Observateur blasé des lycées en flammes et en émoi, en Cassandre qui avait tout prévu — dit-il — et qui voit se réaliser l’ensemble de ses cauchemars, notre chroniqueur analyse à sa manière les émeutes, incendies et lynchages perpétrés par les petits anges affublés d’une casquette d’élève, sans l’être forcément. « Une stratégie pensée dans le détail », affirme-t-il. Allons donc !
Rodolphe Cart, dans le numéro de septembre de Causeur — avant même les présentes émeutes —, a parfaitement résumé l’action disruptive de LFI, à la manœuvre derrière les événements de cette semaine : « Mélenchon désigne à chacune des chapelles de LFI un ennemi à abattre : aux palestinistes, Israël ; aux antifascistes, le RN ; aux écologistes, le capitalisme ; à la « Nouvelle France », la vieille France. Le parti tient par la tension qu’il entretient. » Et aux lycéens, les proviseurs, les profs non encore radicalisés (il en reste), et les policiers, selon le slogan qui dégouline de tous les murs : « ACAB » – All Cops Are Bastards. On n’est pas plus aimable.
Le gouvernement pétrifié par la crainte de la bavure policière
Les p’tits jeunes et les jeunes racailles, émeutiers bien plus que manifestants, sont aujourd’hui la chair à canon de LFI. Si l’on garde la tête baissée sur le présent sans voir ce que nous réserve l’avenir, on regarde des lycéens brûler leurs lycées, qui en répudiant les portables leur ont fait l’insulte de vouloir les priver de leur cerveau électronique portatif, des instructions en temps réel sur les manœuvres en cours, et les jolies vidéos où des Nahel en puissance tentent de mettre à mort une surveillante en hurlant « Wesh ! Wesh ! » — ce à quoi se résume tout leur vocabulaire. Ils savent bien, ces gentils manifestants, que la police n’interviendra pas, ou à la marge, tant le gouvernement est pétrifié d’avance par les bavures à venir.
Du coup, ils incendient les jolis petits lycées construits pour eux, à Nantes (Nelson-Mandela, avec ses structures écolos en bois, a magnifiquement brûlé) ou ailleurs, et détruisent tout sur leur passage. L’argent qu’il faudra pour reconstruire après le passage de ces doriphores d’un nouveau genre devra être décompté des milliards dépensés, en pure perte, pour leur enseignement. À rembourser sur les milliards généreusement donnés à leurs parents pour leur éducation : l’argent, ces temps-ci, se fait rare, et le gouvernement ne peut éternellement le puiser dans les poches des contribuables et des retraités. Des propositions montent déjà pour supprimer primes, allocations et logements de faveur aux parents des émeutiers. Ce serait la moindre des choses. Celui qui casse doit payer. Comme dit mon épicier chinois : « Tu touches, tu payes. »
Les réclamations des lycéens sont si nombreuses qu’elles ne forment qu’un écran de fumée. « Moins d’heures de cours ! » — mais un élève aujourd’hui travaille 400 heures / année de moins qu’il y a un siècle. « Plus de profs ! » — mais c’est une demande saugrenue, à l’heure où l’on ne trouve pas de suicidaires assez nombreux pour exercer avec talent un métier aussi dangereux. Ce ne sont pas des élèves que l’on a en face, ce sont souvent des animaux — dressés par les organisateurs du désordre.
LFI à la manœuvre
Quand on joue aux échecs, il est assez ordinaire de penser avec trois ou quatre coups d’avance. De grands champions pensent huit ou dix coups en avant. Si l’on se projette un peu — en l’occurrence à l’après-élections présidentielles, l’objectif fantasmé de Mélenchon —, on saisit très vite la stratégie de LFI.
Si Marine Le Pen, favorite des sondages, passe (et dans l’hypothèse où le Conseil constitutionnel, à la botte de Macron et de ses tireurs de ficelles, sous le prétexte d’une influence russe envahissante, invaliderait cette élection, comme ça s’est passé en Roumanie), le troisième tour ne se jouera pas aux législatives, mais dans la rue. Et cette fois, il faudra bien répondre aux tirs à armes lourdes. Après les fusées de feux d’artifice, les mortiers tout court.
L’électorat de droite est un peu lent. Il est vieux, il hésite à faire le coup de feu — même s’il n’y a jamais eu autant de demandes d’inscriptions dans les clubs de tir, jamais autant de demandes de permis de chasse. Les garnements qui aujourd’hui incendient les lycées protestent, entre autres, contre le « permis de tuer » distribué aux forces de l’ordre — qui ne l’utilisent pas. Que feront-ils face à des citoyens déterminés à leur disputer leurs biens obtenus avec 45 ans de travail — parfois davantage ? Et en se levant à cinq heures du matin, toute une vie — quand nos émeutiers de carnaval refusent que les cours commencent à huit heures…
Ils seront la chair à fusil poussée en avant par des calculateurs lambertistes, qui savent que Lénine a pris le pouvoir avec une poignée de bolcheviks. Des morts, il y en aura, parce que c’est toujours en marchant sur des cadavres que les partis révolutionnaires sont parvenus au pouvoir. Le Hamas, qu’ils vénèrent si fort, a fait le même calcul : provoquer Israël, dont la riposte anéantira en priorité les boucliers humains des Gazaouis derrière lesquels ces courageux combattants se retranchent — puis hurler au génocide. Il se trouvera bien un Caron, et quelques autres, pour reprendre un slogan aussi mensonger.
Les temps à venir sont lourds d’hypothèses sanglantes. Début mars je sors un essai intitulé Guerre civile, écrit à la fin du printemps dernier. Je n’en rectifierai pas une ligne, sinon pour souligner qu’une fois encore, j’ai vu juste, et que le vent poussant les cendres des incendies me donne raison.




