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Glucksmann à plat ventre

Ségo et les machos


Glucksmann à plat ventre
Être une femme dégradée, c'est pas si facile... Raphaël Glucksmann et Ségolène Royal sur BFM TV, le 4 octobre 2026 © Mourad ALLILI/SIPA

L’eurodéputé Place publique, candidat à la primaire de la gauche socio-démocrate a présenté ses excuses à Ségolène Royal à qui il reprochait de faire la danse du ventre pour obtenir des postes dans une vidéo volée. Elisabeth Lévy revient sur cette terrible agression sexiste.


C’est chouette, la camaraderie socialiste. Après Philippe Brun, débarqué de la primaire dans une mise en scène hésitant entre mafia et stalinisme, Ségolène Royal se dit victime d’une agression sexiste de Raphaël Glucksmann. Certes, il s’agit d’une agression verbale. N’empêche l’affaire est assez grave pour avoir occupé les premières vingt minutes (probablement les plus regardées) du débat des primaires sur BFMTV.

Le crime a été commis dans un bistrot où Glucksmann avait réuni des militants, plutôt des proches, suppose-t-on. On imagine que, lorsque Ségolène ou Faure parlent de leurs rivaux avec leurs partisans, leur langage est irréprochable. Dire des vacheries, c’est pas leur genre. Glucks a gravement dérapé. Il a ironisé sur Royal qui avait « fait la danse du ventre devant Macron pour obtenir un poste ». Il a aussi lâché, à propos de Le Pen et Mélenchon « on leur pisse dessus », ce qui n’est guère courtois. Bref, il s’est cru dans son salon. Or, il y avait une caméra fouineuse, celle du très gauchiste Média. S’agissait-il de propos privés ou pas, la chose fait débat. Disons qu’il s’est fait faire une Cohen-Legrand, sans que quiconque à gauche dénonce des méthodes de voyous. En tout cas, dans le monde merveilleux de la surveillance généralisée, il faut faire gaffe à ce qu’on dit au bistrot.

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Il a dit « danse du ventre » ! La Calamity Jane du Poitou (c’est sexiste, ça ?) réagit au quart de tour, voyant sans doute le parti qu’elle peut tirer de l’affaire. Sur le plateau de BFM, elle en rajoute dans le registre de l’offensée : « Je n’accepte pas qu’une fois de plus on puisse dégrader une femme, on puisse avoir des connotations sur son corps et des connotations sexuelles, sous-entendre qu’elle vend son corps et fait des danses pour obtenir des postes. Je n’ai jamais demandé de poste à Emmanuel Macron. Jamais », déclare-t-elle en dardant un œil sévère sur le délinquant. Lequel se répand en excuses, le regard penaud : « Il n’y avait aucune connotation sexiste dans « danse du ventre », jure-t-il, avant de se dire « désolé pour ces propos inélégants ».

Quand Glucksman observe pour sa défense que Jérôme Guedj a utilisé la même expression sur Olivier Faure et Mélenchon, Royal lâche le morceau : ce n’est pas pareil de dire ça à un homme. Voilà bien une remarque ultra-sexiste. Un siècle de lutte féministe et les femmes sont toujours des petites porcelaines à qui il faut parler gentiment. Et surtout prière de s’abstenir devant leurs chastes oreilles de toute allusion, même métaphorique, à leur corps : faiblesse et pudibonderie sont les deux attributs de la femme libérée. Rappelons qu’il est également sexiste d’employer le terme « hystérique » au sujet d’une femme, ce qui signifie qu’aujourd’hui, seuls des hommes sont hystériques. Affirmer que madame Royal fait la danse du ventre pour avoir un poste (et peut-être demain devant Mélenchon pour une circonscription) n’est guère aimable mais n’a rien à voir avec sa féminitude. Les hommes aussi ont un ventre, non ?

Glucksmann a raté une occasion. S’il avait balayé l’accusation de sexisme comme elle le mérite, en expliquant par exemple qu’il respecte suffisamment les femmes pour les savoir capables d’endurer une métaphore, je parie que ça aurait plu à pas mal d’électrices. Et pas mal d’électeurs, contraints en permanence de surveiller leur langage et leurs pensées, se seraient sentis vengés.

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On me dira peut-être que l’égalité des sexes n’exclut pas la galanterie. J’avoue que j’adore la galanterie et les compliments sexistes, mais ce n’est pas une obligation professionnelle (sinon, j’en connais qui seraient virés). D’ailleurs, les féministes détestent ça. Un compliment est une agression patriarcale. Désolée, sois tu veux être traitée comme une égale, soit tu réclames les égards dus à ton sexe, mais il faut choisir.

Le plus énervant, c’est que, pour des femmes puissantes et qui devraient être fières de l’être, la victimisation est devenue un réflexe, un totem d’immunité contre la critique. Le nec plus ultra, c’est de cocher plusieurs cases de la domination. L’amusante Anne Hidalgo expliquait volontiers que, si elle était aussi souvent attaquée, cela n’était pas à cause du saccage de Paris, mais parce qu’elle est femme et d’origine espagnole – on ne parle pas assez des ravages de l’hispanophobie en France.

Dans le débat public, nous-les-femmes avons le droit d’être traitées comme des hommes ! Ras-le-bol des pleurnicheuses. Rassurez-vous j’en ai aussi marre des pleurnicheurs.




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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur Sud Radio. Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à CNews, à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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