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Police, justice: même combat!

Police, justice: même combat!
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin le 19 mai. Des milliers de policiers manifestaient devant l'Assemblée nationale et dénonçaient le laxisme de l'institution judiciaire © Gabrielle CEZARD/SIPA. Numéro de reportage : 01020007_000004

Une tribune libre de Jean-Paul Garraud


L’actuel ministre de la Justice a été copieusement hué, hier, lors de la manifestation policière devant le Palais-Bourbon.

C’est là l’inévitable sanction d’une image identifiée de longue date à la cause des criminels, fruit de tout un parcours et de postures insupportables pour ceux qui, eux, se battent pour la cause du respect des lois et du maintien de l’ordre public, au péril de leur vie, dans des conditions matérielles souvent indignes. Ces policiers qui sont exposés à l’agressivité d’une partie de la population, aux yeux de qui ils font même parfois aujourd’hui figure d’ennemis, dans la guerre civile larvée qui est menée à notre pays et à son État sur plusieurs parties de notre territoire.

Avec lui, et, bien entendu, au-delà de sa contingente personne, c’est l’institution judiciaire qui a été prise comme bouc émissaire des incompréhensions et frustrations des manifestants.

À cet égard, en se pavanant au milieu d’eux, le ministre de l’Intérieur, au mépris de la dignité de sa fonction et de la plus élémentaire solidarité gouvernementale, est venu accréditer les procès faits à la Justice, jetant de l’huile sur le feu et contribuant ainsi, de manière irresponsable, à la dégradation des relations entre des institutions qui sont des piliers essentiels de la République et doivent œuvrer ensemble dans la plus étroite complémentarité.

Certes, de la harangue d’Oswald Baudot (« soyez pour le voleur contre la police »…) au « mur des cons », des magistrats, dans un militantisme soixante-huitard dévoyé, ont puissamment et durablement altéré l’image du corps judiciaire auprès de ces auxiliaires de la loi pénale.

Certes, l’évolution contemporaine du droit répressif, sous la pression de l’idéologie anti-pénale et anti-carcérale, dans le sens de l’évanescence des peines et de la multiplication des embûches procédurales, n’a pu manquer de démobiliser et démoraliser ceux qui sont les premiers acteurs de la répression sur le terrain. C’est là une lourde responsabilité des gouvernants, de toutes couleurs, et, présentement, d’un gouvernement qui, pendant que se déroulait la manifestation de ce jour est en train de faire voter un texte qui, à côté de quelques « gadgets » rajoutés en catastrophe pour essayer de calmer la colère, va amplifier l’incertitude des peines et, compliquer encore plus le travail des enquêteurs (délais imposés, contradictoire introduit, surprotection des confrères de Me Dupond-Moretti etc.) : on n’est pas plus cynique et hypocrite !

Mais, nos amis policiers doivent comprendre que toute la magistrature, très loin de là, n’est pas dans cet état d’esprit, et que, nombre de ses membres partagent les mêmes attentes : celle du rétablissement de la confiance entre les partenaires d’une même mission au service de la sécurité publique ; celle d’une révolution, juridique et matérielle, dans les outils de travail à cette fin.

Oui, la procédure pénale doit être débarrassée de toutes les entraves à son efficacité qui l’ont ankylosée au fil du temps. Oui, le divorce entre peines encourues, peines prononcées et peines exécutées doit être massivement réduit. Oui, les agressions, de toute nature, envers les dépositaires de l’autorité publique doivent être implacablement poursuivies et réprimées, avec, notamment, de vraies peines planchers, une perpétuité réelle, et, une procédure de flagrance en matière criminelle. Oui, Police et Justice peuvent et doivent mener le même combat : c’est une exigence de salut public !


Manifestation inédite ce 19 mai des forces de l’ordre devant l’Assemblée nationale

Le problème de la police, c’est la justice ?
« Le problème de la police, c’est la justice » a déclaré un syndicaliste à la tribune du rassemblement ce mercredi. 

35 000 policiers, selon les syndicats, étaient réunis à Paris devant le Palais Bourbon mercredi, malgré la pluie, pour interpeller le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti. Ils réclamaient une sévérité pénale accrue contre les agresseurs de forces de l’ordre. Inédite conception de la séparation des pouvoirs, le ministre de l’Intérieur lui-même s’était joint aux fonctionnaires présents devant d’Assemblée nationale !

Mais est-ce alors vraiment un match Darmanin-Moretti, Intérieur contre Justice qui s’est joué sur les pavés humides de la capitale ? Le ministre de l’Intérieur a profité de cette apparition pour discuter avec plusieurs policiers sur place. « Il faut nous aider, le métier est très difficile, on a besoin de vous, il faut qu’on soit protégés […] On part au boulot et on ne sait pas comment on va rentrer, dans quel état… », lui a dit l’un d’eux, très ému. Avec à ses côtés le préfet de police de Paris Didier Lallement, Gérald Darmanin a déclaré : « je suis venu soutenir tous les policiers, comme tous les Français ». La maire de Paris, Anne Hidalgo est également venue. Plus on est de fous…

La Justice tempère, Marine Le Pen se donne le beau rôle

« Un des problèmes soulevés par les policiers est l’automatisation des peines, car le juge doit pouvoir décider de la gravité des faits et de la sanction selon les circonstances. C’est également la confiance dans la justice pénale qui est mise à mal » a dit Emmanuelle Masson, porte-parole du ministère de la Justice sur le plateau de BFM TV. « La justice, c’est aussi trancher des litiges, donc il y aura toujours des gens mécontents et des critiques sur les sanctions retenues » a ensuite argumenté la communicante. 

« Il faut de la protection, il faut de la fermeté et il faut que l’on ne puisse plus toucher à un policier sans que les conséquences pénales soient extrêmement dures. Le message qui doit être lancé aux délinquants et aux criminels : si vous touchez à un policier, vous risquez de rester de longues années en prison. Je suis navrée de dire à ceux qui nous gouvernent que la fermeté dans ce domaine, ça marche » a déclaré Marine Le Pen à la presse alors qu’elle était en déplacement à Bordeaux où elle a visité un commissariat. 

La principale revendication déjà écartée par l’exécutif

Après les derniers évènements sanglants et les émeutes urbaines des derniers jours, Claude Simonetti de l’Unité SGP Police FO Vaucluse et proche d’Éric Masson attend “des réponses” de la justice et du gouvernement pour éviter que des policiers ne continuent à mourir. Dans la famille du brigadier tué à Avignon le 5 mai dernier, le père, le frère et la sœur sont également policiers ! Des Marseillaises ont retenti. 

La principale revendication des manifestants était la mise en place de peines planchers pour les voyous qui s’en prennent aux policiers. Toutefois, hier matin sur France inter, Gérald Darmanin a affirmé qu’il n’en était pas question. Le ministre a précisé que les peines planchers de l’époque Sarkozy n’ont en réalité jamais marché. Selon lui, les peines planchers n’étaient appliquées qu’en cas de récidive, les magistrats pouvaient y déroger, et 30% seulement étaient en réalité appliquées. Au micro de la radio publique, il a ajouté : “qu’il faille améliorer la réponse pénale, oui, et c’est pour ça qu’on augmente de 10% le budget de la justice, mais les peines minimales, ça ne marche pas.” Darmanin est donc allé soutenir les policiers sur le terrain, mais ces derniers peuvent avoir le sentiment que l’on tourne un peu en rond. La rédaction.



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Magistrat, Député européen RN, Président de l'Association professionnelle des Magistrats, Ancien Député UMP.

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