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Le club des cinq

Les aventures de Raph, Ségo et leurs amis


Le club des cinq
© Jeanne Accorsini/SIPA

Même s’il n’a pas particulièrement brillé par son éloquence lors des trois débats organisés par la gauche, M. Glucksmann s’est magistralement imposé dans les urnes face à ses concurrents de la primaire. Le compagnon de la présentatrice vedette du 20 heures de France 2 a au moins le mérite d’écarter du chemin de la présidentielle une démagogue complaisante avec Vladimir Poutine que les Français connaissent bien… Récit.


Je n’ai pas lu les volumes de la Bibliothèque rose relatant les aventures de Claudine, Mick, François, Annie et du chien Dagobert durant mon enfance, mais j’en ai évidemment entendu parler. En revanche, je n’ai raté aucun des épisodes de la série « Primaire de la gauche » diffusés ces dernières semaines sur nos chaînes d’information. Trois épisodes, cela fait cinq ou six heures devant l’écran. C’est éprouvant, mais je m’impose ce genre de discipline.

Éthique et danse du ventre

Ce sont mes professeurs du lycée et de la fac qui m’ont expliqué qu’on ne pouvait prétendre avoir un avis sur des films que l’on n’avait pas vus. De même qu’il n’est pas sérieux de s’autoriser à donner son avis sur l’œuvre de Proust si on n’a pas lu À la recherche du temps perdu, ou sur Céline si on n’a pas suivi le parcours de l’écrivain qui va du Voyage au bout de la nuit à Bagatelles pour un massacre. Étiemble, lu beaucoup plus tard et écrivant « j’ai choisi de penser tout seul » [1], développait cette idée « de ne parler que de ce que l’on connaît ». Voilà pourquoi je me suis obligé à suivre les trois épisodes de la « primaire de la gauche », dite aussi « du Parti socialiste et de Place publique ».

Parmi les cinq candidats, je ne sais pas qui me fait vraiment penser à Dagobert, le chien de la saga d’Enid Blyton. En revanche, Ségolène m’évoque évidemment Claudine, qui se fait appeler Claude dans la série. L’épisode à se repasser en boucle, c’est la prise de bec avec Raphaël Glucksmann à propos de la « danse du ventre » que Madame Royal aurait effectuée devant Macron pour obtenir des avantages. Elle balance des scuds contre Raphaël qui évoquent ceux de Mediapart contre le RN. Elle repousse violemment les agressions de nature sexuelle de ses collègues (c’est elle qui le dit !) comme elle l’avait fait quelques jours auparavant devant les critiques de Jérôme Guedj. La dame plaide pour une alliance avec LFI et c’est vrai que dans le mépris que son visage exprime quand elle s’adresse à celui qu’elle appelle « le stagiaire » Glucksmann, on peut y voir une version féminine des rictus de mépris du lider máximo de LFI.

Dans une vidéo volée et diffusée par l’extrème gauche, M. Glucksmann dit qu’il « pisse » sur Jean-Luc Mélenchon et accuse Ségolène Royal d’avoir « fait la danse du ventre » devant Emmanuel Macron.

Lider máximo… Castro… Mais oui… On se souvient que Ségolène Royal n’avait pas démérité dans ce genre en novembre 2016. Elle représentait alors la France aux funérailles de Fidel Castro, un deuil qui avait alors ému aux larmes Jean-Luc Mélenchon. Mme Royal avait salué l’humanisme des révolutionnaires cubains en ces termes : « Ils se sont inspirés de la Révolution française sans pour autant connaître la terreur qu’il y a eu pendant la Révolution française. » Les 8 600 militants alors emprisonnés en 2016 à Cuba, selon Amnesty International, les 582 condamnations à mort, le million cinq cent mille réfugiés cubains étaient effacés par Madame Royal. Cancellés ! Les 1 477 détenus politiques incarcérés en novembre 2015 — un chiffre record — couronnaient la dernière année de vie du lider máximo cubain [2]. Mais cette gauche française hors-sol ne voyait là que dégâts collatéraux d’un régime bienveillant pour la démocratie… On peut pourtant rappeler à Madame Royal un extrait de ce texte datant de 1954 : « Robespierre fut idéaliste et honnête jusqu’à sa mort. […] Il les fallait, ces quelques mois de Terreur, pour venir à bout d’une terreur séculaire. Ce sont les Robespierre qu’il faut à Cuba, beaucoup de Robespierre ! » [3]. Il est signé… Fidel Castro.

Ségo, imbattable pour le buzz sur les réseaux sociaux

Pendant les débats télévisés, je voyais dans les regards lancés par Madame Royal contre ses « amis » de gauche J. Guedj et R. Glucksmann une lame acérée qui se rapprochait de leur cou. Ces séquences restées virales sur le Net s’inscrivaient dans les mémoires. Le Club des cinq socialistes avait exposé aux Français dont ils escomptaient les suffrages les principes de ce socialisme qui les réunissait et qui se résumait à la formule « Non au RN ». Ils n’étaient d’accord sur rien : alliance ou non avec LFI, retraite à 64 ans, 63 ans et neuf mois, 60 ans, ou peut-être 62 mais à condition que… aide à l’Ukraine ou caresse à Poutine, etc. Impôts, taxes, police, justice. On comprenait qu’en 2026, la définition du socialisme c’était « Barrage au RN ». Me revenait cette ancienne définition du communisme attribuée au journaliste Henri Jeanson : « Le capitalisme, c’est l’exploitation de l’homme par l’homme. Le communisme, c’est le contraire. » Aujourd’hui, si j’en crois les exposés du Club des cinq, la définition du socialisme expliquée au peuple, c’est « Barrage au RN ». C’est très facile à retenir pour les lycéens de la génération PISA, celle qui cette année a fourni 91,4 % de réussite au baccalauréat.

On a compris aussi au cours de ces prestations télévisées du Club des cinq que l’humour n’était pas conseillé entre « amis » au PS. Parler de danse du ventre pour signifier « solliciter des prébendes » est une expression sexiste, ou mieux, c’est une « agression à connotation sexuelle ». C’est vrai qu’on est loin du langage suave auquel les hommes politiques ont habitué leurs électeurs. Je ne peux m’empêcher de penser à l’émission qui précédait le Club des cinq sur BFMTV. Sonia Mabrouk recevait Robert Ménard. Quel bonheur que la franchise du maire de Béziers ! Un bol d’air frais, en comparaison… Si la vénération du lider de La France insoumise pour le coupeur de têtes n’avait échappé à personne, la bêtise de Royal traçait aussi le chemin qui conduit chez certains à ce « fascisme rouge » évoqué par André Glucksmann, le père du « stagiaire » Raphaël. C’est Glucksmann qui a remporté le match du Club des cinq. Il obtient 66 % des voix des votants et la Royal s’en tire avec un piteux 7 %.




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Jean-Paul Loubes est anthropologue, architecte et écrivain. Il a enseigné à l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Bordeaux et à l’EHESS-Paris. Chercheur au Laboratoire Architecture Anthropologie (L.A.A) de l’Ecole d’Architecture de Paris La Villette, Conseiller scientifique jusqu’en 2020 pour l’Observatoire Urbain de l’Institut Français d’Etudes de l’Asie Centrale (IFEAC) basé à Bichkek au Kirghizstan.

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