Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…
C’était un soir ; il faisait sombre et lourd. Nous nous promenions, la Sauvageonne et moi, dans le centre de la bonne ville d’Amiens. Soudain, notre attention fut attirée par un panneau qui annonçait l’opération Walk of Femmes, un parcours urbain mis en place par la Ville à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes (le 8 mars) et consacré aux femmes qui ont marqué son histoire. Féministe tout au fond de son petit cœur de fille et féminine jusqu’au bout des ongles (en ce moment recouverts d’un vernis garance sensuel et érotique), la Sauvageonne m’interpella : « Cela pourrait faire un bon sujet pour ton prône dominical, vieux Yak ! Ce serait bien de faire connaître l’initiative aux lectrices et aux lecteurs de Causeur. » J’acquiesçai vivement tout en bombant mon torse de mâle dominant et de boomer invétéré. Je sortis de ma poche mon téléphone portable avec la même vivacité que Ravaillac sortit son couteau devant Henri IV le 14 mai 1610, rue de la Ferronnerie, à Paris.
Mon but ? En savoir plus sur ladite opération. J’appris qu’il devait s’agir d’une installation éphémère, présente « tout au long du mois de mars dans différents lieux emblématiques en centre-ville, ce projet vise à rendre visibles celles dont l’engagement, le talent et les actions ont façonné le territoire, mais dont la mémoire demeure trop souvent effacée. Résistantes, artistes, intellectuelles, soignantes ou militantes : à travers ces figures, Amiens affirme son engagement pour l’égalité entre les femmes et les hommes. » (Quelques jours plus tard, étonné qu’en septembre on retrouve encore les fameux panneaux, je tentai d’en savoir plus. En vain. Il en fallait bien plus pour stopper mon élan inouï de chroniqueur buté.)


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Ainsi, elles sont dix femmes mises à l’honneur : Victorine Authier (1840-1874), au musée de Picardie ; « née à Amiens, Victorine Autier fut une infirmière héroïque de la guerre franco-allemande de 1870. Durant ce conflit, elle servit comme infirmière de la Croix-Rouge et fit preuve d’un courage exemplaire », peut-on lire ; Marie-Louise Bouctot-Vagniez (1884-1944), au 36, rue des Otages ; « née à Amiens dans une famille liée à l’industrie textile, Marie-Louise Bouctot-Vagniez se distingue par son engagement humaniste et social. Engagée volontaire comme infirmière dès la Première Guerre mondiale, elle soigne les blessés de 1914-1918 et s’investit toute sa vie dans des œuvres de bienfaisance » ; Marie Denizard (1872-1959), place René-Goblet ; « née le 3 avril 1872 dans l’Aisne (N.D.A. : à Pontru), Marie Denizard s’installe à Amiens dans les années 1900. Elle étudie au lycée de jeunes filles d’Amiens, l’actuel lycée Madeleine-Michelis. Elle s’engage très tôt dans la lutte pour les droits civiques des femmes, contre les ravages de l’alcoolisme dans la classe ouvrière et contre les abandons d’enfants. Elle collabore aux publications féministes comme La Fronde et participe au débat public sur le droit de vote des femmes » ; Germaine Dulac (1882-1942), parvis de la Maison de la culture ; « née à Amiens, en 1882, Germaine Dulac passe une partie de sa jeunesse dans la ville avant de devenir une figure majeure du cinéma d’avant-garde et du féminisme des années 1920 » ; Madeleine Michelis (1913-1944), 43, rue des Otages ; « en 1942, elle est nommée professeure de lettres à Amiens. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Madeleine Michelis s’engage très tôt dans la Résistance et participe activement au réseau Shelburn, qui aide des aviateurs alliés à rejoindre l’Angleterre. En 1944, elle est arrêtée par la Gestapo à son domicile à Amiens et transférée à Paris pour y être interrogée. Malgré les sévices subis, elle refuse de parler et meurt dans des circonstances suspectes. »
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La place nous manque ici pour évoquer par le menu ces héroïnes, femmes exemplaires ; elles avaient pour noms Manon Roland (1754-1793), figure majeure de la Révolution française, Véronique Silver (1931-2010), comédienne, Dolorès Vanetti (1912-2008), actrice, poétesse et journaliste, Madeleine Varin (1611-1647), moniale au couvent des Ursulines d’Amiens (elle développa une tradition de broderie liturgique d’exception), Honorine de Viane (1829-1910), épouse de Jules Verne.
Note à l’attention de mes grands amis du forum des lecteurs, en bas, tout en bas de cette chronique : en terminant le parcours, je me suis demandé si, dans cinquante ans, un panneau rendra hommage à La Sauvageonne, comédienne et peintre, compagne de l’illustre Philippe Lacoche, ancien diacre, chroniqueur à Causeur et pêcheur à la ligne. Na !
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