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Le Pen casse la baraque

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Le Pen casse la baraque
La candidate à l'élection présidentielle Marine Le Pen © Hannah Assouline

Pour son premier meeting de campagne, Marine Le Pen a frappé là où on ne l’attendait pas : sur le logement. Sa batterie de mesures censées faciliter la location et la propriété en abrogeant des normes écologiques a tout du « gaullisme social ». Mais ses adversaires ont trouvé les failles pour s’opposer à ce permis de construire.


Pas un mot sur le voile islamique. Rien sur les pompiers en colère. Aucune allusion au prix record de l’essence. Alors qu’elle était attendue sur les questions brûlantes de la rentrée politique, Marine Le Pen a fait, lors de son premier meeting de campagne présidentielle le 13 septembre à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), le choix de la diversion intelligente. À la surprise générale, la candidate du RN a consacré la majeure partie de son discours à un thème qui fait rarement la une des journaux : le logement. « C’est un sujet majeur pour vous, a-t-elle lancé à l’auditoire avec des trémolos dans la voix. C’est donc un sujet majeur pour moi. »

Habile

Politiquement, la séquence est habile. S’exprimer sur le logement, c’est non seulement s’adresser à la base populaire du RN, qui peine à payer son loyer ou à rembourser son emprunt immobilier, mais c’est aussi parler à un public de chefs d’entreprise, qui sait bien que quand le bâtiment va tout va… et que, justement il ne va pas bien du tout. À ces deux électorats de choix, Marine Le Pen a donc déroulé son catalogue de réformes.

La candidate propose tout d’abord d’abroger deux normes écologiques aux effets délétères sur le secteur de la construction : la RE 2020 (réglementation environnementale 2020) qui depuis quatre ans impose aux constructions neuves de très coûteux standards d’isolation thermique et de sobriété énergétique, et le ZAN (objectif zéro artificialisation nette) dont le principe, à horizon 2050, est que toute pose d’une dalle de béton ou d’un revêtement en bitume sur un terrain vierge soit compensée par une opération inverse à un autre endroit du pays.

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Marine Le Pen propose également d’assouplir deux autres dispositifs verts : le DPE (diagnostic de performance énergétique), qu’elle veut ramener au rang de simple outil d’information, et MaPrimeRénov’, qu’elle désire transformer en prêt à taux zéro utilisable pour n’importe quels travaux, y compris ceux de climatisation.

Ajoutez à cela l’abolition de la loi SRU (qui contraint les grandes villes à abriter au moins 20 % de logements sociaux), l’instauration d’une loi antisquatteurs, l’abaissement de trente à quinze ans du délai de détention permettant d’être exonéré sur la plus-value immobilière, sans oublier un programme de cession de logements sociaux à leurs locataires, et vous obtenez une batterie de réformes que tout libéral bon teint pourrait reprendre à son compte.

Et revoilà la préférence nationale

Pour la bonne forme, il convient toutefois de citer le petit volet interventionniste qui figure aussi dans le programme du RN en matière d’habitat et qui a surtout l’intérêt de rappeler que la ligne « gaulliste sociale », incarnée aujourd’hui par Jean-Philippe Tanguy, occupe décidément une grande place dans le cœur de la candidate : interdiction des locations de courte durée dans les zones tendues, mise à l’amende des propriétaires de surfaces de bureaux restées trop longtemps vacantes (l’idée étant de transformer 9 millions de mètres carrés de foncier professionnel vide en foncier résidentiel) et mise à disposition gratuite des terrains publics pour la construction de logements sociaux.

Mais c’est bien sûr la proposition d’appliquer le principe de la préférence nationale au logement social qui a valu le plus d’applaudissements à Marine Le Pen le 13 septembre. En clair, la députée du Pas-de-Calais veut accorder aux citoyens français un accès prioritaire aux APL (aides personnelles au logement) ainsi qu’aux HLM. Une mesure qui est tout sauf une nouveauté. Déjà lors de la campagne de 2022, elle était inscrite au programme du RN. Et déjà, ses opposants avaient pointé deux obstacles de taille.

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Premier obstacle : l’État de droit. Est-il constitutionnel de priver les étrangers de prestations sociales non contributives (c’est-à-dire non conditionnées à une cotisation préalable auprès d’un régime de sécurité sociale) telles que les APL et le régime HLM ? À cette question, les sages de la Rue de Montpensier ont plusieurs fois répondu que, dans le cas des étrangers sollicitant de telles aides, le législateur pouvait imposer des critères d’obtention spécifiques comme la régularité et l’ancienneté de résidence en France, mais qu’un barrage absolu ou un filtrage trop drastique serait en revanche retoqué en vertu du fameux préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 : « La Nation garantit à tous la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. »

Second obstacle : le bon sens. Il serait bien sûr humainement impossible de demander aux centaines de milliers d’étrangers qui vivent en HLM de quitter leur logement. Et il serait au surplus économiquement absurde d’expulser ceux d’entre eux qui exercent des emplois essentiels dans les hôpitaux, les Ehpad ou la restauration.

En 2022, Marine Le Pen avait paré à ces deux objections en déclarant que, s’agissant du logement social, la priorité nationale « ne serait pas rétroactive ». Ce que le député RN des Bouches-du-Rhône Franck Allisio a confirmé le 14 septembre sur BFM TV. En d’autres termes, si le RN accédait aux affaires l’an prochain, il mettrait en place un système empêchant les immigrés fraîchement débarqués en France de bénéficier immédiatement de notre politique du logement social.

L’effet obtenu serait donc en réalité très symbolique. Mais les symboles comptent en politique. Pratiquer la préférence nationale, même sur un mode très soft comme il en est question ici, c’est rendre notre pays moins attractif du point de vue des filières de migrants. Et c’est aussi contenter une attente majoritaire chez les Français. Selon une enquête Ipsos-BVA parue le 13 septembre, la préférence nationale, qui est évidemment plébiscitée par les sympathisants de Marine Le Pen et d’Éric Zemmour, est aussi approuvée par 83 % des électeurs LR, 59 % de ceux du bloc central, 40 % des écologistes, 39 % des socialistes et même 32 % de LFistes.



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