre, au contraire, à un réquisitoire contre une substance qui finit par casser la volonté sans pour autant calmer la souffrance. Le diagnostic sera d’ailleurs partagé par le poète Henri Michaux qui consacrera à la drogue un recueil intitulé Misérable miracle.

Le 26 mars 2021, Olivier Véran, pourtant, annonçait : « C’était un de mes engagements de médecin, je l’ai porté à l’Assemblée nationale en tant que député, et je suis fier de l’annoncer en tant que ministre : la France expérimente l’usage médical du cannabis. » Baudelaire aurait, là, applaudi des deux mains. Sa biographie révèle que ses premières prises de cannabis étaient liées à des névralgies violentes, comme il l’écrit dans une lettre à Sainte-Beuve : « Il y a bien longtemps que j’aurais dû vous répondre ; mais j’ai été saisi par une névralgie à la tête qui dure depuis plus de quinze jours ; vous savez que cela rend bête et fou. » Le problème est que les médecins à l’époque de Baudelaire n’avaient pas mis au point ce fameux cannabis thérapeutique.

À lire aussi, Stéphane Germain : Cannabis: prohibition, piège à cons

Gérald Darmanin, lui, depuis son fameux « Je ne légaliserai pas cette merde », a provoqué la colère d’Éric Correia, élu de la Creuse, département pilote dans la culture du cannabis médical : « Je regrette qu’il mène ce combat contre le cannabis en mélangeant son utilisation thérapeutique et récréative. » D’autant plus que la France est une championne de la consommation de drogues légales comme les anxiolytiques, ce qui n’est pas sans rappeler Le Meilleur des mondes. Huxley montre comment sa société dystopique tient grâce au soma : « Il y a toujours le soma pour calmer votre colère, pour vous réconcilier avec vos ennemis, pour vous rendre patient et vous aider à supporter les ennuis. On avale deux ou trois comprimés d’un demi-gramme, et voilà. Tout le monde peut être vertueux, à présent. On peut porter sur soi, en flacon, au moins la moitié de sa moralité. »

Autant dire qu’il demeure une certaine hypocrisie sur la question et qu’on peut préférer que les futurs Baudelaire soient calmés par le cannabis thérapeutique plutôt qu’assommés par le soma-Lexomil.

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Les quatre dangers de la loi de bioéthique

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Loin de rejeter en bloc la loi de bioéthique, je m’élève contre un gouvernement qui oublie qu’une loi concerne tous les citoyens sans exception.

La convention internationale des Droits de l’enfant (1989) considère dans son préambule que « l’enfant, en raison de son manque de maturité physique et intellectuelle, a besoin d’une protection spéciale et de soins spéciaux, notamment d’une protection appropriée, avant comme après la naissance ». Pourtant, cette loi ne semble pas prendre en compte l’enfant en tant que sujet. Seuls le droit au bonheur et le droit à l’enfant paraissent avoir présidé à l’élaboration de ce texte.

Quatre menaces existent :

La violence

La violence faite aux enfants nés par PMA et par GPA. La GPA est la suite logique de la PMA pour toutes les femmes (célibataires et homosexuelles), car il n’est pas possible d’empêcher longtemps les hommes dans la même situation, de bénéficier de tels droits.

Les donneurs de gamètes ne seront plus anonymes pour la plupart des enfants nés par PMA. Cependant, pour ceux qui sont nés avec des donneurs anonymes et pour ceux à qui on apprendra tardivement leur conception la violence sera toujours présente. Violence d’un secret enfin révélé. Etaient-ils si peu de chose pour que l’on ait omis de les informer et de les laisser ignorants de cette moitié d’eux-mêmes ? C’est une atteinte à leur dignité.

Violence du secret lui-même. Les enfants découvrent que ce constitue une grande part de leur patrimoine génétique et de leur personnalité n’est pas ce qu’ils croyaient. Ils se sentent vides ou amputés selon leur expression. Le succès des recherches généalogiques, l’engouement pour les méthodes de développement personnel prouvent combien nos concitoyens sont à la recherche de ce qui peut les aider à se situer dans leur environnement relationnel. Savoir d’où l’on vient, qui on est, où l’on va. Connaître ses racines, c’est aussi se mettre en lien en correspondance avec une communauté humaine plus large. Le roman familial est un fantasme nécessaire à chaque être humain. N’est-il pas dangereux de laisser les futurs parents d’enfants nés de PMA et GPA libres de toute responsabilité dans ce domaine ?

Le triomphe de l’hédonisme

Il est à l’œuvre dans la société de consommation. La recherche du plaisir immédiat, le désir satisfait à tout prix, l’émotion plutôt que la réflexion ou le narcissisme qui animent dans un sentiment de toute puissance les futurs parents, encouragés par les médias et accompagnés par les moyens techniques que fournit la science médicale, ne sont pas des fondements raisonnables à l’éducation des « bénéficiaires » de la PMA.

A lire aussi, Agnès Thill: Les Français ne se sont pas assez chamaillés sur la loi bioéthique

Comment allons-nous faire grandir ces enfants dans la conscience d’autrui et de la société ?

L’eugénisme

Tant décrié pour ce qu’il a représenté au XXe siècle… et pourtant parfaitement présent dans les conséquences de ce texte de loi. Il y aura demain des bébés sur catalogue (c’est déjà le cas aux Etats-Unis ou dans certains pays européens). Dans un premier temps, cela sera réservé aux parents les plus fortunés : pourquoi ne pas avoir un bébé de premier choix, quand on peut se le payer ?! Puis, comme pour tous les produits de consommation, cela deviendra accessible à tous.

L’amour des animaux réglemente aujourd’hui la destruction des poussins avant l’éclosion de l’œuf et bientôt avant que leur cœur batte (embryon de quatre jours) mais on n’interdit pas les IMG -interruption médicale de grossesse- jusqu’au 9e mois (n’oublions pas que les premiers battements de cœur de l’embryon humain surviennent dès la sixième semaine).

Les bébés médicaments et les chimères ne rentrent pas encore dans l’arsenal scientifique, mais ces expériences déjà réalisées en Chine et au Japon le seront probablement en France dans l’avenir. Les futurs parents sont-ils conscients de la vie qu’ils veulent donner et de celle qu’ils ont choisi d’ignorer ?

La science et ses limites

Avons-nous toute la connaissance scientifique pour dire que tel type de procréation présente plus ou moins de dangers qu’un autre pour ces futurs embryons ?

La GPA est présentée comme un magnifique acte d’amour (généralement bien rétribué) d’une personne pour des couples ne pouvant pas procréer. Acte sans conséquence sur l’enfant, puisque toutes les gamètes mâles et femelles proviennent de donneurs et donneuses externes. Pourtant, nous en découvrons peu à peu beaucoup sur la vie intra-utérine (sensations, perceptions, émotions, échanges entre le sang fœtal et le sang de la mère porteuse). Nous savons aussi que l’accouchement par césarienne peut interférer avec la composition macrobiotique de l’intestin du nouveau-né et influer sur sa fonction immunologique. Combien de futurs parents sont avertis de ce type de « dommages collatéraux » ?

La loi de bioéthique ne prendrait de sens que dans un schéma de responsabilité générale, où des minorités ne pourraient jouir de nouveaux droits qu’en s’inscrivant dans un parcours pédagogique les amenant à un meilleur respect d’autrui et de la société qui leur permet de satisfaire leur désir personnel. Un meilleur accès aux informations médicales doit également être repensé.

Une rencontre avec l’auteur de cet article le 24 juin à Paris.
PMA ? GPA ? euthanasie ? eugénisme ? Le droit de connaître son géniteur ? La solidarité entre les générations ?  La prolongation de l’IVG jusqu’au terme de la grossesse ? La Balustrade de Guilaine Depis et Joaquin Scalbert vous invitent à venir débattre autour d’un verre de vin de Bourgogne des questions de bioéthique qui sont au cœur de l’actualité politique immédiate le jeudi 24 juin 2021 de 17h à 21h, à l’Atelier Galerie Taylor 7 rue Taylor, 75 010 Paris. RSVP par SMS 06 84 36 31 85 •

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Des femmes et des adieux

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Ma première corrida

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Arènes d'Arles, 8 septembre 2018. © Mélanie Huertas

La corrida est un univers, avec ses astres, ses étoiles et ses comètes. Un monde à part où se côtoient palpitations animales et esthétique exacerbée, peurs et passions, fantasmes et adrénaline. Mais cet art, qui se joue dans la lumière et dans le sang est devenu une cruauté inacceptable pour la modernité.


Voilà plusieurs semaines que la folie nommée corrida m’obsédait. Tout a commencé par deux dessins dans l’Album Montherlant de « La Pléiade », l’un de l’auteur représentant l’illustre matador Belmonte toréant nu à l’entraînement, l’autre de Jacques Birr représentant un taureau chargeant dans la muleta (morceau de tissu agité pour provoquer la charge de l’animal) du torero. L’apparente fragilité et le raffinement du torero face à la force brute et massive de la bête m’avaient saisi. S’ensuivirent de longues lectures tauromachiques : Les Oreilles et la Queue de Jean Cau, Les Bestiaires de Montherlant, Philosophie de la corrida de Francis Wolf, La Corrida du 1er mai de Cocteau. Après deux semaines immergé dans ces pages taurines, le taureau me hantait, ainsi que les toreros, leur muleta, leur habit de lumière, l’arène, le sable, les cornes, le sang. Le torero bravant la peur, maîtrisant le taureau, je voulais le voir de mes yeux. L’odeur de la bête, je la voulais pénétrant mes narines. Lorsqu’on met un pied dans cette folie, il faut que le reste y passe. L’esthétique me fascinait, la mise en scène, le décorum, la cérémonie.

Cependant, une question me tourmentait. Pourquoi faire tout cela ? Est-ce bien la peine de tuer une bête pour… pourquoi d’ailleurs au juste ? Un sport ? Un spectacle ? Un sacrifice rituel ? Un art peut-être ? Bien qu’ayant en horreur les voyages, il me fallait me rendre en terre taurine. Je pris alors la direction de Béziers pour assister à la corrida du 15 août. Arrivé au pied des arènes, l’afición de la foule bouillonnait. On y parlait de taureaux et de toreros. Les souvenirs d’El Cordobés ou de Dominguin y jaillissaient des bouches aux accents méridionaux. Je m’installai dans les arènes quarante-cinq minutes avant le début de la corrida pour voir le temple vide se remplir de ses fidèles. On ratissait la piste, on lissait le sable. Les arènes, peu à peu, se mirent à transpirer la fête et la peur. Les spectateurs riaient, buvaient, se plaçaient par grappes d’amis, verres à la main et sourires aux lèvres, car c’est la feria ! Mais tout le monde savait qu’en coulisses, les toreros s’apprêtaient à jouer la vie, leurs vies, à défier la mort. Et tout le monde savait que si tout se passait pour le mieux, aucun ne serait tué, mais que la mort serait tout même au rendez-vous, car six bêtes seraient tuées sous nos yeux, six cadavres musculeux couverts de poils emportés par un attelage funèbre, traînant sur le sable et répandant le sang. La fête, la peur et la mort : étrange bouquet.

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Je ne vous raconterai pas la corrida que j’ai vue. Nombre de grands écrivains l’ont fait bien mieux que je ne pourrais le faire. Mais je veux dire l’amour tout frais bâti que je porte aujourd’hui à cet art, cet art que je me ronge d’avoir découvert trop tard car ses jours sont probablement comptés, son destin tragique, sa mort inscrite. Cet art dans lequel on entre comme en religion. Il faut en être fanatique pour en voir la beauté. J’ai vu dans l’arène des hommes s’offrir tout entier à leur art, des hommes approcher la corne, le danger, la mort, balayer le raisonnable et la sécurité pour quoi ? Pour un moment de grâce !

Jean Cau, La Folie corrida
« Mais le Seigneur miséricordieux a eu pitié de notre misère et, au-dessus de la corrida, alors que gronde vers nous le bulldozer de l’an 2000, il a étendu sa main divine. Une plaza, un homme, une bête, et tout ce qui est dé-naturé se re-nature. La fête est originelle, le combat éternel, la grâce virile, le danger pur, la beauté bonne (et non la bonté belle, ce que l’humanitarisme nous martèle sur le crâne), la mort présente. L’arène ronde. (l’angle, le cube, c’est New-York, la Défense et la nature haïe »

J’ai vu des hommes, en courage, exemplaires. Un monstre de puissance, armé de deux couteaux postés sur le front, fonce vers l’homme, et l’homme au corps fragile ne bouge pas, maîtrise sa peur et tente de faire dévier la charge du taureau grâce à un simple morceau de tissu. Le torero est maître de ses émotions et devient maître de la bête sauvage. Le taureau devrait mille fois gagner le combat mais l’homme, grâce à son intelligence, à sa ruse, emporte la victoire. L’intelligence triomphe sur la force brute, sur la bestialité. L’homme parvient à dominer la bête, à se réapproprier le terrain que l’animal avait fait sien et avait ensauvagé, pour le pacifier, le civiliser. Et tout cela, le torero le fait loyalement. Il pourrait avoir un pistolet et une armure étant l’organisateur de ce jeu et le créateur de ses règles. Non, c’est à découvert que ça se joue, armé d’un bout de tissu et d’une épée qu’il ne pourra planter dans le garrot du taureau qu’en étant face à lui et en se jetant entre ses cornes. Il ne peut tuer la bête qu’en mettant sa propre vie en jeu. Cocteau, passionné de corrida, appelait les taureaux « les ambassadeurs de la mort ». Il est certain que le taureau donne l’impression d’avoir été choisi par elle pour accomplir son geste. Lorsque le torero se confronte au taureau, c’est aussi à la mort qu’il fait face. Bien qu’il l’admire et le respecte, il sait que le taureau est une machine à tuer, qu’à peine un coup de corne envoyé il charge de nouveau, sans relâche, encore et encore, qu’il n’arrêtera que mort ou après avoir tué. Il est assez rare qu’un torero meure dans l’arène (on dénombre 466 hommes ayant péri par les cornes depuis le xviiie siècle), mais fréquent qu’il se fasse attraper par le taureau, parfois très gravement. José Tomas, légende vivante de la tauromachie, exige dans son contrat une « équipe médicale obligatoire en sus de celle habituelle des arènes : un chirurgien thoracique, un chirurgien vasculaire et quatre poches de sang A négatif… ».

Miguel Ángel Perera dans les arènes de Nîmes, 20 septembre 2020 © Yanis Ezziadi

Dans la carrière d’un torero, on attend d’ailleurs le moment où il se fera encorner pour savoir si, une fois cette épreuve passée, il retournera dans les arènes, au mépris de la peur et de la souffrance physique, et s’il mérite donc d’être appelé torero. Dans Recouvre-le de lumière, Alain Montcouquiol rapporte les paroles de son frère Christian, premier torero français internationalement reconnu, dévoré par la peur lors des corridas qui suivirent un grave coup de corne qu’il avait reçu dans la cuisse : « Tu ne peux pas savoir comme c’était dur. J’avais peur tout le temps.[…] Parfois, devant le toro, je sentais une odeur d’infirmerie. Je n’avais qu’une idée en tête, ne pas fuir. Je regardais les cornes et je pensais : Elles vont me transpercer… c’était horrible. » Dans la corrida, la peur est centrale, le torero partage sa vie avec elle. Il doit dominer la bête, mais c’est aussi, et avant tout, sa propre peur qu’il doit dominer. Oui, il y a de l’ornement, du cabotinage parfois. Mais quoiqu’il arrive, le torero risque la mort à chaque instant dans un spectacle où il donne la réplique à un partenaire incertain et dangereux.

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L’histoire est écrite a priori et la mort du taureau de la main du torero en est le dernier acte. Mais en quelques secondes le taureau peut ajouter un acte à la pièce : celui de la mort du torero. Le torero le sait, mais il est torero, c’est un état, et c’est son destin. Dans les arènes de Béziers, j’ai vu toréer Miguel Angel Perera qui ne cessait de défier la mort. Les passes qu’il faisait avec la bête étaient de plus en plus belles, de plus en plus dangereuses. Il aurait pu arrêter cette escalade, car le public lui offrait déjà ses « bravo torero ! » et ses applaudissements, mais il lui fallait aller toujours plus près de l’ambassadeur et de sa corne. Il semblait ne plus pouvoir s’arrêter face à cette attirance tragique vers la mort et la bête qui l’incarne. Il était en transe, en extase, en état de grâce. Plus rien ne semblait pouvoir l’arrêter, plus rien ne semblait exister autour d’eux. Cela dura une minute peut-être. Mais une minute au-dessus de tout, libérée de tout. J’ai vu de nouveau Perera toréer à Nîmes le 20 septembre et j’ai été marqué par une image glaçante. J’eus la chance d’assister à cette corrida depuis le callejón, le couloir circulaire de l’arène séparant la barrière des gradins, les coulisses à découvert où se trouvent les matadors, les banderilleros et leurs agents. Après avoir tué son premier taureau, Perera revient en callejón alors que l’autre matador du jour, Sébastien Castella, entre sur la piste pour toréer à son tour. Perera se poste juste devant moi pour regarder faire Castella en attendant d’aller affronter son prochain taureau. Son corps était couvert de mouches, elles grouillaient sur son costume rouge et or. Je regardais les quelques personnes proches de lui, aucune mouche sur eux. Elles étaient sur lui comme sur un cadavre. Il n’était pas mort, mais il était couvert de mort. Couvert ou plutôt moucheté du sang du taureau qu’il venait d’affronter et de tuer. Encore le signe que la mort rôde autour du torero. La mort, toujours la mort.

Dans la tauromachie, l’animal est entièrement respecté pour ce qu’il est, pour sa nature. Il a besoin de grands espaces, de liberté

Je dois témoigner aussi de l’absence de haine. Ce n’est pas de haine que le torero tue la bête, c’est d’amour. Pour avoir communié avec elle pendant un quart d’heure, la seule issue possible à cette étreinte est la mort. Après avoir fait œuvre commune avec la bête, le torero la tue pour qu’elle ne tue pas. La vie de l’homme est sacrée, pas celle de l’animal. L’acte de mise à mort conclut l’acte d’amour. Je pensais que la sexualité entre le taureau et le torero décrite par les écrivains n’était que littérature. Il faut aller dans les arènes pour se rendre compte qu’il y a bien quelque chose de cet ordre-là. Sur la piste, les deux protagonistes paradent, se défient du regard, se heurtent violemment, puis se frôlent sensuellement, transpirent, gémissent, reprennent leur souffle, la bête bave et parfois couvre l’homme de sa salive et de son sang. Le torero éprouve une réelle passion pour le taureau, le taureau ne peut la lui rendre car il n’est qu’un animal. Peut-être est-ce également une des raisons pour laquelle il le tue. En dehors même de la passion qu’un homme peut avoir pour cette bête, le taureau dégage une sexualité virile absolument troublante. Qui n’est jamais allé dans les arènes ne peut comprendre le coupable désir de Pasiphaé. D’aucuns diront que je délire, les toreros les premiers. Mais c’est aussi cela la corrida, une machine à créer des fantasmes. Un mystérieux écran sur lequel chacun projette ses propres rêves et ses propres cauchemars. J’ai demandé au jeune torero Carlos Olsina s’il regardait la bête dans les yeux lorsqu’il toréait. « Tout le temps », m’a-t-il répondu. Et sentait-il dans le regard de la bête qu’il se passait quelque chose entre lui et elle ? « Lorsque la bête est bien toréée, elle devient complice du torero, et c’est à ce moment-là qu’on peut assister à un moment magique. » En dehors de l’adversité, il y a donc parfois (et c’est en partie pour cela que l’on se rend dans les arènes) une relation particulière entre eux.

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Dans la tauromachie, la race du taureau brave est respectée, adorée, vénérée par le public, les toreros et les éleveurs. J’ai toujours entendu dire : « La corrida c’est horrible ! Des gens viennent s’amuser de la souffrance d’un animal. » En assistant à ce spectacle, j’ai pu comprendre que c’est justement parce que ce que le taureau laisse paraître ne ressemble pas à de la souffrance que ce spectacle est accepté par son public. Le taureau montre de la rage et parfois de l’agacement, mais certainement pas de la souffrance. Peut-être, comme le boxeur, ne ressent-il pas entièrement la douleur pendant le combat. Et, l’on ne peut pas dire non plus que le public vienne « s’amuser ». Il vient assister à un spectacle grave, à une tragédie, et l’arène est envahie du poids de cette gravité, surtout au moment de la mise à mort où le silence qui précède le fatal coup d’épée est écrasant. Le don de la mort n’est pas léger et anodin, il est accompli et regardé dans la communion et la solennité. Le spectateur vient s’y divertir, oui, mais pas s’amuser. Le spectacle qui se joue sous ses yeux est tellement grand que, durant deux heures, ses pensées se détournent de ses petits problèmes bourgeois, de l’ennui de sa petite existence, du non-sens de sa vie et de sa condition mortelle. Et cela par la mise en scène de la mort, une mort réelle qui a une utilité et un sens puisqu’elle permet à des êtres de sublimer la leur, et peut-être de s’en consoler.

La ganaderia de Robert Margé à Fleury d’Aude, octobre 2020 © Yanis Ezziadi

Mais revenons-en au taureau. Je me suis rendu chez Robert Margé, grand éleveur de toros bravos. J’ai visité avec lui son élevage, sa ganaderia. Elle se trouve à Fleury d’Aude, près de Béziers. Environ 700 bêtes, sur 1 500 hectares. Un monde secret, éloigné de tout et hors du temps où règnent la beauté et le silence. Le maître de ces terres n’est pas l’éleveur, ce sont les taureaux. Il faut voir Margé, homme au tempérament pourtant bien trempé, se promenant dans son élevage à bord de son 4×4, semblant à peine chez lui, juste toléré, tant il fait son possible pour se faire discret, l’entendre doux dans sa voix et le voir délicat dans ses moindres gestes, afin de ne pas déranger les taureaux rois sur ces vastes lieux sauvages préservés pour eux, et donc, grâce à eux.

Henry de Montherlant, Les Bestiaires
« Maintenant, pour ramener plus vite la brute, sitôt qu’elle avait passé la cape il se jetait et la heurtait avidement de ses poings, de son coude, au flanc ou à la croupe, (satisfaisant là, aussi, son besoin de la toucher), de sorte qu’elle se retournait tout de suite et qu’il n’y avait plus une succession de passes mais une seule passe, il n’y avait plus qu’une seule bousculade tragique des deux êtres fondus en un seul être, il n’y avait plus qu’une seule caresse brutale et continue où le garçon, rétrécissant à mesure la cape, serrait toujours plus le monstre contre lui, le rapprochait toujours plus de lui, comme on rapproche une femme qu’on va faire entrer dans sa chair, l’enroulait tout autour de lui en même temps que sa cape. […] Et cet homme qui répond à chaque mouvement de la bête par un mouvement accordé, cet
homme et cette bête qui s’emboîtent chacun tour à tour dans les vides que crée l’autre en se déplaçant […] c’est le dieu et son prêtre qui édifient leur communion prochaine et la murent dans une danse nuptiale. »

En Europe, on compte environ 400 000 hectares de nature intacte consacrée à l’élevage du taureau brave. Cet animal doit rester le plus vierge possible du contact avec l’homme jusqu’à son entrée dans l’arène. Dans la tauromachie, l’animal est entièrement respecté pour ce qu’il est, pour sa nature. Il a besoin de grands espaces, de liberté. Et naturellement, le taureau se bat, y compris avec ses congénères, jusqu’à la mort. Il n’est pas rare pour les éleveurs de retrouver au matin un cadavre dans le campo, tripes au vent. Le combat avec le torero n’est donc pas un acte contrenature pour le taureau, cela fait partie de lui, il a cela dans le sang. Sa race est préservée pour cela, pour la corrida. Si l’on met à mort la corrida, la race du toro bravo partagera son caveau. Pierre Mailhan, jeune éleveur chez qui je me suis également rendu, élève, parallèlement aux taureaux de combat, des bêtes pour la viande. Il m’a raconté sa souffrance de voir ses animaux partir passivement à l’abattoir. Il préfère les voir partir pour les arènes, mourir en combattants comme c’est inscrit dans leur race, comme elles meurent dans le campo parfois, en s’étripant entre elles. Mais les envoyer à l’abattoir, ce n’est pas accomplir leur destin naturel, ce n’est pas totalement les respecter dans leur animalité, en tout cas beaucoup moins qu’à la corrida. Au campo, que ce soit chez Robert Margé ou Pagès-Mailhan, c’est le paradis doux et infini que j’ai pu voir. Si je devais me réincarner en animal et que j’avais le choix entre un husky dans un appartement, une vache à lait, une perruche en cage, un pauvre toutou à sa mémère traîné de force trois fois par semaine chez le toiletteur pour finir par se faire mettre des chouchous sur la tête et des gilets ridicules sur le dos, et un taureau sur les terres de Robert Margé, se promenant à son gré, sauvage et rebelle, mourant au combat couvert de gloire, je n’aurais aucune hésitation.

J’en viens au plus bouleversant. J’ai vu dans ces toreros les derniers grands artistes dignes de ce nom. C’est-à-dire des hommes consacrant et sacrifiant tout à leur art, jusqu’à leur vie. Les acteurs, les chanteurs, les danseurs aujourd’hui sont massivement devenus des petits-bourgeois pensant avant tout à leur famille, à leur avenir, à leur réputation, à leur sécurité. Je le constate chaque jour et le déplore. L’excommunication est bien loin, et l’intermittence bien enracinée. Les toreros eux ne bénéficient pas de l’intermittence du spectacle et vivent dans un monde hostile à leur art : pour eux l’excommunication n’est pas si lointaine. Andy Younes, jeune torero arlésien âgé de 24 ans m’a confié qu’il ne pensait pas à l’avenir, que cela n’était pas compatible avec sa passion. La fréquentation de la grande faucheuse rend le futur trop incertain et mieux vaut pour lui vivre pleinement le moment présent. À ce sujet, le jeune Carlos Olsina m’a livré les mêmes réponses. Ces jeunes toreros ne pensent qu’à pratiquer leur art au plus haut niveau et de la manière la plus pure, la plus pleine. À des âges où les garçons sont souvent encore insouciants, où ils jouent à la vie sans penser à la mort, eux l’ont déjà frôlée plusieurs fois, ils y retourneront encore et encore, la regarderont dans les yeux, cachée sous son masque de taureau. Les toreros dans l’arène paraissent défier la mort en lui disant : « Regarde-moi, tu ne me fais pas peur. Je ne veux pas mourir, mais pour l’amour, pour la passion, pour la beauté, je suis prêt à m’approcher de toi, à ne te craindre pas, à te provoquer même, car un grand moment de grâce ne doit pas être sacrifié à la peur de te rencontrer. Je vais m’approcher le plus près possible de toi pour prouver au monde que cette beauté, cette grâce valent vraiment la peine d’être créées. » Oui, un grand torero est un artiste qui bâtit une œuvre. Une œuvre éphémère et fragile, car elle peut être anéantie d’un moment à l’autre par un furtif coup de corne. La beauté de cette œuvre jaillit de la fusion du taureau et du torero. Elle jaillit de l’harmonie entre une bête et un homme se combattant à mort. Les deux êtres qui semblaient hostiles l’un à l’autre quelques minutes auparavant, semblent maintenant ne faire plus qu’un, fondus l’un dans l’autre le temps d’une danse harmonieuse et étrangement douce. Le torero avait face à lui une tempête de rage, un ouragan de sauvagerie déchaîné, motivé par l’instinct de l’encorner, et voilà que par sa science, son stoïcisme et la domination qu’il parvient à exercer sur la bête, il atteint enfin l’harmonie, la volupté. Sur le sable, l’artiste modèle maintenant la nature, la fait danser à sa manière, à son rythme, lui impose les figures les plus belles qu’il a imaginées pour elle. Voici ce qu’a forgé le torero.

Mais voilà, la tauromachie est devenue une sale et méchante bête à abattre. Il y a dans cet art un certain degré de cruauté que le monde moderne juge inacceptable et qu’il veut à tout prix éradiquer. Mais quel artiste n’est pas en quelque point cruel ? Nombre d’écrivains ont construit leur œuvre sur certaines cruautés commises dans leurs vies. Nombre d’acteurs par leur égoïsme, leur folie, ont brisé leur famille, détruit leurs enfants. C’est parfois, souvent même, le prix à payer pour la création. Lorsque sur un artiste le« scandale » éclate, le monde moderne détruit l’artiste et parfois même son œuvre. Le monde de la culture se vante de sa belle âme, de vouloir abolir la cruauté, la violence et la méchanceté, et en réalité l’encourage en ordonnant aux « artistes » de déchiqueter à belles dents, à dénoncer, à lyncher celui d’entre eux qui n’aura pas respecté le nouvel ordre moral. Mais il faut encore que « l’affaire » soit découverte, que l’acte cruel ou jugé immoral soit mis au grand jour pour que le lynchage soit ordonné. Dans la corrida, l’acte jugé immoral n’est pas caché, il est exposé, mis en scène, il fait partie du spectacle. Le prix de cette beauté, de cette grâce est la mise à mort d’une bête. La corrida ne cache pas ce prix, elle le sublime en un acte réglé, sophistiqué. Elle nous offre un grand spectacle tragique et cruel, violent et raffiné, à l’image de la vie. La corrida nous montre la vie. On nous dit« la pauvre bête n’a rien demandé à personne et on la met dans une arène pour se battre à mort ». Mais quel être humain a demandé à être sur cette terre ? À vivre toutes les épreuves douloureuses en ayant la certitude que quoiqu’il arrive, il sera mis à mort à la fin de la partie ? Tauromachie : abomination immorale, souffrance animale, torture, sadisme ? Ce n’est pas ce que j’y ai trouvé. Je peux même le confesser : la tauromachie a fait de moi un homme meilleur. Parce qu’elle expose des possibilités humaines de courage, de stoïcisme, de contrôle de soi qui sont devenus pour moi des exemples à suivre dans ma vie quotidienne. Mais surtout parce qu’elle m’a sensibilisé au respect de la nature et au bien-être animal. Lorsque je ne connaissais pas cet art, la souffrance infligée à la bête me rebutait. J’ai découvert que je me trompais et surtout, que je n’étais pas, jusque-là, réellement sensible au bien-être des animaux car peu m’importait de contrarier leurs natures. Aujourd’hui, je tolèrerais difficilement d’imposer à un animal un mode de vie ou des actes qui viendraient la contrarier, cette nature profonde. Utiliser un animal pour produire de la viande ou de la beauté, oui. Mais à une condition : l’utiliser pour ce qu’il est profondément, tirer profit de ce qu’il donne sans contrainte. Et c’est ainsi que le taureau donne sa charge : sans contrainte, et jusqu’à la mort.

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Je  me demande souvent où sont aujourd’hui les grands tragédiens. Désormais, je connais la réponse : dans les arènes ! Le théâtre a craché sur ses Dieux, flanqué à la rue ses tragédiens, fichu à la porte de la Comédie-Française la plus grande tragédienne de ce pays : Martine Chevallier. Le théâtre a foutu un grand coup de pied au cul de ses traditions, démoli sa dimension mystérieuse, fantastique et sacrée pour échouer dans le quotidien, le banal et la « normalité » la plus sinistre. De tragédiens immortellement vêtus d’or, de héros sculptés sur un socle de sable, la tauromachie en regorge aujourd’hui encore. Les jeunes toreros que j’ai rencontrés savent que, pour attirer le public, rien ne sert de moderniser, de banaliser, de « démocratiser », qu’au contraire on y perdrait et le sens de l’art, et une grande partie du public. Eux décident de continuer d’offrir du rêve et de la grandeur, cette grandeur devenue si suspecte au royaume de l’égalitarisme totalitaire.

Pas de place au mystère de l’art dans notre nouveau monde ! Il n’y en a que pour l’argent et l’hypocrisie des bons sentiments. Du fric, de la gentillesse et de la bienveillance, voilà ce qu’on entend réclamer à longueur de journée. Et moi, tout cruel que je suis, je trouve plus noble de sacrifier une bête pour la beauté, pour l’art, que pour rassasier en viande de médiocre qualité des beaufs ou des petits-bourgeois scotchés à leur téléviseur. Dans cette époque sage et raisonnable, la tauromachie est un violent rayon de lumière perçant la brume de notre quotidien grisâtre. Elle donne une grande leçon d’art et de courage à tous les artistes qui n’en sont plus. Le destin de la corrida sera probablement aussi tragique que la tragédie qu’elle met en scène. Mais si elle en vient à mourir, ce sera debout, sans avoir cédé à l’air du temps et au camp du bien, ce sera dignement, droite comme les valeurs qu’elle porte, drapée dans sa désuète cape rose, en véritable tragédienne.

La Corrida du 1er mai

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La corrida n’est ni de gauche ni de droite

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Sébastien Castella aux arènes de Mexico, 5 février 2016 © AGV PLAZA DE ARMAS / AFP

Les amateurs de corridas et de spectacles taurins seraient-ils les nouveaux damnés de la terre ? Du Pays basque jusqu’à Arles, une cinquantaine d’arènes reçoivent quelques millions d’aficionados chaque année.

L’objet ici n’est pas de défendre les amis de cette pratique, mais de se demander pourquoi leur passion trempée dans le libre arbitre appelle aujourd’hui des flots de haine et d’insultes.

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Que ce soit clair, la corrida n’est ni de gauche ni de droite. On peut être libertaire, aimer les traditions et refuser le discours de rupture des modernes. Est-ce réactionnaire où seulement être réactif à l’air du temps que de considérer comme barbare ce spectacle métaphysique où la mort est mise en scène ? Barbare pour les uns, savant pour les autres ! Est-ce un déterminisme social à éradiquer quand en Espagne, Portugal, Colombie, Équateur, Mexique, Pérou, Uruguay, Venezuela, et même encore à une époque, en Algérie et au Maroc, une centaine de millions de passionnés restent fidèles à cette tradition de plus de trois cents ans (la première corrida date de 1680) ?

Cette réalité par le chiffre pose la question de l’éducation à la liberté des autres.

Cette culture latine refuse qu’on lui impose la bien-pensance et le puritanisme de la culture américaine sous influence de ses universités. Est-ce encore un privilège racialiste de l’homme blanc que d’acter sa propre décadence en refusant l’universalisme du monde taurin ? Le public de la corrida serait-il trop basané ?

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Le même aveuglement existe face aux croyances religieuses, mais le public taurin reste fidèle à ses propres croyances. Après plus de deux siècles, l’amateur de corrida ne veut toujours pas se résoudre à ce qu’Elon Musk soit le prototype blanc du futur de l’homme. Il a plutôt assimilé que se joue là un affrontement complémentaire du choc des civilisations en cours d’expansion.
J’étais un jour par hasard dans les arènes d’Arles, citée communiste bien-aimée, où j’ai entendu 13 000 personnes chanter La Marseillaise. J’ai cru qu’il s’agissait d’une ironie voltairienne. J’avais tort. J’ai immédiatement pensé à cette remarque d’Himmler, sensible théoricien des camps d’extermination juifs, confiant à Franco qu’il avait vomi au spectacle d’une corrida.

En Espagne aujourd’hui, pour avoir trahi le peuple en interdisant les corridas, Podemos perd les élections. Que comprendre à tout cela ? Au minimum, que la culture latine subissant discrimination, domination pour cette passion, réagit mal à son procès !

Comment l’Amérique se suicide

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Nikole Hannah-Jones au 34e hommage annuel de Brooklyn à Martin Luther King, BAM Howard Gilman Opera House, New York, USA, 20 janvier 2020 © MediaPunch/REX/SIPA, Numéro de reportage : Shutterstock40745678_000015

Michèle Tribalat revient sur les travaux de Keri D. Ingraham. Cette dernière est fellow au Discovery Institute et Directrice du Institute’s American Center for Transforming Education. Dans un dossier intitulé “Education gone Wild”, The American Spectator vient de publier trois de ses textes sur l’implantation rapide des idéologies radicales du moment sur le genre, l’histoire et la race, à l’école, du primaire au lycée, parfois avant. Cette radicalisation touche les politiques scolaires, les méthodes et les programmes. Elle met en péril l’éducation des enfants et, au delà, la fabrique de la nation américaine.


Le genre

Nombre d’écoles américaines ont adhéré à – et même promu pour certaines d’entre elles – l’idée que les enfants pouvaient, dès leur plus jeune âge, s’interroger sur leur genre.

Le test de la licorne

Des outils pédagogiques tels que Gender Unicorn, dont on trouve une version française sur le site https://unicorn.mrtino.eu/, interrogent les enfants et les aident à déterminer leur genre. Son usage est très répandu au Canada et il figure dans les outils éducatifs recommandés par l’Association for Supervision and Curriculum Development (ASCD) aux États-Unis.

Dans la version française « Fais ta licorne », les enfants sont invités à déplacer un curseur sur leur « identité de genre » (femme/fille, homme/garçon, autre genre(s) (sic)), leur « expression de genre » (féminine, masculine, autre), leur « sexe assigné à la naissance » (femelle, mâle, autre/intersexe), leur attirance sexuelle, proposée évidemment en écriture inclusive (physiquement attiré.e par des femmes, des hommes ou d’autre genre(s) (sic)) et enfin leur attraction émotionnelle (mêmes items). Des enfants sont donc, parfois dès la maternelle, incités à se poser des questions qui ne sont guère de leur âge, sans que leurs parents en soient correctement informés. Dans l’Oregon, une mère, inquiète d’apprendre que son enfant en deuxième année de primaire ait dû subir un test de ce type, s’est vue répondre par le directeur de l’école que la société américaine avait failli historiquement sur la question du genre, que l’enseigner aux enfants était un progrès et que ce serait le cas tout au long de leur scolarité et dans toutes les matières.

La question des toilettes et des vestiaires

Les écoliers et étudiants de tous âges sont encouragés à choisir les toilettes de leur choix et de plus en plus de districts interdisent aux enseignants et autres employés d’y entrer pour prévenir des comportements qu’ils jugeraient inacceptables. Un garçon peut ainsi entrer dans les toilettes des filles, y rester le temps qui lui plaît et faire ce qui lui plaît sans craindre de voir débouler un adulte. Idem pour les vestiaires dans lesquels les écoliers et étudiants peuvent entrer sans tenir compte de leur sexe.

Les disciplines sportives

Les garçons qui se déclarent transgenres peuvent de plus en plus souvent jouer dans les équipes féminines, ce qui enlève aux filles toute chance de l’emporter dans la plupart des sports. Aux États-Unis, seuls douze États s’y sont opposés, neuf n’ont aucune politique sur le sujet, dix l’autorisent à condition que l’athlète ait subi un traitement médical. Mais dix-neuf États l’autorisent sans aucun contrôle sur le niveau de testostérone. Le journaliste de CNN, Devan Cole est allé jusqu’à déclarer qu’il est impossible de connaître l’identité de genre à la naissance et qu’aucun consensus n’existait sur le critère permettant d’assigner un sexe à la naissance. Déclaration qui contraignit CNN à faire marche arrière. Si l’Equity Act est voté, toutes les écoles seront obligées d’exécuter les désirs de ceux qui se déclareront transgenres. Ces derniers se verront ainsi attribuer des privilèges quasi-absolus. Les parents n’auront pas leur mot à dire.

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Consentement des parents et dissimulation des écoles

Il n’est pas rare que des écoles camouflent aux parents leurs innovations en matière de genre. Un guide en la matière – Schools in Transition : A Guide for supporting Transgender Students in K-12 Schools – a été établi avec le concours de l’American Civil Liberties Union (ACLU), la Human Rights CampaignGender Spectrum, le National Center for Lesbian Rights, et la National Education Association (NEA). Il demande à ce que tout garçon qui se déclare une fille soit traité comme tel, sans considération de son âge et de sa maturité. On a donc quatre groupes d’activistes qui se sont accoquinés avec le plus important syndicat d’enseignants pour que ces enseignants incorporent leur idéologie dans leurs pratiques. Le guide leur demande de tenir à l’écart les familles qui y sont hostiles et de dissimuler la transition dans laquelle leur enfant est engagé en veillant à ne rien laisser transparaître dans les interactions avec les parents. Ce qui est contraire au 14eme amendement sur l’égale protection et aux droits des familles garantis par le Family Educational Rights and Privacy Act. Une résistance a commencé d’apparaître qui s’est concrétisée par des procès. D’autres sont à venir. 

Dysphorie de genre

La journaliste Abigail Shrier s’est demandé pourquoi le nombre de transgenres avait tellement augmenté ses derniers temps (2% des lycéens aujourd’hui, majoritairement des filles contre 0,01% avant 2012, généralement des garçons). Lisa Littman, chercheur à Brown University sur la santé s’y est intéressée et a découvert que l’influence des pairs et des médias sociaux avaient joué un rôle majeur dans cette évolution. Dans certains États un adolescent mineur peut obtenir une prescription de bloqueurs de puberté ou de substitution hormonale, sans l’autorisation des parents. La Suède a été le 1er pays à interdire ce type de prescriptions aux enfants de moins de 16 ans.

La question des pronoms

Si l’on en croit le site Trans Student Educational Ressources (TSER), les pronoms ne seraient d’aucun genre et pourraient être utilisés comme chacun le désire. Mais les élèves sont incités à utiliser les pronoms du pluriel (they/them/theirs) ou des pronoms inventés tels que ze/zir/zirs. TSER ajoute qu’il existe un nombre infini de pronoms à inventer !

Comme l’écrit Keri D. Ingraham, compromettre le droit de la plupart des enfants qui sont à l’aise dans leur sexe de naissance pour créer la confusion sur l’identité de genre des autres, sans rien dire aux parents, n’est pas seulement inconstitutionnel. C’est une forme de maltraitance.


Le désastre dans l’éducation civique et l’enseignement de l’histoire

Six anciens ministres de l’éducation, ayant servi sous des présidents démocrates ou républicains ont écrit un tribune dans le Wall Street Journal du 1er mars 2021 [1] pour dire leur inquiétude sur ce qu’est devenu l’instruction civique et l’enseignement de l’histoire. Ils y voyaient la source de la polarisation politique qui s’est concrétisée ces derniers mois par des émeutes et l’intrusion au Capitole.

La disparition de l’instruction civique

La plupart des écoles américaines ne dispensent plus de cours d’instruction civique aujourd’hui et, dans 42 états sur 50, cette discipline n’est plus nécessaire à l’obtention d’un diplôme. Beaucoup d’Américains sont devenus ignorants sur la manière dont devrait fonctionner une démocratie et, l’an dernier, c’est la loi de la rue qui l’a emporté dans les plus grandes villes américaines. L’école n’a pas préparé les futurs citoyens à se faire une idée par eux-mêmes fondée sur une analyse des faits. Si la vie des Noirs compte évidemment, Black Lives Matter n’en est pas moins un mouvement d’inspiration marxiste, de l’aveu même de Patrisse Cullors, la co-fondatrice du mouvement. L’absence d’instruction civique rend les citoyens plus vulnérables aux philosophies et projets politiques radicaux et ainsi plus malléables politiquement.

Le projet 1619 [2]

Le projet de Nikole Hannah-Jones publié dans le magazine du New York Times en août 2019 vise à refaire l’histoire de l’Amérique autour des conséquences de l’esclavage et de la contribution des Noirs. D’après l’historien de Princeton Sean Wilentz, c’est un tissu de mensonges, de distorsions et d’omissions de taille. Le site du projet 1619 encourage les enseignants à s’emparer de son contenu en classe et met à disposition gratuitement des outils pédagogiques. Les écoles publiques de Chicago l’ont rapidement adopté officiellement dans leur programme. Trois États projettent de l’interdire (Arkansas, Iowa et Mississippi) mais l’administration Biden y est très favorable et a déclaré en faire une priorité. Cet abandon des faits pour l’endoctrinement a suscité un mouvement en faveur d’un projet dénommé 1776 Unites [3]. Ce projet ne nie pas l’existence de discriminations et la nécessité de les éliminer, mais autrement qu’en diabolisant et démoralisant le pays et en montant les Américains les uns contre les autres par une histoire falsifiée et des politiques identitaires.

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Les syndicats d’enseignants

Les syndicats jouent un rôle important dans l’endoctrinement des écoles et notamment dans l’application du projet 1619. Ce fut aussi le cas lorsqu’il fut question de rouvrir les écoles pendant la pandémie. Ainsi, en juillet dernier, le Los Angeles Unified School District’s Teachers Union, fort de ses 35 000 membres, n’acceptait la réouverture des écoles qu’à la condition que les revendications suivantes soient satisfaites : moratoire sur les Charter schools, arrêt des financements à la police, accroissement des impôts pour les riches, application de Medicare-for-All et approbation par le Sénat et Donald Trump du HEROES-Act présenté par les Démocrates afin d’augmenter de 116 milliards de dollars les fonds que les États consacrent à l’éducation. Par ailleurs, l’American Fondation of Teachers (AFT), qui compte 1,7 million d’enseignants, a apporté son soutien au Green New Deal, y compris ses aspects les plus radicaux, laissant croire ainsi aux enfants que la vie sur terre court un danger immédiat.


Les woke et la race

La loi et les institutions américaines seraient intrinsèquement racistes et leur seul but serait de maintenir le « privilège blanc ». Cette idéologie toxique s’est propagée dans les services fédéraux, jusqu’au FBI. Pour y mettre un terme, Donald Trump avait signé le 22 septembre 2020 un décret interdisant aux formations dispensées aux employés de l’État fédéral de recourir à des concepts semant la discorde (divisive concepts) sur la race et le sexe. Il fut complété par une lettre du Directeur de l’Office of Management and Budget de la Maison Blanche interdisant tout financement fédéral de formations recourant à la théorie critique de la race, au privilège blanc et à toute propagande antiaméricaine. Tout ceci fut balayé dès le premier jour de la présidence Biden.

La théorie critique de la race dans la formation des enseignants

Ce sont les formations d’enseignants qui ont introduit la théorie critique de la race et l’éducation « woke » dans les salles de classe. Les blancs, professeurs ou élèves, sont supposés être racistes et on attend d’eux qu’ils confessent leur suprématie blanche. En août 2020, le district de Fairfax en Virginie organisa des formations promouvant la théorie critique de la race avec, notamment, l’intervention d’une heure du militant Ibram Kendi grassement payé (20 000 $). Le district en profita pour acheter ses livres pour 24 000 $. Kendi prétend que toute discrimination n’est pas fondamentalement raciste, sauf celle exercée par des blancs à l’égard des noirs. Il propose d’introduire un amendement constitutionnel qui interdirait toute disparité raciale sous la supervision d’un ministère de l’antiracisme. Le Senate Bill 5044 de l’État de Washington qui a été voté par le Sénat et la Chambre des représentants devrait rendre obligatoire la théorie critique de la race dans la formation des enseignants.

Inspiré par un “racism of low expectation” selon la formule d’Ayaan Hirsi Ali, cet endoctrinement des écoles, qui apprend aux enfants noirs qu’ils sont les victimes du racisme consubstantiel des blancs et qu’ils n’ont guère de prise sur leur propre destin revient, en réalité, à une discrimination à leur encontre. Si la grande majorité des États a plutôt tendance à consentir à l’introduction de la théorie critique de la race dans les formations d’enseignants, certains États ont réagi. C’est le cas de l’Idaho dont le gouverneur adjoint, Janice McGeachin, a annoncé la création d’une équipe spéciale chargée de repérer les lieux d’endoctrinement dans l’école publique et d’y remédier. C’est aussi le cas de la Floride dont le gouverneur, Ron DeSantis, a interdit la théorie critique de la race dans l’enseignement public. Sept autres États proposent de faire de même : le Tennessee, le Texas, la Géorgie, l’Arkansas, le Dakota du Sud, l’Arizona et la Caroline du Nord.

L’endoctrinement des élèves au détriment de leur scolarité

Les enseignants “woke” n’hésitent pas à s’écarter des programmes officiels. Ce fut le cas en janvier des écoles publiques de Seattle. Les enseignants ont reçu par mail des documents justifiant les émeutes qui blessèrent 60 policiers en un seul week-end de juillet 2020 et visant à obtenir le soutien des élèves au mouvement “abolish the police”. Mia Cathell, étudiante en journalisme à Boston, raconte qu’en 2020, dans une école publique de Philadelphie, des élèves de niveau CM2 ont été invités à célébrer le « communisme noir » et enrôlés dans la simulation d’une manifestation demandant la libération d’Angela Davis (arrêtée en 1970 car accusée d’avoir participé à une prise d’otages qui se termina notamment par le meurtre d’un juge). Les enfants portaient des pancartes où l’on pouvait lire “Black Power”, « Trump en prison », « libérez Angela » [4]. Ce militantisme laisse peu de place aux apprentissages. D’après le ministère de l’éducation de New York, dans les écoles publiques du district de Buffalo, où sévit un militantisme radical, les enfants de CM2 maîtrisent très mal l’anglais et les maths.

Shakespeare, Hemingway et Dickens censés promouvoir le « privilège blanc » sont remplacés par des “Latinx books” [5], “black books”, “LGBTQ+ books”, par exemple The Hate U Give inspiré du mouvement Black Lives Matter.

La rébellion plus ou moins feutrée de parents et d’enseignants

Certains enseignants et parents se plaignent sous couvert d’anonymat. Ainsi, face à l’évolution de l’enseignement délivré dans la prestigieuse mais onéreuse école Dalton dans l’ Upper East Side de New York, un groupe de parents a écrit une lettre ouverte anonyme dénonçant l’obsession de la race, de la suprématie blanche et de l’identité dans les cours, dont ils ont pris conscience pendant le confinement [6]. Le manifeste antiraciste de l’école diffusé en décembre 2020 n’avait rien fait pour rassurer des parents inquiets. Y étaient recommandés par exemple le recrutement de 12 responsables de la diversité, une refonte des programmes mettant l’accent sur la justice sociale et l’élimination, en 2023, des cours de haut niveau si les résultats des élèves noirs n’atteignaient pas alors ceux des élèves blancs [7]. Nicole Niely, elle ne se cache pas. Elle a fondé une association – Parents Defending Education – dont la mission est de révéler les situations d’endoctrinement et d’aider les parents à s’engager pour y faire face [8].

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L’enseignement des mathématiques est lui aussi touché

Les fondements des maths ne sortent pas indemnes de cet assaut militant sur l’école. On trouve aussi des « woke » chez les professeurs de maths. C’est le cas de Laurie Rubel du Brooklyn College qui trouve que 2+2=4 « pue le suprématisme blanc ». Le département de l’éducation de l’Oregon a commencé de former les enseignants aux « ethno-mathématiques » à partir d’un manuel prônant la « déconstruction du racisme en mathématiques » et « le démantèlement de la suprématie blanche ». Celle-ci s’exprimerait en classe lorsque le but des exercices est de trouver la bonne réponse et lorsque le professeur exige des élèves qu’ils lui montrent leur travail. Tout ça pour pénaliser les élèves de couleur.

La journaliste Denyse O’Leary y voit un abandon des enfants les plus désavantagés qui dépendent de l’école publique pour maîtriser la langue et apprendre à compter. La théorie critique de la race, en relativisant le savoir, sape la valeur accordée par la société à l’acquisition de compétences. Elle ruine ainsi l’avenir des enfants les plus démunis mais compromet aussi la société américaine et son avenir scientifique et technique.

En effet, comme l’écrit Keri D. Ingraham qu’adviendrait-il des avions et des ponts s’ils étaient construits en utilisant des maths dont les réponses aux questions seraient subjectives ? Elle incite vivement ses concitoyens à faire preuve de courage et à s’organiser pour renverser la tendance « woke » et à riposter vigoureusement [9]. Elle propose que le financement de l’éducation vise les élèves plutôt que les écoles, donnant ainsi aux parents la possibilité de choisir l’éducation qu’ils veulent voir délivrer à leurs enfants.

>>> Cet article a initialement été publié sur le blog de la démographe Michèle Tribalat <<<


[1] https://www.wsj.com/articles/america-needs-history-and-civics-education-to-promote-unity-11614641530

[2] Année du débarquement des premiers Africains en Virginie.

[3] Reprend la date de la déclaration d’Indépendance.

[4] https://thepostmillennial.com/fifth-graders-in-philadelphia-forced-to-celebrate-black-communism-simulate-black-power-rally-to-free-angela-davis-from-prison.

[5] x est censé faire l’économie du choix entre le masculin (o) et le féminin (a).

[6] https://nypost.com/2021/01/30/dalton-school-parents-fight-anti-racism-agenda-in-open-letter/.

[7] https://nypost.com/2020/12/19/faculty-at-nycs-dalton-school-issues-8-page-anti-racism-manifesto/.

[8] Le slogan d’accueil sur le site est : Empower. Expose. Engage. https://defendinged.org.

[9] Ce qu’ont fait les parents du Douglas County dans le Colorado lorsqu’on a voulu leur imposer une politique de l’équité. https://www.frontpagemag.com/fpm/2021/06/how-unwoke-your-school-board-joy-overbeck/.

Et si la gauche radicale votait Le Pen pour sanctionner Macron?

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Marine Le Pen en visite à l'usine Whirpool d'Amiens, 26 avril 2017 © CHESNOT / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP

Pour beaucoup de Français, Emmanuel Macron demeure le «président des riches». C’est pourquoi Marine Le Pen pourrait, en 2022, compter sur un sérieux coup de pouce d’une partie de la gauche.


C’est ce qui rend l’issue de la prochaine élection présidentielle incertaine : alors qu’en 2002 la gauche s’est massivement mobilisée pour battre Jean-Marie Le Pen – au second tour Jacques Chirac a recueilli plus de voix socialistes et communistes que de voix de droite –, beaucoup d’électeurs de gauche paraissent tentés de se mettre aux abonnés absents en 2022 si le second tour oppose Marine Le Pen à Emmanuel Macron.

Marine Le Pen dédiabolisée

Comment expliquer pareil retournement ? En 2002, la gauche a obéi à un réflexe forgé au long des combats du XXe siècle : le fascisme ne passera pas ! Vingt ans plus tard, elle paraît encline à renvoyer les deux favoris du scrutin dos à dos. Dans la gauche radicale, l’idée d’un vote sanction contre Macron fait même son chemin. Plutôt la fille du facho que le fils félon de Hollande ! En 2017 déjà, un contingent d’électeurs de gauche s’est abstenu au second tour, aiguillonné par Jean-Luc Mélenchon qui, déjà, n’avait pas donné de consigne de vote. En 2022, ce contingent pourrait être beaucoup plus fourni. Selon les sondages, certains pourraient aller plus loin et voter Le Pen.

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Il y a bien sûr des raisons objectives à ce basculement. La première, c’est que Marine Le Pen a réussi son opération dédiabolisation. Plus personne ne lui accole l’étiquette fasciste, sa popularité va au-delà des électeurs de son parti. Sans aller jusqu’à la souhaiter aujourd’hui, il n’est même plus sûr qu’une majorité de Français considérerait comme une catastrophe son accession à l’Élysée. La deuxième raison, c’est que la gauche a toujours su marier grands principes et opérations tactiques. La lutte contre le fascisme, bien sûr, mais sans négliger le règlement de certaines affaires de famille. Le Parti communiste allemand s’est ainsi dégoté un adversaire prioritaire au moment de l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933. Un de ses principaux dirigeants l’a exprimé ainsi : « L’arbre fasciste ne doit pas cacher la forêt sociale-démocrate. »

Jean-Luc Mélenchon, le nouveau Trotski

Devant l’agonie du PS, les plus radicaux se plaisent aujourd’hui à rêver d’une « gauche nouvelle » entièrement débarrassée de ses « sociaux-traîtres », en particulier d’un président issu de ses rangs et qui joue encore à ses heures au « et-et », et droite et gauche. Nourri de trotskysme, Jean-Luc Mélenchon croit être en passe de réaliser le rêve historique de tout bon bolchevik : en finir avec les mencheviks !

La troisième raison, sans doute la plus importante, tient à Emmanuel Macron lui-même : il n’a pas vu combien l’étiquette de « président des riches » qui lui a été accolée à l’orée de son quinquennat quand il a supprimé l’impôt sur la fortune allait le « couper des masses », pour reprendre une vieille formule de gauche. Sa relation complexe à la province, dont il est pourtant issu, a encore accru son rejet dans les classes populaires. Le mouvement des Gilets jaunes l’a montré : « en bas », il n’est pas considéré comme « le président de tous les Français » comme le voudrait l’esprit de la Constitution, mais comme le héraut d’une petite caste parisienne.

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Les membres de cette caste ? Les adeptes de la mondialisation libérale. Observons d’abord que cette analyse est juste : Emmanuel Macron s’est présenté en 2017 comme un libéral-social, c’est un président Terra Nova, ce think tank effectivement très parisien qui milite avec constance pour la conversion de la gauche à l’économie de marché. En soi, ce n’est pas aberrant, toute la gauche mondiale est en voie de conversion au libéralisme, y compris les derniers partis communistes, à commencer par le PC chinois qui a adopté comme mot d’ordre lors de son dernier congrès : « Le marché d’abord. » Mao, réveille-toi, ils sont devenus fous !

Un village résiste à l’envahisseur

Le problème vient de ce que, face à ce grand vent libéral, il existe un pays entré en résistance, un village gaulois décidé à combattre l’envahisseur : la France, qui s’est construite autour du colbertisme du temps de la royauté, reconverti au fil des siècles en économie mixte. L’État a joué un rôle prépondérant dans la construction de notre économie et beaucoup de Français ne sont pas prêts à en faire leur deuil.

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Avant Emmanuel Macron, un seul président s’est présenté avec l’étiquette libérale, Valéry Giscard d’Estaing, qui a eu l’habileté de se faire le chantre d’un « libéralisme à la française ». Cela n’a pas empêché Jacques Chirac, quelques années plus tard, dans le célèbre « appel de Cochin », de l’accuser d’être le représentant du « parti de l’étranger ». Voilà ce qui a échappé à Emmanuel Macron, dans son inculture historique et politique justement dénoncée avant de mourir par un de ses parrains, Michel Rocard : en profondeur, la France considère le libéralisme comme une idéologie anglo-saxonne, une idéologie de riches au service des riches qui contrevient à notre passion pour l’égalité.

Pour Zemmour, Marine Le Pen est « une femme de gauche »

Régis Debray l’a souligné à sa façon récemment en présentant la mondialisation libérale comme « la revanche de la Réforme ». La « fille aînée de l’Église » (catholique) n’aurait rien à gagner à s’aligner sur les pays parpaillots ! On pourrait avancer qu’il y a un brin de xénophobie dans ce rejet : le libéralisme ne serait pas français… Certains historiens assurent pourtant que des intellectuels hexagonaux ont été à l’origine de l’essor de la pensée libérale au XIXe siècle. Peu importe, pour de larges pans de l’opinion, le libéralisme menace aujourd’hui l’exception française.

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Voilà le ciment d’une possible majorité « mariniste » en 2022 : le libéralisme ne passera pas ! D’autant que, sur ce terrain, la patronne du Rassemblement national est en opposition avec le fondateur du Front national. Jean-Marie Le Pen était un vrai libéral, beaucoup plus libéral qu’un Jacques Chirac et même qu’un Nicolas Sarkozy. En partie pour séduire les couches populaires, Marine Le Pen a au contraire toujours émis sur le plan économique et social des idées plus proches de la CGT que du MEDEF. Au point de se voir régulièrement qualifier par Éric Zemmour de « femme de gauche ». 

Il est peu probable que les Français partagent un jugement aussi paradoxal. Mais pour une gauche en déshérence, en particulier pour les fonctionnaires qui craignent que le grand méchant libéralisme ne finisse par s’attaquer à leur statut, il n’y a guère de doute : le diable ne s’appelle plus Le Pen, il se nomme Macron.

Pour lutter contre l’extrême droite, « les blancs derrière »

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Plusieurs personnalités politiques ont assisté à la Marche pour les libertés et contre l'extrême droite, 12 juin 2021, Paris © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage : 01023672_000044

Des thèses antiracistes d’un nouveau genre gagnent du terrain, même en France. Ainsi, lors de la « Marche des libertés » le 12 juin, les blancs n’avaient pas leur place en tête de cortège. Aux États-Unis, la « blanchité » n’a pas la cote.


Les Gay Pride d’antan, festives et exubérantes, ne sont désormais qu’un lointain souvenir. Ce week-end, le Collectif Fiertés en Lutte s’était mobilisé à Lyon pour dénoncer les discriminations homophobes et transphobes, mais surtout pour lutter contre les « idées nauséabondes de l’extrême droite ». Or, pendant cette Marche des Fiertés, les personnes de couleur blanche ont été reléguées à l’arrière du cortège, dans une zone dite « en mixité ».

Dans une vidéo, on voit même un organisateur hurler dans un mégaphone : « Les blancs, allez derrière s’il vous plaît ». Sur Twitter, ce dernier se vante d’avoir « viré les aspirines. » Si pour une personne encore dotée de bon sens, le paradoxe de cette démarche éclate en pleine figure, de nombreux individus appartenant au bord progressiste n’y voient aucun inconvénient, voire la justifient. Mais d’où vient ce « traitement de faveur » accordé aux blancs ? Pourquoi ce racisme décomplexé qui peine à dire à son nom ? La réponse se trouve dans le concept de « blanchité » ou « blanchitude ».

Qu’est-ce que le concept de blanchité ?

Traduction française de whiteness, terme paru dans le sillage des études critiques de la race ou postcoloniales, ce néologisme inventé au début des années 2000 par Judith Ezekiel, chercheuse en études féministes, désigne l’hégémonie sociale, culturelle et politique blanche à laquelle seraientt confrontées les minorités ethno-raciales.

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Dans une tribune publiée chez Slate en 2019, Rokhaya Diallo expliquait ce concept : « Sur le plan biologique, il n’existe qu’une seule race mais notre histoire a construit des catégories raciales toujours opérantes aujourd’hui. » Et plus loin : « Nombreux sont les individus originaires d’Asie ou d’Afrique du Nord dont la couleur de peau est identique à celle d’individus d’origine européenne. Pour autant, ils ne sont pas considérés comme des Blancs. Car être blanc·he n’est pas une question de couleur objective mais d’expérience politique. C’est un héritage lié à l’ordonnancement des populations du monde selon une conception hiérarchique. »

Il est intéressant d’observer ce glissement sémantique ; le passage de la « blancheur » à la « blanchité » traduit un changement de paradigme, la « blancheur » correspond à une caractéristique biologique, tandis que « blanchité » renvoie à une construction socioculturelle, forcément hégémonique. Aussi, il devient plus aisé de la pointer d’un doigt accusateur sans craindre une quelconque accusation de racisme. De là à faire endosser à « l’homme blanc » tous les malheurs du monde, il n’y a qu’un pas.

Attendez-vous au pire, vous ne serez pas déçus

Le concept et son expression n’en sont qu’à leurs balbutiements en France, alors que de l’autre côté de l’Atlantique, ils ont pris racine et s’épanouissent de jour en jour.

Ilhan Omar, députée américaine d’origine somalienne, première femme voilée à siéger au Congrès, peu de temps après son élection, déclarait au sujet de la menace terroriste en 2018: « Je dirais que notre pays devrait craindre davantage les hommes blancs parce qu’ils sont à l’origine de la plupart des décès dans ce pays […] si la peur devait être le moteur des programmes politiques visant à assurer la sécurité des Américains, nous devrions donc surveiller et créer des politiques pour lutter contre la radicalisation des hommes blancs. » Sa relativisation du terrorisme islamique n’a d’égale que son essentialisation caricaturale, il n’est pas question de suprématiste ou de raciste xénophobe, mais d’homme blanc tout court. Celui-ci est rendu responsable et coupable de tous les maux passés, présents et à venir de l’humanité, et s’offre comme un objet/sujet sur lequel la détestation peut facilement se cristalliser.

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Fin mai 2021, Kate Slater, doyenne adjointe de l’université privée Brandeis située non loin de Boston, s’est exprimée sur Instagram, dénonçant avec véhémence la « blanchité ». Elle-même blanche, se définissant comme « spécialiste de la justice raciale », titulaire d’un doctorat en politique éducative de l’Université du New Hampshire, la doyenne adjointe avait affirmé que « tous les Blancs sont racistes » parce qu’ils ont été « conditionnés dans une société » où « la blancheur est la norme ». Face aux commentaires contestant la publication, la doyenne adjointe a continué en essayant de se justifier : « Je ne déteste pas les Blancs, je déteste la blancheur. » Entendez par là le concept hégémonique et oppressif de « blanchitude », cependant, la séparation avec « blanc » est un fil ténu, vaporeux, presque immatériel…

Ces idées s’infiltrent également dans la sphère professionnelle. Par exemple, en février 2021, dans le cadre d’une formation en ligne visant à « lutter contre le racisme », l’entreprise américaine Coca-Cola exhortait ses salariés à être « moins blancs ». La formation d’une cinquantaine de minutes abordait des thématiques telles que : « Comprendre ce que cela signifie d’être blanc, contester ce que cela signifie d’être raciste », ou encore des affirmations telles que : « Essayez d’être moins blanc », car cela rendrait « moins oppressif », « moins arrogant et sûr de soi », permettrait d’être « plus humble, à l’écoute », et enfin de « rompre avec la solidarité blanche. » La formation insistait sur la nécessité de rompre dès le plus jeune âge avec la « blanchité » : « Aux États-Unis et dans d’autres pays occidentaux, les Blancs sont socialisés à penser qu’ils sont intrinsèquement supérieurs parce qu’ils sont blancs. Les recherches montrent que dès l’âge de 3 ou 4 ans, les enfants comprennent qu’il est préférable d’être blanc. » On serait tenté de penser que cette démarche est isolée, mais le cours en question a fait fureur auprès de nombreuses universités et établissements scolaires.

Expie ton privilège!

Au rythme où l’on va, ne faudrait-il pas craindre un futur apocalyptique où tout ce qui aurait un rapport quelconque avec la « blanchité » se verrait envoyé dans des camps pour être « rééduqué » ? Pure question rhétorique.

En mai 2021, Christopher F. Rufo, journaliste américain indépendant, faisait une révélation explosive sur son blog : Lockheed Martin Corporation, la plus grande entreprise de défense des États-Unis, avait envoyé des cadres dans une formation de trois jours afin de déconstruire leur « culture d’homme blanc » et « d’expier leur privilège d’homme blanc. » Parmi les participants figuraient un ancien général trois étoiles et le vice-président de la production du programme d’avions de chasse F-35, doté de 1 700 milliards de dollars.

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Plusieurs activités étaient proposées comme celle de demander aux employés de Lockheed de dresser une liste des connotations du terme « hommes blancs ». Les formateurs avaient préalablement écrit : « vieux, raciste, privilégié, anti-femmes, en colère, Nation aryenne, KKK, pères fondateurs, armes, coupable. » Ladite formation était dirigée par le cabinet de conseil White Men As Full Diversity Partners qui considère que les « racines de la culture masculine blanche » comprennent des traits de caractère tels que « l’individualisme brutal, une attitude positive face à l’adversité, le travail acharné, la recherche du succès », traits jugés « dévastateurs pour les femmes et les minorités. » Si on s’amuse à lire entre les lignes, l’on comprend vite que ce qui est réellement reproché à la « blanchitude » c’est son existence même.

L'arnaque antiraciste expliquée à ma soeur

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Et Macron fit sangloter Yann Wehrling…

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Yann Wehrling lors d'un congrès du MoDem, Paris, 2017 © Jacques Witt / Sipa/SIPA Numéro de reportage : 00836467_000014

Depuis 2018, Yann Wehrling était ambassadeur à l’environnement. Mais comme il soutient Valérie Pecresse plutôt que Laurent Saint-Martin aux élections régionales en Ile-de-France, on a mis fin à ses fonctions le 9 juin.


Au XIXe siècle, les explorateurs européens débarquaient sur les côtes africaines avec des malles remplies de verroterie. Pour se faire bien voir et respecter, ils en distribuaient aux bons sauvages. Ces derniers, séduits par cette pacotille brillante et multicolore se prosternaient, éblouis, devant leurs futurs maîtres blancs. À l’époque moderne, cette touchante pratique n’a plus cours. La verroterie a été remplacée par des hochets et des breloques. Plus de bons sauvages mais des serviteurs loyaux et fidèles du président de la République. Et c’est Macron qui est le maître généreux de ces hochets.

Il y a deux ans, il en a octroyé un à Yann Wehrling en le nommant ambassadeur chargé de l’environnement. On ne sait pas à quoi ça sert mais à une époque où on a vu Ségolène Royal occuper la fonction d’ambassadrice auprès des pingouins de l’Arctique et de l’Antarctique, il ne faut s’étonner de rien. Yann Wehrling avait tout fait pour mériter ce poste. Il avait été secrétaire général des Verts, puis était allé faire un tour au MoDem. Puis, avait rallié la macronie. Ce qui lui avait donc valu de devenir ambassadeur chargé de l’environnement.

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Mais trop sûr de lui, il a pris quelques libertés avec son maître. Il a, le malheureux, annoncé son soutien à la candidature en Ile-de-France de Valérie Pécresse. Ensuite, de plus en plus inconscient, il a fondé un groupuscule du nom de Parti de la nature dans le but de titiller les climatosceptiques de LREM. Ça n’a pas traîné et son destin a été scellé rapidement. Il a été convoqué au Quai d’Orsay où on lui a sèchement signifié qu’on mettait fin à ses fonctions. Meurtri, Yann Wehrling a confié sa souffrance aux médias. Il s’est dit victime d’une « incorrection humaine ». Ça c’est bien vrai : Macron n’a pas trouvé le temps de l’appeler.

Dans le temps, on avait quand même plus de savoir-vivre. Quand un riche bourgeois voulait se débarrasser de sa bonne, il lui donnait ses « huit jours ». Le temps pour elle de plier ses tabliers et de ranger ses tenues de soubrette. Yann Wehrling n’a même pas eu ses huit jours. On reconnaît bien là l’immense goujaterie du président de la République…

Médecin de nuit, un film savoureux

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Image extraite du film "Médecin de nuit" © Partizan Films

Elie Wajeman signe un troisième film, son meilleur jusqu’à présent. « Médecin de nuit » sort en salle ce 16 juin. À ne pas manquer.


Un vieil adage prétend que le troisième film répare le ratage du second et amplifie la réussite du premier. Vérité absolue pour le cinéma d’Elie Wajeman qui était entré dans la carrière en 2012 avec le très pertinent Alyah pour s’embourber ensuite dans une reconstitution historico politique avec Les Anarchistes. Le retour se fait donc en très grande forme : Médecin de nuit, avec Vincent Macaigne dans le rôle-titre, joue superbement avec les codes du film nocturne et à suspense, sur fond de trafic de fausses ordonnances.

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Affiche du film « Médecin de nuit » © Partizan Films

C’est noir à souhait, stylisé comme il faut, sans jamais être glauque ou sombrer dans une tentation documentaire mortifère. Les impeccables Sara Giraudeau et Pio Marmaï renforcent la qualité de l’ensemble. C’est pour ce genre de film qu’on est heureux de retrouver enfin le chemin des salles de cinéma. Oui, c’est un film de grand écran dans le noir.

Footballeurs de tous les pays, prosternez-vous!

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Munich, hier soir © Matthias Schrader/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22576917_000136

Il y a 21 ans, la France remportait l’Euro et les joueurs se levaient tous pour Danette. Aujourd’hui, ils se prosternent devant le conformisme ambiant. Mais un militant de Greenpeace a volé hier soir la vedette aux Bleus, qui ne se sont finalement pas agenouillés.


Le football est soumis à une obligation de neutralité. La règle 51 de la Charte olympique ou encore la Loi 4 de la FIFA excluent, en principe, toute forme d’expression politique ou religieuse sur les terrains de sport. Les joueurs de l’équipe de France étaient pourtant prêts à s’exécuter et à délivrer leur message genou à terre hier soir, un concours de circonstances les en a empêchés.

Un militant de Greenpeace en parachute, qui voulait de son côté faire passer un message anti-nucléaire, a heurté un câble juste avant le match gagné par l’Équipe de France, faisant deux blessés et manquant de s’écraser en tribune !

Un geste symbolique ET politique

Poser un genou à terre a une symbolique : la lutte contre le racisme. Il est une expression politique, celle du mouvement Black Lives Matter, mouvement qui surexploite un dramatique fait divers, la mort de George Floyd, utilisée comme instrument de propagande universelle de son idéologie inspirée des mouvances intersectionnelles, LGBT+, altermondialistes et néo-marxistes. Se mettre à genoux n’est pas qu’une expression d’indignation face au racisme, c’est une manifestation politique, l’acceptation de la soumission idéologique à une pensée culturellement et historiquement liée à l’Amérique.

Exécuté pour la première fois par le joueur de football américain Colin Kaepernick pour protester contre les violences policières et le traitement inégalitaire des minorités aux États-Unis, ce geste est la reproduction de l’agenouillement de Martin Luther King en 1965 lors d’une manifestation pour le droit de vote des Afro-américains. Mais à cette époque, en France, Gaston Monnerville était président du Sénat !

Le joueur de football américain et militant de la cause noire américaine Colin Kaepernick, invité au dîner annuel de l’ACLU, Beverly Hills, 3 décembre 2017 © Matt Winkelmeyer/Getty Images/AFP

La France sous influence

Que l’on soit contre le racisme est une chose, que l’on utilise cette cause en adoptant les codes exprimant une idéologie politique, a fortiori étrangère à la culture européenne, en est une autre.

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Dans le football, la lutte contre le racisme n’a pas besoin d’être instrumentalisée par une idéologie politique américaine. Depuis des années, la lutte contre le racisme est déjà le combat, pour ne pas dire l’obsession, du milieu du football. Quiconque fréquente les stades subit déjà depuis plusieurs années le même matraquage (les campagnes « carton rouge contre le racisme », « Equal game » ou « Respect » de l’UEFA, les messages lus avant les rencontres de la coupe du monde 2006, l’hymne « toi et moi on se ressemble parce qu’on est noir et blanc » joué avant chaque match de Ligue 1, les brassards « No to racism » portés par les différents capitaines, etc…).

Dans cette mise à genou, il y a une posture particulièrement gênante, celle de la mise en scène de sa propre indignation, consistant à faire passer pour courageux ce qui n’est rien d’autre que l’expression d’une forme de vanité et d’arrogance. Comment s’acheter une bonne conscience à peu de frais.

L’Equipe de France veut nous vendre le concept de racisme « systémique »

Que ce geste soit effectué aux États-Unis, pourquoi pas. Il correspond à une réalité sociale outre-Atlantique qui, rappelons-le, n’est pas la même que chez nous. Mais ce geste, en France, c’est celui du combat indigéniste, de la culture woke et de toutes ces mouvances qui aimeraient tant nous forcer à ne voir la lutte contre les discriminations uniquement sous le prisme d’un fantasmé racisme structurel et systémique émanant des Blancs.

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Ce geste révèle une ligne de fracture entre l’Est et l’Ouest. Polonais, Russes, Croates ou encore Hongrois ne le pratiquent ni même ne le comprennent, car il n’est rien d’autre qu’une volonté de leur imposer une soumission à une histoire qui n’est pas la leur. Le chantre de la démocratie illibérale Viktor Orban a eu beau jeu de rappeler que la Hongrie n’avait rien à voir avec l’esclavage ou le colonialisme. Il a même crânement déclaré : « les Hongrois s’agenouillent uniquement devant Dieu, la mère Patrie et lorsqu’ils demandent en mariage leur dulcinée ! » Politique et sport mériteraient d’être davantage séparés.

Il y a quelque chose de navrant et de terriblement épuisant à supporter ou encourager ces gesticulations.


Élisabeth Lévy : « L’agenouillement, où qu’il se passe, est un signe de soumission »

Retrouvez le regard libre d’Élisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio, à 8h15.