Hier, en Espagne, le chef de l’État a jugé les informations de Mediapart sur Bardella « gravissimes et inacceptables ». « Ce n’est pas la République. Les propos rapportés impliquent que les responsables [du RN] clarifient », a-t-il ajouté depuis Madrid. Selon notre directrice de la rédaction, aucun juif n’a songé à partir à cause de Le Pen ou de Bardella. Nous vous proposons d’écouter sa chronique matinale.
Deux mots. C’est le tarif Macron. En juin 2023, il qualifiait la mort de Nahel d’« inexcusable » et d’« inacceptable » (accusant le policier avant toute enquête). Cette fois, il qualifie les propos prêtés à Bardella de « gravissimes » et « inacceptables » — il devrait songer à étendre un peu sa palette sémantique. En piétinant l’usage qui interdit de commenter la situation française depuis l’étranger. En prime, le président était avec Pedro Sánchez, le plus anti…sioniste des dirigeants européens.
Le président de la République est le garant de l’unité nationale et de l’indépendance de la justice. Alors que les tribunaux devraient être saisis et qu’on attend des preuves de Mediapart, il n’a rien à faire dans cette mêlée. D’ailleurs, si Marine Tondelier, Olivier Faure et Aurore Bergé sont partis en trombe, la première réclamant carrément la démission de Bardella, beaucoup à gauche restent prudents.
Notez, j’admire cet engagement héroïque (et bruyant) contre l’antisémitisme. J’observe néanmoins que, quand il s’agit de Mélenchon, Faure est moins regardant. Je ne me rappelle pas que lui ou Macron aient protesté quand le patron des Insoumis s’est demandé si le plus grand attentat antijuif depuis 1945, le 7-Octobre, était terroriste parce que, voyez-vous, il y a débat. Aucun ne rappellerait au maire de Roubaix David Guiraud sa jeunesse soralienne et ses propos face caméra après le 7-Octobre. L’antisémitisme, c’est inacceptable. Quand il vient de l’extrême droite.
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On me dira qu’à l’inverse, j’ai tendance à m’inquiéter surtout de l’antisémitisme de gauche.
En effet, je m’inquiète plus de l’antisémitisme d’aujourd’hui que de celui d’hier, plus de celui qui s’affiche que de celui qui se cache, et plus de celui qui agresse des enfants juifs (ou donne implicitement un permis de les agresser) que de celui qui fait des blagues de fin de banquet ou dit des horreurs dans ses mails.
Aujourd’hui, des étudiants juifs sont harcelés, des fidèles sont agressés à la sortie de la synagogue, des gens changent leur nom sur les applis de VTC. Et ce n’est pas à cause du RN. Cela suscite au mieux des déclarations ronflantes. On ne réagit même plus aux déclarations incendiaires et mensongères des Insoumis sur la guerre à Gaza. Mais pour d’éventuelles conneries de jeunesse de Bardella, on sonne le tocsin.
Je ne peux évidemment pas parler au nom des Juifs. Personne ne le peut, le Crif non plus. Personnellement, je n’en connais aucun qui ait songé à partir à cause de Jean-Marie Le Pen hier ou de Jordan Bardella aujourd’hui. Et je n’en connais aucun qui ne songe pas à partir au cas (funeste et je l’espère improbable) où Jean-Luc Mélenchon gagnerait la présidentielle. Il est vrai que les Juifs ont la chance d’avoir un pays de rechange. Vous voyez bien qu’ils dominent le monde.
Retrouvez Elisabeth Lévy au micro de Jacques Cardoze dans la matinale de Sud Radio
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