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Philippe Brun: condamné sans procès

Le regard libre d’Elisabeth Lévy


Philippe Brun: condamné sans procès
Le député de Louviers Philippe Brun, à l'Assemblée nationale, hier. Capture France Info.

Les socialistes pratiquent la Terreur! Suspendu et écarté de la primaire après les accusations d’une ancienne collaboratrice, le député de l’Eure dénonce une manipulation visant à le «tuer politiquement».


Le député Philippe Brun est suspendu de son parti et de la primaire. Que lui reproche-t-on ? Personne n’en sait rien, lui non plus. C’est grave. L’habeas corpus, c’est-à-dire le fondement de l’État de droit, signifie qu’on ne peut pas vous condamner sans vous dire pourquoi et sans vous entendre. Le contradictoire est au cœur de la justice démocratique. Le PS prétend jouer la comédie de la démocratie avec sa fameuse primaire, mais pratique un arbitraire décomplexé. Ça me fait peur.

En arrière-fond, un conflit entre M. Brun et son assistante parlementaire, licenciée pour faute en 2024. Cet été, elle a saisi la commission idoine du PS. Qui ne fait rien. Mardi, à 23 h 50, dix minutes avant la clôture des dépôts de candidatures à la primaire, la militante mécontente appelle le PS pour balancer son ancien patron, qu’elle accuse soudainement de violences. La main du Bureau national, réuni le lendemain matin, ne tremble pas et sa conscience non plus. Sans contacter Brun, ses membres le suspendent du parti et l’excluent de la primaire : en prison sans passer par la case départ. Les députés entérinent. Abracadabra, plus que cinq candidats.

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Le communiqué entortillé parle de faits « susceptibles de relever d’une caractérisation pénale ». Sémantique intéressante. « Susceptibles de », c’est une éventualité. Ces faits sont donc tout autant susceptibles de ne pas être pénalement répréhensibles. Le PS exclut Brun de la course à la candidature parce qu’il a peut-être commis des fautes dont la justice n’a d’ailleurs pas été saisie. Les gars poussent loin le principe de précaution. Le plus abject, c’est qu’ils s’abritent derrière la défense des femmes-pauvres-victimes-du-patriarcat-qui-ne-mentent-jamais. Le matin, Patrick Menucci affirme que « le mot sexuel n’a pas été prononcé » ; le soir, des sources anonymes parlent de violences sexistes et sexuelles.

Mais vous ne savez pas ce que Brun a fait ou pas !

Certes. Mais je sais qu’un régime où l’accusation suffit à condamner, ça s’appelle la Terreur. Aujourd’hui, les socialistes la pratiquent dans leur parti, où personne ne moufte. S’ils étaient au pouvoir demain, l’appliqueraient-ils aux institutions ? Que pèserait la présomption d’innocence face à la parole sacrée des femmes ?

Il ne faut pas nous prendre pour des jambons. Le timing et les méthodes suggèrent fortement un Kompromat à la française, c’est-à-dire une affaire montée de toutes pièces pour tuer. Par qui, je l’ignore. Mais ça ne doit pas être un coup de l’extrême droite. Bonne nouvelle pour Philippe Brun, qui est un peu le représentant de la gauche « à l’ancienne » dans son parti : si on déploie autant d’énergie pour le faire taire, c’est qu’il doit sacrément inquiéter ses bons camarades.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale.




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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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